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mercredi 28 février 2018

Australie: une leçon de journalisme lors de l'interview du Ministre de la santé sur la radio 2GB

Une leçon de ténacité journalistique. La manière dont Ben Fordham a mené l'entretien ce 23 février de Brad Hazzard, Ministre de la santé de la province de New South Wales, à propos de la prohibition du vapotage nicotiné en Australie est un modèle de courage opiniâtre. L'animateur de Sydney Live sur 2GB, la radio n°1 de la plus grande ville australienne, insiste près de dix minutes pour que le Ministre explique les raisons de la politique répressive contre les vapoteurs. "Il y a une demande du public envers les législateurs pour qu'ils cessent d'ignorer les preuves scientifiques sur le vapotage", souligne Ben Fordham s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du Public Health England, tandis que le bus "Vape Force One" a sillonné le sud de l'Australie pour informer et mobiliser sur la question ces dernières semaines

Bafouillage et langue de bois, le Ministre Brad Hazzard fuit la question. Le journaliste ne lâche pas l'affaire. Il insiste et diffuse les témoignages de vapoteurs ayant ainsi arrêté de fumer. Le Ministre répète qu'il n'empêche pas le vapotage, qu'il ne peut pas le faire d'ailleurs. Mais qu'il interdit "seulement" de vapoter en public. Esquivant lâchement le fond du rejet de l'approche de réduction des risques, et dans le détail, la question cruciale de l'interdiction de vente de liquide nicotiné. 
Le roi est nu


Une interdiction des liquides nicotinés qui revient de fait à la prohibition de l'outil de réduction des méfaits alors que les cigarettes sont en vente libre, certes au prix le plus élevé au monde. Ce refus de l'approche de réduction des méfaits est "à l'envers. Nos ministres ont la tête dans le sable", persifle Ben Fordham. Le Ministre s'en tire sans répondre. Mais le roi est apparu singulièrement nu, semblant ne rien connaitre du dossier d'autre que ce dont l'ont "informé les avis de toute une gamme de spécialistes ici en Australie", selon ses propres termes

En Australie, l'idéologie puritaine "pro-abstinence only" règne sur le domaine. Au moins, les australiens ont des journalistes. En Suisse, la même prohibition du vapotage nicotiné au bénéfice du tabagisme n'a pas soulevé de telle velléité chez les animateurs médiatiques romands.

A écouter en anglais, l'interview du Ministre Brad Hazzard par Ben Fordham :



Add 28-02-2018 à 11h30: Ben Fordham poursuit le thème du vapotage cette semaine avec l'interview ce matin du Dr Colin Mendelsohn, favorable à une approche de réduction des méfaits contre le tabagisme:

mardi 27 février 2018

Russie: le Ministre de l'industrie annonce un projet de réglementation différenciée favorable au vapotage contre le tabagisme

La Russie s'apprête à réglementer le vapotage de manière distincte des produits du tabac. C'est ce qu'annonce Denis Manturov, Ministre de l'industrie et du commerce, dans un interview fleuve pour Vedomosti, le quotidien économique. Le Ministre révèle que le gouvernement russe a "pris l'initiative de séparer ces appareils en une catégorie distincte, car ils sont radicalement différents des cigarettes et du tabac traditionnels". L'absence de combustion du vapotage et la réduction massive des méfaits par rapport aux cigarettes justifie un traitement différencié aux yeux du gouvernement. "Les appareils électroniques sont plus sûrs. De nombreux experts, y compris occidentaux, articulent même un chiffre: les moyens électroniques de livraison de nicotine sont 95% moins nocifs que les cigarettes conventionnelles. Le chiffre même peut être discuté, mais le fait que les méfaits sont bien moindres est évident. Par conséquent, la réglementation des produits du tabac traditionnels et des moyens électroniques doit être sans ambiguïté", explique le Ministre Denis Manturov.

"Les fumeurs doivent passer au vapotage"

Une loi spéciale pour les produits électronique de délivrance de nicotine devrait fixer des restrictions basiques pour en interdire la vente aux mineurs et son utilisation dans les écoles et les jardins d'enfants explique le Ministre. En parallèle, Denis Manturov annonce dans son interview la future implantation d'un tracking strict des paquets de cigarettes. "Il a déjà été décidé que ce sera DataMatrix", explique le Ministre, avant de présenter une possibilité, "si nous parlons d'étiquetage à l'aide d'une puce RFID, cela coûte 3,5 roubles [par paquet], mais cela nous permet de développer notre microélectronique domestique". Une option qui ferait exploser le prix des cigarettes pour les russes. 

"Le Ministère de la santé s'en réjouit. (...) Les fumeurs doivent passer aux moyens électroniques de délivrance de nicotine", appuie Denis Manturov avant de préciser, "dans les appareils électroniques, il n'y a pas de combustion (...) or les produits de combustion sont les plus nocifs, je dirais même la composante létale du tabagisme traditionnel". Il conclut que les régimes de taxations doivent aussi être différenciées pour favoriser le passage des cigarettes vers le vapotage. 

Vaping grade 

L'annonce du Ministre de l'industrie peut surprendre. En 2014 au sommet anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Moscou, la Russie s'était faite porte-parole de la ligne prohibitionniste anti-vapotage. Quatre ans plus tard, les travaux scientifiques sérieux semblent avoir fait changer la position des dirigeants. Ce qui se passe concrètement peut-être aussi. L'interdiction de fumer dans les lieux publics depuis 2014 est concomitant à un impressionnant essor du vapotage dans le pays. Fin janvier, un autre article de Vedomosti estimait à près de 4 millions le nombre de vapoteurs russes en 2017. Tandis que le tabagisme a chuté de plus de 20% depuis 2009 selon l'OMS.

