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samedi 13 octobre 2018

Helvetic Vape, cinq ans de lutte et des succès (1): la bataille pour la libération des liquides nicotinés

Bien que la nicotine améliore sensiblement la mémoire, au moins à court terme, le monde de la vape subi aussi ses oublis sous la patine du temps. Pour raviver les couleurs des actions de l'association des vapoteurs en Suisse, nous allons retracer en quelques articles les grands traits de ses cinq ans d'histoire. Helvetic Vape est née en novembre 2013, inspirée de l'exemple d'Aiduce créée quelques mois plus tôt de l'autre côté du Jura. Même objectif de défense des intérêts des usagers des produits de vape, mais dans une situation résolument différente. 

Notamment parce qu'en Suisse, l'administration avait décrété dés 2009 la prohibition de vente des liquides nicotinés. Premier objectif désigné d'évidence pour l'association des vapoteurs: faire tomber cette interdiction. Voici comment Helvetic Vape a gagné la bataille des liquides nicotinés après plus de quatre ans de péripéties.

La libération des liquides nicotinés en Suisse en quelques dates-clefs:
  • 2009: l'administration (OFSP) publie une simple lettre (n°146) interdisant la vente de vape nicotinée en Suisse et limite son importation à titre personnel (révisée en 2010)
  • 8 novembre 2013: fondation de l'association Helvetic Vape
  • 2014: la prohibition règne sans discussion possible en Suisse
  • 24 avril 2015: Helvetic Vape publie un avis de droit du cabinet d'avocats BRS
  • 30 mai 2015: Helvetic Vape distribue des liquides nicotinés à Berne lors de la Vape Mob'. Durant l'été, Insmoke suit son exemple et met en vente des liquides nicotinés
  • 12 novembre 2015: l'administration (OSAV) est forcée de publier une décision administrative concernant son interdiction de vente de liquides nicotinés
  • Décembre 2015: trois recours sont déposés devant le Tribunal administratif fédéral. Celui d'Helvetic Vape est rejeté en raison de son statut d'association de consommateurs
  • 24 avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition en révoquant la décision administrative, jugée gravement défectueuse

Boardwalk empire sur Léman

Début 2014, la vape se popularise aussi en Suisse. Mais la presse raconte alors comment les vapoteurs doivent recourir au marché noir et aux astuces pour passer des liquides nicotinés aux douanes. "Certains en vendent sous le manteau, d’autres font des achats groupés. Dans mon cas, j’avais passé une commande qui faisait 180 ml. Je m’étais trompé, c’est vrai, et la douane a détruit mon paquet", explique Alain Vaucher, premier président d'Helvetic Vape, au journal le Matin en février 2014

Le quotidien vaudois promet que la prohibition va durer encore longtemps. "La législation ne va pas changer de sitôt. Le Conseil fédéral a promis une nouvelle loi sur les produits du tabac, qui sera mise en consultation cet été. Mais déjà, la très influente Commission fédérale pour la prévention du tabagisme veut maintenir l’interdiction de la vente de nicotine en Suisse pour les cigarettes électroniques", assure le même article du Matin en 2014. 

Lutter pour une réduction des risques sans entrave

A Helvetic Vape, on ne l'entend pas de cette oreille. "Je veux me battre pour faciliter au maximum l’accès à la vape. Pour que vaper soit plus facile que fumer. Pour que cela soit diffusé au maximum, sans entraves, sans taxes. Pour que la vape soit reconnue comme une chance formidable d’arrêter l’hécatombe", annonce Alain Vaucher en guise de programme pour l'association. Le premier obstacle à l'accès à l'outil de réduction des risques en Suisse est d'évidence la prohibition. 

De premières tentatives conciliantes de l'association tentent de nouer le dialogue avec les autorités et des organisations du domaine. Réponses paternalistes et condescendantes de la part des autorités sanitaires fédérales. Tandis que des organisations "de santé" se montrent à la limite de l'insulte en refusant de s'abaisser à discuter avec des junkies à la nicotine (sic!). 

L'absence de loi, c'est pas la loi

Du côté des professionnels de la vape, on se montre persuadés des affirmations des journalistes: rien ne peut changer, la loi c'est la loi. Mais les militants de Helvetic Vape ont beau tourner et retourner dans tous les sens les textes de loi, ils ne trouvent pas trace d'une base à cette prohibition décrétée depuis 2009 par une simple lettre n°146 sans valeur juridique de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). 

Pour en avoir le cœur net, l'association mandate le cabinet d'avocat genevois BRS pour un avis de droit sur le sujet. Le détail de l'avis juridique de Maître Jacques Roulet est évidemment complexe, mais la conclusion en est assez simple: cette prohibition n'a pas de base légale. Armée de cet avis de droit, qu'elle a financé seule, et de centaines de fioles de liquide nicotiné confectionnées pour l'occasion, Helvetic Vape provoque les autorités en place publique à Berne en distribuant ouvertement ces fioles lors de la Vape Mob' le 30 mai 2015. 

Des liquides nicotinés à la Vape Mob' 2015

"Selon cet avis de droit, les liquides à vaper contenant de la nicotine peuvent donc être librement importés et distribués en Suisse contrairement à ce que prétend l’OFSP depuis des années. C’est pourquoi Helvetic Vape a décidé de mettre ouvertement en vente, le 30 mai 2015, le premier liquide suisse contenant de la nicotine", déclare Olivier Théraulaz, second président d'Helvetic Vape, sur la Kornhausplatz. La presse en parle, mais les autorités font semblant de rien. L'association n'ayant évidemment pas vocation a devenir une entreprise de vente de liquides de vapotage, le coup semble un one-shot sans lendemain. 

C'est là où il faut saluer l'intelligence et le courage de Stefan Meile, président de la Swiss Vape Trade Association (SVTA) et patron d'InSmoke. Il comprend l'argumentation de l'association des usagers et va s'engouffrer dans la brèche. Il met ouvertement en vente sur son site des liquides nicotinés, forçant ainsi les autorités à réagir. Le chimiste cantonal procède à une vérification et demande une décision en bonne et due forme à l'administration.

Quand il y a une décision administrative, on peut faire recours

L'Office de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV) est forcé de publier une décision administrative le 12 novembre 2015. Ouvrant ainsi la possibilité de recourir, dans le délai d'un mois après sa publication. Trois recours sont déposés. Deux par des professionnels, Stefan Meile évidemment et aussi Daniel Rico, de l'entreprise Zodiak. Helvetic Vape en dépose un également

Celui-ci est rejeté par le Tribunal administratif fédéral pour absence d'intérêt digne, tout en précisant l'avoir lu avec attention. Autrement dit, les usagers ne subissant pas d'interdiction de consommer, seuls les vendeurs ont un intérêt à défendre. J'avais trouvé cela contestable, mais l'association a préféré ne pas se lancer dans une bataille juridique coûteuse à l'issue incertaine.

Avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition

Deux ans et demi après le dépôt de ces recours, le Tribunal administratif fédéral (TAF) rend son jugement C-76347/2015 le 24 avril 2018. Il abroge la prohibition de vente des liquides nicotinés, jugée être une "erreur grave" de l'administration. Le TAF n'a pas tenu compte de la défense des deux recourants professionnels, qui s'appuyaient sur le principe du Cassis de Dijon pour demander la légalisation des liquides nicotinés. La raison de l'abrogation de la prohibition est un vice de forme dans la définition du terme de "cigarette-électronique" donnée par l'administration. 

C'est exactement l'argument principal que donnait Helvetic Vape lors de sa conférence de presse du 30 mai 2015. "L’OFSP se fourvoie en considérant que les vaporisateurs personnels et les liquides à vaper constituent une « unité fonctionnelle ». Sur la base de cette considération erronée, cette administration outrepasse ses compétences en créant des règles de droit primaires qui, d’une part interdisent l’importation à titre professionnel et la vente des liquides contenant de la nicotine et, d’autre part limitent les droits des consommateurs à importer ces liquides à titre personnel", détaillait alors Olivier Théraulaz. Trois ans plus tard, le verdict du TAF confirme ce que clamait l'association des usagers.

Un succès pour le droit à la réduction des risques contre le système tabagique

Helvetic Vape n'a pas seulement été initiatrice et moteur de la lutte contre la prohibition des liquides nicotinés en Suisse, elle a également porté l'argument décisif pour son abrogation. Il est regrettable que les autorités se soient montrées incapables d'entendre, de tenir compte et d'avoir simplement l'humanité de prendre en considération la demande de l'association des usagers avant d'être poussées à respecter la loi par le Tribunal administratif fédéral. Mais Helvetic Vape a démontré que la résignation n'est pas la seule option possible face au système tabagique, même en Suisse.


#MeToo Pour 150'000 $, Stanton Glantz achète le silence d'une de ses victimes

Très discrètement, sans annonce, l'Université Californienne de San-Francisco (UCSF) a publié le règlement à l'amiable signé début septembre. L'accord entre l'UCSF et Stanton Glantz d'une part, et la victime, ex-doctorante du Pr Stanton Glantz, d'autre part, s'est soldé pour 150'000 $. La jeune femme s'engage à retirer sa plainte, déposée le 6 décembre dernier, pour harcèlement sexuel, discrimination raciste et violation de la propriété intellectuelle contre le Directeur du Centre de recherche anti-tabac de l'UCSF. L'accord stipule également qu'elle s'engage à ne pas intenter d'autres poursuites pour les faits reprochés dans celle-ci. 

Des décennies de harcèlements

Par contre, l'accord publié ne comporte pas de clause de confidentialité. La victime, qui semble mal vivre cet accord conclu par son avocat, s'est épanchée sur tweeter pour déclarer "son inquiétude pour les autres jeunes femmes qui travaillent avec Stanton Glantz". Elle a évoqué l'existence d'un rapport d'enquête interne de l'UCSF qui confirmerait ses allégations, sans présenter ce rapport. Puis son compte a disparu. Personne ne sait si cela est de sa propre volonté ou contrainte. 

Avant cela, elle avait spécifié dans des échanges sur le réseau social être fermement opposée aux défenseurs de la réduction des risques et du vapotage, comme le rapporte Carl Phillips qui a suivi l'affaire
" Pour tous les vapoteurs et les compagnies de tabac, je suis fermement anti-tabac et anti-vapotage. Je ne me plains de @ProfGlantz seulement à cause de ses décennies de harcèlement sexuel. Donc, si vous êtes pro-nicotine, ne me suivez pas ", un tweet du compte, fermé depuis, de la victime.

Stanton Glantz restitue l'article à son auteure

Concernant la fraude académique, Stanton Glantz s'engage dans l'accord passé à transférer la propriété intellectuelle de l'article nommé TES à sa véritable auteure. "La décision de lui [la victime] permettre de continuer la publication de l'article TES par elle-même n'est en aucune façon une reconnaissance qu'il [Stanton Glantz] a "volé" cet article", précise l'accord au point VI.

Le traitement de la plainte pour des faits comparables d'une autre post-doctorante victime de Stanton Glantz n'est pas connu pour le moment. Au vue du black-out du milieu académique et des médias américains sur cette affaire, l'ingénieur en aéronautique devenu égérie des anti-vapes aux Etats-Unis semble pouvoir garder toute confiance en son impunité.


vendredi 12 octobre 2018

En Italie, la majorité essaie t-elle de trahir sa promesse d'abolir la taxe anti-vape ?

"En lisant le premier projet de décret fiscal, nous ne pouvons manquer de constater, avec un regret extrême, l’absence de toute référence à la modification de la taxe actuelle sur les vaporisateurs personnels". Les mots de Carmine Canino, le président de l'Association des vapoteurs en Italie (ANPVU), sentent la colère contenue. Cet été, Matteo Salvini a promis l'abolition de la surtaxe de 4 € par fiole de 10 ml et du régime de distribution par l'Agence des Douanes et des Monopoles (AAMS). Mais aucune trace de réforme ne se trouve dans le texte du Gouvernement déposé au Sénat et sensé la contenir, comme l'a révélé hier le site SigMagazine. Pourtant, un moratoire sur le versement des taxes jusqu'au 19 décembre a été décrété fin septembre, laissant présager de l'arrivée rapide de cette réforme promise. 

Annonce d'une simple baisse de la surtaxe

Mais peut-être que les membres de la majorité ne sont pas tous sur la même longueur d'onde à ce sujet ? La sénatrice Silvana Comaroli annonçait la semaine dernière non plus l'abolition mais une simple baisse de la surtaxe anti-vape. Baisse substantielle tout de même, puisqu'elle réduirait celle-ci de dix fois. "Dans la loi de finances, nous allons changer la taxation du vapotage. L’hypothèse est de le maintenir entre 5 et 10% du montant de la taxe sur le tabac. Ce sera probablement 5%", explique l'élue de la Lega sur la radio Città Aperta. Réaction immédiate de la Coalition des entrepreneurs italiens de vapotage (COIV).
" La promesse était l'abolition de la taxe et la fin du joug de l'AAMS ", Dario Colaianni
"La promesse était l'abolition de la surtaxe et la fin du joug de l'AAMS", rappelle Dario Colaianni, président de la COIV, avant de griffer la sénatrice Comaroli: "Elle déclare pour la première fois que le vapotage est nettement moins nocif que la cigarette, mais elle se contredit dans la foulée pour défendre son asservissement à une surtaxe". D'autres voix du monde du vapotage se sont montrées plus conciliante à l'annonce de la sénatrice. L'assouplissement du taux de surtaxe leur apparaît comme un "moindre mal"

Plus de 12 millions de fumeurs en Italie

Reste que le maintien du principe de taxe punitive et du régime de l'AAMS entravent de facto l'accès au vapotage à de nombreux fumeurs et vapoteurs. L'interdiction de vente sur internet prive d'accès aux produits de vape les personnes hors des centres urbains. Le maintien d'une surtaxe même réduite reste un principe de punition contre les personnes qui évitent de fumer avec le vapotage. Difficile à justifier éthiquement et surtout une publicité négative pour les fumeurs s'interrogeant sur l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage. 

