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mercredi 13 décembre 2017

En Ontario, une étude va tenter de mesurer si le vapotage et l'auto-support aident les sans-abris à sortir du tabagisme

Paradoxe du calendrier canadien. D'un côté, les députés de l'Ontario ont adopté hier la loi 174 signifiant la mise à mort locale du vapotage. Cette loi, qui regroupe vapotage, tabac et cannabis, interdit tout arôme dans les liquides à vapoter et prohibe aussi toute démonstration, explication, conseil, essai et quelconque information à propos des produits de vapotage en magasin. En somme, une prohibition qui ne dit pas son nom dans la province canadienne. De l'autre côté, la Dr Smitha Pakhalé, directrice du centre de santé communautaire de l'hôpital d'Ottawa, lance une étude clinique pour évaluer l'aide au sevrage tabagique avec le vapotage pour les sans-abris. La nouvelle donne législative locale risque de bien compliquer la réussite des 200 SDF qui seront enrôlés dans l'essai clinique.

Comprendre si le vapotage peut être utile

"Nous essayons de comprendre si le vapotage peut être dans notre boîte à outils, car il a certaines caractéristiques qui pourraient être intéressantes: il peut délivrer des doses précises de nicotine inhalées et, d'autre part, il permet aux fumeurs d'avoir la gestuelle de la main à la bouche qui leur manque", explique la Dr Smitha Pakhalé au journal Ottawa Citizen. Sur les ondes de la radio nationale CBC, elle éclaire la démarche. "D'un côté, des participants recevront des substituts nicotiniques existant tels que patchs, gommes, lozange. De l'autre, dans les mêmes conditions de santé participative avec les gens [people], par les gens et pour les gens, les participants recevront des produits de vapotage à la place des substituts nicotiniques conventionnels", précise la docteure également pneumologue. 

L'aide par les pairs intégrée à la démarche

Le support par les pairs intégré à cette recherche est un point particulièrement original et intéressant. La tradition 'pro-abstinence only' de la prévention du tabagisme évacue l'aide par les pairs, prenant pour postulat que tout fumeur est fondamentalement perverti. L'approche menée par la Dr Smitha Pakhalé rompt avec cette exclusion et s'inspire des autres domaines des addictions où l'aide autogérée a montré ses qualités. Une précédente recherche, publiée en 2016 dans la revue médicale Research and involvement, a défriché le terrain. La 'Participatory Research in Ottawa Management and Point-of-care of Tobacco' (PROMPT) a formé quatre pairs aidant à l'arrêt tabagique pour développer une stratégie participative. "Nous avons conçu le modèle d'engagement et d'action des citoyens d'Ottawa en dix étapes (OCEAM)", explique l'article de l'équipe de la Dr Pakhalé.

Une inégalité sociale pour la santé

L'intérêt de l'approche se justifie notamment par l'inégalité du tabagisme entre groupes sociaux. Alors qu'environ 12% de la population adulte d''Ottawa consomment des cigarettes, une enquête de 2013 (PROUD) montre que 96% des utilisateurs de drogues du centre-ville sont fumeurs de tabac. "Les personnes qui fument aujourd'hui sont pour la plupart à faible revenu, indigènes, sans abri, peu éduquées et marginalisées", déclare la docteure à l'Ottawa Citizen. "Cette inégalité distincte de l'usage du tabac se traduit par une distribution inéquitable des conséquences pour la santé, telles que la morbidité et la mortalité dans la population", pointe encore l'article de Research and involvement. 

Un changement de paradigme nécessaire

Les résultats du suivi avec l'aide par les pairs PROMPT seront publiés sous peu. Une majorité des 80 personnes soutenues par les quatre pairs aidants, des substituts nicotiniques et des conseils infirmiers ont réussi à arrêter de fumer sur six mois, précise en primeur le journal Ottawa Citizen. D'un point de vue d'un vapoteur impliqué dans des groupes d'entraide à l'arrêt du tabagisme à son aide, étendre la démarche à la vape parait couler de source. Mais la Dr Pakhalé s'était déclarée plutôt méfiante à l'égard du vapotage dans le passé. Ce nouveau développement en est d'autant plus remarquable. Même si sa confusion entre addiction au tabac et nicotine choque quelque peu mes oreilles

Reste à savoir comment les participants à l'étude pourront réussir à arrêter de fumer à l'aide du vapotage dans un environnement aussi hostile que celui que vient d'imposer la majorité du Parti Libéral de l'Ontario à leurs concitoyens...
Son interview en anglais sur la radio CBC:


mardi 12 décembre 2017

Ni légalisation rapide ni recherche: le Conseil National décide de ne rien faire pour le vapotage en Suisse


Hier, le Conseil National a rejeté un postulat demandant une étude sur les conséquences du vapotage. A l'origine de l'initiative, une majorité (12 sur 22) des membres de la Commission Santé et Sécurité Sociale des députés suisses (CSSS-N). Les intervenants au parlement ont raconté la genèse de cette proposition. "Lors de la réunion de la CSSS-N du 1er septembre 2017, le Conseiller national Clottu a demandé de présenter une motion de la Commission dans le but d'adapter l'Ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels (ODAIOU's) afin de permettre la commercialisation des cigarettes électroniques avec nicotine. Aujourd'hui, la vente de liquides contenant de la nicotine pour les cigarettes électroniques est interdite par la loi en Suisse", explique la Conseillère national Verena Herzog. En réalité, cette interdiction ne repose que sur une décision administrative (de l'OSAV) contestée depuis décembre 2015 devant le Tribunal Administratif fédéral. Mais passons sur la méconnaissance des détails de la situation de la Conseillère national.