L'alliance professionnelle du vapotage en Russie estimait à plus de 2'000 boutiques spécialisées et des centaines de vape-bars, aux côté des près de 50'000 points de vente non spécialisés en 2016. Depuis, le marché du vapotage poursuit sa fulgurante expansion, dépassant 17 milliards de roubles (~285 Fs millions, ~245 € millions). Actuellement, il est aux mains de la vape indépendante qui se base sur une solide culture vape présentée par le site WM. Mais ce marché attire, évidemment, les cigarettiers. "De nombreuses cigarettes électroniques de fabricants inconnus et de qualité inconnue sont vendues sur des sites Web ou sur les réseaux sociaux", avance avec de gros sabots Karina Korotkina, la directrice commerciale de Japan Tobacco en Russie, le mois dernier à Vedomosti. Un refrain que l'on croit avoir déjà entendu plus à l'ouest pour justifier de restrictions contre la vape indépendante...

mercredi 21 février 2018

Faut-il avoir peur du vapotage? Six rumeurs démystifiées par la science

La presse à sensation et les sites "à click" multiplient les articles anxiogènes sur le sujet. Le Pr Martin Dockrell, directeur du programme sur le tabac du Public Health England (PHE), balaie six mythes sur le vapotage dans un article publié hier sur le site officiel de l'organe de santé publique anglais. "Il y a beaucoup d'inexactitudes et d'idées fausses sur le vapotage. Ce billet se penche sur les mythes les plus courants et présente les faits", explique t-il en s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du PHE ayant sélectionné et révisé plus de 400 études internationales sur le vapotage. 

"Malgré les sujets dans les médias parfois confus, et confondants, sur la sécurité du vapotage, il y a un consensus croissant autour des connaissances. Bien qu'il ne soit pas totalement sans risque, le vapotage est beaucoup moins nocif en comparaison du tabagisme. Cette évaluation est soutenue par nombre d'organismes clés, notamment le Cancer Research UK (CRUK), l'Action on Smoking and Health (ASH), le Royal College of Physicians (RCP), la British Medical Association et, récemment, un important organe scientifique américain, la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine", rappelle en préambule le Pr Martin Dockrell.

Mythe 1 : la "maladie du pop-corn"

C'est la rumeur préférée des sites sensationnalistes. A l'origine de la rumeur, des ouvriers d'une usine américaine de pop-corn, utilisant massivement du diacétyle pour parfumer leur produit d'une saveur beurrée, ont été atteints à l'orée des années 2000 de bronchite obstructive, une maladie pulmonaire très rare. "Bien que le diacétyle est désormais interdit comme ingrédient des liquides de vapotage au Royaume-Uni, il a été détecté par le passé dans certains arômes d'e-liquide, mais à des niveaux cent fois inférieurs à ceux de la fumée de cigarette. Or même à ces niveaux, le tabagisme n'est pas un facteur de risque majeur pour cette maladie rare", précise le Pr Dockrell. En fait, les cas de malades liés au diacétyle ont été exposé à des doses des milliers de fois supérieures à celle détectées dans les "pires" liquides de vapotage avant l'entrée en vigueur des normes européennes. Contrairement à un mensonge colporté par des sites douteux, aucun cas de malade n'est apparu.

Mythe 2 : l'absence de réglementation et de connaissance

Dans l'Union Européenne (UE), l'implémentation au niveau national des articles relatifs au vapotage de la directive sur les produits du tabac (TPD) dote les pays d'une réglementation. "Les produits de vapotage sont soumis à des normes minimales de qualité et de sécurité, ainsi qu'à des exigences d'emballage et d'étiquetage pour fournir une information nécessaire aux consommateurs pour faire des choix éclairés", précise le PHE. Si ces normes et obligations d'avertissements sont discutables, c'est plutôt par excès de principe de précaution. La composition et un ensemble de tests des produits mis sur le marché sont obligatoirement notifiés aux autorités de santé, l'Agence des médicaments et des produits de santé (MHRA) pour le Royaume-Uni. C'est aussi le cas en France, même si la Ministre de la santé ne semble pas au courant.

Mythe 3 : la peur de la nicotine

"Quatre fumeurs sur dix croient à tort que la nicotine cause la plupart des cancers liés au tabagisme, alors que les preuves scientifiques montrent que la nicotine ne comporte qu'un risque minime pour la santé", souligne le Pr Dockrell. La nicotine fait partie des raisons de fumer, mais ce sont les milliers de substances chimiques produites dans la combustion du tabac qui sont les causes de maladies. "Le vapotage ne dégage pas de goudron ni de monoxyde de carbone, deux des éléments les plus nocifs de la fumée de tabac. Il contient certains produits chimiques trouvés dans la fumée de tabac, mais à des niveaux beaucoup plus bas", explique le responsable du PHE sur la base des recherches scientifiques.



Mythe 4 : le spectre du vapotage passif 

Le tabagisme passif est nocif. Même sans fumer soi-même, inhaler dans un lieu clos la fumée de cigarettes a des conséquences sanitaires. C'est la raison justifiant les interdictions de fumer dans les lieux publics fermés et les lieux de travail. "Ces lois ne couvrent pas le vapotage et les organismes sont libres d'établir leurs propres règles sur l'utilisation du vapotage dans leurs locaux", rappelle le PHE concernant le Royaume-Uni. Contrairement aux cigarettes, qui se consument entre deux bouffées émettant ainsi l'essentiel (environ 85%) de ses rejets dans son environnement proche, il n'y a pas d'aérosol émis directement dans l'atmosphère par la vape. Seul est rejeté l'aérosol expiré par le vapoteur, qui en a absorbé la majeure partie des substances. "Le dernier examen des données de PHE montre qu'à ce jour, aucun danger pour la santé n'a été identifié pour l'entourage", souligne le Pr Dockrell. Précisant cependant que des personnes souffrant d'asthme ou d'autres affections pulmonaires peuvent être sensibilisés aux irritants dans l'air. ce qui peut inclure le vapotage.

Mythe 5 : la "théorie de la passerelle" du vapotage amenant les jeunes au tabagisme

Des jeunes expérimentent le vapotage. Mais la plupart ne font qu'essayer et ne l'adoptent pas. "Notre rapport n'a trouvé aucun élément pour soutenir l'inquiétude que le vapotage serait une voie vers le tabagisme pour les jeunes. Les enquêtes britanniques montrent que les jeunes expérimentent le vapotage mais son usage régulier est rare et confiné presque entièrement à des jeunes déjà fumeurs. Tandis que le tabagisme des jeunes au Royaume-Uni continue de baisser", résume clairement le spécialiste de santé publique.

