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mardi 22 décembre 2020

Traduction : La lettre de plainte du Dr K. Farsalinos contre une publication diffamatoire du journal le Monde


Un article publié en ligne samedi par le journal le Monde attaque ad hominem Clive Bates, ex-directeur de l’association anti-tabac britannique Action on Smoking and Health (ASH UK), et le Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue et chercheur renommé sur le vapotage et la nicotine. Vap'You a publié mes annotations à chaud sur l’article. A la lecture des précisions données par le Dr Konstantinos Farsalinos, cela va encore plus loin que ce j’avais identifié.

Après que je l’ai alerté sur la publication de cet article, le Dr Konstantinos Farsalinos a envoyé cette lettre de plainte au journal Le Monde. Il a également envoyé une lettre similaire, concernant un article quasi identique des mêmes auteurs publié en néerlandais sur le site de Vpro-Argos.

Voici ma traduction en français de la lettre du Dr Konstantinos Farsalinos, dont l’original en anglais est sur son drive (l’original anglais fait foi en cas de doute). Dessous, la capture d’écran du mail (adresses mail floutées par moi) qu’il avait envoyé le 21 novembre à Mme Eva Schram, une des journalistes de The Investigave Desk auteur de l’article avec la journaliste française du Monde Stéphane Horel.

Contenu diffamatoire dans un article du Monde

Cher rédacteur en chef,

J’ai été informé d’un article publié par Le Monde, intitulé « Petites ficelles et grandes manœuvres de l’industrie du tabac pour réhabiliter la nicotine », écrit par Stéphane Horel, Ties Keyzer (« The Investigative Desk »), Eva Schram (« The Investigative Desk ») et Harry Karanikas (« The Investigative Desk »). Le contenu de l’article qui me concerne est clairement et intentionnellement diffamatoire, préjudiciable pour ma réputation et insultant pour mon intégrité et mon éthique scientifiques. En outre, certains des auteurs n’ont pas présenté leurs propres conflits d’intérêts en rapport avec leur source de financement, ce qui crée un sérieux problème de transparence. 

Pour commencer, il est inapproprié que les auteurs de l’article de « The Investigative Desk » aient omis de divulguer leur financement de l’Université de Bath, comme cela est clairement mentionné sur leur site web (https://investigativedesk.com/about/). L’université de Bath a un programme de lutte contre la nicotine établi de longue date et a reçu des millions de dollars américains de financement de la fondation Bloomberg (https://www.bath.ac.uk/announcements/major-funding-announcement-puts-bath-tcrg-at-centre-of-new-20-million-global-industry-watchdog/). 

Bloomberg et l’Université de Bath ont tous deux un riche passé d’attaques ad hominem contre toute personne qui publie des études sur la nicotine et la réduction des dommages causés par le tabac et qui soutiennent leur rôle dans la lutte contre le tabagisme et la réduction de la prévalence du tabagisme. Ce dogmatisme et ce préjugé anti-nicotine, qui ne reposent sur aucune preuve scientifique puisqu’ils ne sont pas réalisés par une évaluation critique des études, ainsi que les millions de dollars de financement à cet effet, représentent un conflit d’intérêts évident. Les auteurs de l’article du journal Le Monde n’ont pas présenté leur conflit d’intérêts, ce qui constitue une violation de transparence. Il est intéressant de noter qu’ils n’ont pas non plus présenté leur conflit d’intérêts lorsqu’ils m’ont contacté, comme le montre ma réponse (incluse dans un écran d’impression au bas de cette lettre).

Il est important de noter que l’article est plein d’inexactitudes et de fausses déclarations à mon sujet, et que les auteurs ont intentionnellement omis des informations critiques dont ils avaient connaissance par le biais de notre échange de courriels. À cette fin, j’ai joint dans ce document (sous forme d’écran imprimé) ma réponse aux questions posées par Mme Eva Schram [journaliste de The Investigative Desk]. Dans ma réponse, vous pouvez trouver toutes les informations que je lui ai fournies. 

Le titre de l’article fait référence aux « manœuvres de l’industrie du tabac », et présente mon travail sans mentionner CLAIREMENT que je n’ai jamais été financé pour une quelconque activité de recherche par l’industrie du tabac. Il est clairement diffamatoire de faire référence à mon travail dans un article portant ce titre. De plus, les auteurs ont intentionnellement omis de mentionner que je ne reçois aucun salaire, aucune rémunération, ni même aucun matériel du laboratoire de l’université de Patras que dirige le Pr Poulas. Cela est clairement mentionné dans ma réponse et aurait pu être vérifié de manière indépendante par les auteurs. Par conséquent, je n’ai aucun conflit d’intérêts à signaler concernant le laboratoire de l’université de Patras. 

Ils parlent également du financement qui a été accordé à mon ancienne affiliation pour couvrir les coûts de la recherche, mais ils ont intentionnellement omis de mentionner que cela s’est passé en 2013 et que ni moi ni aucun autre chercheur n’avons reçu de compensation financière ou autre (comme cela est clairement mentionné dans ma réponse à Mme Schram). 

En outre, les auteurs font référence à la rémunération que j’aurais reçue de l’AEMSA (une association officiellement à but non lucratif, statut 501 (c)(6) par l’IRS) pour ma présence en tant qu’expert lors des réunions avec la FDA. Il s’agit d’une désinformation fausse et claire, je n’ai jamais été rémunéré ni reçu d’honoraires pour ces réunions, et j’étais présent à cette réunion en tant que scientifique indépendant et non en tant que représentant de l’AEMSA ou de quelqu’un d’autre. L’AEMSA a financé une étude en 2013, qui a donné lieu à deux publications. Dans les deux publications (en 2014 et 2015), la source de financement est mentionnée de manière claire et transparente (https://www.nature.com/articles/srep04133 et https://www.nature.com/articles/srep11269). 

Toutes mes lettres et mes arguments à l’égard des régulateurs sont présentés dans l’article comme étant motivés par des incitations de l’industrie du tabac ou de la cigarette électronique, ce qui est faux et clairement diffamatoire. Mon travail avec Clive Bates n’a été ni financé ni organisé par qui que ce soit. Il s’agissait d’une coopération entre nous deux, sans parrainage, sans incitation et sans soutien organisationnel de qui que ce soit. Il s’agit donc d’une autre déclaration diffamatoire présentée dans l’article du Monde. Les auteurs de l’article du Monde me présentent comme un consultant et un activiste. Je n’ai jamais travaillé en tant que consultant et je n’ai jamais adopté/adhéré à une position militante. 

De plus, toutes mes déclarations de conflits d’intérêts sont transparentes et exactes, contrairement aux fausses déclarations des auteurs concernant des conflits supposés non déclarés. Je respecte toujours les directives de déclaration de conflits du Comité international des rédacteurs de revues médicales et toute autre directive spécifiquement fournie par les revues où je publie mes études. Par conséquent, toutes les déclarations concernant ces points contenues dans l’article du Monde sont fausses et clairement diffamatoires

Tous mes travaux concernant la nicotine et le COVID-19 se réfèrent aux produits pharmaceutiques de nicotine, et non aux cigarettes, e-cigarettes, produits chauffés à base de tabac, snus ou toute autre alternative au tabagisme. Il n’y a pas un seul mot mentionné dans mes publications concernant un autre produit que les produits pharmaceutiques (nicotine ou autres médicaments qui agissent sur les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine). Aucune de mes études n’a été financée par l’industrie du tabac, de la cigarette électronique ou de la pharmaceutique. La position des auteurs selon laquelle ce travail soutient les produits alternatifs au tabac est irrationnelle, insultante et clairement diffamatoire.

Enfin, les auteurs suggèrent que j’ai peut-être participé à un effort de création d’un centre d’excellence financé par la Fondation Smoke-Free World (FSFW - Fondation pour un monde sans fumée) par le biais d’une subvention accordée au parc scientifique de Patras. Je n’ai aucune affiliation, coopération ou tout autre engagement en rapport avec ce parc scientifique. Je n’ai jamais été impliqué dans un projet de création d’un centre d’excellence. Cette déclaration est non seulement clairement diffamatoire et insultante, mais elle soulève également de sérieuses questions sur l’éthique des auteurs et du Monde qui font publiquement de telles affirmations sans fondement.

En conclusion, l’article publié par le Monde est insultant, intentionnellement diffamatoire et préjudiciable à mon intégrité personnelle et scientifique et à mon éthique, car :

1. Il me présente faussement, ainsi que mon travail, dans un article traitant des tactiques de l’industrie du tabac alors qu’aucun de mes travaux de recherche n’a jamais été financé par l’industrie du tabac.

2. Il me présente faussement comme étant rémunéré pour des réunions avec les régulateurs américains et comme représentant d’autres personnes dans ces réunions.

3. Il me présente faussement comme un consultant et un activiste pour l’industrie du vapotage.

4. Il présente faussement mon travail scientifique et mes lettres et arguments scientifiques aux autorités de réglementation comme étant motivés par les incitations de l’industrie du tabac ou du vapotage.

5. Il présente faussement des conflits concernant le laboratoire de l’université de Patras qui n’existent pas parce que je n’ai reçu aucun salaire, aucune autre rémunération ou aucun matériel de ce laboratoire.

