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jeudi 9 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (2): il faut autoriser la promotion de la vape comme alternative au tabac qui tue

"Le problème avec les restrictions actuelles, c’est que le public, particulièrement les fumeurs, ne fait pas la différence entre fumer et vapoter. Il faut permettre de publier la différence. Plutôt que de la taire, il faut parfois éduquer et faire savoir que le vapotage existe avant tout pour les fumeurs". Le verdict de la Cour Supérieure du Québec, rendu le 3 mai, est un jugement majeur pour les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Dans ce second billet, nous présentons un passage concernant la liberté d'expression, et donc aussi celui d'être informé, à propos de la réduction des risques face aux produits fumés grâce au vapotage.

La question est d'importance en premier lieu pour les québécois, privés d'information y compris scientifique, en raison de cette loi bâillon. Mais le sujet est aussi un enjeu en France, où la menace d'amende jusqu'à 100'000€ plane toujours sur toute publicité ou "propagande", à la définition extrêmement floue. En Suisse, les projets de loi au niveau fédéral (LPTab) et des cantons (notamment à Genève) pourraient créer une situation similaire aux problèmes rencontrés au Québec. Après l'introduction de la loi en novembre 2015, une large partie des commerces spécialisés de vapotage ont été contraints de fermer dans la province francophone.

Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 pour autoriser aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique, présenté précédemment. Ainsi que de modifier les interdictions de publicité de l'article 24 (les §4, §18 et §9), comme l'explique ce second extrait du jugement.

Est-ce que certaines dispositions de la loi Québécoise de novembre 2015 contreviennent au droit fondamental de la liberté d’expression ?
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).

[348] Il est reconnu, en jurisprudence, que la liberté d’expression peut être brimée au niveau du contenu ou de la forme (incluant l’endroit) ou d’une combinaison des deux. Le contenu vise le message lui-même alors que la forme concerne plutôt la façon de le transmettre, son accès ou sa disponibilité auprès du public. [...] 
[357] Il en résulte [des §4, §8, §9 de l'article 24 de la loi] notamment que personne ne peut faire de publicité directe ou indirecte sur le vapotage, l’un de ses produits ou marque, sauf circonstances bien précises. On pense ici à l’exception du second aliéna. Les commerçants sont donc muselés en grande partie. 
[358] A ce stade de l’analyse, le Tribunal conclut qu’il y a violation de la liberté d’expression. Reste à voir si elle est justifiée. [...] 
[362] Qu’en est-il de la proportionnalité entre la mesure choisie et l’objectif recherché eu égard aux trois exigences du test ? 
[363] Essentiellement, le législateur vise à accroître la lutte au tabagisme, favoriser la cessation de l’usage du tabac par ses utilisateurs, prévenir les non-fumeurs (notamment les jeunes) d’y recourir et protéger la santé de tous, entre autres en ce qui concerne la fumée secondaire. Ces objectifs sont louables, compréhensibles, reconnus et acceptés. 
[364] Aux fins de soupeser objectifs et mesures, il convient rappeler, encore une fois, les constats qui se dégagent de la preuve attendue. La cigarette-électronique n’implique ni tabac, ni combustion. Sans en connaitre tous les risques, selon ce que l’on en sait à ce jour, elle s’avère moins nocive ou nuisible que la cigarette ordinaire. Elle peut aider à cesser de fumer. Elle contient généralement de la nicotine et ne règle pas le problème de dépendance s’y rattachant. 
[365] Autrement dit, il s’agit d’un moyen pouvant s’avérer positif et avantageux pour le fumeur d’habitude s’il arrive à cesser de fumer. A l’inverse, l’effet peut être négatif pour le non-fumeur qui s’y adonne dorénavant. 
[366] Or, les dispositions attaquées, en matière de publicité, tiennent compte du bien-être des non-fumeurs mais semblent délaisser un important segment de la population, c’est-à-dire les fumeurs réguliers. 
[367] Existe-t-il une solution moins drastique qui permette une conciliation des intérêts des deux groupes ? Aux yeux du juge soussigné, la réponse est affirmative et rien n’en établit l’inefficacité. Que la publicité interdite par les articles 24 (4), (8) et (9) soit autorisée en autant qu’elle cible, clairement et uniquement, les fumeurs et qu’on la présente comme moyen de cessation tabagique. Rien d’autre. 
[368] Autrement dit, qu’on la décrive et qu’on en fasse la promotion à une seule fin soit celle d’alternative à la cigarette ordinaire et au tabac qui tue. Bien évidemment, cette publicité pourra être lue et vue par des non-fumeurs, le tribunal en convient. Mais ceux-ci sauront que c’est une solution pour arrêter de fumer et pourront faire la part des choses. Des fumeurs pourront être informés qu’il existe une méthode de cessation tabagique qui mérite d’être mieux connue. Les non-fumeurs sauront que le produit est destiné aux fumeurs. Tous sauront à quoi s’en tenir. 
[369] Parallèlement à cela, les interdictions de publicité destinée aux mineurs, de type style de vie, etc. demeurent. On est loin d’une absence de limites où tout est permis. 
[370] La défenderesse [l’Etat du Québec] n’a aucunement abordé cette alternative, qui porte moins atteinte aux droits des fabricants, vendeurs et boutiques et à ceux qui pourraient bénéficier du résultat, c’est-à-dire ceux qui vont arrêter de fumer grâce à la cigarette-électronique. 
[371] Le problème avec les restrictions actuelles, c’est que le public, particulièrement les fumeurs, ne fait pas la différence entre fumer et vapoter. Il faut permettre de publier la différence. Plutôt que de la taire, il faut parfois éduquer et faire savoir que le vapotage existe avant tout pour les fumeurs. La législation fédérale est plus permissive à ce sujet et distingue les règles de publicité sur le tabac (plus sévères) de celles sur le vapotage. Au Québec, certaines limites ont une portée excessive.

mardi 7 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (1): Interdire d'essayer la vape brime le droit à l'intégrité des personnes

Vendredi 3 mai, la Cour Supérieure du Québec a rendu un jugement majeur concernant les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 sur deux aspects. 

D'une part, permettre aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique. Ainsi que de lever les interdictions du droit d'expression des commerçants sur le vapotage comme moyen de cessation tabagique pour les fumeurs adultes, et dans le même sens le droit de présenter les produits au public concerné. Nous citons dans ce premier billet des morceaux choisis du verdict concernant le respect du droit à l'intégrité des personnes sur la question de pouvoir essayer les produits de vapotage en boutique ou dans des centres d'aide à l'arrêt tabagique.

Alors que des opposants aux droits des vapoteurs espèrent que le Gouvernement du Québec fasse appel à ce verdict, prendre connaissance du rendu de ce jugement est particulièrement intéressant. Evidemment pour les québécois privés de libertés et d'information sur le sujet par cette loi même, mais aussi pour éclairer des débats politiques dans d'autres pays.

En particulier je pense à la Suisse, où des dispositions avec des conséquences similaires à la loi québécoise pourraient être mises en place à travers le projet de loi fédérale sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab) actuellement en Commission parlementaire. Le problème d'une interdiction d'essayer le vapotage en boutiques ou dans des lieux d'aide ou d'entraide à l'arrêt tabagique pourraient aussi se poser au niveau de cantons, tels que Genève, Vaud et Berne. L'argumentation du procès nous semble très instructive...