Mythe 6 : le vapotage est un cheval de Troie de Big Tobacco pour maintenir le tabagisme

C'est une théorie du complot très répandue chez les opposants à l'approche de réduction des méfaits. Certains allant jusqu'à prétendre que le vapotage empêche d'arrêter de fumer. "Il n'y a actuellement aucune preuve suggérant que le vapotage encourage les gens à continuer de fumer - les données au Royaume-Uni suggèrent le contraire", démystifie le Pr Dockrell. Plus de la moitié des 2,9 millions de vapoteurs britanniques actuels, soit environ 1,5 millions ont totalement arrêté de fumer. Auxquels s'ajoutent plus de 770'000 personnes qui ont arrêté de fumer puis arrêté de vapoter. "Dans le même temps, les taux de réussites de sevrages tabagiques ont augmenté et nous constatons une accélération de la chute du taux de tabagisme, qui atteint un record du niveau le plus bas à 15,5% de fumeurs [de plus de 15 ans] en Angleterre", insiste le responsable du PHE. 

Le Pr Dockrell conclue cette brève démystification des fausses rumeurs les plus répandues dans les médias et internet: "En résumé, le vapotage et les cigarettes ne sont pas similaires et ne doivent pas être traitées de la même manière. Il est important que les sept millions de fumeurs anglais aient conscience de ces différences et puissent avoir une information adéquate pour faire leurs choix de santé. Le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il ne comporte qu'une fraction du risque du tabagisme et il aide des milliers de fumeurs à s'en sortir et rester non-fumeurs".


dimanche 18 février 2018

[Ristrett'] Nouvelle position de l'American Cancer Society: reconnaissance du vapotage comme réduction des méfaits

C'est encore loin d'un soutien à une approche conséquente de réduction des méfaits, mais l'inflexion est significative. La nouvelle position de l'American Cancer Society (ACS) sur le vapotage recommande aux cliniciens de soutenir toutes les tentatives d'arrêt de fumer, y compris celles s'aidant du vapotage. Cependant, l'ACS privilégie toujours les produits pharmaceutiques. "Certains fumeurs, malgré les conseils fermes du clinicien, n'essaieront pas d'arrêter de fumer et n'utiliseront pas les moyens de cessation approuvés par la FDA. Ces personnes devraient être encouragées à adopter la forme de produit du tabac la moins dangereuse possible. le passage à l'usage exclusif au vapotage est préférable à la poursuite de la fumigation des produits combustibles", explique le communiqué de l'organisation publié ce 16 février. Classée parmi les dix organismes de charité les plus populaires aux Etats-Unis. l'American Cancer Society, bien que critiquée pour ses liens avec l'industrie pharmaceutique et les salaires plus que confortables de ses dirigeants, est très influente.

Interdire et abandonner ou détourner et accompagner?

On notera évidemment que l'ACS maintient l'idée que le vapotage est un produit de tabac, alors qu'il n'en contient pas. Mais elle reconnait aussi le point sanitaire fondamental de l'absence de combustion contrairement aux cigarettes. Malgré cette avancée scientifique, l'ACS reste campée sur une position anxieuse sur le volet de la réglementation. "L'ACS recommande fortement que tous les efforts soient faits pour empêcher l'initiation des cigarettes électroniques par les jeunes", insiste l'ACS. Bien que le tabagisme adolescent américain soit en chute libre depuis l'essor du vapotage, et que celui-ci soit déjà interdit de vente aux mineurs depuis mi-2016. 

Expérimenté par un grand nombre de jeunes, mais pour les 3/4 d'entre eux sans nicotine et très rarement adopté à long terme, l'irruption du vapotage depuis 2011 a accéléré la baisse du tabagisme des jeunes américains. La notion de détourner (nudge) les jeunes de la cigarette dans leur tendance forte à expérimenter ne semble pas encore faire partie de la compréhension de l'organisme anti-cancer, encore empreint de la superstition de la "théorie de l'effet passerelle". On lira avec profit l'excellente explication de Claude Bamberger, président de l'Aiduce, dans son entretien avec Vap'You sur le sujet. Mais il n'est malheureusement probablement pas lu par les responsables de santé publique américains.

[add 17h30] Le tweet de Karl Snae sur les points positifs et les lacunes et/ou erreurs de la position de l'ACS - ma traduction:
" ACS: passer au vapotage exclusif est préférable à continuer de fumer
Les faits:
a) fumer est la plus grande cause de cancer
b) cela tue 7 millions de personnes par an dans le monde
c) 98% des morts du tabagisme aux USA le sont à cause de la cigarette
d) il faudrait déterminer les risques absolus et relatifs de chaque produit et...
e) en informer aussi le public et...
f) suivre les effets à long-terme
Mais... les autres faits:
1) l'addiction aux cigarettes ne provient pas de la nicotine seule
2) la vape n'est PAS un produit du tabac
3) le double usage est une situation temporaire et accroît le taux d'arrêt
4) la vape n'amène PAS à fumer, au contraire elle en fait SORTIR
5) la FDA ne devrait pas réguler les produits de tabac et le vapotage de la même façon
6) réduire la nicotine est plus susceptible d’accroître les méfaits qu'une solution viable car...
7) les méfaits ne sont pas causés par la nicotine mais par la fumée "


vendredi 16 février 2018

Monitorage Suisse: le tabagisme des 15-25 ans augmente, avec 38% des jeunes romands fumeurs tandis que le vapotage reste anecdotique

En Romandie, 38,1% des jeunes de 15 à 25 ans sont fumeurs, selon le rapport du monitorage suisse des addictions consacré à cette question publié en janvier. A l'échelle nationale, la prévalence tabagique de cette tranche d'âge aurait augmenté, passant de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. En moyenne, les plus de 3'000 jeunes questionnés par téléphone déclarent fumer 13,3 cigarettes par jour. Comme tout sondage, cette enquête comporte les biais liés à ce type d'approche, ces chiffres sont justes des chiffres, pas forcément des chiffres justes. Bien que la moitié des jeunes fumeurs déclarent lors de l'enquête souhaiter arrêter de fumer, le vapotage n'a pas pu contrer la progression du tabagisme des jeunes suisses. Les moins de 25 ans sont nombreux à expérimenter le vapotage, mais "toutefois, peu d’entre eux l’utilisent régulièrement", explique la fondation Addiction Suisse, mandatée par la confédération pour ce monitorage. 

