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vendredi 10 août 2018

[Bref] Le parlement Philippin demande l'intégration de la réduction des risques dans la politique anti-tabac

"La Chambre des Représentants a adopté à l'unanimité une résolution exhortant le Ministère de la Santé à promouvoir des mesures de réduction des risques, notamment l'utilisation du vapotage, dans le cadre de sa stratégie nationale de lutte antitabac". L'information du Manilla Standard est aussi réjouissante qu'inattendue. Jusque-là, Paulyn Ubial, Secrétaire d'Etat à la santé, surfait sur une des pires politiques anti réduction des risques au monde pour soutenir la répression du vapotage. Le bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'a d'ailleurs pas ménagé ses efforts pour faire pression sur elle en ce sens. Un des enjeux commerciaux de l'opération étant de faire des Philippines le pays test des détecteurs de nicotine de l'Université privée de Dartmouth. Un marché potentiel en milliards si le produit était imposé au monde entier.

Promouvoir la réduction des risques

La résolution des députés philippins tranche avec cette politique dogmatique de la Ministre de la santé. "Il est clair que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme et qu'il aide beaucoup de personnes à cesser de fumer. Différentes approches peuvent être adaptées à différents contextes, mais il faut prendre en compte les données scientifiques et clairement distinguer vapoter de fumer", explique la résolution des députés Anthony Bravo, du Coop-Nattco Party, et Jose Tejada, du North Cotabato. Le texte s'appuie notamment sur les travaux du Public Health England dirigé par le Pr Kevin Fenton et le constat de la chute du tabagisme au Royaume-Uni grâce à cette stratégie. 

Autre référence citée par les parlementaires, le Dr Konstantinos Farsalinos qui avait fait le déplacement aux Philippines pour expliquer la problématique en 2017. "La résolution souligne le commentaire du Dr Farsalinos selon lequel un cadre réglementaire approprié pour le vapotage est important pour garantir la qualité des produits; promouvoir les produits de réduction des méfaits uniquement auprès des populations visées (c.-à-d. les fumeurs et les anciens fumeurs); maintenir un avantage concurrentiel pour les produits de réduction des risques par rapport au tabagisme (prix, disponibilité, accessibilité); et promouvoir la recherche pour surveiller l'utilisation de la population et développer de meilleurs produits (encore plus sûrs)", résume le Manilla Standard.

La résolution sera t-elle appliquée par le Ministère de la santé ?

La résolution sera t-elle suivie d'effet? Cela dépend du respect du message des députés par le Ministère de la santé. Celui-ci n'a pas encore réagit au vote, contrairement aux usagers. "Nous remercions nos législateurs d’avoir gardé l’esprit ouvert face au corpus croissant de preuves scientifiques en faveur de l’utilisation du vapotage comme alternative nettement moins nocive aux cigarettes classiques. Nous exhortons le Ministère de la santé (DoH) à faire de même et à sauver des vies", déclare Peter Paul Dator, président de l'association The Vapers Philippines, au quotidien philippin.

Du côté des professionnels de la branche, Joey Dulay, président de l'Association philippine de l'industrie indépendante de la cigarette électronique (PECIAI), espère aussi: "En adoptant à l'unanimité la résolution, la Chambre des représentants envoie un message fort au Ministère de la santé (DoH) pour abandonner sa croyance erronée dans le "quit or die" [arrête ou crève] comme seule alternative pour les fumeurs et, à la place, de suivre l'exemple du Royaume-Uni et d'autres pays qui ont adopté la réduction des risques dans le cadre de leurs stratégies de lutte antitabac".

jeudi 9 août 2018

[Bref] Bataille serrée entre Philip Morris et l'Association de prévention du Tabagisme Suisse pour l'Hypocrisy Award de la décennie

L'Association de prévention du Tabagisme en Suisse (AT-Suisse) a publié un communiqué de presse dans la lignée des articles sponsorisés par l'oligarque Michael Bloomberg un peu partout dans le monde ces derniers jours. "Il y a un an, Philip Morris se déclarait en faveur de l'arrêt du tabagisme, une profession de foi aussi opportuniste qu'hypocrite", révèle l'organisation. Ah?!? AT-Suisse a soutenu durant ces dernières années la prohibition du vapotage nicotiné en Suisse. Un élément crucial pour faire place nette au lancement de la cigarette de tabac chauffé de Philip Morris. Jusque-là, l'organisme n'avait d'ailleurs jugé problématique que l'absence de sa prime sur les ventes d'Iqos.

"D'une manière générale, la cigarette a mauvaise réputation Pas besoin donc d'être devin pour prévoir qu'à long terme, la cigarette ne sera plus un produit très lucratif en Europe", explique AT-Suisse. Alors que le tabagisme helvétique se maintient depuis dix ans sans évolution à plus de 25% de la population adulte. Et plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans, une part en augmentation. En contraste, depuis 2011 et l'essor du vapotage, l'Angleterre a réduit d'un quart sa part de fumeurs adultes et adolescents. Qualifiant le discours de Philip Morris de "saugrenu", AT-Suisse semble avoir quelque chose dans l'oeil. De longue date, l'organisation méprise ouvertement les usagers et s'oppose à l'approche de réduction des risques. Enjeu manifeste, les dividendes perçues sur les ventes de cigarettes par les anti-tabac suisses, ainsi que le sponsoring pléthorique des vendeurs d'anti-cancéreux.

Deux faces de la même pièce

Pourtant, une politique de réduction des risques similaire à celle britannique aurait permis à un quart des fumeurs suisses, soit de 500'000 à 600'000 personnes de sortir du tabagisme depuis 2011. En Islande, ce sont 40% des fumeurs de 2014 qui, en 2017, avaient arrêté grâce au vapotage. A l'échelle Suisse, cela ferait environ un million de fumeurs sauvés du tabagisme. Qui professe un discours hypocrite en prétendant lutter contre le tabagisme? Vraiment, est-ce le cigarettier vaudois Philip Morris ou son alter ego AT-Suisse

Les victimes du duo peu comique, on les connait. Plus de deux millions de fumeurs en Suisse qui ont été privés illégalement d'accès local au vapotage nicotiné jusqu'à ce printemps et la décision d'invalider la prohibition administrative par le Tribunal administratif fédéral. Les bénéficiaires du fumeux business sont plus nombreux que les seuls cigarettiers. Des milliards de dépenses à cause des maladies liées au tabagisme engraissent l'industrie pharmaceutique. Tandis que le Département fédéral de l'intérieur encaisse près de 2,5 milliards Fs par an grâce aux ventes de tabac. Il est sensé s'occuper de la lutte anti-tabac aussi. Il n'a fait que lutter contre l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage ces dernières années. 

