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mercredi 12 août 2020

Covid et vape: une étude américaine très douteuse fait le buzz

Sa médiatisation est soignée. Un story telling impeccable prend place dans de grands médias, comme NBC, dès la publication en ligne hier de l’étude dans le Journal of Adolescent Health (JAH). Dans la foulée, l'élu démocrate au Congrès Raja Krishnamoorthi demande l’interdiction totale du vapotage durant « l’épidémie de coronavirus » en raison de ces résultats. Pourtant, la publication à l’origine de ce buzz médiatico-politique est étonnamment courte et peu claire. En cinq pages, les chercheurs menés par la Dre Bonnie Halpern-Felsher, pédiatre à l’Université de Stanford en Californie, affirment que le vapotage multiplie par 5 à 7 fois le risque de Covid-19. Une affirmation extraordinaire dont il est plus que difficile de s’assurer de la validité avec les données présentées dans l’étude.

Un sondage plutôt qu'une étude

L’étude s’appuie sur un sondage commandé à Qualtrics, spécialiste de la « gestion des expériences », sur 4351 jeunes Américains de 13 à 24 ans entre le 6 et le 14 mai dernier. Environ la moitié des jeunes recrutés pour le sondage déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage, tandis que l’autre moitié ne l’a jamais essayé. 

13,7 % versus 13,1 % de tests positifs au Sars-Cov-2

Parmi ceux qui n’ont jamais essayé le vapotage, 5,7 % se sont fait tester, soit 123 jeunes dont 17 se sont révélés positifs. Cela représente 13,7 % des jeunes jamais vapoteurs positifs parmi ceux testés. Du côté des jeunes qui ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, 382 se sont fait tester, 50 étaient positifs. Soit 13,1 % des jeunes ayant vapoté une fois dans leur vie ont été testés positifs.
13,7 % de tests positifs d’un côté, 13,1 % de tests positifs de l’autre... On a du mal à voir la différence de risque entre les deux groupes. Mais les chercheurs ont préféré, d’une part cacher dans leur présentation ce rapport entre testés et positifs des deux groupes, et d'autre part, calculer le ratio de risque sur le total de chaque groupe sondé. 17 positifs sur 2168 jamais utilisateurs contre 50 positifs sur 2183 ayant vapoté une fois dans leur vie. Cette approche est-elle valable ? Pour plusieurs raisons, clairement non.

Le marketing vise d’autres objectifs que les études sur la santé

En premier lieu, le mode de recueil des données, par une entreprise spécialisée dans le marketing, n’est pas adéquat pour livrer une enquête de ce type. Les données indiquent un biais de sélection assez net. Par exemple, si les chiffres étaient représentatifs de la population alors cela signifierait que plus de 40 % des tests effectués à cette période (avant le 14 mai) aux États-Unis concernaient seulement les 13 à 24 ans. Ce serait très inquiétant pour les autres catégories d’âge, réputées plus sensibles au virus. 

Ce biais de sélection semble fausser l’interprétation que donnent les chercheurs à leurs résultats à travers l’énorme écart du taux de test entre les différentes catégories (voir table 2 plus bas). Ce sont ces écarts de testing dans le panel sondé qui provoque les différences entre les groupes mises en avant par les chercheurs. 

"La conclusion des auteurs est basée sur le diagnostic plus fréquent de Covid-19 chez les adolescents ayant vapoté une fois dans leur vie. Cependant, ils ont été testés 9 fois plus souvent que le groupe contrôle [les jamais-utilisateurs]. Il n'y a pas eu de différence entre les tests (13.1% positifs chez les "vapoteurs" contre 13.7%  chez les jamais-vapoteurs). Au moins, la question se pose pourquoi les "vapoteurs" ont été testés presque 10 fois plus souvent que les jamais-vapoteurs", remarque le Dr Bernd Mayer, de l'Université de Graz, sur son compte Facebook (en allemand, ma traduction).

Une présentation trompeuse des résultats

Une seconde raison est une incohérence majeure et inexpliquée par l’étude dans les données présentées. Dans les ratios de risque pondérés calculés par les chercheurs, les jeunes qui ont déclaré avoir vapoté dans le mois précédent ne présentent pas un risque significativement supérieur, contrairement à ceux qui ont vapoté une fois dans leur vie il y a au moins plus d'un mois. 

« L’usage à vie, mais pas celui courant, du vapotage lié à la Covid-19. C’est comme dire qu’avoir mangé une fois dans sa vie du bacon, mais pas si c’est au quotidien est lié à l’obésité ! », ironise le Dr Konstantinos Farsalinos, de l’Université d’Athènes dans un tweet, commentaire plus développé sur son Facebook.

L’échantillon étant faible, la fourchette de risque avec un indice de confiance correct (à 95 %) pour ceux qui ont utilisé le vapotage dans le mois précédent s’étale de 0,77 à 4,73 fois le risque des jamais utilisateurs. Par contre, ce ratio de risque est plus élevé parmi les double-usagers (cigarette et vapotage) allant de 1,98 à 24,55 fois le risque des jamais vapoteurs. Il n’est pas cohérent d’accuser le vapotage d’être la cause du risque alors qu’un usage plus récent montre un ratio de risque plus faible qu’un usage qui remonte à plus d’un mois minimum.

L’absence de recherche de co-facteurs potentiellement confondants

Les incohérences auraient dû pousser les chercheurs, s’ils étaient vraiment intéressés par une démarche de connaissances scientifiques, à interroger les jeunes sur leurs pratiques sociales, pour corréler ou décorréler celles-ci des risques d’infection. Sur les 15 questions du sondage, une seule formulée de manière vague concerne s’ils ont suivi ou non les mesures de protection en place. Ce qui est très flou dans l’état de communication des autorités sanitaires américaines.

Au cas où les auteurs donnent accès aux données de manière plus transparente, d'autres analyses plus précises pourront être formulées. Mais en première lecture, cette publication n'est pas digne de confiance sur les conclusions qu'elle affirme sans fiabilité ni clarté. Elle ressemble plutôt à une pièce d'une opération de communication politicienne pour faire pression sur la Food and Drug Administration (FDA) dans le contexte américain de mise en place d'une quasi-prohibition du vapotage. 

En résumé :

  •  L’étude publiée est de très mauvaise qualité. Son recueil de données confié à une entreprise de marketing n’est pas adéquat à une recherche de ce type, et a produit des données non représentatives au propos. 
  • La présentation des résultats est tendancieuse, puisqu’elle masque l’absence de sur-risque d’être infecté au Sars-Cov-2 entre les différents groupes de jeunes testés. 
  • Les sous-groupes sont de dimensions si restreintes que les ratios de risques à un indice de confiance suffisant ont une énorme fourchette. 
  • Les co-facteurs de risques, notamment des activités sociales des jeunes n’ont pas du tout été prises en compte. Ce qui est simplement ridicule pour une étude sur le sujet.
  • Le plan de médiatisation me donne la sale impression que l’étude est une simple pièce pour une opération de comm' politique. 

samedi 1 août 2020

Économie de la santé : le tabagisme profite des taxes sur la vape dans les États américains

Les taxes sur la vape tuent. En repoussant les vapoteurs vers le tabagisme, elles augmentent le nombre de fumeurs de cigarettes. Publiée par le Journal of Risk and Uncertainty ce 24 juillet, la recherche menée par trois économistes universitaires, à partir des données de 4,3 millions d’Américains, montre l’effet de vase communicant, dans les deux sens, entre tabagisme et vapotage au gré des hausses et de l’introduction de taxes entre 2011 et 2018. « Les résultats de notre recherche suggèrent la prudence dans la réglementation du vapotage, car celle-ci peut avoir une conséquence néfaste et indésirable : l’augmentation du nombre de fumeurs de cigarettes traditionnelles », alerte l’équipe d’économistes menée par le Pr Michael Pesko, de la Georgia State University.