Contre la réduction des méfaits

Bien connue pour sa haine des approches de réduction des risques, l'élue thurgovienne ne cache pas son opposition à la proposition de Raymond Clottu. "La demande d'abrogation de l'interdiction a été justifiée par le Conseiller national Clottu en raison des faibles conséquences néfastes des cigarettes électroniques par rapport aux cigarettes conventionnelles. Les cigarettes électroniques seraient également conçues pour réduire les dommages. Une fois de plus, l'industrie du tabac essaie habilement de transformer les préoccupations de santé en arguments de vente", juge Verena Herzog avant tout rapport sur la question. La "pasionaria anti-drogués", telle que la surnomment les médias suisses, a donc répliqué en proposant un postulat pour une étude sur le vapotage contre cette tentative de légaliser les liquides nicotinés, abandonnée en Commission par Raymond Clottu.

Plus mesurée

La socialiste Yvonne Ferri, également membre de la CSSS-N et favorable au postulat de recherche, liste les objectifs d'un rapport sur la question. "Il devra étudier les aspects suivants à la lumière des connaissances actuelles: conséquences de la consommation de cigarettes électroniques avec ou sans nicotine sur la santé; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques en matière d'addiction; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur la consommation de produits du tabac; conséquences de la consommation de cigarettes électroniques sur le marché des produits du tabac en Suisse", explique en français l'élue argovienne

Plus mesurée que son alliée de circonstance, elle précise qu'il "ne s'agit pas d'une stratégie pour récolter des arguments contre la réglementation des cigarettes électroniques, au contraire". Un point pas tout à fait évident en entendant Verena Herzog se référer aux articles de propagande anti-vape de la NZZ. "Ils soulignent que les liquides contenant de la nicotine facilement accessibles chez les adolescents pourraient avoir des conséquences dévastatrices", tonne la Conseillère national UDC. 

Pour la réduction des méfaits

Pour sa part, son camarade de parti, mais opposant sur cette question, Raymond Clottu s'agace du retard de la Suisse concernant la réduction des méfaits dans le domaine. "Alors que des restrictions entravant la liberté économique subsistent, l'approche obsolète en matière de produits sans combustion - donc cigarettes électroniques, tabac chauffé et snus - néglige le désir croissant des fumeurs adultes de se tourner vers des alternatives à la cigarette qui ont le potentiel de réduire les risques pour leur santé", constate l'élu neuchatelois. Il juge le refus de sa proposition de légaliser rapidement les liquides nicotinés, alors que "des milliers de consommateurs doivent se tourner vers l'achat à l'étranger ou sur internet", et le postulat en retour comme une diversion des opposants à l'approche de réduction des méfaits. 


"En ce qui concerne les études liées à la réduction de nocivité des nouveaux produits, il en existe déjà de très nombreuses concernant la cigarette électronique. A ce propos, le département de la santé britannique a déclaré que les cigarettes électroniques sont massivement moins nocives que les cigarettes conventionnelles, une déclaration largement soutenue par la communauté médicale", souligne Raymond Clottu. "Il est prouvé scientifiquement que de nouveaux produits sont moins nocifs que la cigarette conventionnelle. Ces faits doivent pouvoir être largement communiqués aux fumeurs adultes, et ces options ne devraient donc pas être soumises aux mêmes restrictions que la cigarette conventionnelle", insiste le Conseiller national UDC romand. 

Ni pour ni contre, bien au contraire

Alain Berset, Conseiller Fédéral en charge de la santé, confirme prudemment. "Les avis des experts sont partagés au sujet de la cigarette électronique, mais ils s'accordent sur un point: les cigarettes électroniques avec nicotine sont dans tous les cas beaucoup moins nocives que les cigarettes traditionnelles. Et ils s'accordent aussi pour estimer que le marché de la cigarette électronique avec nicotine doit être libéralisé en Suisse", explique le tout nouveau Président de la Confédération.

Pour autant, le Conseiller fédéral ne semble pas vouloir saisir l'opportunité d'une véritable politique de réduction des méfaits puisqu'il insiste pour n'autoriser le vapotage nicotiné que via son assimilation à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab), dont l'avant-projet vient d'être mis en consultation publique jusqu'au 23 mars prochain. Le Conseiller Fédéral conclue en soutenant le postulat de recherche, mais à condition qu'il s'inscrive dans le cadre de la communication à propos du projet de LPTab. Autrement dit, un rapport mais sans espace pour réfléchir à une autre approche que celle qu'il a décidé.

Postulat rejeté par 106 voix

Par 106 voix contre 69, et 8 abstentions, le Conseil National a voté le rejet du postulat de recherche. Il n'y aura pas de recherche complémentaire à celles des services de l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), peu éclairées en la matière, et les contributions de la consultation publique. Au vu de l'orientation que voulait lui donner Verena Herzog, on n'est pas forcément chagriné par la chose. En regard de la possibilité de réfléchir à une véritable politique de santé publique intégrant le vapotage, on ne peut que regretter l'absence d'une réflexion de fond sur la réduction des méfaits dans le domaine. 

Une question que les services de Santé publique auraient dû ouvrir au plus tard en 2009 lorsque l'OFSP, dans le flou, a décidé d'interdire la vente des liquides nicotinés. Depuis, ils en ont eu l'occasion à maintes reprises. Cependant, depuis dix ans, rien de sérieux n'a été fait par les autorités compétentes sur le sujet en Suisse. En l'état, les usagers sont les plus aptes à délivrer des éléments éclairés sur la problématique. Mais les autorités sanitaires préfèrent toujours les snober.




lundi 11 décembre 2017

Thaïlande: arrestations de touriste et brutalités policières contre une vapoteuse

Arrestations de touristes mais aussi de vapoteurs locaux, la police ne faiblit pas dans sa soif de répression en Thaïlande. Le nouveau témoignage d'un touriste arrêté, détenu et à présent assigné à rester au pays dans l'attente de son jugement est parvenu au milieu de la vape Suisse. Tandis que ce week-end, une autre arrestation fait beaucoup de bruit en Thaïlande. Manussaya Yaowarat, jeune femme sexy de 29 ans, a été arrêtée samedi soir à Pattaya et sa voiture saisie suite à un contrôle de police. Justification de l'arrestation? La police a découvert une vapoteuse et des liquides à vapoter sur le tableau de bord. La starlette de l'internet Thaï, sous le pseudo de Flukesri Maneedeng, prétend avoir été violentée par les agents. "La police nie les allégations selon lesquelles ses agents auraient agressé physiquement l'idole du Net Flukesri Maneedeng après l'avoir arrêté pour possession d'une cigarette électronique et d'un liquide de vapotage", explique le Bangkok Post

Mais une vidéo de son interrogatoire a déjà été visionnée par plus de 3,7 millions de personnes sur les réseaux sociaux depuis hier. 


