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vendredi 18 septembre 2020

Réussite du projet pilote d'arrêt tabac avec la vape à Salford (UK)

En moyenne, près de quatre arrêts tabagiques par dizaine de petits kits de vape distribués gratuitement. L’expérience pilote menée début 2019 à Salford, dans le Nord-Ouest anglais, confirme l’intérêt de l’approche. Un rapport sur l’expérience pilote vient d’être publié par une équipe de l’Université locale dans la revue Perspectives in Public Health. « Le vapotage semble être un moyen efficace de substitution de nicotine », concluent les chercheurs.

Âgés en moyenne de 45 ans, 1022 fumeurs se sont inscrits et ont reçu un kit de vape, parmi trois au choix. Cinq fioles d’e-liquide étaient données au premier rendez-vous, puis cinq autres lors d’une seconde visite. Les liquides étaient proposés en 10 mg/ml ou 16 mg/ml de nicotine et en quatre arômes. Détail intéressant, le mix de fruits a été nettement plus populaire, avec 60 % des fioles distribuées dans cet arôme, que les goûts tabac, tabac à rouler et menthol.

Certains ont continué de vapoter sans revenir aux contrôles

Parmi les participants, 614 (60 %) sont revenus au troisième contrôle après quatre semaines. 383 participants ne fumaient plus et leur test de CO affichait moins de 10 ppm. 

« Cela fait 62 % des participants au suivi ou 37 % des inscrits au début du programme », souligne le rapport dirigé par la Pr Margaret Coffey, spécialiste en santé publique à l’Université de Salford. 

Pour éviter un biais d’attrition non aléatoire, les 408 absents au contrôle ont été considérés encore fumeurs, même si « on sait que certains participants étaient contents avec leurs e-cigarettes et ont continué sans soutien », précise l’étude. 

70 % des participants étaient à bas revenus

Au départ, 58 % des participants ont déclaré fumer plus d’un paquet de cigarettes par jour et 24 % entre 11 et 19 cigarettes. Parmi ceux qui n’avaient pas réussi à arrêter de fumer après quatre semaines, la moyenne est passée de 19,1 à 8,7 cigarettes fumées par jour.

La région compte un des taux de tabagisme les plus élevés d’Angleterre avec plus de 24 % de fumeurs. En particulier chez les plus défavorisés qui sont près de trois plus touchées. « Ce projet pilote a été réalisé dans une région défavorisée du nord-ouest de l’Angleterre », soulignent les chercheurs. 69 % des participants étaient dans le quintile (les 20 %) des revenus les plus bas. Un tiers étaient sans emploi et un quart dans le travail manuel ou de routine, 8 % étaient invalides et 10 % retraités. 

Environ les deux tiers des participants ont accédé à l’expérience par les Stop Smoking Services, tandis qu’un tiers est passé par des pharmaciens. L’opération a été menée en partenariat avec un magasin de vape local affilié à l’Independent British Vape Trade Association (IBVTA), association des professionnels de vape indépendante des cigarettiers. 

Le projet pilote de Salford rappelle celui mené par le Sucht Hilfe d'Olten, en Suisse, où des kits de vape et des liquides ont également été distribués gratuitement à des fumeurs désirant arrêter ou réduire leur consommation de cigarettes. L'expérience réussie a été passée sous silence par les médias helvétiques.

jeudi 17 septembre 2020

Publicité négative : ARTE veut convaincre les fumeurs de rester à la cigarette

Le film sera diffusé le mardi 22 septembre en prime time sur Arte et accessible en ligne dès la veille. « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » de Bärbel Merseburger-Sill s’annonce être un brulot à charge contre le vapotage. Dans la bande-annonce et le texte de présentation du site d’Arte, pas moins de six affirmations trompeuses ou erronées sont déjà diffusées. La plus grossière est la fausse attribution au vapotage des pneumopathies liées aux produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis en 2019.

Théorie du complot et mensonges

Seconde affabulation : la théorie complotiste du film prend appui sur le mythe de la mainmise des cigarettiers sur le vapotage. Dans la réalité, le marché est loin d’un oligopole avec plus des 8/10 e des ventes pour des firmes indépendantes des cigarettiers. Dans la foulée, la chaîne franco-allemande reprend à son compte la théorie éculée de la passerelle : « l’industrie de la nicotine, d’un redoutable cynisme, cible dès à présent les très jeunes, dont elle s’emploie à faire les fumeurs de demain », dans le texte. 

Dans la réalité, le tabagisme des jeunes s’écroule où le vapotage s’est développé. A croire que les complots cigarettiers ne sont plus ce qu’ils étaient. D’autant plus qu’une étude sérieuse de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) conclut à une réduction de 38 % du risque de devenir fumeur à 17 ans pour ceux qui ont essayé le vapotage par rapport aux jeunes qui n’y ont jamais touché. Mais Bärbel Merseburger-Sill s’est libérée des faits pour raconter son histoire.

Diffamation de scientifiques et pseudo-science

Ainsi le film dessine la figure du méchant en diffamant les organismes scientifiques de santé publique, le Royal College of Physicians (UK) et Public Health England, ayant évalué une réduction de 95 % des risques du vapotage par rapport à la cigarette, en prétendant qu’ils sont des « représentants de l’industrie »

La fiction ne s’arrête pas là, le film glisse même dans une sorte de science-fiction. La nicotine présenterait plus de danger que l’héroïne, selon les promoteurs du documentaire de Bärbel Merseburger-Sill. Le terme de danger implique d’avoir des preuves, mais un film autorise la fantaisie. On se doute de l’option prise par la réalisatrice. Avant de conclure que les dangers du vapotage sont avérés. Auxquelles s’ajoutera dans le film, de fausses affirmations sur le caractère cancérigène prétendument avéré (!) du vapotage, sur la base d’études biaisées sur des souris et aux résultats infirmés par les spécialistes.

Un succès commercial

Décrypter chacun de ces points est long (voir plus bas des suggestions de lecture). L’extrême majorité des personnes qui visionneront le film ne le feront pas. En ceci, on peut déjà féliciter Arte pour sa réussite commerciale : en lui faisant confiance, des centaines de milliers de ses téléspectateurs français et allemands seront un peu plus convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. La méthode de la publicité négative est une technique de marketing très efficace. 

Les téléspectateurs d’Arte choqués de cette fumisterie pourraient saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) en raison de l’évidente maltraitance des informations de santé. La bande-annonce ainsi que son texte d'accompagnement permettent déjà de faire une telle saisine en raison des multiples erreurs diffusées.

[Add 14h] A toute fin utile, le lien sur mon drive vers la copie de ma saisine au CSA:   https://drive.google.com/file/d/1W83pmn9omC1olx8b-OvuJNlpag8baZ4B/view?usp=sharing [/]

Le CSA défendra t-il le droit à une information de santé honnête ?