Plus de 32% des 15-24 ans ont essayé le vapotage au moins une fois dans leur vie, mais aucun jeune de 15-19 ans et seuls 0,2% des 20-24 ans déclarent en faire usage au quotidien. Le rapport spécial sur le vapotage du monitorage, daté d'août dernier, montre que dans l'ensemble un peu plus de 2% des jeunes  vapotent occasionnellement. Rappelons qu'en Suisse, la vente de liquide avec nicotine est interdite (même aux majeurs). La progression du tabagisme des jeunes suisses se démarque nettement de la chute constatée dans les pays respectant le droit humain à l'accès aux moyens de réduction des méfaits. 

Jeunes fumeurs en hausse en Suisse, en chute au Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les statistiques montrent que dans la période 2010 à 2016, le tabagisme des 18-24 ans a chuté de 7 points, passant de 26% à 19%. Un quart de fumeurs britanniques de cette tranche d'âge en moins. La même tendance se dessine aux Etats-Unis où le tabagisme adolescent atteint le niveau historiquement le plus bas jamais enregistré. De 15,8% en 2011, le tabagisme a chuté à 9,3% chez les 17-18 ans américains en 2016. Lorsqu'en Suisse, le tabagisme des 15-24 ans a progressé de 2 points, de 29,6% à 31,6% entre 2011 et 2016. Les auteurs du rapport supposent qu'un décalage s'opère ces dernières années repoussant l'âge d'entrée dans le tabagisme. En regardant les données, les indicateurs paraissent assez fluctuants d'une année sur l'autre et cette hypothèse me semble demander confirmation.

Augmentation de l'usage du tabac à rouler

A défaut d'utiliser le vapotage pour éviter le tabagisme, les jeunes suisses se tournent de plus en plus vers le tabac à rouler. La part de fumeurs quotidiens utilisant exclusivement du tabac à rouler a atteint 13% en 2016, contre 7,8% en 2012. A leurs côtés, 23,2% d'usagers combinent tabac à rouler et cigarettes. La pression économique, même si le prix des cigarettes n'a pas augmenté récemment, est probablement une raison de cet usage du tabac à rouler bien moins onéreux.

En creux se dessine aussi l'effet pervers du contenu des campagnes de prévention actuelles chez les adolescents. Ces dernières années, elles se sont axées essentiellement à répandre la peur et faire l'amalgame du vapotage au tabagisme, dans une négation de toute approche de réduction des risques. Sans surprise, ce travail de brouillage d'information sur les risques relatifs provoque une promotion indirecte des produits les plus nocifs  et accompagne les jeunes vers le tabac à rouler plutôt que le vapotage. La Ligue Pulmonaire suisse avait fait un communiqué de triomphe indécent de cynisme à l'annonce de la bonne tenue du tabagisme face au vapotage à l'été 2016, moment de cette enquête. Les chiffres sur cette génération de jeunes confirment les perspectives réjouissantes pour les ventes de médicaments de ses sponsors.

Dans les autres produits de tabac à fumer, les cigares, cigarillos et pipe sont d'utilisation très marginale chez les jeunes suisses. Concernant les produits de nicotine non fumés, 7,4% des jeunes de 15 à 25 ans déclarent en avoir utilisé, dont le tabac à priser au moins essayé par 5,4% d'entre eux. L'usage du snus - bien que sa version suédoise à nitrosamines réduites bien moins dangereuse soit encore interdite de vente en Suisse - a été essayé par 2,3% des jeunes, la chique par 0,4% et les gommes nicotinées par 0,1%.

Des jeunes objets ou sujets ?

Les jeunes ont du répondre à des questions d'ordre disciplinaire et comportementaux, sur la tolérance ou non de fumer au domicile ou au travail, sur le tabagisme des proches et des amis, etc. Les auteurs soulignent que 38% disent avoir reçu au moins un cadeau promotionnel en rapport avec le tabac. En détail, pour 83,1% d'entre eux ce sont des briquets ou des allumettes et 28,7% des cigarettes.

Hormis ces questions de comportements, aucune indication sociologique, y compris de statut de classe sociale, n'est présentée dans le rapport sur le tabagisme des 15-25 ans. Le profil social des jeunes fumeurs reste un mystère. Etant donné l'énorme fossé entre groupes sociaux défavorisés et ceux détenteurs de capitaux sociaux, culturels et financiers sur la question du tabagisme, cette lacune rend le rapport peu utile pour éclairer une politique de santé publique sur le sujet. A fortiori dans un pays pratiquant une sélection stricte tôt dans la formation entre futurs ouvriers, employés et cadres.

Par ailleurs, l'absence de thématisation d'appréciation subjective de qualité de vie, de sentiment de réalisation, pourtant à un âge critique sur les orientations, est un autre manque troublant. Alors qu'une enquête du Health Behavior in School-aged Children (HBSC), publiée d'ailleurs par Addiction Suisse en avril 2017, montre une corrélation entre stress scolaire et tabagisme chez les moins de 15 ans suisses. Le rapport sur les 15-24 ans esquisse des jeunes simples objets répondant aux stimuli réglementaires et publicitaires, ce point correspondant au soucis politique actuel d'Addiction Suisse engagé pour l'interdiction de la publicité des produits du tabac.

Politique d'autruches irresponsables

La question de la construction d'une culture de réduction des méfaits reste le grand tabou refoulé des organisations bureaucratiques du domaine en Suisse. Abandonnant de facto les jeunes à eux-mêmes derrière l'excuse de l'interdit, posture d'autruche irresponsable élevée au rang de dogme de politique de santé. Aux acteurs de terrain de prendre en charge, dix ou vingt ans plus tard les victimes de cet enfumage au monoxyde de carbone.


jeudi 15 février 2018

Guerre commerciale, propagande puritaine ou hystérie américaine? L'étrange suite au hoax des souris, vape et cancer

Le 7 février en quelques minutes, des messages très inquiétants ciblant les jeunes sont apparus sur les forums, groupes de chat et les réseaux sociaux américains. Une semaine après le hoax sur les souris, la vape et le cancer, le principal texte diffusé raconte qu'un garçon de 19 ans, par ailleurs jamais fumeur, aurait eu un cancer des poumons diagnostiqué après une année d'utilisation de la vapoteuse Juul. Le bombardement de ces messages affirmant que "des ados ont le cancer en ayant uniquement vapoter la Juul" semble avoir pour origine les campus universitaires de l'Université de San Francisco (UCSF), New York (NYU) et de l'Iowa. Matt McDonald du site d'information the Tab, qui révèle l'opération, a préféré interroger le Dr Kien Vuu. "C'est très improbable que vapoter la Juul [ndr. les américains disent "juuler"] ait un effet cancérigène à si court terme qui puisse causer un cancer aussi tôt chez une jeune personne. Il y a normalement un temps de délai entre l'exposition à un cancérigène et l'apparition du cancer", confirme le professeur de médecine à l'Université de Los Angeles.