"Ils ont trouvé une vapoteuse. Et ils doivent saisir sa voiture !?!?!". Hier, le commentaire de มึงรู้ยัง - พัทยา, le site d'actu de Pattaya, exprime l'incrédulité face à la scène filmée de l'arrestation, de l'interrogatoire et de l'enfermement de force de Flukesri Maneedeng

Libérée sous caution, la jeune femme a décidé de ne pas passer l'éponge. Depuis hier, elle multiplie les interviews télévisées. Elle conte sa mésaventure, précisant qu'elle était parfaitement sobre, ce qu'aurait confirmé les tests sanguins. Après un entretien de Flukesri Maneedeng sur Thaï TV 3 hier, Channel 32 a ouvert à son tour le débat. Après cette arrestation, "la plupart de gens se demande pourquoi détenir une "vapoteuse" serait si grave et illégal", s'interroge le teaser de la chaîne thaïlandaise. Dans la foulée, l'association des usagers du vapotage thaïlandaise (ECST) s'est entretenue avec la jeune femme. Mise en ligne sur la page Facebook de l'association depuis à peine une heure, la vidéo atteint plus de 50'000 vues au moment d'écrire ces lignes. 

Encore un touriste arrêté

En quoi vapoter est si grave ? La question a dû aussi traverser l'esprit du touriste qui a envoyé un message à Chris Lusser, le moddeur suisse bien connu de la communauté. Son histoire confirme une fois encore les arrestations de touristes pour vapotage en Thaïlande. "J'ai été arrêté le 3 décembre  parce que j'ai vapoté dans la rue. J'ai été détenu en cellule près de 16 heures et le lendemain j'ai été présenté à la justice". Le touriste arrivé en Thaïlande la veille de son arrestation a ensuite été libéré. "Mon père a payé 100'000 Baths [plus de 3'000 FS] de caution", précise t-il dans son message. 

Assigné à rester dans le pays jusqu'à la prochaine audience le 22 janvier, alors que son billet de retour est fixé au 22 décembre, il a pris contact sur internet après avoir trouvé les informations concernant  l'arrestation d'un touriste Suisse cet été. "J'ai trouvé cette communauté et peut-être pouvez-vous me donner des conseils ou de l'aide", explique le vapoteur que l'on devine désemparé. 


Un modèle à suivre selon l'OMS

L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) promeut la Thaïlande comme modèle à suivre pour sa politique de répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage. Elle a d'ailleurs installé un centre opérationnel au pays détenteur de la Thaïland Tobacco Monopoly, ce qui parait entrer en violation de sa propre clause interdisant les financements par l'industrie du tabac (CCLAT art. 5.3). Au-delà de la question du financement cigarettier d'Etat thaïlandais, les incitations à la répression de l'OMS méprise cyniquement les droits humains



Le Conseil fédéral estime que l'Iqos n'est pas un produit sans fumée

Fin septembre, la Conseillère nationale Ruth Humbel interpellait le Conseil Fédéral pour savoir "pourquoi les produits de tabac chauffé sans combustion ne sont-ils pas taxés pour ce qu'ils sont, à savoir des cigarettes?". La réponse apportée par Alain Berset, Conseiller Fédéral de l'intérieur, le 1er décembre à la députée démocrate-chrétienne justifie le niveau de taxe adoucie pour l'Iqos, la Glo et la Ploom, présentes sur le marché Suisse. "Les produits heat-not-burn, à l'instar du tabac à pipe, relèvent de la catégorie fiscale "autres tabacs manufacturés" et sont soumis à une imposition de 12% du prix de vente au détail. Cette taxation s'explique par le fait que les capsules et les sticks de tabac diffèrent grandement des cigarettes ordinaires dans leur fabrication et leur utilisation et que le tabac qu'ils contiennent est chauffé et non brûlé", explique le Conseil Fédéral.

La fumée de l'Iqos contient moins de substances nocives que celle des Marlboro

Pourtant, l'exécutif convient auparavant que les cigarettes chauffées peuvent ne pas dégager que de la vapeur. "Pour les produits complexes contenant du tabac, la différence entre la production de vapeur et celle de fumée n'est pas toujours claire car il s'agit la plupart du temps d'un mélange de vapeur et de fumée, en proportions variables", souligne les autorités se référant à l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Lausanne. Il s'avère que le produit Iqos "a) contient des substances nocives identiques à celles de la fumée de cigarette et b) présente de manière générale des quantités de substances nocives nettement inférieures à celles de la fumée de cigarette".

Philip Morris pas d'accord dans la NZZ

Dans la Neuer Zurcher Zeitung (NZZ), Philip Morris réagit à la déclaration du Conseil Fédéral:"Nous ne sommes pas d'accord avec la déclaration selon laquelle la vapeur d'IQOS ne peut pas être considérée comme totalement sans fumée". L'argument de Philip Morris est que son produit ne générerait pas de combustion. Pour le cigarettier, le fait que l'Iqos fonctionne si on le place dans un environnement sans oxygène prouve l'absence de combustion. Pourtant la fumée de cigarette est aussi composée en partie de pyrolyse, phénomène se déroulant sans oxygène, qui semble clairement à l’œuvre dans l'Iqos et sa chauffe à 350°C. 

Les dégagements de la Glo, qui chauffe à 250°C d'après British American Tobacco, et la Ploom, qui serait chauffée à une énigmatique température de 30°C selon Japan Tobacco, n'ont pas été étudiés par des recherches indépendantes à ma connaissance (mais des études sont en cours). Il est possible que ces produits chauffés ne produisent pas les même toxiques que les cigarettes et l'Iqos. Il est possible que le phénomène de pyrolyse soit évité par leurs températures sensiblement plus basses que l'Iqos. Une réflexion sensée pour établir une réglementation ne devrait pas se baser sur le cas d'un produit raté pour légiférer l'ensemble d'un domaine. En l'état des connaissances, l'Iqos échoue à être sans fumée, mais cela ne signifie pas que toute l'approche du tabac chauffé soit à bannir.