Le secteur public de l’audiovisuel est sensé, selon l’article 43-11 de la loi relative à la liberté de communication, assurer « une mission d’information sur la santé ». Arte ayant labellisé sur son site le film comme « Médecine et santé », la chaîne pourrait être tenue à l’objectivité de son contenu, en contraste d’une liberté créatrice d’une œuvre de fiction. 

À fortiori, en portant atteinte aux spectateurs qui fument par désinformation sur un sujet de santé, il constitue une mise en danger. Les chances sont faibles, mais le CSA pourrait se montrer sensible à ce nouvel exemple de dérive sensationnaliste, alors que le contexte de mésinformation sanitaire du public montre tout son potentiel délétère dans l'actualité. 

Une opération politique

Une autre raison possible de saisie du CSA est le caractère unilatéral du documentaire. Aucun représentant de l’approche de réduction des risques ni de défenseurs des utilisateurs de produits à risques réduits, n’a la parole dans le film. Il présente la vision unique du courant pro-abstinence, pourtant minoritaire chez les acteurs de terrain de santé et du social. « L’expression pluraliste des courants de pensée », défendue par l’article 13 de la loi sur la liberté de communication, sur les approches de santé publique concernant le tabagisme n’est pour le moins pas respectée. Ceci est d’autant plus pervers que le sujet sera en débat au niveau des instances européennes ces prochains mois.

À ce titre, on serait curieux de connaître de manière transparente les financements du film. On ne trouve aucune information sur le site du producteur Berlin Producers. Il est très probable que cet aspect restera secret. On peut imaginer qui nourrit l’intérêt, à quelques mois de la révision de la directive européenne TPD qui concerne le vapotage, de dénigrer l’aide la plus populaire pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens. 

Au moins 7,5 millions de citoyens de l’Union Européenne ont arrêté de fumer à son aide, et neuf autres millions ont réduit sensiblement leur consommation de cigarettes. Ce sont des pertes colossales pour les percepteurs de taxes du tabac, les vendeurs de cigarettes, mais aussi les vendeurs de médicaments aux millions de fumeurs rendus malades par leur tabagisme.

Un film gore

Arte semble s’être autorisée à prendre le risque de nuire à la santé de ses téléspectateurs qui fument en les induisant en erreur. Le nombre estimé de décès par an liés au tabagisme approche 75 000 en France et 105 000 en Allemagne. Des millions sont malades à cause de la nocivité des cigarettes. Mais Bärbel Merseburger-Sill a choisi de les conforter dans la peur de sortir de la cigarette. Cette mise en danger n’est pas gratuite.

Les échéances politiques avec des pressions pour faire interdire les arômes de vapotage et taxer la vape au niveau européen approchent. De probables tentatives de révisions de la directive TPD en mai prochain et, en parallèle, un projet d’intégrer le vapotage à la directive européenne des taxes du tabac. Le Bundestag allemand travaille déjà sur le sujet. L’enjeu de maintenir les centaines de milliards € de rentrées fiscales, de ventes de cigarettes et ventes de médicaments pour les fumeurs malades semble avoir pris le pas sur la déontologie et l’honnêteté sur la chaîne franco-allemande.

Graphique extrait de la présentation au Bundestag le 7 septembre 2020, du Dr Martin Storck, de la clinique de Karlsruhe, sur les risques cancérigènes comparés entre cigarette, tabac chauffé et vapotage. Sa présentation est en ligne à https://www.bundestag.de/resource/blob/711050/40b859307b0d526dbefa1b562b944f13/05-Storck-data.pdf

Aides au décryptage

Pour ceux qui auront le temps et le courage de vouloir vérifier les faits, on peut recommander ces lectures (liste non exhaustive) :


mardi 8 septembre 2020

Nouveau coup politico-médiatique de l'ERS au mépris de la science et de la législation européenne

Faire un communiqué de presse sensationnaliste, annonçant des découvertes inquiétantes, sans étude publiée, et ainsi invérifiable et non révisée. L’European Respiratory Society (ERS) apprécie ce mode opératoire qu’elle utilise régulièrement dans sa guerre au vapotage, sans la moindre publication ensuite. Avec son budget de dizaines de millions € annuel alloués par les Big Pharma, l’organisation dont le siège est à Lausanne peut se permettre de « pousser » ses communications dans des médias complaisants. Son dernier coup, lancé le 2 septembre par communiqué de presse, a été présenté ce matin à son congrès virtuel. 

En Italie, l'attaque de l'ERS a eu du retentissement médiatique. De quoi inquiéter les usagers. L'Association de défense des vapoteurs en Italie, l'ANPVU, a été chercher des avis sérieux pour comprendre. L'ANPVU les a diffusé par communiqué notamment sur le site SigMagazine, ou en français au Vaping Post. Entre le contenu du communiqué de l'ERS et les avis de scientifiques et d'experts se trouve un gouffre. En arrière-fond du coup politico-médiatique de l'ERS, on devine la tentative du Danemark de passer outre la législation européenne sur le vapotage et les pressions du lobby anti-vape pour forcer une nouvelle directive TPD condamnant le vapotage au goût unique de tabac.

Une « découverte » connue depuis 1933

Un communiqué de presse de l’ERS le 2 septembre l’annonce en fanfare avant même la tenue de la conférence de ce matin dont elle parle au passé. Une équipe de l’Université de Duke, menée par le Pr Sven-Eric Jordt, affirme avoir découvert que les ingrédients des liquides de vapotage se combinent et créent d’autres substances chimiques. 

Une des premières réactions a été une pointe ironique du Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue grec, sur le fait que cette nouvelle découverte date de 1933.

Cependant, les chercheurs de l’Université de Duke affirment aussi avoir enrichi les connaissances scientifiques en étudiant in vitro la réaction de cellules épithéliales (parois des bronches) « exposées à des produits chimiques aromatisants, comme la vanilline et l’éthyle-vanilline (responsable de la vanille et d’autres saveurs sucrées), au benzaldéhyde (saveur de baies ou de fruits) et au cinnamaldéhyde (saveur de cannelle) », ainsi que les acétals issus de leur combinaison avec le propylène glycol (PG) et le glycérol (VG).

Brouillard méthodologique et enfumage médiatique

Problème pour qui veut comprendre la démarche : aucun détail méthodologique n’est donné ni dans le communiqué de presse ni sur le site du congrès de l’ERS. « Il n’y a aucune information présentée dans cette étude sur les concentrations relatives par rapport à celles observées dans la fumée de cigarette, il n’est pas clair quelle importance ont ces résultats, ou si même ils ont une quelconque signification », remarque le Dr Nicholas Hopkinson, de l’University College de Londres et notamment directeur médical de la British Lung Foundation, sur le Science Media Centre.

