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jeudi 29 mars 2018

[Bref] Avant le lancement de l'Iqos à Dubaï, les autorités lancent des raids contre les vendeurs de vapote

"Les produits de tabac chauffés vont bientôt être lancés aux Emirats Arabes Unis (EAU), bien que le vapotage soit largement utilisé avec ses recharges de liquide achetées à l'étranger ou au marché noir", explique le journal the National ce matin, suite à une opération anti-vape lancée par la municipalité de Dubaï. Des magasins de tabac soupçonnés de vendre illégalement des produits de vapotage ont été la cible d'une opération policière coordonnée à l'échelle de la ville. Bien que les raids visaient spécialement les produits de vape, le bilan des saisies parait maigre sur ce volet. "Les inspecteurs de la municipalité ont saisi 30 cigarettes électroniques dans 11 points de vente", rapporte le journal local. Par contre, plus de 100 Kg de tabac illicite et quelques 200 paquets de cigarettes aromatisées, dont l'emballage n'était pas réglementaire, ont été saisis durant les descentes. 

"Cette opération est un nouveau signal que les représentants du gouvernement restent fermes dans leur position contre les solutions alternatives au tabagisme depuis qu'une taxe sur le tabac de 100% est entrée en vigueur au dernier trimestre 2017", commente le journal dubaïote. Bien que sa vente et son importation y soit interdite, le vapotage rencontre un certain succès auprès des fumeurs de l'Emirat. Dans un sondage mené par le journal the National, plus de la moitié des 600 fumeurs interrogés avait déjà essayé la vape. Cependant, 54% d'entre eux déclaraient ne pas avoir été convaincu. 

C'est dans ce contexte que Philip Morris annonce vouloir lancer son nouveau produit. "Il y a certaines exigences commerciales et réglementaires qui doivent être satisfaites avant que nous puissions mettre un nouveau produit sur le marché. J'espère personnellement que ces exigences seront satisfaites dès que possible afin que nous puissions commencer à offrir ces meilleures options aux fumeurs actuels", explique Tarkan Demirbas, vice-président local de Philip Morris à Dubaï. 


mercredi 28 mars 2018

[Bref] En Australie, fronde d'un Sénateur contre la prohibition du vapotage nicotiné du Gouvernement

La politique anti-vape australienne bénéficie au tabagisme
"Aucun projet de loi provenant du Ministre de la santé Greg Hunt ne doit passer au Sénat tant qu'il n'aura pas levé la prohibition du vapotage nicotiné". L'appel à la résistance du Sénateur David Leyonhjelm marque l'exaspération des partisans de l'approche de réduction des risques contre le tabagisme en Australie. Cet appel réagit au rapport de la Commission parlementaire sur le vapotage dont la majorité travailliste a suivi la prescription du Ministre pour refuser la légalisation du vapotage nicotiné. "Jusqu'à ce que les experts scientifiques disent qu'il n'y a aucun impact sur la santé, nous devons suivre le principe de précaution dans ce domaine", justifie Steve Georganas, rapporteur pour la majorité de la Commission, au journal the AustralianGreg Hunt, le Ministre de la santé, avait indiqué clairement les conclusions qu'il attendait de la Commission en déclarant en octobre que "jamais le vapotage nicotiné ne serait légalisé sous mon règne"

En plus de cette pression, le travail de la Commission a été entaché de déclarations erronées de Simon Chapman, Becky Freeman et Maurice Swanson, dénoncées par le Public Health England. En dissidence, trois députés sur les neuf de la Commission ont produit un rapport en faveur d'une légalisation de la vente de liquide nicotiné pour l'outil de minimisation des dommages. "Il y a des indications claires que vapoter est significativement moins nocif que de fumer. Si les fumeurs à long terme incapables d'arrêter de fumer des cigarettes de tabac passent au vapotage, des milliers de vies pourraient être sauvées", explique Trent Zimmerman, porte-parole de la Commission mais parmi la minorité favorable à la réduction des méfaits. 


L'Association australienne en faveur de la réduction de méfaits du tabac (ATHRA) déplore aussi ce rapport obéissant au Ministre. "Le vapotage a aidé des millions de fumeurs dans le monde à cesser de fumer alors qu'ils ne réussissaient pas à le faire avec les traitements conventionnels. Le rapport majoritaire a fondé sa décision sur le principe de précaution, c'est-à-dire en évitant de prendre une décision jusqu'à ce que nous ayons des preuves définitives. Cependant, cette approche ignore les risques très réels et substantiels de continuer de fumer", déclare le Dr Colin Mendelsohn dans le communiqué de l'ATHRA

Egalement membre de l'ATHRA, le Dr Alex Wodak souligne que le tabagisme ne recule plus en Australie avec la stratégie uniquement pro-abstinence actuelle. "Une évaluation modélisée suggère que la mort d'un demi-million de fumeurs australiens pourrait être évitée si la plupart des fumeurs passent au vapotage au cours des dix prochaines années", rappelle le spécialiste en addictions de l'Hôpital St Vincent de Sydney. 