Même son de cloche chez l'auteur de l'étude sur les souris qui a fait le very bad buzz de l'AFP le 1er février. "Je ne suis pas médecin, mais il est bien connu que les cancers des poumons induits par la fumée de tabac prennent des années à se développer", explique Moon-Shong Tang, de l'Université de New-York. Avant de préciser au Tab: "Je n'ai connaissance d'aucune publication qui établisse une relation entre le vapotage et le cancer des poumons". Ce qui inclue évidemment sa propre étude publiée dans le PNAS, dont l'AFP a donné un compte-rendu mensonger et non corrigé depuis. Etude qui n'a d'ailleurs rien à voir avec la technologie particulière de la Juul, puisqu'elle a utilisé un vieux modèle d'atomiseur de la marque Njoy, disparue depuis, couplé par ailleurs de manière incohérente à du matériel disparate.

Opération d'enfumage de puritains ou d'un concurrent cigarettier ?

Dans la foulée du premier texte sur l'improbable "juuleur" de 19 ans atteint de cancer, un autre message le 7 février du même cru annonce une épidémie de cancers chez des jeunes filles. Puis des vagues de courtes vidéos ont été lancées sur les réseaux sociaux montrant des personnes se débarrassant ou détruisant une Juul. Impossible de savoir si celles-ci sont de véritables utilisateurs de Juul terrorisés par ces annonces délirantes, des militants puritains anti-vape cherchant à créer un effet de mimétisme ou des acteurs engagés par une marque concurrente pour discréditer Juul. 

Tradition bas de plafond

Au plus, peut-on noter que si ce sont des utilisateurs de Juul, ils ne montrent pas de grande difficulté à arrêter de l'utiliser. On peut remarquer aussi le peu de conscience écologique de ces personnes qui jettent des Juul dans la nature et la stupidité de l'une d'elle tapant à coups de marteau sur le dispositif qui contient une batterie au lithium. La nature très démonstrative des images ajoutée à ce niveau de bêtise donne tout de même un indice sur le type de personnes pouvant faire cela. Si on se rappelle des mauvais canulars suisses inventant des ventes de vapoteuse à des enfants de 12 ans, on a de quoi deviner à quelle tradition idéologique appartient ce type d'enfumage. 

Habituellement, les médias se permettent les mensonges les plus grossiers sur le vapotage, sachant qu'ils ne courent aucun risque de poursuite en raison du peu de moyen financier de la branche, contrairement à d'autres type de produits. Peut-être que cela est en train de changer. La Juul a totalement rebattu les cartes depuis un an en prenant 32% du marché américain des vapoteuses prêtes-à-usage, qui était entre les mains des marques de cigarettiers, selon l'institut Nielsen. Le pod au liquide à 50 mg/ml de sels de nicotine se présente comme une manière efficace et pratique d'arrêter de fumer, assurant son succès fulgurant depuis son lancement fin 2015.

Des poursuites en justice ?

L'entreprise indépendante a désormais des moyens financiers plus conséquents que n'avaient jusque-là les petits producteurs indépendants du vapotage. De quoi avertir officiellement les auteurs des calomnies sur internet qu'une plainte est de l'ordre du possible: "L'affirmation circulant sur les réseaux sociaux selon laquelle des" amis "d'individus ont été diagnostiqués avec un cancer comme conséquence directe de l'usage de JUUL est sans fondement et imprudente. Pour tous nos clients, partenaires et employés qui partagent avec nous une mission importante pour améliorer la santé publique, sachez que nous allons protéger l'entreprise et nos clients et prendre des mesures légales le cas échéant".



dimanche 11 février 2018

[Ristrett'] Vigousse écrase les ragots du tabacco-journalisme Suisse

Note d'optimisme en cette fin de semaine au pays de Philip Morris et Novartis, où la chaîne du cancer est assurée de la production jusqu'au service après-vente. C'est désormais scientifiquement prouvé, il reste au moins un journal indépendant et intègre en Suisse. Il s'appelle Vigousse. Tandis que les médias du tabagisme helvètes nous ont pris la semaine dernière pour des Mickeys prêts à gober un hoax de plusieurs centaines de fois la dose quotidienne, le petit satirique romand vaporise le "cancer de la désinformation". "Les médias ont fait leurs gros titres sur une fumeuse étude proclamant que le vapotage était cancérigène. Et encore une fois, c'est du vent", croque Stéphane Babey. "Signalons en vrac quelques unes des innombrables failles", relève le jurassien, "l'échantillon est ridicule, avec dix individus testés. Les quantités de nicotine ingurgitées par les souris sont astronomiques et sans aucune mesure avec un vapotage normal".

Ce buzz qui tue s'est répandu comme la peste malgré les dénonciations de scientifiques. Mais si dans d'autres pays quelques médias consciencieux ont démonté l'enfumage, en Suisse, aucun n'avait encore osé défier cette propagande pour le tabagisme. "Le mal est donc fait et la désinformation se propage comme une mauvaise odeur de mégots froids. Pendant ce temps, les cigarettiers se frottent les mains devant cette bonne propagande gratuite offerte par la presse à sensation. De nombreux fumeurs vont renoncer à essayer le vapotage et continuer de payer leurs clopes qui, elles sont garanties 100% cancérigènes", déplore Stéphane Babey. Le numéro de l'hebdo, à la traditionnelle et inénarrable page 17, reste en vente dans les meilleurs kiosques romands jusqu'à jeudi. En plus, il y a des dessins.


samedi 10 février 2018

Vape, pneumocoque, ERS et Philip Morris: Qui est infecté?

