dimanche 23 juillet 2017

Philip Morris Files (2) : Quel intérêt défend l'Inde à la Convention anti-tabac de l'OMS ?

Les gentils face aux méchants. Le héros au cœur pur face au diable. Les fils narratifs des articles sur le tabac sont souvent d'une simplicité enfantine. Malgré une réalité plus complexe. Dans le second volet de leur enquête sur les Philip Morris Files, les journalistes de Reuters reprennent la recette. Un officier anti-tabac de l'Etat de Delhi, S. K. Arora, traque de manière très musclée les publicités des cigarettiers dans les échoppes de tabac. Avec ses placards, Philip Morris essaie de piquer des parts de l'énorme marché indien de 275 millions de fumeurs à la marque locale ITC qui en détient 80%. L'officier Arora juge ces pubs illégales quand le cigarettier vaudois estime que la loi les autorise. La justice indienne saisie de l'affaire ne s'est pas encore prononcée. Au détour de ce chassé-croisé, où lutte anti-tabac et protectionnisme économique sont difficiles à distinguer, Reuters évoque un document très troublant de Philip Morris. Sans vraiment approfondir le sujet...

Cibler le Premier Ministre indien

"Dans les documents détaillant les plans de la société [Philip Morris] pour la Convention biennale du traité anti-tabac de l'OMS en Inde en novembre dernier, le Premier Ministre Narendra Modi est désigné comme une cible majeure. Un objectif clef: préempter Modi d'éviter de prendre "des mesures anti-tabac extrêmes" ", explique Reuters, citant la présentation power-point de Chris Koddermann en 2014. Le dirigeant canadien de la cellule de renseignement et de lobbyisme de Philip Morris a t-il réussi à démarcher le chef du Gouvernement indien? 

Reuters affirme que le cigarettier a listé trois proches du Premier Ministre indien dans l'optique de l'influencer. Le Ministre de la santé, Jagat Prakash Nadda, celui du commerce, Nirmala Sitharaman, et Amit Shah, Président du parti Bharatiya Janata. Reuters en reste là. Ni le Premier Ministre Modi et les autres personnalités politiques citées, ni le cigarettier n'ont voulu commenter. Les journalistes n'ont pas questionné l'OMS à ce sujet (Sic!).

Ils sont parmi nous

Pourtant, Jagat Prakash Nadda, le Ministre de la santé indien, a été une des têtes d'affiche de la Convention de New Delhi. A ses côtés durant l'ouverture, Maithripala Sirisena, Président du Sri Lanka, appelle à la guerre au vapotage, nouvelle "raison d'inquiétude pour les jeunes". Tandis que Vera da Costa, la Secrétaire Générale de la Convention anti-tabac de l'OMS, cadenasse toute velléités de débat: "Gardez toujours à l'esprit la présence malveillante de l'industrie du tabac parmi nous". La brésilienne est enthousiaste pour ce sommet. "Cette Conférence des Parties posera un jalon déterminant sur le chemin qui nous mènera à un monde sans tabac", prédit celle présentée comme HEAD, la tête de la Convention.

Le sommet égrène les topics habituels du traité au long de la semaine. Encouragements à augmenter les taxes sur le tabac, interdire la fumée dans les lieux publics, interdire la publicité... rien de neuf dans l'air conditionné et filtré du palais des congrès de Noida. Les 1'500 délégués et lobbyistes de diverses organisations, la plupart américaines et sponsorisées, rabâchent des propos attendus. Le sujet sensible du projet de cigarettes à très faible taux de nicotine, en vue d'interdire ou surtaxer celles en contenant plus, reste objet de débat en catimini.

Les indiens attaquent

Mais le véritable sujet sur lequel la Secrétaire Générale brésilienne fonde ses espoirs de tournant déterminant arrive le mercredi, à l'initiative du pays organisateur. Avec le soutien appuyé du Secrétariat Général, l'Inde dépose une proposition de résolution pour la prohibition totale du vapotage au niveau mondial. Co-signée par la Thaïlande, dont le tabac est monopole d'Etat, le Kenya et le Nigeria, dont la presse locale rapporte une tentative d'infiltration de la délégation par l'industrie cigarettière, l'initiative déclenche la polémique.

Les délégations du Canada, de l'Union Européenne et du Royaume-Uni résistent à cette condamnation du produit de réduction des méfaits. Le rapport produit par le Secrétariat de l'OMS pour soutenir l'interdiction comporte de graves lacunes scientifiques selon le contre-rapport du Centre de recherches sur l'alcool et le tabac britannique (UKCTAS). Le Secrétariat tente d'empêcher la diffusion du rapport britannique signé des Prs John Britton, Linda Bauld, Ann McNeill et Ilze Bogdanovica, quatre spécialistes de renommée mondiale sur le sujet. Malgré le brouillage du wifi et des ondes des téléphones portables sur ordre de l'OMS, les traductions mises en ligne par Clive Bates au second jour des débats sur le sujet seront consultées par une poignée de délégués depuis leurs chambres d'hôtel.

Jaime Arcila Sierra, au statut d'observateur à la Convention de New Delhi, est employé de l'organisation américaine Corporate Accountability International


A l'intérieur du bâtiment coupé de l'extérieur, les pressions s'intensifient sur les délégués récalcitrants et les observateurs ouverts au débat sur la réduction des méfaits. Après trois jours de palabre, la Convention prend fin et le Secrétariat Général se résout à ne pas prononcer l'appel à la prohibition mondiale des produits sans tabac ni combustion de vapotage. Agacée, Vera da Costa lâche sa "déception des résultats" de la Convention. Malgré le "fuitage" de la déclaration de la délégation européenne, le Secrétariat rédige deux jours après la Convention une déclaration finale à peine adoucie sur ce point en invitant les pays "qui n'ont pas encore interdit l'importation, la vente et la distribution de ces dispositifs à envisager de les interdire ou de les réglementer"

Pourquoi tant de haine?

Cette part cachée de la Convention de l'OMS, Reuters ne la raconte pas. C'est pourtant le seul média mainstream a avoir dépêché un journaliste au sommet de New Delhi. L'évocation du ciblage de personnalités politiques indiennes par Philip Morris reste en suspend dans son dernier article. Doit-on suspecter le forcing pour imposer la lutte contre le vapotage comme priorité de la Convention anti-tabac et les efforts de l'OMS pour pousser à sa répression, notamment aux Philippines, d'être le fruit du travail de noyautage de Philip Morris? Peut-être, ou pas... Le cigarettier a évidemment tout intérêt à maintenir la prédominance de la cigarette, son produit phare. Mais d'autres intérêts ont pu concourir à cette étrange obsession de l'OMS.