De son côté, le Pr Jacob George, de l’Université de Dundee, note que les études in vitro sur des cellules sont au mieux des indices. Privées de la capacité de régénération et de protection physiologique, le comportement des cellules peut être très différent qu’in vivo. « Les données présentées ici sont des travaux cellulaires in vitro et non des essais cliniques sur des humains. Par conséquent, toute extrapolation à la physiologie humaine du système entier est au mieux ténue », explique-t-il aussi sur le Science Media Centre, la plateforme d’information scientifique créée par le gouvernement britannique.

Effet secondaire tabagique

Malgré ces faiblesses et l’absence de révision de son travail, le Pr Sven-Eric Jordt insiste que l’activation des récepteurs irritants sensoriels (TRPV1 et TRPA1) « pourrait chez les personnes prédisposées entraîner un rythme cardiaque irrégulier et une pression artérielle plus élevée ». Les médias ayant relayé le communiqué de presse, sans accès à quelconque donnée de la recherche, ont évidemment simplifié en omettant que le risque putatif ne concernerait que des personnes prédisposées. 

« La conception de l’étude semble être faite de manière à exposer des ‘sujets prédisposés’ à des situations extrêmes pour soutenir une thèse. De telles études ont l’effet secondaire grave de faire retomber les consommateurs dans la dépendance à la cigarette traditionnelle », regrette le Pr Fabio Beatrice, de l’hôpital San Giovanni Bosco de Turin, qui a livré son avis à l’Association nationale pour l'unité des vapoteurs en Italie (ANPVU).

L’objectif politique du Danemark de violer la directive européenne

L’objectif politique de l’European Respiratory Society, en diffusant auprès des médias ce qui n’est pas même une étude révisée, est cousu de fil blanc. “Ces études montrent que le liquide pour les cigarettes électroniques a été mis à la disposition des consommateurs sans compréhension adéquate et des tests de sécurité », affirme sans vergogne Jørgen Vestbo, cadre danois de l'ERS, dans le communiqué de l’ERS. Sauf que cela est totalement faux en Europe, même au Danemark. 

La directive européenne TPD, que le gouvernement danois tente de ne pas respecter, impose aux producteurs des tests et évaluations. « Les producteurs d’e-liquides en Europe sont obligés avec la directive TPD de notifier les produits et de déclarer les émissions carbonyles dont parle cette étude », précise Sébastien Roux, ingénieur chimiste du Crivape, le centre de recherche et d’innovation sur le vapotage, dans un communiqué de l’Association de défense des vapoteurs en Italie ANPVU publié sur SigMagazine.

L’ERS ignore les normes européennes sur le sujet

« En Europe et particulièrement en France, les produits du vapotage sont contrôlés et notifiés. Le matériel et les e-liquides sont parfaitement maîtrisés et définis, connus en matière de composition. Nous savons ‘ce qui sort’ d’une vape : les données sur les émissions de l’aérosol doivent être notifiées sur une plateforme européenne. Elles sont normées au niveau français, commencent à être normées au niveau européen, et sont en cours de normalisation au niveau international”, explique un texte du Crivape publié en février dernier

Le règlement de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) exige analyse et contrôle des combinaisons chimiques en phase liquide et gazeuse. Une décision de 2015 de la Commission européenne a précisé et harmonisé les éléments de notification pour les produits de vapotage dans l’UE. Les produits ne répondant pas aux critères de sécurité et aux seuils de santé approuvés ne doivent être mis sur le marché. 

Malgré le financement de cigarettier, l’Université de Duke ne semble pas équipé pour ces analyses

Cadre de l’ERS et citoyen de l’Union européenne, il est surprenant que Jørgen Vestbo, de l’Université du Danemark Sud, ne soit pas au courant de la législation qu’il attaque. On s’attendrait à ce genre de propos vaseux sur un site complotiste, mais pas dans un communiqué de presse officiel d’une organisation sensée sérieuse. D’autant plus lorsque ceux-ci s’appuient sur une recherche non révisée, sans donnée claire et provenant des États-Unis. Or, les tests exigés pour les notifications européennes nécessitent des équipements particuliers pour être menés correctement. 

Il existe une quinzaine de laboratoires ayant développé les outils pour produire et capter efficacement les émissions pour les analyser. L’Université de Duke, malgré semble-t-il le soutien financier de l’industrie du tabac, ne disposerait pas de cette technologie. « À ce jour, nous n’avons vu aucun des auteurs et/ou organismes liés à ce groupe de chercheurs utiliser ces techniques », note le Dr Sébastien Roux du Crivape, selon le communiqué de l’ANPVU. L’absence de toute précision sur l’étude par l’ERS laisse donc libre cours à toute spéculation sur ses méthodes.

L’objectif danois d’imposer le goût unique du tabac à tous les vapoteurs

Ce qui est clair est l’objectif d’amalgamer le vapotage aux cigarettes de la part de l’ERS. « Ces résultats soulignent le fait que les cigarettes électroniques ne peuvent pas être considérées comme une alternative sûre aux cigarettes au tabac”, affirme le cadre de l'ERS danois Jørgen Vestbo. Alors que la Commission européenne prépare un bilan de la directive TPD actuelle, en vue de proposer des révisions en mai prochain, et que le Danemark tente d’imposer le tabac et le menthol comme seuls arômes autorisés, le coup médiatique est clair. 

L’ANPVU demande la rétraction de la conférence

De son côté, l’Association de défense des vapoteurs en Italie (ANPVU) réclame le retrait de la conférence du congrès de l’ERS en raison des conflits d’intérêts. La Duke University Medical Center a reçu une subvention de 15 millions $ de Philip Morris USA en 2004, selon la recherche du site SigMagazine. Pourtant, l’ERS se définit comme un organisme indépendant visant à sauvegarder la santé publique. « L’ANPVU demande donc que ces recherches soient retirées et non présentées au Congrès », déclare Carmine Canino, président de l’ANPVU.

Cette étrange politique de double standard concernant les conflits d’intérêts de la part de l’ERS n’est pas nouvelle. J’avais déjà découvert en 2018 que l’ERS est liée financièrement au cigarettier, au moins indirectement via le financement de son sponsor TEVA. Avec un budget de plusieurs dizaines de millions € annuels versés par les laboratoires pharmaceutiques, l’ERS tient plus d'une multinationale de lobbyisme que d'une organisation ayant le souci de la santé publique.