"Il n'y avait aucune différence du niveau de récepteurs du facteur d'activation plaquettaire (PAFR) au départ entre les 11 vapoteurs et les six personnes du groupe témoin". L'étude publiée par le journal de l'European Respiratory Society (ERS) a analysé des cellules épithéliales du nez de onze vapoteurs au long cours et celles de six personnes qui n'ont jamais fumé ni vapoté. Sur les onze vapoteurs exclusifs, depuis au moins trois mois et jusqu'à huit ans pour le plus ancien utilisateur, dix vapotent au quotidien, le dernier qu'une à deux fois par semaine. Les concentrations en nicotine de leurs liquides vont de zéro à 24 mg/ml (pour trois d'entre eux). Comme le précise la citation plus haut des auteurs menés par Lisa Miyashita, de la Queen's Mary University de Londres, l'analyse ne montre à ce stade aucune différence notable entre ces vapoteurs et les jamais fumeurs ni vapoteurs du groupe témoin.

Pas de différence significative sur les principaux échantillons

Ce résultat, sur un panel très réduit de personnes, coïncide avec d'autres études montrant la réduction flagrante de problèmes respiratoires en général, et d'infections en particulier, chez les ex-fumeurs passés au vapotage exclusif. "La partie la plus pertinente de l'article concerne les cellules prélevées sur des personnes qui ne fument ni ne vapotent et des vapoteurs avant et après le vapotage. Ici, il n'y avait pas de différence dans l'expression de PAFR entre vapoteurs et non-vapoteurs dans les échantillons principaux!", souligne le Pr Peter Hajek, également de la Queens Mary University de Londres mais pas dans l'équipe de cette recherche, dans une réaction critique publiée sur le Science Media Center

Sur près de 1'000 vapoteurs, 66% de diminution d'infections pulmonaires


"Les données provenant de personnes, contrairement à celles sur des cellules ou des animaux exposés de manière très différente, ne montrent aucun signe que vapoter rende plus vulnérable à l'infection. En fait, elles pointent en sens opposé. Des travaux antérieurs suggèrent que les ex-fumeurs passés du tabac au vapotage signalent non pas une augmentation, mais en fait une diminution significative des infections respiratoires", poursuit le Pr Peter Hajek se référant notamment à une étude sur 941 vapoteurs qu'il a co-signé avec le Pr Berndt Mayer et Johanna Miler publiée en 2016 dans le Journal of addiction and therapy.

Une augmentation temporaire du récepteur du facteur d'activation plaquettaire en prise aiguë

Cependant, les chercheurs de l'étude publiée par l'ERS ne se sont pas contentés de ce résultat. Ils ont multiplié les tests après usage, ainsi que sur des cellules in vitro et des souris. "Les niveaux de RFAP dans les voies aériennes supérieures ont été mesurés chez l’ensemble des sujets. Avant vapotage (pour le groupe test), les niveaux de RFAP étaient les mêmes dans les deux groupes. Une heure après vapotage, les niveaux de RFAP avaient triplé chez les vapoteurs. Le fait que les niveaux avant vapotage ne soient pas augmentés chez les vapoteurs semble signaler que l’augmentation de l’expression de RFAP n’est pas persistante dans le temps", résume le Quotidien du Médecin en français.

Un indice indirecte


Les chercheurs publiés par l'ERS estiment cela inquiétant. "Ces résultats dans leur ensemble suggèrent que le vapotage rend les voies aériennes plus vulnérables aux pneumocoques", explique Jonathan Giggs, auteur référent de la publication. A l'opposé, le Pr Peter Hajek souligne que "l'étude a seulement noté un effet aigu transitoire après le vapotage. Il n'est pas clair de quelle manière cela peut se traduire par des effets sur la santé"

Même scepticisme prudent sur les enseignements que l'on peut tirer de cette étude, du côté du Pr Peter Openshaw, directeur du Centre sur les maladies respiratoires infectieuses de l'Imperial College de Londres. "Les résultats de cette étude sur les cellules cultivées en laboratoire et chez la souris suggèrent que le vapotage pourrait rendre les cellules tapissant les voies respiratoires plus collantes et donc plus sensibles à la colonisation bactérienne, mais ce n'est qu'un indice indirecte que le vapotage puisse augmenter le risque d'infection pulmonaire chez les humains", explique t-il aussi sur le Science Media Center.

"Cette étude ne doit pas être une raison pour continuer de fumer plutôt que de vapoter"


Le Pr Openshaw estime que cette étude est loin d'être suffisante, à l'opposé des conclusions médiatiques. "Nous avons besoin de plus amples recherches pour déterminer l'effet de vapoter sur la susceptibilité à la pneumonie en comparaison avec les fumeurs.(...) Cette étude ne devrait pas être utilisée comme une raison de continuer de fumer plutôt que de vapoter. Les preuves à ce jour sont que le vapotage est beaucoup moins nocif que le tabagisme", conclut le spécialiste. Pour sa part, le Dr Jean-Yves Nau ironise férocement sur la publication du Quotidien des médecins à propos de cette étude : "Rage: la vapeur de la cigarette électronique peut-elle la transmettre aux vapoteurs"

Autrement dit, les personnes sérieuses donnent peu, pour rester mesuré, de crédit à cette publication. De quoi se demander pourquoi l'ERS a divulgué aux médias ce message alarmiste à la mise en forme définitive sur la base de cette vague étude aux résultats trop faibles pour en tirer quelconque conclusion sérieuse? On ne sait pas.

L'ERS, la pharma et Philip Morris


On ne sait pas non plus les liens d'intérêt des auteurs, dont la déclaration ne se trouve que sur le site de la revue réservé aux abonnés. Ce qui n'est pas mon cas. Cependant, l'ERS précise dans le formulaire de déclaration d'intérêts lors de soumission que toute personne ayant reçu une allocation ("grant") depuis le 1 janvier 2000 de la part de l'industrie du tabac est exclue. Un critère dont il n'est pas très clair s'il s'applique à l'ERS même. Le listing de cinq pages (voir plus bas) des sponsors 2017 de l'ERS compte diverses entreprises, en large part du secteur pharmaceutique. Merck, Novartis, Astrazaneca, GSK, Bayer, Roche, Sanofi... etc.... et Teva Pharmaceutical.

