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jeudi 29 novembre 2018

[Bref] Après Bâle, les évangélistes anti-vapes s'attaquent au canton de Berne





La coalition des baptistes et des dealers contre la réduction des risques

Après Bâle la semaine dernière, ce sont les parlementaires du Grand Conseil du canton de Berne qui viennent de voter une motion des évangélistes pour demander à leur Conseil d'Etat "d'assimiler le vapotage au tabagisme" et prendre des mesures de restrictions et d'interdictions, selon le journal Bund. Comme pour d'autres cantons, les médias présentent le prétexte de la protection des jeunes pour justifier le vote. En réalité, l'objectif du lobby puritain est de rendre impossible aux médecins, tabacologues, addictologues et aux groupes d'entraide autogérés de pouvoir utiliser le vapotage comme outil de réduction des risques pour l'arrêt tabagique.

La reconquista puritaine

Le motionnaire Ruedi Löffel, du Parti Évangélique Populaire, pense que ses exigences peuvent être très rapidement mises en oeuvre par ordonnance, explique t-il à la radio SRF-1. Les détails de la motion ne sont pas accessibles actuellement. Des motions anti-vape ont aussi été déposées dans les deux cantons de Bâle et à Zurich, où le Conseil d'Etat s'est cependant prononcé la semaine dernière contre la mise en place d'une législation prématurée pour assimiler l'outil de réduction des risques au tabagisme.

Côté romand, un projet de loi du Conseil d'Etat genevois vise à assimiler le vapotage au tabagisme, et ainsi éliminer à la fois la scène de la vape indépendante et son usage dans l'aide à l'arrêt tabagique. Dans le canton de Vaud, une motion similaire a été transformé en postulat, laissant au Conseil d'Etat plus de latitude pour apprécier la situation. Au Valais, une modification de loi a interdit la vente de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans assimiler le vapotage au tabagisme.

L'objectif est de rendre impossible l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage

L'assimilation du vapotage au tabagisme interdirait de manière pratique, et très probablement au niveau juridique, la possibilité pour les organismes d'aide au sevrage tabagique, qu'ils soient officiels ou autogérés, de pouvoir utiliser le vapotage comme outil. Le positionnement de Ruedi Löffel dans le paysage du domaine, membre de la Croix-Bleue bernoise, éclaire le véritable objectif masqué du camp puritain contre les approches de réduction des risques dans le champ.

Alors qu'une très large majorité des responsables de santé de cantons et des villes sont en faveur d'intégrer la réduction des risques face au tabagisme, le coup de force concerté dans différents cantons du lobby puritain tente de prendre de vitesse et tuer dans l’œuf le développement d'aides à l'arrêt tabagique.

La coalition pour maintenir de force le tabagisme

En Suisse, 61% des deux millions de fumeurs déclarent espérer arrêter de fumer. Aucune aide sérieuse ne leur est proposée hors abstinence et Champix. Les liquides nicotinés étaient interdits de vente par l'administration fédérale durant neuf ans. Le Tribunal administratif fédéral a abrogé cette prohibition illégale en avril dernier.  Cette politique a permis de maintenir le tabagisme depuis dix ans à plus de 27%, générant des milliards de coûts pour la population, empochés par les industries de la pharmaceutique, du tabac et le Département de l'intérieur.

Pour sa part, le Fonds national de prévention du tabagisme gagne environ 14 millions Fs par an au prorata des ventes de cigarettes. Il avait tenté d'empêcher une étude sur un produit de Philip Morris en bloquant son financement. Etude qui a finalement été publiée au grand dam du cigarettier vaudois.

Le droit d'éviter de fumer attaqué de nouveau

La coalition des cigarettiers et de certains soi-disant "anti-tabac" en Suisse n'est pas chose nouvelle. En 1991, Peter Hess, du parti Démocrate-Chrétien, a fait interdire le snus, produit à risque réduit, avec le soutien des organisations anti-tabac. Il s'est révélé par la suite que le parlementaire siégeait en secret à l'administration d'une filiale de British American Tobacco (BAT).

A l'opposé de l'approche conservatrice protégeant de fait la vente unique de cigarettes, des voix s'élèvent pour soutenir le droit de choisir des produits à risque réduit en Suisse. La Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions a crevé le mur de silence l'an passé en prenant position pour "changer la politique tabac". Nul besoin de grande connaissance politique pour comprendre que l'offensive actuelle des conservateurs visent à saboter ce mouvement d'aide aux fumeurs à se sortir du tabagisme.

mercredi 28 novembre 2018

[Op] France: Est-il acceptable de "sanctuariser" un fonds tabac qui exclut la réduction des risques?