La chasse aux pneumologues qui aident leurs patients à sortir du tabagisme

L’an passé, l’ERS avait déjà menacé d’excommunier et traquer tout pneumologue ouvert à réduire les méfaits du tabagisme avec le vapotage chez les patients. La menace générale contre les pneumologues s’était accompagnée d’un manifeste contre la réduction des risques aux propos totalement ahurissants et pathétiques. Le travail de sape contre la réduction des risques de l’ERS pour maintenir le tabagisme et son cortège de méfaits se poursuit donc avec cette conférence aujourd’hui à quelques mois de la révision de la directive européenne et au mépris de son contenu actuel.

« Nous pensons que l’opposition totale au vapotage est malavisée et qu’elle conduira à un certain nombre de conséquences importantes néfastes pour la santé. Tout d’abord, les fumeurs qui auraient cessé de fumer en passant à un produit à moindre risque continueront à fumer, et mourront prématurément de cancers, maladies cardiovasculaires ou respiratoires. Deuxièmement, les personnes qui ont réussi à passer au vapotage peuvent retomber dans le tabagisme s’ils venaient à croire qu’il n’y a aucun avantage pour la santé, et augmenteraient ainsi leur risque de morbidité et de décès prématurés évitables. Troisièmement, la poursuite d’arguments selon lesquels le vapotage ne peut pas aider les gens à arrêter de fumer, alors qu’il est clairement prouvé que c’est le cas, risque de saper la confiance du public dans la science. Nous soutenons de tout cœur l’appel à des efforts accrus pour diffuser l’information sur ‘ce que nous savons fonctionner’ ». Extrait de la lettre à l’ERS le 4 mars 2020 cosignée par les Prs John Britton, Jacob George, Linda Bauld, Sanjay Agrawal, John Moxham, Deborah Arnott, Ann McNeill, Nicholas S. Hopkinson. 


dimanche 6 septembre 2020

Plus de 80 % des médecins américains ont de fausses croyances sur la nicotine

Le nombre de médecins américains à avoir de fausses croyances concernant la nicotine est vertigineux. Première du genre aux États-Unis, une enquête menée par une équipe de l’Université de Rutgers a interrogé 1020 médecins entre septembre 2018 et février 2019. Les répondants sont 86,8 % à croire, pour la plupart fortement, que la nicotine « contribue directement » au cancer. 

Tandis que 86,1 % pensent qu’elle est cause de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). La méconnaissance atteint 91,7 % du corps médical américain imaginant que la nicotine provoque des maladies cardio-vasculaires, selon l’étude publiée dans le Journal of General Internal Medicine. Les médecins américains sont aussi 54,5 % à penser que la nicotine provoque des malformations aux nouveau-nés.

L'ignorance des médecins américains pire que celle de la population

« La nicotine est impliquée dans la nature hautement addictive des produits de tabac, mais la plupart des maladies causées par le tabac ne sont pas directement causées par la nicotine, mais plutôt par d’autres produits chimiques présents dans le tabac ou la fumée de tabac », expliquent les chercheurs du département de médecine et du centre d’études sur le tabac de l’Université de Rutgers. Avant de regretter que « malgré cela, nombreux sont ceux qui pensent que la nicotine est responsable des risques sanitaires liés au tabagisme, comme le cancer ».

Ces résultats concernant les médecins inquiètent. Une précédente enquête auprès d’adultes américains en 2016 avait montré que 49 % d’entre eux croient à tort la nicotine cancérigène et 24 % ne savent pas se prononcer. Les fausses croyances étaient plus marquées dans les groupes sociaux peu instruits et pauvres.

Urgence d'informer correctement les médecins

Il est inattendu que les médecins se retrouvent à un niveau de méconnaissance sur ce sujet pire que les groupes sociaux les moins bien informés. « Corriger les perceptions erronées devrait être une priorité », alertent les chercheurs de Rutgers. « De courtes interventions de communication peuvent efficacement corriger ces perceptions erronées sur la nicotine »

"Il est essentiel que les médecins comprennent le niveau de risque réel de la nicotine étant donné leurs rôle dans la prescription et la recommandation des substituts nicotiniques. Aussi, pour qu'ils puissent communiquer les risques dans un marché du tabac en évolution qui peut inclure des cigarettes à très faible teneur en nicotine, qui ne sont pas plus sûres que les cigarettes traditionnelles", concluent les chercheurs de Rutgers.

On peut douter que cet appel soit entendu dans le climat actuel d'obscurantisme hystérique sur le sujet aux Etats-Unis.

L'intervention d'Ethan Nadelmann, fondateur de la Drug Policy Alliance et New-yorkais, à la Royal Society de Londres en novembre dernier. https://vimeo.com/374470255 


jeudi 27 août 2020

La Commission européenne exige des modifications du projet d'interdiction des arômes de vape au Danemark

La Commission européenne aurait-elle formulé les mêmes demandes au gouvernement danois sans les critiques soumises par les associations de défense de vapoteurs ? En tout cas, ce n’est pas grâce aux soumissions de pays ayant une filière de vape développée, tel que la France, qui brillent par leur absence. Dans sa réponse à la notification danoise, la Commission exige une modification du projet d’interdire les arômes de vape, sauf tabac et menthol, qui contrevient à la directive européenne TPD. Elle invite aussi les autorités danoises à vérifier que les violentes mesures sont vraiment adaptées et proportionnées à des raisons de santé publique. 

En plus de l’interdiction des arômes de vapotage, le projet notifié par le ministre de la Santé danois Magnus Heunicke veut notamment imposer des emballages neutres aux produits de vape et l’interdiction de visibilité des produits dans les lieux de ventes, avec une exception à l’intérieur des vapeshops. L’avis de la Commission européenne allonge le délai avant adoption du projet de loi jusqu’au 19 octobre. La manière dont va réagir Magnus Heunicke d’ici là à ces demandes reste inconnue. Alors qu'ils semblaient condamnés aux cigarettes ou au marché noir par leur gouvernement, l'avenir des vapoteurs et des fumeurs qui pourraient vouloir arrêter la cigarette à l'aide du vapotage au Danemark est désormais incertain.

Violation de l’article 7 §12 de la TPD

Bien qu’intégrée au texte de la directive européenne des produits du tabac (TPD), la vape y est considérée comme un produit connexe. La différence est d’importance concernant le projet de prohibition des arômes de vape, sauf goût tabac et menthol, notifié en mars par le Danemark. En effet le § 12 de l’article 7 de la TPD précise que les produits autres « que les cigarettes et le tabac à rouler sont exemptés des interdictions » concernant l’ajout d’arômes caractérisant. 

