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lundi 10 décembre 2018

Mic-mac à New-Delhi entre "anti-tabac" indiens et une organisation en sous-marin de Bloomberg

Selon une information exclusive de Reuters, la Société de développement socio-économique et éducatif (SEEDS) s'est vu refuser de mener des activités de "conseils au gouvernement de la ville de Delhi sur les questions de politique anti-tabac". L'organisation SEEDS aurait dissimulé être financée par Bloomberg Philanthropies, le fonds créé par le spéculateur milliardaire Michael Bloomberg, explique Reuters qui s'est procurée une note confidentielle. L'Inde "renforce depuis 2014 la surveillance des organisations non gouvernementales (ONG) financées par des fonds étrangers, affirmant que nombre d'entre elles vont à l'encontre des intérêts nationaux", précise l'agence d'information.

SEEDS derrière l'interdiction du vapotage au Bihar

Deepak Mishra, directeur de SEEDS, affirme à Reuters que son organisation collabore déjà avec deux Etats indiens, sans préciser lesquels. Mais il refuse toute déclaration sur la provenance de ses financements. Selon Reuters, SEEDS aurait malgré tout déjà commencé son travail d'influençage à Delhi. Créée en 2013, SEEDS a un partenariat avec l'Etat indien du Bihar et l'a ouvertement poussé à interdire le vapotage en janvier 2018.

De son côté le responsable du programme de lutte anti-tabac de Delhi, SK Arora a confirmé à Reuters la décision de rejeter l'agrément de collaboration avec SEEDS, la justifiant par le refus de l'organisation de dévoiler ses sources de financement. Au nom de la lutte anti-tabac, SK Arora est connu pour mener une guerre à la fois contre le vapotage et contre les cigarettiers occidentaux. 

Lutte anti-tabac instrumentalisée à des fins de protectionnisme économique

Les cibles de SK Arora ne sont pas choisies au hasard. Le marché des cigarettes est détenu à plus de 80% par des entreprises de tabac indiennes, dont l'Indian Tobacco Company (ITC) appartenant partiellement à l'Etat indien. Près de 250 millions d'indiens consomment du tabac, dont la moitié sous forme de cigarettes. L'Inde est également une des grandes nations productrice de tabac au niveau mondial. En parallèle, le Département de la santé indien a aussi tenté en août d'imposer une prohibition nationale contre le vapotage qui a été invalidée par la Haute Cour de justice de Delhi en novembre dernier. 

Que cache la philanthropie de Bloomberg?

Pour sa part, l'oligarque Michael Bloomberg est aussi un opposant intégral à la réduction des risques et au vapotage face au tabagisme. Il a déclaré investir des centaines de millions $ pour lutter spécifiquement contre le vapotage. Du côté indien, on se méfie de ses activités, mais concernant le tabac. Daté du 3 juin 2016, un rapport classé secret du service de renseignement indien, qui a fuité en 2017, faisait craindre aux autorités locales que "la Fondation Bloomberg ne mène une campagne visant à «cibler» les entreprises de tabac indiennes et à faire pression de manière «agressive» contre le secteur"

La note des renseignements évalue que le tabac rapporte plus de 5 milliards $ de revenus annuels au Gouvernement et fait vivre près de 35 millions d'indiens. Rebecca Carriero, la chargée de comm' de Michael Bloomberg, avait refusé tout commentaire. 

Campaign for Tobacco-Free Kids, blanchisseuse de fonds?

Extrêmement influent auprès de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le milliardaire est soupçonné de défendre ses investissements financiers sous couvert d'actions "philanthropiques". Le rapport des renseignements indiens a mis à jour une partie des circuits financiers par lesquels Bloomberg finance illégalement des organisations, à travers la Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK), une organisation américaine aussi en première ligne pour attaquer et tenter de faire interdire le vapotage aux Etats-Unis.

"Dans l'affaire Bloomberg, la note du ministère de l'Intérieur incluait un graphique montrant comment les fonds transitaient de Bloomberg Philanthropies vers son partenaire, la Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK), qui finançait alors cinq ONG locales enregistrées auprès de la FCRA. Selon la note, ces ONG étaient utilisées par l'organisation caritative Bloomberg pour «des activités de lobbying anti-tabac»", relate Reuters.

Myers, Bloomberg, l'Inde et... l'OMS

Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK) est l'organisation créée et dirigée par Matt Myers, l'homme qui par deux fois a négocié secrètement avec le cigarettier Philip Morris des accords en 1998 et 2008 aux Etats-Unis. Ces arrangements ont assuré sa carrière et la richesse de son organisation. Bien que la Convention anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) interdise formellement de telles pratiques, Matt Myers était présent à sa dernière Convention en octobre dernier à Genève. 

Matt Myers s'est d'ailleurs vanté au New-York Times d'avoir influencer les décisions concernant le vapotage de l'assemblée réunie à huis-clos. Selon nos informations, il a également animé au sein même du Centre accueillant la Convention de l'OMS une after-work party sponsorisée par la firme pharmaceutique Johnson & Jonhson. Cette 8ème édition de la Convention anti-tabac de l'OMS était par ailleurs présidée par l'indienne Preeti Sudan.

Le monde des organismes politiques "anti-tabac" et leurs intérêts croisés est décidément petit. D'un côté le camp qui instrumentalise la lutte anti-tabac pour protéger le tabac local indien, brésilien ou thaïlandais notamment, de la concurrence des cigarettiers occidentaux. De l'autre, la coalition des Big Pharma et des Big Datas, regroupés derrière le milliardaire Bloomberg. Contre le vapotage, les deux camps s'unissent, notamment dans le cadre de la Convention anti-tabac de l'OMS. Mais comme le montre cette petite histoire de SEEDS, lorsqu'un camp tente de marcher sur le territoire de l'autre, l'union est tout de suite moins sacrée...
La brésilienne Vera da Costa, Secrétaire Générale de la FCTC de l'OMS, l'indienne Preeti Sudan, présidente de la COP8 de la FCTC, et la française Anne Bucher, au nom de la Commission Européenne, lors de la Convention anti-tabac (FCTC) de l'OMS à Genève le 1er octobre 2018.

vendredi 7 décembre 2018

[Media] Quatre ans après, l'arrivée de la Juul ultra-light est-elle un événement ringard?

Depuis plusieurs semaines, les médias mainstreams bombardent la Suisse d'articles sensationnalistes sur l'arrivée de la Juul. Une "tornade" va s'abattre sur le pays selon de la Tribune de Genève, tandis que le gratuit 20 Minuten a publié pas moins de six articles ces 3 dernières semaines sur la vaporette en forme de stick. La RTS, un autre média gratuit mais d'Etat, parle de "fureur" et "des craintes" de l'arrivée de la vaporette californienne.

 3 fois moins dosée qu'aux Etats-Unis

Aucun n'a pris la peine de se renseigner auprès de vapoteurs pour avoir une idée un peu plus éclairée que les fantasmes de politiciens en mal de buzz. Deux articles ont tout de même donné la parole à Jonathan Green, directeur Juul suisse. La NZZ commente tant et si bien que l'on ne sait pas ce qui appartient au représentant de Juul ou à la plume du journaliste.

Le 20 Minuten est plus clair précisant que la version vendue en Suisse est dosée à 17 mg/gr de nicotine*. Très loin donc de la version originale américaine concentrée à 59mg/ml (5% du poids). L'une et l'autre en sels de nicotine, c'est à dire de la nicotine extraite à laquelle est ajoutée un acide organique, comme l'explique le site de Stop-Tabac.ch.

