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samedi 30 mai 2020

L'OMS Europe reconnait que passer au vapotage réduit les risques pour un fumeur

Publié avant-hier, le brief du bureau Europe de l’OMS sur le vapotage se distancie de la position fondamentaliste anti-vapoteurs du siège genevois de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). « Les fumeurs adultes, qui ne sont pas enceintes, qui passent complètement et rapidement des cigarettes de tabac combustibles à l’utilisation seule d’Electronique Nicotine & Non Nicotine Delivery System [le vapotage en langage courant] non altérée et correctement réglementée peuvent réduire leurs risques pour la santé », affirme le rapport de l’OMS Europe rédigé par Armando Peruga. Même si on ne comprend pas pourquoi déconseiller aux femmes enceintes d'arrêter de fumer avec un moyen efficace, ceci tranche avec l’affirmation « qu’aucun produit ne réduit les risques », encore répétée ce 29 mai par Krech Ruediger en conférence de presse pour l’OMS à Genève.

En résumé :
  • Le rapport de l'OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand, et non pas par des intérêts privés opaques et douteux comme de précédents documents de l'OMS sur le sujet.
  • Le rapport de l’OMS Europe rompt avec la ligne anti-réduction des risques de la direction de l’OMS et reconnait qu’un fumeur qui passe au vapotage réduit les méfaits pour sa santé.
  • Le rapport de l’OMS Europe reconnait qu’il n’y a aucun élément montrant un effet pour l’entourage d’un vapoteur. Avec un sophisme grossier, il recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics dans l’attente d’une preuve de cette absence.
  • Le rapport se distancie de la théorie de la passerelle en soulignant le niveau modéré de preuve et leur caractère de corrélation et non de lien causal entre vapotage et tabagisme des jeunes. Cependant, il passe sous silence de nombreuses études qui montrent la chute du tabagisme adolescent concomitante à l’essor du vapotage. Il ne traite pas non plus du facteur prépondérant du risque de tabagisme adolescent du tabagisme des proches, notamment des parents.
  • Sur le thème des arômes, le rapport ne semble pas avoir vraiment maîtrisé son sujet. Notamment que tous les liquides de vapotage sont de fait aromatisés. En conséquence, il fait une affirmation étrange sur l’attrait des arômes pour les jeunes contrairement aux « plus » vieux. Il mentionne cependant le rôle des arômes pour aider à l’arrêt tabagique avec le vapotage.
  • Le rapport de l’OMS Europe recommande des restrictions dures contre le vapotage, mais pas la prohibition chérie par la direction de l’OMS pour laisser le monopole aux cigarettes. Il alerte sur de possibles effets pervers des réglementations.
  • Comme la plupart des productions de l’OMS, ce rapport est plus un document politique utilisant la science qu’un document scientifique, même s’il est indéniablement de meilleure qualité à cet égard que les autres documents de l’OMS sur le sujet. Avec cette grille de lecture en tête, on peut noter la distanciation que l’OMS Europe prend vis-à-vis de la ligne fondamentaliste anti-vape soutenue par la direction genevoise de l’OMS.

Financement public contre financement privé occulte

Le rapport de l’OMS Europe a été financé par le Gouvernement allemand. C’est une première différence notable avec plusieurs productions de l’OMS sur le sujet, dont le rapport Mpower publié l’été passé où il était affirmé que la vape « est indubitablement nocive ». Préfacé par l’affairiste Michael Bloomberg, ce rapport avait été payé par Bloomberg Philanthropies Company (LLC), dont aucun compte n’est public. 

Contrairement aux fondations, les finances de Bloomberg Philanthropies Company (LLC) sont totalement opaques. Ce qui rend, entre autres, impossible d’affirmer que les organismes financés par cette entreprise sont libres de liens financiers avec l’industrie du tabac et respectent l’article 5.3 de la Convention anti-tabac contre l’ingérence de l’industrie du tabac. Par ailleurs, il est de notoriété publique que Michael Bloomberg est en affaires avec plusieurs grandes nations tabagiques, telles que l’Inde, la Thaïlande et la Chine.

Abandonner la cigarette grâce à la vape réduit les risques et les méfaits

Dégagée de l’influence de ce genre d’intérêts privés occultes, l’OMS Europe a-t-elle eu plus de latitude pour mener son analyse ? Plusieurs éléments du rapport vont partiellement dans ce sens. En premier lieu, le rapport rompt avec le principe anti-réduction des risques fondamentaliste. Il souligne que des « preuves scientifiques concluantes » établissent que « complètement substituer les EN&NNDS [le vapotage] à la place de cigarettes de tabac fumées réduit l’exposition de l’usager à de nombreux toxiques et carcinogènes présents dans la fumée des cigarettes de tabac »

L’auteur averti qu’il y a aussi des preuves concluantes que les vaporettes peuvent parfois exploser, « lorsque les batteries sont de mauvaise qualité, mal stockées ou modifiées par les usagers », et provoquer des blessures. Enfin, il existe des cas d’ingestion de liquides, volontaire ou accidentelle, qui peuvent avoir des conséquences néfastes, voire fatales.

Indices d’une moindre puissance dépendogène de la vape nicotinée par rapport aux cigarettes

D’autres éléments, soutenus par des preuves de niveau modéré, sont évoqués. Du côté des risques mal établis liés à l’usage de vape, le rapport mentionne notamment celui d’une dépendance à la nicotine, « mais le risque et la sévérité de la dépendance semblent plus faibles avec les ENDS [vapotage nicotiné] qu’avec les cigarettes de tabac fumées ». Il souligne aussi que les conséquences sanitaires d’un usage à long terme ne sont pas claires. Du côté des bénéfices mal établis, le rapport note une réduction à court terme des problèmes de santé des fumeurs étant passés au vapotage, 

Les différents cas de double-utilisateurs

Le brief souligne que les double-utilisateurs, qui vapotent et fument, semblent ne pas réduire leurs risques par rapport au tabagisme seul. « Une explication possible est que les doubles utilisateurs comprennent une grande variété de comportements de consommation de tabac et d’EN&NNDS, chacun avec des motivations différentes », avance le rapport. 

Les doubles-utilisateurs peuvent être des fumeurs dans « une phase transitoire pour réduire ou arrêter le tabagisme », mais dont certains « dépendent encore du tabagisme pour gérer leurs insatisfactions par rapport à l’expérience de l’EN&NNDS ». Le rapport ne pose cependant pas ouvertement la question du poids des restrictions contre le vapotage au détriment de cette catégorie de personnes, notamment les interdictions d’arômes autres que le goût tabac de plusieurs pays, et la limite trop basse du taux de nicotine imposée dans l’Union européenne. 

D’autre part, le rapport mentionne aussi que certains doubles utilisateurs peuvent chercher à « contourner les politiques antitabac ou simplement pour se conformer aux normes des groupes sociaux et de gérer la stigmatisation associée au tabagisme ». Ces points ne sont pas non plus développés.

Rien ne montre d’effet sanitaire pour l’entourage des vapoteurs

« Aucune étude disponible n’a montré d’effets sanitaires de l’exposition passive aux EN&NNDS [vapotage], donc les risques de santé d’être exposé à l’aérosol exhalé restent inconnus ». Le brief insiste que des études ont mesuré des émanations de particules, mais sans préciser que celles-ci sont essentiellement liquides et non solides. En général, les journalistes, au moins ceux de l’AFP, ne semblent pas connaitre la différence (ce qui est une étrange lacune d’éducation primaire). 

