Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

jeudi 28 juin 2018

Interview: le SOS des vapoteurs face au blocus du Monopole du tabac en Tunisie

Entrevue, travaux et remise de cahiers des charges. Les premiers mois de l'année semblaient promettre une sortie de crise pour le vapotage en Tunisie. Puis le silence, la rupture de dialogue sans explication. Khaled Haddad, président de l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF) a remis le 8 février dernier un rapport pour sortir de l'impasse à M. Sami Ben Jannet, directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Mais depuis la RNTA fait la sourde oreille.

Détentrice du monopole sur l'importation et la distribution du vapotage depuis un arrêté ministériel de 2014, la régie n'importe rien, ne distribue rien et ne met aucun produit de vapotage sur le marché en Tunisie. La vape est légale, mais aucun produit n'est à disposition légalement. Les boutiques de vape sont de facto dans l'illégalité. Les douanes ont fait une série de rafles avec saisies et fermetures en 2017 et en début d'année. "Il n'y a plus de produit disponible", nous rapportait en janvier Ryad, un vapoteur de Sousse. Certains vapoteurs se sont remis à fumer, déplorait l'automne passé le site tunisien Webdo. Mais le mouvement de sortie du tabagisme par le vapotage croît en dépit de la répression. L'association ACEAF estime qu'il y a à présent près de 80'000 vapoteurs tunisiens, avec des pages dédiées sur Facebook approchant les 100'000 membres.

Aujourd'hui, Khaled Haddad de l'ACEAF lance avec cet interview un appel à l'aide pour sortir de cette situation absurde. Nouveau membre d'INNCO, le réseau international des organisation d'usagers de produits nicotinés à risque réduit, qui vient d'être autorisé par l'ONU à participer aux rencontres de haut-niveau sur les maladies non transmissibles (MNT), l'ACEAF espère attirer l'attention au-delà des frontières tunisiennes pour que ses autorités nationales prennent enfin en considération le vapotage et ses utilisateurs.

Bonjour, pouvez-vous présenter en quelques phrases l'association ACEAF ?

Khaled Haddad: Notre association est jeune, nous l'avons créé en octobre 2016. Un de ses objectifs est d'inciter des fumeurs à arrêter le tabac conventionnel en recourant à la cigarette électronique, qui est considérée comme un moyen de sevrage tabagique efficace.

Notre premier soucis est de légitimer la vente de la cigarette électronique en Tunisie, étant donné que la régie nationale du tabac (RNTA) fait obstacle à sa mise à disposition du consommateur. La RNTA détient le monopole sur l'importation et la vente sans pour autant mettre de produits sur le marché. Notre cheval de bataille est la légalisation de la vente et l’organisation du secteur et son développement.

En Tunisie, les produits de vapotage sont légaux mais pourtant, j’ai vu de nombreux usagers se plaindre de ne pas avoir accès facilement à des produits. Quel est le problème à l’origine de ce mécontentement ?

K.H.: Oui effectivement, les produits de vapotage sont légaux en Tunisie. Mais leur importation ainsi que leur vente restent néanmoins interdites en Tunisie parce qu'ils sont sous le monopole de l’Etat. Or celui-ci n'en importe pas, ni n'en vend ! C’est pour cela que les consommateurs se plaignent de ne pas avoir accès aux produits. Chose qui a permis à un marché parallèle non contrôlé de fleurir. Il y a des risques de contrefaçons et de liquides non conformes aux normes, qui pourraient nuire à la santé du consommateur.

En janvier dernier, votre association a eu une entrevue avec M. Sami Ben Jannet, le directeur général de la Régie Nationale du Tabac et des Allumettes (RNTA). Sur quoi a débouché ce rendez-vous ?

K.H.: Cette rencontre tant attendue a débouché après de longs pourparlers sur une entente entre la RNTA et l’association ACEAF concernant l’établissement par nos soins d’un cahier de charge. Celui-ci devait permettre de définir les moyens de gestion de l’activité de ce secteur, tout en préservant la qualité tant au niveau des produits que de ses moyens afin de préserver la santé du consommateur. Sachant que l’ACEAF regroupe en son sein des compétences humaines de médecin, pharmacien, laborantin et professionnel de la vape, qui permettent d'envisager la gestion de ce secteur dans les meilleures conditions.

Vous avez donc remis au directeur de la RNTA un dossier pour sortir de l’impasse actuelle. Dans les grandes lignes quelle était votre proposition ?

K.H.: Nous avons proposé un cahier de charge pour régir l’importation, prenant en compte la quantité, la qualité, les questions d'hygiène, de conditions de stockage, d'homologation (CE), de contrôle et les compétences pour le domaine. Et nous avons aussi établi un cahier de charge concernant la distribution.

Depuis la remise de ces cahiers des charges le 8 février, quelle a été la réaction de la RNTA ?

K.H.: Une stagnation complète du projet ! Malgré des rappels incessants. Cette situation a des répercussions négatives sur les professionnels du secteur et les consommateurs. Il y a des descentes de police avec saisies et fermetures de magasins. Plusieurs familles se sont retrouvées à la rue. Ce blocage entraîne la destruction d’emplois créés et favorise l’émergence d’un secteur parallèle hors contrôle. Et pendant ce temps le tabagisme continue à faire ses ravages.

Vous n’avez plus aucun contact avec la RNTA !? Vous avez une idée des raisons de ce silence ?

K.H.: Non plus de contact depuis la remise du cahier de charge. Sans aucune raison. Mais probablement à cause de la pression du lobby du tabac ainsi que la mauvaise foi de l’Etat.

Quelles possibilités s’offrent à votre association pour débloquer cette situation décevante ?

K.H.: A part le soutien de gens comme vous dévoué à la cause, nous avons épuisé les solutions à l’échelle nationale. Maintenant, nous espérons médiatiser notre cause à l’échelle internationale afin de créer une pression suffisante pour faire plier les preneurs de décision en Tunisie.

Pour comprendre les enjeux humains, quelle est l’ampleur du tabagisme en Tunisie ?

K.H.: Le tabagisme en Tunisie tue, directement ou indirectement, 40 personnes par jour, selon le principal responsable du programme national anti-tabac. Le pourcentage des fumeurs en Tunisie est de 23.5% de la population actuelle, selon les statistiques officielles de 2016. Il est a signaler que 20 % des adolescents à partir de 11 ans sont fumeurs.

J’ai vu des images de rencontres sur le vapotage où il avait pas mal de gens. Le vapotage est une alternative qui intéresse les fumeurs tunisiens ?

K.H.: Oui bien sûr et ce grâce aux efforts fournis par l’association, ainsi que ses généreux donateurs (Zazo-Vape, Vape Store El Ghazela et Smooky), malgré les difficultés que ces derniers rencontrent, et qui ne sont malheureusement pas plus nombreux.

Voulez-vous ajouter quelque chose… ?