Tractations en coulisses?

Depuis l'introduction de la surtaxe, le nombre de fumeurs en Italie est reparti à la hausse, dépassant les 12 millions cette année. Tandis que le nombre de vapoteurs s'est écroulé, illustrant le principe de vases communicants. Face à ce désastre économique et sanitaire, une réforme de la réglementation du vapotage est urgente. L'absence de celle-ci dans le texte du décret fiscal est peut-être le signe de tractations en coulisses. Un atermoiement des élus qui réside peut-être dans ce hiatus entre la promesse de libérer la vape de Matteo Salvini, et la volonté de certains élus, comme la sénatrice Comaroli, de la maintenir de manière adoucie dans le carcan tabagique.  


vendredi 5 octobre 2018

#COP8FCTC Le Secrétariat de l'OMS fait un coup de force pour violer le principe de réduction des risques de la Convention-cadre anti-tabac !

Entamées lundi, les discussions au Sommet mondial anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé sont dans une impasse au sujet de la réduction des risques face au tabagisme. D'un côté, les pays favorables à intégrer le vapotage, à l'image du Royaume-Uni qui a réduit d'un quart le nombre de fumeurs depuis 2011 grâce à cet outil. De l'autre les grandes nations productrices de tabac, l'Inde, le Brésil, la Thaïlande notamment, qui veulent prohiber ce moyen d'éviter de fumer. Ce matin, Vera Da Costa, la Secrétaire générale du Secrétariat de la Convention de l'OMS, tente un coup de force inouïe en annonçant à la presse allemande que "l'OMS demande l'interdiction du vapotage". Ceci sans décision de l'assemblée  et contre le principe inscrit dans le texte même de la Convention-cadre, dans son premier article, qui fonde cette réunion des 180 pays et l'Union Européenne. 

Hier, la Framework Convention Alliance, ONG pour ainsi dire "double jumelle" du Secrétariat, appelait les délégués à abandonner le sujet de la réduction des risques dans son bulletin. Un enfumage pour étourdir et endormir les potentiels défenseurs de la réduction de srisques. Ce matin, la brésilienne a eu le champ libre pour lancer son appel à la guerre aux vapoteurs dans la presse. Vera da Costa a donc décidé de son propre chef de remettre en cause le fondement même de cette Convention-cadre, et de déclarer la guerre aux vapoteurs sans accord de l'ensemble des pays membres. 

Vera da Costa abolit de facto l'article 1 de la Convention-cadre anti-tabac !

Dans toute autre organisation, un tel coup de force méprisant les membres de l'organisme se solderait par un scandale et l'exigence de la démission illico de la Secrétaire générale, qui outrepasse définitivement son rôle. Les heures qui viennent nous diront si les pays démocratiques, et notamment le Royaume-Uni qui finance très généreusement l'organisme, sauront mettre le holà à cette dérive ahurissante du Secrétariat de la Convention-cadre anti-tabac de l'OMS. Mais les violations répétées de transparence et des droits des usagers des moyens de réduction des risques du Sommet anti-tabac de l'OMS depuis le début de cette semaine à Genève n'inclinent pas à l'optimisme d'une réaction à la mesure de la dérive...

Voir la vidéo en 4 petites parties (à faire enchainer ;) ) d'une discussion hier de membres d'INNCO à Genève sur le déroulement de la COP8FCTC



jeudi 4 octobre 2018

#COP8FCTC L'OMS a t-elle censuré les images du débat sur le statut d'observateur demandé par INNCO ?

Le bâillon sur la réduction des risques ne sera pas télévisé. Lundi après-midi, le flux du streaming s'est arrêté juste à ce moment-là. Durant les dix minutes du débat et du vote sur l'obtention du statut d'observateur à INNCO, le réseau des organisations de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit. Verdict du procès sans témoin: les délégués au 8è sommet mondial "anti-tabac" de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont refusé le statut d'observateur à l'INNCO. "Non seulement la coupure de la vidéo est un exemple flagrant du manque de transparence. Mais c'est aussi la démonstration de la nécessité de la présence des parties concernées non partisanes au cours de la procédure pour garantir le processus démocratique et sa transparence", explique Kim Dabelstein Petersen, de l'association des vapoteurs danois DADAFO, dans le communiqué du jour d'INNCO.

OMS Zéro transparence

Les représentants des vapoteurs espèrent encore récupérer l'enregistrement de la séance dont la retransmission a été coupée. Un vote lors de la séance d'ouverture avait garanti l'accès public par vidéo-streaming des séances. Mais quatre jours après l'incident, le Secrétariat anti-tabac de l'OMS n'a toujours pas tenu cet engagement. "Nous pensons que c'était une ruse pour détourner l'attention du fait qu'interdire le public et l'organisation INNCO rendrait la transparence réelle pratiquement nulle. Le fait que les sessions plénières n’aient toujours pas été chargées sur le site à des fins de contrôle externe, comme convenu et promis, quelle que soit la raison, fait de la transparence un zéro absolu", s'agace l'organisation faîtière qui regroupe 36 associations.

"Nous sommes de vraies personnes"

Quelques représentants des associations de vapoteurs ont pu assister dans le public à la séance d'ouverture durant seulement 3 heures sur la semaine de réunions. "Mais avoir été dans la tribune du public ne suffit pas, INNCO aurait dû bénéficier du statut d'observateur", explique Tomas O'Gorman, de l'association ProVapeo Mexico. Le mexicain, en butte à l'interdiction du vapotage dans son pays, poursuit: "Nous avons besoin de partager nos expériences avec les délégués, de leur montrer que nous ne sommes pas juste un chiffre dans des statistiques ou des tableaux. Nous sommes de vraies personnes et qu'ils décident de notre vie". 

"Le Secrétariat de la Convention de l'OMS et la lutte anti-tabac n'acceptent aucun apport de la société civile et des 1,4 milliards de consommateurs dans le monde. Ceci est totalement inacceptable selon le droit des traités, selon le droit international et selon les principes de fonctionnement de l'ONU et de l'OMS", appuie le communiqué d'INNCO. Face à la tour d'ivoire dans laquelle le Secrétariat anti-tabac de l'OMS a enfermé les délégués avec quelques 1'500 lobbyistes triés, Tomas O'Gorman est dépité: "Les fumeurs méritent d’avoir des alternatives plus sûres, et la Convention anti-tabac de l'OMS veut leur refuser ce droit".