« L’exposition secondaire à la nicotine et aux particules de l’aérosol des EN&NNDS [vapotage] est inférieure à celle des cigarettes de tabac fumées
 », affirme le rapport, mais sans donner d’ordre de grandeur de cette différence (plusieurs milliers de fois). Pour résumer ce passage, l’OMS Europe n’a rien trouvé de consistant contre un pseudo « vapotage passif », mais elle tient à soutenir par principe l’interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés.

Dans les conclusions, inversant la charge de la preuve pour limiter les libertés individuelles, l’auteur recommande d’interdire le vapotage dans les lieux publics fermés jusqu’à la preuve de son innocuité pour l’entourage. Prouver définitivement une absence d’effet étant impossible par définition, l’argument est un sophisme plutôt grossier.

Faux suspense sur l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage

Armando Peruga note que le rapport de la National Academy of Science Engeneering and Medicine (NASEM) américaine avait conclue en 2018 à une insuffisance d’essai clinique pour soutenir l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. Cependant, il souligne que depuis, l’importante étude clinique menée par Peter Hajek a montré une efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique. 

On peut ajouter que d’autres études en cours vont dans le même sens, comme celle menée par le Dr Mark Eisenberg au Canada. En réalité, il n’y a plus de suspense sur le fait que le vapotage augmente très nettement l’arrêt tabagique par rapport aux tentatives sans aide et même par rapport aux produits pharmaceutiques. Actuellement, le doute que les études cliniques vont confirmer ce qui est constaté depuis une décennie par les acteurs de terrain est seulement entretenu par des lobbyistes de la pharmaceutique.

Légère distanciation sociale avec la « théorie » de la passerelle

Tandis que les bureaucrates du siège central de l’OMS à Genève affirment pour principale raison de leur appel à la prohibition, que le vapotage provoque le tabagisme chez les jeunes, ce rapport de l’OMS Europe se montre plus raisonnable sur la qualité médiocre et de l’ordre de corrélations des éléments utilisés en ce sens. 
« Il existe des preuves modérées que les jeunes non-fumeurs qui expérimentent les EN&NNDS ont au moins deux fois plus de chances d’expérimenter le tabagisme plus tard. Les données disponibles jusqu’à présent ne prouvent toutefois pas que cette association est causale. Alors que certains auteurs pensent que l’utilisation des ENDS et le tabagisme sont initiés indépendamment les uns des autres, en raison de propension commune aux comportements à risque, d’autres pensent que la similitude entre les ENDS et le fait de fumer facilite la trajectoire d’un produit à l’autre au sein d’un cadre d’apprentissage social », résume l’OMS Europe (notre emphase).
Cependant, ce rapport ne va pas jusqu’à rendre compte que l’essor du vapotage aux États-Unis, en France et en Angleterre s’est accompagné de chutes sans précédent du tabagisme adolescent. Il ne mentionne pas non plus les études montrant au contraire que le vapotage des adolescents réduit leur entrée en tabagisme, notamment l’analyse de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), ou en aide à réduire ou sortir du tabagisme

Les arômes, outil pour favoriser les effets de report de consommation?

Cible des prohibitionnistes, le thème des arômes est traité avec moins de qualité que d’autres sujets du rapport. Il affirme de manière plutôt absurde que « l’usage des liquides aromatisés est généralement plus élevé chez les jeunes et les jeunes adultes que parmi les adultes plus vieux ». Tous les liquides étant aromatisés, cette phrase n’a aucun sens. 

L’auteur note tout de même que les arômes jouent un rôle dans la transition des cigarettes vers le vapotage, effet qui peut s’inverser en cas de prohibition. « Lorsque le goût souhaité n’est pas disponible dans le produit nicotinique souhaité, une partie des utilisateurs peut le rechercher dans un autre produit de nicotine de second choix ».

Attention aux effets pervers des réglementations

Le rapport d’Armando Peruga conclue avec des recommandations dont : prévenir l’initiation des non-fumeurs et des jeunes aux EN&NNDS, réduire les risques de l’usage des produits, interdire les affirmations de santé, protéger les anti-tabac des intérêts liés au vapotage, y compris de l’industrie du tabac. Mais il ajoute que les autorités régulatrices devraient prendre garde à « avoir à l’esprit les conséquences inattendues de toute mesure régulatrice ». Il semble assez évident que plusieurs de ses recommandations de restriction contre le vapotage auraient de telles conséquences perverses, en faveur du maintien du tabagisme.

Ce rapport marque un écart significatif sur plusieurs points et interprétations par rapport à la ligne fondamentaliste anti-vape prédominant à la direction de l’OMS. Il reste cependant très loin de saisir de manière cohérente l’approche de réduction des risques. Dans le contexte actuel, il me semble tenter de concilier des points de l’approche britannique à des éléments de la ligne officielle fondamentaliste. Le déni de l’efficacité de la politique anti-tabac britannique par les tenants anti-vape de l’OMS tel que Vinayak Prasad étant ridiculement intenable devant toute personne qui connait le sujet.

A noter : l'OMS Europe a aussi publié le même jour deux autres briefs. Une description comparant les réglementations sur le vapotage entre quatre pays: le Royaume-Uni, le Canada, le Brésil et la Corée du Sud. Ainsi qu'un brief sur les cigarettes de tabac chauffées.

vendredi 29 mai 2020

Vape et droit à la réduction des risques: Conférences et discussions d'intérêt en libre accès par visio

Des interventions ce 30 mai pour la journée mondiale de la vape, et au moins trois rendez-vous sur la première quinzaine de juin s’annoncent très intéressants concernant les questions de réduction des risques, du vapotage et ses dimensions sociales et politiques.

Tous libres d’accès, certains nécessitent de s’inscrire.

Ce 30 mai à l’occasion du World Vape Day

Plusieurs discussions en ligne proposées par des organisations de défense de vapoteurs. 
  • En italien, l’ANPVU invite à débattre à partir de 15 h sur sa chaîne Youtube : Stefano Caliciuri (Sigmagazine), Umberto Roccatti (ANAFE), Barbara Mennitti (Sigmagazine), Prof. Riccardo Polosa (COHEAR), Antonella Panuzzo (UNIECIG), Dott.ssa Giuseppina Massaro (Psicologa-coach), Dott. Fabio Beatrice (Centro Antifumo), Mosè Giacomello (VAPITALY), Carmine Canino (ANPVU). Ce sera aussi en direct sur Radio Radicale (info de Sigmagazine)

TPD review: Opportunity or catastrophe ? – 4 juin à 19h (18h Anglaise), avec Clive Bates organisé par la New Nicotine Alliance UK (NNA UK)

En anglais, gratuit sur inscription à https://zoom.us/webinar/register/WN_CBVc78kqQvuj0Zrtf4_pew
NNA UK Clive Bates TPD review: opportunity or catastrophe ?" La directive européenne actuelle sur les produits du tabac (TPD), en vigueur depuis 2014, a eu un impact significatif sur la manière dont les produits de nicotine plus sûrs sont réglementés, fabriqués, commercialisés et consommés à travers le Royaume-Uni et les États membres de l’UE. Une révision de cette directive étant en cours, que pouvons-nous attendre de l’avenir et que peuvent en faire les consommateurs ? Est-ce une opportunité pour les consommateurs de s’engager avec les décideurs politiques pour influencer la réglementation ou allons-nous faire face à une catastrophe de mauvaise réglementation? Cela affectera-t-il le Royaume-Uni maintenant que nous avons quitté l’UE ou serons-nous toujours liés par les règles de la DPT? Quelles leçons le gouvernement britannique peut-il tirer des avantages et des défauts de la précédente DPT et que peuvent faire les consommateurs britanniques et européens pour guider les politiciens dans une direction sensée? Clive s’appuiera sur sa connaissance approfondie de ce domaine politique pour aborder ces sujets et bien plus, avec du temps alloué par la suite aux participants pour poser des questions directement à Clive ».