K.H.: Nous subissons en tant qu’association des pressions de plus en plus fortes de la part de la communauté tunisienne de la vape. Nous comptons sur votre soutien ainsi que la communauté internationale afin de débloquer cette situation décevante pour nous ainsi que pour tous les vapoteurs.



INNCO autorisé par l'ONU à participer aux réunions de haut-niveau sur les maladies non transmissibles

INNCO fait partie de la liste des 181 organisations autorisées à assister et à participer aux auditions interactives de la société civile de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et à ses réunions de haut-niveau sur les maladies non transmissibles (MNT). La liste publiée le 1er juin par Miroslav Lajčák, président de l'Assemblée générale de l'ONU, anticipe la préparation de la troisième réunion de haut-niveau sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles (MNT) le 27 septembre prochain.

De Bloomberg à Helvetic Vape

Le choix des organisations autorisées par l'ONU est censé refléter la diversité des parties prenantes sur le sujet. On y trouve aussi bien l'organisation de lobbyisme de l'oligarque Michael Bloomberg que des organismes de santé comme le Cancer Research UK, ou des entreprises pharmaceutiques. On peut douter, pour le dire avec un euphémisme, de l'équilibre entre le poids des lobbys pharmaceutiques, de manière directe ou indirecte par financement, et celui des représentants d'usagers dans cette liste. Cependant, la validation de la participation d'INNCO est un premier pas pour une représentation d'utilisateurs de produits à risque réduit dans ce cadre.

INNCO, pour International Network of Nicotine Consumers Organisations, est le réseau international regroupant les organisations d'utilisateurs de produits nicotinés à risque réduit. Pour le moment, le réseau recueille au moins 34 associations de vapoteurs, de consommateurs de snus ou plus largement en faveur des produits de réduction des risques face aux produits fumés. Après son assemblée générale à Varsovie le 14 juin, quelques nouvelles adhésions sont en voie de finalisation. Des membres des cinq continents sont représentés en son sein. Au niveau francophone, les vapoteurs français par l'Aiduce, belges par l'UBV-BDB, tunisiens de l'ACEAF, suisses avec Helvetic Vape et luxembourgeois de l'IFDL participent, ainsi que la plateforme pour le dialogue et une culture de réduction des risques Sovape et les canadiens de la THRA.


mercredi 27 juin 2018

[Bref] En Lituanie, le parlement vote une taxe anti-vapoteurs de 1,20 € par fiole dés mars 2019

Les vapoteurs en Lituanie seront aussi taxés dés mars 2019, selon le Daily Finland qui reprend une brève de l'agence de presse lituanienne Elta. L'Etat lituanien prélèvera 0,12 € par mL de liquide de vapotage supplémentaires après l'adoption le 15 juin au parlement d'un amendement du Ministre des finances. Cette nouvelle taxe contre les personnes évitant de fumer à l'aide de la vape, à hauteur de 120 € par litre de liquide vapotage, est accompagnée d'une taxe beaucoup moins élevée de 68,60€ par kilo de tabac pour cigarette chauffée ('Heat-not-burn'). La Lituanie compte 29% de fumeurs selon l'Eurobaromètre de mars 2017. 

Marlboro country

La production de cigarettes est un secteur économique important pour la Lituanie. Notamment avec l'usine de Philip Morris à Klaipéda. Dés l'indépendance de la Lituanie, le cigarettier lausannois a été le premier investisseur a bénéficié de la privatisation d'une entreprise ex-soviétique en achetant Klaipéda Tobacco en 1993. La multinationale a depuis investi plus de € 200 millions en Lituanie, notamment dans une nouvelle usine dans la ville portuaire. Elle est le second contributeur en taxes du pays avec plus de € 160 millions par an versés à l'Etat balte et y emploie environ 500 personnes.

"Nos efforts pour attirer des investissements étrangers en Lituanie portent leurs fruits. Je suis heureux qu'une compagnie internationale majeure comme Philip Morris valorise l'environnement économique du pays, poursuit ses activités et ajoute un nouvel investissement qui va stimuler la production et créer de nouveaux emplois", s'enthousiasmait Evaldas Gustas, alors Ministre de l'économie le 29 décembre 2014 à la présentation du projet d'extension de l'usine Philip Morris de Klaipéda. A ses côtés, Rimvydas Punidnas, directeur de Philip Morris Lituanie, acquiesçait en soulignant le dialogue fructueux avec les institutions étatiques et l'environnement propice au business en Lituanie. Quelques jours seulement après le passage de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD) intégrant le vapotage, sous la présidence de la Lituanie. Depuis le lituanien Commissaire européen à la santé, Vyrtenis Andriukaitis, ancien ministre collègue d'Evaldas Gustas, se présente comme un farouche opposant au vapotage.

Projet européen de taxe anti-vape

Cette nouvelle décision tombe alors que la Commission européenne étudie un projet de taxe plancher pour forcer tous les pays de l'Union Européenne à taxer les produits de vape. La consultation envoyée aux associations envisage une augmentation de 20%, 50% ou 100% sur les produits de vapotage. Les associations Sovape et l'Aiduce ont refusé de collaborer à cette enquête. Une consultation publique qui offre l'option de l'absence de taxe, mais pas d'une exemption à l'échelle européenne, est ouverte à participation pour tout le monde jusqu'au 3 septembre.

Cet article participe du suivi de notre dossier sur les taxes anti-vapoteurs dans l'Union Européenne


Le Commissaire européen à la santé Andriukaitis participe t-il à la diffusion de fake news en faveur du tabagisme?

Luke Ming Flanagan n'a pas sa langue dans sa poche. Le député européen irlandais, connu pour ses positions en faveur de la réduction des risques, a demandé le 25 avril au Commissaire à la santé européen, le lituanien Vyrtenis Andriukaitis, de clarifier les choses sur le vapotage.  "Les fake news [la désinformation] sont une préoccupation majeure pour quiconque a un intérêt direct dans la démocratie. (...) Un exemple récent et potentiellement nocif concerne le vapotage (...) Actuellement, une pléthore de fausses «études»* sont largement citées dans nos médias traditionnels**, bien que ces «études» aient été démenties***", explique le député irlandais indépendant, mettant en référence l'enfumage grossier des chercheurs de Portland dans le New England Journal of Medicine, démonté par une série de scientifiques dont ceux du Public Health England (voir référence en fin d'article).

Dans ce climat de maccarthysme anti-vapotage, Luke Ming Flanagan demande à la Commission européenne de prendre ses responsabilités. "Compte tenu de ce qui précède, la Commission réexaminera-t-elle l'inclusion de la réglementation sur le vapotage dans la directive sur les produits du tabac (TPD), elle-même fondée sur des appareils obsolètes et avant les études de pointe du Public Health England (PHE), du Royal College of Physicians (UK) et du Cancer Research UK ?". Pour le dire de manière directe, le Commissaire lituanien va écouter les scientifiques ou continuer de participer à l'enfumage pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme.