Une analyse basée sur les données de plus de 4,3 millions de personnes

L’analyse d’une trentaine de pages s’appuie sur les données à diffusion restreinte de deux enquêtes de population, la Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS) et la National Health Interview Survey (NHIS), de 2011 à 2018 qui interrogent à elles deux plus de 430 000 personnes chaque année. La vaste banque de données compte près de 4,3 millions de personnes, dont plus de 970 000 concernées par l’introduction de taxes sur le vapotage avant 2019 dans dix Etats et deux localités (depuis, onze autres États américains ont adopté des taxes sur le vapotage). Pour permettre un calcul global, les différentes taxes sur le vapotage ont été harmonisées entre les États, villes et comtés ainsi que l’évolution de celles sur les cigarettes, selon les données des Centers for Control Disease (CDC). 

Les taxes sur la vape repoussent les vapoteurs vers le tabagisme

Les calculs de Michael Pesko, Charles Courtemanche et Johanna Maclean montrent que 1 $ de taxe par ml sur la vape pousse 0,5 % de la population totale (ppt) à abandonner le vapotage occasionnel et 0,2 % à arrêter de vapoter au quotidien. L’essentiel de ces personnes retourne au tabagisme, augmentant celui-ci de 0,6 % de la population. « Collectivement, ces résultats suggèrent que les cigarettes traditionnelles et le vapotage sont des substituts économiques », insistent les chercheurs. 

Cela signifie qu’une augmentation des prix d’un produit entraîne un report d’une partie des consommateurs vers l’autre. Ce que les économistes appellent un effet d’élasticité croisée des prix. Dans leur analyse, les trois économistes mettent en lumière que cet effet est plus marqué chez les moins de 40 ans et les femmes que pour les hommes plus âgés.

Les Etats ayant introduit une taxe sur la vape avant 2018 et l’évolution des taux de vapoteurs et de fumeurs quotidiens
« Nos résultats suggèrent qu’une taxe nationale sur le vapotage de 1,65 $ par ml de liquide, telle que proposée au Congrès américain [en février dernier], augmenterait la prévalence du tabagisme quotidien des adultes d’environ 1 % de la population, soit près de 2,5 millions de fumeurs supplémentaires par rapport à l’absence de taxe », soulignent les chercheurs.

La hausse des taxes du tabac pousse des fumeurs vers la vape

Cette propriété de substitution entre les deux produits se confirme dans l’autre sens. En effet, si l’introduction de taxe sur le vapotage repousse des vapoteurs vers le tabagisme, l’inverse est également démontré par l’étude. Une augmentation des droits d’accise sur le paquet de cigarettes de 1 $ fait baisser le tabagisme de 0,6 % dans la population générale et augmente le taux de vapotage occasionnel de 0,3 % et le vapotage quotidien de 0,2 %. 
« Ces résultats suggèrent que les fumeurs utilisent le vapotage lorsque les taxes sur les cigarettes augmentent, soit pour continuer à consommer en partie leur nicotine habituelle à un prix relatif inférieur, soit comme moyen d’arrêter de fumer », expliquent les spécialistes en économie de la santé.
« Notre étude est la première à examiner spécifiquement l’effet des taxes contre le vapotage sur l’usage des adultes. De plus, nous avons été en mesure de montrer que les taxes du vapotage augmentent l’usage de cigarettes traditionnelles », soulignent les chercheurs. Leurs résultats confirment d’autres analyses précédentes sur les effets négatifs des taxes sur le vapotage (voir complément en fin de texte). 

Les vapoteurs européens concernés

Le sujet de taxes contre le vapotage pourrait devenir d’actualité pour l’ensemble des résidents de l’Union européenne (UE). Après le feu vert du Conseil européen le 2 juin, la Commission européenne sur les taxes prépare une révision de la directive sur les accises du tabac pour y intégrer le vapotage. Ceci alors que par deux fois près de 90 % des citoyens et organisations consultées en ont rejeté le principe. Malgré l’enjeu du sujet, aucune étude sérieuse des effets des taxes contre le vapotage mis en place par des pays européens n’a été effectuée. 

L’exemple de l’Italie, qui a connu une explosion du tabagisme suite à l’introduction d’une taxe prohibitive contre la vape avant de faire marche arrière, est pourtant éloquent. L’Estonie vient aussi de suspendre sa taxe anti-vape. La stagnation du tabagisme en Finlande et au Portugal illustre également les méfaits des taxes anti-vape dans l’Union européenne. Mais la Commission avance à l’aveugle selon ses a priori sur un sujet de santé publique concernant des dizaines de millions de personnes, en ignorant à la fois les professionnels de santé de terrain, comme ceux de la plateforme Addict'Aide, et les usagers de produits de réduction des risques.

D’autres recherches sur les méfaits des taxes contre la vape aux US 

En début d’année, une analyse menée par le Pr Chad Cotti, de l'Université du Wisconsin, à partir des données de l’Institut Nielsen concernant les ventes du réseau des kiosques (« retail channel »), a montré que la baisse des ventes de capsules de vape (pour pods), suite à l’introduction de taxe contre la vape, s’accompagne d’une hausse des ventes de cigarettes. 

En 2016, une équipe menée par Yuquing Zheng, de l’Université du Kentucky, avait analysé les différents produits en système. « Notre conclusion selon laquelle les cigarettes et le vapotage sont des substituts suggère que des taxes différenciées entraîneraient une diminution de la consommation de cigarettes et une augmentation de la consommation de vapotage qui pourrait conduire à une réduction des risques au niveau de la population », souligne l’étude publiée dans la revue Health Economics.

Michael Pesko avait analysé dans la revue SSRN en 2017 le cas du Minnesota, premier État à avoir taxé le vapotage dès 2012, concernant les effets sur le tabagisme des 11 à 17 ans. « Les effets inter-prix/taxes favorisent également la substitution entre ces deux produits. Nos résultats suggèrent que la taxation du vapotage peut avoir pour conséquence involontaire d’augmenter l’intensité du tabagisme chez les jeunes ».

Rahi Abouk a dirigé une analyse, publiée en 2019 par le National Bureau of Economic Research (NBER), sur l’effet des taxes du vapotage sur le tabagisme des femmes enceintes. « Notre étude révèle que les taxes sur le vapotage entraînent une augmentation du tabagisme prénatal. Concernant l’ampleur des effets, le tabagisme prénatal augmente de 0,4 ppts, soit 7,7 %, suite à une augmentation de 1 $ de la taxe normalisée sur le vapotage. Ce résultat semble être dû à l’évolution des taux de tabagisme avant la grossesse. En outre, en utilisant un modèle de données de panel, nous constatons que les taux de tabagisme par trimestre de grossesse augmentent de 1,1 ppts (21,0 %), ce qui suggère que les taxes sur les cigarettes électroniques réduisent l’arrêt tabagique en cours de grossesse ».
  

jeudi 30 juillet 2020

L'Institut Pasteur compare les toxiques entre cigarette, tabac chauffé et vape

Quel niveau de réduction des risques avec la vape ou une cigarette chauffée par rapport aux cigarettes classiques ? L’Institut Pasteur de Lille apporte sa contribution au sujet avec une étude approfondie. L’équipe menée par Romain Dusautoir a analysé les taux de carbonyles et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les émissions d’une cigarette standard (3R4F), de la fumée de la cigarette chauffée Iqos, et de trois dispositifs de vapotage. Les chercheurs, financés par l’Institut national du cancer (INCa), ont ensuite procédé à des tests in vitro de viabilité de cellules épithéliales bronchiques humaines (BEAS-2B) exposées aux différents aérosols. 
« Dans le cadre de la réduction des méfaits du tabac, dans laquelle les fumeurs devraient idéalement pouvoir choisir librement parmi une variété de solutions de rechange au tabagisme, les produits du tabac émergents (comme le tabac chauffé [HTP]) et le vapotage semblent avoir le potentiel d’une nouvelle offre prometteuse. Toutefois, il est fondamental pour les fumeurs de connaître et de comparer les risques pour la santé de ces différents dispositifs émergents afin de déterminer quel produit devrait être préféré pour le sevrage tabagique », soulignent les onze coauteurs de l’étude financée par l’INCa et l’IResP.
Globalement, les résultats sont sans appel. "Conformément aux niveaux de composés toxiques mesurés dans chaque aérosol, l’aérosol de cigarette chauffée (HTP) présente une cytotoxicité réduite par rapport à la fumée de cigarette, mais plus élevée que les émissions de vapotage", conclut la publication en open-access dans le Journal of hazardous materials.