6. Il suggère faussement que j’aurais dû présenter différents conflits d’intérêts dans mes études, ce qui est clairement diffamatoire.

7. Elle suggère à tort que mes études sur la nicotine et le COVID-19 sont liées aux produits du tabac ou aux e-cigarettes, alors que toutes mes études ne concernent que les produits pharmaceutiques.

8. Elle me présente faussement comme ayant des liens avec le Parc scientifique de Patras et comme ayant des projets de création d’un centre d’excellence financé par la Fondation Smoke-Free World (FSFW).

9. Les auteurs de l’article ont caché leurs propres conflits d’intérêts et n’ont pas déclaré leur financement par des croisés anti-nicotine bien connus, dont le travail implique des attaques ad hominem contre les scientifiques sans avoir d’objection ni présenter de jugement critique sur le contenu de leurs recherches.

Pour ces raisons, j’exige :

1. Le retrait immédiat de l’article de toutes les déclarations faisant référence à mon nom. Elles sont toutes diffamatoires.

2. La publication d’excuses pour toutes les déclarations inexactes faites à mon égard, par le biais d’une note de rétractation qui sera clairement visible pour tous les lecteurs.

3. La présentation claire des conflits d’intérêts pour tous les auteurs de l’article du Monde.

Je me réserve le droit de demander un avis juridique et d’engager une action en justice contre le Monde et chaque auteur séparément pour cet article, qui est intentionnellement diffamatoire, faux, trompeur, et a causé des dommages à ma réputation et à mon intégrité personnelle et scientifique.

Vous trouverez ci-dessous ma réponse à Mme Eva Schram, sous forme d’une capture d’écran, qui représente la preuve incontestable que les auteurs de l’article du Monde disposaient d’informations cruciales qu’ils ont omis de divulguer. Par conséquent, toutes leurs actions étaient intentionnellement diffamatoires et il reste à savoir si et dans quelle mesure elles étaient motivées par leur financement par l’Université de Bath (c’est-à-dire Bloomberg), ce qui constitue un conflit d’intérêts clair, mais non déclaré. Je précise que cette lettre sera immédiatement rendue publique.

Respectueusement, 

Le 22 décembre 2020

Konstantinos Farsalinos, MD, MPH



lundi 21 décembre 2020

Le Dr Ivan Berlin fait-il des cachotteries sur ses liens d’intérêts avec Pfizer ? [MàJ]

Ayant longtemps prétendu n’avoir aucun lien d’intérêt, le Dr Ivan Berlin a publié sa déclaration au registre de transparence le 7 mai dernier. Mais elle ne couvre que le dixième des plus de 30 000 € versés par Pfizer que nous avons pu retracer, aux côtés de contrats dont les montants restent inconnus. Impliqué dans un essai clinique comparant le vapotage au Champix et extrêmement influent en coulisse auprès des autorités de santé en France, les manquements d’Ivan Berlin interpellent.


Il a longtemps prétendu ne pas avoir de lien d’intérêt. Puis le 7 mai dernier, le Dr Ivan Berlin a enfin fait sa déclaration d'intérêts au registre de transparence du Ministère de la santé français (document en fin d'article). Il y fait état de versements de 1000 € de la part de Pfizer pour « une communication par an à un congrès les 3 dernières années ». Soit 3000 € de la multinationale pharmaceutique pour les cinq dernières années concernées par l’obligation de transparence pour les acteurs de santé participants à des organes officiels. Cependant d’après nos recoupements de la base de données, avec l’aide du logiciel en ligne Eurosfordocs (voir les annexes en fin d'article), il s’avère que Pfizer déclare officiellement avoir versé 30 490 €, dont 28 800 € de rémunération, au Dr Ivan Berlin. Le registre signale aussi plusieurs contrats de convention de Pfizer en sa faveur sans renseigner les montants.

[Mise à jour 23 décembre 2020 : commentaire du Dr Ivan Berlin à cet article ajouté en annexe]

Omissions en mission

Missionné dans le Groupe de travail nicotine et Covid-19, créé au printemps par le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP), le pharmacologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris et du CHU de Lausanne en Suisse, pourrait s’exposer à des poursuites. En effet, l’article L 1454-2 du code de la santé publique français prévoit une amende jusqu'à 30 000 € pour les acteurs de santé publique qui participent « à des commissions, groupes de travail ou des instances collégiales » omettant sciemment de déclarer ou en fournissant une information mensongère qui porte atteinte à la sincérité de la déclaration.

Pourtant, pour ainsi dire omniprésent dans des organes concernant le tabagisme et le vapotage, Ivan Berlin n’avait jamais fait état de ses liens d’intérêts jusqu’en mai. Pire, à plusieurs reprises il a déclaré publiquement ne pas en avoir. Ceci alors qu’il participe régulièrement aux réunions de coordination du Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) et auparavant à celles de son ancêtre le Programme national de réduction du tabagisme (PNRT). Le pharmacologue était aussi membre du groupe de travail sur le vapotage de 2016 à 2018. 
« Il m’appartient, à réception soit de l’ordre du jour de chaque réunion pour laquelle je suis sollicité(e), soit de l’expertise que l’organisme souhaite me confier, de vérifier si l’ensemble de mes liens d’intérêts sont compatibles avec ma présence lors de tout ou partie de cette réunion ou avec ma participation à cette expertise », Ivan Berlin, déclaration publique d’intérêts le 7 mai 2020.

En public

En plus d’avoir omis de faire sa déclaration durant ces années, Ivan Berlin a régulièrement prétendu en public ne pas avoir de lien d’intérêt. Exemple en avril 2019, Ivan Berlin livre une conférence au Centre hospitalier Henri Laborit de Poitiers sur les « systèmes alternatifs de délivrance de la nicotine ». Derrière ce terme, la présentation traite essentiellement du vapotage, avec quelques brefs mots sur les cigarettes chauffées. Sur le slide d’introduction, Ivan Berlin indique n’avoir « aucun lien d’intérêt » (voir vidéo plus bas).

En janvier dernier, le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) publiait un avis d’experts sur le tabagisme pendant la grossesse. Le document diffusé aux membres de la corporation soulève une controverse dans le milieu médical, comme l’évoque un article de Libération ce 30 juin. Parmi les seize auteurs du document, Ivan Berlin est le seul du domaine de la tabacologie. En fin de document, une mention brève : « Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec ce texte »

À noter que face à la vague de rechutes tabagiques de femmes enceintes affluant notamment dans les groupes d’entraide depuis le début de l’année, l’association Sovape a récemment publié un dossier sur le sujet, accompagné des avis de la Dre Marion Adler et du Dr William Lowenstein.

Des avis à la Ministre

Membre du bureau de la Société francophone de tabacologie (SFT), Ivan Berlin a rédigé des avis de l’organisme à destination de décideurs politiques et autorités de santé. Par exemple, un document daté du 19 juin 2019 adressé à Agnès Buzyn, alors Ministre de la santé, présente des arguments pour contrer une demande d’un parlementaire en faveur d’intégrer l’outil du vapotage à la lutte anti-tabac. Or légalement, faire état de ses liens d’intérêts relève de la responsabilité individuelle, a fortiori dans une activité d’influence telle que préparer un avis d’une autorité publique.

Les exemples d’absence de déclaration ou de déclarations d’absence de lien d’intérêts pourraient être multipliés, y compris donc lors de contacts avec des décideurs politiques ou de santé publique.
  • Ivan Berlin n’a pas fait de déclaration au registre de transparence, obligatoire depuis 2011, pendant des années alors qu’il participait à des groupes de travail, des réunions sur la politique contre le tabac, qu’il a participé à rédiger des documents à destination des autorités et des avis de sociétés savantes ; 
  • En public, Ivan Berlin a prétendu n’avoir aucun lien d’intérêt ; 
  • Finalement publiée en mai, sa déclaration publique de liens d’intérêt ne coïncide pas avec les sommes que Pfizer déclare au registre de transparence lui avoir versées. La multinationale annonce des montants au total près de dix fois supérieurs à la déclaration d’Ivan Berlin. Certaines conventions ne sont pas renseignées sur les montants versés.

Étude ECSmoke : y a-t-il un biais dans le vapotage ?

Le Dr Ivan Berlin dirige également l’étude ECSmoke qui met en compétition vapotage et Champix (varénicline), un médicament de Pfizer, dans leurs capacités à aider à arrêter de fumer. L’étude a pris une année de retard en 2016 après un appel d’offres pour du matériel avec des spécifications impossibles, auquel aucun fournisseur ne pouvait répondre. 

À son lancement en 2018, son protocole a été très critiqué. Notamment, du fait que les participants du groupe à qui est fourni une vaporette avec nicotine n’ont accès qu’à un seul liquide en un seul arôme (« tabac blond ») et à un seul taux de nicotine de 12 mg/mL. Ces conditions restrictives poussent artificiellement à l’échec tous ceux qui ne supportent pas ce goût et ceux pour qui ce taux de nicotine est inadapté. Que cette concentration de nicotine soit trop forte, par exemple pour des bronches irritées par les années de tabagisme, ou trop faible pour subvenir aux besoins nicotiniques du participant, qui le poussera à combler son manque avec une cigarette. 

De son côté le Dr Berlin insiste que son étude est en double aveugle, méthode connue pour limiter les effets de biais. Mais le directeur de l’étude, lui-même extrêmement partial sur le sujet, crée, notamment à travers des conférences dans les centres d’études, des environnements défavorables au vapotage. La conférence à Poitiers, un des centres de l’étude, en est un exemple (voir extraits vidéo). Comment prémunir l’étude du biais provoqué par cette pollution des professionnels de santé impliqués ?

Le 23 novembre 2018, le Dr Berlin répondait aux critiques sur son protocole dans une interview à Medscape, précisant notamment que « cette étude est complètement indépendante de l’industrie du tabac et de l’industrie de pharmaceutique »

Le déni pharmaceutique

Notre examen montre que le Dr Berlin a au minimum tardé plusieurs années à déclarer ses liens d’intérêts alors même qu’il agissait dans des cercles d’influences et des organes liés au Ministère de la Santé. Il a caché ses liens d’intérêts au public, notamment lors de conférences. Enfin, sa déclaration datée du 7 mai semble très fortement minimiser les sommes perçues du géant pharmaceutique Pfizer. Ces trois comportements pourraient faire l’objet de sanctions.

Le seront-ils ? Ils le seraient dans un monde où l’éthique à sa place. Mais dans l’environnement de la « lutte anti-tabac » française, cela me paraît improbable. Le Dr Ivan Berlin bénéficie d’une protection qui l’a mis à l’abri de toute critique jusque-là. En dépit de ses dénégations, ces liens avec Pfizer n’étaient de longue date plus qu’un secret de polichinelle. 

Le regretté journaliste médical Jean-Yves Nau l’évoquait de manière à peine voilée en octobre 2018. « Arrêter de fumer avec (ou sans) conflits d’intérêts : que s’est-il passé à l’OpenMind Kfé ? » titrait-il se moquant de la publiconférence d’Ivan Berlin et de sa collègue Anne-Laurence Le Faou présentant des études vieilles de trois à quatre ans financées par Pfizer pour assurer la promotion du Champix devant les journalistes. 
Précisons qu’Anne-Laurence Le Faou a elle-même perçu plus de 12 000 € de Pfizer dont 8900 € de rémunération, ces cinq dernières années. Une dizaine de contrats entre la firme pharmaceutique et la présidente de la Société Francophone de Tabacologie restent non renseignées sur leurs montants dans le registre de transparence.

Les gains des pharmaceutiques

Pourquoi un tel silence complice des collègues d’Ivan Berlin? Il y a des raisons dont on peut se douter, mais sans oser les écrire au risque de poursuite. Parmi celles que l’on peut tout de même évoquer, bien qu’elle soit tabou, l’idée que les liens d’intérêts avec les géants pharmaceutiques ne constitueraient pas des conflits d’intérêts dans le domaine de la tabacologie. 

Pourtant, une revue d’études qui fait référence sur l’impact économique du tabagisme, publiée dans Tobacco Use Insights en 2015, estime qu’environ « 15 % du total des dépenses de santé dans les pays à revenu élevé peuvent être attribués au tabagisme »

Cela donne un ordre de grandeur de la part du chiffre d’affaires des pharmaceutiques produit grâce au tabagisme. Le chiffre d’affaires mondial de la pharmaceutique a dépassé les 1100 milliards $ en 2019, selon le regroupement des entreprises du médicament (LEEM)
« Le tabagisme cause environ 80 % des décès par cancer du poumon, environ 80 % des décès par bronchite et emphysème et environ 17 % des décès par maladie cardiaque. Plus du quart de tous les décès par cancer peuvent être attribués au tabagisme », 
Victor Ekpu et Abraham Brown dans Tobacco Use Insights en 2015.

Avec 15% de ce chiffre d'affaire, les revenus pharmaceutiques engendrés grâce aux maladies liées au tabagisme dépasseraient les 150 milliards $ annuels. L'explosion des prix des nouvelles thérapies anti-cancer, dont les premiers traitements se négocient à plus de 300000€, pourraient encore faire grimper ce montant. Enfin, la mise à l'écart de la nicotine pour soigner certaines maladies neuro-dégénératives au profit de molécules brevetées beaucoup plus profitables pour les laboratoires pharmaceutiques est soufflée par des chercheurs. Le Pr Paul Newhouse, du Vanderbilt University Medical Center, l'évoque dans le récent document 'You don't know Nicotine' (en accès sur la plateforme Ibex depuis le 1er décembre). 

Les financements secrets de la guerre au vapotage

Dans le top 10 des Big Pharma, Pfizer dépasse 46 milliards $ de chiffre d’affaires annuels. La multinationale américaine a ciblé le vapotage dans son travail de lobbyisme. A l'été 2019, le magazine allemand Spiegel révélait la corruption et le noyautage par Pfizer de l’Alliance Contre le Tabac allemande (ABNR), dirigée par Martina Pötschke-Langer, dans le but spécifique de discréditer l’arrêt tabagique à l’aide du vapotage. 

En Espagne, la presse s’est fait écho de doutes sur la politique de María Carcedo, Ministre de la santé par intérim de septembre 2018 à janvier 2020. « Des géants pharmaceutiques tels que Pfizer, avec l’approbation du gouvernement de Pedro Sánchez, sont déterminés à criminaliser le secteur du vapotage. Des millions d’euros publics et privés qui, au lieu de cibler le tabac, servent à attaquer la vape », explique le journal OK Diario en octobre 2019.

Dans les années 1980', Pfizer avait profité de la longue guerre de plus d’une décennie contre Nicorette, pour acheter à sa fin à bon prix la marque de substituts nicotiniques. Les gommes sont alors rapidement autorisées à la vente, mais seulement sous statut pharmaceutique. En 2016, Pfizer l’a revendu à Johnson & Johnson. 

Toujours pas d’AMM pour le concurrent au Champix, dix fois moins cher

Cependant, Pfizer détient toujours la Varénicline, vendue sous les noms de Champix ou Chantix, un des rares médicaments homologués pour l’arrêt tabagique. Ce qui devrait être son concurrent « naturel », avec une efficacité similaire et moins d’effets secondaires, la Cytisine n’a pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Bien qu’on ait plus de 50 ans de recul sur ce produit vendu sous le nom de Tabex dans les pays d’Europe de l’Est depuis les années 1960. Son principe actif, extrait d'une plante, n’est pas brevetable et le prix du traitement est environ dix fois moindre qu’avec le Champix. 

Pour rappel, Pfizer avait été évoqué lors du procès en 2016 des comptes cachés en Suisse de Jérôme Cahuzac. L’ancien ministre évoque devant la cour « deux versements des laboratoires Pfizer ». « Et ajoute que cette industrie pharmaceutique “a financé tous les politiques et certains plus que d’autres” », selon le compte-rendu du magazine Marianne

Liens ou conflits d'intérêts ?

De quoi s’interroger légitimement si les liens d’intérêts avec Pfizer dans le domaine de la tabacologie ne constituent vraiment que de simples liens d’intérêts et non pas de réels conflits d’intérêts. A fortiori lorsque le bénéficiaire, à l'image d'Ivan Berlin, tente de les cacher et diffuse des opinions douteuses.

Annexes : 

Vérifier les déclarations d’intérêts en France, marche à suivre

Le site transparence.sante.gouv.fr recueille les données sur les rémunérations, conventions et avantages aux professionnels de santé et organisations du domaine déclarés par les laboratoires pharmaceutiques. « Les déclarations sont extrêmement riches, mais le site public ne permet pas de les explorer facilement. Au point que ce dispositif de transparence est généralement perçu comme opaque. Le collectif Euros For Docs simplifie l’accès à la base Transparence-Santé », explique https://www.eurosfordocs.fr. Il suffit de se connecter pour faire une recherche.

Le numéro du répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) d’Ivan Berlin est le 1000417716. Bien qu'il offre plus d'informations au public qu'avant sa création, certaines données restent lacunaires sur le registre de transparence, notamment des montants non indiqués. 

Dans sa propre déclaration d'intérêts du 7 mai 2020, Ivan Berlin mentionne deux liens d’intérêts financiers. Avec les laboratoires Kinnov Therapeutics, et la multinationale Pfizer. Les deux financements déclarés sont de 1000 € chacun par an. 

Pour Kinnov Therapeuthics, Ivan Berlin déclare participer au comité de surveillance de tests cliniques. Le médicament, nommé KT-110, vise à modérer la consommation d’alcool chez l’usager. Le laboratoire d’Orléans a bénéficié d’un investissement de 2,5 millions € d’un grand labo pharmaceutique resté anonyme sur ce projet. À l’avenir, Kinnov espère démontrer d’autres applications thérapeutiques du produit, telles que l’arrêt tabagique.

Par ailleurs, Ivan Berlin déclare recevoir 1000 € de Pfizer pour « une communication par an à un congrès les 3 dernières années ». Sa déclaration le signale sous la rubrique « rédaction d’article », ce qui est probablement une erreur.  Le congrès en question n’est pas spécifié. Comme expliqué ci-dessus, cette somme ne correspond pas aux données du registre de transparence.

Documents :

Screenshot des sommes que les laboratoires pharmaceutiques déclarent 
avoir versé à Ivan Berlin sur le registre de transparence (click pour agrandir)

Déclaration officielle le 7 mai 2020 d'Ivan Berlin :

Mise à jour: Réponse du Dr Ivan Berlin en commentaire à cet article le 23 décembre 2020 :

 Cher M. Poirson,

J’ai bien lu votre blog me concernant. Je regrette que vous deviez passez autant de temps sur ma personne. Vous auriez pu me contacter directement pour avoir les informations plus adéquates que vous rapportez.
Mais pour parler de l’essentiel : J’ai initié l’étude ECSMOKE https://bmjopen.bmj.com/content/9/5/e028832.info  parce que je suis convaincu que la cigarette électronique est un futur traitement dans le sevrage tabagique. L’objectif de l’étude, écrit partout, est de montrer que la CE avec nicotine est aussi bien que la varénicline : hypothèse de non-infériorité voire mieux : hypothèse de supériorité. Je consacre actuellement une grande partie de ma vie professionnelle pour montrer, mais selon les règles de l’art de la recherche clinique, que la CE est une future aide au sevrage tabagique. (Par exemple : j’interrompt mes vacances et fais 200 km pour voir 2 participants de l’étude.) 
Je souhaiterais que vous transmettiez cette information à tous les membres de votre association SOVAP qui me font des injures, me traitent d’ « antivape » et tiennent des propos diffamatoires. Je peux vous informer de tous les aspects méthodologiques de ce projet pour éviter toute mésinterprétation du protocole. De plus, dans l’intérêt de tous les fumeurs, vous pourriez participer au recrutement de cette étude en dirigeant des fumeurs vers nos centres hospitaliers ce qui accélèrerait l’obtention plus rapide des résultats. 
Ivan Berlin

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mercredi 16 décembre 2020

Taxe anti-vape européenne : la Commission veut entendre votre avis sur sa feuille de route


« La Commission aimerait connaître votre point de vue. Cette feuille de route est ouverte aux avis pendant 4 semaines ». Jusqu’au 5 janvier sur son site, la Commission européenne invite les citoyens à s’exprimer sur son agenda de révision de la directive des taxes du tabac (TED). Malgré son nom, cette révision ne concerne pas seulement le tabac, puisque l’administration européenne veut y inclure les « nouveaux produits », dont le vapotage et les nicotine pouches sans tabac, ainsi que le tabac chauffé. 

« L’harmonisation de la taxation de nouveaux produits » est même un des principaux objectifs de la révision de la TED. « L’examen portera sur l’harmonisation des régimes fiscaux applicables à ces produits (en particulier les cigarettes électroniques et les produits du tabac chauffés, ainsi que les nouveaux produits oraux modernes) en tenant compte de l’expérience pertinente acquise par les États membres », précise le site de la Commission. Une évaluation d’impact succincte et non traduite (!) borne cette feuille de route. 

En résumé, une feuille de route en forme d’impasse :

  • Politique du fait accompli avec une feuille de route qui prédétermine un cadre très étroit de propositions de révision qui semble aller dans un seul sens, celui de taxer les moyens de réduction des risques, dont le vapotage ;
  • Aucune mention des effets indésirables potentiels d’une taxation des produits à risque réduit, ni des coûts cachés qu’elle engendre, malgré les exemples existant dans l’UE. La Commission prévoit d’auditionner les responsables de ces politiques nationales, sans critique indépendante ;
  • Bien que le plan cancer soit cité, aucune analyse des effets de réduction des risques d’une transition des fumeurs vers le vapotage et les effets sanitaires, sociaux et économiques positifs qui peuvent en découler ;
  • Absence de prise en compte des travaux du parlement européen sur le Plan cancer ;
  • Tabou sur l’utilisation de l’argent récolté par les taxes, tous produits confondus ;
  • Tabou sur la régressivité des accises sur le tabac et leur accentuation des inégalités sociales de santé, et donc absence de réflexion sur les moyens de réduire cette fracture sociale ;
  • Absence de traduction des documents stratégiques, pas de prise en compte des avis des acteurs socio-sanitaires de terrain ni des usagers exprimés aux deux consultations précédentes, ni d’audition prévue de ces groupes directement concernés par la TED.

L’opportunité d’une taxe plafonnée à 0 % pour la réduction des risques ?

« Les feuilles de route décrivent le problème à résoudre et les objectifs à atteindre », selon le site de la Commission. La Commission annonce que sa révision de la TED « s’inscrit dans le cadre du plan de lutte de l’UE contre le cancer ». Un des objectifs est donc de santé publique, face aux méfaits établis du tabagisme. 

Selon la méta-analyse du Pr Williams Stephens, le vapotage permet une réduction de 99,6 % du risque cancérigène par rapport aux cigarettes. Faut-il s’attendre alors à ce que la Commission plafonne à un niveau réduit les taxes contre les moyens de sortir de la cigarette ? 

Encourager à arrêter de fumer en facilitant l’accès aux alternatives à risque réduit semble s’imposer de bon sens. Les substituts nicotiniques sont par exemple astreints à une TVA à taux réduit en France. La même chose pourrait s’appliquer au vapotage, des élus Britanniques en discutent d’ailleurs.

Proposer que la TED plafonne à 0 % toute surtaxe sur les produits à risque réduit semble opportun. La mesure pourrait même être accompagnée d’une clause stipulant qu’elle soit levée lorsqu’un État membre atteint un niveau inférieur à 5 % de fumeurs dans sa population adulte. Ceci permettrait aussi d’harmoniser entre les pays la taxation de la réduction des risques et éviter un tourisme d’achat, qui constitue l’autre objectif de la Commission.

Parodie de consultation ?

En principe rien ne s’oppose à de telles propositions. Mais les éléments du document d’évaluation d’impact montrent que la Commission se prépare, à l’inverse, à punir les personnes ayant quitté la cigarette pour des produits à risque réduit. Non seulement elle n’évoque pas de réduction des taxes sur les produits à risque réduit pour aider les fumeurs à sortir de la cigarette, mais elle assimile implicitement ces produits au tabac. 

Le contenu de l’évaluation d’impact fleure la politique du fait accompli. À la fin du document, la Commission annonce que « l’introduction de nouvelles catégories fiscales pour les nouveaux produits et le tabac brut ne devrait pas entraîner de charge supplémentaire significative ». On a un sentiment de décision déjà prise. Ceci alors que la Commission a déjà sondé par deux fois citoyens et organisations sur le sujet en 2016 et 2018. Avec les deux fois une réponse claire : plus de 89 % des répondants ont rejeté le projet de taxe anti-vape.

Une Commission sourde au public concerné, élus et scientifiques

Au mépris de ses avis, la Commission oriente ses efforts pour introduire une taxe non pas plafond, mais plancher contre le vapotage. À moins d’être vendeurs de traitement du cancer, on a du mal à voir en quoi surtaxer les moyens d’arrêter de fumer pourrait être positif dans le cadre du plan de lutte contre le cancer revendiqué par la Commission. Alors qu’elle annonce l’audition des divers lobbys, elle n’a pour le moment pas prévu de consulter ni les associations des usagers de produits à risque réduit ni les acteurs socio-sanitaires de terrain. 

La Commission ne semble pas non plus vouloir attendre les travaux parlementaires consacrés au plan cancer (BECA). Pourtant, ceux-ci ont largement discuté de la réduction des risques face au tabagisme lors de sa dernière séance du 2 décembre, où étaient auditionnées la Pr Ute Mons, encore récemment directrice du Centre de recherche sur le cancer allemand (DKFZ), et la Dre Natalya Chilingirova, cancérologue à l’Hôpital universitaire de Pleven (Bulgarie). 

Durant cette session, parmi plusieurs députés intervenant sur le sujet, l’italien Pietro Fiocchi a d’ailleurs signalé les mots d’ordre hostiles à la réduction des risques de la Commission européenne, en dépit des données scientifiques. [Audience en replay sur le site du parlement avec doublage disponible (attention, la traductrice française a fait quelques contresens par moment ;) )]

La taxe qui tue 

En durcissant encore l’accès au vapotage face aux cigarettes, la surtaxe s’ajouterait aux entraves existantes, notamment la limite trop basse du taux de nicotine et le gonflement artificiel des prix avec les limites des contenants à 10 ml issus de la directive TPD. Ainsi que dénigrement orchestré par les lobbys dans les médias. Le résultat brut est une privation du droit fondamental à préserver son intégrité personnelle pour les fumeurs les plus pauvres et les plus dépendants. 

Cet effet réel de déni d’un droit formel sera étendu par la surtaxe. Un retour forcé au tabagisme, ses maladies et ses ponctions fiscales pour des millions d’Européens. Pourtant, sans sourciller, la Commission européenne affirme dans son évaluation, « qu’aucun impact sur les droits fondamentaux n’est attendu ». Sic ! Seulement la condamnation aux maladies et à la mort. 

La transformation symbolique des perceptions du public

Au-delà de l’effet direct contre les couches les plus défavorisées, les plus touchées par le tabagisme, l’assimilation du vapotage au tabagisme par la taxe aura des conséquences sur la perception sociale de l’objet, des utilisateurs et des vendeurs. 

En appliquant une taxe sur la vape comme sur les cigarettes, les vapoteurs sont réduits à des fumeurs et les professionnels de vape à des cigarettiers. Le premier geste, celui de mettre le pied dans la porte, serait acquis pour une trajectoire de taxation sur le modèle cigarettier.

Le rabattement de la vape à un élément du monde du tabac s’inscrit dans une vague de fond pour exclure les deux parties prenantes, que sont les usagers et les professionnels indépendants de vape, des débats politiques et de santé publique. La force symbolique d’une surtaxe tabac validera cette mise à l’écart sur la durée et un changement profond de perception des acteurs eux-mêmes. 

Au niveau interne de la sphère de la vape, il y a actuellement un sentiment de communauté et d’un intérêt commun. Une taxation punitive contre les utilisateurs pourrait miner ce sentiment et les pratiques d’entraide à l’arrêt tabagique nées dans son sillage. Forcément dévalorisées par une taxe, elles seront également d’autant plus attaquées par les organisations bénéficiant des subventions liées à ces taxes et qui viseront à justifier leur augmentation.

Faillites, marché noir et tabac

Sur le plan économique, la Commission annonce dans son agenda que « pour la taxation des nouveaux produits, l’impact sectoriel sera étayé par des études de cas sur l’expérience acquise par les États membres qui ont déjà mis en œuvre une telle taxe ». Les États responsables de ces politiques les présenteront de manière avantageuse pour eux-mêmes. Une analyse indépendante pourrait révéler d’autres réalités : 

  • En Finlande, 71 % des magasins spécialisés en vape ont fermé en 2018, l’année suivant l’introduction de la taxe, selon les données de l’Autorité nationale de surveillance du bien-être et de la santé (Valvira). Le taux de fumeurs dans la population adulte qui avait baissé à 16 % en 2013 est remonté à 19 % en 2018.
  • En Italie, l’État a dû rétropédaler et délayer les créances des vape shops en décembre 2018 pour ne pas mettre en faillite la quasi-totalité de la filière. Un effet de vases communicants corrélé à la taxe a fait repasser un million de vapoteurs vers le tabagisme. Depuis la réduction par cinq de la taxe (par dix sur les liquides sans nicotine), la filière repart, mais un marché noir persiste et mobilise toujours des coûts pour sa traque par la Guardia di Finanza. Le tabac chauffé profite aussi largement de la taxe anti-vape pour prendre des parts de marché. 
  • Les Portugais sont livrés aux cigarettes moins chères que la vape surtaxée, ce qui maintient le tabagisme et son cortège morbide dans le pays. 
  • En Estonie, les vapoteurs recourent pour 85 % d’entre eux au marché noir. La situation est si alarmante que le parlement a décidé de suspendre la taxe anti-vape à partir de ce 1er décembre. Etc.
Si la Commission voulait prendre en compte les conséquences réelles des exemples catastrophiques des taxes anti-vape en Europe, elle n’en aurait pas même présenté le projet au Conseil Européen. 

La Commission se moque-t-elle aussi des ministres des Finances ?

Enfin, la Commission tente d’enfumer les gouvernements actuellement non taxateurs en prétendant que « l’introduction de nouvelles catégories fiscales pour les nouveaux produits et le tabac brut ne devrait pas entraîner de charge supplémentaire significative ». En réalité, l’introduction de taxes contre les produits à risque réduit contient des coûts cachés qui sont/seront non seulement financiers, mais aussi sociaux et sanitaires.

L’émergence de pratiques de contournement des prix gonflés de taxes par les plus démunis s’accompagne de risques sanitaires. Par exemple, l’autoproduction de liquide avec des produits alimentaires non prévus pour le vapotage est devenue pratique courante en Finlande. 

L’afflux de consommateurs peut aussi permettre l’essor de marchés noirs engendrant des coûts policiers en plus d’une insécurité sanitaire. Dans les cas de captation par des filières organisées, ceci peut s’accompagner de dérives, avec des offres hors contrôle vers des publics jeunes et l’apparition d’offre de substances dangereuses, telles que les produits de synthèse à l’image du « Buddha blue ». Cette dérive est une des raisons de la suspension de la taxe anti-vape en Estonie.  

En Italie la Commission des finances, devant la catastrophe économique de la taxe, avait évalué qu’une relance des ventes rapporterait plus à l’État avec la seule TVA que la surtaxe anti-vape. Enkysté malgré la baisse du taux de taxe, le marché noir continu d’ailleurs d’engendrer des surcoûts des agences gouvernementales qui doivent se mobiliser contre celui-ci. Des coûts cachés qui ne seront pas que financiers, mais également sociaux et sanitaires.

Mettre un grain de justice sociale dans ces taxes régressives ?

Cachée aussi la question centrale de l’utilisation des taxes tabac. À aucun moment de sa feuille de route, la Commission n’envisage de poser le sujet. Pourtant l’addiction aux taxes des États est palpable et malsaine, puisqu’elle les incite à éviter les solutions efficaces face au tabagisme. Alors que la taxation du tabac est payée en majeure partie par les plus faibles revenus, elle n’est pas nécessairement utilisée pour ceux-ci. La question d’une taxation justifiée par des questions de santé publique ne peut pas faire l’impasse sur l’usage des taxes perçues.

Cette question touche également les financements des organisations sur le domaine de lutte antitabac qui privilégient de manière disproportionnée des organismes tenus par des élites universitaires, s’occupant de propagande de « dénormalisation » des fumeurs, au détriment des organisations de terrain d’aide à l’arrêt tabagique. La Commission européenne procède d’ailleurs de cette manière en subventionnant des actions de stigmatisation anti-fumeurs de deux organisations européennes. Illustrant la mécanique de captation par les classes moyennes supérieures de l’argent taxé aux fumeurs des couches populaires.

Les citoyens concernés ont jusqu’au 5 janvier pour faire entendre leur voix à propos de cette « feuille de route ». Reste à savoir si la Commission en tiendra compte, contrairement aux précédentes consultations.


mardi 1 décembre 2020

You Don't Know Nicotine : un documentaire renverse les préjugés sur la nicotine


Depuis ce 1er décembre, You Don’t Know Nicotine est lancé en accès sur Ibex, la plateforme de streaming dont l’abonnement mensuel coûte 5,99 $. Disponible avec des sous-titres Français, il a été visionné le week-end dernier par les 1200 'kickstarters' ayant financé le film. Après A billion lives, le nouveau documentaire d’Aaron Biebert part sur les traces de la substance psychoactive « la plus détestée de la terre ». Pour capturer la réalité de la nicotine, le réalisateur américain nous entraîne dans un grand périple. 

Une enquête qui part de France

En commençant par la France, patrie de Jean Nicot qui a inspiré le nom de la nicotine. Le film débute avec Jacques Le Houezec un autre scientifique français spécialiste de la substance, mais qui nous est contemporain. De producteurs de vapotage en scientifiques, de témoignages d’utilisateurs en micros-trottoirs de passants et d'adolescents, de militantes anti-vape en experts de santé publique, la caméra confronte les points de vue et présente les faits pendant 1 h 35. 

À l’exemple français succède celui des Suédois de plus en plus épargnés des maladies liées au tabagisme au fur et à mesure qu'ils ont troqué la cigarette pour le snus. Créateur du test sur la dépendance tabagique, le Pr Karl Fagerström fait le point. Tandis que depuis Graz en Autriche, le toxicologue Pr Bernd Mayer raconte son enquête, digne d’un roman policier, sur l’évaluation de la dose létale de la molécule.

Les deux Amériques 

De retour aux États-Unis après cette excursion européenne, Aaron Biebert confronte les deux Amériques. D’un côté, l’Amérique puritaine omniprésente des anti-nicotine zealots, où Stanton Glantz fait figure de gourou pour les militantes de Parents Against Vaping (PAVe). De l’autre, les chercheurs scientifiques et experts de santé publique absents des médias à sensation. Une occasion de découvrir les Pr David Abrams et Raymond Niaura, tous deux spécialistes de santé publique sur le tabagisme à la New York University.

Sans dévoiler toute l’intrigue, le témoignage le plus révélateur, et probablement inattendu pour le public profane, est celui du Pr Paul Newhouse. Le spécialiste de neuroscience du Centre Vanderbilt s’est concentré sur les effets de la nicotine sur les troubles cognitifs depuis plus de quarante ans. Une sorte de niche de recherches encore inexplorée, explique-t-il. Ses découvertes restent ignorées alors qu’elles pourraient faire évoluer les traitements des maladies comme l’Alzheimer, le trouble de Parkinson, la maladie de la Tourette ou la dépression tardive. 

La révélation scientifique

Au-delà du potentiel thérapeutique, l’appréhension de la nicotine dans l’usage commun se trouve questionnée par You Don't Know Nicotine. Aux antipodes du documenteur diffusé par Arte en septembre, le documentaire d’Aaron Biebert explore réellement son sujet. Il est la suite logique d’A Billion Lives. Sorti en 2016, son premier documentaire soulevait la question de l’approche de réduction des risques pour sauver le milliard de vies qui seront prématurément fauchées par le tabagisme au cours de ce siècle. 

Ayant gagné en maturité et en profondeur psychologique, le réalisateur aux faux airs de Columbo poursuit l’enquête en se focalisant cette fois sur la substance psychoactive au centre du débat sur le tabagisme et ses approches de réduction des risques. Un documentaire essentiel, à regarder avec attention.

Nouvelle bande-annonce à https://youtu.be/Z-5wnswT5rg

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lundi 30 novembre 2020

Interview sur l'enquête de l'ETHRA : une chance de se faire entendre pour les usagers


2021 se prépare dès maintenant avec l’enquête EU Nicotine Users Survey. L’an prochain, deux révisions de directives de l'Union Européenne (UE) vont concerner le vapotage. La bataille de la TPD aura probablement pour principal enjeu les arômes de vape, tandis que le projet de révision des accises du tabac (TED) pourrait imposer une taxe minimum au vapotage. Avec l’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA), nous avons lancé un questionnaire destiné aux principaux concernés. Curieux de tout ce qui se passe dans le monde de la vape, James Dunworth m’a questionné. Voici la traduction française de l’interview originale publiée en anglais sur Ashtray Blog. Ouvert jusqu’au 31 décembre, le questionnaire est disponible en 16 langues, dont le français.

Quel est le contexte de l’enquête ?

L’enquête est organisée par l’ETHRA, qui rassemble 22 groupes européens de défense de consommateurs. Nous avons créé l’ETHRA à l’été 2019 afin de coordonner et d’unir nos forces, notamment sur les questions de réglementation européenne et a fortiori en vue de la révision de la directive sur les produits du tabac (TPD). Cette révision de la TPD approche à grands pas, puisque le rapport d’évaluation de la directive actuelle sera présenté par la Commission européenne en mai prochain.

De manière plus inattendue, le 2 juin, les gouvernements européens ont demandé à la Commission européenne des taxes de préparer une révision de la directive sur les accises (TED) afin d’y intégrer les « nouveaux produits », notamment les produits de vape « avec ou sans nicotine ». Les propositions fiscales seront présentées au printemps et pourraient être adoptées d’ici la fin 2021.

Dans ce contexte, nous avons pensé qu’une enquête auprès des consommateurs de nicotine en Europe serait très pertinente.

Quelles informations recherchez-vous ?

Nous cherchons à dresser une « carte » de l’utilisation de la nicotine. Je crois que c’est la première enquête européenne à en couvrir autant d’aspects. Lors de la conception de l’enquête, nous avons essayé de la rendre pertinente pour les différentes situations en Europe tout en respectant un temps raisonnable de 5 à 10 minutes pour y répondre.

L’enquête porte sur l’utilisation de différents produits de nicotine. Afin de limiter la durée de l’enquête, nous nous sommes concentrés sur les cigarettes et les deux produits les plus utilisés par les membres de nos groupes de consommateurs, à savoir les produits de vapotage et le snus. Ces deux produits pourraient faire l’objet d’éventuels enjeux de réglementation lors de la révision de la TPD et de la directive des taxes du tabac (TED).

Les usages des produits de nicotine sont en partie déterminés par les réglementations, tant européennes que locales. À travers l’Europe, l’accès à des produits plus sûrs est variable et les gens peuvent user de moyens de contourner certaines restrictions. L’enquête comporte donc des questions visant à examiner comment les personnes peuvent utiliser les produits différemment en étant soumises à des réglementations différentes.

Notre analyse des données de l’enquête nous permettra d’examiner ces questions. Nous disposerons de données qui seront intéressantes à l’échelle européenne et des données qui nous permettront de mettre en évidence les éventuelles différences entre les pays. Par exemple, nous pourrons comparer la Finlande, qui taxe fortement le vapotage et interdit les arômes d’e-liquides (sauf le tabac), avec des pays plus tolérants. Bien entendu, ces comparaisons ne seront possibles que pour les pays où il y a un nombre suffisant de réponses pour faire une analyse statistique significative.

Qui finance cette enquête - et est-elle indépendante des grandes compagnies de tabac ?

L’enquête est totalement indépendante. Elle n’est pas seulement indépendante des grands cigarettiers, mais aussi de toute industrie. Tout le travail d’élaboration, les traductions et l’analyse future sont et seront effectués sur une base bénévole par des membres d’ETHRA. J’ai assumé le rôle de coordinateur de l’enquête et je n’ai aucun lien financier direct ou indirect avec les industries concernées. Mes revenus proviennent d’une tout autre source.

Le seul coût impliqué est l’abonnement à la plate-forme d’enquête Evalandgo. Celle-ci coûte 50 € par mois et est payée par l’association française à but non lucratif Sovape, qui est membre de l’ETHRA. Sovape est statutairement indépendante de l’industrie du tabac et de l’industrie pharmaceutique. Nous avons opté pour cette plate-forme d’enquête afin de nous assurer que les données ne seront pas utilisées par des entreprises tierces, comme c’est généralement le cas avec les plates-formes gratuites. Elle nous offre également des outils intégrés pratiques et des facilités multilingues.

Donc, pour répondre clairement à ta question, qui est importante : il n’y a aucune implication d’intérêts commerciaux dans cette enquête. C’est pourquoi nous avons besoin d’aide pour partager l’enquête, car nous n’avons pas de budget pour la « pousser » sur les réseaux sociaux.

Quelle a été la réponse jusqu’à présent des vapoteurs ?

Après un peu plus d’un mois, la participation globale a dépassé les 30 000 réponses. C’est un chiffre brut, sans traitement. Nous n’avons aucune expérience préalable à l’échelle européenne, mais je pense que ce chiffre est encourageant pour une enquête qui exige des participants de consacrer un certain temps aux réponses. J’espère que la participation se poursuivra jusqu’à la date de clôture le 31 décembre.

L’enquête a-t-elle livré des résultats importants jusqu’à présent ?

C’est frustrant, mais je ne peux pas répondre à ta question pour deux raisons. Premièrement, donner des indications sur les résultats pourrait influencer les personnes qui vont participer à l’enquête. Deuxièmement, les données actuelles sont brutes et non traitées, elles ne sont pas robustes. Nous traiterons les données une fois l’enquête terminée. Donc, j’espère que les lecteurs du Ashtray Blog me pardonneront, nous devrons attendre jusqu’en 2021 pour obtenir les résultats.

Quelle a été la réponse du Royaume-Uni ?

Elle pourrait être plus importante.

Pourquoi est-il important que les vapoteurs britanniques répondent à cette enquête ?

Les Britanniques ont actuellement une réglementation formatée par la TPD, donc une enquête sur la situation actuelle et les changements possibles les concernent. Des sujets tels que les limites de taille des réservoirs et des fioles de recharge, le taux maximum de nicotine et l’accès au snus pourraient être abordés lors de futures révisions de la législation britannique.

Malgré le Brexit, l’île n’a pas dérivé si loin du continent. En raison de sa proximité avec l’Europe, le Royaume-Uni sera influencé par la réglementation européenne. Le fait de disposer de données comparables peut aider le Royaume-Uni à éviter les mauvaises réglementations en vigueur dans certains pays européens.

Enfin, il s’agit d’une initiative d'utilisateurs. Nous n’avons pas des milliards, nous n’avons pas de lobbyistes professionnels, nous ne possédons pas de médias. Mais nous avons ici l’occasion d’unir nos forces pour faire entendre notre voix et faire respecter nos droits. C'est un geste de solidarité et d’union en répondant à cette enquête qui s’adresse à tous les Européens, y compris ceux qui sont en dehors de l’UE.

Quel impact cette enquête pourrait-elle avoir ?

La motivation initiale de l’enquête est de faire entendre la voix des utilisateurs dans le débat sur la révision de la TPD. Toutefois, l’enquête pourrait avoir d’autres effets. Certains pays, comme la Finlande, n’ont jamais mené d’enquête sur les vapoteurs, et elle sera donc particulièrement utile pour eux. J’espère également que le questionnaire a une touche de dialogue socratique, et qu’il transmet aux participants le message que la réglementation concerne les utilisateurs. Les activistes trouveront les résultats utiles.

Je pense que les professionnels de vape, dont l’écrasante majorité est connue pour être vapoteurs, seront également probablement intéressés. Les professionnels de la santé pourraient être réceptifs à certaines questions, par exemple les données concernant les fumeurs qui voudraient arrêter, mais qui ne réussissent pas. Cela dit, le questionnaire a été conçu pour ne prendre que 5 à 10 minutes à remplir, il ne fournira donc que des indications sur certains points. Peut-être l’enquête inspirera-t-elle aussi des chercheurs pour des enquêtes plus approfondies à l’avenir.

Vous souhaitez aider ? Cliquez ici pour répondre à l’enquête...


mercredi 25 novembre 2020

Mobbing, fichage et diffamation par le Bath TCR de Bloomberg dans Tobacco Control : mon cas exposé

L’histoire a commencé pour moi le 21 février dernier. À Berlin, Ayush Joshi, un chercheur du groupe de recherche sur le tabac (Bath TCR) de l’Université de Bath (UK), me présentait faisant partie d’un réseau d’influence de cigarettiers. Sur l’écran de l’European Conference Tobacco or Health 2020 (ECToH), le graphique où j’apparaissais était relativement incompréhensible. Mais la diffamation était claire. 

Les événements liés au Covid ont retardé ma réaction. En septembre, j’ai écrit au Comité d’éthique de l’Université de Bath, présidé par le Pr C. Eccleston pour signaler les manquements déontologiques de son employé. Entretemps j’avais découvert des traces d’espionnage informatique à mon encontre du même Ayush Joshi, dont la cyber surveillance est la spécialité. Sans être en mesure de dater précisément sa surveillance. D'autres choses étranges restent inexpliquées.

Philip Morris a t-il le monopole de la liberté d’expression?!?

En réaction à mon message, le Comité éthique de l’Université de Bath a fait le mort. Cependant, le 12 novembre, l’article publié dans la revue Tobacco Control par le Bath TCR a retiré le nom de mon blog du graphique remanié. Ce qui n'enlève pas mon fichage sans autre raison que mes opinions et la diffamation préalable. 

Reste aussi l’incroyable assertion de l’article que les personnes ayant exprimé leur opinion sur la politique tabac de l’OMS sur tweeter en octobre 2018, seraient des agents d’un cigarettier. Ceci par amalgame autour d’un graphique aussi ridicule et incompréhensible que sa précédente version berlinoise.

Pourtant les données mêmes de l’article montrent qu’il y a au moins 44 bénévoles sans aucun lien parmi les vapoteurs qu'il incrimine. Je suis un de ceux-là. Pour d'autres personnes concernées, les données sont assez étranges et des réactions à l’article ont déjà souligné l’incongruité de certaines affirmations du papier. Pour une bonne part de ses affirmations, l’article ne donne pas d’éléments permettant de vérifier.

Qui est réellement à la solde d’industries du tabac?

En l'état, je ne peux me prononcer que sur mon cas. Je n’ai pas et je n’ai jamais eu de lien d’intérêt financier avec un cigarettier. Mes revenus proviennent d’une tout autre source, puisque je suis aidé en tant qu’invalide.


Les auteurs de la recherche peuvent-ils en dire autant? Le Bath TCR est directement lié à un organe, dénommée GGTC, sous l’autorité de l’État de Thaïlande. Cette dictature militaire détient le cigarettier nommé Thaïland Autority of Tobacco, ex-Monopole du tabac de Thaïlande. 

Le Bath TCR est également financé par Bloomberg à hauteur de 20 millions $, lui-même en affaire avec l’État d’Inde, détenteur de 28 % du capital du cigarettier ITC. Celui-ci règne en quasi monopole, avec plus de 80 % du marché des cigarettes en Inde. L'Inde est aussi le second producteur mondial de tabac.  

Si on applique les mêmes critères à Bath TCR que celui-ci applique aux organismes ou personnes qu’il incrimine, il n’y a aucun doute qu’il est un "organisme cigarettier" pour utiliser son expression. L'article du Bath TCR est d’autant plus troublant que la COP 8 a été la scène d’un lobbyisme extrêmement agressif des grandes nations tabagiques pour pousser à une interdiction mondiale du vapotage. En particulier, de la Thaïlande et de l’Inde. 

L’OMS sous la pression par 600 tweets de vapoteurs ?

Vouloir faire croire à un effet d’interférence sur l’OMS à travers environ 600 tweets, une fois laissé de côté les retweets et autres évoqués par le Bath TCR, d’une quarantaine de vapoteurs, alors qu’un millier de lobbyistes professionnels étaient réunis en huis clos avec les délégués des pays membres à la salle des Congrès genevoise, a une touche de comique. Le million de morts annuels en Inde et en Thaïlande à cause des cigarettiers l’est moins.

J’ai envoyé ce qui s’appelle une « réponse rapide » à la revue Tobacco Control le 18 novembre. Le critère de publication est une limite de 400 mots. La revue californienne ne l’a pas publié. La voici.

dimanche 22 novembre 2020

Braquage à la Danoise : dépôt du projet de taxe pour "empêcher les fumeurs de passer à la vape"


« Le but de l’introduction de la taxe est de réduire la consommation de vapotage et d’empêcher que l’augmentation des taxes sur les produits du tabac traditionnel n’entraine une consommation accrue de vapotage », explique le Gouvernement danois. Son justificatif pour une taxe de 2 couronnes (Kr) par ml de liquide nicotiné de vape est clair. Pousser les 23% de danois qui fument dans une impasse sans échappatoire pour mieux les racketter. Le projet de modification de la loi sur les accises des produits du tabac a été déposé ce 18 novembre. Le public a jusqu’au 18 décembre pour le commenter dans la procédure de consultation publique

Prix doublé pour les boosters et les liquides d’entrée de gamme

La taxe se monterait à 20 Kr par fiole de 10 ml, sur laquelle s’ajoute une TVA de 25 % au Danemark. Toutes les fioles de liquides nicotinés qui seront encore sur le marché légal seront augmentées de ~3 €30. Les « boosters » sans arômes et les liquides goût tabac ou menthol d’entrée de gamme, actuellement à 25 Kr, doubleront de prix pour atteindre 50 Kr, soit ~7 €. En comparaison, le paquet de cigarettes coûte 55 Kr.

Une loi au goût tabac

L’interdiction prévue de manière concomitante des arômes risque fortement d’entrainer la disparition de liquides plus travaillés et plus chers du marché légal. Car la taxe anti-vape s’inscrit dans un ensemble de mesures du soi-disant plan « tabac » dont j’avais parlé lors de son adoption en décembre dernier. 

Ce plan coordonne la taxe sur la vape à une interdiction des arômes de vape, sauf goût tabac et menthol, l’imposition d’emballages neutres et l’interdiction de visibilité des produits, avec une exception à l’intérieur des seuls vapeshops. Le texte du Gouvernement prévoit l’entrée en vigueur de la taxe au 1er juillet 2022, après un an de délai pour que les entreprises puissent « s’adapter » aux nouvelles dispositions.

Effets secondaires constatés 

Il est difficile de voir comment le Danemark évitera les effets secondaires pervers, constatés en Finlande et en Estonie, de ces mesures. Le Gouvernement ne semble pas s'en être soucié, au point de n'avoir jamais dialogué avec l'association des vapoteurs DADAFO. Un retour au tabagisme d’une partie des 300 000 vapoteurs danois et le recours à des sources parallèles pour ceux qui ne veulent pas mourir pour financer l’État danois sont prévisibles. 

En Finlande, l’entrée en vigueur le 1er janvier 2017 d’une taxe similaire (de 3 €) et de l’interdiction des arômes a entrainé la faillite de 70 % des magasins spécialisés dans l’année. Le taux de tabagisme finlandais est remonté en 2018 au niveau qu’il avait en 2010, à 19 % de fumeurs alors qu’il était descendu à 16 % entretemps. À côté du tabagisme fumé, 6 % de la population finlandaise utilise le snus dont l’importation pour consommation personnelle est autorisée. Sauf lors du confinement en début d’année, ce qui a provoqué du trafic. 

En Finlande, une des pratiques devenues courantes des vapoteurs semble être l’achat d’arômes aux rayons alimentaires, à l’aveugle sur leur sureté pour l’usage en vapotage. Tandis qu’en Estonie, le marché noir a pris en main la vente de liquides de vape. Ces approches pourraient se généraliser à l'Union Européenne à travers les révisions de la TPD et de la directive des taxes TED. Dans cette perspective, l'ETHRA a lancé une enquête en ligne ouverte jusqu'au 31 décembre pour évaluer la situation et les réactions des usagers.


vendredi 20 novembre 2020

Etude de l'INSERM: les ados qui vapotent en premier ont 42 % de risque en moins d'être fumeur quotidien à 18 ans

Les adolescents français qui ont expérimenté en premier le vapotage ont 42 % de risques en moins de devenir fumeurs quotidiens que ceux qui ont d’abord essayé la cigarette. C’est un des principaux résultats d’une nouvelle analyse menée par une équipe de l’INSERM sur les données de près de 44 000 jeunes de 17 à 18 ans interrogés durant la Journée défense et citoyenneté (JDC) du 13 au 25 mars 2017. « Notre objectif est d’estimer l’effet global de l’expérimentation du vapotage avant toute expérimentation de tabac », explique la recherche publiée dans la revue Addiction ce 17 novembre

La conclusion est claire. « Dans l’ensemble, l’expérimentation de la cigarette électronique en premier (par opposition au tabac en premier) a été associée à une réduction du risque de tabagisme quotidien à l’âge de 17-18,5 ans », insiste l'équipe dirigée par le Pr Stéphane Legleye, spécialiste en épidémiologie à l'INSERM. En tenant compte de corrections statistiques, le risque est divisé par 1,72, soit une réduction de 42 % [RR 0.58]. Cette étude confirme les résultats de celle de l’Observatoire français des Drogues et Toxicomanie (OFDT), chroniquée précédemment.