En voulant interdire les arômes de vapotage, le projet de loi notifié par le Danemark contrevient à cet article. La Commission européenne a donc demandé au gouvernement danois de modifier son projet de loi, sous peine de saisir la Cour de justice européenne (CJUE) en vertu de l’article 258 du traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Un plan bâclé sans évaluation sérieuse de ses conséquences

Par ailleurs la Commission invite les autorités danoises à vérifier que les mesures de son plan sont appropriées et proportionnées à un motif de santé publique valable pour restreindre la liberté d’importation de produits au sein de l’Union européenne. La Commission ne développe pas plus sa remarque. Mais l’absence d’évaluation de l’impact du plan sur la population générale et la mauvaise qualité de son évaluation de l’impact sur les jeunes étaient soulignées par plusieurs des soumissions accessibles sur la plateforme de la Commission (cliquer sur l’onglet Contributions pour y accéder ;))

ETHRA ne lâche pas l’affaire

L’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) enfonce d’ailleurs le clou dans une lettre ce 21 août à la Commission et au ministre de la Santé danois. « Nous craignons que le projet de loi ne prive les 786 000 fumeurs adultes du Danemark d’un moyen de sortir de la cigarette combustible mortelle et rendra également très difficile pour les 250 000 vapoteurs au Danemark de rester sans fumée », explique, dans sa communication partagée sur son site, la plateforme qui regroupe 22 associations de défense d’utilisateurs de moyens à risques réduits, dont l'association danoise DADAFO

L’argumentaire des erreurs de fonds du projet de loi est développé sur neuf pages par l’ETHRA, en mettant l’accent sur la charge contre-productive des mesures envisagées. « L’interdiction des arômes, l’interdiction de visibilité, l’interdiction plus stricte de publicité et parrainage, l’introduction d’emballages standardisés et de diverses mesures rendront le vapotage plus coûteux, ce qui empêchera les adultes de se tourner vers ces solutions plus sûres et prolongera ainsi la durée du tabagisme »

Le Secrétariat d’État à l’industrie français brille par son absence

Outre les conséquences négatives pour la santé publique des danois, le projet de loi entraverait l’importation de produits de vapotage. Principales victimes, les petites et moyennes entreprises de la filière indépendante qui auront plus de difficulté à s’adapter aux exigences danoises que les multinationales du tabac. Alors que les producteurs de liquides français se sont largement mobilisés durant la crise du Covid pour produire du gel hydroalcoolique dont la France manquait, son gouvernement n’a pas même pris la peine de même rédiger une soumission à la notification des mesures danoises.

La filière de la vape indépendante a pourtant permis à plus de 100 000 Français par an de sortir du tabagisme depuis 2011, selon l’évaluation de Santé Publique France (SPF). Des milliers d’emplois ont été créés et les producteurs de liquides sont parmi les plus pointus au monde. VDLV, un des fleurons de la filière française, a même entamé un mouvement de relocalisation de la production de nicotine, comme le rapporte par exemple un sujet de France 3 cette semaine. Mais le Secrétariat d’État à l’industrie n’a pas consacré quelques heures à défendre son secteur avec une soumission face au plan danois de massacre du vapotage. On hésite entre trahison et incompréhension des enjeux pour qualifier cette attitude.

Le sujet de France 3 du 22 août sur la production de nicotine en Corrèze pour arrêter de fumer avec la vape :

mardi 25 août 2020

Vague de rechutes tabagiques de femmes enceintes provoquées par les gynécos français

Dans l’ombre de l’épidémie de Covid-19, la déferlante passe inaperçue depuis le début d’année en France. Pourtant une vague de femmes enceintes rechutent dans le tabagisme après que leur gynéco leur ait conseillé de ne plus vapoter. Les groupes d’entraide et les consultations d’arrêt tabagique encaissent l'épidémie de panique. À l’origine de l'onde de choc, le résumé des recommandations de prise en charge du Collège national des gynécologues et des obstétriciens français (CNGOF) et de la Société francophone de tabacologie (SFT) diffusé en janvier. En une demi-page qui amalgame vapotage, chicha, cigarette chauffée et Snus, le CNGOF et la SFT recommandent « de déconseiller l’initiation ou la poursuite des produits de vapotage pendant la grossesse (accord professionnel) ». Ce texte court ne présentait aucune référence scientifique, mais il a été suivi par nombre de gynécologues praticiens français.

Une recherche ultra-light

Depuis, la revue du CNGOF a publié, dans son numéro de juillet-août, un papier de quatre pages pour justifier ses recommandations sur le vapotage, la chicha, le tabac chauffé, la Juul et le Snus*. Aucune femme, aucun tabacologue, aucune représentante de femmes enceintes ni d’usagers de produit de réduction des risques, ne cosignent l’article. Les auteurs, les Drs Charles Garabedian, Paul Berveiller et Paul Guerby, estiment avoir dressé l’état des connaissances concernant le vapotage sur la base de douze (12 !) études référencées. En contraste, la revue de connaissances publiée en juin par l’association Sovape sur le sujet [disclaimer: à laquelle j’ai participé], compte près d’une cinquantaine de références.

Ignorance des données disponibles

Les trois gynécologues français affirment qu’il n’existe « aucune donnée » sur les effets du vapotage durant la grossesse. Pourtant, deux publications scientifiques relatent les statistiques de 2018 et 2019 des accouchements de femmes ayant vapoté, fumé ou sans consommation de produits nicotiniques à l’hôpital Coombe de Dublin, qui accueille près de 8500 naissances par an. Les deux analyses du suivi aboutissent aux mêmes résultats : il n’y a pas de différence significative entre les accouchements et les mesures des bébés des femmes vapoteuses exclusives par rapport aux femmes non-fumeuses, au contraire des fumeuses.
« Les bébés nés d’utilisatrices de vapotage avaient un poids moyen à la naissance de 3482 g (+/- 549 g), similaire aux bébés des non-fumeuses (3471 g +/-504 g) et significativement supérieur à ceux des fumeuses (3166 g +/- 502 g). [...] Aucun cas de morbidité maternelle grave n’a été relevé. Les résultats de l’accouchement, y compris le besoin d’induction, le mode d’accouchement, le traumatisme périnéal et l’hémorragie post-partum, étaient tous similaires à ceux des non-fumeuses, tout comme les taux d’admission en unité de soins spéciaux. Aucun cas de syndrome de détresse respiratoire néonatale n’a été signalé ». McDonnell, B.P., Bergin, E., Regan, C., 2019. 186: Electronic cigarette use in pregnancy is not associated with low birth weight or preterm delivery. American Journal of Obstetrics & Gynecology 220, S137. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2018.11.207

Connaissances de base sur le sujet défaillantes

Les auteurs de la recommandation du CNGOF n’ont pas non plus jugé nécessaire de prendre en compte les analyses du Royal College of physicians britannique de 2016, ni les rapports annuels sur le vapotage pour le Public Health England depuis 2015. Le dernier de 2020 consacre pourtant un chapitre spécialement sur le vapotage et les femmes enceintes, ainsi que les personnes souffrant de troubles psychologiques. 