City Health forum: ‘Compassionate public health for compassionate societies’ – 4 juin de 16h à 20h

Avec Ethan Nadelmann, David Sweanor, Alex Wodak, Marewa Glover, Michael McGrady, Cinzia Brentari, Jim McVeigt, Hannah Timpson et Magdalena Dabkowska, organisé par Knowledge Action Change (KAC). 
En anglais, accès libre, vous trouvez les détails du programme sur le site https://cityhealthinternational.org/conferences/2020-programme

Global Forum on Nicotine 2020 : Nicotine, science, ethics and human rights, 11 et 12 juin de 12h à 17h30 

Une trentaine d’intervenants. En anglais, accès gratuit sur inscription à 
https://gfn.events/ 

Au programme, notamment la Dre Caitlin Notley, le Dr Konstantinos Farsalinos et le Pr Riccardo Polosa, sur les l’état des recherches sur la nicotine, le tabagisme, le vapotage et le COVID-19 ; les questions d’éthique et de la réduction des méfaits avec Clive Bates, Marewa Glover, Ethan Nadelmann, Fiona Patten, David Sweanor et Alex Wodak ; un discours de Louise Ross, ex-directrice du Stop Smoking Service de Leicester et membre de la NNA UK, en mémoire de Michael Russell ; des interventions de représentants des organisations d’utilisateurs de produits nicotinés à risque réduit, notamment Samrat Chowdhery de l’Association des vapoteurs d’Inde (AVI). 
Le programme complet à https://gfn.net.co/programme20
« Depuis 2014, le GFN a toujours accueilli des participants d’un large éventail de groupes, de professions et de disciplines, ce dont KAC est fier. En termes simples, nous croyons en la liberté d’expression et la liberté d’association. 
Au cours de l’année écoulée, l’intensité des attaques contre des chercheurs, des universitaires et des professionnels de la réduction des méfaits du tabac à travers le monde a considérablement augmenté. Des organisations ont été calomniées et des attaques ad hominem lancées contre des individus pour leurs opinions ou leurs connexions.
Comme toujours, et peut-être plus encore en cette année critique, le GFN est ouvert à tous ceux qui s’intéressent à la science et à la politique sur la nicotine. Il est ouvert à tous ceux qui souhaitent réduire le nombre de décès et de maladies liés au tabac dans le monde. Et il est ouvert à tous ceux qui reconnaissent que la lutte mondiale contre le tabac échouera sans l’ajout stratégique de la réduction des méfaits du tabac, sous la forme d’un accès généralisé à des produits de nicotine plus sûrs. Nous nous réjouissons de vous accueillir les 11 et 12 juin - et espérons, vous voir nombreux à Varsovie, où nous prévoyons de nous rencontrer à nouveau en juin 2021 », explique Paddy Costall, co-directeur de l’organisation du GFN.
Note sur le financement du GFN par l’organisation KAC :
« Comment le GFN est-il généralement financé? Lorsqu’il est organisé en tant qu’événement en personne, le forum est entièrement financé par les inscriptions et ne reçoit aucun parrainage de fabricants, de distributeurs ou de détaillants de produits nicotinés, y compris de sociétés pharmaceutiques, de cigarettes électroniques et de tabac. Toutes les organisations qui soutiennent la conférence approuvent l’événement, mais n’ont aucune implication financière ou administrative dans l’organisation de l’événement. »

dimanche 24 mai 2020

#TobaccoExposed : l'OMS viole la Convention-cadre anti-tabac

Entrée en vigueur en 2005 et signée par 167 pays et l’Union européenne, la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) intègre, dans la définition de ses objectifs, l’approche de réduction des risques. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de lancer une nouvelle campagne contre le vapotage. Si outrancière qu’elle touche au ridicule en mettant en scène une enfant de huit ou neuf ans. En la signant de la CCLAT, l’OMS bafoue le texte fondateur de la Convention en stigmatisant l’approche de réduction des risques.

Mais l’OMS semble aussi prendre à la légère les décisions des membres de la Convention, qui lors de sa dernière assemblée en 2018 (COP8) ont refusé d’assimiler le vapotage au tabac. Contrairement aux cigarettes chauffées, qui elles ne sont « étonnamment » pas même mentionnées dans la campagne de l’OMS. Pourtant la responsabilité des pays membres de la CCLAT est pleinement engagée par la campagne de l’OMS faite en leur nom. Ce point est d’autant plus sensible que le dénigrement du vapotage mine les programmes de lutte anti-tabac de pays finançant la Convention-cadre. On peut penser notamment au Royaume-Uni et à la France (
~6 % chacun du financement de la CCLAT).


Le vapotage n’est pas un produit de tabac

Factuellement, le vapotage n’est pas un produit de tabac. Il ne contient pas de tabac et fonctionne sans combustion. Il ne dégage donc ni monoxyde de carbone ni goudron, les deux principaux serial-killers de la fumée. Le vapotage est utilisé par des dizaines de millions d’ex-fumeurs pour consommer de la nicotine en évitant les risques des cigarettes. Les méfaits sont ainsi réduits d’au moins 95 % selon les estimations scientifiques des organismes de santé publique indépendants britanniques. Dans les pays développant des politiques d’aide à l’arrêt tabagique, de nombreux professionnels socio-sanitaires de terrain l’utilisent pour aider des fumeurs à quitter le tabac fumé.

Ce sont des raisons pour ne pas amalgamer le vapotage au tabagisme malgré les fortes pressions des compagnies pharmaceutiques, mais aussi celles des grandes nations tabagiques lors de la COP 8. Illustrant la dissonance, la nouvelle campagne de dénigrement lancée par la direction de l’OMS survient au moment où une étude anglaise montre que la méfiance du public envers le vapotage, répandue par ce type de propagande, favorise le maintien dans le tabagisme.
« Nos résultats mettent en évidence la nécessité d’une augmentation de couvertures médiatiques et de campagnes de santé publique axées sur la réduction des méfaits pour la santé lorsque l’on passe du tabac fumé au vapotage et la nécessité d’une réduction de la couverture médiatique alarmiste », soulignent Olga Perski, Emma Beard et Jamie Brown, de l’University College London, dans leur étude publiée dans la revue BMC Medicine.

Prise en otage émotionnelle perverse

Dans la veine sensationnaliste, la nouvelle charge anti-vape de la direction de l’OMS prend en otage émotionnel par des photos-montages de jeunes enfants, pour prétendre que le vapotage conduit à fumer. C’est tout simplement mensonger.

Les analyses rigoureuses, notamment en France par l’OFDT et l’École des mines de Saint-Étienne, au Royaume-Uni par l’Action on Smoking and Health, les statistiques sur vingt ans du tabagisme adolescent aux États-Unis, ainsi que d’autres études (liste non exhaustive), montrent que le tabagisme adolescent recule sous l’impact du vapotage.

Des papiers ne tenant pas compte du tabagisme des proches, le principal facteur de risque de tabagisme des adolescents, ont abouti à des résultats biaisés pour affirmer que le vapotage pouvait avoir un « effet passerelle ». Mais la chute accélérée du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s’est répandu depuis dix ans suffit à invalider cette théorie fumeuse.