Quelques membres d'INNCO ce midi sur la place des Nations discutent à bâtons rompus du manque de transparence de l'OMS:


lundi 1 octobre 2018

#COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac

"Mais... même si le vapotage ne contient pas de tabac?", insiste le journaliste incrédule. "Oui!", tonne péremptoire Anne Bucher à la conférence de presse de la COP8 anti-tabac de l'OMS. La nouvelle Directrice générale à la santé de la Commission Européenne en est persuadée: la vape, c'est du tabac. Même s'il n'y a pas de tabac. Même s'il n'y a pas non plus de combustion, de dégagement de monoxyde de carbone ni de goudron. C'est du tabac, comme une cigarette. Pour son premier jour en fonction, Anne Bucher nie la distinction faite dans la directive européenne. La française nie aussi allègrement la science, l'évidence et le bon sens des 89% de citoyens ayant participé à la récente consultation de la Commission Européenne. Incompétence obtuse de la nouvelle DG ? Ou peut-être une histoire de climat ?

Climat médiéval 

Du climat, il en a beaucoup été question à l'ouverture ce matin du 8ème sommet mondial anti-tabac COP8FCTC de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) durant laquelle Anne Bucher s'est exprimée. Les liens imaginés par les orateurs entre dérèglement climatique et tabagisme étaient pour le moins ésotériques. Mais peut-être faut-il prendre cela au sérieux? Car la COP8FCTC se tient à Genève. Or le climat du jour rappelle furieusement le temps où un autre français, du nom de Jean Calvin, faisait brûler à la même saison Michel Servet pour avoir eu des pensées un peu trop librement exprimées.

Certes, même s'ils ne se cachent pas de détester plus que tout les vapoteurs, les dirigeants de la Convention anti-tabac de l'OMS n'ont pas été jusqu'à user de combustion contre leur liberté. Ils ont simplement accepté la proposition de la déléguée de la Thaïlande d'expulser le public et les médias. La junte militaire thaïlandaise, qui détient le monopole du tabac national, a ses habitudes. A vrai dire, un bon nombre d'autres pays totalitaires ou producteurs de tabac ont trouvé l'idée à leur goût. Seul le Canada a émis le souhait de plus de transparence à l'égard des citoyens. Résultat ? Le public et les médias ont été exclus. Mais un streaming vidéo des séances plénières* est désormais diffusé, en différé de quelques minutes pour censurer en cas de besoin. [*edit: oubli important de ma part, ne sont diffusées que les séances plénières ]
Vera da Costa (Secr, Gale de la FCTC - Brésil), Preeti Sudan (Pres. de la COP8 - Inde) 
et Anne Bucher (DG santé de la Comm. Européenne)

Les marchandages en coulisses entre les délégués des 180 pays membres, plus l'Union Européenne, et les quelques 1'500 lobbyistes autorisés dans le Centre des congrès genevois se feront à l'abri de toute oreille indiscrète. Mais Vera da Costa, la Secrétaire générale du secrétariat anti-tabac, a tenu à préciser en conférence de presse - voir vidéo plus bas - qu'il ne fallait pas penser à un "manque de transparence". Ah ? "C'est pour se protéger des mauvaise influences des cigarettiers", explique la brésilienne. Ce n'est pas ce qui va nous rassurer sur notre impression d'un retour au moyen-âge. Justifier l'opacité pour éviter le magouillage en coulisse... ou comment faire du Machiavel de supermarché. Rideau pour la transparence.

Un peu d'air frais tout de même

Plus tôt dans la journée, 72 courageux experts du domaine ont dit ouvertement, ce que nombre pensent mais n'osent pas déclarer pour ne pas flinguer leur carrière. A savoir que le dogme anti-vape du secrétariat anti-tabac de l'OMS est insensé et contre-productif. Si l'OMS pousse à des réglementations qui entravent la réduction des risques comme le vapotage, "alors ces réglementations peuvent nuire en perpétuant le tabagisme", expliquent t-ils, en anglais ou ma traduction en français.

Plus ironiques, les activistes d'INNCO, le réseau des organisations d'usagers de produits à risque réduit, ont envoyé une lettre de félicitation aux participants de la COP8FCTC pour les excellents résultats financiers des grandes firmes cigarettières, en pleine croissance au fil du déploiement de leurs préconisations. Un troll que le Vaping Post détaille avec le sourire.

Egalement présents sur place, les défenseurs des droits des usagers ont distribué un tract à l'entrée de la Convention anti-tabac dés 7 heures ce matin, puis sur la place des Nations devant le siège des Nations Unies. Il reprend en condensé les éléments de la lettre ouverte envoyée la semaine dernière par INNCO à l'OMS.

Demain en fin de matinée, Harry Shapiro présente son rapport sur l'état de la réduction des risques face au tabagisme, publié par Knowledge Action Change (KAC). Le soir, le Pr Bernd Mayer, toxicologue de l'Université de Graz, fera une conférence au restaurant la Potinière au Jardin anglais (il faut réserver)...

La conférence de presse s'est faite sans streaming qui n'était pas prévu initialement. Mais Frederic Cyrus Roede, de l'organisation Consumer Choice, l'a filmé et partagé en direct sur son compte twitter, où elle est visible en replay.



#COP8FCTC 72 experts internationaux appellent l'OMS à soutenir la réduction des risques

Ce lundi, la 8ème sommet mondial des parties (COP8FCTC) de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT ou FCTC en anglais) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s'ouvre à Genève pour la semaine. Au menu, des discussions à huis-clos entre les délégués des 181 pays, entourés de milliers de lobbyistes choisis par le secrétariat de la convention sur la manière de faire évoluer le traité.

72 experts de renommées mondiale impliqués dans la lutte anti-tabac de longue date ont pris leur plume pour appeler l'OMS et les participants à infléchir la direction prise et s'ouvrir à la réduction des risques. Jusqu'ici sous la direction du secrétariat, qui outrepasse son rôle, la Convention a orienté ses recommandations contre le vapotage, allant jusqu'à prôner la criminalisation des vapoteurs en Asie. A l'opposé, cette lettre au Dr Tedros, directeur de l'OMS, milite pour l'intégration de la réduction des risques dans l'approche de la Convention. Elle est signée d'experts britanniques, américains, français, italiens, grecs, malaysiens, néo-zélandais, mexicains, belges, australiens, suisses, japonais, venezueliens, canadiens, indiens, norvégiens, autrichiens, suédois, tunisiens. 