Les données de Santé Publique France méprisées

Les gynécologues français affirment aussi que les données pour l’arrêt tabagique avec le vapotage ne permettent pas de conclure à une aide, en omettant de nombreux travaux. Notamment, ils ignorent l’étude clinique menée par une équipe du Pr Peter Hajek avec 886 participants, montrant un taux d’arrêt tabagique consolidé à un an avec le vapotage deux fois plus efficace que les substituts nicotiniques. Ainsi que l’analyse de Santé Publique France sur le suivi en population de 2011 à 2017, qui a vu en moyenne au moins 100 000 fumeurs français par an réussir à arrêter de fumer à long terme grâce à la vape. 

Les médecins ont besoin d’outils éducatifs

En s’appuyant sur la récente revue Cochrane de mai 2020 sur les « facteurs influençant la prise et l’usage de substituts nicotiniques et de vapotage chez les femmes enceintes qui fument », les trois gynécologues français soulignent cependant « le besoin d’outils éducatifs non seulement pour les patients, mais aussi pour les médecins »

Alors, pourquoi ne pas avoir intégré ni pris en compte l’avis de personnes compétentes et expérimentées pour éclairer leur recherche ? Le mystère s’épaissit avec l’absence de considération pour les recherches de groupes de travail tels que le Smoking in pregnancy Challenge group britannique, le Lullaby trust ou la position du Collège Royal des sages-femmes.

Une recherche de connaissances pré-déterminée ?

En passant, il est surprenant de constater que la revue de connaissances du CNGOF contient au moins une étude publiée en mai 2020, alors que la recommandation qu’elle soutient a été diffusée dès janvier. Ajouté aux études ignorées, qui apparaissent pourtant dans la base de données avec les mots clefs que les auteurs disent avoir utilisés, le traitement énigmatique et fluctuant entre janvier et juillet de la Juul, ainsi que l’orientation générale du travail, une étrange impression surgit. On en vient à se demander si au lieu d’éclairer l’élaboration des recommandations, ce travail n’est pas simplement un papier d’accommodement pour accompagner une recommandation prise a priori sans tenir compte des données scientifiques. Mais ce n’est peut-être qu’un sentiment erroné... ou pas.
« Les “Big Tobacco”, les “Big Pharma”, l’OMS sous impulsion “Bloombergienne”, mais aussi les grandes associations historiques de lutte contre le tabac enfoncent cette tyrannie de l’idéal [de l’abstinence totale de nicotine] pour mieux asseoir leurs budgets et rentes en péril : attention le vapotage est dangereux !
Au point d’influencer le CNGOF à inciter ses membres à culpabiliser les femmes enceintes, voire les mettre en danger, en leur demandant d’arrêter le vapotage quand enfin elles ont réussi à arrêter de fumer par ce moyen ? Pourtant, des études internationales existent et nous aident à ne pas commettre cette faute professionnelle. Ignorer ces études est aussi invraisemblable en 2020 que de continuer à ne pas faire de différence entre tabac fumé (combustion), tabac chauffé, chicha et… vapotage », le Dr William Lowenstein dans son avis complémentaire à la revue de connaissances de Sovape

Pousser à continuer ou recommencer de fumer n’est pas de la précaution

Sur la base de cette recherche médiocre, s’étant privés de publications incontournables et des éclairages d'acteurs de terrain et des principales concernées, les auteurs sombrent dans le contresens du principe de précaution en ayant perdu de vue le contexte. La précaution face à un danger certain, tel que celui de fumer, est de recourir à des mesures pour l’éviter même lorsque celles-ci ne sont pas encore totalement éclaircies. Dire qu’il ne faut pas arrêter de fumer avec le vapotage est tout sauf une précaution en regard du danger de fumer. Et cette erreur a de graves conséquences concrètes depuis le début d’année, comme l’a évoqué Libération fin juin.

« Combien de femmes enceintes sont venues, ces derniers temps, à ma consultation d’aide à l’arrêt du tabac, en ayant repris le tabac, alors qu’elles avaient brillamment arrêté de fumer avec la vape ? Mais leur gynécologue leur avait déconseillé la poursuite de celle-ci pendant leur grossesse… La reprise du tabac est alors très rapide ». En complément du travail de Sovape, la Dre Marion Adler, tabacologue de l’hôpital de Clamart où elle a créé la consultation pour les femmes enceintes en 2001 et elle-même membre de la SFT, sonne l’alerte en juin contre la recommandation diffusée depuis le début de l'année.

Une vague de rechutes tabagiques provoquées par le CNGOF

Malheureusement, elle est loin d’être la seule à faire ce constat glaçant. Les groupes d’entraide à l’arrêt tabagique font face à une avalanche de femmes enceintes paniquées par les conseils de leurs gynécos sur le sujet ces derniers mois. « Au contact quotidien de femmes enceintes dans le groupe auto-support INFO VAPE, l’association SOVAPE constate leurs inquiétudes récurrentes à l’égard du vapotage. Celles qui fument sont découragées d’y recourir pour tenter l’arrêt, d’autres qui ont arrêté la cigarette sont culpabilisées et “sommées” de cesser de vapoter », précise Sovape lors de la diffusion de sa revue de connaissances.

Même retour d'expérience sur les autres groupes d’entraide. Les femmes enceintes déboussolées demandent de l’aide sur le sujet, quand elles n’ont pas déjà repris la cigarette. Le malaise est palpable. Nicolas Govin, tabacologue animateur du groupe de plus de 8000 membres sur Facebook Entraide Tabac : arrêter de fumer ensemble !, faisait part de sa sidération dès le mois de mars.

Une recommandation nocive à rétracter

En France, près de 30 % des femmes qui tombent enceintes fument. Moins de la moitié de celles-ci réussissent à arrêter avant terme. Pourtant un arrêt au premier trimestre de grossesse permet de réduire presque totalement les méfaits liés au tabagisme pour l’accouchement et le futur bébé. Dans cette situation, condamner une solution efficace et pratique est incompréhensible. 

Mais pire, stigmatiser et faire la chasse aux vapoteuses, tels que le recommandent le CNGOF et la SFT, au risque de les repousser dans le tabagisme est nuisible. Les femmes qui ont arrêté ou qui veulent arrêter de fumer doivent-elles désormais se méfier de leur gynéco et leur cacher ce sujet ?

Au vu de ses conséquences délétères, des lacunes et des erreurs de la recherche qui la soutient, cette recommandation du CNGOF devrait être immédiatement retirée et corrigée avec un travail sérieux préalable intégrant les parties prenantes concernées. 