*note : 17 mg/gr de nicotine soit 20mg/ml, édité grâce à Claude ;)

Le light reste dans l'obscurité

Y a t-il un intérêt à un produit ultra light dosé au tiers de sa version US? Celle-ci s'est montrée efficace pour tirer hors du tabagisme des fumeurs parce qu'elle est équilibrée entre un volume faible de vapeur et une concentration suffisante en nicotine. En version édulcorée, les utilisateurs de Juul ne vont-ils pas surconsommer pour compenser cette légèreté en nicotine, comme cela avait été imposé par les cigarettiers et les autorités de santé aux fumeurs avec les cigarettes lights? Sur ce point aussi, beaucoup de bruit et de fureur pour aucune information éclairante dans les médias conventionnels.

Beaucoup de bruit pour peu de vapeur

Mais, surprise positive hier avec un article de Nau, média en ligne suisse-allemand. Alexandra Aregger a fait le boulot basique de journaliste: elle a interviewé quelqu'un qui connait la question. Phil Scheck, vloggueur depuis sept ans et approchant les 100'000 abonnés, est un vapoteur expérimenté. "L'expert en vapotage trouve le battage médiatique autour de Juul injustifié", résume la journaliste.

"Phil Scheck a testé la Juul devant notre caméra: "C'est une vaporette comme il en existe des milliers d'autres." Son enthousiasme est limité. Parce que: "C'est très limité, ce n'est pas puissant, mais c'est beaucoup de marketing exploité", poursuit l'article accompagné d'une vidéo aux intonations "Schwyzerdütsch". "Il existe de bien meilleurs appareils sur le marché en Suisse", précise 'PhilGood'.

Un vieux produit plutôt dépassé

Quatre ans après sa sortie aux Etats-Unis, pays où tout développement technologique du vapotage a été gelé par la Food and Drug Adminsitration (FDA) à la date d'août 2016, la Juul apporte t-elle quelque chose dans cette version ultra-light? En appareil d'appoint discret pour des vapoteurs déjà sevrés? Peut-être... Mais comme le fait remarquer le Vaping Post dans son interview des représentants de Juul, lancée en France avec quelques jours de retard sur la Suisse, l'offre est déjà pléthorique sur ce segment. 

Avec notamment des appareils plus intéressants en étant rechargeables, ce qui laisse plus de maîtrise à l'usager pour choisir ses liquides (en goût et en dosage nicotinique). Reste le design de l'appareil. Ou pas.
Quand la page facebook pour ados du CHUV fait la promo d'un produit, ça sent le hasbeen

L'effet médiatique et de distribution

Le point positif pourrait être le réseau de distribution des kiosques Valora où va se trouver la Juul. De quoi offrir à des fumeurs rétifs ou éloignés de vapeshops l'opportunité à portée de main d'essayer un produit très simple d'usage. Peut-être ce premier test les amènera à chercher un produit plus efficace en magasin spécialisé ensuite? Le fameux effet commercial "du missionnaire" amenant les fumeurs à découvrir le nouveau mode de consommation à risque réduit de la nicotine. 

Commerce ou réelle mission anti-tabac ?

Reste la question qui dérange. Pourquoi Juul a décidé de ne pas commercialiser en Suisse la version américaine dosée correctement de son produit? Rien de formel ne l'empêche. Aucune décision administrative n'a été déposée par les autorités et contrairement à ce que prétend l'administration, le jugement du Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition pour "faute grave", sans se prononcer sur la question du principe du Cassis de Dijon. Autrement dit, il n'y a aucune raison d'imposer aux Suisses la directive TPD dictée par les lobbys à l'Union Européenne. 

En suivant les préférences europhiles de l'administration, en dépit de l'absence de décision administrative qui serait contestable en justice le cas échéant, la marque américaine a clairement choisi de ne pas entrer en conflit avec celle-ci. Conflit qu'elle a probablement estimé peu profitable pour son image de marque. Mais qui laisse les fumeurs suisses avec un ersatz de Juul. 

Un choix politico-commercial peu raccord avec la mission prétendue et répétée à chaque interview des représentants de Juul d'aider un maximum de fumeurs à sortir du tabagisme. "Pour conduire les fumeurs vers des alternatives, la solution paraît évidente: élaborer une vaporette générant autant de satisfaction qu’une cigarette", expliquait James Monsees, cofondateur de Juul, lors d'une conférence TedX à Bruxelles en 2013. Difficile de croire que cette Juul allégée puisse le faire.

lundi 3 décembre 2018

Italie, Carmine Canino: « Avec l’ANPVU, nous avons lutté jusqu’au bout pour au moins obtenir une forte réduction des taxes »

Carmine Canino, Président de l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU), fait le point dans le bref entretien qu'il nous a accordé sur le rôle de son organisation dans les récentes modifications de loi sur le vapotage, et les perspectives qu'elles ouvrent en Italie. Après des années très difficiles, le vapotage va y bénéficier d'un énorme bol d'air frais: la baisse des surtaxes sur les liquides et l'autorisation de la vente par internet ont été entérinées par la majorité de coalition de la Lega et du Mouvement 5 étoiles (M5S) au Sénat la semaine dernière

Taxe divisée par 5 pour les liquides avec nicotine et par 10 sans nicotine

Dans les premiers jours de 2019, les surtaxes sur les liquides avec nicotine passeront de 4€ (+ TVA) à 80 cts (+ TVA) par fiole de 10 ml. Les liquides sans nicotine restent taxés, mais de 4 cts prélevés par ml, soit dix fois moins qu'actuellement. Interdite par le Gouvernement précédent depuis le 1er janvier, la vente à distance sera de nouveau autorisée, mais seulement à l'intérieur des frontières italiennes pour les magasins disposant d'un dépôt fiscal.

"L’Italie était un des pionniers dans la diffusion du vapotage en Europe grâce à la recherche, à la production et à la commercialisation de liquides de première qualité fabriqués en Italie", nous rappelle Carmine Canino, Président de l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU). Née au début d'année, son organisation a comblé une lacune certaine de représentation des usagers en Italie. Ils en avaient bien besoin devant les mauvais traitements infligés ces dernières années par les Gouvernements.

"L’Italie, avec la Grèce, représentait la fleur de l'artisanat européen en matière de vapotage. Tout cela jusqu’à ce que les différents gouvernements successifs ont décidé qu’il était nécessaire de s’opposer à ce monde, qui devait probablement en déranger beaucoup. Et voici alors que les premières taxes absurdes, injustes et absolument injustifiables, ont accompagné les campagnes d’informations négatives trompeuses et tendancieuses", poursuit le défenseur des utilisateurs du moyen de réduction des risques.

La vape italienne était au bord du précipice

A la demande sonnante et trébuchante des buralistes, une motion de méga taxe anti-vape est votée au Sénat fin 2013. La suite enchaîne des démêlés de pire en pire, avec notamment la mise sous tutelle de l'Administration des Monopoles (AAMS) et l'interdiction de vente online décrétées fin 2017. Entre temps, Matteo Renzi, Premier Ministre d'alors, avait joyeusement inauguré des usines de Philip Morris alors que sa fondation a reçu des fonds du cigarettier durant sa campagne électorale, comme l'a rappelé le site SigMagazine. Ces derniers mois, la bataille a été rude pour remettre en cause les différentes mesures anti-vape.