En focalisant l'attention sur l'industrie cigarettière, le discours de l'OMS laisse dans l'ombre les enjeux de balance commerciale des pays producteurs de tabac non-manufacturé. Pourtant selon les données de ITC, le Brésil avec plus de 2 milliards $ d'excédents commerciaux sur le tabac en 2016, le Zimbabwe avec 872 millions $ et l'Inde avec 651 millions $, ont un intérêt économique évident à maintenir la consommation de tabac face à son concurrent sans tabac du vapotage. Un aspect étrangement absent des débats et de la couverture médiatique. Alors que l'Inde a investi une somme importante, certains évoquent plusieurs millions de dollars, pour financer l'organisation du sommet de l'OMS. 

Le Secrétariat de l'OMS ne respecte pas le traité qu'il est censé faire appliquer

Le point est d'autant plus troublant que le Secrétariat Général bafoue ouvertement, avec sa guerre au vapotage, le principe de réduction des méfaits pourtant stipulé au premier article, point (d), définissant la lutte anti-tabac du Traité. Un principe cher aux défenseurs d'une approche intégrant les outils de consommation de nicotine à faible risque contre le tabagisme. Mais pour le moment exclu par l'OMS, au profit des vendeurs de cigarettes, des producteurs de tabac et de quelques autres bénéficiaires de l'industrie de la maladie. Et au détriment de la santé publique et des usagers de nicotine.







samedi 22 juillet 2017

PMI Files(1): La transparence victime de la guerre froide entre l'OMS et Philip Morris

Dans l'hôtel Hyatt Regency de New Delhi, la cellule bouillonne. A une heure de route de la Convention anti-tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), des agents de Philip Morris (PMI) se préparent à y cueillir Nguyen Vinh Quoc, délégué du Vietnam. La scène est photographiée par un journaliste de Reuters. Le chauffeur de la camionnette blanche du cigarettier avouera avoir multiplié les allers-retours à l'hôtel de la délégation vietnamienne cette semaine du 7 au 12 novembre 2016. Quelques mois plus tard mis devant l'évidence, Andrew Cave, cadre de Philip Morris, reconnaît que ses collègues ont discuté «de questions politiques» avec les délégués de la nation d'Asie du Sud-Est. 

Cet épisode semble sortir d'un roman d’espionnage en pleine guerre froide. Mais ce n'est qu'une des histoires révélées par l'enquête de quatre journalistes de l'agence Reuters la semaine dernière. Ayant mis la main sur des «milliers de documents internes» datés de 2009 à 2016, l'agence de presse a commencé de publier une série d'articles sur les «Philip Morris Files». Elle n'a mis en partage public qu'une petite partie de ceux-ci. 

Noyautage à New Delhi

En novembre dernier dans la banlieue de New Delhi (Inde), des représentants de British American Tobacco (BAT) et Japan Tobacco (JTI) tentent vainement d'entrer à la 7ème Convention du traité anti-tabac en s'enregistrant pour y assister. Leurs concurrent vaudois optent pour des méthodes clandestines de noyautage. Ce choix de Philip Morris prend origine de la fermeture de plus en plus dure de la Convention de l'OMS aux cigarettiers. A la Convention précédente, à Moscou en 2014, un cap est passé avec l'expulsion et l'interdiction du public et des médias. 

Mais la firme lausannoise s'arrange pour ne pas être atteinte par ces restrictions. Au contraire, elle va les transformer en atout. Depuis 2010, Philip Morris a embauché Chris Koddermann, un juriste canadien, pour monter une cellule de renseignement et de lobbyisme. Les journalistes de Reuters évaluent ses effectifs à environ une quarantaine d'agents. En 2014, le responsable exécutif fixe la stratégie à l'aide d'un power-point de 125 pages leaké par Reuters. Retourner les nouvelles réglementations à son avantage, identifier et influencer les leaders clefs et les médias... les éléments de lobbyisme conventionnel sont énumérés.

Les accros aux taxes tabac

Plus précis sont les deux objectifs principaux assignés par Chris Koddermann à son équipe pour la Convention 2014 à Moscou. S'assurer que les règles de taxation restent dans le giron des Ministères des finances, alliés devenu naturels aux cigarettiers grâce aux hausses des taxes exigées par l'OMS. Et empêcher que le Traité ne sorte le tabac des marchandises régulées par l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Au dernier jour de la convention moscovite, le responsable de PMI se félicite dans un mail interne du «résultat formidable» obtenu par sa cellule. La déclaration de l'OMS ne réclame pas l'exclusion du tabac des accords commerciaux de l'OMC.

Le projet de prohibition totale du vapotage anticipé

Outre ce travail d'influence, l'équipe de Philip Morris récolte des renseignements. Dés 2014, au sortir de la Convention de Moscou, les cadres du cigarettier évaluent la forte probabilité d'un appel à une interdiction mondiale du vapotage par l'OMS à sa Convention de 2016. Philip Morris a t-il tenu compte de cette information de première qualité pour miser sur le tabac chauffé en place du vapotage ? Difficile à juger à partir du peu de documents mis en partage par Reuters.

Guerre win-win ?

Ce qui apparaît clair à la lecture des documents du cigarettier est qu'il a pleinement profité du blocus de l'information par l'OMS pour prendre l'avantage sur ses concurrents en noyautant les Conventions. Et a fortiori, au détriment de la société civile et des associations des droits des usagers de moyens de réduction des méfaits exclus des débats par l'OMS. Du côté de l'organisation onusienne, cette guerre froide a justifié l'extension des pouvoirs du Secrétariat Général. Vera da Costa continue d'ailleurs de jouer cette partition militaire en évoquant à Reuters, «la guerre» qu'elle doit mener face aux cigarettiers.