Concernant le droit fondamental de l’intégrité de la personne
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).
[324] (…)  Une loi qui amène un individu à exercer une activité dans des conditions plus dangereuses brime un droit fondamental. 
[325] Le Tribunal est conscient qu’il ne s’agit pas de danger quand vient le temps d’essayer la cigarette-électronique. Toutefois, il y va des chances de réussir à arrêter de fumer et à ainsi battre le fléau du tabagisme. Personne ne soutient que l’essai en boutique n’a aucun impact ou effet positif. C’est le contraire. Il favorise le succès de la démarche pour celui qui tente d’arrêter de fumer.  
[326] En résumé, en privant les fumeurs de la possibilité d’un essai en boutique ou en clinique, on porte atteinte à leur intégrité car on leur nie, en partie, un meilleur accès à un mécanisme de réduction de risques leur permettant de mieux préserver leur santé et leur intégrité. Rappelons-nous combien de fumeurs cherchent à se défaire du mal du tabac sans y réussir. Ils s’y reprennent à maintes occasions. S’il ne garantit rien, l’essai en boutique ou en clinique peut jouer un rôle et faciliter l’abandon du tabac et de ses méfaits. L’interdire affecte l’intégrité de la personne. 
[…][330] Dans le présent dossier, l’objectif réel et urgent de la défenderesse [l’Etat du Québec] n’est pas contesté. Celle-ci agit de bonne foi, cherche à réduire le tabagisme, ne veut pas perdre ses acquis, s’inquiète de l’impact du vapotage chez les jeunes, craint le mimétisme et l’effet passerelle et se veut « précautionneuse » face à la nicotine et à ce que peut receler la face cachée de la cigarette-électronique. On peut comprendre ces préoccupations. 
[331] Cependant, il lui appartient de se justifier et de démontrer qu’elle est intervenue minimalement. Elle a l’obligation de porter atteinte le moins possible aux droits enfreints. Déclarer agir par précaution ne suffit pas surtout qu’on allègue des risques potentiels face à une entrave démontrée à l’égard des fumeurs. 
[332] Elle n’a pas rempli ce fardeau. Pourquoi ? 
[333] Mentionnons d’abord que la prohibition semble pénaliser plus les fumeurs aux prises avec les problèmes du tabac qu’elle ne permet de réduire ou contrôler le nombre de nouveaux vapoteurs non-fumeurs. 
[334] En effet, l’essai en clinique ou en boutique se fait privément, loin des regards. Les mineurs ne sont pas admis. (…) 
[338] Quant au mimétisme et à l’effet passerelle, sans les nier, ils ne sont pas prouvés de manière convaincante. (…) 
[339] De plus, il convient de regarder ce qui se fait ailleurs à ce sujet. Nul besoin d’aller bien loin. Deux provinces canadiennes, la Colombie-Britannique et l’Ontario encadrent l’essai en boutique et limitent à deux, le nombre de personnes pouvant vapoter en même temps à l’intérieur. Le Manitoba n’impose aucune limite. L’Alberta ne réglemente pas le cas. Dans les Maritimes, on se montre restrictif comme au Québec. 
[340] Cela démontre qu’il existe des solutions législatives moins radicales afin de permettre l’essai en boutique ou en clinique tout en conservant une limitation qui réponde aux craintes de la défenderesse [l’Etat du Québec]. 
(…)[342] Le Tribunal ne considère donc pas qu’il y a eu justification à l’atteinte en cause, la solution retenue n’étant ni minimale ni proportionnelle. Elle va trop loin.

jeudi 2 mai 2019

Etude en Nouvelle-Zélande: Le vapotage devrait sauver 236'000 années de vie en bonne santé

Le vapotage va probablement permettre de sauver 236'000 années de vie de qualité (QALYs) en Nouvelle-Zélande. L'analyse, menée par le Programme d'épidémiologie, d'équité et d'efficience des coûts (BODE) de l'Université d'Otago, intègre 16 maladies liées au tabagisme dans son modèle. Les résultats, avec une marge d'incertitude prospective, viennent d'être publiés dans la revue Epidemiology. "Le résultat le plus probable est un avantage pour la santé publique équivalent à 19 jours supplémentaires de vie en bonne santé pour chaque Néo-Zélandais", explique la Pr Coral Gardner, de la chaire de santé publique de l'Université du Queensland. Evidemment, ce sont les personnes parmi les 15% de fumeurs actuels qui, en passant au vapotage, bénéficieront le plus d'années de vie en bonne santé supplémentaires.

Plus de 2 milliards € d'économie probable sur les coûts de santé

Mais l'ensemble de la population néo-zélandaise va profiter de la libéralisation du vapotage à travers la baisse des coûts de santé liés aux maladies provoquées par le tabagisme. Selon les scenarios, de pessimiste à optimiste, l'étude prospective évalue les économies de coûts de santé dans une fourchette de 370 millions à 7,1 milliards NZ$ . Le plus probable est une économie autour de 3,4 milliards NZ$, soit plus de 2 milliards €. Cette baisse des ventes de médicaments et la diminution des soins "résulteraient d'une diminution du nombre de personnes atteintes de maladies liées au tabac" grâce à l'impact du vapotage. 

Dans un pays de 4,9 millions d'habitants, cette baisse des coûts de santé impressionne. De quoi se demander combien perdrait l'industrie pharmaceutique si d'autres pays, comptant encore plus de fumeurs, se mettaient aussi à soutenir la fin du tabagisme à l'aide du vapotage. Serait-ce là un indice de la raison des centaines de millions déversés par les Big Pharma pour financer le lobbyisme et les fakenews contre le vapotage?


lundi 29 avril 2019

Analyse: 7% des jeunes fumeurs américains auraient échappé à la cigarette sans l'interdiction de vente des produits de vape aux mineurs



Son impact est de 7% du nombre de jeunes fumeurs, soit 1,1% de l'ensemble des adolescents de 15 à 18 ans. L'interdiction fédérale de vente de vape aux mineurs entrée en vigueur en 2016 aux Etats-Unis a empêché des milliers de jeunes d'éviter d'entrer en tabagisme., selon l'analyse des statistiques publiée en janvier dernier dans la revue Health Economics. A partir des données récoltées par le Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBS), l'analyse des chercheurs universitaires menée par le Pr Dhaval Dave, de l'Université du Massachusset, montre que "lorsqu'ils sont face aux interdiction de vente aux mineurs (MLSA) des produits de vapotage, les jeunes mineurs sont plus susceptibles de se tourner vers la cigarette (fumée), du moins jusqu'à leur majorité. Les résultats (tableau 2) suggèrent un effet d'augmentation d'environ 1,3 pp de tabagisme depuis l'adoption de l'interdiction"

"En particulier, les jeunes qui n'avaient encore jamais fumé, mais qui ont fumé leurs premières cigarettes en raison des restrictions de la MLSA sur les produits de vapotage pourraient avoir contribué à un peu plus de la moitié du surplus de tabagisme", poursuivent les auteurs Pr Dhaval Dave, Pr Bo Feng et Pr Michael Pesko. De fait, le phénomène d'un ralentissement de la chute du tabagisme adolescent en conséquence de l'interdiction d'accès aux produits de vapotage était prévisible et avait été annoncé par une étude de la Pr Abigail Friedmann, de Yale en 2015 que nous avions traité. Mais il est encore plus marqué que ce que la chercheuse en économie de la santé avait anticipé.