En définitive, les surtaxes ne sont pas abolies mais très fortement abaissées, la tutelle de l'Administration des Monopoles (AAMS) n'est pas levée mais la vente par internet à l'intérieur des frontières est rétablie. Sans être parfaits, les progrès sont forts et permettent de retrouver de l'optimisme pour une vape italienne qui était au bord de l'asphyxie. "Aujourd'hui, nous espérons écrire un nouveau chapitre de la vape italienne", se réjouit Carmine Canino. Entretien mené en italien, traduit par nos soins.

  •  Le Sénat a approuvé les modifications de loi sur le vapotage la semaine dernière. Qu'est-ce que cela va changer pour les vapoteurs en Italie? 
Carmine Canino: En tant qu’ANPVU, avec le soutien fort d'INNCO, le réseau international des associations d'usagers, et d'autres associations italiennes indépendantes de producteurs, de distributeurs et des magasins d'Ecigs, nous avons lutté jusqu’au bout pour au moins obtenir une forte réduction de la taxe sur les e-liquides contenant de la nicotine, la détaxation et la sortie du régime des Monopoles (AAMS) des e-liquides sans nicotine et la reprise des ventes en ligne. Nous sommes à moitié satisfaits du résultat que nous avons obtenu. Selon moi, il va générer une reprise du secteur. Mais nous n'abandonnerons pas et nous nous battrons pour obtenir d'autres résultats importants, qui tiennent à cœur aux vapoteurs italiens.

  • Cette réduction massive de la surtaxe du vapotage constitue-t-elle une reconnaissance des effets néfastes de la politique anti-vapotage précédente?
Carmine Canino: Comme je l'ai dit, nous sommes contents de l'indéniable forte réduction de la taxe sur les liquides avec nicotine. Cela constitue sans aucun doute un bon résultat et c'est aussi la reconnaissance naturelle par le Gouvernement et les Institutions de la réduction établie des risques du vapotage par rapport au tabac brûlé. Mais notre bataille va continuer pour obtenir une détaxation complète et une sortie du régime des monopoles d’État des e-liquides sans nicotine. 

En tant que chimiste pharmaceutique, notre directeur scientifique, le Dr Fortunato Francia, a déjà structuré des projets scientifiques qu'il réalisera avec la collaboration du nouveau Centre de recherche sur la réduction des risques (CoEHAR) dirigé par le Pr Riccardo Polosa de l'Université de Catania. L'enjeu est d'étudier le rôle des liquides de vapotage, notamment ceux sans nicotine, dans une perspective de santé publique. Parallèlement, un projet impliquant le corps médical italien, en particulier les médecins généralistes, est à l’étude, à travers la mise en place d’un programme d’information médicale scientifique sur les vaporisateurs personnels, toujours organisé par la direction scientifique de l’ANPVU et le Pr Riccardo Polosa.

  • L'ANPVU a été créée relativement récemment. L'existence d'une association représentative des vapoteurs a-t-elle joué un rôle dans le changement de politique?
Carmine Canino: Je pense vraiment que oui: l'association ANPVU est aujourd'hui la seule voix libre des consommateurs italiens et donc sans conflit d'intérêts. Notre objectif principal est de protéger et de promouvoir la qualité et la sécurité des produits de vapotage vendus en Italie et de contrôler le bien-fondé des politiques gouvernementales en matière de vapotage. Il est clair que notre association, précisément pour ces raisons, a eu une influence positive sur les nouveaux choix du gouvernement en matière de taxation des e-liquides. 

  • Après cette longue bataille, l’association a t-elle déjà fixé de nouveaux objectifs?
Carmine Canino: Le défi de l'ANPVU, qui entretient une étroite collaboration fructueuse avec les associations les plus représentatives du secteur, telles que la COIV, l'ANAFE et UNIECIG, ainsi que la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), consistera certainement à promouvoir l'utilisation du vapotage comme instrument alternatif et moins nocif que le tabagisme. Et viser également à une classification correcte des instruments de réduction des risques en Italie. 

Nous continuerons à nous battre pour l'élimination de la mini-taxe sur les bases neutres, la sortie de l'AAMS et l'accès libre à la vente en ligne (et pas seulement pour ceux qui disposent d'un dépôt fiscal). Ainsi que de solliciter une coopération avec les institutions de santé, qui jusqu'à ce jour malheureusement manque beaucoup.

L'ANPVU, la COIV, UNIEcig et la LIAF ont défendu ensemble le vapotage avec une pleine page achetée dans les principaux quotidiens du pays le mois dernier

dimanche 2 décembre 2018

[Rumeur] Malaise chez Juul après les rumeurs de négociations avec Altria (Philip Morris USA) ?

Le Wall Street Journal (WSJ) a lancé le pavé dans la mare ce mercredi. Altria (Philip Morris USA) négocierait une entrée dans le capital de Juul Labs. Officiellement, les deux entreprises ont refusé tout commentaire aux médias. Cependant Kevin Burns, le Directeur de Juul Labs, a jugé opportun d'envoyer un mail à ses employés confirmant "l'intérêt important" de possibles d'investisseurs tout en qualifiant l'information du WSJ de "spéculation médiatique". Au sein des employés de la start-up de vapotage, les réactions oscillent entre incrédulité et colère, selon les informations exclusives du média Axios qui s'est procuré des échanges de mails internes. 

Un "pacte avec le diable" ?

"Parmi les employés qui ont cru à l'information [du WSJ], l'inquiétude porte principalement sur la manière dont Juul ferait un "marché avec le diable". Ce serait contraire à sa mission d'aider les fumeurs à quitter les cigarettes combustibles, explique l'un d'eux, rendant ainsi difficile de continuer pour les employés actuels et le recrutement de nouveaux", révèle Dan Primack pour Axios. D'autres employés de Juul pensent que la rumeur lancée par le Wall Street Journal est une opération de comm' d'Altria pour faire remonter ses cours boursiers

Altria insisterait depuis le début de l'année

Du côté du cabinet de conseils financiers Wells Fargo, la spécialiste du domaine Bonnie Herzog estime la rumeur de l'intérêt d'Altria fondée. Avec précaution, elle suppose que le cigarettier pourrait investir de 4 à 7 milliards $ pour acquérir de 30 à 40% du capital de Juul Labs. Un bon choix stratégique pour Altria estime l'analyste, au vue de l'écroulement des ventes de cigarettes.

Pour Axios, qui évoque aussi une offre de l'ordre de 5 milliards $, les propositions d'Altria auraient commencé au début de l'année. "Juul a rejeté la proposition initiale, mais Altria a persisté, revenant régulièrement à la charge avec des offres plus élevées", précise le média qui se veut pointu. 

Campagnes fédérales anti-Juul

Entre temps, l'administration Trump a déclenché des campagnes très agressives contre la Juul, accusée de provoquer rien de moins qu'une "épidémie" et une "tragédie". Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), a parachevé cette campagne en annonçant début novembre un plan de mesures contre la vente des arômes de vapotage autres que tabac et menthol dans les kiosques. 

Altria puis Juul avaient anticipé de quelques jours cette annonce en arrêtant d'eux-mêmes de fournir les commerces physiques en recharges de liquides autres que tabac et menthol. Ainsi qu'un système de contrôle serré de l'âge pour interdire les ventes en ligne de pods de Juul aux moins de 21 ans.