Amalgame du vapotage aux cigarettes chauffées

Sans surprise au vu de sa ligne éditoriale sur le sujet, la NZZ profite évidemment de l'occasion pour brouiller les pistes et amalgamer tabac chauffé et vapotage. Bien que la réponse du Conseil Fédéral distingue clairement les deux types de produits. Contrairement aux cigarettes chauffées, les produits de vapotage, qui fonctionnent par le chauffage d'un liquide sans tabac, ne dégagent ni monoxyde de carbone ni goudron. L'avant-projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) présenté vendredi dernier par le Conseil Fédéral amalgame tout de même aussi les deux produits, vapotage et cigarette chauffée, pour en interdire l'usage dans les lieux publics. Il est pourtant largement démontré que le «vapotage passif», au sens sanitaire, n'existe pas. Un fait qui a amené notamment les autorités anglaises et françaises à autoriser le vapotage dans certains lieux publics, notamment les bars et les magasins de vapotage, etc. 

Argent à l'odeur d'ammoniac

En coulisse de l'interpellation de Ruth Humbel, la puissante Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse) milite pour une taxation des produits de tabac chauffés à l'égal des cigarettes conventionnelles. Soit un peu plus de la moitié du prix de vente, dont une part (0,3%) revient au Fonds pour la Prévention du Tabagisme (FPT). Détail piquant, mais révélateur sur l'état du milieu anti-tabac Suisse, l'étude menée par le Pr Reto Auer, utilisée pour justifier cette taxation par AT-Suisse, n'avait reçu aucune aide financière de ce Fonds. Celui-ci, doté d'environ 14 millions de Fs en 2016, refuse par principe toute aide aux recherches dans le domaine de la réduction des méfaits.






dimanche 10 décembre 2017

La pub pour le vapotage aux USA aurait concouru à la baisse du tabagisme selon la première étude sur le sujet

Les anti-vape les ont décris comme le nouveau cheval de Troie des cigarettiers aux Etats-Unis. Dans un pays où les spots pour le tabac sont interdits depuis 1971, des pubs pour des produits de vapotage sont apparus sur les petits écrans et dans les magazines. Mais jusque-là, aucune étude chiffrée de l'impact de ces publicités sur le tabagisme n'avaient été menée. La Pr Anna Tuchman, de la Kellogg School of Management, vient de publier un travail de 57 pages sur le sujet. "Dans son étude, Anna Tuchman constate qu'une augmentation du nombre de publicités télévisées de produits de vapotage est en fait liée à une diminution des ventes de cigarettes traditionnelles, peut-être parce que les fumeurs substituent le produit électronique au produit traditionnel", explique l'article de l'Université de Northwestern (Chicago). 

Baisse des ventes de cigarettes liée aux pubs de vape entre 2012 et 2015

Précisément, l'analyse de la professeure de marketing montre qu'une augmentation de 10% des publicités pour le vapotage est liée à une augmentation de 0,8% des achats de ces produits et à une chute de 0,2% des ventes de cigarettes (tabac). Selon son calcul, si les autorités fédérales avaient interdit entre 2012 et 2015 la publicité pour le vapotage, le volume de ventes de cigarettes aurait été augmenté de 1%, soit environ 130 millions de paquets supplémentaires par an à l'échelle des Etats-Unis (soit plus de 350'000 paquets par jour).  

Pour arriver à cette analyse, la Pr Anna Tuchman s'est appuyé sur les données des diffusions de publicités de l'institut Nielsen. Puis elle a comparé les ventes de cigarettes, de substituts nicotiniques et de produits de vapotage dans les zones de diffusion des pubs et dans les zones juste limitrophes à celles-ci entre 2010 et 2015. Elle a ensuite extrapolé ses résultats, à l'aide d'un modèle mathématique, dans une hypothèse contrefactuelle d'une interdiction de la pub pour la vape à partir de 2012. 

Par ailleurs, elle a recoupé ces résultats avec une enquête de suivi sur la consommation des ménages de Nielsen. Les foyers ayant récemment acheté des produits de vapotage étaient moins enclins à acheter du tabac. Mais ces données montrent aussi une baisse concomitante des ventes de substituts nicotiniques, tels que les patchs et les gommes. Dans l'hypothèse - très peu crédible - que le vapotage se révélerait moins efficace que ceux-ci pour l'arrêt tabagique, le bilan sanitaire pourrait être moins favorable.

Une publicité désormais interdite en France:

La première étude avec des données empiriques sur le sujet

Cette étude est la première à apporter une analyse d'éléments empirique chiffrés sur le sujet. "Il y a eu beaucoup de discussions arguant d'une manière ou d'une autre sans beaucoup de preuves pour soutenir l'une ou l'autre position", constate la Pr Tuchman. "J'essaie simplement de documenter les tendances que j'observe à partir des données", poursuit-elle en insistant que son travail n'a pas été financé par des compagnies de tabac ni de vapotage. Principalement, ses résultats montrent que les publicités pour le vapotage favorisent l'effet de concurrence du moyen de réduction des méfaits contre le tabagisme. "Quand on y réfléchit, c'est logique. Le vapotage est un produit de remplacement voisin", remarque la chercheuse. 

Mad Men revival ?