Business and politics as usual

Première conséquence de ces révélations de l'agence de presse, les traders ont vu confirmé la réputation positive du cigarettier lausannois à manipuler les législations à son avantage, cette "recette du succès" de Philip Morris. Dans Forbes, John Brinkley, observateur du Big Business relève que "en dépit des similarités avec le syndicat du crime organisé, ou peut-être pour cette raison, l'industrie du tabac va remarquablement bien financièrement. La côte de l'action de Philip Morris (à la bourse de New-York) a progressé de 49$ à 118$ ces dix dernières années"


Malgré la traque du Gouvernement contre les groupes d'entraide sur internet, les belges fuient en masse le tabagisme à l'aide de la vape

Conseiller des fumeurs sur le matériel de vapotage pour les aider à arrêter de fumer est un délit selon le Ministère de la santé belge. Ainsi plusieurs groupes d'entraide autogérés sur internet se sont vus menacés de poursuites et d'amende s'ils ne stoppent pas immédiatement leur activité. "Le Service Publique Fédéral de la santé (SPF) m'a interdit de continuer cette page Facebook en me menaçant d'une amende", explique le dernier message de Dimi Crazy Damper Schuermans. "Je vais arrêter d'utiliser cette page Facebook pour le moment. Mais je n'abandonne pas. Ils ne nous forceront pas à retourner aux cigarettes pour remplir les caisses de leur Etat", précise le reviewer connu depuis 2012 de la communauté flamande. Après les traques contre les magasins de vapotage, que nous relations en mars dernier, les vapoteurs sur internet sont donc la nouvelle cible des services de Maggie de Block. 

"Ce groupe va fermer"


La même lettre de menace du SPF Santé a été envoyé à un groupe de troc et vente entre particuliers de produits de vape en Flandres. "Ce groupe va fermer dans quelques jours. Si vous avez des questions ou des problèmes, contactez-moi par message privé. Je vais toujours essayer d'aider du mieux possible. Grâce au vapotage, j'ai arrêté de fumer depuis trois ans et je ne recommencerais jamais les cigarettes", explique Nicky B., administrateur du groupe en question. Simple vapoteur, le chauffeur de camion n'a pas les moyens de s'opposer au glaive fédéral. Les vapoteuses à bas prix, les dons et les échanges entre usagers de la région disparaîtront sous peu de cette page facebook, sauf solution alternative de dernière minute.

Guy Vanhengel vapote

Pourtant, le vapotage continue de faire sortir en masse du tabagisme les fumeurs belges depuis que le Conseil d'Etat a invalidé la prohibition de vente des liquides nicotinés début 2016. Signe des temps, même un Ministre de la région bruxelloise s'y est mis. Hier, lors du défilé officiel de la fête nationale, Guy Vanhengel vapote ostensiblement dans la tribune Royale aux côtés de Charles Michel, le chef du Gouvernement fédéral, et d'autres VIP. Camarade de parti de l'Open VLD de la Ministre Maggie de Block, le libéral démocrate bruxellois osera t-il glisser quelques mots contre la chasse aux sorcières vapoteuses que le gouvernement fédéral orchestre depuis le début de l'année? Une question qui vaut quelques centaines de millions d'euros de taxes tabac évaporées des caisses de l'Etat belge.

Sortie en masse du tabagisme malgré l'Etat

Une qui n'a pas eu peur de dire quelques mots, c'est Véronique. "Grâce aux bonnes explications des professionnels de la vape et des vapoteurs, je suis à un an sans clope grâce à la vapote", explique cette ex-fumeuse de 49 ans. Courageux aussi, le site de Tabac Stop Belgique de publier son témoignage en dépit du Maccarthysme ambiant. "Dire que l'Europe et notre Ministre de la santé mettent des bâtons dans les roues [aux vapoteurs]. Inadmissible", tempête la choriste belge qui assure avoir retrouver son souffle avec plaisir et enthousiasme. Mais les prochaines "Véronique" pourront-elles encore bénéficier des conseils et de l'aide de la part de vapoteurs désormais muselés sous la menace des amendes du SPF Santé? De leur côté, les médias belges s'en tiennent au silence...


vendredi 21 juillet 2017

[Expresso] Ploom, la cigarette chauffée de Japan Tobacco débarque en Suisse

Plouf! La première version avait fait un gros flop commercial, notamment en France. Japan Tobacco (JTI) relance tout de même une nouvelle version de sa Ploom. Une cigarette où le tabac est chauffé autour de 180°C dans des capsules à la "nespresso". La chaîne de supermarché Coop va distribuer le produit en Suisse au prix de 25 Fs la machine et 7.50Fs le paquet de 20 capsules nous apprend ce matin le gratuit 20 Minuten. "Tandis que la vente de liquides de vapotage nicotinés est interdite en Suisse, le lobby du tabac diffuse de plus en plus un nouveau type de cigarettes lifestyle où le tabac n'y est plus brûlé mais seulement chauffé", explique le quotidien. Après l'Iqos de Philip Morris et la Glo de British American Tobacco (BAT), c'est le troisième produit cigarettier à tenter de profiter de la répression du vapotage indépendant par les services d'Alain Berset, le Conseiller fédéral en charge notamment de la santé. 

"Ploom Tech a le potentiel de réduire les risques du tabagisme pour la santé", affirme Yasuhiro Nakajima, vice-président de la section des produit émergents de JTI à Dübendorf. La chose reste floue par manque de recherche, a fortiori de recherche indépendante sur la question. Du côté de l'Office fédérale de la santé publique (OFSP), le discours ressemble à une injonction paradoxale. "Un porte-parole a déclaré à 20 Minutes qu'il est recommandé aux fumeurs de passer au vapotage s'ils n'arrivent pas à arrêter de fumer d'une autre manière. Le problème est que la Ploom contient du tabac. Or l'OFSP insiste qu'il est "important de complètement s'abstenir de fumer des cigarettes de tabac", rappelle le journal suisse-allemand. C'est pourtant à l'initiative de l'OFSP que l'on ne trouve pas en vente légalement de vapotage nicotiné, contrairement aux cigarettes. 