Ma traduction de la lettre ouverte des 72 experts ci-dessous:

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus 
Directeur général 
Organisation mondiale de la santé 
Avenue Appia 20 
1202 Genève 
Suisse

1er octobre 2018
Cher Dr. Adhanom Ghebreyesus
Innover dans la lutte antitabac: développer la CCLAT pour qu'elle englobe la réduction des risques et des dommages face au tabac
Nous écrivons pour exprimer notre espoir que l'OMS assumera un rôle de premier plan dans la promotion de politiques efficaces et rapides pour la réglementation du tabac et de la nicotine. Dans cette lettre, nous proposons que l’OMS et les parties prenantes adoptent une approche plus positive des nouvelles technologies et des innovations susceptibles d'en finir plus rapidement avec l’épidémie de maladie causée par le tabagisme.
Dans le domaine de la lutte antitabac et de la santé publique, le monde a considérablement évolué depuis la signature de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2003. Il est impossible d’ignorer ou de rejeter l’essor des systèmes alternatifs de délivrance de la nicotine (ANDS). Ceux-ci sont établis et de nouvelles technologies fournissent de la nicotine à l'utilisateur sans combustion de feuilles de tabac ni inhalation de fumée de tabacCes technologies offrent la perspective de gains importants et rapides en matière de santé publique grâce à la 'réduction des risques liés au tabac'. Les utilisateurs qui ne peuvent ou ne veulent pas cesser de consommer de la nicotine ont la possibilité de passer des produits les plus risqués (principalement les cigarettes) à des produits présentant un risque bien moindre que les produits à fumer (p.ex. produits de nicotine propre, tabac sans fumée, vapotage ou tabac vaporisé). Nous croyons que cette stratégie pourrait apporter une contribution substantielle à l'objectif de développement durable (SDG) visant à réduire les décès prématurés dus aux maladies non transmissibles (objectif 3.4 de la SDG).
Le concept de réduction des risques du tabac est consigné dans la définition même de 'lutte antitabac' figurant dans la CCLAT (article 1.d) et nous pensons qu'il doit maintenant être pleinement exprimé dans la CCLAT et par les parties dans leur approche de la mise en œuvre. . À cette fin, nous proposons des principes directeurs pour l’élaboration de la prochaine phase de la lutte mondiale contre le tabagisme, à commencer lors la prochaine Conférence des Parties (COP8, 1-6 octobre, Genève).
  • La réduction des risques du tabac fait partie intégrante de la lutte antitabac . La réduction des risques est une stratégie largement répandue en matière de santé publique (p.ex. VIH, consommation de drogues, santé sexuelle) et elle devrait faire partie intégrante de la lutte antitabac en aidant les fumeurs à cesser de fumer ou leur éviter de commencer, et, en tout cas réduire grandement leur risque.
  • Du point de vue de la santé, la principale distinction entre les produits contenant de la nicotine est de savoir s’ils sont combustibles ou non. Il ne s'agit pas de savoir si ce sont des produits du tabac ou des produits autres que le tabac ou s'ils sont établis ou nouveaux. Le principal objectif de la CCLAT étant la gestion des risques pour la santé, cette distinction devrait faire partie intégrante de la conception et de la mise en œuvre de la CCLAT [1] .
  • La réduction des risques du tabac est favorable et synergique avec les politiques «MPOWER» qui sous-tendent la CCLAT. En offrant aux utilisateurs des options plus diverses pour répondre aux taxes ou à d'autres mesures, la réduction des risques peut améliorer l'efficacité des mesures conventionnelles et atténuer les conséquences préjudiciables involontaires de ces politiques pour les utilisateurs persistants, par exemple l'impact des taxes du tabac sur les personnes qui continuent malgré tout à fumer.
  • Les parties prenantes devraient accorder un poids approprié aux avantages et aux opportunités de la réduction des risques liés au tabacIls ne devraient pas se concentrer exclusivement sur les risques inconnus pour la santé, en particulier lorsque ceux-ci sont des risques mineurs ou improbables. Une occasion perdue d'un gain de santé publique représente un préjudice réel pour la santé publique et devrait être reconnue comme tel.
  • L'adoption par les jeunes de tout produit à base de tabac ou de nicotine exige une stratégie cohérente et adaptable axée sur la réduction des risques actuels et futurs pour les jeunes. Les politiques visant à lutter contre la consommation de nicotine chez les jeunes devraient être fondées sur une compréhension des comportements à risque chez les jeunes, des interactions entre les différents produits (par exemple, pour de jeunes fumeurs le report potentiel vers les produits à faible risque peut être bénéfique), et tenir compte de la balance globale des risques et des avantages pour les adultes et les jeunes découlant des interventions.
  • L'incertitude quant aux effets à long terme ne devrait pas être une raison de paralysieIl est vrai que nous n’aurons pas d’information complète sur l’impact des nouveaux produits jusqu’à ce qu’ils aient été utilisés exclusivement pendant plusieurs décennies - et compte tenu des schémas d’utilisation complexes, peut-être même jamais. Mais nous avons déjà des connaissances suffisantes basées sur les processus physiques et chimiques impliqués, la toxicologie des émissions et les biomarqueurs d'exposition pour être sûr que ces produits sans combustion seront beaucoup moins nocifs que le tabagisme. Nous savons également avec certitude que le produit en place (la cigarette) est extrêmement nocif.
  • La CCLAT et sa mise en œuvre devraient englober une "réglementation proportionnée au risque". Cela signifie que la rigueur de la réglementation ou de la taxation appliquée aux catégories de produits devrait refléter les risques pour la santé. Par exemple, il devrait y avoir des taxes élevées sur les cigarettes, mais des taxes faibles ou nulles sur les produits de vapotage. Il est raisonnable d'interdire toute publicité pour des produits combustibles, mais de placer des contrôles sur la publicité pour les produits non combustibles (pour protéger les jeunes non-fumeurs en particulier) et ainsi de permettre une promotion suffisante pour que les fumeurs puissent encore prendre connaissance des alternatives et soient encourager à commuter vers celles-ci. Cette approche à risque-proportionnée devrait être adoptée de manière transversale à la CCLAT.
  • L'OMS et les Parties de la CCLAT devraient être conscientes et veiller à éviter les conséquences inattendues préjudiciables des interdictions ou d'une réglementation excessiveSi les politiques approuvées par l’OMS rendent les alternatives non-combustibles au tabagisme moins facilement accessibles, moins agréables ou moins acceptables, plus chères, moins conviviales ou pharmacologiquement moins efficaces, ou empêchent l’innovation et le développement de produits nouveaux et améliorés, alors ces réglementations peuvent nuire en perpétuant le tabagisme.
  • Les négociations de la CCLAT devraient être ouvertes à davantage de parties prenantesDe nombreuses parties prenantes, y compris les consommateurs, les médias et les experts en santé publique ayant des opinions favorables à la réduction des risques, devraient faire partie du processus. Nous sommes préoccupés par le fait que la CCLAT ait exclu des points de vue divergents appropriés. Ses délibérations et ses décisions pourraient être plus solides et plus crédibles si ses travaux étaient plus ouverts.
Nous sommes préoccupés par le fait que l’OMS et le Secrétariat de la Convention n’adoptent pas ces principes et, dans de nombreux cas, font le contraire. Nous avons vu la lettre ouverte détaillée qui vous a été envoyée le 3 septembre par le Dr Abrams et al. concernant les risques d'interdiction et de réglementation excessives [2] . Nous recommandons sa lecture à toute personne intéressée par l'avenir de la lutte antitabac.
Nous croyons qu'il est temps que la lutte antitabac adopte la réduction des risques du tabac. Nous espérons que l’OMS et les Parties à la CCLAT feront progresser ce programme lors de cette huitième Conférence des Parties de la CCLAT, à compter d’aujourd’hui. Nous partagerons cette lettre avec les parties prenantes concernées.
Les auteurs de cette lettre confirment n'avoir aucun conflit d’intérêts concernant l’industrie du tabac et aucun problème ne se pose en ce qui concerne l’article 5.3 de la CCLAT.
Cordialement,
David B. Abrams, PhD; Marion Adler, PhD; Jasjit S Ahluwalia, MD, MPH, MS; Sanjay Agrawal, MD, MBChB; Philippe Arvers, MD, PhD; Frank Baeyens, PhD; Shamsul Bahri Mohd Tamrin; Scott D. Ballin, JD; Clive Bates, MA, MSc; Robert Beaglehole, MD, DSc, FRSNZ; Mihi Blair (Ngāti Whātua); Anne Borgne, MD Ron Borland, PhD; Thomas H. Brandon, PhD; John Britton, MD; Dr Jamie Brown, PhD CPsychol; Jean-Pierre Couteron; Sharon Cox, PhD; Kenneth Michael Cummings, PhD; Lynne Dawkins, PhD; Jean-Michel Delile, MD; Allan C. Erickson; Jean-François Etter, PhD; Konstantinos Farsalinos, MD, MPH; Antoine Flahault, MD, PhD; Jonathan Foulds, PhD; Thomas J. Glynn, PhD; Peter Hajek, PhD; Wayne Hall, PhD; Natasha A. Herrera; Martin J Jarvis, DSc OBE; Martin Juneau, députés, MD, FRCPC; Dr.Aparajeet Kar, MD; Leon Kosmider, PhD, PharmD; Lynn T. Kozlowski, PhD; Hiroya Kumamaru, MD, PhD; Christopher E. Lalonde, PhD; Murray Laugesen QSO; Jacques Le Houezec, PhD; William Lowenstein, MD; Karl E Lund, PhD; Bernhard-Michael Mayer, PhD; Olivia Maynard, PhD; Andy McEwen, PhD; Ann McNeill PhD; Klim McPherson, PhD, FMedSci, Hon FRCP; Colin Mendelsohn; Robin Mermelstein, PhD; Faares Mili, MD; Thomas J. Miller; Marcus Munafò, PhD; Raymond Niaura, PhD; Caitlin Notley, PhD; David Nutt, DM, FRCP, FRCPsych, FMedSci, DLaws; Konstantinos Poulas, PhD; Philippe Presles, MD; Lars M. Ramström, PhD; Vaughan Rees, PhD; Steven A. Schroeder, MD; John R. Seffrin, PhD; Lion Shahab, PhD; Rajesh N. Sharan, Ph. D .; Michael Siegel, MD, MPH; Roberto A Sussman, PhD; David Sweanor, JD; Professeur Umberto Tirelli MD; Natalie Walker, PhD; Kenneth Warner, PhD; Alex Wodak; Naohito Yamaguchi, MD; Ben Youdan; 
[pour les titres complets et les affiliations voir le PDF original]
[1]     Nous reconnaissons que des normes de production médiocres et l'inclusion de chaux éteinte (hydroxyde de calcium), noix d'arec et autres ingrédients dangereux dans certains produits traditionnels contenant du tabac tels que le gutka et le paan peuvent rendre ces produits beaucoup plus dangereux que d'autres produits du tabac sans fumée.
[2]     Abrams DB, CD Bates, Niaura RS, Sweanor DT. Lettre au Directeur général de l'OMS, 3 septembre 2018. ( lien vers la lettre )