Mais son travail n'a pas pu approfondir l'impact spécifique sur les jeunes de ces publicités. Les opposants aux publicités pour le vapotage craignent que celles-ci n'amènent des ados à consommer de la nicotine. Autre critique à l'encontre des publicités de vape, l'usage détourné pour promouvoir des cigarettes ou attaquer les mesures contre le tabagisme. Anna Tuchman présente ces critiques d'un risque de revival à la Mad Men. "Beaucoup de ces publicités évoquent la jeunesse et l'indépendance. On craint qu'il y ait une résurgence de ces idéaux liés aux cigarettes", en particulier pour les adolescents, "l'âge auquel les gens prennent souvent cette habitude"

Par ailleurs, un effet des réglementations dures contre la vape va être de favoriser les produits mis sur ce marché par les grandes compagnies cigarettières. "Initialement, l'industrie du vapotage était composée de plein de petits producteurs indépendants qui n'avaient pas intérêt à perpétuer le tabagisme. Cependant, avec l'arrivée récentes des compagnies du Big Tobacco, les motivations des producteurs changent", prévient Anna Tuchman dans la conclusion de son mémoire. 

Le dilemme des risques/bénéfices

Dans ces circonstances, trancher le dilemme est ardu pour les décideurs politiques. Mais avec des éléments et des travaux chiffrés, il est possible d'évaluer la balance entre bénéfices et risques d'une réglementation selon la chercheuse. "On peut réduire le problème à combien de fumeurs arrêtant ou passant au vapotage estime t-on nécessaires afin de se sentir à l'aise avec le risque qu'un non-fumeur ou un adolescent adopte le produit?"

vendredi 8 décembre 2017

Alain Berset assimile encore la vape au tabagisme dans son nouvel avant-projet de loi

Aujourd'hui, le Conseil fédéral a dévoilé son nouvel avant-projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) sans modification majeure de fond sur le chapitre du vapotage. Malgré le mandat du parlement stipulant la nécessité de "réglementer séparément les produits alternatifs" dont le vapotage, Alain Berset présente quasiment la même copie sur ce sujet un an après le rejet du premier texte en décembre 2016. "Les cigarettes électroniques seront soumises aux mêmes restrictions que les cigarettes traditionnelles en matière de publicité et de vente aux mineurs. Toutes les cigarettes électroniques, qu’elles contiennent de la nicotine ou non, seront soumises à la loi sur la protection contre le tabagisme passif et seront bannies des lieux où il est déjà interdit de fumer", explique le communiqué de presse du Conseil Fédéral. Bien que les autorités soulignent que "selon les connaissances actuelles, les cigarettes électroniques sont nettement moins nocives pour la santé que les cigarettes traditionnelles et peuvent constituer une alternative permettant de réduire les risques pour la santé".

Ce texte d'avant-projet - add 18h : texte disponible - va être désormais soumis à consultation publique pour recueillir avis, critiques et propositions de la société civile d'ici le 23 mars prochain. Les services de l'Office fédéral de la Santé Publique (OFSP), chargés de rédiger le texte, ont précisé un certains nombre de dispositions techniques, absentes dans la première version. Notamment, les flacons de recharges seraient limités à 100 ml et les réservoirs de tanks et les cartouches pré-remplies pour cigalikes à 10 ml. Une mention obligatoire couvrant 35% de l'emballage des flacons devrait annoncé que "la nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance". Une nicotine que la notice explicative (p.21) accompagnant l'avant projet annonce vouloir limiter à 20mg/ml de concentration, comme dans l'Union Européenne. Les détails du texte seront probablement analysés plus finement dans les semaines qui viennent.

L'administration a pris en compte les demandes du parlement pour la légalisation du snus, qui "fera l’objet d'une mise en garde spécifique, qui attirera l’attention sur la dépendance et les risques pour la santé qu’entraîne sa consommation", et le refus de durcir les règles de publicité pour le tabac. "Les interdictions de publicité qui étaient prévues dans les cinémas, par voie d’affichage et dans la presse payante ont été biffées. Pour cette raison, la Suisse ne pourra pas ratifier la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac FCTC, qu’elle a signée en 2004 et qui à ce jour a été ratifiée par 180 Etats et l’Union européenne", précise le communiqué du Conseil Fédéral. Pour sa part, l'Association pour la prévention du tabagisme (AT-Suisse) estime que cet avant-projet est une "victoire de l'industrie du tabac" devant les caméras de la RTS.

Mises à jour à 23 h ;)


jeudi 7 décembre 2017

Mensonges et calomnies sur InfoSperber

Article honteux sur le site suisse-allemand InfoSperber publié ce 6 décembre. A quelques jours de l'annonce du nouveau projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab), trois ultras contre le droit à la réduction des méfaits attaquent ad hominem le Pr. Jean-François Etter, de Stop-Tabac.ch. En dépit de la gravité des accusations portées sans aucun élément probant dans l'introduction signée de "la rédaction", le journal n'a pas jugé opportun de lui donner la parole. Cette manière de faire d'InfoSperber est une violation manifeste de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Nous n'avons pas eu le temps de contacter les parties prenantes, nous nous concentrons donc uniquement sur le contenu de l'article signé de Macé Schuurmans, membre de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT), Rainer Kaelin, ex-vice-président de la Ligue Pulmonaire Suisse et Jürg Barben, pneumologue à l'hôpital pédiatrique de St. Gall.

"Au moins 95% moins nocif que de fumer"


L'article s'articule autour de trois contre-vérités. La première consiste à prétendre que l'évaluation d'une réduction des méfaits de 95% du vapotage par rapport aux cigarettes "n'est pas une mesure, mais se base sur une enquête dans laquelle seulement 12 collègues d'Etter ont été invités à donner leur appréciation personnelle en 2013, et qui a été critiquée comme trompeuse". Ceci est mensonger. L'évaluation du groupe mené par le Pr David Nutt a effectivement conclu à une réduction d'au moins 95% des méfaits du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Mais deux organismes de santé éminemment prestigieux et compétents ont procédé par ailleurs à leur propre analyse scientifique. Ces deux organismes sont dans l'ordre chronologique, le Public Health England, l'organisme de santé publique anglaise qui a publié son rapport en 2015 - points clefs en français- , et le Royal College of Physicians britannique qui a écrit un rapport exceptionnellement riche intitulé "Nicotine without smoke" en 2016 - points clefs en français -.

Basé chacun sur des centaines d'études scientifiques prises en compte, ces rapports concluent que "le danger pour la santé découlant de l'inhalation à long terme de l'aérosol des produits de vapotage disponibles aujourd'hui ne devrait pas dépasser 5% du préjudice causé par le tabac fumé", dans la formulation du Royal College. Ceci est une fourchette d'évaluation et non un chiffre précis comme le présente avec un certain ridicule l'article d'InfoSperber. Le Royal College of Physicians britannique est le premier organisme de santé de référence au monde à avoir établi les dangers du tabagisme dans son rapport de 1962. Les membres de ces deux organisations sont au-dessus de tout soupçon et ils ont des connaissances dans le domaine  que les auteurs seraient inspirés de mettre à profit. Et les scientifiques concluant à cette réduction des méfaits ne sont pas tous des fumeurs contrairement aux accusations des trois signataires suisses.

La Pr Ann McNeill fume t-elle ?

Les Prs John Britton, Ann McNeill, Peter Hajek, Martin Dockrell, Deborah Arnott, Linda Bauld, Robert West, etc...  ne sont pas fumeurs. C'est surréaliste de devoir préciser cela. Car quand bien même le seraient-ils, on a du mal à voir en quoi cela les disqualifierait à saisir l'intérêt du vapotage pour justement sortir du tabagisme. D'autre part, contrairement à ce que prétend l'article d'InfoSperber, ces auteurs couvrent l'ensemble des aspects de la problématique, y compris l'épidémiologie. Le jour où Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben prendront la peine de lire et d'essayer de comprendre les travaux du Pr Robert West, peut-être seront-ils en mesure d'articuler une pensée plus consistante sur le sujet.

Enfin, les trois suisses allongent leur catalogue en précisant que les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt "n'étaient pas transparent sur leur financement". Ce ragot court de longue date. Le Times, le journal de Rupert Murdoch aux liens bien connus avec l'industrie du tabac, a publié des accusations contre ce groupe. Mis en demeure par les chercheurs calomniés de montrer des preuves de cette accusation, le journal anglais s'est trouvé passablement dépourvu. Aucun élément factuel à présenter et leur source, que l'on surnommera McK, a rétracté son témoignage. Le Times a dû démentir, retirer son article et présenter ses excuses. Le corbeau continue malgré tout à essayer de salir la réputation de collègues, dont au moins un semble avoir eu le défaut d'obtenir un poste que McK convoitait.

Où est la déclaration d'intérêts des auteurs ?

Quoiqu'il en soit, les rapports scientifiques de Public Health England et du Royal College of Physicians sont parfaitement transparents sur leurs financements. Par contre, on s'interroge sur l'absence de déclaration de liens d'intérêts concernant la publication d'InfoSperber. Un commentaire censuré par le site questionne les liens avec l'industrie pharmaceutique des trois auteurs. Une industrie qui bénéficie de la grande masse de maladies créées par le tabagisme pour étendre son chiffre d'affaires. A l'aune de la gravité des accusations portées contre le Pr Etter, les douze scientifiques du groupe du Pr David Nutt, du Public Health England, de l'institution du Royal College of Physicians, puis plus loin dans le texte implicitement contre Addiction Suisse, on pourrait s'attendre à une clarification d'InfoSperber, plutôt qu'une censure sur cette question.

Addiction Suisse visée sans être nommée

Après le rejet des deux rapports scientifiques les plus étayés sur le sujet, les trois auteurs accusent le Pr Etter de soutenir "le chiffre "officiel" ", guillemets des auteurs, du tabagisme à 25% en Suisse. C'est, sans guillemet, le chiffre officiel présenté, au public et à l'OMS, par l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP), dont le Pr Macé Schuurmans est tout particulièrement proche. Effectivement ce chiffre, produit par une enquête de la fondation Addiction Suisse sous mandat de l'OFSP, est clairement sous-évalué. Le Pr Etter, qui n'est pas impliqué dans ce travail, non seulement convient de sa sous-estimation mais il m'avait précisé une piste d'explication du biais de l'enquête lorsque j'avais traité le sujet pour le Vaping Post. Les auteurs de l'article dans InfoSperber semblent tellement haineux qu'ils sont prêt à porter n'importe quelle accusation. 

On notera au passage que Rainer Kaelin s'appuie cette fois sur un article co-signé par le Pr Jacques Cornuz qu'il accusait, sans le nommer, d'avoir manipulé l'étude Delphi et le premier rapport (2014) de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme sur le vapotage dans un autre article pour le Bulletin des Médecins Suisse en juillet dernier.

Moins de 5% des produits de vapotage sur les marchés européens sont à Big Tobacco

Le troisième délire des défenseurs de l'ordre en place est de prétendre que l'industrie du tabac "domine également le marché des cigarettes électroniques". C'est factuellement faux. Si ces auteurs ne le savent pas, c'est le signe d'une grave incompétence sur le sujet. En Suisse, la part des cigarettiers sur le marché du vapotage est néant, zéro, null, niente (désolé en romanche je ne sais pas le dire). Sur les grands marchés européens tels que la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la part des ventes de produits de vapotage appartenant à des compagnies cigarettières est nettement en deçà de 5% - voir par exemple le rapport de l'institut Xerfi, dont le chercheur principal est interviewé sur Vaping Post


Les raisons en sont assez simples. Leur produits sont médiocres. Ils sont en format propriétaire forçant les consommateurs à être captifs de recharges spécifiques à la machine achetée, contrairement à la vape ouverte indépendante. D'un côté un produit limitant le choix, de l'autre une multitude de combinaisons de goûts et de pièces interchangeables pouvant évoluer etc... Enfin, une troisième raison est que les vapoteurs ex-fumeurs apprécient pour beaucoup de marquer leur rupture avec le tabagisme en coupant les liens avec les marques et les lieux de ventes de tabac.