Dans le monde réel, malgré son interdiction de vente aux mineurs, le vapotage détourne une partie de ceux-ci d’essayer la cigarette, qui dans sept cas sur dix aboutit à un tabagisme à long terme. Une large partie des ados ne font qu’expérimenter ponctuellement le vapotage et souvent sans nicotine (p.ex. récent les données allemandes de Debra). Chez ceux qui l’utilisent de manière régulière, la vaste majorité est déjà dans une démarche pour sortir ou réduire un tabagisme précoce.

Campagne programmée pour provoquer ce qu’elle prétend éviter?

La campagne de l’OMS a toutes les caractéristiques de communications contre-productives déjà vues dans le passé. Que ce soit celle de Nancy Reagan contre les drogues, ou les tournées des cigarettiers dans les écoles des années 1980', elles ont toutes abouti à faire augmenter la consommation qu’elles prétendaient faire reculer.

Ce type de communication provoque ce qu’elle prétend faire éviter chez les jeunes. Mais elle incite les parents à adopter une attitude de crainte et court-circuiter toute réflexion rationnelle. Des effets qui permettent d’obtenir des crédits dans une fuite en avant pour mener la « guerre » à un problème initialement inexistant.
« Les perceptions négatives et les craintes du grand public, renforcées par l’image négative que véhiculent les médias, ont fait des drogues et de ceux qui en consomment des “cibles faciles” pour les politiciens et d’autres élus en quête de voix. L’exemple le plus frappant est ce que les sociologues ont qualifié de “panique morale”, qui consiste à attribuer de façon exagérée ou mensongère un comportement dangereux à un groupe particulier, tel qu’une minorité ou une sous-culture (souvent en exposant des cas extrêmes comme s’ils étaient ordinaires) », rapport 2017 (p. 28) de la Commission globale de politique en matière de drogues (GCDP).
Dans un article sur cette nouvelle campagne de l’OMS, le Dr Philippe Arvers, médecin des armées et administrateur de la Société francophone de tabacologie (SFT), s’interroge sur cette attaque ciblée.
« Cette année, au lieu de se focaliser sur le tabac chauffé, l’OMS veut diaboliser la nicotine en utilisant des enfants. Les affiches proposées sont plus que tendancieuses et ne reposent sur aucun fondement scientifique. Au contraire, elles peuvent être incitatives à expérimenter les produits du tabac », Dr Philippe Arvers, article sur son compte Linkedin.

Incompétence abyssale des cadres de l’OMS sur le sujet

Il est difficile de déterminer, sans enquête indépendante ayant accès à des documents et à la nature des sources de financement de ce programme de l’OMS, si la campagne est motivée pour servir des intérêts financiers ou si elle n’est que le fruit d’une incompétence larvée dans une vision étriquée.

Au crédit de la lecture d’un moteur idéologique arriéré, il est clair que l’expertise des cadres de l’OMS sur la réduction des risques face au tabagisme est affligeante de nullité. La présentation de Ranti Fayokun au Conseil exécutif en février dernier à Genève sur le sujet — disponible en replay sur le site de l’OMS — est symptomatique à ce sujet : ignorance de notion basique de chimie, contresens sur des données scientifiques, malhonnêteté intellectuelle, absence de toute réflexion de gestion des risques et mépris du public concerné.

De son côté, Vinayak Prasad, directeur du programme Initiative pour un monde sans tabac (TFI) de l’OMS financé par la Bloomberg Philanthropies Company, a mené la campagne médiatique anti-vape autour du rapport Mpower à l’été 2019. Auparavant, il a été haut fonctionnaire de l’État indien durant 18 ans, notamment au ministère des Finances. Son interview avec David Nazar, enregistré fin février 2020, parle de lui-même sur l’absence de prise en compte des réalités humaines et des données scientifiques qui ne souscrivent pas à son a priori.
Les contenus du briefing de Ranti Fayokun et de l’interview de Vinayak Prasad sont dans la ligne idéologique de la scandaleuse page sur le vapotage, même après modification, que l’OMS avait publié en janvier. Pourtant à plusieurs reprises, des scientifiques et experts, des organismes de santé, des médecins, en Allemagne aussi, des tribunes dans des revues spécialisées, et même la santé publique britannique ont tenté de faire revenir l’OMS à la raison. Comme le déclare Vinayak Prasad dans son interview (ci-dessus), les cadres de l’OMS refusent de prendre en compte ces expertises et études.

Qui a intérêt à empêcher les fumeurs de sortir de la cigarette?

Mais si l’OMS viole aussi brutalement ses principes de fonctionnement, à la fois d’honnêteté scientifique et de respect des votes de la Convention, ainsi que les principes mêmes de la Convention, on peut se demander si ce n’est peut-être pas par un effet d’une troisième violation de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac : celle stipulée à son article 5.3, d’élaborer les programmes anti-tabac à l’abri de l’influence de l’industrie du tabac. 

Or, le cas indien est, au minimum, troublant. Troisième producteur mondial de tabac et actionnaire d’ITC — le Big Tobacco indien —, l’influence de l’Inde sur la Convention anti-tabac de l’OMS s’est accrue de manière prépondérante ces dernières années. D’une part de manière officielle, à travers l’organisation de la COP 7 à Delhi en 2016 et la présidence par Preeti Sudan de la COP 8 à Genève en 2018 notamment.
« En jouant le jeu d’ITC, le gouvernement protège et promeut la part de marché monopolistique de 80 % dont jouit ITC. Cela va à l’encontre du principe de concurrence dans l’intérêt du consommateur. ITC a réussi à invoquer des raisons de santé comme si les cigarettes fabriquées par ITC protégeaient la santé du fumeur et celles fabriquées uniquement par des étrangers provoquaient le cancer », soulignait déjà en 2012 l’analyste financier Janardan Kothari sur MoneyLife India.
D’autre part, l'Inde a accrue son influence au sein des organes de direction à l’OMS par la nomination en son sein d’ex-haut-fonctionnaires indiens. C'est un secret de pacotille, l’Inde milite pour la prohibition du vapotage qui fait concurrence à son tabac et ses cigarettes. Depuis la prohibition de la vape en Inde, ITC a d’ailleurs lancé en début d’année ses nouvelles cigarettes « fruitées » (voir photo) pour essayer de récupérer des clients.
« Dans un sens faible, le décret de prohibition du vapotage ne fait que susciter l’inquiétude que le gouvernement [Indien] utilise la santé des individus comme un écran de fumée pour une augmentation de ses revenus. Le fait d’être le plus grand actionnaire de la plus grande entreprise de tabac donne au gouvernement une incitation directe à ne pas faire progresser la santé publique », Nihal Sahu et Vedantha Sai, dans l’International Journal of Constitutional Law du 29 février 2020.

Financements opaques par un oligarque à la morale douteuse

De même, les financements de l’OMS par la Bloomberg Philanthropies Company, qui n’étant pas une fondation ne présente aucune transparence de ses comptes, sont aussi extrêmement problématiques puisque personne ne peut savoir quels intérêts financiers sont ainsi défendus et représentés. Aucun élément financier n’est accessible de manière transparente. D’une part, Michael Bloomberg refuse de publier sa propre déclaration d’impôt, et surtout, d’autre part, il a enregistré sa compagnie « philanthropique » sous le régime de Liability Limited Company (LLC) permettant l’opacité totale sur les comptes.
« Une “LLC philanthropique” peut contourner les règles habituelles en toute légalité. Elle n’est soumise à aucune obligation annuelle de distribution minimum de fonds à des causes caritatives, ni à aucune restriction concernant les délits d’initiés (lorsqu’un donateur doit s’interdire de faire un don qui lui profite directement) », précisent les sociologues Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West de l’Université d’Essex (UK), dans leur article de 2018, Le philanthrocapitalisme et les « crimes des dominants ».
Dans son ouvrage Follow the money, Sarah Reckhow, politologue de l’Université du Michigan, estime que ces nouvelles LLC constituent une évolution antidémocratique de la « philanthropie » en rendant toute recherche indépendante impossible à leur propos. Rien ne permet au public de connaitre les liens financiers, ou leurs absences, de Bloomberg et de ses entreprises avec les différents intérêts économiques sur le sujet. Il est incompréhensible qu’une telle opacité soit acceptée en regard de l’article 5.3 de la CCLAT.