* Garabedian C., et al. ; "Autres méthodes de consommation pendant la grossesse : cigarette électronique, tabac chauffé, chicha et snus — Rapport d’experts et recommandations CNGOF-SFT sur la prise en charge du tabagisme en cours de grossesse" ; in Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie (2020), https://doi.org/10.1016/j.gofs.2020.03.031 

mercredi 19 août 2020

La campagne de désinformation américaine de 2019 a violemment frappé les fumeurs anglais

Fin 2019, près de 70 % des fumeurs anglais ne savaient pas que vapoter est moins nocif que de continuer de fumer. Un taux de désinformation qui n’a jamais été aussi tragique jusque-là. Cause évidente, la responsabilité meurtrière des autorités sanitaires américaines dépasse les seuls États-Unis. Alors qu’ils avaient connaissance de la source des atteintes pulmonaires des jeunes Américains, établie par une analyse du Waldsworth center dès le 19 août, les responsables des CDC et de la FDA américaines ont déclenché une campagne médiatique de terreur contre le vapotage à l’été 2019. L’onde de choc du dénigrement mensonger a largement atteint le reste du monde. Publiée en juin dans le JAMA Network, une étude de l’University College de Londres (UCL) évalue le préjudice dans l’opinion des fumeurs anglais.

L’écroulement de la perception correcte des risques chez les fumeurs anglais

Basée sur le suivi du Smoking Toolkit Study (STS) auprès d’un panel d’anglais de plus de 16 ans, la recherche a mesuré la perception de 3215 fumeurs envers le vapotage. La part de fumeurs anglais à croire que le vapotage est plus nocif que de fumer a bondi de 37 %, passant de 12,7 % avant la campagne médiatique à 17,2 % après. Ceux croyant les deux produits aussi nocifs sont passés de 39,9 % à 43,8 %. Les sans opinion ont baissé à 8,1 % contre 10,4 % auparavant. Tandis que la perception correcte d’une réduction des risques de vapoter par rapport à continuer de fumer ne concerne plus que 30,9 % alors qu’elle était de 37 % avant la tempête médiatique.

13 781 fumeurs anglais ont répondu au cours des quatre années de suivi de la perception
des risques relatifs du vapotage par rapport au tabagisme du STS 

La détérioration de la perception de la réduction des risques de vapoter chez les fumeurs pourrait avoir des conséquences négatives. « Il est possible que les personnes qui avaient cessé de fumer des cigarettes avec le vapotage puissent maintenant retourner à fumer, et les fumeurs de cigarettes pourraient être dissuadés d’utiliser des dispositifs de vapotage pour les aider à cesser de fumer », souligne l’étude menée par Harry Tattan-Birch, de l’Institut d’épidémiologie de l’UCL. Ajoutant que « d’autre part, les jeunes qui n’ont jamais fumé pourraient être dissuadés d’essayer la cigarette électronique ».

Brian King du CDC et Mitch Zeller de la FDA savaient dès le 19 août

La tempête médiatique anti-vape s’était emballée suite à la conférence de presse du 23 août des autorités sanitaires américaines. Pourtant, les intervenants Brian King, responsable tabac des Centers for Disease Control (CDC), et Mitch Zeller, chef de la section tabac de la Food and Drug Administration (FDA), savaient la source des atteintes pulmonaires des jeunes depuis quatre jours. Mais face aux principaux médias du pays, ils ont préféré entretenir le doute et la peur. 

« Notre laboratoire a été le premier à identifier l’acétate de vitamine E dans les liquides de vaporisateur récupérés chez les patients souffrant de lésions pulmonaires, ce que nous avons rapidement signalé aux responsables des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis et des responsables de la santé publique de nombreux États par téléconférence et par courriel le 19 août 2019 », le Pr David C. Spink., chef du Laboratoire de chimie analytique organique de Wadsworth et auteur principal de l’analyse publiée par la revue Toxics en janvier 2020.

Le rapport du Waldsworth center, du département de santé de New York, établissant le lien entre la crise de malades pulmonaires et les produits du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E leur avait été envoyé le 19 août. En dépit de cette analyse, les deux responsables fédéraux ont déclaré aux médias n’avoir aucun indice de la source des atteintes, préférant jeter les soupçons sur le vapotage nicotiné à travers le vocabulaire choisi. 

La banalité du mal

L’épidémie de mensonges

Plus de 80 % des jeunes hospitalisés pour cette atteinte pulmonaire l’ont été après la tempête médiatique anti-vape déclenchée par la conférence de presse de Brian King et Mitch Zeller. Ils n’ont pas été prévenus du réel danger par les autorités sanitaires américaines. L’épidémie de désinformation a contaminé l’ensemble de la planète, comme l’illustre l’étude de l’University College de Londres. 

Dans plusieurs pays, notamment en Inde où l’État possède une large part du capital du principal cigarettier, elle a été prétexte à la prohibition totale de vente des produits de vapotage. Ce sont des centaines de millions de fumeurs qui ont été abusés et maintenus dans le tabagisme par la communication trompeuse si ce n’est menteuse des responsables américains sur cette affaire. 

mercredi 12 août 2020

Covid et vape: une étude américaine très douteuse fait le buzz

Sa médiatisation est soignée. Un story telling impeccable prend place dans de grands médias, comme NBC, dès la publication en ligne hier de l’étude dans le Journal of Adolescent Health (JAH). Dans la foulée, l'élu démocrate au Congrès Raja Krishnamoorthi demande l’interdiction totale du vapotage durant « l’épidémie de coronavirus » en raison de ces résultats. Pourtant, la publication à l’origine de ce buzz médiatico-politique est étonnamment courte et peu claire. En cinq pages, les chercheurs menés par la Dre Bonnie Halpern-Felsher, pédiatre à l’Université de Stanford en Californie, affirment que le vapotage multiplie par 5 à 7 fois le risque de Covid-19. Une affirmation extraordinaire dont il est plus que difficile de s’assurer de la validité avec les données présentées dans l’étude.

Un sondage plutôt qu'une étude

L’étude s’appuie sur un sondage commandé à Qualtrics, spécialiste de la « gestion des expériences », sur 4351 jeunes Américains de 13 à 24 ans entre le 6 et le 14 mai dernier. Environ la moitié des jeunes recrutés pour le sondage déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage, tandis que l’autre moitié ne l’a jamais essayé. 