L'éléphant dans la chambres des régulateurs

Il est assez révélateur que l'effet concret de cette réglementation mise en oeuvre aux Etats-Unis en 2016 est l'éléphant dans la chambre des régulateurs. Le sujet est pourtant actuellement traité dans le cadre de la future loi Tabac en Suisse par les chambres parlementaires. Dans ses rapports en complément livrés à la Commission Santé du Conseils des Etats (CSSS-S) la semaine dernière, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) n'évoque à aucun moment d'évaluation de l'impact réel de cette interdiction, alors qu'il traite du vapotage des adolescents aux Etats.Unis et propose cette même mesure en Suisse. 

La ligne argumentative semble se résumer à alerter sur le soi-disant "fléau" du vapotage des jeunes aux Etats-Unis pour exiger de... faire comme les américains. Il y a là une absurdité d'argumentation tout à fait confondante. "C'est une catastrophe, ne réfléchissons pas, faisons donc pareil". Probablement sera t-il encore temps par la suite d'ajouter une erreur supplémentaire en la justifiant de l'échec des premières mesures. L'histoire des guerres aux drogues du 20ème siècle ont été une longue suite de "Big Plan" s'auto-justifiant de leur inefficacité sanguinaire pour se poursuivre... La matrice idéologique contre le vapotage se répète. A l'image de la pseudo-théorie de la passerelle, inventée par Denise Kandel en 1971 contre les consommateurs de cannabis et réinventée par la même Denise Kandel en 2014 contre les vapoteurs.

vendredi 29 mars 2019

Grégoire Vittoz d'Addiction Suisse est un menteur

Les crapules s'inquiètent et s'agitent. La chute des ventes de cigarettes en Suisse n'a pas encore été annoncée officiellement. Mais depuis la décision du Tribunal administratif Fédéral (TAF) de lever la prohibition des liquides nicotinés, la baisse des rentrées fiscales du tabac se fait sentir. Le Fonds de prévention tabac (FPT), financé à hauteur de 0,3% du prix de vente du tabac, a annoncé discrètement devoir couper dans les activités qu'il finance suite à la chute des ventes de cigarettes. Sans surprise, les bénéficiaires de ces rentrées d'argent s'agitent. Ainsi Addiction Suisse a orchestré hier une campagne de propagande pour vilipender les vapoteurs. Prétexte à l'opération à l'échelle nationale, l'organisme a présenté une enquête sur le vapotage chez les ados de 15 ans en Suisse.

Alors que cette enquête ne s'est pas intéressée à savoir si les jeunes qui vapotent le font avec ou sans nicotine, Grégoire Vittoz, directeur d'Addiction Suisse, affirme qu'ils consomment de la nicotine (un peu partout mais par exemple dans le clip de RTS Info). C'est tout simplement mensonger: son étude ne permet pas de savoir quoi que ce soit sur ce point. Et ceci est une lacune de recherche qui ridiculise et fait perdre toute crédibilité scientifique à cet institut.

Vape Tricks - Shark BendsDans le monde réel, les adolescents en Suisse qui vapotent le font pour l'extrême majorité de manière occasionnelle et sans nicotine. La raison en est simple, pour une bonne part ils s'amusent à faire des nuages et des figures, que l'usage de nicotine empêche en contractant le larynx. Soit Grégoire Vittoz ne le sait pas, et c'est un signe d'incompétence sur le sujet qui devrait l'amener à se taire, ou il le sait et il a volontairement désinformé le public.

Une chute de 15% des ados fumeurs passée sous silence

L'évidence de l'exploitation politicienne des enfants par Addiction Suisse est renforcée par le fait que l'organisme prétend dans son communiqué officiel que le tabagisme des jeunes de 15 ans n'a pas baissé. Alors que son enquête enregistre une chute de 15% des fumeurs de 15 ans (en passant de 12% à 10%), ce qui ne s'était pas vu depuis longtemps. C'est de la manipulation mensongère crasse.

Addiction Suisse s'est déjà fait retirer ces derniers temps plusieurs mandat de recherche à cause de la mauvaise qualité de son travail. J'espère que le mandat de recherche sur les jeunes sera rapidement confié à des personnes compétentes et honnêtes. Il n'est pas acceptable que la Suisse soit privée de données fiables au profit d'opération de propagande.

Un sabotage du lien de confiance

Ceci est d'autant plus désolant que les principaux concernés, les adolescents vont voir d'évidence à quel point cette opération médiatique est grossièrement mensongère. Des manipulations dont on sait qu'elles sabotent pour de nombreuses années la confiance des jeunes pour l'ensemble de la santé publique, comme le regrette Jean-Félix Savary, du GREA au journal le Temps.

Y compris des acteurs bien intentionnés qui pâtissent ainsi de ces exploitations politicardes irresponsables. A ce titre, le monde médical devrait se mobiliser pour rétablir de l’honnêteté et de la déontologie sur ces questions. La confiance est déjà largement entamée et mettra longtemps avant de pouvoir être rétablie.


mercredi 19 décembre 2018

Première en Suisse: le centre d'aide d'Olten offre des vaporettes pour arrêter de fumer

Une première en Suisse. L'organisme d'aide Sucht Hilfe Ost (SHO) d'Olten intègre une offre gratuite de vapotage, ainsi que des liquides nicotinés, à son programme d'arrêt tabagique à partir de ce mercredi 19 décembre. Tout fumeur de la région de Soleure désirant arrêter la cigarette peut participer à l'opération pilote prévue pour 18 mois. La marche à suivre est très simple, il suffit de s'inscrire et s'engager dans le programme. Une première consultation avec un professionnel du centre détermine le moyen le plus approprié pour le participant. Grande innovation: le vapotage fait désormais partie des options. "Nous facilitons la transition en conseillant et en accompagnant et nous fournissons les dispositifs de vapotage gratuitement", explique Reno Sami, co-directeur général du SHO. Aux côtés des quatre appareils possibles offerts, les liquides de vapotage sont vendus par le centre avec un choix de cinq arômes en trois taux de nicotine. 

Les professionnels formés par un expert de la vape

L'accompagnement des néophytes se veut éclairé. Helvetic Vape a formé spécifiquement les professionnels du centre à l'outil de réduction des risques sans combustion. En professeur à la pointe de la démarche, Phil Scheck, le vloggueur suisse-allemand aux 100'000 followers. Impliqué dans l'élaboration du projet, il assurera le soutien des professionnels au long cours. "Nous sommes particulièrement fiers de participer en apportant notre expertise spécifique à ce programme", précise l'association des vapoteurs dans un communiqué. Son Guide pour se convertir facilement est aussi distribué aux participants.