Andriukaitis veut tout bloquer jusqu'en 2021 (au moins)

La réponse de Vyrtenis Andriukaitis est aussi claire que l'indépendance de son gouvernement envers la production de cigarettes et du principal acteur de la reconstruction de la Lituanie dans les années 1990' et qui en est toujours un des investisseurs majeurs, le cigarettier Philip Morris. "Etant donné l'absence de preuves concluantes concernant les effets à long terme sur la santé des cigarettes électroniques, leurs modes d'utilisation et la possibilité de faciliter le sevrage tabagique, l'article 20 de la directive adopte une approche prudente autorisant ces produits à rester disponible pour les consommateurs. La Commission surveille en permanence les développements liés aux cigarettes électroniques, y compris les preuves scientifiques émergentes. Ces informations contribueront au rapport de mise en œuvre que la Commission est tenue de présenter en 2021 conformément à l'article 28, paragraphe 1, de la directive", répond par écrit le Commissaire à la santé ce 26 juin. Une réponse aussi immuable que l'état de ses connaissances sur le sujet semble t-il.

De quoi faire sauter au plafond les scientifiques du domaine. Le Dr Riccardo Polosa par exemple, s'étonne que Vyrtenis Andirukaitis n'est pas encore pris connaissance des rapports cités par Luke Flanagan. Le rapport du Public Health England est sorti en 2015 et vient d'être mis à jour au début de l'année, celui du Royal College of Physicians, l'institution la plus en pointe sur le domaine tabagique depuis son rapport de 1962, est sorti en 2016, le Cancer Research UK multiplie les études sur le sujet...

Pourquoi le vapotage est-il assimilé à la directive sur le tabac ?

Mais Luke Flanagan ajoute un point précis à sa question du 25 avril. "Cela signifie t-il que les produits de vapotage sont considérés comme des produits du tabac, même s'ils ne contiennent pas de tabac: si c'est parce que ces produits contiennent de la nicotine, pourquoi les tomates, les pommes de terre, les poivrons, etc. ne sont-ils pas considérés comme des produits du tabac?" Réponse laconique du Commissaire lituanien: "En raison des caractéristiques des cigarettes électroniques, et en particulier de leur teneur en nicotine, il a été jugé approprié de les considérer comme des produits liés au tabac et de les inclure dans le champ d'application de la directive." Y a t-il besoin de commentaire à une réponse aussi creuse et hypocrite ?

Les références à la question de Luke Flanagan:


dimanche 24 juin 2018

Taxes tabac contre la vape: le tour des pays de l'Union européenne [MàJ]


La Commission européenne DG Taxud étudie un projet de taxe anti vape harmonisée à un taux minimal. Les pays de l'Union européenne (UE) pourraient être obligés d'ajouter une surtaxe d'au moins 20%, 50% ou 100% du prix hors taxe. Cette surtaxe est distincte de la TVA à laquelle la vape est déjà assujettie. En 2017, 89,88% des participants à la consultation publique sur un projet similaire de la DG Taxud s'étaient déclarés opposés à une taxe anti-vape. Pourtant, nous avons recensé douze treize pays de l'UE a avoir déjà mis en place une taxe punitive sur ce produit de consommation courante sans tabac ni combustion. Un tour des taxes-tabac contre les vapoteurs dans l'UE, que nous espérons complet (sous réserve). En filigrane, apparaît la question oubliée de la nouvelle consultation publique: la nécessité d'une exemption de taxe punitive à l'échelle européenne pour l'outil actuellement le plus employé par les fumeurs pour sortir du tabagisme.

[Remerciements à Christopher Snowdon, auteur du rapport Nanny State 2018 on nicotine, et à l'équipe du site Vaping Post, qui m'ont permis de trouver pas mal des infos ;) J'ajoute un grand merci aux lecteurs qui me rapportent des infos - mise à jour de la carte concernant la Suède 24-06-2018 à 15h]

Italie: record de taxe anti-vape et augmentation du tabagisme

Sous la pression de la Fédération des buralistes (FIT), le gouvernement d'Enrico Letta a instauré une surtaxe de 4 € en Italie. Son application a été renforcée par la mise sous tutelle des liquides de vapotage au Monopole d'Etat de distribution du tabac. Le nombre de vapoteurs a chuté et celui des fumeurs augmenté dépassant les 12 millions de fumeurs en Italie, selon l'Institut Supérieur de la Santé (ISS). [edit de détails, merci à Stefano Caliciuri de SigMagazine]

Grèce: record européen de tabagisme

La Grèce taxe 0,10 € le mL de liquide de vape. Le Gouvernement a décidé le mois dernier de prohiber les liquides sans nicotine, prétextant que la directive européenne ne concerne que le vapotage avec nicotine. En situation financière critique, l'Etat grec a aussi interdit l'achat transfrontalier de produits de vapotage à ses résidents alors que le pays détient le record de tabagisme en Europe. 

Chypre: taxe de 0.12 € /mL même sans nicotine

Chypre a instauré une taxe de 0,12 € par mL de liquide y compris sans nicotine en septembre 2017. L'achat transfrontalier est interdit.

Portugal: taxe anti-vape revue à la baisse mais maintient du tabagisme

Au Portugal, une taxe sur les liquides nicotinés de 0,60 € par mL en 2016, passée à 0,30 € en 2017, a tué dans l’œuf le développement de l'outil de sortie du tabagisme dans un pays qui compte 26% de fumeurs, selon l'Eurobaromètre. Une prévalence tabagique qui stagne depuis 2004 selon les services de santé portugais.

Hongrie: politique autoritaire contre le vapotage

En Hongrie, une politique draconienne contre le vapotage est en place. Monopole d'Etat de vente et une taxe punitive de 70 Florint par mL, soit 2,20 € par fiole. Le Gouvernement aurait déjà mis à l'agenda l'interdiction des arômes menthol, fruité et tabac pour 2020. La Hongrie compte 27% de fumeurs.

Pologne: 1.20 € de surtaxe par fiole

En Pologne, une taxe de 0,5 zlotys par mL est entrée en vigueur depuis le début de l'année 2018. Cette taxe équivaut à 1,2 € par fiole de 10 mL. La Pologne dépasse les 30% de fumeurs selon l'Eurobaromètre.

Le tabagisme dans l'Union Européenne selon l'Eurobaromètre 2017

Estonie : protéger les cigarettes de la concurrence de la vape

En Estonie, les autorités ne s'embarrassent pas de langue de bois. En instaurant une surtaxe de 2 € par fiole de liquide vape début 2018, le Ministre de finances Sven Svester a annoncé son objectif d'empêcher la concurrence du vapotage contre les cigarettes. Le prix d'un paquet de cigarettes est autour de 3,50 €.