samedi 29 septembre 2018

#COP8FCTC La NNA appelle le gouvernement britannique à sauver la vape de la menace de l'OMS

Le Royaume-Uni va t-il sauver la vape durant le sommet mondial COP8FCTC de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève la semaine à venir ? Le réseau international des associations d'usagers INNCO va tenir des piquets pour rencontrer le public à la place des Nations durant la semaine. De son côté, l'association New Nicotine Alliance, qui en est membre, prie le gouvernement britannique de faire barrage aux projets d'interdictions et de restrictions contre le vapotage du Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS.  

Un succès britannique

"Le vapotage est une alternative plus sûre que fumer du tabac. Le Royaume-Uni compte plus de 1,7 million d'anciens fumeurs passés des cigarettes au vapotage exclusif. Le gouvernement a judicieusement reconnu les avantages significatifs que les stratégies de réduction des risques du tabac peuvent apporter et, grâce à des campagnes positives telles que Stoptober, a vu le nombre de fumeurs chuter considérablement ces dernières années", déclare Sarah Jakes, présidente de l'association d'usagers de produits nicotinés à risque réduit.

Les pauvres ont-ils droit à la réduction des risques ?

Or, le Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS pousse à interdire ou restreindre le vapotage, n'hésitant pas à donner en modèles la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, détentrice du Monopole du tabac de Thaïlande. Après la prohibition prononcée en Inde, le sujet sera au cœur de ce Sommet COP8FCTC. "Les pays développés tirent de grands bénéfices des outils de réduction des risques du tabac. Les fumeurs des pays moins nantis ont le droit de bénéficier des mêmes opportunités. La NNA encourage la délégation britannique à résister à l'interdiction des produits à risque réduit de délivrance de nicotine", explique le communiqué de la NNA.

La Commission Européenne contre le droit d'information ?!

"Nous avons aussi entendu des informations inquiétantes selon lesquelles la délégation de l'Union Européenne envisage de demander au sommet anti-tabac de l'OMS de lancer un appel pour une interdiction mondiale de publication sur le vapotage. Il serait scandaleux que la délégation britannique soit complice d’une telle initiative qui s’oppose à l’engagement du gouvernement d’améliorer la disponibilité des produits innovants à risque réduit", précise Sarah Jakes, comme l'avait révélé le Vaping Post il y a deux semaines

Les britanniques vont-ils financer une politique opposée à la leur ?

Avant de rappeler que le Royaume-Uni fournit une contribution financière "très généreuse", à vrai dire la plus importante de tous les pays, au secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS. "Nous exhortons donc le gouvernement à utiliser l’influence de notre contribution financière et de bien agir. C'est-à-dire de rejeter la prohibition des moyens de réduction des risques que les pays moins nantis se sentent obligés d'appliquer en raison de la désinformation de l'OMS, et d'exhorter le secrétariat anti-tabac (FCTC) à respecter sa propre convention (art.1 d.) en faveur de la réduction des risques, et enfin à résister aux restrictions de promotion des alternatives à risque réduit au tabagisme".

Opacité totale

Au Sénat italien, une question parlementaire a été posée à la Ministre de la santé Giulia Grillo pour savoir la position défendue sur le sujet par sa délégation. Sans réponse pour le moment, selon le site spécialisé SigMagazine. En France, des défenseurs de la lutte anti-tabac, de la réduction des risques et du vapotage sont inquiets et sans nouvelle ni du mandat ni de l'identité de la déléguée envoyée par le Ministère de la Santé à ce sommet. Celui-ci va se dérouler à huis-clos, probablement sans observateur des associations d'usagers, suite au pré-avis négatif du Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS à la demande d'accréditation d'INNCO.


vendredi 28 septembre 2018

[Bref] Italie: moratoire du paiement des taxes anti-vape jusqu'au 18 décembre

Le paiement des surtaxes anti-vape par les dépositaires fiscaux est suspendu jusqu'au 18 décembre en Italie. Le Sénat a approuvé le décret 'milleproroghe' contenant cette clause de suspension ce 20 septembre. Dans une interview au site SigMagazine début août, Matteo Salvini, vice-président du gouvernement, avait promis une suspension du paiement des taxes en attendant une réforme de la loi. Le premier pas est fait et le décret a été publié au journal officiel le 24 septembre, explique le site spécialisé SigMagazine. Les entreprises indépendantes de vape, au bord de l’asphyxie économique, avaient lancé des appels à l'aide cet été pour lever cette taxe étouffante. Le vapotage italien espère à présent la deuxième partie de la promesse du Gouvernement et une réforme structurelle du secteur avant le 18 décembre. 

Si rien ne se passait d'ici là, les entreprises de vape devraient payer la taxe sur leurs ventes dans cette période en un seul versement fin décembre. Du côté des usagers, l'association ANPVU salue cette suspension et le geste commercial, plein de confiance, des professionnels qui ont immédiatement réduit leurs prix de vente. Suite à l'introduction de la surtaxe du vapotage en Italie, le nombre de fumeurs y a augmenté de près d'un million concomitamment à une baisse similaire du nombre de vapoteurs depuis 2016.




jeudi 27 septembre 2018

Faut-il couper le financement de l'OMS pour sauver la réduction des risques ? La presse anglaise ouvre le débat avant la #COP8FCTC

Une situation paradoxale. Le Royaume-Uni est le pays le plus engagé pour soutenir le vapotage comme alternative à risque réduit contre le tabagisme. Avec un grand succès. Mais c'est également le pays qui finance le plus le bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), devenu le fer de lance de la guerre au vapotage dans le monde. Avant même de tenir son 8ème sommet à Genève à partir du 1er octobre, ce secrétariat a publié un rapport encourageant les interdictions et restrictions contre le moyen de réduction des risques. La presse anglaise se fait l'écho de cette situation étrange. "Les contribuables britanniques ne devraient plus subventionner les lois anti-vapoteurs", titre le Daily Express du mardi 18 septembre.

Retirer le financement à l'OMS tant qu'elle soutient la répression du vapotage?

Dans ses colonnes, Christopher Snowdon, de l'Institute of Economic Affairs, exprime l'exaspération des britanniques qui "paient un saladier pour soutenir cette organisation prohibitionniste". "La position effrayante de l'OMS sur le vapotage est en contradiction avec celle du gouvernement britannique qui est fondée sur des preuves scientifiques. À moins que l'OMS ne retire son soutien à l'interdiction du vapotage, le gouvernement devrait lui retirer son financement", explique l'auteur du Nanny State Index spécial nicotine.

L'OMS revendique la Corée du Nord et la Thaïlande comme modèles

Totalement à l'opposé de la politique britannique d'intégration de la de réduction des risques, le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS mène une campagne féroce contre le vapotage. Sa cadre indienne Jagdish Kaur prône même en Asie de prendre modèle sur la junte militaire thaïlandaise, qui arrête et emprisonne régulièrement des vapoteurs, et la Corée du Nord, dont on ne sait pas si les menaces de déportation des déviants qui vapoteraient sont ou non effectives. Deux pays où le tabagisme est roi et la respect des droits humains absent. L'Inde, autre grande nation du tabac avec le Brésil, vient de rejoindre le cercle des pays prohibitionnistes.

Porte-battante au secrétariat anti-tabac de l'OMS

Ce sabotage du droit des population d'accéder aux moyens de réduction des risques contre le tabagisme se fait grâce à l'argent britannique. En plus du financement de 164 millions $ annuel régulier à l'OMS, seconde contribution derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni a accordé un financement supplémentaire spécifique au secrétariat anti-tabac (FCTC) de 3,7 millions $ par an de 2016 à 2021. Andrew Black, le responsable qui a décidé de cette enveloppe, a depuis obtenu un poste de cadre à ce même secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS. "Heureuse coïncidence de carrière bien rémunérée pour Andrew Black", ironise Christopher Snowdon dans un billet sur son blog.


Le budget du secrétariat anti-tabac (FCTC) approche 6 millions $ dans les années sans sommet. En 2016, celui tenu à New Delhi avait poussé les dépenses à près de 11 millions de $. Soit 5 millions $ de plus pour la semaine de réunion dans le palais des congrès de Noida et les frais des délégués. Le sommet genevois de la semaine prochaine devrait faire exploser la facture. 

Le risque de précipiter l'OMS dans les bras de Bloomberg

Faut-il couper les fonds à cette organisation en dérive autoritaire pour que la réduction des risques soit prise en considération? La proposition de Christopher Snowdon pourrait avoir un effet pervers. Celui d'augmenter encore plus la prise de contrôle de l'OMS par l'affairiste milliardaire Michael Bloomberg. Celui-ci a déjà largement annexé les activités de l'organisme à son profit sous couvert de "philanthropie". 


mercredi 26 septembre 2018

Consultation européenne: 89% estiment que la vape n'est pas un produit du tabac et ne doit pas être surtaxée comme tel

La Commission Européenne a reçu 11'410 réponses cet été à sa consultation publique sur les taxes tabac, où elle propose d'inclure les produits de vapotage. Selon son analyse statistique, la réponse est claire: 88,9% des répondants estiment que la vape n'est pas un produit de tabac et n'a donc pas à être soumise à une surtaxation comme tel. L'analyse qualitative des contributions reste à faire, alors que celles autorisées par leurs auteurs à être partagées en public sont publiées au fur et à mesure sur le site européen. La précédente consultation en 2016 sur l'idée de surtaxe contre la vape avait déjà indiqué que près de 90% des 7'686 répondants s'opposaient à une telle mesure. Malgré cela, la Commission des taxes avait estimé ne pas avoir assez de données pour se déterminer.

Pour 89% des répondants, la vape n'a rien à faire dans la catégorie des produits du tabac

Cette fois, 54,1% des participants contredisent cette opinion de la Commission et évaluent suffisantes les données sur le vapotage pour décider. Alors que la participation a sensiblement augmenté malgré l'été, la Commission suivra t-elle cet écrasant plébiscite en faveur d'une libération de la vape de la catégorie des produits du tabac et de toute surtaxe punitive en conséquence? Lors de la précédente consultation, la Commission avait mis dix mois pour rendre un avis repoussant une prise de décision à 2019. 

Depuis, le virus de la taxe s'est répandu sur le continent avec pas moins de 14 pays ayant introduit ou décidé d'introduire une surtaxe sur le vapotage. Cependant, l'Italie, pays pionnier en Europe en surtaxation du vapotage, subi depuis une hausse du tabagisme concomitante à la chute du nombre de vapoteurs. Le Gouvernement italien a promis son abolition. Une analyse de ce cas d'école laisse peu de doute à ce qui constituerait une décision rationnelle pour la santé publique et en phase avec la tendance massive exprimée dans cette consultation.

Près de 91% savent que la vape réduit les risques

La nouvelle consultation européenne confirme que 90,9% des répondants savent que le vapotage est un produit de réduction des risques par rapport aux cigarettes et 89,5% le considèrent comme une aide possible à l'arrêt tabagique. 81,5% rejettent l'idée d'égaliser les taxations entre cigarettes et vape, pour éviter une "concurrence déloyale" selon l'expression de la Commission. 

68,6% veulent limiter les taxes sur la vape à la TVA de chaque pays, tandis que 5% sont d'avis de la surtaxer à moins de 10%. Cette option de surtaxe a été étrangement défendue par des faiseurs d'opinion dans le milieu de la vape, notamment allemande, sur la base d'une argumentation un peu surréaliste, démontée par Guillaume Bailly sur le Vaping Post.

Quand est-ce que le tabac est chauffé ou fumé?

En contraste, la même question sur le tabac chauffé ne recueille que 22,1% en faveur de la seule TVA tandis que 15% se disent pour le surtaxer de 30% à 49% du prix de vente. Mais l'absence de définition claire dans la législation européenne pour distinguer entre cigarettes fumées et tabac chauffé rend absconses les questions sur cette catégorie de produit. Ce qui a pu amener près de 38% des participants à ne pas savoir ou vouloir se prononcer. Dans l'ensemble, le large consensus sur le vapotage ne se retrouve pas à propos des cigarettes "heat-not-burn".

Sur la plupart des questions spécifiques aux produits du tabac "classiques", environ un tiers des participants ont indiqué ne pas vouloir fournir de réponse. Cette part importante "d'abstention" peut s'expliquer par l'impossibilité de se déterminer sur ces questions et leurs conséquences hors d'une stratégie claire, notamment sur la place de la réduction des risques. Elle s'accompagne d'une part variable mais parfois assez importante de réponses déclarant "ne pas savoir".

Forte participation allemande

Près de 98% des répondants n'ont pas indiqué utiliser un produit de tabac ni de vapotage. Les 4'883 résidents en Allemagne représentent 42,8% des réponses, loin devant les 1'576 habitants en Espagne (13,8%) et les 1'107 de France (9,7%). Une pétition en ligne lancée par 16 associations européennes d'usagers a recueilli près de 50'000 signatures, dont 22'000 de France, contre les surtaxes sur la vape. 

Des problèmes pour atteindre la consultation européenne avaient été signalés à plusieurs reprises par des signataires. Ces blocages avaient fait craindre une nouvelle opération de spams du lobby anti-vape, telle que celle déclenchée en juin par des bots contre la consultation de la FDA américaine sur les arômes pour le vapotage. Les résultats statistiques de la consultation européenne écartent cette raison à l'inaccessibilité du serveur de la Commission par périodes cet été.

Copie du pdf de l'analyse statistique de la consultation 2018 par Commission Européenne (la plupart des questions ciblées sur le vapotage à partir de la p. 26):


mardi 25 septembre 2018

#VaperBeHeard Les associations de vapoteurs d'Asie demandent à être prises en compte par l'OMS avant la #COP8FCTC

La Thaïlande, la Corée du Nord, Singapour et désormais l'Inde, font la chasse à la vape sur le continent asiatique. Ceci avec le soutien actif du secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment par les harangues à la criminalisation des vapoteurs de sa représentante Jagdish Kaur. Face à cette répression contre l'arrêt du tabac à l'aide du vapotage, qui peut coûter l'emprisonnement en Thaïlande notamment, les associations des utilisateurs de vapotage en Asie lancent un appel à l'OMS, notamment par une pétition. Une semaine à peine avant que ne débute le Sommet anti-tabac COP8 de l'OMS le 1er octobre à Genève.

En arriver à devoir rappeler que les vapoteurs aussi sont des humains

L'association des vapoteurs des Philippines, l'Ends Cigarette Smoke de Thaïlande (ECST), l'Organisation des vapoteurs de Malaisie (MOVE) et celle d'Indonésie (AVI) notamment se sont regroupées pour lancer la campagne #VapersBeHeard. Leur pétition revendique le simple droit d'avoir accès aux produits de réduction des risques et à l'information sur ceux-ci plutôt que de devoir continuer de fumer des cigarettes. "Les vapoteurs sont aussi des êtres humains - des mères, des pères, des fils ou des filles - et nous avons le droit d'avoir une chance de mener une meilleure vie à l'aide de ces produits alternatifs", explique le texte en ligne. 

En conférence de presse à Manille le 14 septembre, pour lancer la campagne, Asa Saligupta, de l'Ends Cigarette Smoke Thaïland, regrette l'attitude dogmatique et conservatrice du secrétariat anti-tabac de l'OMS, qui appelle à "interdire ou réglementer strictement le vapotage, alors qu'il existe des preuves scientifiques de sa nette réduction des risques par rapport au tabagisme". A ses côtés, le Pr Satriya Suhardjo, de la faculté de sciences politiques de l'Université de Padjadjaran (UNPAD) à Bandung, estime que "les produits à risque réduit nécessitent un cadre politique approprié et complet".

Prendre en considération les usagers

Il y aurait près d'un million de vapoteurs en Indonésie, "ce nombre est encore très faible par rapport au nombre de fumeurs", précise le Pr Satriya. "Pour être en mesure de cesser de fumer, les fumeurs ont besoin de temps et de soutien, cela ne peut pas être instantané", explique Jeremia Dimasz de l'association des vapoteurs d'Indonésie à la presse locale dubitative sur l'efficacité du vapotage pour l'arrêt tabagique. "En tant qu’utilisateurs, nous avons directement ressenti les avantages de ce produit. Nous espérons que les autorités prendront en compte le point de vue des utilisateurs", insiste le vapoteur indonésien, espérant être entendu de son gouvernement et des lointains bureaux genevois de l'OMS.