De son côté, le centre d'aide souligne l'importance de la démarche dans le sillage de l'appel de la Fédération des addictologues en Suisse l'an passé. "Nous voulons et nous devons protéger au mieux les habitants de nos régions contre le cancer du poumon et d’autres maladies pulmonaires évitables", explique Peter Hodel, président de SHO. L'expérience pilote sera examinée par un suivi scientifique pour mesurer le taux de succès et évaluer les points forts et faibles de la démarche novatrice. "Nous sommes dans une approche de réduction des risques. C’est l’une de nos tâches essentielles et nous la prenons très au sérieux", ajoute Peter Hodel.

La première offre d'arrêt tabagique à bas seuil

La gratuité et la facilité d'accès au programme est un élément clef du dispositif d'aide. "Les commentaires montrent qu'il y a un réel besoin. En outre, le coût du vapotage est de 4 à 8 fois inférieur à celui des cigarettes. C’est aussi un argument social fort pour notre tentative", souligne Reno Sami. Jusqu'ici dans le canton de Soleure, la seule offre d'organisme de santé pour arrêter de fumer proposée au public était des cours visant l'abstinence totale de consommation de nicotine de la Ligue Pulmonaire au prix de 190 Fs. Reprogrammation mentale et thérapie cognitivo-comportementale au menu de six séances avec une date d'arrêt fixée par avance. Seule l'appli de Stop-Tabac.ch était à disposition gratuitement des fumeurs soleurois. 

100 Fs la boite de patchs

Arrêter de fumer en Suisse, coûte très cherEn dehors de ces cours, les substituts nicotiniques, tels que patchs ou gommes, sont à prix exorbitants sans remboursement par l'assurance-maladie de base en Suisse. Le Champix est la seule aide couverte, suite à un jugement du Tribunal fédéral de 2011, avec la quote-part de 10% et la franchise à charge des assurés pour le traitement à près de 600 Fs. En bref, dans le canton de Soleure comme dans le reste de la Suisse, les autorités sanitaires bombardent les fumeurs de messages de prévention pour qu'ils arrêtent mais ne leur offrent à peu près rien pour les aider e uniquement sur la base de l'idéologie du 'Quit or die'. 

Le critère du niveau économique est pourtant déterminant dans le tabagisme helvétique. Alors que moins de 10% des membres de la classe privilégiée fument, ce sont près de 50% des chômeurs et plus de 60% des personnes subissant un état dépressif. Les défavorisés ont aussi près de trois fois moins de chance de réussir à arrêter de fumer, selon le suivi Salpadia de 2011. En 1991, cet écart n'était que de 1,3. En vingt ans, les inégalités sociales de santé liées au tabagisme ont explosé en Suisse.

La fin de l'abandon des défavorisés au tabagisme?

Pourtant 61% des fumeurs déclarent espérer arrêter, alors que leur nombre stagne à 27% de la population depuis dix ans, selon l'Enquête Suisse sur la santé. Malgré cela, ou à cause de cela, les autorités sanitaires et politiques n'ont pas esquissé le moindre geste de détente envers une approche plus efficace et souple. Au contraire, elles ont prohibé arbitrairement la vente de vapotage avec nicotine durant neuf ans. Le Tribunal administratif fédéral a mis fin à cette interdiction abusive dénuée de base légale en avril dernier.

C'est aussi une des choses qui rendent possible l'ouverture du programme intégrant le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique à Olten. Cette initiative du Sucht Hilfe Ost qui vient enfin briser ce macabre abandon et ouvre la voie à une sortie du tabagisme en Suisse.


lundi 17 décembre 2018

[Décrypt express] Aucune étude ne montre que la vapoteuse est plus dangereuse que le joint

Petit décryptage express après qu'un ami m'a demandé * mon avis sur un article de Destination Santé. Une étude publiée le mois dernier dans Jama Network Open a mesuré l'effet du Δ9-tetrahydrocannabinol (THC) sur 17 adultes consommateurs très occasionnels sous forme vaporisée ou fumée. Contrairement au compte-rendu du site Destination Santé, repris par le Midi Libre, il ne s'agit ni de vapotage ni de joint. Les participants ont inhalé soit l'aérosol produit par un vaporisateur d'herbe sèche, en l’occurrence le bien connu Volcano (de Storz & Bickel), soit la fumée d'une petite pipe à herbe. L'étude ne montre pas non plus une augmentation de danger puisqu'elle s'est concentrée sur le rendement mesuré dans le taux sanguin et les effets subjectifs ressentis, éventuellement adverses, par les participants. Le résultat est intéressant: la vaporisation est de 40% à 50% plus efficace que par combustion. 

La vaporisation plus efficace que de fumer

"Par conséquent, en maintenant la dose de THC constante, les vaporisateurs semblent être une méthode de libération du cannabis et du THC plus efficace, probablement parce qu'avec les préparations fumées traditionnelles, davantage de THC est perdu à cause de la pyrolyse (combustion) et /ou du sidestream", expliquent les chercheurs de la Johns Hopkins University School of Medicine de Baltimore. Le sidestream est la fumée qui se dégage dans l'environnement entre deux bouffées. Une perte de matière pour le consommateur qui ne se produit pas, ou de manière insignifiante, avec la vaporisation. D'autre part, la pyrolyse est fortement soupçonnée de détériorer les cannabinoïdes par température excessive.

Cannabis déséquilibré

Point important dans le protocole de l'étude, le cannabis utilisé pour les tests avec THC était titré à 13.4% de Δ9-THC, mais seulement 0.03% de cannabidiol (CBD) et 0.8% cannabinol. L'effet d'entourage étudié par le Dr Raphaël Mechoulam, a  montré que le CBD contrecarre certains effets du THC. Avec un ratio entre les cannabinoïdes aussi déséquilibré, l'impact du THC est excessivement fort, comme le montrent les réactions de plusieurs participants que ce soit sous forme vaporisée ou fumée.

Réduire d'un tiers la dose avec la vaporisation

Les mesures sanguines de l'étude montrent des dosages plus élevés de près de 50% avec la vaporisation qu'avec la fumée. Autrement dit, un consommateur peut réduire d'un tiers la dose d'herbe lorsqu'il la vaporise au lieu de la fumer. "Conformément aux résultats pharmacodynamiques, les concentrations quantitatives de THC dans le sang totales étaient plus élevées après l'administration de cannabis vaporisé que fumé et ont montré des différences d'ordre posologique", précise l'étude.

Evidemment, les effets ressentis ont aussi été plus forts. Le mauvais équilibre en cannabinoïdes de l'herbe choisie pour l'étude a provoqué quelques réactions adverses chez les sujets peu coutumiers de consommation forte. L'effet psychotrope du cannabis avec THC se déploie en une dizaine de minutes. En contraste de l'autotitration rapide des usagers de nicotine, les consommateurs de cannabis peuvent se retrouver à avoir pris une dose trop forte, que ce soit en fumant ou en vaporisant. L'expérience et la connaissance des ses réactions préviennent ce genre de problèmes généralement, d'autant plus lorsqu'on n'est pas astreint à consommer une dose prédéterminée pour une étude. 