Lettonie: de 0,10 €, sans nicotine, jusqu'à 1,10 € avec nicotine par fiole

En Lettonie, la taxe anti-vape est de 0,10 € par fiole sans nicotine plus une taxe de 0,005 € par mg de nicotine, soit 1 € pour 10 mL à 20 mg/mL, 0,50 € pour 10 ml à 10 mg/mL, etc. Une fiole de 10 ml  est donc surtaxée entre 0,10 € sans nicotine, jusqu'à 1,10 € à 20 mg(mL de nicotine. Les achats trans-frontaliers sont interdits.
[MàJ edit le 27-06-2018, j'avais raté la taxe au mg de nicotine, merci à Jennie ;)]

Finlande: empêcher les fumeurs de passer à des produits à risque réduit

En Finlande, seul l'arôme tabac est autorisé à la vente et une surtaxe de 0,30 € par mL de liquide, y compris lorsqu'il est sans nicotine, est prélevée. La vente par internet est interdite. Avec 20% de fumeurs, les autorités sanitaires finnoises annoncent viser l'éradication de toute consommation de nicotine (bien qu'elles taxent le liquide sans nicotine aussi !). Pourtant, la baisse progressive du tabagisme s'accompagne d'une hausse de l'utilisation de Snus, le tabac oral suédois à faible taux de nitrosamine. "Il est important d'empêcher les fumeurs de passer du tabagisme au Snus ou aux autres nouveaux produits qui émergent sur le marché", vient de déclarer fin mai Ilkka Oksala, président du groupe de travail sur la réglementation du tabac créé par le Ministère de la santé.

Roumanie: 1 € par fiole

En Roumanie, une surtaxe anti vape prélève 1€ par fiole de liquide depuis 2016. Elle a été introduite à l'occasion de l'implémentation de la directive européenne TPD. Les achats transfrontaliers sont prohibés.

Slovénie: décourager le vapotage

La Slovénie a instauré en avril 2016 une taxe de 1,80€ par fiole de liquide afin de décourager l'usage de la vape, y compris par les 28% de fumeurs que compte le pays.

Croatie: en projet

La Croatie a annoncé un projet de taxe anti-vape, mais nous n'avons pas trouvé plus d'information précise...

Suède: 1,90 € par fiole dés le 1er juillet 2018

A partir du 1er juillet 2018, la Suède introduit une taxe sur le vapotage de 2 couronnes (SEK) par mL de liquide, ainsi que sur la base nicotinée sans arôme (qui a un statut différent dans la loi suédoise...). Cela équivaut à 1,90€ par fiole de 10 mL. [ajouté le 24-06-2018 11h - Merci à Jennie pour l'info ;)]

Lituanie: 0,12 €par mL à partir de mars 2019 [MàJ]

Le parlement Lituanien a voté le 15 juin l'entrée en vigueur d'une surtaxe de 0,12 € par mL d elqiuide de vapotage à partir de mars 2019. Soit 120 € par litre, tandis que le kilogramme de tabac pour cigarette chauffée ne sera surtaxé que de 68,60 €, selon la même modification des taxes d'accises demandée à l'initiative du Ministre des finances. 

Pas de taxe mais...

Luxembourg: des frais de notification assassins

Plaque tournante de vente de cigarettes peu taxées, le Luxembourg a profité de l'implémentation de la directive européenne pour fixer en 2017 un coût de notification prohibitif de 5'000 € pour chaque produit de vapotage déclaré (y compris chaque taux de nicotine d'un même liquide !).

Irlande: le Ministère des finances espèrait une taxe

En Irlande, le Ministère des finances aimerait instauré une taxe de 0,50€ par fiole, mais le reste du gouvernement ne semble pas prêt à le suivre.

Royaume-Uni: Philip Morris demandait une taxe contre la vape en 2015

Dans sa réponse à la consultation britannique sur les taxes tabac en 2015, le cigarettier Philip Morris recommandait de "considérer l'option d'une taxation sur le vapotage" plutôt que d'augmenter les taxes sur les cigarettes. 

Suisse: hors UE, une exemption de surtaxe adoptée par le parlement en 2011

En Suisse, le parlement, contre l'avis du Conseil fédéral, a adopté en 2011 la motion Zanetti "de manière à ce que les cigarettes électroniques et les autres moyens auxiliaires de désaccoutumance au tabac ne soient plus considérés comme produits de substitution au sens de la LTab et donc ne soient donc plus soumis à l'impôt sur le tabac". Depuis, les lobbys voulant protéger le tabagisme milite pour une taxation, pour le moment sans succès.


samedi 23 juin 2018

L'administration Suisse prépare son Yalta du vapotage avec les cigarettiers sans les usagers

Au nom de la protection des jeunes, les services d'Alain Berset s'apprêtent à livrer les vapoteurs helvétiques aux cigarettiers dans une sorte de Yalta Suisse de la vape. L'Office fédéral de la Sécurité Alimentaire et des affaires Vétérinaires (OSAV) annonce, dans une mise à jour du 18 juin de sa page consacrée au vapotage, inviter "les acteurs de la branche à une table ronde début juillet". D'après nos renseignements, seuls sont conviés à ce rendez-vous pour s'entendre sur le vapotage: les grands cigarettiers et quelques professionnels indépendants. L'initiative des bureaucrates bernois suit, en en reprenant les termes, l’interpellation au début du mois du Conseiller aux Etats Joachim Eder.

Le Conseil Fédéral "est-il disposé à organiser une table ronde avec l'industrie du tabac et le commerce des produits du tabac en vue d'étendre l'autorégulation de la branche aux nouveaux produits et de convenir avec le commerce d'un âge minimal de 18 ans pour la remise de produits du tabac et de cigarettes électroniques?", demande Joachim Eder au Conseiller fédéral Alain Berset, en charge du domaine de la santé. Celui-ci n'aura pas eu le temps de répondre officiellement que son administration s’exécute déjà. Promptitude exceptionnelle dans la capitale helvétique.

L'alliance des anti-tabac et des cigarettiers

Joachim Eder, qui siège au Conseil d'administration d'une entreprise pharmaceutique avec la Conseillère nationale ultra anti-vape Ruth Humbel, cache à peine avoir préparé son interpellation en bonne intelligence avec les cigarettiers. Japan Tobacco se déclare évidemment enthousiaste. "Nous sommes tout à fait ouvert à un tel dialogue et un régime de protection des jeunes intra-industrie", affirme Kevin Suter chargé de communication de Japon Tobacco International (JTI) au quotidien gratuit suisse-allemand 20 Minuten"Voici une entreprise responsable envers la protection des mineurs", commente Joachim Eder, dans le même article. Le tout est d'avaler que le vapotage est un danger pour les jeunes tandis que la vente de cigarettes, sans restriction d'âge au niveau fédéral et fumées par un tiers des 15-24 ans, est un acte "responsable envers la protection des mineurs".

Les usagers écartés par les autorités

La couleuvre est grosse, mais l'entente entre lobby du tabac et soi-disant anti-tabac sur le dos des vapoteurs, bien assaisonnée d'enfumage par les médias mainstreams, semble réussir à la faire passer. L'OSAV va donc orchestrer le partage de la vape avec les grands cigarettiers et, pour faire bonne figure, quelques représentant de l'association des professionnels du vapotage indépendants (SVTA). Les usagers, eux, semblent avoir tout loisir d'attendre un hypothétique rendez-vous. Dialoguer avec les principaux concernés ne semble pas une priorité de l'administration Suisse. Ah oui, n'oublions, tout ça se fait au nom de la défen$e des jeunes en voulant les priver d'un moyen d'éviter de fumer... 