Heureusement, le monde de la vape Suisse a développé un moyen de contourner cette prohibition de l'arrêt de fumer par les dons de nicotine. En attendant un éventuel verdict positif du Tribunal administratif fédéral (TAF) saisi depuis novembre 2015 de la question. Plus vif à l'action, le cigarettier japonais a inauguré du côté de Genève son nouveau siège ultra-design en octobre 2015. A un jet de fumée des bureaux de l'OMS, dont celui dirigé par Vera da Costa, Secrétaire Générale du traité de lutte anti-tabac. Celle-ci y prépare la prochaine Convention mondiale à l'automne 2018, après que l'on ait appris par l'agence Reuters que Philip Morris avait noyauté les deux dernières éditions...




mercredi 19 juillet 2017

Etude en Allemagne: 98% des vapoteurs ex-fumeurs constatent une amélioration de santé

"Dans notre étude, les améliorations de santé rapportées sont considérables, spécialement pour ceux qui ont complètement remplacé leur tabagisme par le vapotage". Des chercheurs de l'Université d'Hambourg se sont penchés sur les "motifs d'usage et les améliorations de santé perçues" chez les vapoteurs allemands. Leur étude, publiée dans European Addiction Research mi juin, recense 98% de vapoteurs exclusifs à déclarer un meilleur état de santé que lorsqu'ils fumaient. Amélioration de santé de manière générale, meilleure endurance et baisse de la toux pour plus de 80% des plus de 3'000 participants vapoteurs ex-fumeurs. Tandis qu'environ la moitié évoque moins de décolorations dentaires, un aspect de la peau amélioré et une attention à l'hygiène de vie plus prononcée. L'enquête menée via internet entre août et octobre 2015 comprenait pas moins de 133 questions préparées par Kirsten Lehmann, Silke Kuhn et Jens Reimer du Centre interdisciplinaire de recherche sur les addictions de l'Université d'Hambourg. 

Plus de 91% de vapoteurs ex-fumeurs

Visant initialement un échantillon d'un millier de répondants, les chercheurs ont été submergés par la mobilisation de la communauté "dampfer". Sur plus de 3'300 réponses valides retenues, 91,5% de vapoteurs exclusifs sont ex-fumeurs, 7,5% de double-usagers (vape et cigarette) et moins de 1% de vapoteurs jamais fumeurs. Parmi les 33 vapoteurs n'ayant pas fumé auparavant, plus de la moitié n'utilise pas de nicotine, les autres le font à un taux significativement plus bas que les autres usagers. Plus des 9/10ème de ces vapoteurs atypiques jugent impossible qu'ils se mettent à fumer. Vapotant nettement moins et moins souvent que les deux autres catégories, "aucune dépendance physique n'a pu être mesurée au test de Fagerström", leur score se situant en dessous du minimum d'un point. Une exception est à noter d'une personne ayant commencé de vapoter pour évoluer vers le tabagisme.

A côté de cet épiphénomène de vapoteurs sans passé tabagique, la moitié, des 99% de vapoteurs ayant fumé ou encore fumeurs, a essayé auparavant sans succès au moins deux produits d'arrêt tabagique. En moyenne, les répondants ont fumé durant 22 ans à raison de 26 cigarettes par jour. Ce profil moyen de hard-core smoker tout juste quadra s'est mis à la vape deux ans avant l'enquête. Qu'il soit devenu vapoteur exclusif ou non, ces éléments changent peu.

Le jeu des différences

Les différences entre les vapoteurs ayant lâché les cigarettes et ceux combinant les deux produits apparaissent sur les usages. Les vapoteurs ex-fumeurs sont plus enclins à vaper quotidiennement et quittent la cigarette pour la plupart dans les cinq semaines après leur initiation au vapotage. "L'usage régulier du vapotage est important pour aider les utilisateurs à quitter le tabagisme", soulignent les chercheurs. Autre différence, 70% des ex-fumeurs vapotent des liquides à moins de 6mg/ml de nicotine mais en plus grande quantité. Les vapoteurs ne réussissant pas à stopper la cigarette sont 64% à utiliser des liquides entre 6 et 25 mg/ml de nicotine. "Il est possible que les ex-fumeurs compensent la réduction du taux de nicotine en augmentant leur vapotage", note l'article.

Si 93% des plus de 3'000 vapoteurs exclusifs jugent inconcevable qu'ils rechutent dans le tabagisme, 69% des double-usagers aimeraient arrêter de fumer et se convertir totalement au vapotage. Le test de dépendance pour l'ensemble des usagers de liquides nicotinés montre un niveau modéré, significativement moins élevé qu'avec les produits de tabac. 

"Les arômes fruités, menthol et gourmands sont les plus populaires des liquides de vapotage, alors que les arômes simili-tabac se classent quatrième. Il se peut que le passage des arômes tabac aux autres types de goûts ait un impact positif pour rester non-fumeur", remarque l'étude. Un point qui a son importance dans le contexte politique allemand, où des propositions pour interdire les arômes autres que tabac sont évoquées.

Le facteur communautaire

Une limite de l'étude se trouve dans la sur-représentation des vapoteurs provenant des forums d'usagers. Vapoteurs enthousiastes et passionnés, ils sont nettement plus d'hommes que de femmes. "Pour les hommes, le vapotage semble lié au plaisir tandis que les femmes semblent plus tournées vers un usage pour réduire le stress et moduler l'humeur", relèvent les universitaires allemands. Mais l'engouement de la communauté et le taux de 91% de vapoteurs ex-fumeurs semblent avoir impressionné les chercheurs. "Plus de recherche est nécessaire pour examiner si les usagers des forums sont non seulement plus enthousiastes mais aussi s'ils connaissent plus de réussite pour arrêter totalement de fumer. Considérant que la plupart des ex-fumeurs de notre étude sont passés du tabagisme au vapotage quelques jours après avoir commencé de vapoter, les motivations et les déclarations sur le vapotage ainsi que peut-être le soutien des autres usagers semblent des facteurs importants", concluent-ils.


samedi 15 juillet 2017

Les vapoteurs espagnols se mobilisent contre le projet d'interdiction de vente en ligne

Les vapoteurs espagnols se mobilisent, notamment par une pétition, contre un nouveau projet d'interdiction de vente online. Ceci après que les restrictions anti-vape de la directive européenne (TPD) aient déjà été transplantées en droit national. Le 9 juin dernier, le Conseil des Ministres approuvait le décret royal interdisant de vendre un atomiseur pouvant contenir plus de 2 ml et des fioles de liquide dépassant 10 ml et/ou d'une concentration de 20mg/ml de nicotine. Il impose aussi des avertissements sur 30% de la face externe du packaging, l'interdiction de vente aux mineurs, un système d'homologation a été mis en place... A peine l'encre sèche, que le Gouvernement de Mariano Rajoy prépare un nouveau décret au sujet de la loi 28/2005 du 28 décembre. La modification de l'article 10 bis §2 vise à prohiber la vente à distance des produits de vapotage. Les achats par internet deviendraient impossibles.