Attention aux effets plus prononcés de la presse de caniveau

"Les vendeurs et les consommateurs des produits à base de cannabis doivent être conscients que l'inhalation de cannabis avec un vaporisateur pourrait produire des effets de la drogue et une altération des capacités plus prononcés que la méthode traditionnelle de le fumer", concluent les chercheurs. La recherche n'a pas mesuré les toxiques produits par les deux modes de consommation qui constituent dans le cas de la fumée le principal danger. Les risques de perte de capacité inhérente à l'état d'ivresse cannabique sont à apprécier en contexte.

Généralement, ils sont recherchés par les consommateurs mais il devrait être clair qu'ils sont à éviter dans des situations inappropriées. Pour les situations thérapeutiques, l’efficacité est aussi généralement souhaitée. L’équilibre entre les cannabinoïdes est un point clef sur ces questions d’effets.

Nous ajouterons que la lecture de la mauvaise presse, ne prenant pas la peine de lire et de comprendre une étude dont elle rend compte, peut avoir des effets débilitant très prononcés et indésirables dans quelque contexte que ce soit. Et on ne va même pas parler des charognards bénéficiant de subventions par millions € (ce n'est pas une faute de frappe) sautant sur l'article racoleur et stupide pour encourager les fumeurs à le rester.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
 *edit: correction de français, pris de doute j'ai lu : http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/expressions-francaises/2017/04/22/37003-20170422ARTFIG00003-apres-que-ne-faites-plus-la-faute.php 

dimanche 16 décembre 2018

[Op] Le parachute, le pervers et le principe de précaution

Depuis quelques décennies, les parachutes sont de plus en plus couramment utilisés. "Cependant, les preuves scientifiques à l'appui de l'efficacité des parachutes sont faibles et les recommandations pour leur utilisation sont principalement basées sur la plausibilité biologique et l'opinion d'experts", avertit un nouvel article publié dans le British Medical Journal (BMJ).

Précédemment, une équipe de chercheurs s'était déjà inquiétée en 2003 de la solidité scientifique en la matière dans un article pour la même revue de référence BMJ. Malgré leur recherche approfondie dans les bases de données de science médicale reconnues, aucun essai contrôlé randomisé en double aveugle portant sur une intervention en parachute n'avait pu être identifié. Autrement dit, la croyance de l'efficacité du parachute ne repose sur aucune étude clinique sérieuse!

La nouvelle étude a tenté de pallier à cette absence de base scientifique par un essai clinique randomisé sur 23 personnes. Le résultat montre qu'il n'y a aucune différence de ratio de risque entre ceux qui ont sauté de l'avion avec un parachute et le groupe témoin placebo, qui portait un sac à dos vide. Il y a eu autant de blessé et de décès dans les deux groupes. Parmi les limites reconnues des auteurs, ils précisent que "nos conclusions pourraient ne pas être généralisées à l'utilisation de parachutes dans des aéronefs évoluant à une altitude ou une vitesse plus élevées". L'essai clinique s'est déroulé d'un avion immobilisé au sol.

Faut-il interdire le parachute?

étude randomisé saut parachute
Arrivé à ce point, le lecteur aura, je l'espère, saisi le caractère satirique, bien que rigoureux, des deux articles du BMJ. Les scientifiques s’arrêteront sur les questions de pertinence et de conditions de validité des études cliniques mises en tension par le sujet. D'autres souligneront le pied-de-nez fait aux journalistes se contentant de lire l'abrégé avant de rédiger des articles racoleurs à côté de la plaque. Mais une question plus politique se dégage en filigrane des deux pièces ironiques. Elle concerne l'à propos du principe de précaution, et en particulier des interprétations dogmatiques érigeant une sorte de culte régressif à celui-ci.

Le parachute serait-il interdit, combattu, limité réglementairement en raison du manque de recul et de preuves scientifiques s'il était découvert de nos jours? Il nous paraîtrait absurde, dans un avion en chute libre, d'en bloquer l'accès par incertitudes sur d'éventuels risques à l'atterrissage. Le bon sens nous invite à donner et utiliser illico les parachutes même si quelques chevilles risquent la foulure. Puis, comme cela s'est passé dans le fil historique, on améliore le dispositif et on informe le public à l'utiliser au mieux. 

La réduction des risques est un principe de précaution

En creux de ces deux articles, se révèle l'absurdité du biais cognitif de craindre et vouloir entraver l’accès d'un moyen de réduction des risques, en raison de sa nouveauté, face à un danger établi de longue date. Pourtant, aujourd'hui nombres d'autorités sanitaires et politiques bloquent autant se peut le parachute du vapotage face au danger du tabagisme. Des millions de personnes décèdent prématurément de maladies liées au fait de fumer chaque année dans le monde. Mais ce n'est pas contre ce danger établi que les autorités brandissent le principe de précaution, c'est contre le moyen évident d'en réduire les risques. Au nom du manque de recul du parachute-vape, elles l'entravent. 

Se faisant, les autorités privilégient la perpétuation de cette chute libre du tabagisme pesant de tout son poids morbide sur plus d'un milliard de personnes dans le monde. Une telle interprétation régressive est une perversion du principe de précaution. Celui-ci n’est pas un principe de statu-quo. Dans l’avion en flamme du tabagisme, la précaution ne peut être que de faciliter l’accès au moyen de réduction des risques sans combustion ni tabac, sans monoxyde de carbone ni goudron, qu’est le vapotage. Et ces manquements là sont beaucoup moins marrants que les satires sur l'absence d'étude clinique du parachute parues dans le BMJ.


lundi 10 décembre 2018

Mic-mac à New-Delhi entre "anti-tabac" indiens et une organisation en sous-marin de Bloomberg

Selon une information exclusive de Reuters, la Société de développement socio-économique et éducatif (SEEDS) s'est vu refuser de mener des activités de "conseils au gouvernement de la ville de Delhi sur les questions de politique anti-tabac". L'organisation SEEDS aurait dissimulé être financée par Bloomberg Philanthropies, le fonds créé par le spéculateur milliardaire Michael Bloomberg, explique Reuters qui s'est procurée une note confidentielle. L'Inde "renforce depuis 2014 la surveillance des organisations non gouvernementales (ONG) financées par des fonds étrangers, affirmant que nombre d'entre elles vont à l'encontre des intérêts nationaux", précise l'agence d'information.

SEEDS derrière l'interdiction du vapotage au Bihar

Deepak Mishra, directeur de SEEDS, affirme à Reuters que son organisation collabore déjà avec deux Etats indiens, sans préciser lesquels. Mais il refuse toute déclaration sur la provenance de ses financements. Selon Reuters, SEEDS aurait malgré tout déjà commencé son travail d'influençage à Delhi. Créée en 2013, SEEDS a un partenariat avec l'Etat indien du Bihar et l'a ouvertement poussé à interdire le vapotage en janvier 2018.

De son côté le responsable du programme de lutte anti-tabac de Delhi, SK Arora a confirmé à Reuters la décision de rejeter l'agrément de collaboration avec SEEDS, la justifiant par le refus de l'organisation de dévoiler ses sources de financement. Au nom de la lutte anti-tabac, SK Arora est connu pour mener une guerre à la fois contre le vapotage et contre les cigarettiers occidentaux. 