De son côté, le Sénateur David Leyonhjelm a donc lancé son appel à la révolte des élus. "Continuer de refuser aux fumeurs un autre outil contre le tabagisme est immoral et hypocrite. Comment les produits à base de nicotine moins nocifs restent interdits alors que les cigarettes sont légalement disponibles en AustralieConnaissant les conséquences de la poursuite du tabagisme, il appartient au Ministre de la Santé d'examiner sa conscience et de justifier comment il peut continuer à interdire un produit potentiellement salvateur", déclare le sénateur démocrate libéral, avant de conclure frondeur: "Sinon, il doit s'attendre à ne faire aucun progrès au Sénat à l'avenir".

Add. : Du côté des usagers de vapotage, Mme Angela Gordon estime être «forcée de choisir entre le respect de la loi et notre propre vie...», citée dans un article plus détaillé sur News.com

Vidéo de 4 mn sur la prohibition du vapotage nicotiné de Legalize Vaping in Australia




lundi 26 mars 2018

[Bref] USA: le tabagisme chute à 14,1%, la FDA veut restreindre arômes et nicotine dans la vape

14,1% de fumeurs adultes américains en 2017
Le taux de fumeurs adultes américains n'a jamais été aussi bas depuis 50 ans qu'il est mesuré. Selon les données du Centre de Contrôle et prévention des Maladies (CDC) sur les trois premiers trimestres 2017, le tabagisme adulte a chuté à 14,1% aux Etats-Unis. Après une légère remontée en 2016, la chute du nombre de fumeurs a repris sa course. Depuis 2009, les fumeurs américains sont passés de 20,6% à 14,1%, soit une diminution de 31,6% en huit ans. En 2016, une légère reprise du tabagisme avait fait craindre un effet contre-productif des violentes campagnes anti-vapotage de la presse et des Etats en difficulté financière par leurs prêts liés aux ventes de cigarettes. 

Officiellement, le CDC ne reconnait toujours pas le rôle du vapotage dans le déclin accéléré du tabagisme ces dernières années. Pourtant, la vape est devenu le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé et le plus efficace employé, lorsqu'ils s'appuient sur une aide, par les fumeurs américains, selon une étude du Pr Brad Rodu. Du côté des pro-abstinences, Stanton Glantz continue d'affirmer que le vapotage empêche les fumeurs d'arrêter de fumer. En 2016, année de repli du vapotage et de hausse du tabagisme, le Pr Brad Rodu estimait, sur la base des données du CDC, à 7,8 millions le nombre de vapoteurs américains, dont 34% - 2,6 millions - ont arrêté de fumer. Il n'existe aucune estimation du nombre de personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage, puis arrêté de vapoter aux Etats-Unis.

Deux projets de réglementation de la FDA menacent la vape indépendante 

Les recharges de liquides nicotinés de vape interdites ?
Les lacunes d'études et le déni des autorités pourraient jouer un rôle important dans le cadre de deux propositions récentes de réglementation de la Food and Drug Administration (FDA). Faisant suite au plan de lutte contre le tabagisme annoncé fin juillet par Scott Gottlieb, le commissaire de la FDA, le premier projet de réglementation ne semble à première vue pas concerner directement la vape puisqu'il vise à limiter le taux de nicotine des cigarettes à un "niveau non addictif". 

Cependant, un passage du projet de réglementation, mis en ligne le 16 mars, pourrait se révéler catastrophique pour la vape indépendante. "Un autre effet possible de contrefaçon suscité par un taux de nicotine maximum aux cigarettes pourrait être que les usagers cherchent à ajouter de la nicotine en liquide ou d'autres formes à leur produit de tabac à fumer" explique la FDA pour justifier d'inscrire la prohibition de produits susceptibles de servir à cet usage. Autant dire que les recharges de liquides de vapotage nicotinés sont dans le collimateur.

Bad taste only

Le droit de vapoter seulement des arômes dégueulasses ?Attaque encore plus frontale, l'autre projet de réglementation vise les arômes dans les produits du tabac, dans lesquels la FDA inclut le vapotage. "Des recherches ont montré que les cigarettes électroniques à saveur sucrée ont un taux d'attrait plus élevé chez les jeunes que les cigarettes électroniques non sucrées et sans saveur", explique la FDA. La possibilité de soumettre un commentaire est ouverte jusqu'au 19 juin prochain. "Si les vapoteurs et les défenseurs du vapotage ne parviennent pas à trouver une réponse efficace, l'industrie indépendante du vapotage disparaîtra", s'inquiète Jim McDonald, spécialiste des questions réglementaires sur le vapotage sur le site américain Vaping360 .


vendredi 16 mars 2018

Projet loi tabac Suisse: les anti-tabac n'en veulent pas, les addictologues proposent des modifications

Les avis à la consultation publique sur l'avant-projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette électronique (LPTab), qui pourrait entrer en vigueur au plus tôt en 2022, continuent d'arriver à une semaine de la date limite (le 23 mars). Cette semaine, la Fédération des professionnels des addictions entre en discussion, tandis que les anti-tabac mainstreams rejettent le projet. Ces derniers regroupés dans 'l'Alliance pour une loi efficace sur les produits du tabac' annonce son rejet total de l'avant-projet, à l'instar de la SSPH+ mais à l'opposé de la Fédération patronale vaudoise.

[Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.]