Teva est une boite pharmaceutique israélienne dont le chiffre d'affaires annuel approche les 26 milliards de dollars. En novembre 2016, Teva a signé un accord de partenariat avec Syqe pour avoir l'exclusivité de distribution d'un intéressant inhalateur de cannabis thérapeutique. Syqe est elle-même une start-up israélienne créée en 2011 dans la banlieue de Tel-Aviv. Dix mois avant l'accord entre Syqe et Teva, en janvier 2016, Philip Morris a investis a investis 20 millions de dollars dans le capital de Syqe. C'était avant le partenariat entre la start-up et Teva, mais aussi avant le sponsoring 2017 de l'ERS par Teva. 


mardi 6 février 2018

Public Health England met à jour son rapport sur le vapotage: "C'est tragique que des fumeurs ne s'en aident pas à cause de fausses peurs"

Malgré l'intense bombardement de mensonges des lobbys du tabac et de la pharma contre le vapotage dans les médias, la Santé Publique Anglaise (Public Health England - PHE) ne désarme pas. Elle publie une mise à jour de son rapport scientifique sur la réduction des méfaits par la vape contre le tabagisme, sur la base de plus de 400 études révisées et analysées par ses chercheurs. "Vapoter est au moins 95% plus sûr que fumer. Cette estimation reste valide en se basant sur les études actuelles les plus fiables révisées par des pairs", affirment les Prs Ann McNeill, du King's College London, et Peter Hajek, de l'Université de Londres, deux des auteurs principaux de la mise à jour du rapport, dont la version précédente datait de 2015. L'absence, ou la très forte réduction de toxiques encore présents dans le vapotage, pour la plupart en deçà de 1% des limites de sécurité d'exposition au travail, assoit cette estimation prudente. "Avec les connaissances actuelles, il n'y a aucun doute que les fumeurs qui passent au vapotage réduisent drastiquement les risques pour leur santé", insistent les deux pointures scientifiques.

[add 19h15] Vap' You a publié la traduction du communiqué de presse du PHE sur son blog, à peu près au même moment que je publiais ce blog. 
add 21h30 La vidéo de 2 mn du Public Health England /

Au moins 95% de réduction des méfaits

"Notre nouvelle analyse renforce la conclusion selon laquelle vapoter comporte une petite fraction du risque de fumer, au moins 95% moins nocif, et un risque négligeable pour l'entourage. Pourtant, plus de la moitié des fumeurs croient faussement que le vapotage est aussi nocif que la cigarette quand ils ne le savent tout simplement pas", indique le Pr John Newton, responsable au PHE. "Il est très inquiétant que les fumeurs comprennent si mal encore les méfaits du tabagisme. En fumant une cigarette de tabac, une personne inhale un mélange mortel de 7'000 substances dans la fumée, dont 70 sont des cancérigènes reconnus", précise la Pr Ann McNeill. 

La nicotine n'est pas le problème

"Contrairement à ce que la grande majorité du public croit, la nicotine cause peu si ce n'est aucun mal. La fumée toxique est la coupable et cause écrasante de toutes les maladies et de la mortalité liées au tabac", poursuit la Pr McNeill. A présent, les fumeurs ont le choix, du moins en Grand-Bretagne, pour consommer la nicotine sous différentes formes à méfaits réduits, telles que les gommes, les sprays, les pastilles ou le vapotage. Même si le snus est pour sa part encore interdit au Royaume-Uni. Le rapport souligne que "l'addictivité de la nicotine dépend du système de délivrance". En se basant sur la littérature scientifique, le PHE recommande que les "politiques sur le tabac et le vapotage devraient avoir pour principe de reconnaître que l'usage de la nicotine en tant que tel présente un risque minime d'effets nocifs graves sur la santé physique et que sa dépendance dépend de la façon dont elle est administrée".

Agir sans attendre 

Face à près de 80'000 décès prématurés liés au tabagisme par an, l'organisme de santé publique britannique veut agir efficacement. En intégrant le pilier de la réduction des méfaits par le vapotage à sa politique contre le tabagisme, le Royaume-Uni a déjà fait reculer de plus de 20% le tabagisme dans sa population depuis 2011. Son taux de fumeurs est tombé à 15,5% à présent. Plus de 3 millions de britanniques adultes vapotent, soit 6% de la population. "L'usage de vapoteuse est associé à une amélioration des chances de cesser de fumer au cours de l'année et son essor coïncide avec une accélération de la chute du taux de tabagisme partout dans le pays", met en relief le communiqué du PHE. 57'000 sevrages tabagiques supplémentaires par an seraient provoqués grâce à l'apparition du vapotage en Angleterre, selon l'analyse des données du Smoking Toolkit Study présentée dans le rapport. 

Tragédie de l'holocauste tabagique entretenu

Malheureusement la guerre de propagande pour protéger le tabagisme trompe une grande partie de la population. "Des milliers de fumeurs croient à tort que le vapotage est aussi nocif que fumer. Près de 40% d'entre eux n'ont même pas essayé une vapoteuse. Il y a beaucoup de méconnaissance dans le public. Moins de 10% des adultes savent que la plupart des effets néfastes du tabagisme ne sont pas causé par la nicotine", déplore le PHE. Une méconnaissance cultivée pour le malheur des victimes. "Il est tragique que des milliers de fumeurs qui pourraient cesser de fumer à l'aide du vapotage en soient repoussés à cause de fausses peurs sur sa sécurité", alerte le Pr John Newton.

Le tabagisme adolescent en chute libre

Autre fantasme répandu par les médias du tabagisme, les craintes que le vapotage amène les jeunes au tabagisme sont dénuées de fondements réels. "Au Royaume-Uni, les études montrent clairement que l'utilisation régulière de vapotage chez les jeunes n'ayant jamais fumé demeure négligeable, bien en dessous de 1%. Tandis que le tabagisme adolescent continue de diminuer à un rythme encourageant. Nous devons suivre de près ces tendances, mais jusqu'à présent, les données suggèrent que le vapotage n'est pas un chemin vers le tabagisme chez les jeunes", explique la Pr Linda Bauld, spécialiste de la question à l'Université de Stirling. A la vieille "théorie de la passerelle", dont la validité n'a jamais été démontrée pour quelque domaine que ce soit, l'analyse des chercheurs propose de substituer une approche au potentiel explicatif plus développé sur les facteurs de "susceptibilité commune". 