Au nom des 500'000 vapoteurs estimés en Espagne, l'Association des usagers de vaporisateurs personnels (AnesVap) s'oppose à ces restrictions dans ses observations envoyées au Ministère de la santé. "Cela créerait une forte discrimination contre les usagers éloignés des centres urbains", explique Angeles Muntadas-Prim Lafita, présidente d'AnesVap. Du coté médical, Carmen Escrig Llavata souligne l'absence totale "d'argument médical ou scientifique qui justifierait de telles restrictions, ou une telle égalisation" entre les produits de vapotage et le tabac. La coordinatrice du réseau international Move appuie la réduction des méfaits par le vapotage. "La transposition [de la TPD] doit se réaliser de manière à minimiser les dommages à la santé publique, en permettant à tous les fumeurs d'accéder sans entrave à la diversité des dispositifs véritablement efficaces, sûrs et de qualité pour abandonner le tabagisme", précise t-elle.

Les plus vulnérables pour cible

A côté d'une enquête auprès des vapoteurs espagnols initiée par AnesVap, des témoignages en vidéo illustrent les conséquences de telles restrictions d'accès aux produits de vapotage. Elles frapperaient de plein fouet les plus vulnérables qui ont arrêté de fumer, ou pourraient le faire à l'avenir,  à l'aide de la vape. Les personnes ayant des problèmes de mobilité, touchées par la maladie, habitants des régions excentrées et celles n'ayant pas les moyens de passer outre ces limites en se déplaçant ou via un marché noir qui fleurira probablement. "Un marché noir est la voie principale d'accès pour les jeunes et, en poussant à sa création, une mauvaise législation provoquerait ce qui devrait être évité", s'inquiète le collectif Alquimia para Vapers, une communauté hispanophone online de plus de 8'000 vapoteurs. 

La mesure pourrait aussi repousser des vapoteurs adultes dans le tabagisme et empêcher des fumeurs d'y accéder. "L'accès à la réduction des méfaits est un droit humain", ponctue Alberto Cabot, de la branche espagnole de l'European Free Vaping Initiative (EFVI). En soutien, le réseau International Network of Nicotine Consummers Organisations (INNCO), la New Nicotine Alliance (NNA), ainsi que la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) ont aussi fait part de leurs observations au Ministère de la santé espagnol, dirigé par la Ministre Dolors Montserrat depuis novembre dernier.




mercredi 5 juillet 2017

[Expresso] Les douanes suisses veulent taxer des produits de café comme le tabac !

Les Grinds, ces nouveaux petits pochons d'un mélange de café et guarana à glisser entre la gencive et la joue pour les suçoter, sont, selon les douanes Suisses, un produit du tabac. Bien qu'ils ne contiennent pas la moindre parcelle de tabac, ni même de nicotine. "Les produits succédanés sont, selon l'article 3 (1) de l'Ordonnance sur les taxes du tabac, des produits qui peuvent ou ne pas être, ou partiellement, faits de tabac mais qui sont utilisés comme du tabac ou des produits du tabac qu'ils remplacent, même s'ils ne doivent pas être forcément allumés et se consumer", explique sérieusement le chargé de communication de l'Administration fédérale des douanes (AFD) au journal 20 Minutes suisse-allemand. En l’occurrence, les gabelous helvètes soupçonnent les Grinds d'être un "substitut de Snus", le tabac étuvé suédois en sachet à suçoter réduisant drastiquement les méfaits par rapport aux cigarettes. 

Point interrogateur, le Snus est interdit de vente en Suisse par décision de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui n'a par ailleurs pas de problème particulier avec les produits de tabac à fumer ou oraux éminemment plus nocifs. Comment comprendre alors qu'un produit caféiné puisse être assimiler à un substitut d'un produit de tabac inexistant sur le marché Suisse ? Pour les douaniers, le cas du cannabis light riche en CBD, constitue un précédent justifiant cette taxation d'un produit sans tabac. La réponse convainc peut-être. Ou pas.

Les sodas ne sont pas encore du tabac

Les importateurs des Grinds en Suisse ne sont pas convaincus de l'argument. Alexander Lerch et Dirk Klietch ont pris la licence d'importation du produit pour proposer une alternative aux energydrinks, contenant des substances similaires de caféine, guarana, vitamines et taurine. "Un tas d'energydrinks ont exactement les mêmes ingrédients. Je ne crois pas qu'ils soient taxés comme du tabac ?!", s'agace le responsable de Grinds Suisse"Les energydrinks ne sont pas utilisés comme des produits du tabac et ils ne sont alors pas soumis à la taxation du tabac", répondent les douanes. Mais est-ce à dire que tout produit à suçoter sera taxé comme du tabac ?

"C'est un produit qui est une alternative plus saine au tabac et il est puni par la taxe tabac, alors que les grinds ont 0% de tabac. C'est simplement ridicule!", s'emporte l'importateur. L'ancien entraîneur de tennis Alexandar Cucuz estimait aussi, il y a quelques semaines dans le 20 Minutes, le produit intéressant. "Je suis moi-même un 'snusseur'. Et j'ai été surpris de voir à quel point le flash du Grinds est similaire. C'est vraiment une très bonne alternative aux produits de tabac. Même si vous n'aimez pas le goût du café ou du snus, vous pouvez surement trouver un goût qui vous convient parmi tout le choix". Mais au prix d'être surtaxé par les douanes suisses semble t-il...


Interview de Corinne: «La nicotine me permet d'oublier que je suis malade de Parkinson»

Il y a tout juste deux siècles, un médecin britannique décrivait pour la première fois une maladie qui allait porter sous peu son nom. Aujourd'hui, la maladie de Parkinson est devenue le second trouble neurodégénératif le plus répandu après l'Alzheimer. Plus de 100'000 malades en France. Les causes de l'affection restent peu claires pour la science, et probablement renvoient à divers cas amalgamés sous ce nom. Paradoxalement, dès 1966 on constate que le tabagisme protège les fumeurs de Parkinson, qui réduisent de plus 50% leurs risques d'en être atteints. Ce ne sont ni les toxiques, ni le monoxyde de carbone dégagés par la fumée qui se trouvent être neuroprotecteurs, mais bien la nicotine contenue dans le tabac. Une étude montre d'ailleurs que les régimes riches en solanacées, des légumes contenant de la nicotine, préviennent aussi, à un moindre degré (autour de 20%), du risque de Parkinson. Des recherches aux Etats-Unis, notamment du Pr Paul Newhouse, et en France à l'initiative du Dr Gabriel Villafane ont avancé sur les pistes mises en lumière depuis les années 1990'.