Les niveaux de carbonyles et de HAP mesurés

La fumée de cigarette contient près de 7000 composés toxiques, dont l’extrême majorité est absente du vapotage. Notamment, le vapotage ne contient ni monoxyde de carbone ni goudrons contrairement à la cigarette. L’étude menée à l’Institut Pasteur de Lille s’est concentrée sur le niveau de deux classes de toxiques dont certains sont encore présents dans le vapotage, en comparant les niveaux à ceux dégagés par du tabac chauffé et une cigarette. 

Ainsi, les niveaux de 19 carbonyles et de 23 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ont été mesurés dans la fumée d’une cigarette, celle d’une Iqos (indiquée par HTP), du vapotage d’un modèle vieillissant d’Ego avec une résistance de 2,8 ohms alimentée à 4,6 Watts (nommée Lounge), et d’un Mod box plus récent avec une résistance en 0,5 ohms en deux configurations, l’une à 18 Watts et l’autre à 30 Watts. Les trois vapoteuses ont été testées avec un liquide à 16 mg/mL de nicotine, goût classique (en 70 % PG et 30 % VG). Les tests ont suivi le régime intensif de Santé Canada tout en veillant à ne pas créer artificiellement de dry-hit, en respectant notamment les recommandations de l’AFNOR.
« Pour assurer des conditions expérimentales réalistes, deux vapoteurs réguliers ont testé les e-cigs utilisés dans notre étude pour éviter la génération de bouffées sèches, en utilisant la durée de bouffée et les réglages de puissance tels qu’ils ont été testés avec la machine à fumer. Les utilisateurs ont confirmé l’absence de sensation de bouffée sèche et la production de vapeur suffisante. En outre, la température de l’aérosol généré a également été considérée comme un indicateur de pertinence expérimentale et de réalisme », stipulent les chercheurs, qui ont évité les erreurs méthodologiques « à l’américaine ».

Réduction de 99,8 % des carbonyles pour la Modbox

Les chercheurs ont analysé la présence des toxiques par bouffée et de manière pertinente par µg de nicotine délivré. Les résultats, détaillés pour chaque substance dans le papier, indiquent à délivrance égale de nicotine, une réduction de 77 % des émissions de carbonyles pour l’Iqos, et à plus de 99,5 % pour les différents modèles de vape, par rapport à la cigarette. Grossièrement, on peut dire que l’Iqos réduit par quatre fois la dose de carbonyles pour l’utilisateur à délivrance de nicotine similaire par rapport à la cigarette, tandis que les vapoteuses la réduisent de l’ordre de 200 à 500 fois. 
« Dans l’ensemble, nos données démontrent donc qu’à des températures normales, la teneur en carbonyles dans les émissions de vapotage ne représente qu’une petite fraction des niveaux inhalés par les utilisateurs de produits du tabac », précise l’étude.
Clique dessus pour la voir plus grande :
Dans le détail, les auteurs soulignent la nette réduction d’émission de carbonyles de l’Iqos en regard de la cigarette standard. Mais ils notent que la « présence de niveaux élevés d’acétaldéhyde est la marque de la pyrolyse et de dégradation thermogénique du tabac ». « En revanche, la principale source de carbonyles dans les émissions de vapotage est la dégradation thermique du glycérol et du propylène glycol contenue dans l’e-liquide. Certains carbonyles étaient quantifiables dans les différentes vapeurs d’e-cig testées, mais de plusieurs fois plus faibles que dans les émissions des deux produits du tabac testés ».

HAP réduits de 98,5 % avec la Modbox

Concernant les HAP, l’Ego se montre moins performante et ne réduit « que » de 92,5 % les taux de cette classe de toxiques par rapport à la cigarette. L’Iqos se montre un peu plus sûre avec une réduction de 94,3 %. Tandis que le modbox plus récent atteint 98,5 % et 99,2 % dans les deux configurations de puissance, en profitant d’une meilleure vaporisation de la nicotine. Les dispositifs de vapotage plus modernes en améliorant leur efficacité à la vaporisation de nicotine ont réduit les émissions d’HAP par dose de nicotine délivrée.

Tests de cytotoxicité in vitro

En plus de ces mesures, l’équipe de recherche a évalué l’impact toxicologique des aérosols produits. Ils ont exposé des cellules de la paroi (épithéliales) de bronches humaines à la fumée de la cigarette, de l’Iqos et aux aérosols des trois dispositifs de vapotage. Ils ont relevé la viabilité des cellules exposées, ainsi que des marqueurs de stress oxydatifs et de réponses inflammatoires.
« La réduction apparente de certains constituants nocifs dans les émissions de HTP et de vape par rapport à la cigarette de tabac ne peut pas être directement extrapolée à une réduction proportionnelle des méfaits pour les fumeurs »
Pour évaluer la viabilité cellulaire, les chercheurs ont déterminé la dose effective (ED50) qui élimine la moitié des cellules exposées. Les résultats sont éloquents. Deux bouffées de cigarettes suffisent à atteindre ce seuil tandis qu’il faut 45 bouffées d’Iqos. Les « vapeurs d’e-cig n’ont pas induit une mortalité cellulaire suffisante pour calculer une ED50 (quelle que soit la puissance ou le modèle e-cig testé) » après 120 bouffées. Dans une étude précédente, un des chercheurs avait été jusqu’à 576 bouffées avec différents e-liquides sans montrer de cytotoxicité.
« Nous avons également évalué la viabilité cellulaire en fonction de la nicotine émise. Les résultats étaient équivalents avec ou sans normalisation de la nicotine : une cytotoxicité plus élevée pour la cigarette de tabac (ED50 = 0,2 mg de nicotine) que pour HTP (ED50 = 2,8 mg de nicotine) et une faible cytotoxicité pour le vapotage »


Le stress oxydatif des cellules a été mesuré par le rapport entre les niveaux de glutathion oxydé (GSSG) et celui réduit (GSH). La cigarette a induit une augmentation de 2,7 du ratio GSSG/GSH dés la première bouffée. La cigarette chauffée a produit la même augmentation, mais après 12 bouffées. Tandis que du côté du vapotage, seule la Modbox à 30 watts à produit un changement similaire (2,9) après 120 bouffées. Sur cette base de 120 bouffées de vape, 12 bouffées d’Iqos et une seule bouffée de cigarette, les chercheurs ont vérifié une réaction de défense immunitaire des cellules. 
Enfin, ils ont relevé la sécrétion de cytokines en réponse à des processus inflammatoires. L’interprétation des résultats, plus prononcés avec moins de bouffées, reste à déterminer. « Ces différentes modulations dans les médiateurs inflammatoires peuvent s’expliquer en partie par les niveaux de carbonyle et d’HAP mesurés dans les différentes émissions », avancent les chercheurs.
« Cette étude contribue à une meilleure compréhension des propriétés des émissions de tabac chauffé (HTP) et de vapotage et de leurs impacts toxicologiques connexes. Elle fournit des données importantes nécessaires à l’évaluation des risques, en démontrant que le HTP pourrait être moins nocif que la cigarette de tabac, mais beaucoup plus nocif que le vapotage », concluent les chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille.

mardi 28 juillet 2020

Prohibition des arômes : les vapoteurs se mobilisent contre le coup bas du Ministre des Pays-Bas

SmaakNoodZaak : nous avons besoin des saveurs. Le site pour mobiliser les vapoteurs aux Pays-Bas est lancé. Le 23 juin, Paul Blokhuis a annoncé par lettre au Parlement néerlandais sa décision d’interdire tous les liquides de vape, sauf ceux « goût tabac ». Sans consultation publique, ni débat parlementaire, le secrétaire d’État à la santé vise une entrée en vigueur dés 2021. 400 000 vapoteurs néerlandais qui ont arrêté de fumer seraient immédiatement impactés par l’interdiction. 