[Bref] L'Indonésie taxe la vape à 114% pour protéger les ventes de cigarettes

Plus de 67% des hommes de plus de 15 ans fument en Indonésie. Pour pallier au risque de sortie de cette consommation de masse, le Gouvernement indonésien a décidé d'imposer une taxe qui va plus que doubler le prix des liquides de vapotage nicotinés dés ce 1er juillet. Selon Reuters, les autorités estiment à près de 4'000 magasins de vape pour plus de 900'000 vapoteurs dans l'archipel qui compte 260 millions d'habitants. "La cible de recettes d'accise de cette année est de 155,4 billions de roupies (Rp) [soit environ 11,20 milliards de dollars]. La nouvelle taxe d'accise devrait contribuer environ de 100 à 200 milliards Rp par an", se réjouit Sunaryo, Directeur adjoint de l'Office des douanes et accises au ministère des Finances. Ses espoirs de revenus s'appuient sur un système de taxation étagé dans la directive 146/PMK.010/2017 selon des catégories de produits de vape. "Sur la base du prix soumis par l'entrepreneur, le prix le plus bas est de 10 000 Rp pour le type 'non-premium', tandis que le prix le plus élevé pour le type premium est de 120 000 Rp", explique le média local Solopos.

Le Ministre du commerce avait annoncé son objectif en novembre dernier. "Nous allons les arrêter. De cette façon, les vapoteurs devront se mettre à fumer des cigarettes", expliquait Enggartiasto Lukita, Ministre du commerce indonésien, au journal local Kompas. La taxe, qui va représenter 57% du prix de vente TTC des produit de vapotage avec nicotine, vise à "limiter le recours au vapotage" comme l'a reconnu Heru Pambudi, directeur général des douanes et de l'accise, l'an passé au Jakarta Globe. Dans un pays où le lobby du tabac est omnipotent, le "prix du paquet de cigarette est d'environ 2$", rappelle Jim McDonald, journaliste spécialiste de la question de réduction des risques à Vaping 360.

"20%, 50% ou 100% d'augmentation": les associations doivent-elles collaborer à la taxe anti-vapoteurs européenne ?

Bien que déjà rejeté par 89,9% des participants en 2017, la Commission européenne DG Taxud revient à la charge cette année pour un projet de taxe anti-vapoteurs dans le cadre de sa révision des taxes tabac. Une consultation publique de quatre pages a été ouverte sur laquelle nous reviendrons prochainement. En parallèle, la Commission a mandaté un cabinet italien d'économistes pour évaluer la réaction des consommateurs face aux divers taux de taxes envisagées sur la vape. "Ce bref questionnaire sert à recueillir des informations pour une analyse du marché de l'e-cigarette et le possible impact d'un hypothétique régime de taxe harmonisé au niveau européen", explique la lettre d'Economisti Associati. Parmi les associations contactés pour servir de sondeurs bénévoles envers leurs membres, l'association Sovape, dont je suis membre, a signifié dans une réponse publique son refus de collaborer.

Questionnaire à sens unique

"Les orientations paradigmatiques qui sous-tendent votre questionnaire ne nous semblent pas appropriées pour permettre l’expression la plus précise et intelligente des intérêts de défenseurs d’une approche globale de réduction des risques qui caractérise notre association. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas répondre aux questions posées et de vous exposer nos motivations", fixe Sovape, dont le but annoncé est "développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés". Comment exprimer cette approche à travers un questionnaire dont le seul soucis est de trouver le point d'optimisation fiscale pour les recettes des Etats sur le dos des usagers?  

Le questionnaire d'Economisti Associati propose ainsi trois scénarios aux vapoteurs: 20% d'augmentation des prix par la taxation, 50% ou 100%. Mais sur quelle base infliger une surtaxe, en plus de la TVA déjà en place, aux vapoteurs? "Nous ne comprenons pas l’origine des taux de taxation évoqués pour un produit de consommation courante, ne contenant pas de tabac et n’ayant pas l’impact sanitaire négatif des cigarettes", s'étonne Sovape. Les taxes "comportementales", qui visent à punir les mauvais comportements, sont justifiées en économie par les conséquences négatives de la consommation des produits visés, comme par exemple le tabac. Mais quand le produit permet d'améliorer la situation sanitaire et souvent sociale du consommateur, le punir se justifie t-il ? Le sujet n'est pas même évoqué par le questionnaire.

Une Europe à l'italienne?

L'association relève que le questionnaire ne permet aucune évaluation de l'impact social de l'introduction envisagée de taxe contre le vapotage. Le niveau de revenu ou même celui d'étude ne sont pas même demandé aux participants. "Évaluer les effets d’une répression taxative d’une alternative à risque réduit devrait prendre en considération son impact en termes de justice sociale", remarque l'association. "Des situations dramatiques qui nous ont été rapportées de pays ayant mis en place des taxations anti-vape, nous inquiètent", insiste Sovape. Les effets bénéfiques sur la santé, et les coûts qui sont liés, de l'arrêt du tabagisme en passant au vapotage sont tout autant ignorés par le sondage destiné aux vapoteurs. 

"La population et l’économie de l’Union Européenne souffrent de maladies, parfois lourdement incapacitantes, liées au tabagisme. Elles souffrent également d’un ensemble de troubles psychiques, de manière plus ou moins prononcée, dont une partie peut être soulagée par la consommation de nicotine. A commencer par le plaisir et la détente que procurent sa consommation. Ce sont des aspects qui nous paraissent incontournables pour évaluer avec rigueur ce dossier. Leur absence nous surprend", récapitule l'organisation qui édite un bulletin auquel contribuent des scientifiques, des acteurs de santé, des professionnels indépendants et des usagers.

L'Union Européenne veut-elle protéger son tabagisme ?

"Le risque d’une perte de confiance du public sur les motivations des autorités à introduire des taxes comportementales devrait également être évalué en cas de taxe punitive contre un produit considéré par beaucoup comme une aide à la sortie du tabagisme", pique Sovape. L'association s'étonne aussi que le message implicite d'une taxation assimilant le vapotage aux produits du tabac ne soit pas évalué. "Une telle mesure risque fortement de brouiller une compréhension claire des niveaux de risques relatifs entre les produits, et de tromper le public en assimilant le vapotage aux véritables produits du tabac. Les messages de santé publique concernant le tabagisme pourraient s’en trouver minés"

En définitive, Sovape préfére ne pas jouer le rôle d'Huggy 'les bons tuyaux' pour la Commission européenne et regrette l'absence de thématisation de mesures "pour soutenir le report modal du tabagisme vers des solutions à risque réduit dans une logique d’empowerment des usagers par les usagers, à travers leurs organisations de réduction des risques". Les élites de l'Union Européenne semblent loin, très loin, de saisir la lame de fond qui anime le mouvement de réduction des risques qui parcourt leurs populations. Des lacunes inquiétantes avant la révision de la directive sur la taxation mais aussi à quelques mois du lancement de la révision de la directive sur les produits du tabac et connexes (TPD), dans laquelle le vapotage a été mis de force en 2014.