43 % des ados qui essaient la vape, n’essaient jamais de fumer ensuite

Parmi les 44 000 jeunes interrogés, plus de 24 000 avaient fumé ou vapoté au moins une fois dans leur vie. Précisément, 21 701 avaient au moins essayé de fumer et 14 801 essayé le vapotage. Parmi eux, ceux ayant au moins expérimenté les deux étaient au nombre de 12 391. Dans cet échantillon ne comprenant que les jeunes de 17-18 ans ayant expérimenté au moins un des deux produits : 

  • 40 % étaient devenus fumeurs au quotidien [soit ~22 % de l’ensemble des 44 000 jeunes] au moment du questionnaire,
  • tandis que 3 % de l’échantillon [~1,6 % de l’ensemble des 44 000 jeunes] vapotaient au quotidien 
  • et 23 % [~12,5 % de l’ensemble des 44 000 jeunes] au moins une fois dans le mois précédent, ce qui peut correspondre à un vapotage occasionnel festif, 
  • les auteurs ne précisent pas le nombre de fumeurs occasionnels,
  • en moyenne, les jeunes qui ont essayé de fumer en premier l’ont fait à 14 ans, contre 15 ans pour ceux qui ont d’abord essayé la vape.
« Notre premier constat est que 42,9 % des adolescents qui ont fait leurs premières expériences avec la cigarette électronique ne sont jamais devenus des expérimentateurs du tabac (54,4 % et 35,6 % respectivement en “strict” et “inclusif") et que l’expérimentation de la cigarette électronique en premier lieu était associée négativement au tabagisme quotidien ultérieur (RRfull=0,58, 95%CI=[0,54, 0,62]) »

A 18 ans, un ado sur deux qui a essayé de fumer en premier est fumeur quotidien


Pour évaluer le risque statistique corrélé de fumer à 18 ans à l’expérimentation première du vapotage, les chercheurs ont utilisé l’âge d’initiation déclaré. Ils ont fait face à un problème pour 2243 jeunes qui ont essayé les deux produits au même âge. « Pour éviter un biais de mauvaise classification », le calcul principal présenté a partagé ces jeunes pour moitié dans chaque catégorie. En pièce complémentaire, les chercheurs publient les calculs pour les deux cas extrêmes (100 % des 2243 ont commencé l’un ou l’autre).

  • 18 495 jeunes ont d’abord essayé de fumer, 46,3 % (8559 jeunes) sont devenus fumeurs quotidiens au moment de l’enquête ;
  • 5616 jeunes ont d’abord essayé de vapoter, 42,9 % n’ont pas du tout essayé de fumer, 38,4 % ont ensuite essayé de fumer sans devenir fumeur quotidien, et 18,7 % (1049 jeunes) sont devenus fumeurs quotidiens.

Des propensions communes saillantes chez les plus jeunes expérimentateurs

Ils ont ensuite analysé ces chiffres bruts en les corrigeant en fonction d’une liste de différents critères socio-économiques.
« Le ratio de risque mesurant l’association entre l’exposition et le résultat était inférieur à 1 (RRraw=0,59, 95%CI=[0,56 ; 0,62] ; RRfull=0,58, 95%CI=[0,54, 0,62]) (tableau 3), ce qui signifie que les adolescents qui ont expérimenté les e-cigarettes pour la première fois avaient environ 40% de risque en moins de devenir des fumeurs quotidiens au temps de la collecte des données que les personnes qui ont fait leurs premières expériences avec le tabac »

Les chercheurs ont aussi analysé ce risque en fonction de l’âge d’expérimentation du vapotage. Celui-ci est au-dessus de la moyenne pour l’ensemble des jeunes ayant essayé d’abord la cigarette pour ceux qui ont essayé avant leurs 11 ans. Il décroit ensuite fortement. Le faible nombre de jeunes concernés dans l’échantillon invite à prendre avec recul ces ratios, en tenant compte qu’ils sont en regard de la moyenne pour les « primo-fumeurs » de tout âge. 

« Une grande partie des adolescents qui avaient fait leurs premières expériences avec la cigarette électronique ne sont donc jamais devenus des expérimentateurs de tabac. La proportion des expérimentateurs de tabac ultérieurs a diminué de manière continue avec l'âge au moment de l'exposition, de 95% à 11 ans ou moins (n=35/37) à 25,3% à 17 ans (n=(3 203-3 068)/(5 602-5 069)). »

Pourquoi les données françaises sont-elles si différentes des études américaines?

Les chercheurs de l’INSERM semblent être partis du principe que les études américaines prétendant à un effet passerelle de la vape vers le tabagisme sont valables. Ils citent tout de même le travail de méta-analyse d’une équipe de l’Université du Queensland qui a, pour le dire avec retenue, éviscéré ces études. Problèmes majeurs, voire critiques par l’absence de cofacteurs, notamment celui du tabagisme parental ou des amis, biais d’attrition, faiblesse du nombre de cas des échantillons sont notamment reprochés à ces études dans l’analyse publiée dans Addiction en septembre dernier.

Prenant le parti de prendre pour acquis les résultats américains, les chercheurs de l’INSERM soulignent les différences culturelles et réglementaires entre les deux pays comme possibles explications des différences. « Premièrement, en France, le tabagisme est beaucoup plus répandu que dans les pays anglophones, alors que l’inverse est vrai pour l’utilisation de la cigarette électronique », notent-ils.

La théorie des stades

Ils avancent là une théorie historique très mécaniste. « Si l’utilisation de la cigarette électronique peut être considérée comme une nouvelle étape dans “l’épidémie tabagique” [ndt: terme impropre], la France devrait également être à la traîne par rapport aux États-Unis en ce qui concerne l’utilisation des cigarettes électroniques. Dans cette perspective, les adolescents français qui ont été les premiers à expérimenter la cigarette électronique peuvent être considérés comme des pionniers qui ont opté pour un comportement supposé moins nocif et plus attrayant que le tabagisme. L’association entre la e-cigarette et le tabagisme pourrait donc dépendre du stade de l’épidémie atteint par le pays et varier dans le temps ».

Défaut bien connu de ce type de théorie, le présent se trouve expliqué par le futur, ce qui permet toutes les suppositions. Elle a un fort risque d’acte de langage performatif, un effet de prophétie auto-réalisatrice, sous l’aspect d’une explication. Le fait d’adhérer à cette thèse entraine des comportements des décideurs au niveau réglementaire, des services de prévention, etc. qui font advenir ce qu’ils imaginent devoir se produire. 

Un exemple manifeste sur ce sujet a été l’alerte d’Addiction Suisse sur la Juul, annoncée dans les médias comme « l’objet qui fait fureur auprès des ados » à son arrivée en Suisse fin 2018. Rien de mieux pour déclencher un effet de mode en prétendant le prévenir. Puis produire des études aveugles à tout élément déviant de cette explication, et qui aboutissent à tordre les faits pour confirmer l'a priori, comme l'étude défaillante de Zurich publié l'été dernier.

Un impact réglementaire?

Les chercheurs de l’INSERM soulignent, plus ou moins en contrepoint, les différences réglementaires des deux côtés de l’Atlantique. Taux de nicotine limité à 20 mg/ml par la directive européenne TPD (aussi au Royaume-Uni contrairement ce que les auteurs disent par erreur), interdiction de publicité et propagande, qui induit un comportement globalement très hostile des médias, sont notamment évoqués du côté français.

Reste que l’explication la plus évidente est qu’il n’y en a pas à trouver. L’effet passerelle est aussi mythique aux États-Unis qu’ailleurs. L’écroulement indiscutable du tabagisme juvénile américain invalide à la racine ce prétendu effet. Les analyses sérieuses montrent un effet de détournement produit par le vapotage contre le tabagisme des jeunes aux US.

Si les hypothèses d’explication proposées par les auteurs de l’INSERM sont peu convaincantes, la qualité de leur travail d’analyse des données et le courage de publier celui-ci, dans le climat de chasse aux sorcières actuel, sont à saluer. Il est très probable qu’aucun média grand public n’évoquera cette publication. Pourtant une question tabou, même dans le travail publié par Addiction, devrait se poser à partir de ces données.

La question tabou : faut-il abaisser l’âge légal de vente de la vape?

Au lieu de se condamner à répéter la recette américaine, qui en matière de politique de santé publique tient du cauchemar (scandale des opioïdes, gestion catastrophique de la mal-nommée crise Evali, etc.), la réalité n’invite t-elle pas à reprendre le sujet sur d’autres bases que la peur et l’affolement? Cette étude confirme que le « primo-vapotage » est fortement corrélé à une moindre entrée en tabagisme. Selon ses données, ce phénomène bénéficie actuellement en priorité à des garçons, en contraste des filles, ayant plus propension à l’usage "prématuré" de substances psychoactives légales à l’âge adulte, mais moins de celles illicites.

Les conditions semblent indiquer que faciliter le choix de la réduction des risques contre le tabagisme aurait un effet majeur sur les adolescents français. Ne faut-il donc pas abaisser l’âge légal de vente du vapotage par rapport à celui des cigarettes? Le sujet est délicat et mérite réflexion. Mais jusque-là, il est tabou alors que plus d’un quart des adolescents français de 17-18 ans sont déjà fumeurs quotidiens. Un phénomène qui impacte négativement leur santé pour long terme. Le droit à la réduction des risques ne devrait pas être réservé exclusivement aux adultes déjà atteints dans leur intégrité. Le débat doit s’ouvrir.


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