Des financements par une structure économique à but lucratif et totalement opaque financièrement sont incompatibles avec l’exigence de garantir l’indépendance des activités de l’OMS de l’influence d’intérêts nocifs. Par exemple, comment savoir si les choix stratégiques ne visent pas à pervertir un programme en le détournant vers la lutte contre un moyen d’arrêt tabagique pour protéger des intérêts en place ?

Or Bloomberg a déjà privilégié l’intérêt de ses affaires à l’honnêteté et à la vérité par le passé. Bloomberg News a notamment étouffé la révélation d’un scandale de corruption dans l’élite chinoise pour arranger un futur partenariat économique, comme le montre l’affaire révélée en avril par la National Public Radio (NPR).

La poursuite d’affaires de Bloomberg avec des États tabagiques tels que l’Inde, la Thaïlande ou la Chine sont évidentes, bien qu’aucun détail n’est accessible en raison de l’opacité totale de Bloomberg. Le régime de LLC fait que la Bloomberg Philanthropies Company, n’est pas philanthropique. C’est une compagnie qui vend de la philanthropie. Et nul ne peut juger de la qualité du produit en raison de l’opacité totale sur son fonctionnement et son économie.

Au vu des attitudes incohérentes des organisations que Bloomberg finance dans le domaine « anti-tabac », on ne peut pas écarter que l’affairiste les utilise en monnaie d’échange pour arranger ses partenaires économiques, comme cela a été le cas avec la Chine dans le dossier étouffé par son journal du scandale de corruption.

Les violations des droits humains sont-elles bonnes pour la santé ?

Dans sa haine des vapoteurs, les félicitations récurrentes de l’OMS aux violations de droits humains sont ahurissantes. Une publication de Sovape a listé en janvier certaines des mal-conduites de l’OMS sur le sujet. Exactions de la junte militaire en Thaïlande où sévit le Monopole du tabac thaïlandais, menaces du dictateur cinglé Rodrigo Duterte aux Philippines, répression en Inde où 275 millions de consommateurs de nicotine sont forcés à utiliser les produits les plus nocifs, et modèle totalitaire Nord-Coréen bénéficient du soutien de l’OMS.

Une enquête indépendante est nécessaire

Dans ces conditions, une enquête sur les activités et les procédures de décision de l’OMS sur ce dossier est absolument nécessaire pour lever les doutes sur une éventuelle stratégie de manipulation ou d'instrumentalisation, clarifier le niveau de compétences des responsables, et éventuellement donner des balises d’un fonctionnement efficace et honnête à l’institution sur le sujet.

Des chercheurs de l’Université d’Édimbourg ont déjà alerté en 2018 sur le risque de stratégie de « cheval de Troie » au sein d’accord multilatéral concernant la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac. Le dernier épisode de cette nouvelle campagne de l'OMS concrétise cette crainte.
« Les deux organisations [l’OMS et la Banque mondiale] sont financées par une poignée de philanthropies privées et font face à des risques similaires pour une lutte antitabac efficace : réduction de la responsabilisation et de la mobilisation des ressources, mauvaise autorité décisionnelle en raison de l’influence spécifique des donateurs et difficulté de suivi et d’évaluation », souligne l’étude dirigée par le Dr Mitsuru Mukaigawara, publiée par Wellcome Open Research
Une enquête indépendante devrait chercher à déterminer si la direction de l’OMS :
  • viole le principe de réduction des risques de la définition (1.d) de la lutte anti-tabac du texte fondateur de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac
  • a violé la décision de la dernière assemblée (COP8) de la Convention-cadre avec cette campagne assimilant le vapotage au tabac
  • respecte ou au contraire nuit aux politiques anti-tabac de pays membres, notamment du Royaume-Uni ou de la France
  • respecte dans l’élaboration de ses programmes le principe d’indépendance envers les intérêts de l’industrie du tabac, notamment de l’Inde actionnaire des cigarettiers ITC et VST
  • s’assure de l’indépendance et de la probité de ses sources financières, notamment celle de Bloomberg qui est totalement opaque au public
  • examine et analyse avec rigueur et sérieux les études et données scientifiques à disposition, ce qui semble improbable à la lecture des publications de l’OMS sur le sujet
D’autres sujets connexes devraient aussi être éclairés par un tel audit. L’OMS respecte-t-elle le principe médical de ne pas nuire — « primum non nocere » —, en incitant des fumeurs à ne pas arrêter de fumer à l’aide du vapotage ? Le droit à la santé comprend la réduction des risques, ce qui dans la tradition humaniste s’enracine dans le droit individuel à la sauvegarde de sa propre intégrité physique. En incitant à la prohibition ou au maximum d’entraves à l’accès légal du moyen de réduire les risques pour les fumeurs, l’OMS respecte-t-elle encore ce droit humain ? Le soutien à des exactions et répressions violentes de régimes autoritaires contre les usagers de vapotage, en Thaïlande, Inde et Philippines notamment, devrait aussi être examiné.

Il est urgent que les pays démocratiques, soucieux des droits humains et d’approches de santé publique efficaces face au tabagisme, réagissent face à la dérive toxique de l’OMS contre les vapoteurs, et qui, de fait, favorise le tabagisme et les industries bénéficiant de ce fléau sanitaire. La crédibilité des autorités de santé des pays démocratiques est aussi en jeu. Ne pas dénoncer cette campagne outrancière et nocive de l’OMS serait de facto s’en faire complices aux yeux du public concerné. Et la période n'est pas à la confiance aveugle...


samedi 16 mai 2020

#SaveRayYeates Les autorités canadiennes veulent couper de force l'oxygène à un vapoteur de 70 ans atteint de BPCO

Aujourd'hui, Ray Yeates est pour ainsi dire dans le couloir de la mort. Pourtant depuis 2013, il ne fume plus et son emphysème s'est stabilisé. Plus, le cancer des poumons qui lui avait été diagnostiqué ne s'est plus manifesté. Ce qui le menace de mort ce sont les autorités de l'État canadien de Nova Scotia. Avec l'état d'urgence promulgué, elles lui ont annoncé bientôt lui retirer sa bouteille d'oxygène, de force si nécessaire. Cet oxygène le maintient en vie. Le prétexte invoqué par les autorités de Nova Scotia est qu'il vapote. Sans son oxygène, Ray Yeates a de fortes probabilités de mourir en étouffant.

Ray Yeates est atteint d'un emphysème diagnostiqué depuis 2013. La cause est claire, il a fumé dès son adolescence pendant 49 ans. Il a tenté de multiple fois d'arrêter sans succès. Fin 2013 pour se sortir du tabagisme, il opte avec bonheur pour le vapotage. Enthousiaste, il crée dans la foulée l'association canadienne de défense des usagers de produits à risques réduits face au tabagisme: la Tobacco Harm Reduction Advocates du Canada (THRA-Canada). 

Mis à mort parce qu'il vapote

Cette décision ressemble à une condamnation à mort, sans procès, sans défense, sans recours possible. Et ceci pour le seul "crime" d'avoir arrêté de fumer avec le seul moyen qui s'est montré efficace pour lui. Le temps presse pour sauver Ray Yeates. Un des rares moyens à disposition est la pression sur les autorités dans l'espace public. Mais qu'il soit clair que si Ray Yeates venait à succomber à ce traitement inhumain, ce serait un assassinat prémédité des autorités canadiennes.

En 2014, Ray Yeates défendait déjà la vape face au tabagisme:

jeudi 14 mai 2020

Analyse du tabagisme adolescent américain sur 20 ans: la vape détourne des jeunes de la cigarette

Une nouvelle analyse, parue dans la revue Addiction le 25 avril, montre que l’apparition du vapotage aux États-Unis a favorisé la chute du tabagisme adolescent. Entre 1999 et 2018, le taux de tabagisme établi des 12 à 17 ans américains est passé de 12 % à moins de 1 %. L’apparition du vapotage autour de 2009 a accéléré la chute du tabagisme adolescent, un phénomène qui écarte la possibilité d’un effet de passerelle du vapotage vers le tabagisme. Mais la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, vont plus loin en ayant calculé la courbe contre-factuelle de l’évolution du tabagisme adolescent si la vape n’était pas apparue. Leur analyse montre que, sans la vape, autour de 2,5 % des adolescents américains de plus seraient fumeurs établis.

L’usage établi comme critère d’inclusion

Les deux chercheurs universitaires se sont appuyées sur les données de 1999 à 2018 de l’enquête annuelle nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), qui ont interrogé de 12 500 à 31 000 jeunes de 12 à 17 ans chaque année. Ils ont pris en compte les jeunes qui avaient fumé au moins 100 cigarettes ou vapoté au moins 100 jours dans leur vie. Ce choix de critère « est motivé par le fait que l’usage établi, plutôt que l’initiation ou expérimentation ponctuelle, est pertinent pour les risques sanitaires au niveau de la population », expliquent les auteurs. 

Ils se démarquent ainsi des études prenant en compte toute utilisation, même d’une seule taffe. Prendre en compte l’exposition cumulative à vie a aussi permis aux chercheuses de contourner une erreur du questionnaire aux adolescents concernant leur expérimentation du vapotage, qui n’a été corrigée qu’en 2014.

L’écroulement du tabagisme adolescent

À partir de ces données, la Dre Arielle Selya et Floe Foxon ont analysé les taux de fumeurs, vapoteurs et double-usagers (à la fois fumeurs et vapoteurs) au fil des années depuis 1999. Traçant ainsi leurs évolutions à travers une courbe tendancielle. Le tabagisme établi a fortement diminué chez les adolescents américains au cours des deux décennies. L’apparition du vapotage autour de 2009 a progressé au fil du temps, ainsi que le double-usage cigarettes et vape.


Le détournement de la cigarette par le vapotage est en soi un bénéfice de santé publique, par la diminution du risque individuel estimée à au moins 95 % par le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England. Les auteurs soulignent également qu’en additionnant les différentes consommations établies, le total des consommateurs de nicotine a continué de baisser après l’arrivée du vapotage. « L’introduction du vapotage n’apparaît pas avoir provoqué de changement de tendance de la prévalence totale des consommateurs de nicotine », soulignent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.
« L’examen de la consommation de nicotine des adolescents montre que l’apparition du vapotage ne semble pas avoir augmenté la prévalence totale des adolescents consommateurs de nicotine, ni servi de passerelle vers la consommation de cigarettes. En fait, les résultats sont plus cohérents avec un effet de détournement des adolescents de la consommation de cigarettes par le vapotage », résument les deux chercheuses. 

Que ce serait-il passé sans la vape ?

Leur analyse contre-factuelle montre que, si la vape n’était pas apparue, de 0,5 % à 4,5 % de l’ensemble des 12 à 17 ans américains supplémentaires seraient devenus fumeurs établis par rapport au taux de fumeurs, y compris les doubles-usagers, dans la situation actuelle avec la vape. 


Une initiation au vapotage près de deux ans après celle du tabagisme

Les chercheurs ont également analysé les évolutions de l’âge d’initiation des différents usages. « Des études antérieures ont montré qu’une initiation plus jeune est un facteur de risque de consommation ultérieure de nicotine », précisent-ils. Depuis l’apparition du vapotage, l’âge d’initiation aux cigarettes (fumées) a augmenté, passant d’une première cigarette dans la 11e année à une première expérience dans la 12e. La première initiation au vapotage se situe en moyenne plus tard, au cours de la 13e année. Cet âge moyen ne semble pas avoir évolué. 

Par contre, l’entrée en double-usage s’est abaissée au fil des années. L’interprétation a donner à cette évolution n’est pas discutée par les auteures. On peut imaginer que les jeunes ont intégré de tenter de passer au vapotage pour se défaire du tabagisme plus tôt, ou dans une approche négative, que la consommation des deux produits devient courante plus jeune. Des enquêtes qualitatives pourraient aider à explorer la question.
« Le marketing du vapotage ne semble pas avoir abaissé l’âge de la première exposition à la nicotine des jeunes adolescents. Toutefois, l’âge de l’initiation au double usage tend à un certain déclin, tout en restant à un âge nettement plus élevé que celle aux cigarettes. Ce point demande une étude plus approfondie avec les données à venir », synthétisent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.

Un effet de détournement connu et confirmé, mais tabou

La démonstration du phénomène de la réduction accélérée du tabagisme sous l’impact du vapotage n’est pas à proprement nouvelle. Notamment aux États-Unis, le Pr David Levy, de l’Université de Georgetown (Washington, USA) avait montré une accélération par trois de la chute du tabagisme adolescent dans une étude que nous avions relatée en 2018, et qu’il a présentée au Sommet de la vape 2019 à Paris dont la vidéo (20 min) est en accès libre en anglais et en version doublée en français.

Un point fort de la nouvelle étude de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, en plus du nombre d’années prises en compte dans l’évaluation, est de présenter le calcul de la situation contre-factuelle. Cette projection réduit de facto à néant les études biaisées prétendant illustrer la théorie fumeuse de l’effet passerelle vers le tabagisme du vapotage.

Le point aveugle du poids réglementaire

Un point faible de l’étude est la mise sur le côté de l’influence des réglementations. Sur le vapotage notamment, les États ont suivi des politiques différentes. L’interdiction de vente des produits de vapotage aux mineurs est entrée en vigueur au niveau fédéral en 2016. La réglementation de la publicité varie entre les États et parfois même au sein de ceux-ci. Aussi, le Family smoking prevention and tobacco control act (FSPTC) a donné autorité sur les produits du tabac à la Food and Drug Administration (FDA) en 2010. 
« Étant donné que la mise en œuvre de cette loi par la FDA a fait l’objet de critiques et que peu de recherches ont examiné son efficacité, l’effet réel du FSPTC sur la prévalence de l’usage de nicotine reste ambigu. (...) Ayant trouvé des preuves d’un possible effet de détournement en utilisant la modélisation des tendances contre-factuelles, de futures recherches devraient examiner d’autres facteurs de confusion au niveau de la population, tels que les réglementations », précisent les chercheurs.

vendredi 17 avril 2020

USA, Covid-19 et vapotage: la FDA rétracte la fake news diffusée par Bloomberg

« On ne sait pas si l’exposition au vapotage augmente le risque de Covid-19 », a reconnu hier la Food and Drug Administration (FDA) américaine, par la voix de sa chargée de comm' Alison Hunt. Deux semaines après une sortie vaseuse d’un de ses collègues publiée par Bloomberg, la porte-parole de la FDA rétracte la mal-information alarmiste en demandant à ce média de la corriger. Mais le correctif de Bloomberg, signé Tiffany Kary, passe sous silence la lettre de treize experts anti-tabac envoyée à la FDA le 31 mars. 

Bloomberg ne donne pas la parole aux treize experts anti-tabac

« Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? », demandaient notamment les signataires, dont le Procureur général de l’Iowa Tom Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK).

Le silence de Bloomberg sur la prise de position des experts anti-tabac n’est pas surprenant. Le site est détenu par Michael Bloomberg, affairiste du top 10 des fortunes mondiales et en guerre contre l’arrêt tabagique avec le vapotage et l’approche de réduction des risques à travers plusieurs de ses entreprises, telles que la Bloomberg Philanthropies Company LLC. 

Les méthodes de caïd de Bloomberg révélées par NPR

Sur un autre domaine, l’affaire révélée par la National Public Radio (NPR) cette semaine illustre les méthodes Bloomberg et le peu de cas qu’il fait de la vérité et de son expression lorsque ses intérêts financiers sont en jeu. Fin 2013, Bloomberg News a étouffé une enquête sur la corruption de dirigeants en Chine, viré le journaliste et harcelé son épouse pour la forcer à signer un accord de non-divulgation (NDA). 

Le reportage non publié concernait les liens entre des dignitaires, dont des membres de la famille du dictateur Xi Jinping, avec le chinois le plus riche du pays Wang Jianlin. Sa publication aurait nui aux intérêts financiers de l’empire Bloomberg en froissant le régime chinois. NPR conclue en se demandant combien d’autres faits sont cachés par Bloomberg à l’ombre du secret des contrats de non-divulgation. 

Que cachent les anti-vape soumis à Bloomberg?

Une question pertinente pour la santé publique au vu de son énorme influence et de ses investissements colossaux dans de multiples organisations, dont certains cadres de l’OMS, mais aussi l’organisation STOP, le Bureau of investigative journalism, le Global center for good governance in tobacco control, en partenariat avec la junte militaire thaïlandaise et l’OMS, et aux Etats-Unis, la Fondation du CDC, Campaign for Free-Tobacco Kids (CTFK) etc. Quelle crédibilité donner à ces médias et organisations sous le contrôle d’un affairiste usant de telles méthodes pour protéger ses intérêts commerciaux?

"Xi Jinping n'est pas un dictateur", Michael Bloomberg interviewé 
sur PBS en septembre 2019 https://youtu.be/TOu-2mulMog 


mercredi 8 avril 2020

Nicotine et Covid-19: enquête lancée auprès des usagers

À l’origine, un constat inattendu, mais hypothétique. La part de fumeurs atteints du Covid-19 serait de quatre à dix fois moindre que le taux de tabagisme de la population, selon les premières données parcellaires publiées sur les cas de Covid-19 en Chine et les statistiques préliminaires du Center for Disease Control (CDC) américain. Ces données sont parcellaires, préliminaires et peuvent comporter des biais. Une explication possible du phénomène pourrait être un effet protecteur de la nicotine. Pour documenter le sujet, et éventuellement écarter la piste ou l’approfondir, une enquête en ligne a été lancée ce lundi.
Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M

Le recueil de données est organisé par les associations Aiduce, représentant les vapoteurs en France, et Sovape, qui défend la réduction des risques face au tabagisme (et dont je suis membre du comité). Les données seront analysées en collaboration avec le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue renommé et très investi dans le champ de l’arrêt tabagique.

Les données qui interrogent

Selon les données de treize études chinoises, qui portent au total sur près de 5960 patients, dont 55,1 % d’hommes, le taux de fumeurs oscille de 1,4 % à 12,6 % parmi les hospitalisés pour Covid-19. Alors que le tabagisme concerne 26,6 % de la population générale, avec 50,5 % des hommes et 2,1 % des femmes en Chine. « La prévalence [tabagique] regroupée observée dans les 13 études analysées était d’environ 1/4 de la prévalence de la population. De manière consistante, une prévalence faible du tabagisme actuel a été observée dans toutes les études », constatent Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni, de l’Université d’Athènes et Raymond Niaura, de l’Université de New York dans un article préliminaire et non-révisé en libre accès sur la plateforme Qeios.

Les données américaines publiées par le CDC portant sur les cas entre le 12 février et 28 mars sont encore plus marquées : les fumeurs diagnostiqués Covid représentent 1,3 % des cas diagnostiqués, 2,1 % des hospitalisés et 1,1 % des cas en réanimation. Les fumeurs américains sont estimés à 13,7 %. Plus près de 6 % d’autres Américains qui utilisent d’autres produits nicotinés, comme le vapotage, le snus, etc., selon les données du même CDC de 2018. Les ex-fumeurs sont également sous-représentés dans les cas diagnostiqués comptant pour 2,3 % des cas de Covid-19 américains.
Les données préliminaires sur le Covid-19 et les caractéristiques de santé publiées par le CDC le 31 mars 2020

Des raisons de douter de possibles biais

Ces données ne sont pas consolidées, elles concernent une maladie émergente très récente. Plus particulièrement concernant les données provenant de Chine, il y a des raisons de douter de leurs fiabilités, comme le relève Carl Phillips. À part l’OMS, personne de sérieux ne croit encore aux chiffres avancés par la Chine sur les cas de Covid et les décès. Ceci ne signifie pas forcément que les panels des études publiées soient faussés, mais cela ne plaide pas pour leur accorder une confiance aveugle.

Cependant, la consistance entre les 13 études chinoises sur la sous-représentation de fumeurs parmi les malades de Covid-19 parait renforcer la plausibilité du phénomène. A fortiori, les données du CDC américain montrent cette tendance de manière encore plus prononcée.

Mentir pour sauver sa peau en Californie

Mais même en écartant une falsification volontaire des données, d’autres biais peuvent se glisser, notamment une sous-déclaration du tabagisme par les patients. L’Université de San Francisco en Californie vient d’officialiser dans son « protocole de tri » : les fumeurs et les vapoteurs de nicotine et/ou de cannabis sont considérés à risque. Autrement dit, en cas de saturation des lits de réanimation, cette caractéristique pèsera en défaveur de leur pronostic vital, raison pour abandonner les soins légalement.

Une partie des fumeurs américains peuvent deviner le risque d'avouer leur consommation. D’où un premier intérêt de former une base de données hors de tout enjeu vital des déclarations pour les patients. Ceci dit, le ratio des données du CDC d’un fumeur malade pour dix fumeurs dans la population est énorme. Est-il plausible que neuf fumeurs américains sur dix aient menti ? Ça parait beaucoup.

En comparaison, dans le cas récent des malades liés aux produits frelatés du marché noir du THC, 11 % des patients de l’Illinois et du Wisconsin, deux États prohibant le cannabis, ont refusé de reconnaître leur usage. Pourtant l’enjeu était important puisque certains patients ont été exclus de leur école ou perdu leur travail à la sortie d’hospitalisation en raison de leur consommation du produit illicite dans ces Etats. Mais il y a peut-être d’autres biais qui s’additionnent à cet effet pour constituer cet énorme écart...? 

Cela demande des données dans lesquelles on peut avoir confiance. Et en particulier pour les consommateurs de nicotine non fumées qui ne sont pas pris en considération, ou de manière peu précise,  dans la plupart des recueils de données officiels.
La Dre Marion Adler, le 8 avril 2020 au journal de midi de la radio France Info, commente les propos du Pr Jean-François Delfraissy, du comité scientifique sur le Covid-19 en France (5mn): https://youtu.be/FCssBR1uJQ4 

Religion ou science ?