Arrivée de la Juul en Suisse

Ces événements influencent évidemment l'estimation de la valorisation de Juul Labs dans d'éventuelles négociations. Tout cela reste très opaque et sensible. D'autant plus que l'entreprise de vape californienne cherche à se développer en Europe. Après un lancement en Angleterre, la Juul va se trouver très prochainement dans les rayons de la chaîne de kiosques Valora, qui compte plus d'un millier de points de vente en Suisse. 

Dans la NZZ de dimanche dernier, Jonathan Green, directeur de Juul Suisse, précise avoir signé le 14 novembre le codex de la Swiss Vape Trade Association (SVTA), l'association des professionnels de vape. Il s'engage à ne pas vendre de Juul, y compris par internet, aux mineurs.

Bien qu'il ne soit pas très clair ce qui relève des commentaires du journaliste de la NZZ, dont on connait l'orientation, il semble confirmer que la Juul commercialisée en Suisse sera la version ultra-light européenne. Un produit qui dans cette configuration se distingue peu de ce qui existe déjà sur le marché. Où des produits similaires mais non propriétaires, pouvant être rechargés en liquide, évitent au consommateur d'être captif du système de capsules "à la Nespresso".

samedi 1 décembre 2018

Projet de Loi tabac 2 : Berset refait la même merde


L'avant-projet n'était pas brillant, le projet de loi signé Alain Berset est pire. Le journal télévisé de la RTS n'en a retenu que l'interdiction de vente des cigarettes aux moins de 18 ans, un point acquis de longue date. Dans le Courrier, le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de Santé Globale, qualifie de "caricatural" à quel point le projet de loi sert les intérêts cigarettiers.

En fait, la nouvelle version du projet de loi tabac (LPTab 2) d'Alain Berset ressemble au premier projet, rejeté par le parlement en 2016, mais avec des restrictions super lights de publicité pour le tabac. Seule autre différence notable, positive celle-ci, la légalisation du Snus qui serait effective à son entrée en vigueur au mieux en 2022, alors que le parlement a voté une motion en ce sens en 2012.

L'absence de nouveauté, c'est surtout la reconduction de l'amalgame du vapotage au tabagisme sur à peu près tous les aspects, avec quelques fumisteries rhétoriques pour la forme. Autrement dit, son refus d'intégrer la réduction des risques pour protéger efficacement la santé publique face au tabagisme. En catégorisant le vapotage comme "produit nocif", le Conseiller fédéral ouvre grande la porte au n'importe quoi en matière de qualité et de sécurité des produits de vape, actuellement régis et protégés par la Loi sur les denrées alimentaires (LDAi).

Le projet de loi veut transformer la vape en "produit nocif"

L'article 7 du projet de loi prévoit d'autoriser d'ajouter n'importe quel additif au produits du tabac et du vapotage, hors d'une petite liste de 25 substances interdites. Ceci sans le signaler sur les paquets de cigarettes, ce qui a de faux-air de tromperie du consommateur avec la complicité des autorités. Les vapoteurs devraient être un peu mieux informés avec une notice obligatoire.

Autant dire que voir les produits de vape être mis sous la coupe d'une telle réglementation est extrêmement inquiétant. D'autant plus avec le label imposé de "produit nocif" qui laisse les producteurs libres d'à peu près n'importe quoi et les consommateurs sans ressource pour se défendre... Maigre progrès, les bouchons de sécurité seraient imposés aux fioles de liquides, ce qui est déjà le cas en pratique.

Cette destruction du niveau de protection des consommateurs s'accompagne d'une détérioration de leur liberté de choix: les fioles de liquides seraient limitées à 10 ml, et le taux maximum de nicotine à 20 mg/ml.

La limitation à de mini fioles augmente plutôt le risque d'accident avec les enfants en bas-âge, dont les mains menues prennent plus facilement de petits objets. Même Mickael Anderegg, le préposé de l'Office fédérale de la santé publique (OFSP) à la rédaction de l'avant-projet, avait exclu cette limite "absurde".

Berset nous refait le coup du light

La limite à 20 mg/ml de nicotine exclut pour sa part près de 30% des fumeurs de pouvoir sortir du tabagisme avec ce vapotage light. Elle tend à pousser les usagers à la surconsommation et ne repose sur aucune étude scientifique. Le Royaume-Uni, un des rares pays a avoir une véritable politique efficace de santé publique face au tabagisme, réfléchit à réviser et se libérer de cette limite à l'occasion du Brexit.

Bien que sans tabac, sans combustion, sans monoxyde de carbone ni goudrons, et même lorsqu'il est sans nicotine, le vapotage est inlassablement amalgamé au tabagisme dans le projet de loi, au point d'assimiler les vapoteurs aux fumeurs.

La réduction des risques sacrifiée par Berset

La liberté des tenanciers d'établissements publics d'interdire ou tolérer le vapotage serait aussi abrogée. L'interdiction de vapotage dans les lieux publics serait obligatoire, y compris pour les magasins de vape, les espaces d'aide ou d'entraide à l'arrêt tabagique. Aucun aménagement n'est prévu. Ce qui condamnerait les possibilités de son utilisation comme outil de réduction des risques. Les néophytes ne pourraient plus recevoir d'instructions pratiques, ni essayer matériel ou liquide.

Dans ces conditions, que ce soit en magasin ou dans des espaces d'aide à l'arrêt tabagique, aider des fumeurs à arrêter avec le vapotage relèverait de la mission impossible. Les accidents par mésusages liés à l'absence d'instruction pratique seraient une conséquence plus que prévisible de ce projet de loi.
 


Aux Etats-Unis, la génération des 18 à 24 ans qui a connu le vapotage adolescent compte 13% de jeunes ayant évité le tabagisme grâce au vapotage occasionnel et environ 3% ayant arrêté de fumer à son aide et 2,7% de vapoteurs exclusifs. Il reste 10,4 % de fumeurs, contre près de 38% en Suisse au même âge
Les mineurs seraient privés d'alternative à risque réduit y compris sans nicotine. Cependant, les cigarettes seraient (enfin) interdites de vente aux mineurs, avec les lacunes que l'on connait à cette mesure. Depuis sept ans qu'il est en poste, le bilan de la politique du Conseiller fédéral en matière de tabagisme est son maintien à plus de 25% des 15 à 18 ans et près de 40% des jeunes adultes en Suisse.

Un bilan probablement négatif en terme de santé publique

Le rapport d'évaluation du cabinet BASS analysait que l'un des rares effet concret pour faire baisser le tabagisme du projet de loi aurait été la légalisation du vapotage nicotiné. Depuis, le Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition illégale qu'avaient institué abusivement les services d'Alain Berset.

Le principal moteur de la réduction du tabagisme que prévoyait le BASS est effectif désormais sans la loi Tabac Berset. De manière étrange, la mise à jour du rapport du BASS déclare ne pas tenir compte de l'abrogation de la prohibition, laissant ainsi au bénéfice du projet de loi les effets positifs de la légalisation du vapotage nicotiné.

En l'état, contrairement à ce que prétend le message du Conseiller fédéral, il est probable que ce projet de loi ait plutôt un impact négatif en entravant l'accès au vapotage, en réduisant la protection de ses consommateurs et surtout en assassinant la possibilité de politiques de réduction des risques. La légalisation du snus et l'interdiction de vente du tabac aux mineurs restent des points positifs.