De cette vertu préventive de la nicotine, les chercheurs sont passés à expérimenter des traitements palliatifs par nicotine transdermique (en patchs) pour les malades de Parkinson au tournant du siècle. Avec un certain succès sur une maladie où les thérapies ne progressent que très peu. Le traitement à la L-Dopa, un précurseur de dopamine pour compenser son déficit chez les malades, étant utilisé de longue date malgré ses effets secondaires pénibles aux dires des malades. En dépit de résultats encourageant, permettant notamment de baisser les doses des autres médications, les recherches sur les nicotinothérapies ne sont pas soutenues par le cartel pharmaceutique qui n'y voit pas de rentabilité financière intéressante. Les dogmes obscurantistes assimilant la nicotine au tabac, et donc au Mal, sont aussi des freins puissants chez les autorités médicales. Alors qu'il dispense des soins à plus de 1300 malades avec la nicotine, sous forme de patchs, la situation du Dr Villafane est aujourd'hui compromise à l’Hôpital Mondor de Créteil (France). Et le suivi des soins qu'il apporte à ses patients avec.

En 2013, sentant le vent venir, des malades créent l'Association Neurothérapie et Nicotine (A2N) dont est membre Corinne, alias Coco Dam sur les réseaux sociaux. Cette grenobloise d'origine témoigne ici de son combat contre la maladie, contre les entraves à ses soins et aussi ses joies et ses victoires. Une usagère de nicotine d'un genre différent que le registre habituel de ce blog, mais à qui il m'a paru essentiel de donner la parole. Et hasard du calendrier, Corinne nous apprend, quaiment en primeur, que certaines choses se débloquent favorablement suite à la dernière rencontre ce 30 juin avec Benoît Vallet, Directeur de la direction générale de la santé (DGS)...
Salut Corinne. Tu es atteinte de la maladie de Parkinson, peux-tu expliquer quels troubles cela t'occasionne au quotidien?

Coco: Bonjour, voilà une entrée en matière directe! Avant d'être atteinte de Parkinson, j'étais très active. J'ai réussi à concilier mes études et mes quatre enfants. Ma première fille est arrivée dans les heures qui ont suivi mes écris de 4ème année. Et j'ai eu mon cadet, le jour de remise de ma thèse à mon directeur. Ensuite, j'ai travaillé six ans puis la fatigue s'est installée. La marche où les pieds ne décollent pas du sol, une sensation de marcher avec des chaussures de skis. Chaque mouvement coûte de l'énergie comme si on a un sac de sable accroché au poignet.

On intellectualise chaque mouvement car on sent chacun des muscles qu'on mobilise. Il y a aussi la perte des mimiques du visage. Ma sœur croyait que je lui faisait la tête. Par contre, j'ai quand même échappé aux rides! Alors, on compense. On use de stratagèmes pour palier aux difficultés. Comme de sortir son porte-monnaie avant la caisse. D'autres signaux s'accumulent. Les enfants qui vous font répéter parce que vous n'articulez plus, votre copine qui vous offre des crocks pour qu'on entende moins vos pieds frotter au sol...

Puis un jour, impossible de finir de remuer une quiche. Là, j'ai dû consulter. Le neurologue m'a hospitalisé. Le chef du service m'a fait faire trois pas dans le couloir et a conclut que c'était psychosomatique. Finalement, je suis sortie avant le résultat du DAT Scan, mon dernier examen. Du coup, le neurologue m'a informé par téléphone que j'avais une Parkinson bilatéral de forme akinéto rigide, c'est-à-dire qui provoque la raideur et un ralentissement. Elle est moins connue que la forme tremblante. Voilà, j'ai appris ça comme ça, la veille de mes 37 ans. Je pense que je suis tombée sur un neurologue handicapé des relations humaines. Je te rassure, j'ai changé de neurologue!

Tu es relativement jeune. Comment concilies-tu tes activités avec ces troubles?

Coco: Les trois premières années, j'ai passé la plupart de mon temps dans le canapé. J'étais complètement HS. Aujourd'hui, j'arrive à assumer mon foyer avec mes quatre ados. Je suis maman à plein temps et je compte bien les mener tous quatre jusqu'à leur autonomie. Je peux passer la débroussailleuse dans le jardin. Bon, pas plus d'une heure... Mais quelle joie de le faire! Je joue aussi de la musique. J'ai appris à gérer ma fatigue, avec notamment une sieste par jour. Je le conseille à tout le monde. Là, je viens de me faire une rupture de tendon à la cheville due aux dystonies du Parkinson. Alors j'ai acheté un vélo d’intérieur et je pédale trois heures par semaine pour ma rééducation.

Il existe des traitements pour améliorer la situation des malades. Selon ton expérience, sont-ils efficaces?

Coco: Les traitements pallient le déficit en dopamine, mais ils ne guérissent pas. Je prends les mêmes que mon arrière-grand-mère au siècle dernier! La maladie évolue et alors s'ajoutent encore les effets indésirables des médicaments. Ces effets secondaires apparaissent après quelques années parce qu'on doit augmenter de plus en plus les doses. Ils sont vraiment très invalidants, comme des mouvements anormaux, de l'hypersexualité ou des conduites addictives au jeu, dont on ne parle pas pourtant certains malades ont tout perdu. Pour ce qui est de l'option chirurgicale, personnellement, je n'ai pas envie de me faire enfoncer des électrodes dans le cerveau. L'intervention dure huit heures en restant éveillée. Sans compter le risque opératoire. Quand à la thérapie génique, elle est loin d'être au point. Et il s'agit aussi d'une opération avec une injection dans le cerveau, près du tronc cérébral je crois.

Et c'est aussi pour préserver une bonne qualité de vie que la nicotine peut être utilisée. Ce qui est ton cas. Quels constats fais-tu de la prise de nicotine sur ton état ?

Coco: J'ai été diagnostiquée en 2010 et j'ai commencé à prendre de la nicotine en 2012. Il a fallut quelques mois pour vraiment voir une amélioration. Ce qui est normal car on commence avec des petites doses. J'avais donc un traitement médicamenteux pour ma maladie déjà depuis 2 ans et demi. Je suis sortie de mon canapé. Ma sœur ne croit plus que je lui fais la tête! Et je marche normalement… enfin, quand je n'ai pas un tendon pété! Il y a trois ans, ma neurologue a pu diminuer ma dose d'agonistes et depuis je n'ai pas modifié mon traitement. J'ai vraiment repris ma vie en mains.