Neinsager

Les 16 organisations anti-tabac de l'Alliance exigent qu'un nouveau projet soit rédigé intégrant "une interdiction sans faille de la publicité pour les produits du tabac englobant la presse papier et internet, y compris les réseaux sociaux, l'affichage, les cinémas et les points de vente", l'interdiction de la promotion ainsi que la mise en place de "mesures de lutte contre le commerce illicite des produits du tabac". Bien que l'Alliance ne donne pas accès à son avis in extenso, son communiqué précise que "l'interdiction complète de la publicité, de la promotion et du parrainage du tabac permettrait à la Suisse de satisfaire à une des dispositions principales de la Convention-cadre internationale de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)". Une organisation qui soutient et encourage les violations des droits humains par les dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise contre les personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage.

Un produit sans tabac, ni filtre, ni papier et surtout sans combustion

De son côté, la Fédération des professionnels des addictions, regroupant le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA), Fachtverband sucht et Ticino Addiction, se veut plus pragmatique et discute des points positifs et des choses à améliorer du projet. La Fédération accueille notamment de manière favorable "l'approbation et la régulation différenciée des liquides contenant de la nicotine pour les vaporettes, y compris les volumes maximaux de 100 ml [pour les fioles] et 10 ml [pour les atos]". Au préalable, les addictologues précisent sur ce point que le terme de "cigarette électronique" doit être éviter au profit de "vaporette", "plus à même de traduire en français l'ustensile qui permet d'inhaler de la vapeur. La vaporette n'a pas de point commun avec la cigarette (selon l'art. 2 §e de l'Otab): il n'y a ni tabac, ni filtre, ni papier et surtout pas de combustion".

Dehors, les vapoteurs

Malgré cette différence totale entre les deux objets, la Fédération des addictologues soutient l'interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés, dans l'attente que son innocuité soit prouvée pour l'entourage [!?]. Une interdiction sans fondement donc, signifiant que par défaut les utilisateurs, y compris débutants, du produit sans combustion ni tabac seraient interdits d'essayer le produit, même dans le cadre d'instruction par des professionnels de la vape ou de santé. Ils seraient également empêchés de vapoter dans les lieux publics fermés, même pour alléger le manque lors du sevrage des cigarettes. La Suisse aurait ainsi une des réglementations les plus dures en Europe contre les vapoteurs, tandis que la France a autorisé le vapotage dans les lieux publics fermés, à l'exception des lieux de travail collectifs, et que les tenanciers anglais sont libres de décider.



Pas de pub, mais de l'info fédérale

Par ailleurs, les organisations de terrain se réjouissent du projet d'enfin légaliser le snus suédois, à bas taux de nitrosamines, et l'interdiction de vente des produits du tabac aux mineurs au niveau fédéral. Ils demandent par contre à ce que soit ajouté au projet, la "restriction de toute publicité et de tout parrainage ainsi que des rabais sur tous les produits réglementés par la loi, y compris les vaporettes avec ou sans nicotine". En contrepartie, les addictologues demandent que la Confédération respecte la 'stratégie nationale addiction' et communique sur "les produits et les mesures de réduction des risques dans le secteur du tabac". En somme, plus de pub, mais de l'information à travers l'Etat. Les vapoteurs suisses attendent impatiemment la review du Vamo V5 par Michael Anderegg sur youtube.

Plus de 2 milliards de rentrées fiscales

La Fédération souligne l'absence de discussion dans le projet de loi des moyens alloués à la réduction des méfaits du tabagisme. Alors que l'Etat perçoit 2,13 milliards de Fs (en 2016) de taxes grâce au tabac, seuls 13,5 millions, soit 6,3%, sont reversés au Fonds de prévention. Pour comparaison, dans le domaine des alcools plus de 10% des recettes vont à la prévention. Enfin, la Fédération demande l'introduction des paquets neutres. 


Etude gag dans Plos-One: la vape ferait exploser le nombre de fumeurs même si la réalité montre l'inverse



Pénitence et châtiment contre les vapoteurs
Quand le réel ne correspond pas à ses attentes, le virtuel peut pallier aux fantasmes. L'équipe menée par Samir Soneji, démographe de l'Université de Dartmouth, a simulé selon le "modèle stochastique de Monte Carlo" l'impact sanitaire du vapotage sur la population. "Le modèle a estimé que 2'070 fumeurs de cigarettes âgés de 25 à 69 ans cesseraient de fumer en 2015 et resteraient abstinents pendant au moins 7 ans à partir de 2014. Le modèle a également estimé que 168'000 adolescents non fumeurs de 12 à 17 ans et de jeunes adultes âgés de 18 à 29 ans supplémentaires s'initieraient à fumer en 2015 et deviendraient éventuellement des fumeurs quotidiens de cigarettes entre 35 et 39 ans à travers l'usage d'e-cigarettes en 2014", résument les auteurs dans la revue PLoS-One. La balance entre risques et bénéfices est effrayante avec "1,55 millions d'années de vie perdus" pour la population, selon leur calcul. Les chercheurs en concluent donc que "l'utilisation de la cigarette électronique représente actuellement plus de préjudices que de bénéfices".

120 millions d'ados fumeurs sur 65 millions d'habitants selon cette simulation

Les conclusions reprisent telle quelle par le site francophone Pourquoi Docteur, qui montre décidément un certain talent pour dénicher les études les plus pourries méthodologiquement, a soulevé des doutes en Angleterre et en Allemagne. "Cette nouvelle "évaluation" est basée sur l'hypothèse bizarre que pour chaque fumeur qui utilise le vapotage pour arrêter, 80 non-fumeurs vont essayer de vapoter puis commencer de fumer. Cela va non seulement à l'encontre des données réelles disponibles, mais c'est aussi mathématiquement impossible. Rien qu'au Royaume-Uni, 1,5 million de fumeurs ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. La «modélisation» dans cet article suppose que nous aurions alors 120 millions jeunes devenus fumeurs [pour une population britannique totale d'un peu plus de 65 millons d'habitants]", pointe le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabac à l'Université Queen Mary de Londres, sur le site du Science Media Center.

La réalité infirme les théories de la passerelleA l'origine de ces résultats extravagants se trouvent deux présupposés arbitraires des chercheurs américains. "Modéliser des données est dépendant de manière cruciale des hypothèses initiales. Les auteurs font des hypothèses très spéculatives ici, en particulier sur l'effet «passerelle» chez les adolescents. Ils supposent que le vapotage conduit à fumer. Le problème, c'est que toutes ces données proviennent d'études qui ne prouvent rien de ce genre, et ils ignorent la possibilité que le vapotage puisse en réalité détourner les jeunes du tabac", souligne le Dr Lion Shahab, épidémiologiste à l'Université College de Londres (UCL). Alors que dans le réel, le tabagisme des jeunes américains est en chute libre depuis l'essor de la vape, atteignant le plus bas taux jamais enregistré, cette étude aboutit à la conclusion virtuelle et surréaliste d'une explosion de tabagisme adolescent à cause de la vape.

La négation du réel

Le second présupposé américain est l'extrême faible taux d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. "À mon avis, le choix des études par les auteurs pour justifier l'impact de l'utilisation du vapotage sur les taux d'abandon est plutôt biaisé. Dans au moins un cas, ils ont utilisé un document dont la méthodologie a déjà été fortement critiquée", relève le Dr Lion Shahab. Pourtant des analyses américaines plus sérieuses existent. Le récent bulletin de l'association Sovape en présente une du Pr Brad Rodu, sous l'oeil du Dr Philippe Arvers, montrant que les fumeurs s'aidant du vapotage ont au moins 1,43 fois plus de chance de succès que ceux empruntant une autre méthode d'arrêt. Une analyse de Daniel Giovinco, de l'Université Colombia de New-York , évaluait à 52% des vapoteurs américains a avoir arrêté de fumer en 2014-2015, les années prises en compte par la simulation de l'équipe de Samir Soneji.

Une étude-catastrophe sans science

Mais le chercheur de l'Université de Dartmouth a préféré des hypothèses aboutissant  évaluer à 2'070 arrêts tabagiques à l'aide du vapotage. Dans le réel, ce sont au moins 3,5 millions d'américains qui ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage sur les 8,9 millions d'usagers en 2016. "Si vous faites des suppositions, une approche beaucoup plus raisonnable serait de supposer que le vapotage est au moins aussi efficace que des patchs ou des gommes. C'est ce que montre la meilleure preuve provenant d'essais contrôlés randomisés. Malheureusement, les auteurs de cette étude ont modélisé en utilisant de fausses hypothèses. Sans surprise, ils ont fini avec de mauvaises conclusions", déplore le Dr Lion Shahab. "Ce modèle ne reflète que les suppositions fausses qui y sont formulées. Commencer avec les hypothèses opposées générerait le résultat inverse. Ce n'est pas une manière de faire de la recherche scientifique", renchérit le Pr Peter Hajek.

"Ces hypothèses sont critiquables", Dr Ute Mons du DKFZ

En Allemagne aussi, on se montre dubitatif face à cette publication de PLoS-One. "Les hypothèses de cette étude peuvent certainement être critiquées car elles sont extrêmement pessimistes", déclare la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) connu pour ses fortes réticences au vapotage, à die Zeit. Même Saskia Gerhard, la journaliste allemande de Zeit Online, s'étonne des a priori et lacunes absurdes de la publication américaine. "Le vapotage est significativement moins nocif que les cigarettes. Cet avantage de passer au vapotage n'est pas pris en compte dans l'étude. Dans le calcul des années de vie gagnées par les ex-fumeurs, les chercheurs incluent seulement ceux qui ont aussi arrêté le vapotage", relève Saskia Gerhard, qui a pris le temps de lire l'étude contrairement à son homologue française de Pourquoi Docteur. 

lundi 12 mars 2018

[Bref] Australie : hausse des ventes légales de tabac en 2017

Hausse de 2,6% des ventes de tabac en 2017 selon les données corrigées
Les ventes légales de cigarettes et de tabac n'ont cessé d'augmenter au cours des quatre trimestres de l'année 2017. De décembre 2016 à décembre 2017, la hausse est de 2,6% selon les données corrigées pour tenir compte des hausses de prix (voir explication) du Bureau Australien de Statistiques (ABS) [tableau 8]. "C'est un renversement inquiétant d'une tendance à long terme", commente le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste en santé publique de l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian (reproduit sur le blog du Pr Mendelsohn). Près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) de cigarettes et tabac ont été vendus légalement au cours de l'année écoulée en Australie. Le dernier trimestre frôle les 4 milliards de dollars. "Le mois de décembre a connu la plus forte hausse annuelle de ventes de cigarettes et de tabac des variations saisonnières depuis 2004", souligne Adam Creighton de l'Australian. 

Ces données ne concernent que les ventes légales, alors que la police des douanes australienne (ABF) estime à 15% la part de tabac illicite vendu sur l'île. Devant la Commission parlementaire sur le sujet, Rohan Pike, fondateur et ex-membre de la brigade spéciale tabac des douanes, évalue la part du marché noir à 30% du tabac consommé en Australie. La hausse des ventes légales en 2017 pourraient être liée à l'intensification de la lutte contre le trafic de tabac, en partie aux mains des réseaux mafieux. Mais les statistiques 2016 sur la part de fumeurs, ainsi que des relevés des métabolites de nicotine (cotinine) des eaux usées, laissaient déjà présager d'une reprise du tabagisme australien. 

Legalize nicotine for vaping"Nous devons accepter que nos méthodes punitives, taxes et contraintes contre les fumeurs, ne marchent plus. Nous avons besoin d'autres stratégies", estime le Pr Colin Mendelsohn. Alors que l'Australie détient le record mondial du prix du paquet de cigarettes le plus élevé et a imposé le paquet neutre en 2012, son tabagisme stagne depuis 2013. Malgré la panne de leur modèle 'pro-abstinence only', les autorités persistent dans le refus de toute politique de réduction des risques. "Le vapotage à la nicotine est interdit en Australie malgré les preuves accablantes de son succès à l'étranger. Les gens peuvent acheter des cigarettes mortelles à chaque coin de rue, mais ils sont interdits d'acheter légalement une alternative beaucoup plus sûre pour les aider à cesser de fumer", déplore le professeur Mendelsohn.


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Ce billet est un suivi du dossier sur la panne du modèle anti-tabac australien
et d'autres articles sur l'Australie


dimanche 11 mars 2018

Italie: la Guardia di Finanza fait une descente au Svapor Expo de Forlì

Opération policière anti-vape indépendante en Italie sans raison
Samedi à 18 heures, des dizaines d'agents de la Guardia di Finanza ont fait une descente au Svapor Expo à Forlì en Emilie-Romagna, dans le nord de l'Italie. "Des dizaines de policiers de la brigade de la finance sont entrés dans le pavillon et autant l'ont encerclé, empêchant les visiteurs d'entrer et fouillant les personnes qui sortaient ainsi que leurs voiture", raconte Stefano Caliciuri du site SigMagazine. Les agents isolent le bâtiment et commencent à saisir les liquides sur des stands. "Il n'y avait rien à faire. Ils ont tout saisi. Un millier de bouteilles entre les bases à zéro et des boosters à la nicotine. Et quelques liquides tout prêt qui était en expo, ils ont attendu la fermeture de la foire et ont démonté le stand pour obtenir les marchandises", témoigne Gregorio Lo Porto, un des exposants, ce matin au site SigMagazine. Selon le quotidien de Bologne il Resto del Carlino, la police financière dit avoir voulu vérifier la régularité des marchandises. En fait, ils ont surtout saisit des milliers de flacons de liquide se justifiant par l'obligation de paiement de la taxe anti-vape.

Mais y avait-il réellement infraction ? "Notre politique est d'utiliser les foires pour se faire connaître par le consommateur. Le prix des fioles était de 5 euros seulement car c'est le montant de la taxe. Sommes-nous libres de choisir le prix d'un produit ? Nous avons simplement donné les bouteilles en facturant seulement la taxe au client. En outre, je le répète, notre société est enregistrée, détient tous les contrats et toutes les factures, elle a un représentant fiscal en Italie", explique Gregorio Lo Porto. Le professionnel déçu de cet harcèlement infondé et disproportionné suppose une opération réfléchie à quelques semaines de l'entrée en vigueur du Monopole de distribution en mai. "La seule explication que je vois est qu'il s'agissait d'une action préméditée", regrette l'exposant qui a pu tenir son stand passablement vide à l'exposition ouverte de nouveau aujourd'hui. Le site Skyvape se montre pessimiste pour la suite: "Un épisode vraiment très triste pour la vape en Italie et qui en dit long sur les chances de survie du secteur à la lumière de ce qu'il se passe en ce moment"


lundi 5 mars 2018

Suisse: les premières prises de position à la consultation publique du projet de loi tabac LPTab ouverte jusqu'au 23 mars

Toute personne peut participer à la consultation publique du projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette-électronique (LPTab) d'ici au 23 mars. Le projet de loi et le dossier mis en consultation sont disponibles sur le site de la ConfédérationQuelques avis ont déjà été rendus publiques. Parmi ceux que j'ai vu passé, celui de la Fédération patronale vaudoise met l'accent sur la nécessité de modifier le traitement du vapotage dans la future loi, tandis que celui de la Swiss School of Public Health (SSPH+), fondation des universités sur la santé publique, appelle purement et simplement à rejeter cet avant-projet.

Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
L'avant-projet de LPTab et son rapport explicatif, ou à www.admin.ch/ch/f/gg/pc/pendent.html
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.

La position des patrons vaudois : enlever les restrictions anti-vapoteurs

La Fédération patronale vaudoise "se réjouit de ce que cet avant-projet ait été expurgé des éléments les plus inadmissibles de la première mouture, [mais] il reste problématique sur certains points et doit en conséquence être retravaillé". Parmi les points du projet de LPTab qui posent problèmes aux patrons du canton de Vaud, le traitement du vapotage. "Nous approuvons la possibilité d'ajouter de la nicotine aux cigarettes électroniques et pouvons admettre que ces produits soient réglementés dans une certaine mesure. Nous nous opposons en revanche fermement à ce qu'ils soient assimilés à des produits du tabac en ce qui concerne l'interdiction de consommation dans les lieux publics, ouverts
au public et sur les lieux de travail. On ne saurait admettre pareille restriction sur la seule base du principe de précaution, alors que les effets sur la santé à long terme de ces nouveaux produits sont inconnus, mais que ces derniers sont d'ores et déjà reconnus comme moins nocifs que les produits du tabac destinés à être fumés et ainsi considérés par certains milieux de la prévention comme un moyen de sevrage tabagique. Il est par ailleurs absurde de soumettre à la loi sur la protection contre la fumée passive des produits qui ne dégagent précisément pas de fumée"

Aux yeux de la Fédération patronale vaudoise, le projet de LPTab est si peu différencié entre vapotage et tabagisme qu'une telle loi provoquerait probablement l'inverse de ce qu'elle prétend. "Soumettre la cigarette électronique aux mêmes restrictions que les autres produits du tabac pourrait ainsi faire renoncer certains fumeurs à se tourner vers un produit reconnu comme moins nocif, ce qui irait à l'encontre de l'objectif avancé de protection de la santé. Ces considérations relatives à la cigarette électronique avec nicotine valent a fortiori pour les produits sans nicotine, dont on a indiqué plus haut qu'ils devraient être exclus du champ d'application de la LPTab".

En dehors du mauvais traitement du vapotage, la Fédération patronale s'oppose "à l'interdiction de publicité [des produits du tabac] dans les publications gratuites, de même que sur internet, sous réserve des sites visant spécialement les jeunes, par exemple les sites de jeux vidéo", ainsi qu'à "l'interdiction de mentions telles que «légères», «mild», «bio», «naturel» ou «sans additifs», qui peuvent être strictement factuelles et ainsi parfaitement véridiques. Seules les mentions trompeuses et mensongères doivent être prohibées", et enfin "l'interdiction de mentionner la teneur en nicotine, goudron et monoxyde de carbone sur les emballages des produits du tabac à fumer et sur les produits eux-mêmes est tout bonnement incompréhensible".

La position universitaire: rejet total de ce projet

Autre analyse du côté de la SSPH+, le regroupement des instituts universitaires sur la santé publique, qui ne mentionne à aucun moment explicitement la question du vapotage ni du snus. La prise de position demande le renvoi pur et simple de l'avant-projet de loi, à l'initiative du Pr Dominique Sprumont avec le soutien de Matthias Egger, Jean-François Etter, Claude Jeanrenaud, Joachim Marti, Suzanne Suggs, Thomas Zeltner et du président de la SSPH+, Milo Puhan. "Conformément aux dernières connaissances sur la nocivité du tabac et sur les mesures à prendre afin d’en limiter les effets en protégeant les droits des fumeurs et des non-fumeurs, en particulier les enfants et les jeunes, l’AP-LPTab, tel que mis en consultation, ne permet pas d’atteindre l’objectif fixé en son article premier", explique les universitaires se référant au but de protection de la population des produits du tabac. Pour ceux-ci, cette protection sanitaire nécessite le bannissement de la publicité des cigarettes pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes. 

Dans la même logique, l'avis réclame la mise en place du paquet neutre et l'interdiction de sponsoring des activités sportives et culturelles par l'industrie du tabac. "La protection du consommateur ne passe pas seulement par l’information et les interdictions. Il y a des mesures concrètes à adopter d’ordre structurel par exemple en termes de taxation, d’incitation et d’aide à la désaccoutumance, d’éducation, de campagnes médiatiques, de vente aux mineurs, de composition des produits [etc.] (...) Les fumeurs ne doivent pas être stigmatisés. Ils doivent pouvoir vivre leur choix de manière à ne pas interférer avec les droits des non-fumeurs mais ils doivent aussi bénéficier des moyens adéquats pour pouvoir lutter contre leur addiction. Loin de défendre la liberté des consommateurs, comme le soutiennent les promoteurs de l’AP-LPTab, ce texte limite fortement leur faculté d’exercer leur libre choix et protège les seuls intérêts de l’industrie du tabac", argumente l'Institut de santé sans mentionner concrètement, ni les écarter, de mesures pour soutenir et promouvoir les moyens de réduction des méfaits et de sortie du tabagisme tel que le vapotage.

Enfin, les chercheurs souligne la nécessité à leurs yeux d'un système de traçabilité des produits du tabac pour déjouer le marché parallèle et assurer un développement durable. Selon les universitaires, "on ne réduit pas forcément les coûts de la santé à long terme en réduisant le tabagisme, mais réduire le tabagisme à travers des mesures fondées sur les preuves est une manière efficiente d’améliorer l’état de santé de la population".

D'autres prises de position vont suivre ces prochaines semaines, au fur et à mesure que la date limite du 23 mars se rapprochera. Espérons qu'elles seront plus conséquentes et fouillées pour tracer une perspective globale intégrant les approches de réduction des méfaits...



dimanche 4 mars 2018

Sommet mondial 'tabac ou santé' à Cape Town: les pays du Sud méritent-ils l'accès à la réduction des méfaits ?

La semaine prochaine, la 17ème World Conference on Tobacco Or Health (WCTOH), conférence mondiale Tabac Ou Santé, se tiendra à Cape Town en Afrique du Sud. Le sommet, organisé avec l'appui financier du milliardaire américain Michael Bloomberg, accueillera cadres d'ONG, scientifiques, bureaucrates de la santé publique, journalistes et les leaders de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Tedros Adhanom, le nouveau directeur général éthiopien de l'OMS, sera la guest-star de l'événement mercredi, aux côté de l'incontournable Vera daCosta, la toute-puissante directrice brésilienne du bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Mais en dehors de narcissiques auto-célébrations, que peut amener ce sommet pour réduire le fardeau sanitaire du tabagisme? La question se pose mondialement évidemment. 

Le monde en une seule dimension

Et donc aussi pour les pays du sud - ou en développement ou émergents selon les fluctuations de vocabulaire ou, de manière plus réaliste, à faible PIB -. Le programme montre que l'organisation y a pensé: un atelier de "training" dédié aux journalistes africains est agendé en pré-ouverture du sommet. Des conférences sont axées sur les situations en Afrique ou en Asie... Mais globalement, l'approche de la question est unidimensionelle. "La plupart du temps à cette conférence sera consacré à des politiques conçues uniquement pour cibler l'industrie du tabac plutôt qu'à des stratégies de santé publique innovantes pour s'attaquer au problème de santé publique du tabagisme", observe Gregory Conley, Président de l'American Vaping Association (AVA), dans une tribune sur City-Press

12 minutes

On ne peut pas contredire Greg Conley au regard du programme. J'ai cherché les interventions susceptibles d'être ouvertes à la question d'approches de réduction des méfaits. J'en ai trouvé une. Douze minutes accordées à Shannon Gravely, de l'Université de Waterloo (Canada), pour présenter son étude sur les différents impacts sur le tabagisme selon les législations sur le vapotage entre 13 pays. Le communiqué de presse de l'organisation dédié à attirer l'attention sur l'atelier où se déroulera cette présentation, n'a pas même jugé utile de la mentionner (sic!). Seules les autres études présentées à cette session pour affirmer la peur du fantasme d'un effet passerelle du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes y sont mises en avant.

Il va sans dire que ces 12 minutes seront de peu de poids fasse au bombardement préalable contre le vapotage des cadres du bureau anti-tabac de l'OMS. Leur session réservée comporte notamment une intervention de l'indienne Jagdish Kaur. La responsable Asie du bureau anti-tabac de l'OMS milite officiellement depuis plusieurs mois pour que les pays asiatiques suivent les exemples Nord-Coréen et Thaïlandais de criminalisation des usagers de vapotage.


Good at home, bad for others?

La politique de haine et de répression contre les usagers de nicotine, y compris à méfaits réduits, est un des axes privilégiés à la fois par le milliardaire Bloomberg et par l'OMS, qui est d'ailleurs substantiellement financée par celui-ci. Autre financier important pour le bureau anti-tabac de l'OMS, le Royaume-Uni a pourtant opté pour une politique sensiblement différente à domicile. C'est troublant. Les dirigeants britanniques estiment-ils que la réduction des méfaits est bonne en Grande-Bretagne mais que les populations du sud ne la méritent pas ? J'ai le sentiment de voir le vieux schéma colonialiste où les prêtres intégristes sont envoyés prêcher le puritanisme aux populations indigènes.

"Trop de dirigeants de santé publique semblent être embourbés dans une pensée de groupe dépassée qui ignore les sciences émergentes. Si la conférence sur 'tabac ou santé' traite de la mort et des maladies causées par le tabagisme, les participants devraient souligner comment les fumeurs au Royaume-Uni, au Japon et en Suède exploitent la science et la technologie pour abandonner la cigarette", alerte Greg Conley dans son appel à prendre en considération la réduction des méfaits et ses usagers. 

Le culte de l'abstinence pour les autres

Malheureusement, la tribune du défenseur du vapotage a peu de chance d'être entendue par la nomenclatura anti-tabac à Cape Town. Pourtant, "ce n'est pas la nicotine ou même le tabac qui tue les fumeurs. C'est l'inhalation de monoxyde de carbone et de goudrons provenant de la combustion de cigarettes qui causent les maladies pulmonaires et cardiaques qui tuent les fumeurs. L'application d'interdictions, de réglementations et de taxes aux produits non combustibles à base de nicotine signifie simplement que davantage d'Africains continueront de fumer - et malheureusement, que davantage mourront". Mais le message de la réduction des méfaits est visiblement non grata à ce sommet anti-tabac en Afrique du Sud.


samedi 3 mars 2018

AFP & UCSF bullshit: la vape provoque t-elle des crises cardiaques avant qu'on ne se mette à vapoter ?

Le professeur poursuivi pour harcèlement sexuel par plusieurs étudiantes est toujours bien entouré
La dernière imbécillité du Pr Stanton Glantz: transformer une corrélation en lien de causalité sans même connaitre la temporalité des deux événements liés. A savoir, un lien entre crise cardiaque et vapotage dans une étude transversale (!) où il n'était pas demandé la date de l'éventuelle crise cardiaque. Autrement dit, les données recueillies dans les National Health Interview Surveys de 2014 et 2016 permettent de savoir qui a eu une crise cardiaque et parmi ceux-ci qui fume et/ou qui vapote. Mais on ne sait pas quand ces personnes ont eu une crise cardiaque. Avant ou après s'être mis à vapoter ? On ne le sait pas. La seule chose montrée par ces données est "une association significative (odds ratio=1,79) entre l'utilisation quotidienne de vapotage et le fait d'avoir subi une crise cardiaque dans sa vie". Contrairement à ce qu'affirme la dépêche de l'AFP reprise sur une série de sites putaclicks, rien ne permet d'affirmer un quelconque lien causal entre les deux événements.

Honte académique

L'AFP s'est fait une spécialité de répandre les fausses infos contre le vapotage
On ne peut pas affirmer à partir de ces données que subir une crise cardiaque amène des fumeurs à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage. Même si cela parait de bon sens, on ne peut pas l'affirmer à partir de ces données parce qu'on ne connait pas la séquentialité entre les événements recensés. Mais évidemment, on ne peut pas non plus dire à partir de ces données que vapoter provoque des crises cardiaques, dont il est possible qu'une partie (voire une très grande partie) se sont déroulées avant que les personnes ne commencent à vapoter. C'est pourtant ce qu'a fait Stanton Glantz, de l'Université Californienne de San Francisco. Bien que l'étude ne soit pas encore publiée, l'ultra anti-vape l'a présenté au congrès de la Société de Recherche sur la  Nicotine et le Tabac (SRNT) la semaine dernière à Baltimore. 

Le plus plausible: le vapotage pour arrêter de fumer après une crise cardiaque

Pour le Pr Mickael Siegel, de l'Université de Boston, il est "peu plausible que le vapotage puisse augmenter le risque de maladie cardiovasculaire au-delà du tabagisme" contrairement à ce que prétend Stanton Glantz. "Pourquoi? Parce que les effets cardiovasculaires de la fumée sature à un niveau très bas d'exposition. Cela signifie qu'il suffit de fumer déjà un peu pour fortement augmenter le risque. Mais au-delà, le risque augmente peu", explique le professeur de santé publique. Une raison pour tenter autant que possible de ne pas/plus fumer, même peu. Evidemment, l'hypothèse la plus plausible, mais ce ne peut être qu'une hypothèse, est que les fumeurs de l'enquête ayant subi une crise cardiaque ont été motivés ensuite à arrêter de fumer. "Ces dernières années, de nombreuses tentatives d'arrêt se font à l'aide du vapotage", souligne le Pr Michael Siegel. 

Stanton Glantz a raison sur un point

Célèbre pour prétendre devant ses étudiantes "pouvoir violer même la fille du gouverneur sans risquer aucun problème", le Pr Stanton Glantz semble avoir raison au moins sur ce point. Malgré les plaintes à son encontre pour harcèlements, discriminations racistes et enrichissement personnel, l'Université de Californie de San Francisco continue de le protéger et de lui assurer l'impunité.


[Bref] En Islande, la vape est "un miracle" de santé publique

En 3 ans, 10'000 islandais ont lâché les cigarettes pour la vape
Une impressionnante chute de 37% du tabagisme en trois ans. En 2014, 35'000 islandais, soit 14% de la population adulte, fumaient. En 2017, ils ne sont plus que 22'000 fumeurs, 9% des résidents de l'île, selon les dernières statistiques de la Direction de la santé islandaise«C'est miraculeux. Un tel phénomène ne peut pas être négligé», explique le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson à la presse locale (ici en anglais)"Le tabagisme est tombé comme un rocher. Nous n'avions jamais vu ça auparavant", déclare le docteur. Depuis 2008, les ventes de cigarettes se sont effondrées de 50% sur l'île, selon les chiffres officiels (de l'ÁTVR) que s'est procuré le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson. Même s'il est difficile d'établir formellement un lien de causalité, le spécialiste anti-tabac estime que la hausse de vente du snus et, surtout, l'essor du vapotage ces trois dernières années sont liés à la chute du tabagisme. "Les plus grands facteurs ont été le snus et le vapotage, qui ont clairement lessivé le tabagisme", se réjouit-il.

20'000 vapoteurs dont plus de 10'000 exclusifs

L'essor du vapotage a accéléré la tendance
Selon les chiffres de l'enquête de santé, 8% des islandais majeurs déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage en 2017"Cela représente environ 20'000 vapoteurs au total, dont la moitié au quotidien. Une augmentation d'un tiers par rapport à 2016 où ils étaient 15'000", souligne le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson au journal Vízir (en islandais)Parmi ces 20'000 vapoteurs, 48% déclarent à l'enquête de l'institut national de santé avoir arrêté de fumer, tandis que 40% vapotent et fument encore. Difficile de ne pas donner crédit au phénomène de vase communiquant entre les 13'000 fumeurs en moins depuis 2014 et les 10'000 vapoteurs déclarant avoir arrêté de fumer. 

Pas de loi anti-vape

Actuellement, l'Islande n'a aucune restriction particulière contre le vapotage. Un projet de loi voulant imiter les restrictions anti-vape européennes de la TPD a échoué au parlement l'an passé. L'audition de spécialistes de santé publique, tels que la Pr Linda Bauld ou le Pr Peter Hajek, avait convaincu les élus de prendre en compte les éléments scientifiques et la parole des usagers contre les écueils du projet de législation. Les résultats de l'enquête de santé semblent confirmer que les députés ont été bien inspirés d'écouter les défenseurs d'une approche de réduction des méfaits.