Lutte anti-tabac instrumentalisée à des fins de protectionnisme économique

Les cibles de SK Arora ne sont pas choisies au hasard. Le marché des cigarettes est détenu à plus de 80% par des entreprises de tabac indiennes, dont l'Indian Tobacco Company (ITC) appartenant partiellement à l'Etat indien. Près de 250 millions d'indiens consomment du tabac, dont la moitié sous forme de cigarettes. L'Inde est également une des grandes nations productrice de tabac au niveau mondial. En parallèle, le Département de la santé indien a aussi tenté en août d'imposer une prohibition nationale contre le vapotage qui a été invalidée par la Haute Cour de justice de Delhi en novembre dernier. 

Que cache la philanthropie de Bloomberg?

Pour sa part, l'oligarque Michael Bloomberg est aussi un opposant intégral à la réduction des risques et au vapotage face au tabagisme. Il a déclaré investir des centaines de millions $ pour lutter spécifiquement contre le vapotage. Du côté indien, on se méfie de ses activités, mais concernant le tabac. Daté du 3 juin 2016, un rapport classé secret du service de renseignement indien, qui a fuité en 2017, faisait craindre aux autorités locales que "la Fondation Bloomberg ne mène une campagne visant à «cibler» les entreprises de tabac indiennes et à faire pression de manière «agressive» contre le secteur"

La note des renseignements évalue que le tabac rapporte plus de 5 milliards $ de revenus annuels au Gouvernement et fait vivre près de 35 millions d'indiens. Rebecca Carriero, la chargée de comm' de Michael Bloomberg, avait refusé tout commentaire. 

Campaign for Tobacco-Free Kids, blanchisseuse de fonds?

Extrêmement influent auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le milliardaire est soupçonné de défendre ses investissements financiers sous couvert d'actions "philanthropiques". Le rapport des renseignements indiens a mis à jour une partie des circuits financiers par lesquels Bloomberg finance illégalement des organisations, à travers la Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK), une organisation américaine aussi en première ligne pour attaquer et tenter de faire interdire le vapotage aux Etats-Unis.

"Dans l'affaire Bloomberg, la note du ministère de l'Intérieur incluait un graphique montrant comment les fonds transitaient de Bloomberg Philanthropies vers son partenaire, la Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK), qui finançait alors cinq ONG locales enregistrées auprès de la FCRA. Selon la note, ces ONG étaient utilisées par l'organisation caritative Bloomberg pour «des activités de lobbying anti-tabac»", relate Reuters.

Myers, Bloomberg, l'Inde et... l'OMS

Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) est l'organisation créée et dirigée par Matt Myers, l'homme qui par deux fois a négocié secrètement avec le cigarettier Philip Morris des accords en 1998 et 2008 aux Etats-Unis. Ces arrangements ont assuré sa carrière et la richesse de son organisation. Bien que la Convention anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) interdise formellement de telles pratiques, Matt Myers était présent à sa dernière Convention en octobre dernier à Genève. 

Matt Myers s'est d'ailleurs vanté au New-York Times d'avoir influencer les décisions concernant le vapotage de l'assemblée réunie à huis-clos. Selon nos informations, il a également animé au sein même du Centre accueillant la Convention de l'OMS une after-work party sponsorisée par la firme pharmaceutique Johnson & Jonhson. Cette 8ème édition de la Convention anti-tabac de l'OMS était par ailleurs présidée par l'indienne Preeti Sudan.

Le monde des organismes politiques "anti-tabac" et leurs intérêts croisés est décidément petit. D'un côté le camp qui instrumentalise la lutte anti-tabac pour protéger le tabac local indien, brésilien ou thaïlandais notamment, de la concurrence des cigarettiers occidentaux. De l'autre, la coalition des Big Pharma et des Big Datas, regroupés derrière le milliardaire Bloomberg. Contre le vapotage, les deux camps s'unissent, notamment dans le cadre de la Convention anti-tabac de l'OMS. Mais comme le montre cette petite histoire de SEEDS, lorsqu'un camp tente de marcher sur le territoire de l'autre, l'union est tout de suite moins sacrée...
La brésilienne Vera da Costa, Secrétaire Générale de la FCTC de l'OMS, l'indienne Preeti Sudan, présidente de la COP8 de la FCTC, et la française Anne Bucher, au nom de la Commission Européenne, lors de la Convention anti-tabac (FCTC) de l'OMS à Genève le 1er octobre 2018.

vendredi 7 décembre 2018

[Media] Quatre ans après, l'arrivée de la Juul ultra-light est-elle un événement ringard?

Depuis plusieurs semaines, les médias mainstreams bombardent la Suisse d'articles sensationnalistes sur l'arrivée de la Juul. Une "tornade" va s'abattre sur le pays selon de la Tribune de Genève, tandis que le gratuit 20 Minuten a publié pas moins de six articles ces 3 dernières semaines sur la vaporette en forme de stick. La RTS, un autre média gratuit mais d'Etat, parle de "fureur" et "des craintes" de l'arrivée de la vaporette californienne.

 3 fois moins dosée qu'aux Etats-Unis

Aucun n'a pris la peine de se renseigner auprès de vapoteurs pour avoir une idée un peu plus éclairée que les fantasmes de politiciens en mal de buzz. Deux articles ont tout de même donné la parole à Jonathan Green, directeur Juul suisse. La NZZ commente tant et si bien que l'on ne sait pas ce qui appartient au représentant de Juul ou à la plume du journaliste.

Le 20 Minuten est plus clair précisant que la version vendue en Suisse est dosée à 17 mg/gr de nicotine*. Très loin donc de la version originale américaine concentrée à 59mg/ml (5% du poids). L'une et l'autre en sels de nicotine, c'est à dire de la nicotine extraite à laquelle est ajoutée un acide organique, comme l'explique le site de Stop-Tabac.ch.

*note : 17 mg/gr de nicotine soit 20mg/ml, édité grâce à Claude ;)

Le light reste dans l'obscurité

Y a t-il un intérêt à un produit ultra light dosé au tiers de sa version US? Celle-ci s'est montrée efficace pour tirer hors du tabagisme des fumeurs parce qu'elle est équilibrée entre un volume faible de vapeur et une concentration suffisante en nicotine. En version édulcorée, les utilisateurs de Juul ne vont-ils pas surconsommer pour compenser cette légèreté en nicotine, comme cela avait été imposé par les cigarettiers et les autorités de santé aux fumeurs avec les cigarettes lights? Sur ce point aussi, beaucoup de bruit et de fureur pour aucune information éclairante dans les médias conventionnels.

Beaucoup de bruit pour peu de vapeur

Mais, surprise positive hier avec un article de Nau, média en ligne suisse-allemand. Alexandra Aregger a fait le boulot basique de journaliste: elle a interviewé quelqu'un qui connait la question. Phil Scheck, vloggueur depuis sept ans et approchant les 100'000 abonnés, est un vapoteur expérimenté. "L'expert en vapotage trouve le battage médiatique autour de Juul injustifié", résume la journaliste.

"Phil Scheck a testé la Juul devant notre caméra: "C'est une vaporette comme il en existe des milliers d'autres." Son enthousiasme est limité. Parce que: "C'est très limité, ce n'est pas puissant, mais c'est beaucoup de marketing exploité", poursuit l'article accompagné d'une vidéo aux intonations "Schwyzerdütsch". "Il existe de bien meilleurs appareils sur le marché en Suisse", précise 'PhilGood'.

Un vieux produit plutôt dépassé

Quatre ans après sa sortie aux Etats-Unis, pays où tout développement technologique du vapotage a été gelé par la Food and Drug Adminsitration (FDA) à la date d'août 2016, la Juul apporte t-elle quelque chose dans cette version ultra-light? En appareil d'appoint discret pour des vapoteurs déjà sevrés? Peut-être... Mais comme le fait remarquer le Vaping Post dans son interview des représentants de Juul, lancée en France avec quelques jours de retard sur la Suisse, l'offre est déjà pléthorique sur ce segment. 

Avec notamment des appareils plus intéressants en étant rechargeables, ce qui laisse plus de maîtrise à l'usager pour choisir ses liquides (en goût et en dosage nicotinique). Reste le design de l'appareil. Ou pas.
Quand la page facebook pour ados du CHUV fait la promo d'un produit, ça sent le hasbeen

L'effet médiatique et de distribution

Le point positif pourrait être le réseau de distribution des kiosques Valora où va se trouver la Juul. De quoi offrir à des fumeurs rétifs ou éloignés de vapeshops l'opportunité à portée de main d'essayer un produit très simple d'usage. Peut-être ce premier test les amènera à chercher un produit plus efficace en magasin spécialisé ensuite? Le fameux effet commercial "du missionnaire" amenant les fumeurs à découvrir le nouveau mode de consommation à risque réduit de la nicotine. 

Commerce ou réelle mission anti-tabac ?

Reste la question qui dérange. Pourquoi Juul a décidé de ne pas commercialiser en Suisse la version américaine dosée correctement de son produit? Rien de formel ne l'empêche. Aucune décision administrative n'a été déposée par les autorités et contrairement à ce que prétend l'administration, le jugement du Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition pour "faute grave", sans se prononcer sur la question du principe du Cassis de Dijon. Autrement dit, il n'y a aucune raison d'imposer aux Suisses la directive TPD dictée par les lobbys à l'Union Européenne. 

En suivant les préférences europhiles de l'administration, en dépit de l'absence de décision administrative qui serait contestable en justice le cas échéant, la marque américaine a clairement choisi de ne pas entrer en conflit avec celle-ci. Conflit qu'elle a probablement estimé peu profitable pour son image de marque. Mais qui laisse les fumeurs suisses avec un ersatz de Juul. 

Un choix politico-commercial peu raccord avec la mission prétendue et répétée à chaque interview des représentants de Juul d'aider un maximum de fumeurs à sortir du tabagisme. "Pour conduire les fumeurs vers des alternatives, la solution paraît évidente: élaborer une vaporette générant autant de satisfaction qu’une cigarette", expliquait James Monsees, cofondateur de Juul, lors d'une conférence TedX à Bruxelles en 2013. Difficile de croire que cette Juul allégée puisse le faire.

lundi 3 décembre 2018

Italie, Carmine Canino: « Avec l’ANPVU, nous avons lutté jusqu’au bout pour au moins obtenir une forte réduction des taxes »

Carmine Canino, Président de l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU), fait le point dans le bref entretien qu'il nous a accordé sur le rôle de son organisation dans les récentes modifications de loi sur le vapotage, et les perspectives qu'elles ouvrent en Italie. Après des années très difficiles, le vapotage va y bénéficier d'un énorme bol d'air frais: la baisse des surtaxes sur les liquides et l'autorisation de la vente par internet ont été entérinées par la majorité de coalition de la Lega et du Mouvement 5 étoiles (M5S) au Sénat la semaine dernière

Taxe divisée par 5 pour les liquides avec nicotine et par 10 sans nicotine

Dans les premiers jours de 2019, les surtaxes sur les liquides avec nicotine passeront de 4€ (+ TVA) à 80 cts (+ TVA) par fiole de 10 ml. Les liquides sans nicotine restent taxés, mais de 4 cts prélevés par ml, soit dix fois moins qu'actuellement. Interdite par le Gouvernement précédent depuis le 1er janvier, la vente à distance sera de nouveau autorisée, mais seulement à l'intérieur des frontières italiennes pour les magasins disposant d'un dépôt fiscal.

"L’Italie était un des pionniers dans la diffusion du vapotage en Europe grâce à la recherche, à la production et à la commercialisation de liquides de première qualité fabriqués en Italie", nous rappelle Carmine Canino, Président de l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU). Née au début d'année, son organisation a comblé une lacune certaine de représentation des usagers en Italie. Ils en avaient bien besoin devant les mauvais traitements infligés ces dernières années par les Gouvernements.

"L’Italie, avec la Grèce, représentait la fleur de l'artisanat européen en matière de vapotage. Tout cela jusqu’à ce que les différents gouvernements successifs ont décidé qu’il était nécessaire de s’opposer à ce monde, qui devait probablement en déranger beaucoup. Et voici alors que les premières taxes absurdes, injustes et absolument injustifiables, ont accompagné les campagnes d’informations négatives trompeuses et tendancieuses", poursuit le défenseur des utilisateurs du moyen de réduction des risques.

La vape italienne était au bord du précipice

A la demande sonnante et trébuchante des buralistes, une motion de méga taxe anti-vape est votée au Sénat fin 2013. La suite enchaîne des démêlés de pire en pire, avec notamment la mise sous tutelle de l'Administration des Monopoles (AAMS) et l'interdiction de vente online décrétées fin 2017. Entre temps, Matteo Renzi, Premier Ministre d'alors, avait joyeusement inauguré des usines de Philip Morris alors que sa fondation a reçu des fonds du cigarettier durant sa campagne électorale, comme l'a rappelé le site SigMagazine. Ces derniers mois, la bataille a été rude pour remettre en cause les différentes mesures anti-vape.

En définitive, les surtaxes ne sont pas abolies mais très fortement abaissées, la tutelle de l'Administration des Monopoles (AAMS) n'est pas levée mais la vente par internet à l'intérieur des frontières est rétablie. Sans être parfaits, les progrès sont forts et permettent de retrouver de l'optimisme pour une vape italienne qui était au bord de l'asphyxie. "Aujourd'hui, nous espérons écrire un nouveau chapitre de la vape italienne", se réjouit Carmine Canino. Entretien mené en italien, traduit par nos soins.

  •  Le Sénat a approuvé les modifications de loi sur le vapotage la semaine dernière. Qu'est-ce que cela va changer pour les vapoteurs en Italie? 
Carmine Canino: En tant qu’ANPVU, avec le soutien fort d'INNCO, le réseau international des associations d'usagers, et d'autres associations italiennes indépendantes de producteurs, de distributeurs et des magasins d'Ecigs, nous avons lutté jusqu’au bout pour au moins obtenir une forte réduction de la taxe sur les e-liquides contenant de la nicotine, la détaxation et la sortie du régime des Monopoles (AAMS) des e-liquides sans nicotine et la reprise des ventes en ligne. Nous sommes à moitié satisfaits du résultat que nous avons obtenu. Selon moi, il va générer une reprise du secteur. Mais nous n'abandonnerons pas et nous nous battrons pour obtenir d'autres résultats importants, qui tiennent à cœur aux vapoteurs italiens.