Je n'ai pas une vie normale mais une vie adaptée. Je peux faire des activités avec mes enfants sur des périodes de temps raisonnables. Ce que j'ai du mal à respecter, et parfois je le paye par des contre-coups. Mais j'arrive à oublier que je suis malade dans la journée et ça c'est génial! Si tu me croises dans la rue, tu ne devines pas que je suis malade. Mais si je suis mal, je ne sors pas, il faut dire. Je fais partie des personnes chez qui la nicotine marche très bien. Je la supporte très bien aussi, même quand je suis montée à 63 mg de nicotine par jour.

Pourtant, le programme de thérapie avec la nicotine du Dr Villafane se retrouve fragilisé. Que disent les autorités sanitaires françaises à ce propos?

Coco: L'hôpital Henri Mondor de Créteil a brutalement décidé d'arrêter la nicotinothérapie et, il semblerait, aussi de se séparer du Dr Villafane en septembre prochain. Les patients ont vu leurs rendez-vous annulés sans consigne ni même d'indication de conduite à tenir. La plupart continue la nicotine en auto-médication.

En août 2016, nous avions alerté la Ministre d'alors, Marisol Touraine. Devant son absence de réponse, nous avons fait une «opération patchs». Des dizaines de lettres contenant un patch ont été envoyées au Ministère. Comme tu t'en doute, tout leur courrier est passé aux rayons X et les patchs sont radio-opaques... Nous avons fini par avoir une réponse et un premier rendez-vous en janvier dernier avec Benoît Vallet, le Directeur de la direction générale de la santé (DGS). Suivi de deux autres rencontres, en avril et il y a tout juste quelques jours, le 30 juin. Jacques le Houezec nous a accompagné à chaque rencontre en tant qu'expert scientifique sur la nicotine.

Benoît Vallet a sensibilisé les autres centres experts Parkinson à la situation des patients. Avec la possibilité pour le neurologue de prescrire la nicotine hors Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) dans un cadre compassionnel. Le dispositif devrait se mettre en place maintenant.

Par contre, il laisse à Martin Hirsch, Directeur de l'Assistance Publique et Hopitaux de Paris (AP-HP), la gestion de la situation complexe à l’hôpital Mondor. La difficulté est qu'à l'heure actuelle seul le Dr Villafane sait manipuler la nicotine en thérapie pour le Parkinson. Nous sommes dans des dosages plus élevés et des manières d'administrer différentes que les consommations de nicotine courantes de fumeurs ou de vapoteurs.


D'ailleurs vous lancez un groupe facebook 'Parkinson Nicotine'. De quoi s'agit-il ?

Coco: Ce groupe a pour but de fédérer les patients sous nicotine. Nous sommes éparpillés dans toute la France et au-delà. Cela permettra de se tenir au courant et éventuellement de lancer des actions. Si la situation se débloque j'ouvrirais le groupe à toute personne intéressée par le sujet, mais pour le moment cela reste un groupe «fermé».

Merci. Veux-tu ajouter quelque chose?

Coco: Mon père est trachéotomisé suite à un cancer du larynx dû au tabac. Pour vous donner une idée, il parle en rotant. Alors je vous encourage tous dans vos démarches de défume avec la vape, et même si ça ne marche pas complètement de suite, même si vous rechutez, réessayez pour vous, pour votre santé. Votre corps est votre meilleur ami, il est avec vous de la naissance à la mort alors prenez en soin !



vendredi 30 juin 2017

[Vidéo] Arrêter la cigarette est possible ! 50 acteurs de santé et de la vape se mobilisent pour les fumeurs

Quoiqu'en disent cigarettiers et pharmaceutiques: arrêter de fumer est possible ! En cinq clips de 3 à 4 minutes chacun, une cinquantaine d'acteurs de santé et du monde du vapotage encouragent, expliquent et conseillent les fumeurs. Animateurs de groupes d'entraide autogérés de défume, vapeshops, reviewers, défenseurs des droits aux outils de réduction des méfaits ou simples vapoteurs, ils offrent leur voix à leurs "amis fumeurs". A rebours des discours démobilisant, ils encouragent et soutiennent la sortie du tabagisme. Cinq clips à visionner et partager à ceux que vous aimez: 






samedi 24 juin 2017

Les Philippines vont-elles utiliser des détecteurs de nicotine pour traquer les vapoteurs?

Les Philippines envisagent de se doter de détecteurs de nicotine pour en traquer les consommateurs. "Même s'il n'y a eu que du vapotage, ce gadget permet de détecter des particules de nicotine, même simplement vaporisées. Ainsi il n'y a même plus à prouver la nocivité pour autrui. Dès que nous détectons des traces de nicotine, même si elle provient de vapotage, alors c'est une preuve suffisante pour estimer que le lieu n'est pas "100% smoke-free" et qu'il y a violation de la directive", annonce Paulyn Ubial, Secrétaire d'Etat à la santé, le 30 mai dernier au site d'information Rappler

La directive dont elle parle - l'Executive order 26 (EO26) - a été signée le 16 mai par Rodrigo Duterte, Président controversé des Philippines. L'EO 26 interdit de fumer dans les lieux publics et dans la rue à moins de 10 mètres des bâtiments. La vente et la promotion de produits de tabac dans un périmètre de 100 mètres autour des écoles et des crèches sont également prohibées. Enfreindre cette directive est considérer comme un délit pouvant entraîner une peine jusqu'à 4 mois de prison ferme.

Pressions de la CCLAT de l'OMS contre le vapotage

Mais telle que signée, sa définition ne couvre pas le vapotage. " "Fumer" signifie être en possession ou contrôler un produit de tabac allumé sans considération que la fumée soit inhalée ou exhalée activement", stipule la directive (Sec. 1 § i). Visiblement mise sous pression, la Secrétaire à la santé a, dans la foulée, promis d'essayer de corriger le tir dans les règles d'application. "Nous inclurons le vapotage lorsque nous aurons reçu les informations et les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)", déclare Paulyn Ubial le 19 mai. Les 19, 20 et 21 octobre dernier, des cadres de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais) de l'OMS avaient rencontré des représentants du gouvernement philippins pour préparer l'EO 26 dans un luxueux hôtel de Manille. 