Cigarette chauffée encore méconnue

Concernant l'apparition des cigarettes dites chauffées-non-brûlées, le PHE constate le manque flagrant d'études indépendantes fiables disponibles à leur sujet. "Sur les 20 études inclues dans notre rapport, 12 ont été financées par les compagnies manufacturières. Il y a donc une lacune de recherches indépendantes", souligne le rapport. Difficile dans ces conditions de prononcer un quelconque avis éclairé sur les différents modèles commercialisés par les grandes firmes cigarettières. "Les connaissances limitées des émissions dans l'environnement des produits de tabac chauffé suggèrent que ceux-ci exposent à plus de risques que le vapotage, mais des recherches plus poussées sont nécessaires pour pouvoir comparer ces produits", conclue notamment le rapport. 

Si la précision et le contenu des conclusions sur les cigarettes chauffées souffrent du manque de recherche sur le sujet, les quelques 250 pages du rapport sont largement plus explicites, précises et solides à propos du vapotage. A l'opposé de la démission irresponsable et lâche des autorités sanitaires de différents pays laissant la voie libre aux mensonges morbides des lobbyistes du tabagisme, le Public Health England signe un rapport solide, courageux et intelligent pour continuer de soutenir le mouvement vers la minimisation des méfaits de la consommation de nicotine mené par les usagers du vapotage depuis bientôt une décennie. De nombreux aspects détaillés de l'étude méritent plus amples développements dans de futurs billets.


Naissance de l'association des vapoteurs ANPVU en Italie

"Ce 18 janvier est née l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU)". L'éclosion de l'organisation de défense des intérêts des usagers arrive dans un contexte très hostile au vapotage en Italie. Ces derniers mois ont vue les autorités coordonner une offensive conjuguant taxes prohibitives, restriction des lieux de ventes physiques et interdiction de vente à distance de liquides, désormais soumis au Monopole des douanes. Une guerre au vapotage qui fait le jeu des cigarettiers et du tabagisme. A l'opposé de cette politique morbide, la nouvelle association oriente sa démarche sur le terrain d'une approche de réduction des méfaits. "Nous voulons simplement être une association composée uniquement de vapoteurs: des gens qui partagent le même intérêt et la même passion. Son objectif principal est d'aider les fumeurs à cesser de fumer en entrant dans le monde des vaporisateurs personnels", explique le communiqué de l'association, repris notamment par le site SigMagazine.

Engagement social : la réduction des méfaits par l'exemple

La nouvelle organisation des vapoteurs en Italie insiste sur l'alternative au tabagisme que constitue le vapotage mais également sur son contenu social et communautaire porteur d'entraides et d'auto-soutien. "En Italie, sur les 11 millions de fumeurs estimés, plus de 7 millions ont essayé au moins une fois d'arrêter sans succès. Les nouvelles technologies du vapotage sont une opportunité de changer ces statistiques de santé en offrant une alternative beaucoup moins nocive que les cigarettes", souligne Carmine Canino, le Président nouvellement élu de l'ANPVU. L'association se réfère aux travaux scientifiques, dont les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of Physicians, mais aussi aux scientifiques italiens tels que les Prs Polosa, Beatrice, Tirelli et le regretté Veronesi, membres de la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF), pour appuyer le bien fondé de la minimisation des méfaits du vapotage contre le tabagisme.

Défense politique

"L'intention et l'espoir de l'ANPVU est de voir enfin l'Etat italien approuver et partager les politiques du Royaume-Uni où le vapotage est promu et encouragé par le Ministère de la Santé", soulignent les sept membres du comité de l'association. Dans cette perspective, l'ANPVU entend tisser "des échanges et un dialogue constructif"  avec les institutions et les différentes parties impliquées, notamment en respectant pleinement les objectifs des autres associations. Dans son manifeste, l'association précise un de ses objectifs à court terme: "la rectification ou l'abolition de la taxation actuelle".

L'avis de naissance de l'organisation de défense spécifiquement de vapoteurs en Italie était fortement espéré, après la première tentative avortée de l'association Vapit. Alors que l'Italie faisait partie en 2013 des pays d'avant-garde de la réduction des méfaits contre le tabagisme avec le vapotage, les attaques particulièrement violentes du Gouvernement ont poussé les 3/4 des commerces de vape à fermer, passant de plus de 4'000 à un millier aujourd'hui. L'absence d'une entité spécifique de défense  des intérêts des usagers a fait défaut ces derniers mois face au nouveau durcissement législatif. Les autorités ont eu beau jeu d'ignorer les organisations de professionnels en les réduisant à des réflexes corporatistes. 

Résultat, les liquides de vapotage, y compris sans nicotine, sont taxés désormais à hauteur de 4.50€ par fiole de 10 ml, portant leur prix au dessus de 10€. D'autre part, les lieux de vente sont soumis au réseau de distribution du Monopole administré par les douanes (AAMS). La vente de liquide à distance, notamment par internet, est interdite depuis le 1er janvier, laissant orphelins les vapoteurs à l'écart des grands centres urbains. 

Information sur le vapotage

Le combat politique, à côté de recours juridiques des professionnels, sera probablement intense dans les mois à venir en Italie. Mais c'est évidemment sur la base d'un travail de fond pour construire une culture de réduction des méfaits contre le tabagisme que le mouvement des vapoteurs peut espérer s'appuyer à long terme. En ce sens, l'association met à disposition un numéro vert pour répondre aux personnes intéressées par ses activités. L'adhésion pour les membres individuels est fixée à 5€ minimum. L'ANPVU a mis en place son site internet, ainsi qu'une page Facebook. Entrée de plein pied dans la lutte pour le droit à la réduction des méfaits, elle a déjà eu à réagir au "buzz qui tue" la semaine dernière pour corriger les fausses informations diffusées aussi par les médias italiens. La Dr Francia Fortunato, du comité scientifique de l'ANPVU, a ainsi expliqué les limites de l'étude et l'absurdité des surinterprétations médiatiques qui en ont été faites. Et ce n'est qu'un début...