Hypocrisy Award

Près des deux-tiers des fumeurs en Suisse, déclarent espérer arrêter de fumer. Mais aucune solution sérieuse ne leur est facilement accessible. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix prohibitifs sous le monopole pharmaceutique. Jusqu'à ce printemps, les liquides nicotinés étaient illégaux. Aucune information n'est dispensée sur la réduction des risques par le vapotage. Seules véritables sources d'aide à l'arrêt efficace, les groupes d'entraide de vapoteurs et les boutiques spécialisées

Au contraire, les médias d'Etat, liés au tabac, à la pharma ou à la finance multiplient les fake news sur le sujet. Entre silence complice et désinformation active sur le sujet de la réduction des risques, les actions d'AT-Suisse ressemblent à s'y méprendre à une banale hypocrisie. A ce titre, il est vraiment difficile de départager Philip Morris de l'AT-Suisse en la matière. 

Accordons-leur l'Hypocrisy Award pour leur oeuvre conjointe en faveur du maintien du tabagisme en Suisse.


Avant son Sommet anti-tabac COP8: l'OMS fière d'avoir poussé 30 pays à interdire le vapotage

Le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) prépare son grand sommet de Genève du 1er au 6 octobre. L'oligarque Michael Bloomberg a déjà fait passer ses mots d'ordre au bureau anti-tabac de l'OMS lors du sommet au Cap qu'il a organisé en mars. On trouve donc au menu de cette huitième convention des parties (COP8), la guerre au vapotage. Le secrétariat dirigé par la brésilienne Vera da Costa vient de publier un rapport préliminaire à la COP8 sur l'évolution des réglementations et du marché de la vape

Le révisionnisme des résolutions de la COP7

Singulièrement, ce rapport révise l'histoire des prises de position des conventions en affirmant que la précédente édition, à New Delhi en 2016, aurait adopté l'appel à "la prohibition ou de restriction de la vente, production et usage" du vapotage, avec ou sans nicotine. En réalité, la proposition de résolution du secrétariat avait été rejetée par l'opposition de trois délégations.

Le Canada, l'Union Européenne et le Royaume-Uni avaient estimé le controversé rapport scientifique de l'OMS insuffisant pour soutenir une telle décision. Ce rapport, non signé, qui s'appuyait sur des études dépassées, des opinions idéologiques et de soi-disant recherches non-publiées, avait été laminé par un contre-rapport du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool (UKCTAS).

Les violations du bureau de l'OMS de sa propre charte

Il est vrai que le secrétariat n'en a pas tenu compte. Il a multiplié les appels à la criminalisation des vapoteurs. Modèles à suivre: la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, comme l'espère Jagdish Kaur, cadre du bureau anti-tabac pour l'Asie du Sud-Est de l'OMS, dans un article d'une revue indienne de santé publique en septembre 2017. Un appel suivi par les autorités de Singapour.

Le bureau anti-tabac de l'OMS a aussi passé un accord de partenariat financier avec la junte en Thaïlande qui détient également le Monopole du Tabac national. Arrestations, incarcérations, saisies d'argent ou de biens et brimades de vapoteurs en Thaïlande sont régulièrement rapportés. En Corée du Nord, la chape de plomb sur le régime du fumeur intempestif Kim Jong-un ne permet pas de savoir si des déportations de vapoteurs ont effectivement eu lieu.
Financement par l'industrie du tabac thaïlandaise, encouragement à des violations des droits humains et rejet du principe de réduction des risques, la dérive du bureau anti-tabac de l'OMS par rapport à la charte qu'elle est censé faire appliquer ne sont évidemment pas évoqués dans son rapport. Mais on peut donc ajouter à cette liste, le mépris et le révisionnisme des décisions de la convention elle-même.

30 pays prohibitionnistes selon l'OMS

Le rapport souligne la grande hétérogénéité de l'usage de la vape dans le monde. Il avance des chiffres disparates, qui donnent plus l'impression d'un article de tabloïd rédigé à la va-vite que d'un rapport sérieux. Le secrétariat rapporte les réponses des pays membres sur leur réglementation concernant le vapotage. D'après ces informations, sur les 181 pays membres, 102 rapportent que le vapotage y est disponible, dont 39 sans réglementation. 

En sens contraire, le bureau de l'OMS met en avant 30 pays se déclarant prohibitionnistes, sans spécifier si l'interdiction porte sur la vente et/ou l'usage. Ce qui rend cette liste imprécise et floue, à l'image de la qualité générale du rapport. On y trouve des pays comme l'Iran, le Koweit, Singapour, l'Australie et, évidemment, le Brésil, principal bénéficiaire en balance commerciale des échanges de tabac brut au monde.

Placé en Europe par l'OMS, le Turkmenistan, dictature néo-stalinienne, interdit le vapotage, avec la particularité d'interdire également le tabagisme. Une certaine forme de cohérence. A ma connaissance, non partagée par la plupart des autres pays mentionnés qui n'interdisent pas les cigarettes. Quand ce n'est pas l'inverse, à l'image des deux modèles "à suivre" selon l'OMS de la Corée du Nord et de la Thaïlande.

On peut douter de l'exactitude de l'information de l'OMS pour certains pays listés comme prohibitionnistes. Le Mexique, mentionné comme tel, est en réalité dans une situation de vide légal sur le sujet. L'île Maurice a le projet de rendre illégal le vapotage, mais selon mes informations, la décision n'a pas encore été validée. Au Bahrein, le vapotage est depuis peu surtaxé, mais n'est donc pas illégal. Bref, un rapport à la hauteur de la qualité du travail de ce secrétariat d'illuminés incapables de s'appuyer sur des données et des analyses sérieuses. 

La poursuite de la répression de l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage

Le rapport préliminaire, qui généralement constitue la décision finale de la convention prise par avance, et visiblement même lorsque celle-ci n'est pas avalisée par les membres, appelle à réglementer le vapotage contre les "conséquences potentielles" de son essor. Sans données probantes, le bureau anti-tabac pointe "l’augmentation de l’adoption par les jeunes, l'impact sur les mesures de lutte antitabac existantes [sic!], les allégations de santé trompeuses et les stratégies de marketing trompeur et finalement le manque d'informations appropriées aux consommateurs [re Sic!]".

Il est plus que probable que les organisations d'usagers de vapotage ou d'autres moyens de réduction des risques soient de nouveau exclues du sommet. Il accueillera à huis-clos les délégués des Etats sous la pression de quelques milliers de lobbyistes de la pharmaceutique sélectionnés par le secrétariat de la FCTC. Une nouvelle absence de réaction des pays démocratiques, durant la COP8, face à l'état de dérive totale du secrétariat anti-tabac de l'OMS serait incompréhensible et très inquiétant.

mardi 7 août 2018

Karl Fagerström teste la dépendance à différents produits de nicotine et au café des suédois

En s'inspirant de son fameux test de dépendance à la cigarette - traduit en français par UnAirNeuf.org -, le Dr Karl Fagerström a tenté de comparer les niveaux de dépendance chez des utilisateurs de différents produits de nicotine et du café. Le vapotage devait faire partie de l'enquête, mais sa prévalence d'usage quotidien était si faible (0,6%) parmi les 3'001 suédois interrogés par le cabinet Ipsos que le scientifique a préféré écarter l'échantillon trop faible pour être statistiquement fiable et pertinent. Aucune question n'a été demandée sur les autres produits caféinés (sodas p.ex.) que la café.  Dans les réponses retenues, l'utilisation quotidienne est de 9,9% pour le Snus, 6,8% de fumeurs de cigarettes, 1,5% de consommateurs de produits de remplacement de nicotine (gommes nicotinées et/ou patchs) tandis que 71% du panel de suédois boivent chaque jour du café. 

La cigarette et le snus plus dépendogènes que le café et les nicorettes

"Les indicateurs de dépendance utilisés ont tous été tirés du test de Fagerstrom pour la dépendance à la cigarette, sauf en ce qui concerne la difficulté d’arrêter les habitudes liées au tabac et au café", précise l'article publié ce 30 juillet en accès libre dans l'International Journal of Environnemental Research on Public Health (IJERPH). Indice de tabagisme lourd (HSI), utilisation dans les 30 minutes après le réveil, estimer importante la première utilisation et affirmer qu'il serait très difficile d'arrêter complètement l'usage ont été les facteurs pris en compte.

Signe que le café est moins dépendogène que les produits nicotinés, "beaucoup moins de buveurs de café ont commencé à utiliser le produit dans les 30 mn suivant leur réveil que tous les autres produits", précise le scientifique, dont la recherche a reçu le soutien financier de la Commission Snus. Mais l'importance aux yeux des consommateurs de la première utilisation de la journée place le café (67%) et la cigarette (65%) au-dessus du snus (55%) et des produits nicotinés (46%). En terme de dépendance forte au tabac, l'indice HSI montre une dépendance similaire entre fumeurs de cigarettes et utilisateurs de Snus. Globalement, les sondés suédois montrent une dépendance plus faible au café qu'aux produits du tabac. L'auto-évaluation de la difficulté d'un sevrage du produit indique que 36% des fumeurs et 34% des usagers de snus pensent qu'il serait très difficile d'arrêter, contre 21% des consommateurs de produits nicotinés et 18% des buveurs de café.

En Suède, plus de caféïnomanes que de nicotinomanes

"De manière surprenante, il peut y avoir plus d’utilisateurs de café fortement dépendants que d'utilisateurs de produits de tabac ou nicotine dans la population générale, en raison du nombre beaucoup plus élevé d’utilisateurs de café (2139 buveurs de café contre 545 usagers de produits de tabac ou de nicotine sur les 3001 sondés)", souligne le chercheur. Les résultats soulèvent une question de fond sur les objectifs de santé publique, que le Dr Karl Fagerström avait déjà évoqué dans un article pour le bulletin de l'association Sovape en mai.

Problème de santé ou problème moral?

"Si une proportion significative de la population dépendante du café n'est pas considérée comme problématique, pourquoi notre vision est-elle si différente concernant la nicotine?", interroge ouvertement le Dr Fagerström. Avant de livrer: "Probablement parce que traditionnellement la consommation de nicotine a été faite avec du tabac fumé, avec les conséquences négatives sur la santé bien connues. Mais à quel point la dépendance au snus et aux produits de remplacement nicotinés, avec une fraction des dangers de la cigarette, est-elle problématique?"


samedi 4 août 2018

Consultation publique inaccessible ? La Commission Européenne nous répond ne rien savoir

Pourquoi la consultation publique ouverte par la Commission européenne (EC) était inaccessible? Dans sa réponse que nous publions, Annerie Bouw, Conseillère juridique de la Commission, n'a pas été en mesure de donner de réponse. Pourtant, au moins les 6, 7 et 8 juillet, il était difficile, si ce n'est impossible, de répondre au questionnaire sur les accises tabac. Cette consultation publique propose de surtaxer le vapotage dans tous les pays de l'Union Européenne (UE). Seize associations de vapoteurs et de réduction des risques appellent à se mobiliser contre ce projet en y répondant et en signant une pétition à part. La pétition a rassemblé plus de 30'000 paraphes à ce jour. A l'opposé, le lobby anti-vape s'organise dans son réseau.

Une autre spams attack anti-vape ?

L’indisponibilité de la Consultation a de quoi éveiller les soupçons. Début juin, la même situation de déni de service du serveur d'une consultation publique de la Food and Drug Administration (FDA) américaine a été provoquée par une attaque massive de spams revendiquant la prohibition des arômes de vapotage. La ressemblance mériterait attention. Tout comme le problème de biais de confirmation par les filtres a priori des outils informatiques que la Commission utilise.

De manière 'surprenante', on apprend que la Commission n'a pas tenu compte de sa précédente consultation publique de 2016, où 89,88% des répondants s'opposaient à toute taxe punitive contre les vapoteurs. Pourtant le rapport conclusif de la Commission avait alors annoncé vouloir remettre la question sur le tapis. Pour faciliter la lisibilité, nous avons mis en page nos questions, envoyées le 12 juillet avec une relance le 27, et les réponses, reçues le 3 août, de la porte-parole de la Commission Européenne.

Bonjour, en vue d'un article sur le blog indépendant Vapolitique, qui traite de la réduction des risques grâce au vapotage. Plusieurs citoyens européens ont constaté que la Consultation publique de la Commission européenne sur les taxes du tabac et le projet de taxe sur le vapotage était indisponible, ou difficile d'accès et d'usage (ralentie) durant plusieurs jours. Au moins les 7 et 8 juillet.

Parallèlement, le média indépendant  Reg Watch a révélé que le lobby anti-vape a attaqué la consultation publique américaine de la FDA par un spamming massif déclenché par des bots ayant inondé la consultation de faux avis en faveur de la prohibition des arômes du vapotage début juin (du 8 au 11 juin inclus). De nombreux citoyens nous signalent leur inquiétude qu'une opération de fraude similaire ne soit en cours concernant la consultation européenne. C'est pourquoi, je sollicite des éclaircissements sur les questions suivantes en vue d'un article :

1) Y a t-il une enquête concernant les indisponibilités et ses causes du site de la consultation publique?

Monsieur Poirson, 
J’ai le plaisir d’accuser la réception de vos emails des 12 et 27 juillet. Je vous remercie de votre intérêt pour la Consultation publique sur les accises applicables aux tabacs manufacturés et la taxation éventuelle des nouveaux types de produits. 
Nous avons vérifié la disponibilité du site de la consultation publique et n’avons pas remarqué de problème particulier pour y accéder. Vous êtes la première personne à nous en avertir et vous en remercions. N’hésitez pas à nous contacter si un nouveau problème survenait.

2) Y a t-il de premiers éléments ?

3) En cas de tentative de fraude visant à pervertir la démarche consultative, quelles mesures la Commission a t-elle pour protéger la démarche ?
Concernant votre question de possibles tentatives de fraude, je peux vous informer de ce qui suit : après la consultation, toutes les contributions seront soigneusement analysées à l'aide d'outils informatiques afin de filtrer les contributions identiques ou les doublons. Ces outils utilisent des techniques avancées qui permettent également l'agrégation des contributions, fondée sur les commentaires reçus.
4) Lors de la consultation précédente similaire, 89,88% des avis exprimés s'opposaient à toute surtaxe punitive du vapotage. Pourtant la nouvelle consultation n'a pas intégré d'option en ce sens ; telle qu'une exemption de taxe pour les produits à risque réduit, ou une taxe négative incitative pour les consommateurs, ou une rétribution légitime d'une part des taxes tabac aux organisations de réduction des risques d'usagers, etc. 
La mise à l'écart de telles options est-elle la conséquence du triage informatique, excluant les avis disruptifs par rapport à la matrice de la Commission Européenne, ou est-ce un choix délibérée de la Commission d'exclure toute politique favorable à la réduction des risques dans ce domaine ?
Pour ce qui concerne votre question de la consultation précédente en 2016, la Commission Européenne considère la possibilité de taxer de nouveaux produits (cigarettes électroniques et produits à base de tabac chauffé) suite à l’introduction d’une taxe nationale dans plusieurs Etats membres. C'est après ces actions nationales que la question s'est posée de savoir s'il fallait introduire une taxe harmonisée pour garantir le fonctionnement du marché intérieur.   
5) Etant donné l'indisponibilité de la consultation durant plusieurs jours, alors que celle-ci a été agendée en plein été, période de vacances pour de nombreux citoyens européens, une prolongation d'accès à la consultation est-elle envisagée par la Commission ?

Généralement, les consultations publiques seront ouvertes durant 12 semaines. Toutefois, en raison de la période des vacances, notre consultation est ouverte pendant 15 semaines. Il reste dont encore un mois (jusqu'à 3 septembre) pour contribuer à la consultation.

Nous espérons avoir répondu à vos préoccupations et vous saurions gré de continuer à partager l’information selon laquelle notre consultation publique est ouverte et d’inviter toutes les personnes intéressées à soumettre leurs contributions via notre site.  

Bien cordialement,
Annerie Bouw





vendredi 3 août 2018

Projet de taxe anti-vape au Royaume-Uni ? "Une stratégie très dangereuse" selon le Pr Robert West [MàJ]

Tandis que les vapoteurs se mobilisent peu en cette période estivale, les affidés de taxes anti-vape manœuvrent en coulisses. D'un côté, à peine plus de 30'000 signatures pour la pétition des associations contre les surtaxes anti-vape en Europe. De l'autre, un renfort de poids aux quatorze pays de l'Union Européenne (UE) ayant déjà implémenté une taxe contre les vapoteurs. Même si l'Italie semble toujours plus proche d'abolir cette mesure désastreuse, le gouvernement britannique projetterait de suivre le mouvement européen de taxe punitive. Révélé hier par la presse britannique, le projet de taxe anti-vape n'a pas été démenti par le Chancelier Philip Hammond. "Des sources de Whitehall [le siège du Gouvernement] ont déclaré qu'aucune décision n'avait été prise mais que rien n'était retiré de la table", rapporte aujourd'hui le Times

"Une stratégie à très haut risque du point de vue de la santé publique"

Une liste de possibles taxes "sur les pêchés", qu'en français ses partisans préfèrent nommer "taxes comportementales", est envisagée pour financer le service de santé national (NHS). La surtaxe sur la vape pourrait être de 5%. Le Trésor espère en retirer près de 40 millions £ par an. A condition que les 2,9 millions de vapoteurs britanniques continuent de vapoter et d'acheter légalement leurs produits. "C'est une stratégie à très haut risque du point de vue de la santé publique", réagit le Pr Robert West, directeur des recherches sur le tabac à l'University College de Londres, dans le Times

Moins de vapoteurs, plus de fumeurs

"Il est clair que le vapotage aide à arrêter de fumer les gens qui ne sont pas aidés par d'autres moyens. Si nous dissuadons les gens de l'utiliser en augmentant le prix, alors moins de gens vont les utiliser et il y aura plus de fumeurs", explique l'éminent spécialiste de santé publique. Les faits en Italie ou en Grèce, pays soumis à de telles taxes anti-vape, confirment le propos. Il y a près d'un million de fumeurs en plus depuis 2016 en Italie, tandis qu'il y a autant de vapoteurs en moins. Pour sa part, la Grèce détient le record de prévalence tabagique en Europe avec 36% de fumeurs. Depuis l'instauration de la taxe, un marché noir de vape prospère

Pas d'externalité de santé

"Il n'y aucune raison valable de taxer le vapotage: il n'y a pas de risque lié au vapotage passif, il n'y a aucun signe d'effet passerelle chez les adolescents. Au contraire, le tabagisme des adolescents chute à un niveau sans précédent aux Etats-Unis, car certains attirés autrement par les cigarettes ont opté pour la vape", souligne David Pryor, directeur de l'Institut Adam Smith, dans une tribune pour le Times ce matin. "Financer le NHS en taxant le vapotage, c'est comme financer le service d'incendie en taxant les détecteurs de fumée. Le gouvernement met des vies en danger pour une bouchée de pain", s'offusque t-il, "Une taxe sur le vapotage entraînerait plus de décès liés au tabagisme".

Faut-il taxer les vélos pour lutter contre l'obésité ?

Rédacteur du Nanny State Index on Nicotine, Chris Snowdown estime dans le Sun que taxer le vapotage pour financer le NHS serait comme "taxer les bicyclettes pour payer les coûts liés à l'obésité". Chez les professionnels anglais de la vape, on tombe des nues. "Le vapotage est une énorme opportunité de santé publique qui a déjà aidé trois millions de fumeurs à arrêter ou réduire leur tabagisme. Imposer une taxe supplémentaire sur le vapotage, non seulement n'aurait pas de sens, mais ce serait préjudiciable au NHS et à la santé publique", explique Dan Marchant, du comité de l'Association de l'Industrie de la vape britannique (UKVIA).

Appel à l'action européenne

Dans le camp des usagers, la New Nicotine Alliance (NNA) condamne fermement le projet de taxe dans un communiqué de presse. "Le vapotage a été le catalyseur d'une baisse spectaculaire du tabagisme ces dernières années. Il serait hautement contraire à l'éthique que le gouvernement sanctionne financièrement les vapoteurs", déclare Sarah Jakes, présidente de la NNA*. L'organisation britannique a cosigné fin juin l'appel de 16 associations contre les taxes anti-vape en Europe et propose une page d'aide pour remplir la consultation européenne d'ici le 3 septembre. Par ailleurs, Sarah Jakes a participé en juillet à une séance du groupe parlementaire sur le vapotage à propos des opportunités de réformes à l'occasion du Brexit. Gageons que les parlementaires auront saisi le danger qu'il y aurait à une taxe anti-vape, même si elle était imposée indépendamment de Bruxelles. 
* édité pour rendre compte du communiqué de la NNA à 17h50

jeudi 2 août 2018

Philip Morris renonce à son usine Iqos de Dresde: symptôme d'une erreur de stratégie ?

Philip Morris a confirmé l'information dénichée par Sächsische Zeitung (SZ). Il renonce, au moins pour le moment, à son projet de nouvelle usine à Dresde. L'inauguration était prévue au premier semestre 2019 à deux pas de l'aéroport. Elle devait produire 30 milliards de cigarettes pour Iqos par an avec 500 employés sur 80'000 m². L'investissement à terme devait être de 275 million €. Dirk Hilbert, maire de Dresde, a même inauguré en juin une nouvelle station électrique d'un coût de 11 millions € spécialement pour alimenter la zone industrielle de la future usine. Laconique, Iris Brand, porte-parole du cigarettier, indique que le groupe doit évaluer ses centres de production existants, à la radio locale MDR Sachsen. Des usines de cigarettes Iqos fonctionnent déjà notamment en Suisse, Grèce, Roumanie et en Italie, où sa capacité de production est le triple de celle envisagée à Dresde, précise le journal de Saxe SZ.

0,1% du marché allemand

En réaction, Reemtsma, la filiale allemande d'Imperial Tobacco, a ironisé sur l'explication "lapidaire" de Philip Morris. De son coté, Jan Mücke, directeur de l'association allemande des cigarettiers (DZV), dont Philip Morris ne fait plus partie depuis plus de dix ans, souligne "le succès assez limité" de l'Iqos. Dans son rapport 'New World of Tobacco – JUUL Starting to Disrupt U.S. Cigarette Industry' en avril dernier, Citigroup signale qu'en Allemagne "iQos atteint seulement 10 basics points (bps) [soit 0,1%] du marché national au quatrième trimestre 2017". En se limitant aux grandes villes allemandes, l'Iqos atteint 80 bps, soit 0,8%, du marché. Très faible en regard des campagnes de publicité du cigarettier vaudois et l'ouverture d'Iqos Stores en Allemagne. 

Erreur de stratégie ?

Il y a une année, Stacey Kennedy, directeur de Philip Morris Allemagne, annonçait la nouvelle usine de Dresde comme "un jalon important sur la voie d'un avenir sans fumée". Aujourd'hui, la bourse américaine a perdue confiance dans les valeurs cigarettières devant le succès du vapotage, et l'abandon de la nouvelle unité de production du cigarettier vaudois soumet à la question sa stratégie. Doute sur son choix de privilégier un produit phare de tabac chauffé, à contre-courant de l'engouement pour le vapotage et sa diversité. Depuis son lancement en 2015, l'Iqos n'a percé qu'au Japon, pays qui interdit la vente de vapotage nicotiné.

Doute aussi sur la conception médiocre du point de vue de la réduction des risques de l'Iqos avec une température trop élevée pour éviter toute combustion. Alors que la combustion de la cellulose s'initie à partir de 236°C, l'Iqos monte à près de 350°C, engendrant une pyrolyse qui produit tous les toxiques d'une cigarette conventionnelle. Cependant, les carbonylés et les composés organiques volatiles (COV) sont réduits d'au moins 80% par rapport à une cigarette fumée standard, selon les premiers résultats des études de l'Institut fédéral allemand sur les risques (BfR).

Batailles cigarettières

La nouvelle de l'ajournement de l'usine de Dresde tombe dans un contexte de vive bataille entre cigarettiers en Allemagne. Les ventes sont passées de 145 milliards de cigarettes en 2002 à près de 76 milliards en 2017. Philip Morris reste leader avec 37% du marché devant Reemtsma qui détient 24% du marché, BAT 19% et Japan Tobacco 6%. Ce dernier fait une campagne de publicité pour dénigrer les nouveaux produits électriques sous la bannière de sa marque de cigarettes American Spirit. Cette campagne tente aussi de freiner l'essor du vapotage, dont le marché est passé entre 2010 et 2016 de 5 millions à plus de 375 millions €, selon les données de la VDEH association professionnelle du vapotage. 

Poor lonesome cowboy ?

Dans ce contexte de restructuration, l'idée de créer une nouvelle organisation faîtière visant à regrouper tous les cigarettiers, y compris Philip Morris, mais aussi des producteurs de vapotage indépendants fait son chemin, nous apprend eGarage, site allemand spécialisé sur le vapotage et la réduction des risques. "Les fabricants de vapotage qui ne proviennent pas de l'industrie du tabac sont aussi très sollicités", précise le site bien informé. 

Bien que cowboy solitaire en Allemagne et malmené par la bourse américaine, Philip Morris reste une multinationale encore prospère. Ses comptes trimestriels, publiés le 19 juillet, affichent 7,72 milliards $ de revenus nets et 3,1 milliards $ de bénéfices nets sur le second trimestre 2018, une progression de l'ordre de 12 à 13% par rapport à la même période en 2017. 


[Bref] Matteo Salvini promet une réforme du vapotage dés septembre en Italie, au site SigMagazine

Dans un entretien exclusif hier au site SigMagazine, Matteo Salvini, vice-Premier Ministre du gouvernement, promet préparer une loi de réforme du vapotage en Italie. "Nous travaillons déjà à un texte blindé pour le terminer d'ici la fin de l'été. Nous n'allons pas l'insérer dans la loi de finance mais il sera écrit ad hoc spécifiquement pour le secteur du vapotage. Ce sera la première mesure après les vacances d'été, car techniquement et politiquement, c'est très simple", assure le Ministre. L'objectif est de sortir la vape de la tutelle de l'Administration des douanes et du Monopole du tabac (AAMS) pour rendre son autonomie au secteur et abolir la mega surtaxe anti-vape. "Cette disposition ne va rien enlever à qui que ce soit. Au contraire, un marché va être libéralisé et normalisé, donnant aux entreprises un coup de pouce et de la vitalité", explique Matteo Salvini.

La première mesure en septembre

Au niveau de la santé publique aussi, la réforme peut être bénéfique. Le tabagisme en Italie augmente ces dernières années au fur et à mesure que le vapotage recule. "Il est incroyable que la question de la santé n'ait jamais été prise en compte. D'autres pays aident ceux qui veulent arrêter de fumer et recommandent le vapotage", souligne le Ministre. Cette réforme était déjà l'objectif de l'amendement 'Salva Vaping' qui a échoué en Commission parlementaire la semaine dernière. "Je comprends et je partage l'énervement des milliers de travailleurs du secteur du vapotage en difficulté: être coincé pour une chicane bureaucratique est indigne d'un pays civilisé", regrette Matteo Salvini.

Après l'Italie, l'Europe ?

Le temps presse alors que l'écroulement des ventes sous le coup de la surtaxe pousse une majeure partie du secteur dans une situation très précaire. Plusieurs organisations professionnelles de la vape craignent des faillites dés la rentrée. Du côté des vapoteurs, l'association ANPVU demande aussi l'abolition de la taxe anti-vape qui en restreint l'accès aux fumeurs et repousse des utilisateurs vers le tabagisme et d'autres vers le marché noir. A l'heure où la Commission Européenne étudie l'option d'imposer une taxe anti-vape à toute l'Union Européenne, le cas italien constitue un triste exemple du désastre sanitaire, social et économique d'une telle mesure.

mercredi 1 août 2018

[Bref] En Grèce, le marché noir dépasse les ventes légales suite à l'instauration de la taxe anti-vape

"Le marché illégal est devenu plus grand que le marché légal", regrette Marko Markopoulos, PDG de Nobacco, la principale firmgrecque de produits de vapotage. Depuis le 1er janvier 2017, une taxe anti-vape de 1€ par fiole de 10 mL de liquide a été instaurée en Grèce. "Cette taxe a ralenti la croissance du marché et a poussé les consommateurs vers des produits de contrebande", explique le site d'info Kathimerini"En incluant la TVA, les taxes approchent la moitié du prix de vente du produit. Cette décision a impulsé la contrebande, alors que fin 2016 elle était marginale", constate Marko Markopoulos. La taxe anti-vape a rapporté 4,5 millions € à l'Etat en 2017, dont 2,2 millions € payés par Nobacco. Selon les estimations, il y aurait environ 300'000 vapoteurs pour 3 millions de fumeurs en Grèce, pays qui détient le record du taux de tabagisme en Europe. 

Répression du marché noir ou abolition de la taxe ?

Plutôt que l'abolition de la taxe, le directeur de Nobacco réclame des contrôles fiscaux et douaniers contre la vente au noir de produits de vape. "C'est probablement le seul marché où la contrebande se passe dans les magasins", dénonce Marko Markopoulos. Il précise que les vapoteurs peuvent acheter des produits illégaux parfois sans même le savoir. Par ailleurs, Nobacco a signé un accord de partenariat avec British American Tobacco (BAT) en juin pour distribuer en exclusivité un produit de vapotage du cigarettier britannique. 

De leur côté, les associations européennes d'usagers de vape et de réduction des risques appellent à stopper les taxes anti-vape. Elles ont lancé une pétition et encouragent à répondre à la consultation de la Commission Européenne qui se propose d'intégrer une taxe anti-vape plancher au niveau européen lors de la révision des taxes tabac. Quatorze pays de l'UE ont déjà instauré des surtaxes sur les liquides de vapotage.

mardi 31 juillet 2018

Etude: les 39% de fumeurs aborigènes victimes de la prohibition du vapotage en Australie

En Australie, 39% des aborigènes et indigènes du détroit de Torres adultes fument. Près de 2,8 fois la moyenne globale en Australie en 2014. Pourtant, près de 70% des fumeurs aborigènes veulent et ont déjà tenté d'arrêter, une volonté similaire à la moyenne générale des fumeurs de l'île. Une équipe de chercheurs s'est intéressé à évaluer les usages et la connaissance du vapotage à travers l'enquête Talking about smokes ayant interviewé près de 1'300 aborigènes entre 2013 et 2014. "Moins d'aborigènes et d'insulaires du détroit de Torres ont essayé le vapotage que la moyenne des fumeurs australiens (21% contre 30%). En partie parce que moins de fumeurs aborigènes ont entendu parler de vape. Ils sont aussi beaucoup moins à reconnaître que vapoter est moins nocif que fumer (22% contre 50%)", résume l'étude publiée dans Nicotine & Tobacco Research (NTR), la revue de l'Université d'Oxford. 

L'équipe menée par le Dr David Thomas, de la Menzies School Health Research, pointe la responsabilité de la prohibition de vente du vapotage nicotiné et de l'alarmisme entretenu par des leaders anti-tabac envers le vapotage en Australie. "Il y a une incompréhension considérable sur le risque relatif du vapotage par rapport à la cigarette conventionnelle, en partie à cause de l'environnement réglementaire très strict", soulignent les chercheurs. Ils évoquent une possible piste explicative complémentaire. "L'héritage du colonialisme et le racisme existant peuvent avoir alimenté une méfiance envers le vapotage, soupçonné d'être un autre produit introduit par les blancs pour rendre malades les aborigènes et générer des profits aux blancs", rapportent les chercheurs.

Donner un message plus clair sur la réduction des risques

L'enquête montre une corrélation entre l'expérience du vapotage chez les indigènes et le fait d'habiter dans une zone plus urbaine ou plus favorisée, pratiquant l'anglais à domicile et d'être plus jeune. Le fait de fumer au quotidien, d'avoir déjà essayé d'arrêter de fumer dans l'année écoulée, a fortiori par des tentatives avec substituts ou médicaments, et penser que la vape est moins nocive que la cigarette sont aussi associés positivement à l'expérimentation de vapotage. Autrement dit, le profil prédominant de l'aborigène expérimentateur de vape est celui d'un fumeur de moins de 35 ans disposé à quitter les cigarettes.

Cependant, l'enquête n'a demandé aux aborigènes que s'ils avaient déjà vapoté, mais pas s'ils vapotaient au moment de l'entretien. Il n'a pas été demandé non plus s'ils avaient utilisé de la nicotine dans leur liquide, signalent les chercheurs comme limites à leur recherche. Ils encouragent les dirigeants politiques, autorités sanitaires et professionnels de santé à "donner plus clairement le message que le vapotage est moins nocif que les cigarettes conventionnelles" et créer une réglementation en ce sens. Pour le moment, les élites font la sourde oreille aux appels à la réduction des risques. Au détriment des fumeurs, en particulier aborigènes.


lundi 30 juillet 2018

Italie: la vape au bord de l'asphyxie appelle à l'aide

Après l'échec de l'amendement "Salva Vaping", sous les manœuvres du Parti Démocratique et de Forza Italia, les différents acteurs de la vape en Italie tirent la sonnette d'alarme. Dés la rentrée, les entreprises du secteur courent un fort risque de faillite selon les associations professionnelles. Indice de la régression depuis le début de l'année, les boutiques spécialisées ont vue leurs chiffres d'affaires s'écrouler de 30% à 60%, selon leur association Uniecig. "Les détaillants ont connu, dans toute l'Italie, une baisse des ventes depuis l'entrée en vigueur du fameux décret Aams que nous combattons", explique Antonella Panuzzo, présidente d'Uniecig, au site SigMagazine

Toute la filière vape menacée de disparition dés septembre

Au-delà des boutiques, toute la filière est menacée par effet domino. Les deux organisations interprofessionnelles du secteur, l'Anafe-Confindustria, association nationale des entreprises de vape, et la Coalition des opérateurs italiens de la vape (COIV) appellent à des mesures urgentes. "Dés septembre, nos entreprises (production, marketing et industries connexes) seront sans doute obligées de lancer des processus de liquidation et de licencier la plupart des travailleurs - jetant dans la pauvreté et le désespoir environ 30.000 familles - et de cesser définitivement l'activité de l'entreprise, avec toutes les conséquences qui en résulteraient, également au détriment du Trésor", alarme l'Anafe-Confindustria dans une lettre ouverte au Gouvernement italien. 

Même constat de la Coalition des opérateurs italiens de la vape (COIV): "le secteur de la cigarette électronique s'effondre, il y a urgemment besoin de réponses concrètes". La COIV espère que la volonté du gouvernement de mettre fin à la taxe scélérate contre le vapotage et de libérer le secteur du Monopole va se concrétiser "dans un délai très court". L'Anafe-Confindustria souligne que l'amendement pour sauver le vapotage a été "déclaré irrecevable uniquement pour des raisons liées à la pertinence du décret et sans aucun rapport avec les questions de son mérite et d'ordre économique". Avant d'insister: "Nous demandons une intervention réglementaire opportune afin que nous puissions sauver un secteur qui est aujourd'hui au bord du gouffre".

Le tabagisme bénéficie des mesures anti-vape

Le démantèlement du secteur risque de favoriser d'une part le tabagisme et d'autre part l'essor de pratiques de contournement hors contrôle de sécurité pour les consommateurs. "Il convient de souligner la négativité absolue de la surtaxe au détriment de la santé de tous les consommateurs qui souhaitent arrêter de fumer, à double titre (1) en créant une impressionnante barrière à l'entrée, puis en les dissuadant de continuer d'utiliser le vapotage ; et (2) en incitant l'achat par des canaux nationaux et étrangers non autorisés, avec des conséquences évidentes en termes de doute quant à la salubrité des produits achetés", analyse Carmine Canino, président de l'Association nationale pour les vapoteurs unis (ANPVU), dans une lettre ouverte au Gouvernement

Des éléments qui pourraient constituer une base pour un recours collectif des consommateurs, notamment sous l'angle du droit à l'accès à des outils de réduction des risques et de la préservation de sa santé. Alors que, selon les statistiques de l'Istituto Superiore de la Sanità (ISS), le nombre de fumeurs augmente tandis que celui des vapoteurs baisse en Italie. Un exemple qui devrait être pris en considération par les gouvernements et la Commission Européenne dans leurs projets néfastes de taxe anti-vape.

dimanche 29 juillet 2018

Un communiqué de presse de l'IADR désinforme sur les résultats d'une étude sur la réduction des risques cancérigènes du vapotage

"Les vapoteurs exclusifs sont exposés à des niveaux de nitrosamines nettement plus bas que les utilisateurs des produits de tabac, en dépit d'exposition à la nicotine similaire". Les données sont claires dans le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, de l'Université de San Francisco Californie, à la 96ème session de l'International Association for Dental Research (IADR) hier à Londres. Les taux de nitrosamines spécifiques au tabac (TSNA), connus pour être cancérigènes, sont très nettement plus bas chez les vapoteurs que chez les fumeurs et les autres utilisateurs de produits de tabac. Entre autres, le taux de NNAL (4-(methynitrosamino)-1-(3)-pyridyle-1-butanol) mesuré dans les urines des vapoteurs exclusifs était en moyenne de 4-pg/mg [variant de 2 à 9], contre 286-pg/mg chez les fumeurs exclusifs, et atteignant 869-pg/mg [variant de 411 à 1632] chez les usagers de produits de tabac oraux américains.

Le communiqué de presse contredit les résultats de l'étude

Pourtant, Elise Bender, chargée de comm' de l'Association international de recherche dentaire, a divulgué un communiqué de presse dont le titre affirme l'exact inverse: "L'usage d'e-cigarette et de produits du tabac lié à une augmentation du risque de cancer oral". En évitant soigneusement de citer les données de l'étude sur 6'241 participants qui montrent que les vapoteurs ont des niveaux urinaires de TSNA jusqu'à plusieurs centaines de fois moindres que les consommateurs de tabac. "Le titre de ce communiqué de presse contredit directement les résultats de cette étude. L'étude n'a pas trouvé chez les vapoteurs de niveaux de cancérigènes indiquant un risque de cancer", réagit le Pr Peter Hajek, de l'Université Queens Mary de Londres. "Le titre aurait du être "les produits du tabac mais pas les e-cigarettes sont liés à des risques de cancer" "

Taux de nitrosamines des vapoteurs similaires à des non-fumeurs

Sur la page du Science Media Centre, le Pr Peter Hajek précise que les taux mesurés chez les vapoteurs sont approximativement ceux détectés habituellement chez des non-fumeurs. Même si le résumé de l'étude, qui n'a pas encore été publiée, ne livre pas les niveaux mesurés chez les non-fumeurs. "Sans accès à l'étude évaluée par les pairs, il est difficile de mettre ces résultats en contexte", explique le Pr Paul Aveyard, de l'Université d'Oxford. L'étude semble avoir classé comme vapoteur toute personne déclarant avoir utilisé une vaporette au cours des 30 derniers jours, quelque soit la fréquence d'usage. "Le niveau de vapotage qui consiste simplement à essayer ne devrait pas réduire l'exposition aux substances cancérigènes du tabac", souligne le professeur de médecine comportementale. Selon le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, 72% des usagers de vapotage du panel étaient aussi consommateurs de tabac, contre 28% de vapoteurs exclusifs. 

"Cesser totalement de fumer aussi vite que possible"

Le Pr Paul Aveyard rejoint le Pr Peter Hajek sur le caractère très rassurant des résultats pour les vapoteurs exclusifs. "L'étude montre que les personnes qui utilisent du tabac, qu'il soit oral ou fumé, présentent des niveaux élevés de cancérogènes, alors que les personnes qui utilisent des vaporettes, qui sont sans tabac, ont des niveaux très bas. Ce qui est très rassurant pour les gens qui vapotent", souligne t-il. Cependant, le cas des double-usagers, qui vapotent et fument encore, est sensiblement moins rassurant. "Les personnes qui vapotent et fument ont des niveaux de cancérogènes similaires aux fumeurs", précise le Pr Paul Aveyard.

Le Dr Ed Stephens, auteur d'une méta-analyse sur les risques cancérigènes comparés entre fumer et vapoter, insiste sur l'effet de tromperie du communiqué de presse et l'importance d'informer sur les risques de conserver une consommation de tabac. "En résumé, le fait de ne pas clarifier dans le communiqué de presse la catégorie des double usagers vapotage et tabac désinforme sur les résultats en laissant entendre que le vapotage seul comporte un risque de cancer de la bouche comparable au tabagisme. Les données ne corroborent pas cette conclusion, au contraire elles montrent clairement que les vapoteurs qui ne fument plus ont un risque beaucoup plus faible de cancer buccal lié aux TSNA que ceux qui combinent le vapotage avec le tabagisme. Le message pour les fumeurs qui prennent le vapotage pour des raisons de santé est très clair - cesser de fumer tout à fait aussi vite que possible".



vendredi 27 juillet 2018

Surveillance politique: une équipe sino-américaine fiche 332 activistes de la vape sur Tweeter [MàJ]

Fruit d'une collaboration entre le Laboratoire clef d'Etat sur les nouvelles technologies de l'Université de Nanjing en Chine et le NORC de l'Université de Chicago aux Etats-Unis, un programme de surveillance des opposants aux campagnes anti-vapotage a livré ses conclusions. Publié dans la revue privée de l'Institute of Electrical and Electronical Engineers (IEEE), organisation internationale de professionnels des nouvelles technologies, les auteurs dénoncent une "même communauté pro-vapotage" derrière les critiques sur Tweeter aux campagnes américaines contre la réduction des risques à l'aide du vapotage. 

"Bien qu'il existe des preuves que le vapotage peut réduire les dommages pour les utilisateurs adultes qui réduisent ou arrêtent de fumer la cigarette combustible, et peu de preuves que les e-cigarettes causent des dommages à long terme, les défenseurs pro-vape ont utilisé cette base de preuves équivoques [sic!] pour s'opposer aux messages des campagnes médiatiques anti-vapotage, générant un volume très élevé de messages d'opposition sur les médias sociaux", constatent les chercheurs Qianyi Zhan, Sherry Emery, Philip Yu, Chongjun Wang et Yuan Liu.

Le programme de surveillance SORENTO

"Lorsque nous analysons le retour d'expérience des campagnes anti-vapotage, il est crucial de classer le public en différents groupes en fonction de leurs attitudes et de leurs affiliations. Dans cette perspective, nous proposons dans cet article de poser le problème de la "Détection de la Communauté sur l'Audience des Campagnes Anti-vapotage" [“Community Detection on Anti-vaping Campaign Audience”] (CODEVAN), et pour le résoudre de concevoir l'algorithme  de "détection de communauté basée sur SOcial, REpost et RelatiOn de coNTenu [“community detection based on SOcial, REpost and coNTent RelatiOn”] (SORENTO)", exposent les spécialistes en ingénierie informatique. 

Leur article explique comment le programme de surveillance et d'analyse SORENTO calcule les "scores d'intimité" des utilisateurs en fonction de leurs relations sociales, des republications et des similitudes de contenu. Selon l'équipe sino-américaine, la détection par SORENTO démontre que "les messages critiques sont principalement postés par une même communauté provapotage".

332 activistes fichés

Les spécialistes de la surveillance précisent avoir identifié 332 activistes en faveur de la réduction des risques. Pour cela, ils ont fait éplucher les tweets autour de trois campagnes américaines anti-vapotage en 2015. Celle californienne de mars à juin "Still blowing smoke", celle de Chicago "Vaping truth" de décembre à février 2016, et celle nationale au long de l'année du Center Disease Control (CDC) "Tips for former smokers". Ils ne détaillent pas la liste des 332 opposants dans l'article, mais livrent tout de même les noms de quelques uns dans leurs graphiques. Clive Bates, spécialiste de santé publique de renommée mondiale, côtoie le compte d'A Billion Lives, du documentaire éponyme, l'actif VapingIT ou le compte de la regrettée Agent Ania (RIP)...

"Similaire à d'autres applications en réseau hétérogène, les algorithmes de détection de communauté prennent également d'autres caractéristiques en compte et utilisent la classification des sentiments pour améliorer la détection de la communauté et le classement de la communauté pour permettre une analyse approfondie des données des sentiments", expliquent les promoteurs de SORENTO. La logique de fichage de SORENTO n'est pas sans rappeler celle du vaste programme de surveillance comportementale expérimenté en grandeur nature en Chine sous le nom de "crédit social", auquel l'Obs du 12 juillet a consacré un dossier.

De SORENTO au "Crédit social"

"La Chine de Xi Jinping s’est engagée dans un ambitieux et inquiétant projet de contrôle social bâti sur les technologies de pointe. Objectif : surveiller et régir la vie de 1,4 milliard de Chinois pour instaurer un totalitarisme sophistiqué. Un “modèle” qui pourrait inspirer d’autres pays", explique Ursula Gauthier, journaliste en Chine durant six ans avant son expulsion. Par l'agrégation de données informatiques et du suivi par vidéo-surveillance, le programme du "crédit social" entend noter les individus selon leur degré de "fiabilité sociale".

Ursula Gautier, de l'Obs, sur BFM le 24 juillet à propos du programme crédit social en Chine

Fichage et soft-censure

Dans ce contexte, il est quelque peu inquiétant de voir une organisation comme l'IEEE publier un article d'une équipe chinoise et américaine ayant développé et utilisé un programme de fichage d'activistes pour leur seule opinion de politique de santé publique. Inquiétant d'une part sur les méthodes non seulement envisagées, mais visiblement déjà en pratique, par le réseau anti-réduction des risques autour de l'oligarque Michael Bloomberg et de l'establishment du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. A leur Sommet au Cap au printemps, plaçant le vapotage comme nouvelle cible prioritaire de la lutte anti-tabac, ils avaient fait expulser les délégués de Taïwan pour satisfaire la Chine.

Inquiétant également, les futures utilisations contre d'autres groupes sociaux de la technique de surveillance développée et mise au point contre les défenseurs du vapotage, sans réaction des groupes de défense des libertés civiques. Enfin, inquiétant dans les mesures à court terme prises par les propriétaires des réseaux sociaux, dont il est clair que les algorithmes peuvent restreindre de manière furtive la diffusion des messages de comptes black-listés, comme le reconnaissait Facebook cette semaine dans un article de Libération. L'opposition à la liberté des fumeurs de préférer le vapotage a décidément de plus en plus un sale goût de dystopie orwellienne.

Sur le financement du programme SORENTO - MàJ 28-07-2018

L'article publiée dans la revue de l'IEEE spécifie avoir reçu des financements du Fundamental Research Funds for the Central Universities de Chine, à travers deux subventions JUSRP11852 et NSFC 61672264. Ainsi que de la National Science Foundation américaine à travers quatre programmes de subventions référencés IIS-1526499, IIS-1763325, CNS-1626432 et NSFC 61672313. L'IIS-1526499 pour 499'999 $ et le CNS-1626432 pour 599'536 $ sont financés par l'Université de l'Illinois Chicago. Je n'ai pas réussi à retracer les deux autres, sans avoir pu y consacrer suffisamment de temps.... Enfin, les auteurs ont aussi bénéficié des bourses du National Key Research and Development Program of China, No. 2016YFB1001102 et NSFC 61502227. A creuser peut-être...