Paul Blokhuis invoque les adolescents pour justifier la prohibition. Pourtant, le tabagisme adolescent régresse ces dernières années, étant passé de 2,1 % en 2017 à 1,8 % en 2019 chez les lycéens hollandais. Tandis que la vente de produits de vapotage est déjà interdite aux mineurs. En cas de prohibition des arômes, l’essor de sources parallèles pourrait faire perdre tout contrôle aux autorités.

Se mobiliser avant l’interdiction

Aujourd’hui l’association de défense des vapoteurs ACVODA et l’ESIGBOND, le regroupement des professionnels indépendants de la vape, appellent à la mobilisation. Ensemble, ils lancent le site SmaakNoodZaak, littéralement « besoin de saveur », avec trois actions proposées aux participants. « Plus nous serons à faire entendre notre voix, plus il y a de chance que cette interdiction ne soit pas implantée. Ensemble nous sommes forts ! », encourage Sander Aspers, président d’Acvoda.

« De nombreux vapoteurs sont fiers d’avoir cessé de fumer. Pour ces gens, c’est une gifle d’être marginalisés de cette façon pour donner le sentiment qu’ils font quelque chose de mal. Cela explique leur colère », rapporte Eveline Hondius, de l’association des vapoteurs. L’interdiction suscite également l’inquiétude des professionnels du vapotage. « Beaucoup d’entrepreneurs craignent pour leur survie si l’interdiction des arômes devient effective. Cela va provoquer des centaines de licenciements », alerte Emil ’T Hart, président d’Esigbond.

Détérioration de la santé publique

L’interdiction des arômes rendrait la vape beaucoup moins attractive pour les fumeurs et bénéficierait évidemment au tabagisme. De plus, « de nombreux vapoteurs qui ont déjà changé risquent de retourner à la cigarette ou se mettre à mélanger eux-mêmes des liquides et des saveurs, qui peuvent ne pas être adaptés au vapotage. Cela pose de graves risques pour la santé », souligne Esigbond dans son communiqué.

« L’interdiction des arômes serait désastreuse pour le grand nombre de fumeurs qui désirent arrêter de fumer, et les vapoteurs qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage. L’intention d’interdire les saveurs semble provenir d’un besoin de contrôle, mais en fait, le secrétaire d’État perdrait de son emprise si les arômes disparaissaient du marché légal vers le circuit illégal », souligne Eveline Hondius de l’Acvoda. « Le secrétaire d’État prend une décision sans aucune justification scientifique. Cela ne serait pas utile à la santé publique », appuie Emil ’T Hart, d’Esigbond.

Appel à trois actions

Le site invite les vapoteurs à témoigner auprès des partis politiques néerlandais. « Les politiques à La Haye doivent entendre les réussites que le vapotage permet, précisément grâce à la diversité des saveurs. Alors faites savoir aux élus ce que le vapotage signifie pour vous et pourquoi vous refusez que les arômes soient interdits », motive Sander Aspers de l’Acvoda. Une manière de tenter de réveiller les partis face à Paul Blokhuis, issu de la minuscule Union Chrétienne, représentant 3,4 % des votes aux dernières législatives et qui défend des valeurs rétrogrades telles que l’interdiction de l’avortement.


Seconde proposition d’action, la pétition en ligne lancée par un citoyen néerlandais et adressée au Parlement peut être signée par tous citoyens européens pour refuser la prohibition des arômes. Elle atteint à présent près de 15 000 signatures, un nombre encore insuffisant pour faire le poids. Troisième sollicitation, une enquête en ligne préparée par l’Acvoda sur les usages des vapoteurs et les conséquences que pourrait avoir une interdiction des arômes aux Pays-Bas.

Un enjeu européen

L’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) a déjà écrit le 14 juillet à Paul Blokhuis et au secrétariat du Parlement néerlandais pour s’opposer à cette interdiction insensée. La lettre a reçu l’appui des scientifiques partenaires du regroupement européen des défenseurs des approches de réduction des risques face au tabagisme. Pour le moment, aucune réponse n’est parvenue en retour.

Alors que se profile une possible révision de la directive TPD d’ici mai prochain et un projet de révision des taxes du tabac, Paul Blokhuis a lui-même précisé l’enjeu d’ampleur européenne dans son communiqué du 23 juin. « Dans le cadre de l’examen européen en cours des taxes sur le tabac, les Pays-Bas se sont engagés à introduire des droits d’accise sur les nouveaux produits du tabac tels que les cigarettes électroniques ».

Le flyer SmaakNoodZaak est en ligne sur le site

lundi 20 juillet 2020

Consultation au plan anti-cancer de l'UE : la réduction des risques massivement soutenue

Près de 20 % des contributions sur le projet de plan anti-cancer de l’Union Européenne préconisent la réduction des risques. « Une contribution sur six recommande des politiques qui encouragent les fumeurs à l’usage de produits de nicotine à risque réduit, tels que le vapotage », précise I-Com, un think tank libéral italien qui a analysé les réponses à la consultation publique lancée en février. L’institut, basé à Rome et financé par des entreprises, dont des multinationales de la pharmaceutique, voit l’émergence d’un fait social. Son analyse fait ressortir quatre thématiques parmi les 384 contributions, « un nombre record de participations »

  • Les quatre thèmes articulés peuvent se résumer à encourager les options à risques réduits par une politique globale pragmatique et faisant preuve de compassion, mais s’appuyant sur les données scientifiques pour éclairer les choix individuels en collaboration avec la société civile.
Pour repères, l’organisme créé par l’économiste italien Stefano Da Empoli en 2005 rappelle que 40 % des résidents en Europe seront affectés d’un cancer durant leurs vies. « Le tabac est responsable d’approximativement 25 % des décès liés aux cancers ». L’alcool serait lié à 400 000 décès prématurés par an, tandis que la pollution de l’air contribuerait à près de 3,2 millions de morts prématurées.

Encourager des options à risques réduits

Un premier thème est l’incitation des citoyens à adopter des modes de vie plus sains. « Les autorités publiques et les gouvernements nationaux devraient intervenir afin de définir des stratégies intersectorielles respectant le cadre de “la santé dans toutes les politiques” et mettre en œuvre des politiques actives qui permettent aux gens de mieux choisir des options de modes de vie », rapporte le factsheet d’I-Com. 

Cette approche passe aussi par les parties prenantes sur le terrain, qui doivent reconnaître « la réduction des risques au sein des stratégies de santé pour lutter contre les inégalités en matière de santé et défendre la justice sociale. Les modes de vie sains ne sont pas seulement une question de volonté, mais aussi d’opportunité. La législation peut donc avoir un impact profond sur le comportement de la population ».

Plus de pragmatisme et de compassion

Un second thème mis en lumière est d’intégrer « des solutions pragmatiques et faisant preuve de compassion » dans les politiques de santé. « La réduction des dommages est pragmatique et se concentre sur les risques et les dommages plutôt que sur l’abstinence, en cherchant à maximiser les avantages pour la santé, réduire au minimum le coût pour la santé publique et fournir une solution face aux inégalités de santé dans le monde. Les stratégies de réduction des risques devraient être “personnalisées”, centrées sur le patient et incluses dans les programmes de prévention, d’assistance et de suivi », résume le think tank.