En 2018, est-il encore acceptable que des fonds de lutte contre le tabagisme excluent les approches de réduction des risques? Le sujet est tabou, pourtant un débat devrait s'imposer au moment où les organisations anti-tabac traditionnelles font le forcing pour maintenir la main mise sur le "Fonds national de lutte contre le tabac" en France. Un nouveau prélèvement sur le chiffre d’affaires des fournisseurs de tabac finance ce fonds depuis 2017. Près de 590 millions € devraient être distribués d'ici 2022, dont 100 millions ont déjà été mis en jeu au printemps dernier. 

Sainte homélie


Et pourtant ces dernières semaines, les organismes traditionnels anti-tabac montent au créneau. En cause, le projet du budget de la Sécurité sociale pour 2019 (PLFSS 2019) de fusionner les fonds concernant les conduites addictives, sans privilège pour la lutte anti-tabac. Un premier communiqué d'Alliance contre le tabac le 12 octobre dernier accusait le gouvernement de chercher à "dévier la lutte contre le tabagisme vers la lutte contre l’ensemble des addictions" et faire "le jeu des lobbys industriels" (sic!). Nouveau communiqué ce 27 novembre, cette fois de la Fédération française d'addictologie (FFA) réclamant la "sanctuarisation" du fonds tabac.

A la pêche aux spécificité universelles




"On observe une spécificité du comportement tabagique en France", explique le communiqué pour justifier de "sanctuariser" le Fonds tabac afin "de développer une recherche adaptée aux besoins du pays". Problème, l'attribution des aides provenant du Fonds impose de s'inscrire dans les "préconisations de la Convention-Cadre de lutte anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé", précise par exemple le cahier des charges de l'appel à projets à "la société civile" de mai dernier.


Un modèle dont un article d'Aurélie Lermenier-Jeannet pour l'Office français des drogues et toxicomanie (OFDT) a montré, sans tout à fait l'assumer, l'inefficacité en France. L'exclusion stricte dans les recommandations du Secrétariat de la FCTC du principe de réduction des risques, bien qu'il soit spécifié dans l'article 1 §d de sa Convention originale (en anglais), n'est pas étrangère à cet échec.

Reproduction sociale 2.0




Le hiatus de cohérence entre la justification pour maintenir l'exception tabac et les actes liés à ce financement se cristallise autour de cette exclusion de l'approche de réduction des risques. Le cadre étroit imposé au printemps au volet de la "mobilisation de la société civile" - avec des guillemets dans le texte original -, est la "dénormalisation" du tabagisme et l'abstinence.


Outre la cage idéologique, les barrières usuelles pour préserver l'entre-soi ont été utilisées: forme bureaucratique et vocabulaire à mots-clefs, délai raccourci combinée à une diffusion choisie ont assuré à un cercle restreint d'initiés de pouvoir postuler à une part du gâteau de 100 millions € en juin. La sélection fait le reste. Le cercle se félicite de cette imperméable distribution. Et on apprécie mieux le sens ironique des guillemets à "mobilisation de la société civile".

Faut-il quitter la lutte anti-tabac pour arrêter de fumer?


Pourtant une dizaine de jours avant la date limite des soumissions, l'enquête de Santé Publique France révélait que 27% des tentatives d'arrêt tabagique en France en 2017 se sont déroulées avec le vapotage. Premier recours, en dehors de leur propre motivation, utilisé par les fumeurs qui veulent s'en sortir. Autrement dit, une large part du public n'a pas attendu les millions du Fonds tabac pour choisir une approche efficace, bienveillante et non-abstinente en nicotine. Ils avaient probablement raison de ne plus attendre.

mardi 27 novembre 2018

L'Italie abaisse d'au moins 80% la surtaxe sur la vape

Italie lutte contre la taxe anti-vape
[édité sur des détails de procédures législatives ;)] Après des mois de batailles, la vape italienne bénéficie d'un grand bol d'air frais. La majorité de la coalition de la Lega et du Mouvement 5 étoiles (M5S) au Comité des finances du Sénat a approuvé hier soir l’amendement révisant les taxes sur le vapotage: diminution de 80% de la surtaxe sur les liquides nicotinés et de 90% pour le sans nicotine. Il sera soumis au vote avec l'ensemble du décret du budget au Sénat d'ici le 22 décembre. Il prévoit qu'une fiole de 10 ml de liquide nicotiné sera taxée de 80 cts plus la TVA, au lieu de plus de 4 € (+ TVA) ces dernières années. Tandis que le liquide sans nicotine se verra prélever 4 cts par millilitre.

Vente internet autorisée depuis l'Italie

Bien que le vapotage reste sous le régime de contrôle de l'Administration des Monopoles (AAMS), la vente à distance intra-italienne est de nouveau autorisée, "après l’ouverture de l’entrepôt fiscal, avec une traçabilité des produits conséquente", précise le site SigMagazine qui a eu le contenu du texte législatif en primeur. Sans pouvoir légalement commander à l'étranger, les vapoteurs éloignés des zones urbaines  pourront donc de nouveau s'approvisionner par internet auprès de magasins italiens.