13,7 % versus 13,1 % de tests positifs au Sars-Cov-2

Parmi ceux qui n’ont jamais essayé le vapotage, 5,7 % se sont fait tester, soit 123 jeunes dont 17 se sont révélés positifs. Cela représente 13,7 % des jeunes jamais vapoteurs positifs parmi ceux testés. Du côté des jeunes qui ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, 382 se sont fait tester, 50 étaient positifs. Soit 13,1 % des jeunes ayant vapoté une fois dans leur vie ont été testés positifs.
[add 14-08-2020] "La proportion de personnes ayant donné un résultat positif était de 14 % chez les jamais-utilisateurs et de 13 % chez les personnes qui ont déjà utilisé une cigarette électronique. Plus de tests identifient plus de cas, mais les résultats de l’étude en fait ne suggèrent pas une augmentation du risque de Covid chez les utilisateurs de cigarettes électroniques", explique le Pr Peter Hajek, directeur de l’Unité de recherche sur la dépendance au tabac à l’Université Queen Mary de Londres sur le site du Science Media Centre UK. [/]
[Add 19-08-2020] Le Pr Brad Rodu a analysé sur son blog les chiffres pour recherché le nombre brut de cas sur lesquels s'appuient les ratios de risque présentés. Il abouti à ce que l'annonce d'un risque multiplié par cinq pour les jeunes ayant vapoté au moins une fois dans leur vie, mais pas depuis au moins un mois, serait basé sur 5 cas. Le risque augmenté par sept pour les jeunes qui ont vapoté et fumé une fois dans leur vie, mais pas dans le dernier mois, se baserait sur 3 cas. La Dre Bonnie Halpern-Felsher a refusé de commenter son calcul et de communiquer les données réelles. [/]

13,7 % de tests positifs d’un côté, 13,1 % de tests positifs de l’autre... On a du mal à voir la différence de risque entre les deux groupes. Mais les chercheurs ont préféré, d’une part cacher dans leur présentation ce rapport entre testés et positifs des deux groupes, et d'autre part, calculer le ratio de risque sur le total de chaque groupe sondé. 17 positifs sur 2168 jamais utilisateurs contre 50 positifs sur 2183 ayant vapoté une fois dans leur vie. Cette approche est-elle valable ? Pour plusieurs raisons, clairement non.

Le marketing vise d’autres objectifs que les études sur la santé

En premier lieu, le mode de recueil des données, par une entreprise spécialisée dans le marketing, n’est pas adéquat pour livrer une enquête de ce type. Les données indiquent un biais de sélection assez net. Par exemple, si les chiffres étaient représentatifs de la population alors cela signifierait que plus de 40 % des tests effectués à cette période (avant le 14 mai) aux États-Unis concernaient seulement les 13 à 24 ans. Ce serait très inquiétant pour les autres catégories d’âge, réputées plus sensibles au virus. 

Ce biais de sélection semble fausser l’interprétation que donnent les chercheurs à leurs résultats à travers l’énorme écart du taux de test entre les différentes catégories (voir table 2 plus bas). Ce sont ces écarts de testing dans le panel sondé qui provoque les différences entre les groupes mises en avant par les chercheurs. 

"La conclusion des auteurs est basée sur le diagnostic plus fréquent de Covid-19 chez les adolescents ayant vapoté une fois dans leur vie. Cependant, ils ont été testés de 3 à 9 fois plus souvent que le groupe contrôle [les jamais-utilisateurs]. Il n'y a pas eu de différence entre les tests (13.1% positifs chez les "vapoteurs" contre 13.7%  chez les jamais-vapoteurs). Au moins, la question se pose pourquoi les "vapoteurs" ont été testés presque 10 fois plus souvent que les jamais-vapoteurs", remarque le Dr Bernd Mayer, de l'Université de Graz, sur son compte Facebook (en allemand, ma traduction).

Une présentation trompeuse des résultats

Une seconde raison est une incohérence majeure et inexpliquée par l’étude dans les données présentées. Dans les ratios de risque pondérés calculés par les chercheurs, les jeunes qui ont déclaré avoir vapoté dans le mois précédent ne présentent pas un risque significativement supérieur, contrairement à ceux qui ont vapoté une fois dans leur vie il y a au moins plus d'un mois. 

« L’usage à vie, mais pas celui courant, du vapotage lié à la Covid-19. C’est comme dire qu’avoir mangé une fois dans sa vie du bacon, mais pas si c’est au quotidien est lié à l’obésité ! », ironise le Dr Konstantinos Farsalinos, de l’Université d’Athènes dans un tweet, commentaire plus développé sur son Facebook.

L’échantillon étant faible, la fourchette de risque avec un indice de confiance correct (à 95 %) pour ceux qui ont utilisé le vapotage dans le mois précédent s’étale de 0,77 à 4,73 fois le risque des jamais utilisateurs. Par contre, ce ratio de risque est plus élevé parmi les double-usagers (cigarette et vapotage) allant de 1,98 à 24,55 fois le risque des jamais vapoteurs. Il n’est pas cohérent d’accuser le vapotage d’être la cause du risque alors qu’un usage plus récent montre un ratio de risque plus faible qu’un usage qui remonte à plus d’un mois minimum.

L’absence de recherche de co-facteurs potentiellement confondants

Les incohérences auraient dû pousser les chercheurs, s’ils étaient vraiment intéressés par une démarche de connaissances scientifiques, à interroger les jeunes sur leurs pratiques sociales, pour corréler ou décorréler celles-ci des risques d’infection. Sur les 15 questions du sondage, une seule formulée de manière vague concerne s’ils ont suivi ou non les mesures de protection en place. Ce qui est très flou dans l’état de communication des autorités sanitaires américaines.

Au cas où les auteurs donnent accès aux données de manière plus transparente, d'autres analyses plus précises pourront être formulées. Mais en première lecture, cette publication n'est pas digne de confiance sur les conclusions qu'elle affirme sans fiabilité ni clarté. Elle ressemble plutôt à une pièce d'une opération de communication politicienne pour faire pression sur la Food and Drug Administration (FDA) dans le contexte américain de mise en place d'une quasi-prohibition du vapotage. 

En résumé :

  •  L’étude publiée est de très mauvaise qualité. Son recueil de données confié à une entreprise de marketing n’est pas adéquat à une recherche de ce type, et a produit des données non représentatives au propos. 
  • La présentation des résultats est tendancieuse, puisqu’elle masque l’absence de sur-risque d’être infecté au Sars-Cov-2 entre les différents groupes de jeunes testés. 
  • Les sous-groupes sont de dimensions si restreintes que les ratios de risques à un indice de confiance suffisant ont une énorme fourchette. 
  • Les co-facteurs de risques, notamment des activités sociales des jeunes n’ont pas du tout été prises en compte. Ce qui est simplement ridicule pour une étude sur le sujet.
  • Le plan de médiatisation me donne la sale impression que l’étude est une simple pièce pour une opération de comm' politique. 

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