Un dossier à suivre de près...
Résultats de la précédente consultation publique en 2017 de la Commission DG Taxud sur une taxe anti-vapoteurs



vendredi 22 juin 2018

En Italie, les usagers s'unissent en une seule association, l'ANPVU

Les associations de vapoteurs s'unissent en Italie. L'association Vapit a décidé hier de se dissoudre pour que sa quarantaine de membres rejoignent les quelques sept cents de l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU). Lydia Ojeil, jusque-là trésorière de Vapit, intègre le comité de l'ANPVU présidé par Carmine Canino. Longtemps sans organisation représentative, les usagers de vapotage en avaient deux ces derniers mois en Italie. Ce regroupement des forces augure d'une nouvelle dimension pour une organisation unitaire des usagers dans la botte. Un peu plus tôt ce mois, l'adhésion de l'ANPVU à l'INNCO, le réseau international des organisations de consommateurs de nicotine à risque réduit, marque également une étape. "A partir de maintenant, l'Italie aussi tourne la page et avec l'admission à l'INNCO, nous voulons participer de l'avant-garde d'une révolution mondiale de réduction des risques", explique Carmine Canino, le président de l'ANPVU, dans une tribune pour le site ESigMagazine.

La situation en Italie est particulièrement difficile pour les vapoteurs frappés par une méga taxe punitive de plus de 4€ par fiole de 10 mL et l'interdiction d'achat sur internet de liquides nicotinés, imposée par le Monopole du tabac. Alors que l'Italie était un pays phare du vapotage il y a quelques années, ces mesures anti-vape ont fait chuté le nombre de vapoteurs ces deux dernières années. Tandis que le tabagisme a augmenté, repassant au dessus de la barre des 12 millions de fumeurs selon l'évaluation de l'Institut Supérieur de la Santé (ISS). "Dans ce contexte, nous pensons que les institutions italiennes doivent et peuvent profondément repenser le rôle attribué au vapotage, qui est réglementé de manière «punitive», trahit actuellement par une assimilation totale et injustifiée à la «cigarette analogique», en premier lieu à travers la taxe de consommation exorbitante", explique Carmine Canino.

La nouvelle de la "fusion" des deux associations d'usagers dans l'ANPVU semble perçue positivement par la scène italienne. "Ces dernières années, les tentatives d'organisation des consommateurs n'ont pas eu le succès escompté. Mais il semble que les récentes décisions réglementaires, qui limitent sévèrement la liberté des vapoteurs, ont également choqué les usagers, les encourageant à s'unir. Sur ce front aussi, il y a beaucoup de batailles à livrer et parler d'une seule voix, espérons-le, rendra le message plus clair et plus efficace", commente Barbara Mennitti, journaliste spécialisé au site ESigMagazine.


jeudi 21 juin 2018

L'Islande se dote de la première législation spécifique aux produits de vapotage au monde

Comme une évidence de bon sens. L'Islande est le premier pays au monde à se doter d'une législation spécifique aux produits de vapotage. Passée la semaine dernière au parlement après une rude bataille avec les lobbys anti- réduction des risques, la loi sur le vapotage entrera en vigueur le 1er février 2019. "La nouvelle réglementation est «aussi bonne que possible», ou plutôt, pas aussi mauvaise que le projet ne l'était au début", commente le Dr Karl Snæbjornsson, auditionné au cours des débats au parlement à propos de l'impact du vapotage sur le tabagisme. En l'absence de réglementation sur le vapotage,  l'Islande vit depuis 2014 une chute phénoménale de près de 40% du nombre de fumeurs en même temps que l'essor du vapotage. Des 35'000 fumeurs (14% de la population adulte) en 2014, l'île n'en compte plus que 22'000 (9%) en 2017. 20'000 personnes (8,2%) sont vapoteurs dont la moitié déclarent avoir arrêté de fumer, tandis que 10'000 autres fument encore. 

Le tabagisme en chute libre sous l'impact de la vape

Le tabagisme adolescent aussi régresse, avec moins de 2% de fumeurs, tandis que le vapotage a augmenté. Les détails sur leur usage ou non de nicotine et la fréquence d'utilisation (expérimentation, occasionnelle, régulière) ne semblent pas disponibles. Les résultats préliminaires d'une étude de l'institut Gallup, au début de cette année, montre que le vapotage a supplanté le tabagisme chez les jeunes adultes. Les 18 à 34 ans sont deux fois plus nombreux a utiliser le vapotage que la cigarette. Dans sa présentation au Global Forum on Nicotine (GFN) à Varsovie, le Dr Karl Snæbjornsson souligne que la plus grande part a quitté le tabagisme avec le vapotage puis arrêté de vapoter. Tandis que les double-usagers, à la fois de vape et de cigarettes, régressent en nombre.

Une loi spécifique aux produits de vapotage

Ces faits, ainsi que l'évidence de la différence entre vapotage et tabac, ont poussé les députés à adopter une législation propre au vapotage hors de la réglementation des produits du tabac. Un choix de bon sens aussi pour pouvoir la corriger, dans un sens ou l'autre, selon l'évolution de la situation. Point progressiste par rapport à la législation européenne, aucune  limite n'a été fixée sur la contenance des fioles de liquide et des atomiseurs. La publicité, à condition de ne pas être attirante pour les enfants, est autorisée. Le même garde-fou est imposé sur le packaging des liquides, dont les fioles doivent par ailleurs avoir des bouchons de sécurité. La loi interdit la vente aux mineurs. Des standards de qualité et de sécurité seront implantés pour les produits. 

A part la nicotine, les substances stimulantes, telles que la taurine, la caféine ou des vitamines, sont interdites comme additifs aux liquides. La nicotine elle même est limitée à une concentration de 2% (20 mg/mL) comme dans l'Union Européenne. C'est, à première vue, le point le plus négatif de la loi en regard des fumeurs nécessitant des dosages plus élevés pour sortir du tabagisme et pour une part de vapoteurs au long cours qui pourraient réduire leur consommation de liquide avec des concentrations plus fortes.  Concernant les lieux publics, l'Islande laisse le libre-choix aux propriétaires des lieux d'autoriser ou non le vapotage. Par contre, il sera interdit de vaper dans les bâtiments publics, les lieux destinés à l’accueil d'enfants, les hôpitaux et les transports en commun. 

120'000 années de vie gagnées depuis 2014

Enfin, une taxe de 0,9% du prix de vente sera prélevée et reversée au fond de prévention du tabagisme. Un prélèvement qui a sa part d'ironie cynique alors que le vapotage a réussi en trois ans à impulser une accélération de la chute du tabagisme. Depuis 2008, les ventes de cigarettes ont été divisées par moitié en Islande, tandis que celles du Snus, le tabac oral suédois à faible teneur en nitrosamines, ont considérablement augmenté mais régressent depuis 2016 (peut-être par la concurrence du vapotage?). Le Dr Karl Snæbjornsson évalue que la chute du tabagisme sous l'impact du vapotage depuis 2014 a déjà fait gagner 120'000 années de vie à la population. 