Les arômes seuls et les ingrédients purs (Propylène Glycol (PG) ou Glycérol (VG)) restent hors de la surtaxe, pour des raisons d'intérêts des commerces pharmaceutiques et alimentaires. Mais la base mélangée PG-VG est taxée (!). "Le mélange controversé d'eau et de nicotine à très forte concentration a également été réglementé", précise le site spécialisé italien. De tels produits devront être conformes à la directive européenne (TPD), être notifiés et limités à 20 mg/ml de nicotine. Avec un risque d'amende de 150'000€ à la clef, l'astuce pour contourner la surtaxe va probablement disparaître.

Taxe réduite d'au moins 80% mais pas abrogée

Italie taux de fumeurs et vapoteurs 2016-2018La baisse de la taxe est très conséquente mais elle n'est pas l'abrogation espérée de celle-ci. Notamment par l'association des vapoteurs ANPVU, des professionnels COIV et UniEcig et la Lega Anti-Fumo (LIAF) qui avaient publié un appel dans les quotidiens italiens. Le régime de l'AAMS est également maintenu.

A ce titre, le combat en coulisse de la vieille garde bureaucratique italienne a réussi à préserver le principe punitif et le report de responsabilité sur les douanes. L'administration de santé publique évite ainsi de devoir prendre en considération sérieusement l'approche de réduction des risques face au tabagisme.

Par rapport à la situation désespérée dans laquelle se trouvait le monde de la vape italienne, le bol d'air est cependant extraordinaire et salvateur. Secteur dynamique en 2014, la vape italienne a subi de plein fouet les attaques de la surtaxe et de l'interdiction de vente internet. Entre 2016 et 2018, la part de vapoteurs a baissé de près d'un million de personnes tandis que le nombre de fumeurs a augmenté d'autant en Italie, selon les données de l'Istituto Superiore di Sanità (ISS).

La fin d'une catastrophe de santé publique

Exemple paradigmatique de la taxation du vapotage en Europe, le cas italien montre l'étendu du marasme sanitaire, social et économique de cette mesure. La Commission Européenne songe à un projet de taxation punitive anti-vape harmonisée à toute l'Union Européenne. Cet été, sa consultation publique a été sanctionnée de près de 90% de refus de considérer le vapotage comme un produit du tabac. Une expression qui rejoint les 89% d'opposants à une taxe anti- vape lors d'une précédente consultation de la même Commission début 2017.

lundi 26 novembre 2018

Suisse: à Zurich et Bâle des motions voudraient assimiler le vapotage au tabagisme


Les cantons romands ne sont pas les seuls à subir des attaques contre le vapotage. Le parlement du canton de Bâle-Ville a voté mercredi, par 53 voix contre 33, une motion demandant l'assimilation du vapotage au tabagisme. Présentée par le Parti Évangéliste, elle voudrait une interdiction de vente aux mineurs mais aussi l'assimilation du vapotage dans les lois contre le tabagisme passif et la publicité, rapporte l'agence ATS. Après son examen par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil devra encore se prononcer s'il transforme la motion en mandat contraignant.

Le Conseil d'Etat zurichois est plus calme

A Zurich, une procédure similaire un peu plus avancée a vu le Conseil d'Etat répondre par la négative ce jeudi, explique la Tages Anzeiger. Le Gouvernement cantonal estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer pour le moment sur le vapotage. Il propose de transformer la motion en postulat. A savoir qu'une motion impose au gouvernement de légiférer, tandis qu'un postulat l'enjoint à en étudier l'opportunité. C'est aussi l'option qui a été choisie par la Commission du Grand Conseil vaudois face à la motion similaire de Graziella Schaller.

En attendant l'éventuelle loi tabac (LPTab), dont le second projet est en cours d'élaboration, aucun âge minimum n'est requis au niveau fédéral pour la vente de cigarette. Actuellement, la limite d'âge de vente des produits du tabac est de 16 ans à Zurich. Concernant le vapotage, l'abrogation par le Tribunal administratif fédéral de la prohibition sans base légale de l'administration, a mis les autorités face à leur neuf ans d'irresponsabilités.

Les usagers même mineurs ont-ils le droit d'éviter de fumer ?

Cet été, les cigarettiers, la grande distribution et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont établi ensemble un code de conduite pour ne pas vendre de produits de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs tout en continuant la vente de tabac à ceux-ci. De son côté, l'association des professionnels de vape (SVTA) a préféré privilégier la réduction des risques en autorisant dans son codex la vente de produits sans nicotine à des jeunes déjà fumeurs dés 16 ans. L'association des usagers Helvetic Vape était exclue de cette table-ronde.