Berset confirme être égal à lui-même

En résumé, le projet de loi du Conseiller fédéral se moque de la demande du parlement de différencier les produits du vapotage des produits du tabac, ignore le principe de réduction des risques - un des piliers de la stratégie nationale addictions (2017-2023) - et méprise sans vergogne les avis exprimés par le public concerné lors de la consultation publique.

On ne peut pas être vraiment surpris du Conseiller fédéral, de la défense du tabagisme en Suisse contre le vapotage ces dernières années, de profiter de ce projet de loi pour en détériorer les conditions et la qualité et repousser les vapoteurs dans le monde du tabac.

Fidèle à lui-même, le politicien entend sacrifier une vision d'avenir avec la réduction des risques pour concilier les intérêts malsains des cigarettiers et des pharmaceutiques et calmer les puritains en leur offrant le scalp facile des vapoteurs, victimes expiatoires de substitut pour la haine anti-fumeurs des principaux lobbyistes de ce clan.

Aux vapoteurs de se faire entendre

En 2016, les auditions en Commission santé du Conseil des États de l'association des vapoteurs Helvetic Vape et des professionnels SVTA avaient permis d'attirer l'attention des élus sur la nécessité de différencier les produits de vapotage et les produits du tabac. Alain Berset n'a pas réellement respecté cette demande du parlement, en jouant sur les mots dans son nouveau projet de loi.

Mais le projet a encore tout un chemin parlementaire a effectué, en commission et en chambres, avant d'être loi. De quoi laisser l'espoir soit d'un nouveau rejet, soit de modifications substantielles. De toute évidence, sous l'influence de lobbyistes d'ultra-droite puritaine, le camp "anti-tabac" préfère trucider facilement le vapotage plutôt qu'une difficile lutte sur la question du tabac. Dans ce contexte, les vapoteurs sont-ils prêts à se mobiliser pour être entendus ?

Le vapotage invente l'arrêt bienveillant pour prévenir la rechute tabagique

avant la rechute, ça faisait mal...
"Avant, un petit écart entraînait presque toujours une rechute totale dans le tabagisme, et les gens se sentaient en échec d'avoir trébuché. Mais ça, c'était avant que les gens ne commencent à passer au vapotage", explique la Dr Caitlin Notley, de l'Université d'East Anglia, au site Eurekalert. Son enquête, menée avec Emma Ward, la Pr Lynne Dawkins, le Pr Richard Holland et Sarah Jakes, Présidente de la New Nicotine Alliance (NNA), ouvre le champ d'une approche compréhensive de l'arrêt tabagique.

Nourrie d'entretiens auprès de 40 vapoteurs, l'étude publiée dans la Drug and Alcohol Review en accès libre explore comment les vapoteurs vivent les moments de rechute après avoir arrêté de fumer. "L'analyse révèle que fumer est perçu de manière différente lors d'arrêt avec le vapotage que lors d'autres tentatives précédentes. Avoir l'option agréable de vapoter signifie qu'un retour complet au tabac n'est pas inévitable", soulignent les auteurs.

Quitter le carcan du dogme de l'aliénation

Pour approcher le thème, les chercheurs se sont penchés sur les significations de ce qu'est une rechute, selon l'approche orthodoxe et en contraste celle des protagonistes vapoteurs. Du côté des traités théoriques, "la rechute peut être définie comme un incident ponctuel (une seule «bouffée») ou un certain nombre de cigarettes fumées". Ces approches quantifient le tabagisme et énoncent un ensemble de facteurs de risques pour créer une armature médicale.

rechute tabagique médicalisée"Cette approche médicalisée suppose l'usage du tabac comme une déficience, positionnant l'individu comme être potentiellement vulnérable à la dépendance". En réponse à un échec ou une rechute, le patient se voit proposer "un «traitement» pour sa dépendance".

Ce paradigme conçoit le fumeur ou la personne en rechute comme un être perverti, possédé, rendu étranger à lui-même en proie à la compulsion. "La compréhension théorique de la rechute du tabagisme est sous-développée et bénéficierait d'une mise à jour", estime l'équipe britannique.

Ouvrir le champ des possibles

En contraste de l'orthodoxie médicalisée, l'étude menée à travers des entretiens ambitionne de renouveler la compréhension du phénomène en partant du vécu des personnes. "Une approche qualitative était particulièrement appropriée dans ce contexte, où la théorie existante est dépassée" devant l'essor du vapotage, précisent les chercheurs. Une bonne partie des vapoteurs déclarent ne pas se permettre de fumer la moindre cigarette.

Mais près de la moitié des personnes interrogées ont expliqué avoir eu au moins un épisode de rechute tabagique. Souvent en contexte de sociabilité. "Même maintenant, je sors encore et je fume au pub", témoigne un des participants. Les défaillances du matériel est une autre situation piégeuse. Justifiables par les circonstances, ces écarts peuvent être circonscrits à de simples erreurs ponctuelles par la personne afin de préserver l'estime de soi.

Les cas de défis d'ex-fumeurs

Une série de cas paraissent nouveaux aux chercheurs: ceux où les protagonistes ont volontairement fumer "pour voir ce qu'il en est". "J'étais très confiant, alors je ne me sentais pas du tout en danger de rechuter. Je pense que cela fait partie de ce qu’il en est vraiment, c’était une sorte de case à cocher pour dire 'oui, ce n’est pas un problème' ", explique un participant.

Malgré cette défiance à l'ancien tabagisme, plusieurs témoignages rapportent avoir senti un malaise moral, mais aussi un dégoût physique après avoir fumé. "J'ai parfois pris des cigarettes durant ces trois dernières années et ce sont les choses les plus dégoûtantes, absolument horribles. Tu sais, j'ai fumé parfois une cigarette juste par curiosité"

L'éclosion du plaisir

Ces sortes de tests de résolution s'appuient sur une balance des plaisirs épanouis au fil du temps. "Je fumais une cigarette avec un verre, la vape ne semblait pas suffire. Mais cela a changé progressivement. Maintenant je peux sortir et vapoter toute la nuit", rapporte un protagoniste. Tandis qu'un autre explique avoir compris toute la richesse de la palette des arômes après avoir été obsédé par la recherche du goût tabac à ses débuts.

L'arrêt par inadvertance

Cette conversion de mode de consommation se déroule, au moins parfois, en l'absence de pression disciplinaire. "C’est arrivé peu à peu, ce n’était pas un effort conscient, c’était par effet secondaire du vapotage que j'ai arrêté de fumer, car je n'avais pas prévu d'arrêter, c'est juste arrivé", déclare un vapoteur.

Dans ce contexte, les chercheurs suggèrent que l'utilisation conjointe de cigarette et de vapotage "peut être comprise moins comme un phénomène de dépendance physique que comme un changement d’identité sociale". Des situations de transition, estiment les chercheurs. "Nous avons définies ces personnes comme des 'sliders' vers l'abstinence du tabagisme plutôt que des 'switchers'. Cependant, d'autres membres de notre échantillon se sont considérés très fermement comme des 'vapoteurs' ".

Sortir de l'échec programmé: le droit de trébucher

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Au-delà des différents types, les chercheurs soulignent "les aspects spécifiques au vapotage, tels que l’odeur, le plaisir sensoriel d’inhaler des vapeurs et l’action du vapotage", agissant en protection contre les rechutes. "Dans les pays où les politiques l'autorisent, le vapotage est une alternative au tabagisme viable et même préférable pour beaucoup, ce qui permet de minimiser le sentiment d'échec lors de rechutes ponctuelles", appuient-ils pour inviter à sortir du cercle vicieux de l'échec induit.


"Le concept "d'erreur permise" [lapse permissive] implique une démarche "hors pression" pour pardonner "l'écart" occasionnel. Cela peut réduire la pression qui contraint progressivement les personnes à maintenir l’abstinence de fumer", oppose l'équipe de recherche à la classique rechute complète aspirée par le sentiment d'échec et la déchéance de l'estime de soi. "Une erreur permise permet de petits écarts, ce qui crée probablement moins de dissonance cognitive et signifie qu'une rechute totale n'est pas inévitable".

jeudi 29 novembre 2018

[Bref] Après Bâle, les évangélistes anti-vapes s'attaquent au canton de Berne





La coalition des baptistes et des dealers contre la réduction des risques

Après Bâle la semaine dernière, ce sont les parlementaires du Grand Conseil du canton de Berne qui viennent de voter une motion des évangélistes pour demander à leur Conseil d'Etat "d'assimiler le vapotage au tabagisme" et prendre des mesures de restrictions et d'interdictions, selon le journal Bund. Comme pour d'autres cantons, les médias présentent le prétexte de la protection des jeunes pour justifier le vote. En réalité, l'objectif du lobby puritain est de rendre impossible aux médecins, tabacologues, addictologues et aux groupes d'entraide autogérés de pouvoir utiliser le vapotage comme outil de réduction des risques pour l'arrêt tabagique.

La reconquista puritaine

Le motionnaire Ruedi Löffel, du Parti Évangélique Populaire, pense que ses exigences peuvent être très rapidement mises en oeuvre par ordonnance, explique t-il à la radio SRF-1. Les détails de la motion ne sont pas accessibles actuellement. Des motions anti-vape ont aussi été déposées dans les deux cantons de Bâle et à Zurich, où le Conseil d'Etat s'est cependant prononcé la semaine dernière contre la mise en place d'une législation prématurée pour assimiler l'outil de réduction des risques au tabagisme.

Côté romand, un projet de loi du Conseil d'Etat genevois vise à assimiler le vapotage au tabagisme, et ainsi éliminer à la fois la scène de la vape indépendante et son usage dans l'aide à l'arrêt tabagique. Dans le canton de Vaud, une motion similaire a été transformé en postulat, laissant au Conseil d'Etat plus de latitude pour apprécier la situation. Au Valais, une modification de loi a interdit la vente de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans assimiler le vapotage au tabagisme.

L'objectif est de rendre impossible l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage

L'assimilation du vapotage au tabagisme interdirait de manière pratique, et très probablement au niveau juridique, la possibilité pour les organismes d'aide au sevrage tabagique, qu'ils soient officiels ou autogérés, de pouvoir utiliser le vapotage comme outil. Le positionnement de Ruedi Löffel dans le paysage du domaine, membre de la Croix-Bleue bernoise, éclaire le véritable objectif masqué du camp puritain contre les approches de réduction des risques dans le champ.

Alors qu'une très large majorité des responsables de santé de cantons et des villes sont en faveur d'intégrer la réduction des risques face au tabagisme, le coup de force concerté dans différents cantons du lobby puritain tente de prendre de vitesse et tuer dans l’œuf le développement d'aides à l'arrêt tabagique.

La coalition pour maintenir de force le tabagisme

En Suisse, 61% des deux millions de fumeurs déclarent espérer arrêter de fumer. Aucune aide sérieuse ne leur est proposée hors abstinence et Champix. Les liquides nicotinés étaient interdits de vente par l'administration fédérale durant neuf ans. Le Tribunal administratif fédéral a abrogé cette prohibition illégale en avril dernier.  Cette politique a permis de maintenir le tabagisme depuis dix ans à plus de 27%, générant des milliards de coûts pour la population, empochés par les industries de la pharmaceutique, du tabac et le Département de l'intérieur.

Pour sa part, le Fonds national de prévention du tabagisme gagne environ 14 millions Fs par an au prorata des ventes de cigarettes. Il avait tenté d'empêcher une étude sur un produit de Philip Morris en bloquant son financement. Etude qui a finalement été publiée au grand dam du cigarettier vaudois.

Le droit d'éviter de fumer attaqué de nouveau

La coalition des cigarettiers et de certains soi-disant "anti-tabac" en Suisse n'est pas chose nouvelle. En 1991, Peter Hess, du parti Démocrate-Chrétien, a fait interdire le snus, produit à risque réduit, avec le soutien des organisations anti-tabac. Il s'est révélé par la suite que le parlementaire siégeait en secret à l'administration d'une filiale de British American Tobacco (BAT).

A l'opposé de l'approche conservatrice protégeant de fait la vente unique de cigarettes, des voix s'élèvent pour soutenir le droit de choisir des produits à risque réduit en Suisse. La Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions a crevé le mur de silence l'an passé en prenant position pour "changer la politique tabac". Nul besoin de grande connaissance politique pour comprendre que l'offensive actuelle des conservateurs visent à saboter ce mouvement d'aide aux fumeurs à se sortir du tabagisme.

mercredi 28 novembre 2018

[Op] France: Est-il acceptable de "sanctuariser" un fonds tabac qui exclut la réduction des risques?



En 2018, est-il encore acceptable que des fonds de lutte contre le tabagisme excluent les approches de réduction des risques? Le sujet est tabou, pourtant un débat devrait s'imposer au moment où les organisations anti-tabac traditionnelles font le forcing pour maintenir la main mise sur le "Fonds national de lutte contre le tabac" en France. Un nouveau prélèvement sur le chiffre d’affaires des fournisseurs de tabac finance ce fonds depuis 2017. Près de 590 millions € devraient être distribués d'ici 2022, dont 100 millions ont déjà été mis en jeu au printemps dernier. 

Sainte homélie


Et pourtant ces dernières semaines, les organismes traditionnels anti-tabac montent au créneau. En cause, le projet du budget de la Sécurité sociale pour 2019 (PLFSS 2019) de fusionner les fonds concernant les conduites addictives, sans privilège pour la lutte anti-tabac. Un premier communiqué d'Alliance contre le tabac le 12 octobre dernier accusait le gouvernement de chercher à "dévier la lutte contre le tabagisme vers la lutte contre l’ensemble des addictions" et faire "le jeu des lobbys industriels" (sic!). Nouveau communiqué ce 27 novembre, cette fois de la Fédération française d'addictologie (FFA) réclamant la "sanctuarisation" du fonds tabac.

A la pêche aux spécificité universelles




"On observe une spécificité du comportement tabagique en France", explique le communiqué pour justifier de "sanctuariser" le Fonds tabac afin "de développer une recherche adaptée aux besoins du pays". Problème, l'attribution des aides provenant du Fonds impose de s'inscrire dans les "préconisations de la Convention-Cadre de lutte anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé", précise par exemple le cahier des charges de l'appel à projets à "la société civile" de mai dernier.


Un modèle dont un article d'Aurélie Lermenier-Jeannet pour l'Office français des drogues et toxicomanie (OFDT) a montré, sans tout à fait l'assumer, l'inefficacité en France. L'exclusion stricte dans les recommandations du Secrétariat de la FCTC du principe de réduction des risques, bien qu'il soit spécifié dans l'article 1 §d de sa Convention originale (en anglais), n'est pas étrangère à cet échec.

Reproduction sociale 2.0




Le hiatus de cohérence entre la justification pour maintenir l'exception tabac et les actes liés à ce financement se cristallise autour de cette exclusion de l'approche de réduction des risques. Le cadre étroit imposé au printemps au volet de la "mobilisation de la société civile" - avec des guillemets dans le texte original -, est la "dénormalisation" du tabagisme et l'abstinence.


Outre la cage idéologique, les barrières usuelles pour préserver l'entre-soi ont été utilisées: forme bureaucratique et vocabulaire à mots-clefs, délai raccourci combinée à une diffusion choisie ont assuré à un cercle restreint d'initiés de pouvoir postuler à une part du gâteau de 100 millions € en juin. La sélection fait le reste. Le cercle se félicite de cette imperméable distribution. Et on apprécie mieux le sens ironique des guillemets à "mobilisation de la société civile".

Faut-il quitter la lutte anti-tabac pour arrêter de fumer?


Pourtant une dizaine de jours avant la date limite des soumissions, l'enquête de Santé Publique France révélait que 27% des tentatives d'arrêt tabagique en France en 2017 se sont déroulées avec le vapotage. Premier recours, en dehors de leur propre motivation, utilisé par les fumeurs qui veulent s'en sortir. Autrement dit, une large part du public n'a pas attendu les millions du Fonds tabac pour choisir une approche efficace, bienveillante et non-abstinente en nicotine. Ils avaient probablement raison de ne plus attendre.

mardi 27 novembre 2018

L'Italie abaisse d'au moins 80% la surtaxe sur la vape

Italie lutte contre la taxe anti-vape
[édité sur des détails de procédures législatives ;)] Après des mois de batailles, la vape italienne bénéficie d'un grand bol d'air frais. La majorité de la coalition de la Lega et du Mouvement 5 étoiles (M5S) au Comité des finances du Sénat a approuvé hier soir l’amendement révisant les taxes sur le vapotage: diminution de 80% de la surtaxe sur les liquides nicotinés et de 90% pour le sans nicotine. Il sera soumis au vote avec l'ensemble du décret du budget au Sénat d'ici le 22 décembre. Il prévoit qu'une fiole de 10 ml de liquide nicotiné sera taxée de 80 cts plus la TVA, au lieu de plus de 4 € (+ TVA) ces dernières années. Tandis que le liquide sans nicotine se verra prélever 4 cts par millilitre.

Vente internet autorisée depuis l'Italie

Bien que le vapotage reste sous le régime de contrôle de l'Administration des Monopoles (AAMS), la vente à distance intra-italienne est de nouveau autorisée, "après l’ouverture de l’entrepôt fiscal, avec une traçabilité des produits conséquente", précise le site SigMagazine qui a eu le contenu du texte législatif en primeur. Sans pouvoir légalement commander à l'étranger, les vapoteurs éloignés des zones urbaines  pourront donc de nouveau s'approvisionner par internet auprès de magasins italiens.

Les arômes seuls et les ingrédients purs (Propylène Glycol (PG) ou Glycérol (VG)) restent hors de la surtaxe, pour des raisons d'intérêts des commerces pharmaceutiques et alimentaires. Mais la base mélangée PG-VG est taxée (!). "Le mélange controversé d'eau et de nicotine à très forte concentration a également été réglementé", précise le site spécialisé italien. De tels produits devront être conformes à la directive européenne (TPD), être notifiés et limités à 20 mg/ml de nicotine. Avec un risque d'amende de 150'000€ à la clef, l'astuce pour contourner la surtaxe va probablement disparaître.

Taxe réduite d'au moins 80% mais pas abrogée

Italie taux de fumeurs et vapoteurs 2016-2018La baisse de la taxe est très conséquente mais elle n'est pas l'abrogation espérée de celle-ci. Notamment par l'association des vapoteurs ANPVU, des professionnels COIV et UniEcig et la Lega Anti-Fumo (LIAF) qui avaient publié un appel dans les quotidiens italiens. Le régime de l'AAMS est également maintenu.

A ce titre, le combat en coulisse de la vieille garde bureaucratique italienne a réussi à préserver le principe punitif et le report de responsabilité sur les douanes. L'administration de santé publique évite ainsi de devoir prendre en considération sérieusement l'approche de réduction des risques face au tabagisme.

Par rapport à la situation désespérée dans laquelle se trouvait le monde de la vape italienne, le bol d'air est cependant extraordinaire et salvateur. Secteur dynamique en 2014, la vape italienne a subi de plein fouet les attaques de la surtaxe et de l'interdiction de vente internet. Entre 2016 et 2018, la part de vapoteurs a baissé de près d'un million de personnes tandis que le nombre de fumeurs a augmenté d'autant en Italie, selon les données de l'Istituto Superiore di Sanità (ISS).

La fin d'une catastrophe de santé publique

Exemple paradigmatique de la taxation du vapotage en Europe, le cas italien montre l'étendu du marasme sanitaire, social et économique de cette mesure. La Commission Européenne songe à un projet de taxation punitive anti-vape harmonisée à toute l'Union Européenne. Cet été, sa consultation publique a été sanctionnée de près de 90% de refus de considérer le vapotage comme un produit du tabac. Une expression qui rejoint les 89% d'opposants à une taxe anti- vape lors d'une précédente consultation de la même Commission début 2017.

lundi 26 novembre 2018

Suisse: à Zurich et Bâle des motions voudraient assimiler le vapotage au tabagisme


Les cantons romands ne sont pas les seuls à subir des attaques contre le vapotage. Le parlement du canton de Bâle-Ville a voté mercredi, par 53 voix contre 33, une motion demandant l'assimilation du vapotage au tabagisme. Présentée par le Parti Évangéliste, elle voudrait une interdiction de vente aux mineurs mais aussi l'assimilation du vapotage dans les lois contre le tabagisme passif et la publicité, rapporte l'agence ATS. Après son examen par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil devra encore se prononcer s'il transforme la motion en mandat contraignant.

Le Conseil d'Etat zurichois est plus calme

A Zurich, une procédure similaire un peu plus avancée a vu le Conseil d'Etat répondre par la négative ce jeudi, explique la Tages Anzeiger. Le Gouvernement cantonal estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer pour le moment sur le vapotage. Il propose de transformer la motion en postulat. A savoir qu'une motion impose au gouvernement de légiférer, tandis qu'un postulat l'enjoint à en étudier l'opportunité. C'est aussi l'option qui a été choisie par la Commission du Grand Conseil vaudois face à la motion similaire de Graziella Schaller.

En attendant l'éventuelle loi tabac (LPTab), dont le second projet est en cours d'élaboration, aucun âge minimum n'est requis au niveau fédéral pour la vente de cigarette. Actuellement, la limite d'âge de vente des produits du tabac est de 16 ans à Zurich. Concernant le vapotage, l'abrogation par le Tribunal administratif fédéral de la prohibition sans base légale de l'administration, a mis les autorités face à leur neuf ans d'irresponsabilités.

Les usagers même mineurs ont-ils le droit d'éviter de fumer ?

Cet été, les cigarettiers, la grande distribution et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont établi ensemble un code de conduite pour ne pas vendre de produits de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs tout en continuant la vente de tabac à ceux-ci. De son côté, l'association des professionnels de vape (SVTA) a préféré privilégier la réduction des risques en autorisant dans son codex la vente de produits sans nicotine à des jeunes déjà fumeurs dés 16 ans. L'association des usagers Helvetic Vape était exclue de cette table-ronde.

Les députés valaisans n'ont pas non plus pris la peine de consulter les usagers. Ils ont voté en juin une modification de loi pour interdire dés le 1er janvier la vente de produits de vapotage aux mineurs. Scénario pire à Genève, où le Conseil d'Etat a déposé un projet de loi proche de la motion évangéliste bâloise. Le vapotage, y compris sans nicotine, serait "assimilé" au tabagisme. Non seulement sa vente serait interdite aux mineurs, mais le PL 12385 prévoit aussi d'en interdire l'usage dans les lieux publics, sa publicité et un ensemble de contraintes similaires aux ventes de tabac pour les commerces de vape.

La chute du tabagisme des jeunes sous l'impact de la vape

Les partisans de ces mesures de restriction et d'interdiction osent prétendre le faire au nom de la lutte anti-tabac. Ceci en dépit de la chute vertigineuse du tabagisme dans les pays où le vapotage a pu se développer. Le droit à la réduction des risques des mineurs et la possibilité d'éviter d'expérimenter la cigarette par l'opportunité du vapotage notamment sans nicotine ne semblent pas pris en compte par les autorités.

Tabagisme lycéen et jeunes adultes aux Etats-Unis

Pourtant de nombreuses analyses sérieuses sur la question évaluent le phénomène au Royaume-Uni, en Allemagne, dans la région parisienne, en Islande et aux Etats-Unis, où la baisse du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois depuis l'essor de la vape. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg parle de "ringardisation" du tabagisme par le vapotage chez les jeunes. A l'opposé de la Suisse où le tabagisme des jeunes a été maintenu ces dix dernières années, ces pays voient le vapotage le faire dégringoler.

En septembre, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, a présenté sa revue des données internationales sur le sujet à Barcelone au THR Summit: "Il n'y a aucune données montrant que l'augmentation de l'usage du vapotage n'amène à expérimenter les cigarettes chez les jeunes britanniques. Il y a des indices que la perception des jeunes contre le tabagisme se durcit plutôt que s'affaiblit" (voir ci-dessous).

Difficile de croire que les parlementaires genevois et bâlois ne voudraient pas prendre la peine de s'informer sérieusement et de s'interroger sur le phénomène en regard de l'échec calamiteux de la politique tabac suivie cette dernière décennie. Les offensives de restrictions au nom des jeunes à Bâle et Genève ressemblent plutôt à des mesures pour protéger les ventes de cigarettes et maintenir le tabagisme, y compris des adultes, si lucratif pour toute une série d'acteurs, dont l'industrie des médicaments en tout genre. Le tabagisme est la première cause évitable de maladie en Suisse.


dimanche 25 novembre 2018

[Bref] Une étude confirme que les fumeurs ont moitié moins de risques d'avoir la maladie de Parkinson




Statistiquement, les fumeurs ont jusqu'à moitié moins de risques de contracter la maladie de Parkinson que les non-fumeurs. Une vaste étude, dirigée par une équipe de la Queen Mary University de Londres, le confirme à travers l'analyse des données du suivi NeuroEPIC4PD sur près de 220'000 personnes âgées de 37 à 70 ans dans sept pays européens (Suède, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Grèce). Parmi eux, 715 cas de maladies de Parkinson ont été recensés. "Les anciens fumeurs présentaient un risque diminué de 20% et les fumeurs actuels un risque de développement de la maladie de Parkinson réduit de moitié par rapport aux non-fumeurs", explique l'étude parue dans l'International Journal of Epidemiology (IJE).

Y a-t-il plus qu'une corrélation?

L'objectif de la recherche était d'explorer la possibilité d'une causalité dans l'association inverse entre le tabagisme et la maladie de Parkinson. Des analyses épidémiologiques précédentes ont déjà montré le phénomène, connu dés 1966. "Néanmoins, il y a toujours beaucoup de prudence à interpréter cette association comme protectrice", précise l'article signé de trente chercheurs, appartenant aussi à l'Imperial College London et à l'Université Luigi Vanvitelli de Campania, qui n'ont pas bénéficié de financement extérieur. Une des raisons à cette prudence est évidemment le bilan sanitaire désastreux de fumer pour toute une série d'autres maladies.

Une autre étude épidémiologique, parue en 2017 aussi dans l'IJE, a mis en évidence un effet similaire de la consommation de snus suédois, ce tabac à suçoter à faible taux de nitrosamines. "Les hommes non-fumeurs qui utilisent du snus ont un risque considérablement plus faible de contracter la maladie de Parkinson. Les résultats ont également indiqué une relation dose-réponse inverse entre l'utilisation de snus et le risque de maladie de Parkinson. Nos résultats suggèrent que la nicotine ou d'autres composants des feuilles de tabac pourraient influencer le développement de la maladie de Parkinson", résument les chercheurs menés par le Dr Fen Yang, de l'Institut Karolinska de Stockholm.

La nouvelle étude portant sur le tabagisme "classique" confirme non seulement une corrélation mais aussi  "des relations fortes dose-réponse avec l'intensité et la durée du tabagisme", souligne la publication de l'équipe menée par la Dre Valentina Gallo, de la Queen Mary University. Un élément qui incline à un rapport causal. Cette relation dose-dépendante, aussi observée chez des jumeaux monozygotes, "s'oppose à un rôle majeur de la génétique et/ou de la personnalité", pour les chercheurs.

Nicotine ou IMAO ?

"Plusieurs substances présentes dans le tabac ont été proposées comme possibles responsables de l'association inverse entre tabagisme et maladie de Parkinson", rappellent les chercheurs. Ils citent la 2,3,6-triméthyl-l, 4-naphtoquinone (TMN), un inhibiteur de l'activité de la monoamine oxydase (MAO) A et B.


"Un autre candidat est la nicotine elle-même, étant donné la relation anatomique étroite entre les systèmes de neurotransmetteurs nicotiniques cholinergiques et dopaminergiques dans le striatum. La nicotine influe également sur l'activité dopaminergique en agissant au niveau des récepteurs nicotiniques aux extrémités dopaminergiques et en modulant la libération de dopamine", précisent-ils.

Interviewée sur cette étude par le site I, la Dr Beckie Port, conseillère scientifique de l'association Parkinson's UK, note que "nous ne savons toujours pas quelle substance pourrait être responsable, mais il est intéressant de noter que les légumes contenant de la nicotine appartenant à la même famille botanique [les solanacées] que le tabac peuvent également avoir des effets protecteurs".

Abandon en France, recherches aux Etats-Unis

En France, le programme de traitement de malades de Parkinson par nicotinothérapie du Dr Gabriel Villafane à l'hôpital Mondor (AP-HP) a été clos, malgré les protestations des patients. Du côté des Etat-Unis, le Pr Paul Newhouse, de l'Université Vanderbilt, coordonne notamment une série d'études neuroscientifiques sur la nicotine. De son côté, la Dre Valentina Gallo insiste: "Notre découverte est extrêmement importante d’un point de vue scientifique et devrait inciter à une recherche scientifique fondamentale".

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