Global Forum on Nicotine 2018 Iceland



Comment consommer du cannabis sans le fumer

En Suisse, le cannabis à faible taux (moins de 1%) de Tétra-Hydro-Cannabinol (THC) fait désormais partie des produits facilement accessibles. En kiosque, dans certains supermarchés, en boutique spécialisée ou sur des sites en ligne, on le trouve sous différentes formes y compris en herbe. Grand raté des services de santé suisses, aucune information sur les modes de consommation évitant la combustion n'a été délivrée au public. En France, la Ministre de la santé Agnès Buzyn voudrait mettre un terme à la vente de cannabis à moins de 0,2% de THC apparue ces dernières semaines. "On n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les français arrêtent de fumer pour qu'il se mettent à fumer du cannabis!", a t-elle invoqué entre autres raisons au micro de RTL ce 17 juin. Oubliant semble t-il qu'il y a déjà près de 5 millions d'usagers de cannabis en France, dont 9/10 le fument. Il est pourtant tout à fait possible de consommer du cannabis sans le fumer. Petit tour d'horizon de solutions à risque réduit.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
Vapotage, vaporisation, gouttes sublinguales ou trans cutanées, ingestion... les voies d'assimilation de cannabinoïdes sont pénétrables. Elles évitent d'ailleurs le gâchis d'une très large part du produit lorsqu'il est fumé par le sidestream, le moment où le joint se consume dans l'air ambiant entre deux bouffées.

My vapor is rich

Les températures de vaporisation, que ce soit par vapotage d'un liquide ou avec les vaporisateurs à herbe sèche, sont également plus appropriées à l'expression sans détérioration des cannabinoïdes que le processus de combustion des joints fumés. "L’emploi d’un dispositif de vaporisation a pour avantage d’optimiser sa délivrance car la totalité de la molécule contenue dans l’e-liquide se retrouve dans la vapeur. Par comparaison avec des cigarettes au cannabis, seuls 30 à 50 % du contenu en cannabinoïdes de la plante (CBD et THC) accèdent aux voies respiratoires. Le reste est dégradé thermiquement au moment de la combustion", explique le dossier d'étude du Laboratoire Français du e-Liquide (lfel) sur le vapotage et le CBD. Cette meilleure préservation et disponibilité des principes actifs ainsi que l'évitement du sidetream permet d'avoir recours à beaucoup moins de substance pour un effet similaire. Au prix du gramme, ce n'est pas négligeable.

Extrait de Cannabis smoke condensate III: the cannabinoïd content of vaporised Cannabis Sativa
in Inhalation Toxicology, 2009; 21(13)
"La vaporisation permet une récupération optimale des principes actifs d'un très grand nombre de plantes et ce, en-dessous de la température de combustion [ndr. pyrolyse] de la cellulose qui est de 236°C", explique l'association Principes Actifs, dans sa brochure sur le sujet de la vaporisation pour réduire les risques chez les utilisateurs de cannabis thérapeutique. Les cannabinoïdes se vaporisent en dessous de 230°C:  157°C pour le THC, entre 180°C à 190°C pour le cannabidiol (CBD), de 190 à 212°C pour le cannabinol (CBN), etc.

La répression pousse aux risques

Les circonstances réglementaires sur le cannabis ont malheureusement inhibé les usages de moyens de réduction des risques et amené à enkyster la pratique du joint mélangé à du tabac fumé par près de 9/10e des consommateurs en Suisse et en France, selon la Global Drug Survey. En plus d'altérer et détruire en partie les principes actifs, le fait de fumer génère du monoxyde de carbone, qui squatte la place de l'oxygène dans le sang et asphyxie partiellement l'organisme, et des goudrons nocifs pour le système respiratoire.

Pourtant, les usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques s'intéressent de longue date aux moyens alternatifs de le consommer. "Dès 1980 apparaissent des prototypes de vaporisateurs, mais il faut attendre l'an 2000 pour que soit commercialisé le premier des vaporisateurs de plantes médicinales: le Volcano", rappelle la brochure de Principes Actifs. Ce modèle a même été homologué par les services de santé allemand pour l'usage thérapeutique de cannabis, des études ayant montré une réduction de plus de 95% des toxiques dégagés par rapport au cannabis fumé.

Ces dernières années, des modèles beaucoup plus compacts et portables sont arrivés sur le marché. Il faut compter de 100 € à 300 € pour un modèle fiable. La possibilité de régler précisément la température de vaporisation permet une approche plus subtile de la consommation. "En effet, dès que l'on a des vaporisateurs équipés d'un variateur de températures fiable, il est possible d'obtenir des effets différents selon la température choisie", précise la brochure de Principes Actifs. Les dispositifs les plus récents permettent aussi de vaporiser des extraits concentrés (rosin, wax...) ou de la résine.

Système ingénieux fonctionnant sans électricité, le Vaponic est un double tube en verre qui permet de chauffer l'herbe au briquet  sans contact direct et ainsi éviter une trop forte chaleur. L'objet est fragile et implique une adaptation pour maîtriser le dosage de chaleur. Mais l'idée pourrait être porteuse dans certaines régions du monde où l'électricité est une ressource rare (et pourquoi pas avec du tabac..?).

Cannavaping

Eviter la combustion, le principe reste le même, mais la technique varie avec le vapotage. En place d'un courant d'air chaud vaporisant les principes actifs, c'est une résistance qui chauffe un liquide. En terme de réduction des toxiques en comparaison de la fumée, les résultats des deux techniques sont proches. L'élaboration des liquides peut suivre deux grandes voies: la dilution d'un concentré dans le liquide ou une forme de macération ensuite filtrée. La température assez basse, en relation avec le temps court d'une bouffée, du vapotage requiert une décarboxylation préalable, comme le montre l'étude menée par l'équipe de Vincent Varlet, de l'Université de Lausanne, publiée dans Nature.

Décarbo quoi ? 

A l'état végétal, les cannabinoïdes sous forme d'acides carboxyliques ne sont pas (ou très peu) bio-disponibles pour l'organisme humain. Pour bien les assimiler, un processus de décarboxylation doit les rendre actifs. Il s'agit de casser le groupe carboxyle COOH qui s'échappe en H₂O et CO₂. "La décarboxylation se produit naturellement avec le temps et la température, comme une fonction de séchage, mais on peut réduire la quantité de temps nécessaire considérablement en ajoutant davantage de chaleur", explique la brochure de Principes Actifs. Dans son étude, le Dr Varlet a procédé à une décarboxylation douce, laissant le concentré (BHO) durant 4 jours à 60°C, et une autre rapide en soumettant le concentré à un bain marie à 120°C durant 2 heures.