Vera da Costa e Silva, Directrice de la CCLAT de l'OMS, s'était d'ailleurs fendue de félicitations à Rodrigo Duterte, alors que les Philippines connaissaient un véritable massacre à son initiative au nom de la lutte anti-drogue. Autant dire que "l'oubli" du vapotage dans l'EO 26 n'a pas été apprécié par la Directrice brésilienne à l'origine de la tentative, lors de la dernière conférence sur le tabac de l'OMS (COP7), d'une interdiction mondiale du vapotage avec la délégation de l'Inde, l'autre grand pays exportateur de tabac au niveau mondial avec le Brésil.

Surveiller et punir

Problème technique pour les tenants de la ligne anti-vape, dont on ne sait pas vraiment s'ils défendent la santé publique ou protègent les ventes de cigarettes, la vape ne contient pas de tabac et ne génère pas de fumée avec ces constituants toxiques spécifiques. D'où la nécessité pour eux de faire glisser l'interdiction de la fumée vers la présence de nicotine. Le "gadget" qui pourrait leur permettre de faire cela, auquel se réfère la Secrétaire à la santé philippines, est développé par des chercheurs américains.

Une équipe spéciale du Dartmouth College, université privée du New Hampshire (USA), planche sur ce système depuis le début de la décennie. Dirigées par  Joseph Belbruno, les recherches ont connu une avancée majeure relatée dans un article publié en septembre 2013 dans Nicotine & Tobacco Research. La mise au point d'un polymère avec des nanoparticules modulant leur résistance électrique selon la présence de nicotine a ouvert la porte au développement du senseur de nicotine. Bien que leurs tests montrent un problème de réactivité non linéaire à la présence de nicotine, les chercheurs enchaînent les dépôts de brevets. Après le polymère de nanotechnologie en 2012, la technologie de l'appareil même et son interface informatique en 2013, les inventeurs BelBruno et Tanski ont breveté le process de fabrication du produit en décembre 2016. Sa commercialisation est lancée exclusivement sur le site de Freshair. Il en coûte 122$ l'appareil et une maintenance de 4$ par mois. La firme annonce aussi le développement imminent d'une version anti-cannabis.

Pizza, bouillabaisse & moussaka connections 

La firme Freshair promet de pouvoir traquer les fumeurs dans les lieux interdits, telles les voitures de location, les chambres d'hôtel ou "même chez soi". Par une surveillance en temps réel, mais aussi en détectant des restes de nicotine après l'usage ("résidus tertiaires"). Une question n'est pas problématisée par les chercheurs, ni par leur site commercial qui reste extrêmement évasif sur les méthode de détection de leur appareil. Que se passera t-il en cas de présence de nicotine ne provenant pas de tabagisme? La question se pose non seulement pour le vapotage, mais évidemment aussi pour les activités de cuisine. Les cuisiniers philippins devront-ils renoncer à cuire tomates, patates, aubergines, carottes, poivrons, choux-fleurs etc... pour ne pas vaporiser la nicotine de ces solanacées dont le mouchard détecterait la trace? 

Les chercheurs américains semblent avoir fait l'impasse sur cette question de risque de "faux positifs" en postulant que toute présence de nicotine est synonyme de tabagisme. Un postulat dont l'impensé semble illustrer le glissement d'un certain courant de la lutte anti-tabac vers une croisade délirante contre la nicotine.


mardi 20 juin 2017

[Invité] Belgique: Lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape à la députée Renate Hufkens (N-VA)

Publiée le 15 juin en néerlandais, nous publions cette lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) adressée à la députée Renate Hufkens, de l'Alliance néo-flamande (N-VA). Elle suit de l'annonce de sa résolution au parlement pour taxer les produits de vapotage, en interdire la promotion et interdire les arômes dans les liquides nicotinés, au prétexte de la protection des jeunes. Dans le même temps, Johan Van Overtveltd, Ministre des finances appartenant au même parti N-VA, aurait fait part, selon le quotidien le Soir, de sa volonté de relancer la consommation de tabac pour améliorer les rentrées fiscales, jusqu'à envisager une baisse du prix des cigarettes. Ceci tombe à peine six mois après l'entrée en vigueur de l'Arrêté Royal particulièrement dur contre le vapotage. A notre connaissance, aucune réponse de la députée n'est parvenue à l'association des usagers belges...


Lettre ouverte à la députée Renate Hufkens (N-VA)
suite à sa proposition de taxe et d'interdiction des arômes du vapotage


C'est avec grand regret que nous avons appris que vous étiez en train de déposer une résolution au parlement pour des droits d'accises contre le vapotage et d'autres restrictions, telles que l'interdiction des arômes des liquides nicotinés.

Une nouvelle fois, vous démontrez n'avoir absolument rien compris à ce produit. Les vapoteurs ne fument pas! Le vapotagest l'outil parfait pour aider les fumeurs à faire le switch. Ce que vous faites revient à mettre l'eau au même niveau que le whisky. À l'heure actuelle, aucune étude sérieuse n'a pu identifier un risque éventuel. De plus, le prétendu effet "passerelledes jeunes vers le tabagisme via le vapotage n'existe pas.

Permettez-nous de vous rappeler la réalité. En Belgique, 77 personnes meurent chaque jour des suites du tabagisme. Tandis que, depuis 10 ans, aucun vapoteur n'est tombé malade à cause du vapotage. Le vapotage est essentiellement une alternative au tabagisme qui s'inscrit comme solution de réduction des risques et des méfaits.

L'Arrêté Royal publié par votre gouvernement manque complètement son objectif. Mais plus encore, il laisse des non-professionnels vendre des produits de vape à des mineurs [à partir de 16 ans]Savez-vous que trois procédures sont actuellement déposées au Conseil d'Etat contre cet Arrêté Royal ? Il est temps de vous reprendreAu lieu d'aider les citoyens, votre initiative risque de pousser des fumeurs vers la mort.

Le vapotagest au moins 95% moins nocif que les cigarettes selon les scientifiques. Le Pr Dautzenberg estime même que ce chiffre est très conservateur et il parle d'une réduction des risques de l'ordre de 99,9 %.

Ce que vous prévoyez de faire risque tout simplement d'être criminel. Vous devriez rassembler des informations fiables et éclairées auprès des organisations d'usagers, des professionnels de santé indépendants et des professionnels du secteur. Persévérer dans cette attitude vous coûterait des votes en plus d'être totalement inadéquate.

Si vous avez besoin de plus d'informations, n'hésitez pas à prendre contact avec 

En référence complémentaires: