samedi 24 juin 2017

Les Philippines vont-elles utiliser des détecteurs de nicotine pour traquer les vapoteurs?

Les Philippines envisagent de se doter de détecteurs de nicotine pour en traquer les consommateurs. "Même s'il n'y a eu que du vapotage, ce gadget permet de détecter des particules de nicotine, même simplement vaporisées. Ainsi il n'y a même plus à prouver la nocivité pour autrui. Dès que nous détectons des traces de nicotine, même si elle provient de vapotage, alors c'est une preuve suffisante pour estimer que le lieu n'est pas "100% smoke-free" et qu'il y a violation de la directive", annonce Paulyn Ubial, Secrétaire d'Etat à la santé, le 30 mai dernier au site d'information Rappler

La directive dont elle parle - l'Executive order 26 (EO26) - a été signée le 16 mai par Rodrigo Duterte, Président controversé des Philippines. L'EO 26 interdit de fumer dans les lieux publics et dans la rue à moins de 10 mètres des bâtiments. La vente et la promotion de produits de tabac dans un périmètre de 100 mètres autour des écoles et des crèches sont également prohibées. Enfreindre cette directive est considérer comme un délit pouvant entraîner une peine jusqu'à 4 mois de prison ferme.

Pressions de la CCLAT de l'OMS contre le vapotage

Mais telle que signée, sa définition ne couvre pas le vapotage. " "Fumer" signifie être en possession ou contrôler un produit de tabac allumé sans considération que la fumée soit inhalée ou exhalée activement", stipule la directive (Sec. 1 § i). Visiblement mise sous pression, la Secrétaire à la santé a, dans la foulée, promis d'essayer de corriger le tir dans les règles d'application. "Nous inclurons le vapotage lorsque nous aurons reçu les informations et les recommandations de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)", déclare Paulyn Ubial le 19 mai. Les 19, 20 et 21 octobre dernier, des cadres de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais) de l'OMS avaient rencontré des représentants du gouvernement philippins pour préparer l'EO 26 dans un luxueux hôtel de Manille. 

Vera da Costa e Silva, Directrice de la CCLAT de l'OMS, s'était d'ailleurs fendue de félicitations à Rodrigo Duterte, alors que les Philippines connaissaient un véritable massacre à son initiative au nom de la lutte anti-drogue. Autant dire que "l'oubli" du vapotage dans l'EO 26 n'a pas été apprécié par la Directrice brésilienne à l'origine de la tentative, lors de la dernière conférence sur le tabac de l'OMS (COP7), d'une interdiction mondiale du vapotage avec la délégation de l'Inde, l'autre grand pays exportateur de tabac au niveau mondial avec le Brésil.

Surveiller et punir

Problème technique pour les tenants de la ligne anti-vape, dont on ne sait pas vraiment s'ils défendent la santé publique ou protègent les ventes de cigarettes, la vape ne contient pas de tabac et ne génère pas de fumée avec ces constituants toxiques spécifiques. D'où la nécessité pour eux de faire glisser l'interdiction de la fumée vers la présence de nicotine. Le "gadget" qui pourrait leur permettre de faire cela, auquel se réfère la Secrétaire à la santé philippines, est développé par des chercheurs américains.

Une équipe spéciale du Dartmouth College, université privée du New Hampshire (USA), planche sur ce système depuis le début de la décennie. Dirigées par  Joseph Belbruno, les recherches ont connu une avancée majeure relatée dans un article publié en septembre 2013 dans Nicotine & Tobacco Research. La mise au point d'un polymère avec des nanoparticules modulant leur résistance électrique selon la présence de nicotine a ouvert la porte au développement du senseur de nicotine. Bien que leurs tests montrent un problème de réactivité non linéaire à la présence de nicotine, les chercheurs enchaînent les dépôts de brevets. Après le polymère de nanotechnologie en 2012, la technologie de l'appareil même et son interface informatique en 2013, les inventeurs BelBruno et Tanski ont breveté le process de fabrication du produit en décembre 2016. Sa commercialisation est lancée exclusivement sur le site de Freshair. Il en coûte 122$ l'appareil et une maintenance de 4$ par mois. La firme annonce aussi le développement imminent d'une version anti-cannabis.

Pizza, bouillabaisse & moussaka connections 

La firme Freshair promet de pouvoir traquer les fumeurs dans les lieux interdits, telles les voitures de location, les chambres d'hôtel ou "même chez soi". Par une surveillance en temps réel, mais aussi en détectant des restes de nicotine après l'usage ("résidus tertiaires"). Une question n'est pas problématisée par les chercheurs, ni par leur site commercial qui reste extrêmement évasif sur les méthode de détection de leur appareil. Que se passera t-il en cas de présence de nicotine ne provenant pas de tabagisme? La question se pose non seulement pour le vapotage, mais évidemment aussi pour les activités de cuisine. Les cuisiniers philippins devront-ils renoncer à cuire tomates, patates, aubergines, carottes, poivrons, choux-fleurs etc... pour ne pas vaporiser la nicotine de ces solanacées dont le mouchard détecterait la trace? 

Les chercheurs américains semblent avoir fait l'impasse sur cette question de risque de "faux positifs" en postulant que toute présence de nicotine est synonyme de tabagisme. Un postulat dont l'impensé semble illustrer le glissement d'un certain courant de la lutte anti-tabac vers une croisade délirante contre la nicotine.


mardi 20 juin 2017

[Invité] Belgique: Lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape à la députée Renate Hufkens (N-VA)

Publiée le 15 juin en néerlandais, nous publions cette lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) adressée à la députée Renate Hufkens, de l'Alliance néo-flamande (N-VA). Elle suit de l'annonce de sa résolution au parlement pour taxer les produits de vapotage, en interdire la promotion et interdire les arômes dans les liquides nicotinés, au prétexte de la protection des jeunes. Dans le même temps, Johan Van Overtveltd, Ministre des finances appartenant au même parti N-VA, aurait fait part, selon le quotidien le Soir, de sa volonté de relancer la consommation de tabac pour améliorer les rentrées fiscales, jusqu'à envisager une baisse du prix des cigarettes. Ceci tombe à peine six mois après l'entrée en vigueur de l'Arrêté Royal particulièrement dur contre le vapotage. A notre connaissance, aucune réponse de la députée n'est parvenue à l'association des usagers belges...


Lettre ouverte à la députée Renate Hufkens (N-VA)
suite à sa proposition de taxe et d'interdiction des arômes du vapotage


C'est avec grand regret que nous avons appris que vous étiez en train de déposer une résolution au parlement pour des droits d'accises contre le vapotage et d'autres restrictions, telles que l'interdiction des arômes des liquides nicotinés.

Une nouvelle fois, vous démontrez n'avoir absolument rien compris à ce produit. Les vapoteurs ne fument pas! Le vapotagest l'outil parfait pour aider les fumeurs à faire le switch. Ce que vous faites revient à mettre l'eau au même niveau que le whisky. À l'heure actuelle, aucune étude sérieuse n'a pu identifier un risque éventuel. De plus, le prétendu effet "passerelledes jeunes vers le tabagisme via le vapotage n'existe pas.

Permettez-nous de vous rappeler la réalité. En Belgique, 77 personnes meurent chaque jour des suites du tabagisme. Tandis que, depuis 10 ans, aucun vapoteur n'est tombé malade à cause du vapotage. Le vapotage est essentiellement une alternative au tabagisme qui s'inscrit comme solution de réduction des risques et des méfaits.

L'Arrêté Royal publié par votre gouvernement manque complètement son objectif. Mais plus encore, il laisse des non-professionnels vendre des produits de vape à des mineurs [à partir de 16 ans]Savez-vous que trois procédures sont actuellement déposées au Conseil d'Etat contre cet Arrêté Royal ? Il est temps de vous reprendreAu lieu d'aider les citoyens, votre initiative risque de pousser des fumeurs vers la mort.

Le vapotagest au moins 95% moins nocif que les cigarettes selon les scientifiques. Le Pr Dautzenberg estime même que ce chiffre est très conservateur et il parle d'une réduction des risques de l'ordre de 99,9 %.

Ce que vous prévoyez de faire risque tout simplement d'être criminel. Vous devriez rassembler des informations fiables et éclairées auprès des organisations d'usagers, des professionnels de santé indépendants et des professionnels du secteur. Persévérer dans cette attitude vous coûterait des votes en plus d'être totalement inadéquate.

Si vous avez besoin de plus d'informations, n'hésitez pas à prendre contact avec 

En référence complémentaires:

[Expresso] Honk-kong: arrestation d'un vapoteur de 22 ans qui risque jusqu'à 2 ans de prison

Ce matin, une opération combinée des services de police et du département de la santé a entraîné l'arrestation d'un jeune homme de 22 ans à Wong Tai Sin (Honk-Kong). Les forces de l'ordre l'accusent de recel de liquides de vapotage nicotinés. Sur une dénonciation publique, le département de la santé déclare avoir découvert que le suspect vendait des liquides sur un réseau social par internet. La nicotine est considéré comme un poison de catégorie 1 à Honk-Kong. "La vente illégale et la possession de poisons de catégorie 1 non-enregistrés comme produits pharmaceutiques sont des infractions criminelles. La peine maximale pour chaque infraction est une amende de 100'000$ et de deux ans d’emprisonnement", explique le site d'information 7th Space. Les autorités avertissent les utilisateurs de ces produits de vapotage de cesser immédiatement de les consommer et de consulter des professionnels de santé pour des conseils. Par contre, vapoter sans nicotine reste légal, comme l'explique ce site local.

lundi 19 juin 2017

[Décrypt] Vape & ADN: quand ACS Sensors et UConn inventent le junk science marketing

Comment réussir le lancement commercial d'un mauvais produit ? Provoquez un buzz facile en utilisant la paranoïa obscurantiste de l'époque pour faire passer les défauts de votre produit pour ses qualités. C'est la recette de l'entreprise ACS Sensors associée à l'Université du Connecticut (UConn) pour faire mousser un nouvel appareil 3D de test de microfluides, "développé pour détecter les dommages causés sur l'ADN par des métabolites de produits chimiques dans des échantillons environnementaux", selon l'article des chimistes universitaires, menés par James Rusling, publié dans American Chemical Society, la revue du fabricant. Protocole d'expérience incohérent et conditions de tests ahurissantes se sont alliés à un défaut majeur du matériel promu par l'expérience pour donner des résultats indignes d'être publiés, a fortiori au nom d'une université. Et une conclusion honteusement reprise par les médias: "le vapotage a plus risque de causer des dommages à l'ADN que les cigarettes sans filtre". Sic!

Scotch, seringue, dry-hits et Krylon

Les chercheurs chargés de faire l'article de la nouvelle machine ne se sont pas ennuyés par des protocoles compliqués. Montage à coup de scotch et de seringue bricolé pour extraire l'aérosol de vapotage, comparaison quantitativement incohérente entre nombre de bouffées de vapotage et cigarettes fumées, aucune mention du matériel de vapotage utilisé et protocole de prise de bouffée du vapotage totalement irréaliste. En premier lieu donc, les classiques de la recherche pourrie made in USA sur le vapotage. Additionnés d'une touche, ou plutôt d'une pulvérisation, d'un produit hautement toxique.

Premier détail, les chercheurs ont décidé que "15 à 30 bouffées de vapotage sont considérées équivalentes à la fumée d'une cigarette". Pourtant, une étude des Prs Jean-François Etter et Chris Bullen montre qu'en moyenne les vapoteurs substituent une consommation de 15 cigarettes journalières par 120 bouffées de vape. Soit un rapport de 8/1 plutôt que de 15/1 à 30/1... Ce n'est pas le point le plus grave, même si cela illustre le peu de sérieux des chercheurs à se documenter sur la question.

Production artificielle de dry-hits


Plus critique, la manière de relever l'aérosol. Un montage que même Mac Gyver n'aurait pas osé prendre au sérieux. Mais surtout rythme et durée des bouffées, position et (non) remplissage de la vapoteuse font que la manière avec laquelle la seringue "tire" sur l'appareil de vape n'a aucune ressemblance avec le vapotage réel. On voudrait s'assurer de produire des dry-hits en asséchant artificiellement la mèche que l'on ne s'y prendrait pas autrement. Et c'est ce qui s'est passé, comme le relève Paul Barnes sur son blog Facts do matter. Sans que les chercheurs n'en ait tiré les conséquences sur l'inanité de leur protocole. 


Sans liquide, pas de vaporisation

"La densité de l'aérosol était stable pour les cigarettes conventionelles et le vapotage durant les dix premières bouffées. Ensuite, la densité de l'aérosol de vapotage chutait lors des bouffées suivantes, et un plus fort vacuum était nécessaire pour produire l'aérosol au fur et à mesure que le nombre de bouffées augmentait", explique sans rire la recherche publiée. Le liquide n'arrivait pas assez vite sur la mèche dans cette configuration et donc ils ont forcé les bouffées sèches, générant ainsi de la pyrolyse. Le problème en deux trois phrases. Le vapotage se base sur la vaporisation. La vaporisation se passe à une température stable, comme lorsque l'on chauffe de l'eau dans une casserole. Mais si toute l'eau s'est évaporée alors votre casserole et les éventuels résidus dedans vont surchauffer et dégager d'autres composés gazeux et/ou de particules fines solides, possiblement toxiques. 

C'est clairement ce qu'ont produit ces chercheurs. Mais ceci n'est plus du vapotage. Aucun vapoteur ne fait cela, sauf accidentellement par mésusage, parce que c'est impossible à inhaler et provoque une toux réflexe très inconfortable. Bref, l'aérosol analysé n'a pas été produit dans des conditions valables.

Le Krylon pourrait t-il avoir des effets sur l'ADN ?

Mais le clou n'est pas tant dans ces biais de méthode malheureusement devenues classiques dans les études américaines sur le sujet. Le top-junk-science est atteint lorsque l'on regarde le matériel promu par cette étude. La fameuse tablette low-cost 3D d'analyse de microfluides ACS Sensors. "Les tableaux de microfluides sont imprimés à partir de résine d'acrylate utilisant une imprimante 3D stéréolithographique Formlabs Form1+. Les fichiers de son design sont disponibles sur notre site internet. Brièvement, les fichiers CAD (computer assisted design) sont convertis aux fichiers d'instruction de l'imprimante. Après l'impression, les appareils sont rincés à l'intérieur et l'extérieur avec de l'isopropanol et de l'eau, puis enduits par pulvérisation d'un spray acrylique transparent (Krylon)", énumère l'étude de l'UConn.

Or, comme l'a fait remarqué Fergus Mason à Paul Barnes, ce spray Krylon, pulvérisé à chaque utilisation pour recouvrir les tablettes de test, est connu pour ses propriétés toxiques et potentiellement cancérigènes. Ses composés sont de 32,81% d'acétone, 21,39% de n-Butyle acétate, 20,4% de propane, 9,6% de butane, 4% d'Ethyl 3-ethoxypropionate, 2,38% de xylène et 0,42% d'ethylbenzene. C'est avec ces produits que les chercheurs ont recouverts les réservoirs utilisés pour évaluer l'impact des aérosol de vapotage sur l'ADN !!! Comment des scientifiques peuvent-ils faire une telle merde ?

Dégénérescence américaine

Cette étude n'apporte aucune connaissance quant à un éventuel effet sur l'ADN soumis au vapotage. Par contre, elle dit beaucoup sur l'état de décomposition de la déontologie des universitaires américains. Dont parle cet article du jour sur le sujet à travers l'histoire de l'épidémie d'addictions aux opioïdes qui a fait environ 60'000 morts en 2016 aux USA...

samedi 17 juin 2017

[Suisse] La SVTA reçue par l'OFSP pour l'élaboration du nouveau projet de LPTab

Les bureaucrates bernois ont-ils évolués? Hier 16 juin, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) a reçu Stefan Meile, représentant de la Swiss Vape Trade Association (SVTA). Revirement notable alors que les services d'Alain Berset avaient totalement méprisés le monde de la vape, tant usagers que professionnels, pour élaborer le premier projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) ayant abouti à son renvoi par les deux chambres fédérales. L'association des professionnels de la vape Suisse communique sur son site un bref compte-rendu de la rencontre dans l'optique de préparer un nouveau projet de LPTab, qui devrait être soumis à consultation publique d'ici la fin de l'année, et la place du vapotage. 

Un premier point sur lequel l'administration ne veut pas évoluer. L'OFSP refuse catégoriquement d'envisager de réglementer la vape au sein de la Loi sur le denrées alimentaires et produits usuels. Position "surprenante" alors que ce serait pourtant, d'une part la place naturelle de ce produit sans tabac ni combustion, et d'autre part conforme à la volonté exprimée par le parlement de ne pas assimiler le vapotage au tabac. 

Eviter la catastrophe d'un clone de TPD

Malgré tout, la SVTA a fait valoir qu'une copie conforme en Suisse de la directive européenne TPD serait "catastrophique pour la santé publique et le marché, ainsi que pour les membres de l'association". Au minimum, l'association présidée par Stefan Meile souhaite éviter la limitation à 10 ml des fioles de liquide, dont rien ne soutient la pertinence, ainsi que la restriction tout aussi incohérente à 2 ml des réservoirs des atomiseurs. Contre la stratégie de monopolisation du marché par les multinationales, le regroupement de petits indépendants réclame l'absence d'obstacle administratif qui ferait le jeu des grands cigarettiers. Les mesures comme une période d'arrêt de 6 mois, ou la multiplication des enregistrements des appareils font partie de cet arsenal de la "guerre des normes" que les cigarettiers ont réussi à imposer en Europe (et a fortiori aux USA).

Au tour des usagers ?

"C'est un pas en avant que notre opinion ait été entendue. Lors du premier projet, nous n'avions pas été pris en compte", estime Stefan Meile. La SVTA reste cependant sur ses gardes, notamment sur une éventuelle taxe anti-vape. Du coté des usagers, l'association Helvetic Vape n'a pas encore été reçue par Michael Anderegg, responsable à l'OFSP de l'élaboration de la LPTab. Mais il semble que le Conseil fédéral soit favorable à ce que les usagers soient cette fois entendus. Leur audition en mars 2016 devant la Commission santé du Conseil aux Etats (CSSS-E) avait fait forte impression. Même au Conseiller fédéral Alain Berset exceptionnellement présent ce jour-là, nous a t-il été rapporté de source parlementaire.

Le TAF n'avance pas

Par ailleurs, la SVTA rapporte que le Tribunal administratif fédéral (TAF) de Lausanne lui communique ne pas avoir avancé sur son recours déposé en novembre 2015 contre l'interdiction de vente de liquide nicotiné de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV). Le TAF fait valoir que le cas est complexe. L'instruction a été close depuis plusieurs mois...

[Expresso] Une étude indépendante compare la délivrance de nicotine entre vape, Iqos et Marlboro

Avec des bouffées de "vapoteurs", le vapotage se rapproche sensiblement plus de la délivrance de nicotine d'une cigarette conventionnelle que l'Iqos. Une équipe de scientifiques grecs, menée par le renommé Dr Konstantinos Farsalinos, a mesuré les taux de délivrance de nicotine de l'Iqos, de trois vapoteuses et d'une cigarette Marlboro Regular. "La délivrance de nicotine au fumeur est un élément clef pour la capacité de tout produit de réduction des risques à se substituer efficacement à la fumée", explique l'article accepté pour publication dans Nicotine & Tobacco Research. Le volume de nicotine délivré par l'Iqos, que ce soit avec sa cigarette goût classique ou celui mentholé, est sensiblement inférieur à celui de la Marlboro. Limité par la durée de décharge de son système électrique à 12 bouffées - et automatiquement bloqué après 14 -, l'Iqos délivre environ 30% de nicotine en moins que la cigarette phare de Philip Morris. L'augmentation de la durée de la bouffée ne change pas la délivrance de nicotine du système prétendu de "tabac chauffé-non-brûlé", contrairement aux systèmes de vapotage.  

Les résultats, présentés hier au Global Forum on Nicotine à Varsovie, montrent que si la vieille ciga-like ne permet pas d'atteindre un taux similaire de délivrance de nicotine, les modèles de vapoteuses de 2ème génération, dite eGo, et de 3ème génération - un Nautilus mini monté sur Evic VTC mini -, avec un liquide à 20 mg/ml de nicotine (et moitié moitié de PG/VG) dépassent nettement le niveau de l'Iqos et s'approchent de ceux de la Marlboro lorsque les bouffées sont prises en mode "vapoteurs". Point connu pour initier les fumeurs voulant passer au vapotage, et éviter la toux réflexe liée au "crapotage", mieux vaut prendre une bouffée "apaisée" de vape d'au moins trois secondes. 

"Le produit HnB [Iqos] délivre la nicotine à l'aérosol à des niveaux plus élevés que les produits de vapotage mais moins élevés que la cigarette classique lorsqu'elle est testée avec le régime intense de bouffées du Health Canada. Aucun changement n'est observé dans la délivrance de nicotine du HnB avec des durées de bouffée allongées [à 4 secondes] mais de même volume, au contraire des produits de vapotage qui délivrent plus de nicotine avec des bouffées plus longues", résument les chercheurs indépendants.

En somme, le vapotage offre une maîtrise de l'absorption de nicotine et du rythme désiré aux vapoteurs ayant appris à en jouer, alors que l'Iqos impose à la fois une dose et un timing formatés par le système de Philip Morris. Un aspect intéressant, d'un point de vue de l'efficacité pour des conversions réussies des fumeurs à des modes de consommation plus propre de nicotine, qui souligne la plus grande souveraineté des vapoteurs sur les modalités de leur usage. A noter que l'étude s'est limitée à mesurer les taux de nicotine dans les aérosols et fumées, mais n'a pas investigué la cinétique de la nicotine chez les usagers selon les différents modes de consommation.

vendredi 16 juin 2017

[Expresso] Pour relancer le tabagisme en Belgique, le N-VA veut taxer la vape, interdire ses arômes et baisser le prix du tabac [MàJ]

[ajout en fin article le 17-06-2017 à 10h30]
La Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) - l'Alliance néo-flamande - coordonne une nouvelle offensive pour relancer le tabagisme en Belgique. Renate Hufkens, cheffe du groupe N-VA au parlement, a déposé une résolution à la Chambre pour interdire les arômes dans les liquides nicotinés, interdire la promotion et surtaxer tous les produits de vape. En parallèle,  Johan Van Overtveltd, Ministre des Finances du même parti flamand, revient à la charge pour baisser les accises du tabac. Il a confié au Soir son souhait de "diminuer les prix du tabac pour moduler la baisse des ventes"

En janvier, le Ministre du budget s'était déjà ému d'un manque à gagner de plus de € 150 millions de taxes sur le tabac en 2016. "Les quatre premiers mois de 2017 s’annoncent pires encore. Selon le cabinet du ministre, les chiffres pour la période janvier-avril 2017 comparée à la même période de 2016 montrent des chutes de € 53,46 millions (-7,93%) de recettes, le volume de cigarettes chutant de 10%, celui du tabac à fumer de 25%", explique le journal bruxellois. "En Israël, ils ont abaissé l’an dernier les accises sur l’alcool et cela a généré une hausse considérable des recettes", argumente Johan Van Overtveldt à la sortie d'une rencontre avec son homologue israélien Moshe Kahlon cette semaine à Tel-Aviv.

Publié dans le Soir du 16 juin 2017
Explosion du nombre de vapoteurs, effondrement du tabagisme

La conjonction de cette annonce avec l'offensive parlementaire anti-vape de la leader du N-VA à la Chambre "interpelle" selon le Soir, tandis que le Cabinet Van Overtveldt confirme évidemment travailler sur le projet de sa camarade de parti. Une infographie du quotidien belge rappelle que 61% des vapoteurs belges ont pour principale raison de passer à la vape la volonté d'arrêter ou diminuer le tabac. Avec déjà plus de 150'000 vapoteurs en 2015 selon les statistiques officielles, le nombre de vapoteurs belges avaient explosé en 2016, suite à une décision du Conseil d'Etat légalisant la vente de liquides avec nicotine auparavant interdite, entraînant cette chute massive du tabagisme. 

Les autorités avaient réagi par un arrêté royal durcissant le régime du vapotage, contre lequel recourt notamment l'Union Belge de la Vape (UBV-BDB), et une politique de contrôles digne d'Eliott Ness contre les magasins de vape. Visiblement, malgré cette orchestration, le mouvement de sortie du tabagisme à l'aide du vapotage n'a pas été étouffé au plat pays. Cette nouvelle offensive concertée du parti flamand aura t-il la peau des libérés du tabagisme ou fera t-elle de nouveau long feu? ...

Edit 17 juin 2017 à 10h30 : Le Ministre Johan Van Overtveldt a démenti l'article du Soir par un tweet le qualifiant de "fake news". Il estime avoir parlé d'optimisation des rentrées de taxes, pas de baisse du prix du tabac. De son côté, le Soir confirme avoir recoupé les propos rapportés auprès de son cabinet.




mercredi 14 juin 2017

[Expresso] Genève veut interdire la vente de tabac et cannabis light aux mineurs mais toujours rien pour aider les adultes

La vente de tabac et de cannabis light pourrait être bientôt interdite aux mineurs à Genève. Mauro Poggia, Conseiller d'Etat genevois, veut déposer un projet de loi cantonale pour limiter leurs ventes aux plus de 18 ans. L'information est révélée par le Matin. Actuellement, la loi fédérale ne posant aucune restriction à la vente des produits de tabac et succédanés, statut attribué au cannabis à moins de 1% de THC, les mineurs peuvent acheter sans autre cigarettes et, depuis quelques mois, l'herbe riche en CBD vendue en kiosque. "L'article 5 de la loi [genevoise] envisagée prévoit que tout contrevenant sera passible d'une amende pouvant aller de 100 à 1000 Fs.", précise l'article de Valérie Duby dans le quotidien vaudois.

Mauro Poggia estime qu'il s'agit d'agir en faisant entrer en vigueur cette loi cantonale d'ici la fin de l'année. Alors que le projet de loi Tabac fédérale d'Alain Berset a pris du retard suite au renvoi de son premier brouillon incohérent"Cette loi [au niveau fédéral] ne devrait pas entrer en vigueur avant le milieu de 2022, alors Genève doit agir. Sans compter que nous ne pouvions laisser subsister ce vide juridique avec le cannabis légal. (...) C'est un signal clair des autorités à donner", explique le magistrat genevois. Si l'interdiction de vente de cigarette pourrait un peu prévenir le tabagisme adolescent, on peut s'interroger sur le fait de pousser les jeunes vers le marché noir du cannabis plutôt que de leur offrir une alternative non-psychotrope et légale. Avant l'apparition du cannabis light, au moins de 30 à 50% des jeunes suisses de 15 ans déclaraient avoir essayer le cannabis.

Hypocrisie et aveuglement

Si les autorités genevoises semblent soudain se soucier de l'accès aux produits du tabac des mineurs, par contre elles gardent un silence pesant sur l'accès pour les fumeurs adultes aux produits de vapotage nicotiné. "En autorisant le cannabis light et le tabac, tout en maintenant l'interdiction des liquides nicotinés, nos élus envoient donc un message clair: la santé publique peut être reléguée au second plan", déplore l'éditorial de l'hebdo gratuit genevois GHI paru jeudi dernier. "La nicotine reste interdite aux vapoteurs. Comment supporter cette hypocrisie?", s'y demande Fabio Bonavita.

Visiblement, en réponse, les autorités ne semblent avoir que la part répressive à proposer. Sans considération pour des aides à sortir du tabagisme par la voie de la réduction des méfaits et la consommation de nicotine propre. Ni grande réflexion sur les conséquences potentielles sur la consommation de cannabis illégal chez les ados induites par leur réflexe autoritaire. A l'heure où l'échec des politiques du bâton est manifeste, et le succès des approches dites de réduction des risques, telles que les pratiquent la Suède et le Royaume-Uni sur le tabagisme, est de plus en plus convaincant, l'anachronisme risque de perdurer sous une forme renouvelée dans la cité de Calvin.

dimanche 11 juin 2017

Philip Morris avoue la pyrolyse de l'Iqos mais tente de faire retirer l'étude lausannoise

"Nous n'avons jamais affirmé que l'Iqos est dépourvu de processus pyrolytiques, bien connus pour augmenter avec l'augmentation de la température, et qui sont responsables de la plupart des composés nocifs ou potentiellement nocifs (HPHC) restant trouvés dans l'aérosol de l'Iqos. Cependant, aucune combustion ne se produit dans l'Iqos." Signée de Serge Maeder et Manuel Peitsch, la réponse publiée le 30 mai sur le site de Philip Morris reconnait la pyrolyse mise en évidence par une équipe de recherche lausannoise publiée dans JAMA Internal Medicine le 22 mai dernier. "La fumée dégagée par l'Iqos contient des éléments provenant de pyrolyse et de dégradation thermochimique qui sont les mêmes composés nocifs que dans la fumée de cigarette de tabac conventionnelle", souligne l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Berne, que nous avions relatée brièvement

La chique coupée

Contacté jeudi, le Dr Reto Auer nous dit attendre que les éditeurs de la revue JAMA Internal Medicine lui demandent de répondre au contre-argumentaire des cigarettiers. "Nous respectons les processus normaux de révision et validation des publications scientifiques, avec le temps nécessaire à ce qu'ils se déroulent", s'est limité à nous déclarer le chercheur référent de l'étude.

Depuis, les événement s'emballent. Ce même jeudi 8 juin, Jean-Daniel Tissot, Doyen de la faculté de biologie et médecine de l'Université de Lausanne, reçoit un courrier de Philip Morris exigeant le retrait de l'étude. L'information, qui me rappelle quelque souvenir ressemblant avec le même cigarettier en 2015, est diffusée dans un communiqué des Jeunes Verts durant le week-end. Désormais, toute communication sur le sujet doit forcément passer le filtre de la hiérarchie de l'Université. Philip Morris semble avoir déjà réussi, au moins partiellement, à bâillonner les chercheurs.

Charbonnage de gueule ?

Pourtant ni ce que révèle l'étude lausannoise, ni la répartie du cigarettier ne sont excessivement surprenantes. A condition de ne pas se laisser abuser par des raccourcis du langage courant. L'Iqos ne produit pas de combustion prétendent les ingénieurs du cigarettier. Oui, mais... Toute cigarette est objet de pyrolyse et, au sens strict, n'est pas en état de combustion complète. "Quand le tabac pyrolyse, cela produit une myriade de composés semi-volatiles, volatiles et non-volatils, tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP)" et une longue liste de composés volatiles organiques (COV), explique Jeffrey Wigand, ex-Vice Président du département de recherche durant 15 ans à Brown & Williamson Tobacco Corp, dans un rapport en 2006.

En contraste, une combustion complète se produit à très haute température. Aux environs de 1500°C pour du tabac, alors que les cigarettes atteignent en leur point le plus chaud environ 900°C. Une combustion complète s'accompagne aussi de flamme et a pour particularité d'être auto-générée. "La preuve claire d'un processus exothermique" est un des deux paramètres nécessaires pour déterminer la combustion relevés par le mémoire de Philip Morris lui-même sur l'Iqos (p.27). Or, le papier des cigarettes dites industrielles contiennent des additifs entraîneurs de combustion pour éviter qu'elles ne s'éteignent (ce que font souvent les cigarettes roulées "soi-même"). 

Des sels de nitrate ou citrate de sodium et/ou de potassium semblent utilisés pour ce rôle depuis la seconde guerre mondiale selon un document interne révélé il y a une vingtaine d'années du cigarettier Brown & Williamson. Le secret de la composition précise des cigarettes restant toujours couvert par les autorités, on ne peut pas être certain que d'autres additifs ne soient pas aussi employés à cette fin.

Smoking and charing versus vaping

En d'autres termes, réduire les cigarettes classiques allumées à un processus de combustion complète serait abusif. Or ce sont les résidus de combustion incomplète et pyrolyse qui forment les composés les plus nocifs du tabagisme, point bien connu des spécialistes sérieux sur la question. Outre les COV et HAP, la génération de monoxyde de carbone (CO) en est un élément clef. Sa présence atteste de combustion incomplète ou de pyrolyse. Le processus de dégradation des composés en absence d'oxygène produit du CO en place du CO2 dégagé en combustion complète. L'étude lausannoise confirme la présence de CO dans la fumée produite par l'Iqos. De son côté, les cadres scientifiques de Philip Morris en contestent le taux mesuré mais pas sa présence. Difficile dans ces conditions d'accorder crédit aux médias présentant l'Iqos comme produit "smokeless" sans fumée.

Le cigarettier met également en doute certaines mesures des taux relatifs de toxiques dégagés par l'Iqos comparés à ceux d'une cigarette Lucky Strike Blue Light relevées par les chercheurs universitaires. Sur les antennes de la radio RTS la 1ère le 31 mai, Aurélie Berthet, co-auteure de la recherche, reconnait que le protocole est propre à cette étude pilote. "On a utilisé une machine faite en laboratoire", explique la toxicologue de l'Institut romand de santé au travail (IST).

On peut comprendre des différences de mesures en absolu, le volume des bouffées variant probablement entre cette machine à fumer et celles utilisées par Philip Morris. Mais les taux relatifs comparés des fumées de l'Iqos et de la Lucky Strike mesurées avec une même machine ne devraient pas être faussés. Sur ce point, les raisons des divergences entre les deux parties restent obscures. Elles pourraient provenir des cigarettes utilisées, Lucky Strike Blue Light du côté des chercheurs lausannois contre la cigarette standardisée 3R4F par les tests des cigarettiers. Les suites, si elles peuvent emprunter un cours scientifique, apporteront peut-être des éclaircissements. 



Ce que l'on sait


Ce qui est clair, c'est qu'avec la même machine de test, la toxicologue n'avait pas détecté de HAP et seulement des taux non significatifs de COV, à part de propylène glycol, dans le vapotage - avec et sans nicotine ainsi qu'avec un concentré de cannabis - lors d'une précédente étude sur le "cannavaping" publiée dans Nature en mai 2016. "C'est très simple un e-liquide. Il y a de la glycérine végétale, du propylène glycol, éventuellement de la nicotine et quelques arômes. Aussi la température de chauffe de la résistance est beaucoup plus basse [que la température de l'Iqos]", précise la scientifique lors de son récent interview radio. Et le vapotage ne génère évidemment pas de pyrolyse de composés solides, sauf cas de mésusage, puisqu'on est dans un processus de vaporisation d'un liquide.


Qui a intérêt à entretenir la confusion entre vapotage et cigarette ?

L'industrie de la confusion

Une autre certitude est apparue au cours de cette petite histoire de tabagisme helvétique. Celle-ci est d'ordre plus politique que physique. C'est l'absence totale de soutien financier à l'étude des chercheurs universitaires lausannois qui ont du travailler bénévolement sur leur temps libre pour la mener. Vérifié auprès de plusieurs sources, nous pouvons certifier le refus catégorique d'accorder quelconque aide de la part du Fond de prévention du tabagisme (FPT), pourtant mandaté à promouvoir la recherche sur les deniers récoltés (de l'ordre de 14 millions Fs par an) grâce aux ventes de tabac.

En septembre dernier, la prise de position de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT) ahurissante d'incompétence et de feignantise à l'encontre du vapotage avait déjà fait siennes les revendications du cigarettier lausannois pour une taxe anti-vapoteurs et pour imposer une censure totale au monde médical sur le sujet de la réduction des méfaits par la vape comparée au tabagisme. Philip Morris a fait de la Suisse un de ses vaisseaux amiraux, avec le Japon où la vape nicotinée est également interdite de vente par les autorités, dans sa stratégie de contre-vapotage. Flagship (vaisseau amiral), c'est d'ailleurs le nom que souhaite donné la multinationale à son futur Iqos center au Flon à Lausanne.

Cette reconquista est nécessaire à Philip Morris face à la chute de ses ventes, notamment au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, depuis 2011 sous l'impact du vapotage. Alors que le cauchemar de l'instant Kodak hante Philip Morris, le label marketing smokeless (sans fumée) de l'Iqos est une arme commerciale et un moyen d'être adoubé par la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Tandis que sa réglementation va exclure la quasi totalité des produits de vape indépendants aux Etats-Unis (si la réglementation reste en l'état). L'enjeu dépasse donc le seul tabagisme suisse.

Doute fédéral

Ce refus de la part de la CFPT de délivrer les moyens financiers à une étude indépendante sur l'Iqos est un nouvel épisode de l'attitude pour le moins étrange des autorités sanitaires helvétiques. Elle jette une fois encore le trouble sur les véritables motivations des organismes fédéraux. Des agissements sur lesquels les Jeunes Verts, vue leur proximité avec certains personnages clefs, auraient peut-être pu nous éclairer dans leur communiqué? Doit-on encore s'étonner de la duplicité d'autorités ayant interdit la vente des liquides de vapotage nicotinés tout en laissant en vente libre, même aux gosses dans certains cantons, des cigarettes de toutes sortes? De quoi semer le doute et entretenir la confusion dans le public au lieu de l'informer clairement sur le moyen au risque drastiquement réduit du vapotage pour sortir et éviter le tabagisme.


samedi 10 juin 2017

[Expresso] Convention de la Lega Italiana Anti Fumo : après 4 ans de vapotage aucun dommage pulmonaire [MàJ]

[edit à 15h: précisions sur l'étude suite à l'article de R. Polosa]
Hier, la convention 2017 de la Lega Italiana Anti Fumo (LIAF) - la Ligue italienne anti fumée - présentait en avant-première une étude prospective sur les effets pulmonaires du vapotage exclusif de longue durée chez des personnes n'ayant jamais fumé (ou moins de 100 cigarettes dans leur vie). La recherche dirigée par le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania, montre que "l'usage régulier et prolongé de vapotage ne conduit à aucun dommage des voies aériennes et des poumons", annonce Il Mattino présent au congrès. "Les participants ont utilisé quotidiennement le vapotage pendant au moins quatre années avec une consommation moyenne de 3,1 ml de liquide par jour. L'étude n'a pas relevé de changement de la fonction pulmonaire ni des marqueurs d'inflammation des voies aériennes", résume le quotidien napolitain.

Neuf vapoteurs réguliers non-fumeurs, d'une moyenne d'âge de 29 ans, ont été auscultés à quatre reprises, à un an d'intervalle chaque fois. Prise de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, du poids et mesures de la fonction pulmonaire, de symptômes respiratoires et de présence d'inflammation des voies aériennes (notamment les niveaux d'oxyde nitrique et de monoxyde de carbone exhalés) faisaient parti du check-up. Un scanner thoracique en coupe de haute résolution (HRCT) était possible lors de la 3ème visite. "Aucun changement significatif n'a été relevé durant la période d'observation par rapport à l'état de départ, ni parmi les vapoteurs ni chez les non-fumeurs du groupe de contrôle. De plus, aucun problème pathologique n'a été détecté lors du scan HRCT des poumons et aucun symptôme respiratoire n'a été signalé dans le groupe de vapoteurs. Bien qu'il ne peut pas être exclu que certains dommages surviennent ultérieurement, cette étude montre qu'il n'y a pas de problème particulier de santé à l'usage à long terme du vapotage chez des utilisateurs relativement jeunes", explique le Pr Riccardo Polosa dans un court article pour la revue Sanità 24.

Les résultats de ce suivi avec la Policlinique Vittorio Emmanuelle de Catania, dont on attend impatiemment la publication en détail, ont été discutés durant deux heures par un panel de spécialistes de différents domaines. Giovanni La Via, Président de la Commission Santé du parlement européen, Lorenzo Spizzichino, de la Direction prévention au Ministère de la santé italien, le Pr Umberto Tirelli, de l'Institut national du cancer d'Aviano, et le Dr Fabio Beatrice, de l'hôpital de Turin, le Pr Lamberto Manzoli, de l'Université de Ferrara, qui a déjà dirigé une étude sur le sujet comme le rappelle le site italien spécialisé SigMagazine, ainsi que Mario Girolamo Cardella, Président de l'Union nationale des consommateurs, ont débattu des opportunités et des risques du vapotage face au fléau sanitaire du tabagisme.

PS. Merci à Bertrand pour m'avoir signalé l'article du Pr Polosa dans Sanità 24 ;)

vendredi 9 juin 2017

[Expresso] Suivi à long terme: la vape outil contre le tabac et créature de plaisir

La vape est à la fois outil contre le tabagisme et créature de jouissance. C'est un des enseignements qui ressort d'une étude des motivations des vapoteurs à long terme du Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève. Publiée en accès libre dans Nicotine & Tobacco Research, revue de l'Université d'Oxford, l'enquête a sondé via internet 3868 vapoteurs réguliers entre 2012 et 2015. Plus des trois-quarts (77%) étaient ex-fumeurs, n'ayant plus fumé en moyenne depuis 3 mois au départ. Au cours du suivi, une tendance forte au plaisir de vapoter émerge, pour devenir progressivement la raison la plus citée de cet usage après une année pour 93% des vapoteurs. Tenir le tabagisme au loin reste l'autre grande motivation, mais son évocation se réduit de 87% au début à 56% des répondants après un an. "Même chez les vapoteurs établis, le comportement et les motifs de vapoter changent avec le temps", souligne le Pr Etter.

28% de fumeurs en moins chez les vapoteurs après un an

La consommation des vapoteurs réguliers et exclusifs reste stable en nombre de bouffées (env. 200/j) mais la concentration en nicotine de leurs liquides se réduit de 12 à 9 mg/ml en moyenne. Sur les 893 répondants après une année de suivi, 9% des 687 ex-fumeurs avaient rechuté dans le tabagisme, tandis que 28% des 64 qui étaient encore fumeurs (double-usagers) au début ont abandonné le tabac.

Mais rechute importante dans le tabagisme chez ceux qui arrêtent la vape

Après un an, l'arrêt du vapotage est corrélé à plus de rechute dans le tabagisme que le vapotage à long terme. Alors que la part de fumeurs au quotidien s'est réduit de 2% parmi ceux qui vapotent encore après un an, elle a augmenté de 18% chez ceux ayant lâché leur vapoteuse. Le chercheur note que les femmes semblent plus enclines à arrêter de vapoter que les hommes. "Le risque de rechuter dans le tabagisme après l'arrêt du vapotage devrait resté à l'esprit des vapoteurs, même par ceux qui ont arrêté de fumer depuis plusieurs mois", insiste le Directeur de Stop-Tabac.ch.

Vapoter et jouir ou surveiller et punir ?

En résumé, le chercheur genevois met l'accent sur trois points mis en relief par ce suivi de vapoteurs réguliers, et donc non représentatif de l'ensemble plus diversifié des vapoteurs. "Après 12 mois, le plaisir et la prévention de rechute sont les raisons les plus importantes de vapoter. Le taux de rechute vers le tabagisme est faible chez les ex-fumeurs et le taux d'abandon du tabagisme élevé chez les (encore) fumeurs initiaux. L'arrêt du vapotage est associé à plus de rechute dans le tabagisme".