Varlet et al. Cannavaping in Nature

Aux yeux de Vincent Varlet, un des intérêts du vapotage pour le cannabis, qu'il nomme 'cannavaping', serait de pouvoir doser les différents cannabinoïdes de manière précise et régulière. Et évidemment d'éviter les toxiques liés à la combustion comme le montrent les mesures faites dans son étude. Pour sa recherche, l'équipe de l'Université de Lausanne a utilisé un concentré obtenu en extraction par le froid, dit Butane Hash Oil (BHO). L'extraction à chaud, dite rosin, est plus simple à mettre en oeuvre en do it yourself. Avec de l'herbe, le chauffage au bain-marie permet aussi de procéder à la décarboxylation.

Les producteurs de liquides au CBD sont nombreux à utiliser des isolats quasi purs de CBD sous forme de cristaux dissous dans le liquide. Une discussion existe sur la pertinence d'isolé un cannabinoïde des autres pour les effets bénéfiques. Shimon Ben-Shabat et Raphaël Mechoulam, chercheurs  israéliens à la pointe du domaine, expliquent dés 1998 que "l'effet d'entourage" crée une synergie entre les composants du cannabis. Dans cette lignée, certains producteurs, notamment en Suisse, préfèrent créer des liquides "full spectrum" à partir d'herbe légale à faible taux de THC mais contenant l'ensemble des phyto-cannabinoïdes et terpènes de la plante.

Dabbing

Inhaler directement des concentrés est une vieille pratique, qui réduit fortement le volume de substance inhalée. Cela se faisait avec du concentré, obtenu à l'époque par extraction à l'alcool, posé sur une pointe de couteau chauffé et sous un verre sur le rebord d'une table. Il suffisait ensuite d'inhaler l'aérosol vaporisé sous le verre. Aujourd'hui des petites pipes à "dabbing" reproduisent le procédé. La méthode a le défaut d'être difficile à doser et produirait tout de même des toxiques si sa température n'est pas maîtrisée. Même si le volume est résolument moindre qu'avec un joint fumé. "Tant que l’on ne disposait que de clous en titane [pour les pipes à dabbing] qu’il fallait chauffer au chalumeau, la différence entre vaporisation et combustion n’était pas nette. On peut maintenant acheter des E-Nails, clous chauffés par électricité et à température réglable et stable. Les utilisateurs ayant des notions de réduction des risques (RDR) utiliseront ainsi un clou à chaleur réglable et choisiront la température correspondant à la vaporisation (soit 220°C 420°F)", explique le fanzine Psychoactif.

Sublinguale et transcutanée

En dehors de l'inhalation, les "huiles de soins", où un extrait de cannabis est mélangé à de l'huile généralement d'olive, permettent de les prendre en mettant quelques gouttes sous la langue ou sur la peau, notamment dans l'intérieur du poignet. L'assimilation est nettement plus rapide qu'en mangeant, mais moins qu'en inhalation. C'est une méthode très propre du point de vue réduction des risques et discrète. Le plaisir de l'inhalation est évidemment absent. Des patchs semblent également exister. 

Manger

Manger du cannabis, préparé après décarboxylation, évite tout dommage lié à l'inhalation. Mais ce mode d'administration comporte une particularité qui peut être un défaut, son temps d'assimilation. Les effets ne vont se déployer progressivement qu'à travers la digestion, ce qui peut prendre de 20 à 90 minutes. En cas de besoin rapide de l'effet, par exemple contre une douleur, c'est long. Il y a aussi le risque de mal évaluer le dosage à "l'aveugle". Enfin, les effets perdurent nettement plus longtemps, ce qui peut aussi être gênant selon son emploi du temps, ou intéressant selon l'effet recherché (par exemple antalgique pour des douleurs chroniques). Par ailleurs, l'ingestion n'est pas une voie d'assimilation très efficace en comparaison de l'inhalation. La biodisponibilité des cannabinoïdes est près de trois fois supérieure en inhalation de vaporisation que par ingestion.

L'accès aux moyens de réduction des risques est le premier pas pour éviter la fumée

La Ministre de la santé française peut donc se rassurer, les moyens existent pour consommer sans fumer le cannabis. La légalisation est une opportunité de diffuser l'information et faciliter l'usage des outils de réduction des risques évitant la combustion pour les millions d'usagers existants. Les Etats américains ayant légalisé l'herbe ont vue une augmentation de la proportion d'usage sans combustion. "Là où il est devenu légal aujourd’hui, le cannabis est plutôt consommé par vaporisation ou sous forme de produits alimentaires. On se soucie davantage de sa saveur ou de sa qualité, de savoir s’il est bio ou non", rapporte Ethan Nadelmann, de la Drug Policy Alliance, au journal le Temps à l'occasion d'une conférence en octobre 2017 à Genève. Encore faut-il que les autorités fassent l'effort de diffuser l'information au public. Ce qui n'est pas encore le cas en Suisse, et parait tenir de l'utopie en France.


Pour aller plus loin:
Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA): dossier contre la désinformation à propos du cannabis (mai 2017)

A Genève, l'association Alternative Verte, pour l'usage du cannabis pour raison thérapeutique, est en prise avec une répression incompréhensible des autorités qui soutenaient leur démarche avant de faire volte-face du jour au lendemain.

En Suisse, l'association Legalize it! espère porter au vote une initiative pour la légalisation du cannabis à plus de 1% de THC.

Principes Actifs est l'association des usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques en France. Je les remercie chaleureusement de m'avoir envoyer leur deux brochures précises et synthétiques sur le sujet.

L'association NORML France (National Organization for the Reform of Marijuana Laws France) a un site très riche, avec notamment des pages sur la réduction des risques  

Le n°2 du fanzine Psychoactif a consacré un dossier sur les nouveaux moyens de consommer du cannabis. 

Le site du CIRC de Lyon, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

Le High Way Code spécial cannabis, le code de conduite de l’usager, a été établi à partir de la consultation des usagers de la Global Drug Survey

Un article de David Sweanor et Adam Houston sur l'importance d'intégrer la réduction des risques aux politiques sur le tabac et sur le cannabis. En anglais : Smoke’s negative effects should guide marijuana and tobacco policy

Drug vaping applied to cannabis: Is “Cannavaping” a therapeutic alternative to marijuana? - Vincent Varlet, Nicolas Concha-Lozano, Aurélie Berthet, Grégory Plateel, Bernard Favrat, Mariangela De Cesare, Estelle Lauer, Marc Augsburger, Aurélien Thomas & Christian Giroud, dans Nature - Scientific Reports volume 6 (2016)  https://doi.org/10.1038/srep25599

Le dossier d’étude: Vaporisateur personnel et CBD : un nouvel usage ? par la Dr Maud Mercury et Jérémy Sorin du Laboratoire français d'e-liquides (lfel)

Page listant les études scientifiques de la marque Storz & Bickel, producteur de vaporisateurs: https://www.vapormed.com/eu/fr/etudes/  

...