L'exemple Suisse sous les yeux


Donc la réponse à la question des trois auteurs, "Pourquoi cette industrie devrait-elle saboter son marché du tabac en faisant la promotion des nouveaux produits de telle sorte que la plupart des fumeurs arrêtent vraiment de fumer?", est simple. L'industrie du tabac ne le fait pas. Au contraire, Big Tobacco défend ses ventes de cigarettes contre le vapotage. La Suisse en est un exemple manifeste avec l'interdiction de vente des liquides nicotinés. Les situations du Japon et de l'Italie confirment cet intérêt de certain cigarettier vaudois à interdire ou entraver le vapotage. 


C'est assez extraordinaire que ceux qui servent d'idiots utiles aux Big Tobacco soient à ce point à côté de la plaque sur ce qui se passe sous leurs yeux. Mais en poussant leur argument, et si c'était le cas? Si Philip Morris, BAT et Japan Tobacco se mettaient à vendre des produits de vapotage à leurs actuels clients fumeurs. Serait-ce bénéfique ou négatif pour la santé publique ? En réalité, l'expérience de pensée ne peut se résumer à cela. La métamorphose de la consommation de nicotine avec les moyens de réduction des méfaits soutenue par les usagers va faire éclater la situation d'oligopole actuelle des quatre Big Tobacco. S'y opposer, c'est travailler à maintenir le tabagisme. Et c'est tristement cette situation délétère qui prévaut en Suisse depuis huit ans.


Une politique pragmatique similaire à la stratégie britannique aurait permis à 500'000 fumeurs suisses de sortir du tabagisme depuis 2010. La collusion objective entre le discours anti-vape et les manigances des cigarettiers rappellent furieusement l'alliance des "baptistes et des trafiquants" durant la prohibition américaine. Sans prohibition, pas de trafic. Les meilleures alliées du maintien des ventes de tabac en Suisse aujourd'hui sont les mesures contre la vape. La multiplication d'entraves à l'accès aux produits pour les fumeurs par les restrictions sur la vente, sur le matériel, mais aussi le climat entretenu de peur et de doute, sont les meilleurs prétextes à la poursuite du tabagisme d'un fumeur.


Qui bénéficie du doute ?


Que cette question sur l'intérêt de l'industrie du tabac soit posée par un texte co-signé de Macé Schuurmans est extrêmement troublant. Il est le principal instigateur, avec la Présidente Lucrecia Meier-Schatz, du second rapport sur le vapotage en 2016 de la Commission Fédérale pour la Prévention du Tabagisme (CFPT) qui venait contredire le précédent sorti en 2014. Comme je l'avais souligné à l'époque, la reprise au nom de la CFPT de certaines exigences de Philip Morris, notamment d'une taxe anti-vapoteurs, est une énigme restée sans réponse.





D'un point de vue logique, je ne sais pas qui peut acquiescer à l'argument des trois auteurs qui disent 1) les cigarettiers ont intérêts à protéger leur marché de la cigarette puis 2) donc les cigarettiers ont intérêt à ce que les fumeurs quittent la cigarette pour le vapotage. L'irrationalité de l'argument touche au mysticisme. A fortiori lorsque l'on a en tête le bilan de leur politique anti-tabac: le maintien intact du tabagisme en suisse depuis huit ans - que l'on suive le chiffre officiel de 25% où l'évaluation au doigt mouillé mais plus réaliste de 30% -. A aucun moment, ces trois personnes ne s'intéressent à aider les fumeurs à s'en sortir. 



La chute concrète de plus de 20% du tabagisme au Royaume-Uni sous l'impulsion de l'essor du vapotage ne les intéressent pas. Pas un mot à ce sujet. Pourtant, depuis 2011 près d'un million de britanniques ont arrêté de fumer en utilisant de manière transitoire le vapotage, arrêtant donc les deux modes de consommation, et 1,5 millions ont arrêté de fumer pour vapoter exclusivement. Le tabagisme a chuté à 15,8% des adultes.


Les vapoteurs ont-ils aussi inventé le tabagisme adolescent?

L'ultime argument des défenseurs du statu-quo sont les enfants. C'est merveilleux les enfants pour couper court à toute réflexion. Qui leur voudrait du mal? L'astuce des auteurs est de faire comme si le vapotage était responsable du tabagisme adolescent. On est dans l'ordre de la pensée magique, pas de considération pour la réalité, juste le fantasme que le vapotage a inventé le tabagisme adolescent. Pourtant dans le réel, l'essor du vapotage a coïncidé avec une accélération de la chute du tabagisme chez les adolescents que ce soit au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et dans la région parisienne. 

La haine et le mépris des trois auteurs envers les usagers leur rend visiblement difficile de prendre en considération leur expérience. C'est pourtant nécessaire pour saisir le phénomène qui a pu se produire entre 2013 et 2015 chez les ados. L'usage du vapotage sans nicotine pour 80% de ceux qui déclaraient l'utiliser, leur a permis d'expérimenter, de répondre à ce que des sociologues appellent la "pression sociale", tout en évitant le tabagisme. Une part utilise avec nicotine, pour la quasi totalité d'entre eux en étant déjà fumeurs, ce qui malheureusement peut commencer parfois à 12, 13 ou 14 ans. L'accélération de la chute du tabagisme est manifeste. Elle est encore plus rapide dans les Etats américains qui autorisaient la vente de produits de vape aux mineurs, par rapport à ceux la prohibant, comme le montre une étude d'Abigael Friedamnn de Yale.

Il y a évidemment des jeunes qui vont vapoter puis fumer. Ils sont rares, mais si on concentre sa recherche uniquement sur eux comme une loupe, on peut les mettre en relief. Auraient-ils échappé aux cigarettes sans la vape ? Le nombre élevé de fumeurs ado avant le vapotage, où tout simplement en Suisse où le vapotage est peu répandu, suggère fortement que non. Cela suggère aussi que l'explication mécanique causale simplette échoue à saisir les facteurs rendant certaines personnes susceptibles de devenir consommateurs de nicotine. Mais en fait, la question n'intéresse pas les auteurs de l'article d'InfoSperber. 

Leur interprétation complètement fantaisiste de l'étude menée par Gerhardt Gmel et al. à propos des jeunes recrues suisses est très révélatrice de leur fantasme. Cette étude montre que des jeunes recrues, d'une vingtaine d'années, déjà fumeurs étaient très peu nombreux à arrêter en utilisant le vapotage en Suisse en 2013. Dans un pays où la vente de liquides nicotinés est interdite. A une époque où la pratique des dons de nicotine n'existait pas encore. Dans un climat de peur et de doute contre le vapotage cultivé par les lobbys. 

La protection du tabagisme

Le maintien du tabagisme de ces jeunes hommes se passe dans le contexte suisse extrêmement hostile à l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Outre la prohibition des liquides nicotinés, l'information sur la réduction des méfaits y est largement absente tout comme le soutien à une telle démarche. Ce que montre ces résultats, c'est que la politique menée selon l'idéologie des Macé Schuurmans, Rainer Kaelin et Jürg Barben profite au maintien du tabagisme, y compris chez les jeunes suisses. Alors qu'un environnement bienveillant à l'égard des vapoteurs double les chances des fumeurs de réussir leur sevrage tabagique à l'aide du vapotage par rapport à ceux des pays liberticides. 73,2% de sevrages pour les britanniques et américains contre 31,5% pour les australiens et canadiens, selon l'étude de l'International Tobacco four countries.

La proposition générale de l'article d'InfoSperber est de perpétuer cette hostilité à l'égard des fumeurs tentant de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Dans leur article, leur seule proposition articulée est d'interdire l'information sur la réduction des méfaits. Ceci alors qu'en Suisse la publicité commerciale pour le tabac est autorisée. Dans son rapport pour la CFPT, Macé Schuurmans et Lucrecia Meier-Schatz précisaient vouloir interdire aux professionnels de santé d'en parler positivement. Le fil conducteur de tout l'article d'InfoSperber est un rejet des études de science. Implicitement, il est aussi un rejet de l'expérience de millions d'usagers. 

Burp

Cette publication est choquante pour la violence des calomnies qu'elle porte. Mais peut-être pire que cette attaque personnelle sans élément de preuve contre le Pr Jean-François Etter, l'éloge d'un obscurantisme intellectuellement malsain et le mépris humain qui se dégagent de ce papier sont profondément ignobles. Ce matin, j'apportais mon soutien sur un réseau social d'entraide à l'arrêt des cigarettes avec le vapotage. J'ai lu de nombreux billets témoignant du plaisir de retrouver son souffle, son odorat, de voir son rythme cardiaque se normaliser au fil des semaines après l'arrêt. Des souffrances aussi de personnes ayant de grandes difficultés à "lâcher" les cigarettes. Des témoignages de malades, pour certains très graves, de proches aussi. 

Puis j'ai lu cet article d'InfoSperber et j'ai eu la nausée.



lundi 4 décembre 2017

[bref...] Nouvelle loi européenne anti-vape ou non? C'est selon la version de l'interview d'Andriukaitis sur Euractiv

Vytenis Andriukaitis, Commissaire Européen lituanien à la Santé, a donné un interview au site Euractiv le 24 novembre. Au long d'un discours entendu et passablement creux sur le projet de tracking des produits de tabac, le Commissaire M&M's s'attaque au vapotage en jouant de confusion avec les cigarettes chauffées. Notamment celles de Philip Morris, l'entreprise qui a reconstruit la Lituanie depuis son indépendance en 1990. "Il affirme qu'une loi plus sévère contre les cigarettes électroniques sera bientôt élaborée", rapporte le journaliste Sarantis Michalopoulos d'Euractiv. "J’envisage d’encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques et de voir comment durcir leur réglementation. Et comment en interdire la publicité et les ventes en ligne", explique Vytenis Andriukaitis, dans la version en anglais (originale). De son côté la version francophone du site adouci sensiblement la citation. Entre temps, un avertissement apparaît en tête de l'interview en anglais précisant "qu'il n'y a pas de nouvelle législation en cours pour les dispositifs électroniques liés au tabac".

Surveiller pour punir


La précision semble essayer d'éteindre le feu de quelques réactions à cette sortie hasardeuse. "Les cigarettiers trichent, la vape sera punie", brocarde Guillaume Bailly dans le Vaping Post au lendemain de la publication d'Euractiv (avant sa mise à jour). A la veille du débat au parlement européen sur la traçabilité des cigarettes et du tabac à rouler, la députée européenne belge Frédérique Ries, favorable au vapotage parce que contre le tabagisme, annonce veiller sur son compte twitter.
Le sujet a de quoi alerter au moment où l'Italie est sur le point d'interdire les ventes en ligne en livrant la vape au réseau du Monopole, autrement dit les buralistes italiens. Mesure agrémentée d'une mega taxe d'environ 5€ par fiole de 10 ml, un point également à l'étude au niveau européen. La Commission Européenne a également déjà déposé la date d'entrée en vigueur du tracking des produits de vapotage à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) au 20 mai 2024 comme nous l'avions relevé.

Bureaucrate et oligopole

Les liens de Philip Morris tant avec l'opération "Vicari" pour tuer la vape indépendante en Italie qu'avec la Lituanie sont de l'ordre des secrets de polichinelles. L'interview d'Andriukaitis sur Euractiv ressemble plus à un coup tactique, qu'à un contenu informatif. Une proposition à peine voilée de deal aux cigarettiers de l'acceptation du système de tracking pour l'utiliser afin de prendre le contrôle du marché du vapotage par la suite, via une future interdiction du commerce du réseau indépendant.

On notera que la version anglophone, contrairement à la francophone, publie la réaction de Japan Tobacco à l'interview. Le cigarettier se gausse, sans grande peine, du discours "éloigné de la réalité" du Commissaire Européen. "Il ne comprend pas que les êtres humains tiennent normalement des biens de consommation entre leurs mains", pique le communiqué de Japan Tobacco à propos d'une des incongruités du Commissaire sur le rangement des paquets de cigarettes. Mais au fond, puisque ce n'était probablement que l'habillage pour faire passer son véritable message, il n'est pas très étonnant que le Lituanien ait sorti quelques bananes pour occuper le journaliste et ses lecteurs.