  • Cette réduction massive de la surtaxe du vapotage constitue-t-elle une reconnaissance des effets néfastes de la politique anti-vapotage précédente?
Carmine Canino: Comme je l'ai dit, nous sommes contents de l'indéniable forte réduction de la taxe sur les liquides avec nicotine. Cela constitue sans aucun doute un bon résultat et c'est aussi la reconnaissance naturelle par le Gouvernement et les Institutions de la réduction établie des risques du vapotage par rapport au tabac brûlé. Mais notre bataille va continuer pour obtenir une détaxation complète et une sortie du régime des monopoles d’État des e-liquides sans nicotine. 

En tant que chimiste pharmaceutique, notre directeur scientifique, le Dr Fortunato Francia, a déjà structuré des projets scientifiques qu'il réalisera avec la collaboration du nouveau Centre de recherche sur la réduction des risques (CoEHAR) dirigé par le Pr Riccardo Polosa de l'Université de Catania. L'enjeu est d'étudier le rôle des liquides de vapotage, notamment ceux sans nicotine, dans une perspective de santé publique. Parallèlement, un projet impliquant le corps médical italien, en particulier les médecins généralistes, est à l’étude, à travers la mise en place d’un programme d’information médicale scientifique sur les vaporisateurs personnels, toujours organisé par la direction scientifique de l’ANPVU et le Pr Riccardo Polosa.

  • L'ANPVU a été créée relativement récemment. L'existence d'une association représentative des vapoteurs a-t-elle joué un rôle dans le changement de politique?
Carmine Canino: Je pense vraiment que oui: l'association ANPVU est aujourd'hui la seule voix libre des consommateurs italiens et donc sans conflit d'intérêts. Notre objectif principal est de protéger et de promouvoir la qualité et la sécurité des produits de vapotage vendus en Italie et de contrôler le bien-fondé des politiques gouvernementales en matière de vapotage. Il est clair que notre association, précisément pour ces raisons, a eu une influence positive sur les nouveaux choix du gouvernement en matière de taxation des e-liquides. 

  • Après cette longue bataille, l’association a t-elle déjà fixé de nouveaux objectifs?
Carmine Canino: Le défi de l'ANPVU, qui entretient une étroite collaboration fructueuse avec les associations les plus représentatives du secteur, telles que la COIV, l'ANAFE et UNIECIG, ainsi que la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), consistera certainement à promouvoir l'utilisation du vapotage comme instrument alternatif et moins nocif que le tabagisme. Et viser également à une classification correcte des instruments de réduction des risques en Italie. 

Nous continuerons à nous battre pour l'élimination de la mini-taxe sur les bases neutres, la sortie de l'AAMS et l'accès libre à la vente en ligne (et pas seulement pour ceux qui disposent d'un dépôt fiscal). Ainsi que de solliciter une coopération avec les institutions de santé, qui jusqu'à ce jour malheureusement manque beaucoup.

L'ANPVU, la COIV, UNIEcig et la LIAF ont défendu ensemble le vapotage avec une pleine page achetée dans les principaux quotidiens du pays le mois dernier

dimanche 2 décembre 2018

[Rumeur] Malaise chez Juul après les rumeurs de négociations avec Altria (Philip Morris USA) ?

Le Wall Street Journal (WSJ) a lancé le pavé dans la mare ce mercredi. Altria (Philip Morris USA) négocierait une entrée dans le capital de Juul Labs. Officiellement, les deux entreprises ont refusé tout commentaire aux médias. Cependant Kevin Burns, le Directeur de Juul Labs, a jugé opportun d'envoyer un mail à ses employés confirmant "l'intérêt important" de possibles d'investisseurs tout en qualifiant l'information du WSJ de "spéculation médiatique". Au sein des employés de la start-up de vapotage, les réactions oscillent entre incrédulité et colère, selon les informations exclusives du média Axios qui s'est procuré des échanges de mails internes. 

Un "pacte avec le diable" ?

"Parmi les employés qui ont cru à l'information [du WSJ], l'inquiétude porte principalement sur la manière dont Juul ferait un "marché avec le diable". Ce serait contraire à sa mission d'aider les fumeurs à quitter les cigarettes combustibles, explique l'un d'eux, rendant ainsi difficile de continuer pour les employés actuels et le recrutement de nouveaux", révèle Dan Primack pour Axios. D'autres employés de Juul pensent que la rumeur lancée par le Wall Street Journal est une opération de comm' d'Altria pour faire remonter ses cours boursiers

Altria insisterait depuis le début de l'année

Du côté du cabinet de conseils financiers Wells Fargo, la spécialiste du domaine Bonnie Herzog estime la rumeur de l'intérêt d'Altria fondée. Avec précaution, elle suppose que le cigarettier pourrait investir de 4 à 7 milliards $ pour acquérir de 30 à 40% du capital de Juul Labs. Un bon choix stratégique pour Altria estime l'analyste, au vue de l'écroulement des ventes de cigarettes.

Pour Axios, qui évoque aussi une offre de l'ordre de 5 milliards $, les propositions d'Altria auraient commencé au début de l'année. "Juul a rejeté la proposition initiale, mais Altria a persisté, revenant régulièrement à la charge avec des offres plus élevées", précise le média qui se veut pointu. 

Campagnes fédérales anti-Juul

Entre temps, l'administration Trump a déclenché des campagnes très agressives contre la Juul, accusée de provoquer rien de moins qu'une "épidémie" et une "tragédie". Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), a parachevé cette campagne en annonçant début novembre un plan de mesures contre la vente des arômes de vapotage autres que tabac et menthol dans les kiosques. 

Altria puis Juul avaient anticipé de quelques jours cette annonce en arrêtant d'eux-mêmes de fournir les commerces physiques en recharges de liquides autres que tabac et menthol. Ainsi qu'un système de contrôle serré de l'âge pour interdire les ventes en ligne de pods de Juul aux moins de 21 ans.

Arrivée de la Juul en Suisse

Ces événements influencent évidemment l'estimation de la valorisation de Juul Labs dans d'éventuelles négociations. Tout cela reste très opaque et sensible. D'autant plus que l'entreprise de vape californienne cherche à se développer en Europe. Après un lancement en Angleterre, la Juul va se trouver très prochainement dans les rayons de la chaîne de kiosques Valora, qui compte plus d'un millier de points de vente en Suisse. 

Dans la NZZ de dimanche dernier, Jonathan Green, directeur de Juul Suisse, précise avoir signé le 14 novembre le codex de la Swiss Vape Trade Association (SVTA), l'association des professionnels de vape. Il s'engage à ne pas vendre de Juul, y compris par internet, aux mineurs.

Bien qu'il ne soit pas très clair ce qui relève des commentaires du journaliste de la NZZ, dont on connait l'orientation, il semble confirmer que la Juul commercialisée en Suisse sera la version ultra-light européenne. Un produit qui dans cette configuration se distingue peu de ce qui existe déjà sur le marché. Où des produits similaires mais non propriétaires, pouvant être rechargés en liquide, évitent au consommateur d'être captif du système de capsules "à la Nespresso".

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