S’appuyer sur les données pour favoriser les choix éclairés

Une stratégie cohérente et efficace se doit d’être éclairée. « Des mesures doivent être prises non seulement pour monitorer le marché, mais aussi pour le modeler selon le développement des connaissances scientifiques. Les choix individuels faits sans une approche cohérente de réduction des risques pourraient aggraver les problèmes posés par le tabac, l’alcool et d’autres produits. Alors que l’effet global des choix éclairés pourrait apporter une contribution importante à la santé publique »

Enfin, le think tank souligne comme quatrième axe la coopération entre sphère publique et sphère privée. « Les députés du Parlement européen, la Commission européenne, les États membres et les organisations non gouvernementales (ONG) peuvent tous contribuer à élaborer un plan efficace pour vaincre le cancer », assure I-com, qui annonce organiser un événement sur le sujet fin septembre au Parlement européen. 


dimanche 19 juillet 2020

Plan anti-vape du Danemark : ma contribution envoyée à la Commission européenne

Le gouvernement du Danemark a déposé à la Commission européenne la notification des projets de modification de lois de son "plan tabac", dont sa loi sur le vapotage. Des observations peuvent être soumises à la Commission européenne. Le délai indique deux dates, celle du 20 juillet et celle du 19 octobre, de manière peu claire. Plusieurs contributions, dont certaines en français de militants de l’Aiduce, sont accessibles sur le site de la Commission. La mienne, soumise jeudi, n’apparaît pas. Peut-être me suis-je trompé sur l’option de publication..? [Edit 22-07-20] Elle a été publiée sur le site TRIS de la Commission (lien ci-dessus) [/]
La voici ci-dessous pour qu’elle soit accessible publiquement.

Le plan du gouvernement danois ainsi que des rapports explicatifs se trouvent sur le site de la Commission. Notamment, il prévoit d’interdire tous les liquides aromatisés, sauf « goût tabac et menthol », avec ou sans nicotine. Il veut imposer des emballages neutres aux produits de vape. Il interdirait toute visibilité des produits, sauf à l’intérieur des magasins spécialisés ne vendant pas de tabac.

DADAFO, l’association des vapoteurs danois, avait appelé au soutien à travers un article sur le site de l’ETHRA fin avril. Une traduction en anglais de la position de DADAFO se trouve aussi sur le site de ETHRA.

Voici ma contribution:

Concerne : Notification Number 2020/0228/DK - S00S

Soumission de Poirson Philippe, de l’association Sovape.

Je déclare n’avoir aucun liens d’intérêt avec quelconque industrie, en particulier l’industrie du tabac, de la pharmaceutique ni avec aucune entreprise de vapotage.

Mon lien d’intérêt intellectuel sur le sujet est né de mon arrêt tabagique en 2014 grâce au vapotage.

Je suis membre du comité de l’association Sovape à titre bénévole depuis 2018.

SOVAPE – 88 avenue des Ternes – 75017 PARIS - https://www.sovape.fr/

Le 15 juillet 2020.

La notification du projet de loi du Danemark soulève plusieurs problèmes concernant sa validité. De graves défaillances dans l’analyse d’impact de plusieurs mesures contre le vapotage ne sont pas conformes au niveau d’exigence nécessaire pour de telles restrictions de libertés individuelles. Les conséquences indésirables sont hautement probables et font que les mesures contre le vapotage auront très probablement un effet inverse à l’objectif annoncé par les autorités danoises. Plusieurs mesures ne respectent pas les textes européens, notamment la directive sur les produits du tabac (TPD - directive 2014/40/UE). Les conséquences pourraient créer une zone de non-droit débordant des frontières danoises pour contaminer les autres pays européens et sont potentiellement dangereuses pour les citoyens européens.

Nous avons relevé notamment ces problèmes :

- Étude d’impact défaillante sur les effets de l’interdiction d’arômes concernant les jeunes, concernant l’art . 25 a du projet de la loi sur les cigarettes électroniques présenté.

L’étude d’impact concernant les effets de l’interdiction des arômes de vapotage sur les jeunes est défaillante à plusieurs titres.

Elle affirme que cette mesure est nécessaire car l’usage du vapotage chez les jeunes serait causalement lié à un tabagisme ultérieur. Or aucun élément sérieux scientifique n’a démontré ce point.

Le rapport de l’OMS Europe tout comme le rapport de la NASEM évoque des corrélations entre vapotage et tabagisme ultérieur chez les jeunes. « Les données disponibles jusqu’à présent ne prouvent toutefois pas que cette association est causale », souligne le rapport de l’OMS Europe (p. 8)[1]. En l’absence de preuve d’un tel lien, il y a un fort risque que les mesures prises produisent des effets inattendus et potentiellement contre-productifs en n’agissant pas sur les facteurs déterminants.

Les recherches de Public Health England et de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ne montrent aucun effet passerelle de nature causale du vapotage vers le tabagisme des jeunes. Ces analyses, peu ou pas du tout considérées dans l’étude d’impact danoise, sont pourtant dans des environnements législatifs, cadrés par la directive européenne TPD, beaucoup plus proches du Danemark que l’exemple des Etats-Unis.

En France, l’examen précis des données de près de 39000 adolescents de l’OFDT conclut à une probabilité réduite de 38% de tabagisme chez les jeunes à 17 ans qui ont expérimenté le vapotage par rapport à ceux qui ne l’ont pas expérimenté[2].

A notre connaissance, les études américaines - notamment celle référencée de Soneji et al., 2017 - évoquées par les autorités danoises n’ont pas pris en compte le facteur essentiel du tabagisme de l’entourage des jeunes. Le risque de tabagisme adolescent peut pourtant être multiplié jusqu’à neuf fois lorsque le jeune a des parents et des proches fumeurs par rapport à un jeune n’ayant aucun proche fumeur. Ce point incite à considérer qu’une action permettant aux fumeurs adultes de sortir du tabagisme pourrait fortement bénéficier aux adolescents.

Le modèle de prohibition des arômes envisagée par le gouvernement danois est déjà en place à San Francisco en Californie depuis le 1er janvier 2019. Les conséquences indésirables ont surgi rapidement avec une hausse vertigineuse du tabagisme des 18 à 24 ans. De 27 % de fumeurs avant l’interdiction, ils sont passés à 37 % de fumeurs 11 mois après[3].

La prohibition des arômes en Estonie en 2018 a engendré le développement incontrôlé d’un marché noir. Il est estimé que près de 80% des liquides de vapotage consommés proviennent de sources parallèles. Le phénomène semble avoir acquis une dimension de trafic organisé atteignant aussi les adolescents[4].

L’inspiration américaine de l’argumentaire des autorités danoises nous semble sujet à caution devant les récentes crises sanitaires aux Etats-Unis[5]. Ces crises illustrent que la démission des autorités à réguler et contrôler un marché en le rendant illégal est une politique inefficace et dangereuse. L’histoire du 20e siècle est parsemée de catastrophes de Santé publique découlant directement de politiques prohibitionnistes. Les danois et les européens méritent mieux que le bégaiement politique de tels désastres.

Les statistiques danoises imprécises mélangent dans la même catégorie les adolescents de 15 à 18 ans et les jeunes adultes jusqu’à 24 ans. Il est étrange que les autorités danoises s’appuient sur des données aussi mal conçues pour élaborer leur politique. « J’ai l’impression que la consommation de vapotage des adolescents s’est tassée depuis l’implémentation de la directive européenne. Mais nos dernières données remontent à 2016 alors ce n’est pas très clair », déclare Niels Them Kjaer, directeur de la prévention du tabac à la Danish Cancer Society[6].

Chez les jeunes adolescents de 11 à 15 ans, l’expérimentation de vapotage s’est écroulée d’environ la moitié entre 2014 et 2018, selon l’enquête auprès des collégiens de Copenhague[7].