L'épidémie de Covid voit une vague de communication anti-fumeurs. Exemple typique, Nicotine and Tobacco Research a publié le 3 avril un article, signé du Pr Ivan Berlin, Dr Daniel Thomas, Dr Anne-Laurence Le Faou et le Dr Jacques Cornuz. Il assène le message du tabagisme facteur de risque pour le Covid-19 en procédant grossièrement par cherry picking. C'est à dire en écartant le fait que les fumeurs sont proportionnellement très nettement moins nombreux à être diagnostiqués avec le Covid-19 dans les données de 5 études chinoises auxquelles ils se réfèrent (prises en compte dans les 13 analysées par le papier de Farsalinos et al.).

« Ces rapports de séries de cas sont descriptifs et ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur l’association de la gravité du COVID-19 avec le statut de fumeur », concèdent les chercheurs. On pourrait s’attendre à ce que le papier se termine sur cette conclusion, mais non... « Cependant, la communauté de la recherche et des soins de santé sur la nicotine et le tabac ne peut ignorer ces signaux », poursuivent les chercheurs qui ignorent les données montrant qu’il y a significativement beaucoup moins de fumeurs contaminés que de fumeurs dans la population dans les recueils de données auxquels ils se réfèrent.  

Une étude discutable pour toute base

S’ensuit un passage sur la voie d’infection du MERS-Cov par les récepteurs de la dipeptidyl peptidase-4 (DDP4). Qui selon eux aurait une ressemblance avec la voie d’infection par les récepteurs de l’enzyme de conversion d’angiotensine 2 (ACE2) pour le Sars-Cov-2. Pour affirmer que les récepteurs ACE2 sont augmentés par le tabagisme, les chercheurs ne s'appuient que sur un papier preprint de Guoshuai Cai, de l'Université de Caroline du Sud. Ils ne signalent pas que cet article est non révisé, ni qu'il a mesuré l'expression des gènes d'ACE2 dans des cellules de poumons prélevées sur des patients atteints de cancer des poumons,. Ils ne précisent pas non plus que les mesures portent sur un nombre de patients si réduit qu’aucun effet significatif n’a été détecté avec les données brutes, et que des différences n’ont été mises en relief qu’avec un modeling mathématique qui produit un effet paradoxal sur les cas des ex-fumeurs sans l’expliquer ni préciser de données permettant d’aborder ce point.

Une fois corrigées selon le modèle mathématique de l'auteur pour pondérer des co-facteurs, ces données montreraient que les cancéreux fumeurs ont une expression des gènes d’ACE2 plus élevée dans leurs poumons que les non-fumeurs. Mais paradoxe qui ne reçoit pas d’explication, les ex-fumeurs ont des taux encore plus élevés. Aucune donnée n’est précisée sur la durée de tabagisme et la durée depuis l’arrêt tabagique des ex-fumeurs.

En réalité, les études montrent plus de complexité au sujet

Plus rigoureux et complet, sans conclusion hâtive sur la base d’un seul preprint, le sujet est abordé par Farsalinos, Barbouni et Niaura : « Le SARS-CoV-2 est connu pour utiliser l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) comme récepteur pour l’entrée des cellules. Il existe une interaction complexe et peu claire entre COVID-19 et le système rénine-angiotensine-aldostérone (1). Jusqu’à récemment, des études ont montré que le tabagisme et la nicotine régulent à la baisse l’expression d’ACE2 dans les poumons et d’autres tissus (2,3). Des analyses plus récentes suggèrent qu’une régulation à la hausse de l’ACE-2 causée par le tabagisme pourrait être préjudiciable au COVID-19 (4,5) »
(1) Vaduganathan M, Vardeny O, Michel T, McMurray JJV, Pfeffer MA, Solomon SD. Renin-Angiotensin-Aldosterone System Inhibitors in Patients with Covid-19. N Engl J Med. 2020. doi : 10.1056/NEJMsr2005760
(2) Oakes JM, Fuchs RM, Gardner JD, Lazartigues E, Yue X. Nicotine and the renin-angiotensin system. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2018;315(5):R895-R906. doi : 10.1152/ajpregu.00099.2018
(3) Yue X, Basting TM, Flanagan TW, Xu J, Lobell TD, Gilpin NW, Gardner JD, Lazartigues E. Nicotine Downregulates the Compensatory Angiotensin-Converting Enzyme 2/Angiotensin Type 2 Receptor of the Renin–Angiotensin System. Ann Am Thorac Soc. 2018 Apr; 15 (Suppl 2): S126–S127. doi : 10.1513/AnnalsATS.201706-464MG.
(4) Cai G. Bulk and Single-Cell Transcriptomics Identify Tobacco-Use Disparity in Lung Gene Expression of ACE2, the Receptor of 2019-nCov. Preprints 2020, 2020020051 doi. 10.20944/preprints202002.0051.v3 (lien ci-dessus)
(5) Leung JM, Yang CX, Tam A, Shaipanich T, Hackett TL, Singhera GK, Dorscheid DR, Sin DD. ACE-2 Expression in the Small Airway Epithelia of Smokers and COPD Patients: Implications for COVID-19. Preprints march 2020. doi. 10.1101/2020.03.18.20038455

Il existe  des éléments « d’une interaction entre la nicotine et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone, bien que de telles interactions restent floues », soulignent Farsalinos, Barbouni et Niaura dans la partie discursive de leur papier. Ils évoquent une autre piste connue de l’effet anti-inflammatoire de la nicotine, sur les récepteurs cholinergiques IL-6.  « La nicotine s’est avérée prévenir les lésions pulmonaires aiguës dans un modèle animal de syndrome respiratoire aigüe(ARDS) et a des effets immunomodulateurs (29,30) ».
(29) Mabley J, Gordon S, Pacher P. Nicotine exerts an anti-inflammatory effect in a murine model of acute lung injury. Inflammation. 2011; 34(4):231-7. doi: 10.1007/s10753-010-9228-x.
(30) Wang H, Yu M, Ochani M, Amella CA, Tanovic M, Susarla S, Li JH, Wang H, Yang H, Ulloa L, Al-Abed Y, Czura CJ, Tracey KJ. Nicotinic acetylcholine receptor alpha7 subunit is an essential regulator of inflammation. Nature. 2003; 421 (6921):384-8

Un appel à ne pas exclure par idéologie les données sur un effet positif de la nicotine

« Dans tous les cas, les observations d’une prévalence du tabagisme constamment faible parmi les cas de COVID-19 en Chine et aux États-Unis, ainsi que les mécanismes potentiels par lesquels la nicotine interagit avec le processus inflammatoire et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone impliqués dans le développement de COVID-19, justifie une enquête urgente sur les effets cliniques de la nicotine pharmaceutique sur la sensibilité, la progression et la sévérité du COVID-19 », concluent les trois chercheurs. 

L’enquête ouverte par les associations Aiduce et Sovape en collaboration avec le Pr Dauzenberg entend apporter des éléments, sans avoir l’illusion de pouvoir être conclusive. Comme l’a montré l’exemple historique de l’épidémie de VIH, il est nécessaire que les usagers se mêlent de ce qui les regarde et se donnent les moyens de constituer des bases de données indépendantes des intérêts des lobbys et des appareils d’État. 

De quoi vous encourager à participer au petit questionnaire, que vous soupçonnez être ou non atteint du virus. Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M


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