mercredi 12 avril 2017

[Presidentielle2017] N. Dupont-Aignan, B. Hamon et Ph. Poutou promettent des aides réelles pour sortir les fumeurs du tabac

Tandis que la Suède a moins de 9% de fumeurs, un tiers des français se goudronnent les poumons de cigarettes désormais en paquets "neutres". Résultat de deux derniers quinquennats d'une totale vacuité en matière de réduction de la principale cause de maladie évitable. Pourtant, thèmes délaissés des candidats, la santé et la question du tabagisme sont enfin timidement apparus à dix jours du premier tour. "Il ne faut pas seulement pénaliser ni culpabiliser, mais aussi financer tous les moyens d'aide au sevrage, les médicaments, les patchs, le vapotage, etc.", déclare le Dr Philippe Sopena, porte-parole du candidat socialiste Benoit Hamon au Quotidien du médecin. Même tendance à utiliser le levier d'une approche de réduction des risques et d'aide à l'arrêt chez Nicolas Dupont-Aignan. "Il faut inciter les fumeurs à vapoter afin de se sevrer progressivement", écrit-il dans sa prise de position envoyée à l'Alliance contre le tabac selon le même média. [Mise à jour en fin d'article]

L'heure de changer

Une approche couronnée de succès au Royaume-Uni où le nombre de fumeurs a baissé de plus de 20% depuis l'essor du vapotage en 2010. Plus de 2 millions de britanniques sont sortis du tabagisme via la vape. Près de 800'000 arrêtant la cigarette puis la vape tandis que 1,3 millions d'entre eux continuent de vapoter exclusivement, selon les statistiques officielles. Avec 9 millions de fumeurs, soit 17,2% des plus de 15 ans, le Royaume-Uni a pris le train de la réduction des risques contre le tabagisme. Même si les anglais n'ont pas tiré les premiers en ce sens. Pionnière, la Suède à l'aide du Snus a fait dégringolé son tabagisme à moins de 9% de sa population.



En France, le Snus est interdit et le vapotage peu soutenu, quand il n'est pas simplement dénigré par divers groupes d'intérêts. Le candidat anti-capitaliste Philippe Poutou propose pour sa part la gratuité des aides à l'arrêt du tabagisme, sans que les moyens considérés ne soient précisés dans le Quotidien du médecin. A l'image des positions des autres prétendants, le contenu reste assez nébuleux. La faute en incombe directement aux candidats. En méprisant les démarches réellement citoyennes, ils se sont rendus responsables du peu de clarté de leur engagement sur le sujet. Ce flou nourrit le désintérêt en retour de la part des vapoteurs, selon le dernier baromètre du site Vap'You.

Le flou des snobs

En effet, l'ensemble des candidats ont snobé les invitations de l'association Sovape au sommet à Paris le 20 mars dernier. Ils ne semblent pas plus vouloir prendre la peine de répondre au questionnaire de l'association des usagers Aiduce. Leurs positions respectives sont donc restées à la merci de ce que l'Alliance contre le tabac a bien voulu laisser filtrer lors de sa conférence de presse hier. L'organisation s'est gardé de rendre les documents accessibles directement au public. 


Michèle Delaunay, sa présidente, n'a manqué d'afficher devant la presse ni son antipathie aux approches humanistes d'aide aux fumeurs pour la sortie du tabagisme, ni son soutien à Emmanuel Macron. "Le seul a avoir annoncé en meeting le paquet [de cigarettes] à 10 euros", selon la députée socialiste. Occultant que le candidat d'En marche a assortie cette promesse d'une condition: que les pays limitrophes à la France en fassent de même avec une "harmonisation des taxes au niveau européen". Aussi probable que de réussir son sevrage tabagique en faisant des origami. 


Mic-mac à 10 euros

En fait, le seul candidat qui se soit engagé à une hausse à 10 euros du paquet dés 2017 et de poursuivre cette hausse au long de son quinquennat sans condition est Jean-Luc Mélenchon. C'est ce qui ressort des réponses des candidats au questionnaire d'un groupe de sept experts de santé publique dont le tabacologue Gérard Dubois. Sur le tabagisme, seul l'outil répressif de l'augmentation des taxes est envisagé par les experts de securite-sanitaire.org, sans considération d'approches complémentaires comme la réduction des risques. 

Mais visiblement, même si la position de JL Mélenchon correspond au plus près aux demandes de l'Alliance contre le tabac, sa présidente M. Delaunay préfère mettre en avant E. Macron. Effet du réseau Sicpa et de son marionnettiste Yves Trévilly, opportunisme personnel ou simple incohérence d'esprits bornés ? Difficile de saisir la raison réelle à cet étrange positionnement.

Guerre aux pauvres ou lutte contre le tabagisme?

Si de leurs côtés, Benoit hamon propose une hausse des taxes tabac de 10% par an à long terme et Nicolas Dupont-Aignan de viser le paquet à 10 euros d'ici deux ans, Nathalie Arthaud s'oppose à une hausse qui frapperait les plus pauvres. Les sociologues Patrick Peretti-Watel et Jean Constance le soulignaient en 2010. "Les personnes en situation de précarité, et en particulier celles qui sont au chômage, persistent donc plus souvent à fumer, alors même que la hausse des prix ampute une part non négligeable du très modeste budget dont elles disposent. Les taxes sur les produits du tabac constituent à ce tire un "impôt régressif" qui tend à paupériser davantage les plus démunis, à accroître leur précarité et à dégrader leurs conditions de vie, sans pour autant parvenir à les préserver des risques annoncés du tabagisme", soulignent-ils dans un article présentant leur rapport pour l'INSERM sur le sujet. Un constat qui devrait interpeller toute personne soucieuse d'équité sociale et motiver à prospecter vers des approches de réduction des risques.

Marine Le Pen, connue pour vapoter, s'oppose aussi à une hausse des taxes du tabac, qu'elle imagine profiter au marché noir florissant en France. Tous les candidats ont promis de renforcer les contrôles contre la vente de cigarettes aux mineurs et pour faire respecter les interdictions de fumer dans les lieux publics. Les candidats, dits souverainistes, prennent évidemment leurs distances avec les traités européens, ce qui pourrait laisser un espoir aux vapoteurs d'en finir avec l'infamie de l'assimilation du vapotage aux produits du tabac dans la directive européenne TPD. Au sujet des gesticulations de l'Organisation mondiale de la santé, Philippe Poutou souligne les problèmes d'influence des lobbys au sein de la machine bureaucratique genevoise.

Une absence d'idée

En définitive, peu de choses n'a surgit de cette campagne concernant la lutte contre le tabagisme. Par exemple, aucun candidat ne semble avoir même songé à créer une formation aux outils de réduction des risques pour les buralistes, au statut particulier de préposés de l'administration. Un réseau de proximité dont les produits prédisposent à une influence en terme de sociabilité. Leur donner une chance de mettre un contenu à un rôle "d'acteurs de santé publique", utilisé jusque-là comme un élément de langage totalement creux par les bureaucrates français, serait pourtant une manière de mettre à profit cette particularité structurelle. Mais les politiciens français ont-ils l'imagination et le courage d'oser se sevrer du tabagisme et passer à l'heure d'une réduction des risques conséquente?

Mise à jour 25-04-2017 : Le dossier des réponses des candidats a finalement été mis en ligne par l'Alliance contre le tabac. Cela permet de corriger ou préciser quelques points de l'article :
- Philippe Poutou s'interroge sur la position anti-vape de l'OMS.
- Marine Le Pen s'oppose à l'augmentation des prix du tabac car elle frapperait les plus pauvres.


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