Ces indications contredisent l’affirmation des autorités danoises selon qui leur « objectif ne peut être atteint par d’autres mesures alternatives et moins intrusives pouvant produire un résultat analogue », puisque de facto une baisse du tabagisme et du vapotage des jeunes danois sont déjà en cours.

En l’absence d’une analyse d’impact sérieuse, ce point du projet de loi semble invalide et devoir être très sérieusement reconsidérer par le gouvernement danois.

- Aucune étude d’impact concernant les effets pour la population en général (!), concernant l’art. 25 a du projet de la loi sur les cigarettes électroniques présentée.

Les mesures envisagées sur le vapotage auront des conséquences sur la population adulte qui ne sont pas du tout prises en compte dans l’étude d’impact. Cette lacune discrédite ce travail, et suffit à rejeter la validité de l’étude d’impact, et ce faisant des mesures qu’elle supporte.

La tradition démocratique garantit le droit à l’intégrité personnelle. En entravant l’accès à un produit de réduction des risques de manière disproportionnée et sans fondement par rapport aux buts annoncés, le gouvernement danois restreint exagérément le droit à prendre soin de sa propre santé aux vapoteurs et aux fumeurs susceptibles d’arrêter de fumer avec le vapotage. L’Union Européenne ne devrait pas accepter la violation d’un droit humain fondamental de la part d’un de ses États membres.

Dans le cas d’une mise en œuvre de ces mesures, les citoyens danois seraient légitimes pour entamer des recours en justice afin de défendre leur droit à l’intégrité personnelle.

En l’absence d’une analyse d’impact sérieuse, ce point du projet de loi semble invalide et devoir être très sérieusement reconsidérer par le gouvernement danois.

- Aucun étude d’impact concernant les emballages neutres des produits de vapotage n’est présentée. Cette mesure semble totalement disproportionnée et inadéquate à son objet, concernant l’art. 9 a du projet de la loi sur les cigarettes électroniques présenté.

L’intérêt d’imposer un emballage neutre aux produits de vapotage ne repose sur aucune étude. Elle contrevient à la directive TFUE sans présenter le moindre argument en sa faveur. Elle est disproportionnée et inadéquate.

Imposer à un moyen à risque réduit, utilisé principalement pour arrêter de fumer, est une perversion des restrictions profilées contre le produit le plus nocif. Par ailleurs, la mesure pourrait se révéler discriminatoire contre les entreprises indépendantes face aux multinationales du tabac.

En l’absence d’une analyse d’impact sérieuse, ce point du projet de loi semble invalide et devoir être très sérieusement reconsidérer par le gouvernement danois.

- Violation du principe de réduction des risques précisé dans la définition de la lutte anti-tabac de la convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT art. 1 d)

Il est de notoriété publique que le traitement du vapotage par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) est actuellement entachée de conflits d’intérêt. Des leaders mondiaux de la production de tabac, telles que l’Inde ou la Thaïlande, ont acquis une influence notoire sur les contenus produits par l’OMS au sujet du vapotage. Dans un tel contexte, les pays européens doivent élever le niveau d’exigence scientifique et éthique.

Dans cette perspective, revenir au respect des principes fondateurs et fondamentaux de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac de 2005 serait salutaire. Son article 1er lettre d, intègre dans la définition de la lutte anti-tabac l’ensemble des mesures permettant de réduire les dommages du tabagisme.

Les mesures anti-vapotage envisagées par le gouvernement danois contreviennent à ce principe en rendant inaccessible légalement l’extrême majorité des produits de vapotage[8], dont la réduction des risques est au moins de 95% pour les fumeurs qui s’y convertissent[9].

Par ailleurs, le gouvernement danois n’a pas respecté la charte d’Ottawa sur l’implication des communautés dans les mesures les concernant[10]. Aucune écoute ni prise en compte des associations de défense des droits des utilisateurs n’a eu lieu. L’attitude particulièrement méprisante du Ministre de la Santé Magnus Heunicke face aux utilisateurs nous a choqué. Le processus d’élaboration des mesures contre les vapoteurs a manqué de respect de démocratie sanitaire. Les décisions imposées sans implications des usagers sont rarement efficaces, a fortiori lorsqu’elles sont inadéquates, par absence d’adhésion ou réactance du public.

- Non conformité avec le droit européen de la plupart des articles concernant le vapotage. Le gouvernement du Danemark se réfère abusivement à la directive des produits du tabac (TPD) pour justifier l’interdiction des liquides aromatisés sans nicotine. La Cour administrative Suprême de Finlande a déjà rejeté une tentative similaire de l’administration finlandaise.

Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement danois dans l’ensemble de son argumentaire, la directive TPD ne concerne pas les produits de vapotage sans nicotine. Elle ne peut pas constituer une base aux mesures concernant ceux-ci. Une tentative de mesure abusive similaire de l’administration finlandaise a déjà été rejetée par la Cour Suprême de Finlande[11].

La non-conformité avec la directive TPD (2014/40/UE ) des références aux liquides de vapotage sans nicotine dans l’ensemble des modifications de lois concernant le vapotage du projet impose une révision complète de ces articles invalides.

- L’impact sur les autres pays européens n’a pas été évalué

Les restrictions abusives - telles que l’interdiction d’arômes, des taxes prohibitives, etc. - provoquent l’émergence de marché noir. Deux scenarios peuvent être envisagés. Dans le premier cas, un marché noir d’entraide, sous forme de réseau de résistance de vapoteurs ne voulant pas rechuter dans le tabagisme, se met en place. Les effets indésirables se portent sur les fumeurs qui sont tenus à l’écart d’un accès à bas seuil du moyen à risque réduit pour sortir du tabagisme. Dans ce scenario la conséquence principale est de favoriser le tabagisme.

Dans un second scenario plus inquiétant, le marché noir peut être pris en main par des réseaux criminels organisés. La situation géographique du Danemark, proche de l’Estonie où un marché noir est déjà enkysté, et de la Finlande qui approche la question de manière répressive également, rend ce scenario possible. La probabilité de son émergence serait renforcée si les Pays-Bas adoptaient également une approche prohibitionniste contre les arômes.

Les conséquences seraient une facilité d’accès pour les jeunes sans contrôle ni des autorités, ni du milieu vapoteur citoyen. Les probabilités de produits frelatés et de diffusion par effet d’aubaine de substances psychotropes, telles que les stupéfiants de synthèses, seront élevées. Le Danemark pourrait servir de tête de pont pour les réseaux organisés pour diffuser leurs produits vers l’Europe de l’ouest. A ce titre, les utilisateurs des autres pays européens sont potentiellement très concernés par les effets d’insécurité que peut générer le projet de loi danois.

En l’absence d’une analyse d’impact sérieuse, le projet de loi devrait être totalement repris et repensé.

En conclusion

Le projet de loi notifié par le gouvernement danois comporte plusieurs mesures disproportionnées, inadéquates avec l’objectif affiché, il viole le principe de réduction des risques et du droit à l’intégrité individuelle, il n’a pas pris en compte des données et études essentielles disponibles, le manque de rigueur de l’analyse conduit à une mésinterprétation des données. Enfin, il comporte des abus envers les directives européennes.

Les mesures anti-vape qu’il comprend auraient des effets indésirables pouvant mettre en danger, non seulement la population danoise, mais aussi les populations des autres pays européens en cas d’extension du marché noir qu’elles vont générer.

Le principe de précaution n’est pas respecté en l’absence d’une évaluation scientifique rigoureuse et précise des données existantes et en ne tenant pas compte de conséquences potentielles notamment sur la majeure partie de la population[12]. Face au danger avéré des cigarettes, offrir l’accès aux moyens d’éviter de fumer et ainsi réduire fortement les risques est une mesure de précaution.

Dans l’ensemble, le travail peu sérieux du plan présenté n’honore pas ses rédacteurs. La démarche est symptomatique d’attitudes qui concourent à la perte de confiance des populations dans leurs institutions.

Dans ces conditions, l’Union Européenne n’a pas d’autre choix que de refuser la validation de la notification du projet de loi du gouvernement danois. Celui-ci devrait reprendre tout le projet concernant le vapotage dans une approche plus rationnelle, mieux étudiée et respectant le principe de réduction des risques.

Références en notes:

[2] Sandra Chyderiotis, Tarik Benmarhnia, François Beck, Stanislas Spilka, Stéphane Legleye ; Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France? ; Drug and Alcohol Dependence, Volume 208, 2020, https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2020.107853

[3] Yang, Yong et al. “The impact of a comprehensive tobacco product flavor ban in San Francisco among young adults.” Addictive behaviors reports vol. 11 100273. 1 Apr. 2020, doi:10.1016/j.abrep.2020.100273

[9] A. McNeill et al. Evidence review of e-cigarettes and heated tobacco products 2018. A report commissioned by Public Health England. London: Public Health England.


lundi 13 juillet 2020

Malgré les réseaux malveillants, le Royaume-Uni poursuit sa sortie de la cigarette

Il y a désormais moins de 6,9 millions de fumeurs britanniques adultes, alors qu’ils étaient 9,9 millions en 2011. Les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS) recensent 14,1 % de fumeurs britanniques en 2019, contre 20,2 % en 2011. La baisse du tabagisme se poursuit, même si le rythme ralentit avec une baisse de 0,6 % entre 2018 et 2019. L’infléchissement est corrélé à un moindre engouement pour le vapotage.

Les Britanniques étaient 6,3 % à vapoter en 2018, ils sont désormais 5,7 %, soit près de 3 millions à utiliser la vaporette. Signe probable que le nombre de personnes arrêtant de vapoter après avoir arrêté de fumer n’est pas totalement substitué par de nouvelles conversions de fumeurs au vapotage. Les campagnes de désinformations contre le vapotage sont une cause probable à ce tassement des fumeurs se convertissant à l'outil de réduction des risques, selon une étude récente détaillée ci-dessous.

Un des rares pays à respecter pleinement la Convention anti-tabac de l’OMS

Malgré le sabotage venimeux, le Royaume-Uni reste un modèle de politique sur le tabagisme de premier plan. Étant parmi les rares, avec les Néo-Zélandais, à respecter pleinement le principe de réduction des risques de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) de l’OMS, les Britanniques font la démonstration de l’efficacité d’une politique cohérente et complète sur le sujet. Les autorités ont eu l’intelligence d’associer aux mesures pour décourager de fumer, un accès facilité aux voies de sortie telles que le vapotage. 

La plupart des services de santé du pays sont formés à accompagner l’arrêt tabagique avec le vapotage, la publicité et l’information sur la réduction des risques est libre, tandis que des opérations comme Stoptober, l’équivalent du Mois sans tabac, mettent en avant le vapotage comme moyen de quitter la cigarette. 

Sabotage de la politique anti-tabac par des réseaux d’influence

Cependant, les principaux défenseurs de la santé publique s’inquiètent du bombardement incessant de propagande contre le vapotage, notamment les allégations sans fondement depuis des réseaux d’influence américains. « Il faut redoubler d’efforts pour informer le public des avantages du vapotage et de la manière dont il a déjà aidé des milliers de personnes à réduire leur consommation de tabac », a notamment réagi Steve Brine, ex-Secrétaire d’État à la santé publique de 2017 à 2019, dans une tribune
De son côté, l’association New Nicotine Alliance (NNA UK) appuie dans un communiqué : « Il est à noter que la baisse du tabagisme [britannique] fait face à des couvertures médiatiques atroces et à un financement important de fausses informations provenant de sources en conflit d’intérêts. On peut seulement conclure que si les marchands de peur cessaient de propager des mythes et de demi-vérités au public britannique, les baisses pourraient être encore plus impressionnantes qu’elles ne le sont déjà ».

Les fumeurs les plus âgés victimes des campagnes de désinformation

L’agacement face aux stratégies de sabotage de la politique de lutte contre le tabagisme britannique est fondé. Une étude de l’University College de Londres, portant sur plus de 16 000 Britanniques entre 2014 et 2019, montre que la méfiance envers le vapotage est corrélée à un moindre emploi de celui-ci par les fumeurs. Les fumeurs les plus âgés en particulier sont les plus touchés par les campagnes de peurs paniques, tandis que les plus jeunes y semblent peu sensibles. 

« Nos résultats mettent en évidence la nécessité de meilleures représentations médiatiques et des campagnes de santé publique axées sur la réduction des méfaits pour la santé en passant du tabac fumé au vapotage et d’une réduction du sensationnalisme trompeur des médias lors d’événements tels qu’EVALI [la vague de pneumopathies liées aux produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC américain] », concluent les chercheuses Olgas Perski, Emma Beard et Jamie Brown, dans la revue BMC de mai.


Un avenir peut-être libéré des absurdités de l’Union européenne

À l’avenir, la sortie de l’Union européenne pourrait offrir aux Britanniques des opportunités de réviser les législations sur les produits nicotinés à risque réduit. Le sujet de la légalisation du Snus, le tabac oral pasteurisé suédois à risque réduit, a été évoqué début juin par Jo Churchill, sous-secrétaire d’État du ministère de la Santé. Sur le sujet du vapotage, une révision des limites imposées par la directive européenne (TPD), notamment sur les contenances des fioles de liquide à 10 mL et des atomiseurs à 2 mL, ainsi que du taux de nicotine à 20 mg/mL est envisageable.

Photo de tête par Echo Grid on Unsplash

vendredi 10 juillet 2020

L'interdiction de vape aromatisée fait exploser le tabagisme des jeunes à San Francisco et le marché noir sur la côte Est

Instaurées prétendument pour protéger les jeunes, les prohibitions de vente de liquides de vapotage aromatisés, sauf arôme tabac, semblent produire l’effet inverse aux États-Unis. À San Francisco, selon une première étude, la part de fumeurs de 18 à 24 ans aurait bondi de plus d’un tiers après la prohibition. Sur la côte Est, les témoignages se multiplient sur l’émergence d’un marché noir ou, lorsque cela est encore possible, d’astuces de contournement pour éviter aux vapoteurs de rechuter dans la cigarette. Esquisse d’une Amérique poussée à refumer après une décennie de vapotage.

Les effets de la première année de prohibition à San Francisco

Le 1er janvier 2019, la ville de San Francisco a interdit la vente de liquides de vape nicotinés aromatisés, sauf goût tabac, ainsi que les cigarettes menthol et tout autre produit de tabac aromatisé. Les liquides de vape aux cannabinoïdes, légaux en Californie, ne sont pas concernés. Soumise à référendum, l’interdiction avait été acceptée par 80 % des votants (taux de participation de 41 %). Une première enquête sur ses effets montre une explosion du tabagisme des jeunes de 18 à 24 ans, et une baisse proportionnelle du vapotage après les dix premiers mois des mesures. L’effet de vase communicant touche un jeune sur dix de San Francisco. 

« Les interdictions locales peuvent réduire considérablement l’utilisation globale de vapotage et de cigares, mais elles peuvent accroître le tabagisme de cigarettes », conclut l’étude dirigée par le Pr Yong Yang, de la faculté de santé publique de l’Université de Memphis (USA), et publiée en juin dans Addictive Behavior Reports. Lenquête s’est appuyée sur un panel de 254 personnes de 18 à 35 ans interrogés en décembre 2018, juste avant la prohibition, puis en novembre 2019, recrutées à travers le MTurk. « Malgré la petite taille de l’échantillon et l’échantillonnage de commodité, les résultats peuvent fournir des informations sur les réglementations liées aux arômes », estiment les chercheurs.

Les jeunes de 18 à 24 ans passent de 27 % à 37 % à fumer

Les jeunes de 18 à 24 ans interrogés étaient 27,4 % à déclarer fumer en décembre 2018, ils étaient 37,1 % en novembre 2019. Soit une hausse relative de 35 % du nombre de fumeurs dans cette tranche d’âge. Ou de manière globale, près d’un fumeur supplémentaire pour dix jeunes. Chez les 25 à 34 ans, l’autre groupe d’âge visé par l’enquête, il n’y a pas eu de changement significatif concernant le tabagisme. 

« Notre étude montre que le groupe d’âge plus jeune des 18 à 24 ans est plus sensible aux interdictions que le groupe plus âgé des 25 à 34 ans. L’observation révèle qu’il s’est produit à la fois une amélioration (réductions du vapotage et des cigares) et des méfaits (notamment, l’augmentation du tabagisme) », commentent les chercheurs.

Baisse d’un cinquième des vapoteurs, tous types confondus

Si les adultes les plus jeunes sont plus nombreux à fumer, ils sont en revanche moins à vapoter qu’avant les mesures de prohibition. Leur nombre a décru dans les deux groupes de l’ordre de 20 %. 

Cependant, l’enquête n’a pas distingué le type de consommation entre vapotage nicotiné, sans nicotine ou avec cannabinoïdes. Dans une ville où le cannabis est légal et l’usage de moyens à risques réduits de le consommer largement répandu, l’absence de cette distinction peut peser lourd dans les réponses [voir par exemple cette récente étude publiée dans Addiction qui dénombre 70 % de vapoteurs de cannabinoïdes parmi les adolescents américains qui déclaraient vapoter fréquemment en 2017 et 2018]. 

Effet de vases communicants ?

Avec le flou lié à cet amalgame, l’enquête a recensé 56,5 % des 18 à 24 ans à déclarer avoir vapoté au moins une fois dans leur vie en décembre 2018. Ce taux a baissé à 46,8 %, fin 2019. Même phénomène chez les 25 à 34 ans passés de 60 % à 50,8 % à déclarer avoir vapoté une fois ou plus dans leur vie. En taux global, on retrouve en miroir le même chiffre d’un jeune sur dix, en moins pour le vapotage et en plus pour la cigarette.
  • Entre décembre 2018, juste avant les mesures de prohibition, et fin 2019, un jeune sur dix de plus fume, et un jeune sur dix de moins vapote. 
  • Un cinquième de ceux qui étaient vapoteurs exclusifs déclarent être passés à un produit de tabac.
Parmi les vapoteurs exclusifs de l’enquête, 60,3 % ont continué comme auparavant. 20,7 % ont arrêté durant l’année de vapoter sans report vers un autre produit nicotiné, mais 19 % déclarent être passés à un produit de tabac. Du côté des doubles-usagers initiaux, 65,4 % ont continué, tandis que 30,9 % sont passés à un autre produit de tabac et seuls 3,7 % ont arrêté toute consommation de vapotage et de tabac. 

Report d’achats des magasins locaux vers internet

Parmi ceux qui ont continué de vapoter, la part d’acheteurs dans des magasins de vape de San Francisco a évidemment fondu, à 19,5 % contre de 27,4 % avant l’interdiction. Ajoutée à la baisse globale du nombre de vapoteurs, la fréquentation des magasins spécialisés a pu baisser de près de 43 %. Les achats se sont reportés vers internet, passant de 16 % à 27 % des consommateurs, et les achats en magasins, spécialisés ou non, hors de la ville.

L’absence de distinction des types de vapotage dans l’enquête ne permet pas de savoir les différences d’impact entre pods et systèmes ouverts rechargeables. Ni de savoir quelle part de vapoteurs a contourné l’interdiction en achetant des liquides aromatisés sans nicotine à San Francisco, pour les nicotiner avec des liquides sans arôme très concentrés en nicotine achetés par ailleurs. Ou d’éventuelles autres astuces. 

Sur la côte Est, le marché noir explose

Les tactiques de contournement semblent pourtant d’actualité à l’autre bout du pays, sur la côte Est. Au prétexte de la vague de pneumopathies de l'été 2019 liées aux liquides du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E, plusieurs États ont décidé de pousser les utilisateurs de liquides nicotinés vers... le marché noir. Dans la nuit du 3 avril, alors que des bulldozers creusaient des fosses communes pour les morts de Covid-19, le Gouverneur Andrew Cuomo fait passer son budget comprenant la prohibition de vente des liquides aromatisés à New York. Depuis, des tactiques se développent pour permettre aux vapoteurs d’éviter le retour à la cigarette.

« “Je vends un kit à saveur de tabac à faire soi-même”, explique le propriétaire d’une boutique de vape à New York, lorsqu’on lui a demandé comment il aide sa clientèle. “Tout est entouré de directives. C’est un e-liquide sans saveur et sans nicotine, un concentré aromatisé au tabac et des paquets de nicotine. Et il y a un avertissement, disant qu’il ne devrait pas être utilisé avec d’autres produits. Mais ce qu'une personne fait de la nicotine une fois à la maison, ce avec quoi elle la mélange, c'est de son ressort, vous savez? », relate un reportage éloquent du site Filter.

Une explosion du marché noir prévisible et prévue

D’autres témoignages provenant du Massachusetts et du New Jersey évoquent l’émergence de marchés noirs plus clandestins. Même le groupe de travail du Département des taxes du Massachusetts se montre inquiet des effets de l’interdiction prononcée par le Gouverneur Charlie Baker. « Avec l’interdiction de vente du vapotage aromatisé dans le Massachusetts à partir du 1er juin 2020, le groupe de travail s’attend à une augmentation de l’activité de contrebande et des ventes sur le marché noir », explique son rapport fin février.

« Mais ne vous attendez pas à ce que les bureaucrates officiels du Bay State jettent l’éponge. Au contraire, ils veulent plus de moyens pour appliquer l’interdiction », pique J.D. Tuccille dans Reason. De son côté, ex-cadre pendant 27 ans du bureau de l’alcool, tabac et armes à feu du Massachusetts, Rich Marianos explique au Metro West Daily News que « la filière du tabac illégal le long de l’Interstate 95 sur la côte Est est une industrie de 10 milliards $. Elle travaille déjà pour combler le vide créé par l’interdiction au Massachusetts »

Effet négatif pour la santé publique

Les effets des interdictions des différents Etats n’ont pas encore été évalués, sauf avec cette première étude limitée concernant les jeunes de San Francisco. Ses résultats rejoignent les témoignages sur l’effet clairement négatif des interdictions poussant les plus jeunes vers le tabagisme, tandis que les vapoteurs plus expérimentés semblent plus enclins à se tourner vers le marché noir. Avant que les réseaux de trafiquants organisés ne s'en mêlent. Ces effets n’ont rien de surprenant, mais ils sont à l’inverse des promesses des promoteurs des mesures d’interdiction des liquides aromatisés.

Par contre, le bilan financier est probablement positif à court terme pour les acteurs institutionnels. A San Francisco, un rapport préalable rédigé par Ted Egan, économiste en chef pour la ville, avait anticipé que la diminution de la consommation de vapotage se reporterait sur l’achat de cigarettes. En plus des rentrées fiscales grâce à la hausse des ventes de tabac, l’impact sur les taux des emprunts pourris indexés aux ventes de tabac, les Tobacco Bonds, doit soulager les villes et Etat en ayant contractés. 

On retrouve sans surprise parmi eux les plus agressifs contre le vapotage : la Californie, l’État de New York, le Massachusetts, le New Jersey et le Michigan, dont la prohibition est contestée devant les tribunaux. Du côté des traders, on conseille d'investir de nouveau dans les actions des cigarettiers qui devraient repartir à la hausse, à l'inverse de ce que laissait augurer leur effondrement en 2018 et début 2019


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