Les députés valaisans n'ont pas non plus pris la peine de consulter les usagers. Ils ont voté en juin une modification de loi pour interdire dés le 1er janvier la vente de produits de vapotage aux mineurs. Scénario pire à Genève, où le Conseil d'Etat a déposé un projet de loi proche de la motion évangéliste bâloise. Le vapotage, y compris sans nicotine, serait "assimilé" au tabagisme. Non seulement sa vente serait interdite aux mineurs, mais le PL 12385 prévoit aussi d'en interdire l'usage dans les lieux publics, sa publicité et un ensemble de contraintes similaires aux ventes de tabac pour les commerces de vape.

La chute du tabagisme des jeunes sous l'impact de la vape

Les partisans de ces mesures de restriction et d'interdiction osent prétendre le faire au nom de la lutte anti-tabac. Ceci en dépit de la chute vertigineuse du tabagisme dans les pays où le vapotage a pu se développer. Le droit à la réduction des risques des mineurs et la possibilité d'éviter d'expérimenter la cigarette par l'opportunité du vapotage notamment sans nicotine ne semblent pas pris en compte par les autorités.

Tabagisme lycéen et jeunes adultes aux Etats-Unis

Pourtant de nombreuses analyses sérieuses sur la question évaluent le phénomène au Royaume-Uni, en Allemagne, dans la région parisienne, en Islande et aux Etats-Unis, où la baisse du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois depuis l'essor de la vape. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg parle de "ringardisation" du tabagisme par le vapotage chez les jeunes. A l'opposé de la Suisse où le tabagisme des jeunes a été maintenu ces dix dernières années, ces pays voient le vapotage le faire dégringoler.

En septembre, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, a présenté sa revue des données internationales sur le sujet à Barcelone au THR Summit: "Il n'y a aucune données montrant que l'augmentation de l'usage du vapotage n'amène à expérimenter les cigarettes chez les jeunes britanniques. Il y a des indices que la perception des jeunes contre le tabagisme se durcit plutôt que s'affaiblit" (voir ci-dessous).

Difficile de croire que les parlementaires genevois et bâlois ne voudraient pas prendre la peine de s'informer sérieusement et de s'interroger sur le phénomène en regard de l'échec calamiteux de la politique tabac suivie cette dernière décennie. Les offensives de restrictions au nom des jeunes à Bâle et Genève ressemblent plutôt à des mesures pour protéger les ventes de cigarettes et maintenir le tabagisme, y compris des adultes, si lucratif pour toute une série d'acteurs, dont l'industrie des médicaments en tout genre. Le tabagisme est la première cause évitable de maladie en Suisse.


dimanche 25 novembre 2018

[Bref] Une étude confirme que les fumeurs ont moitié moins de risques d'avoir la maladie de Parkinson




Statistiquement, les fumeurs ont jusqu'à moitié moins de risques de contracter la maladie de Parkinson que les non-fumeurs. Une vaste étude, dirigée par une équipe de la Queen Mary University de Londres, le confirme à travers l'analyse des données du suivi NeuroEPIC4PD sur près de 220'000 personnes âgées de 37 à 70 ans dans sept pays européens (Suède, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Grèce). Parmi eux, 715 cas de maladies de Parkinson ont été recensés. "Les anciens fumeurs présentaient un risque diminué de 20% et les fumeurs actuels un risque de développement de la maladie de Parkinson réduit de moitié par rapport aux non-fumeurs", explique l'étude parue dans l'International Journal of Epidemiology (IJE).

Y a-t-il plus qu'une corrélation?

L'objectif de la recherche était d'explorer la possibilité d'une causalité dans l'association inverse entre le tabagisme et la maladie de Parkinson. Des analyses épidémiologiques précédentes ont déjà montré le phénomène, connu dés 1966. "Néanmoins, il y a toujours beaucoup de prudence à interpréter cette association comme protectrice", précise l'article signé de trente chercheurs, appartenant aussi à l'Imperial College London et à l'Université Luigi Vanvitelli de Campania, qui n'ont pas bénéficié de financement extérieur. Une des raisons à cette prudence est évidemment le bilan sanitaire désastreux de fumer pour toute une série d'autres maladies.

Une autre étude épidémiologique, parue en 2017 aussi dans l'IJE, a mis en évidence un effet similaire de la consommation de snus suédois, ce tabac à suçoter à faible taux de nitrosamines. "Les hommes non-fumeurs qui utilisent du snus ont un risque considérablement plus faible de contracter la maladie de Parkinson. Les résultats ont également indiqué une relation dose-réponse inverse entre l'utilisation de snus et le risque de maladie de Parkinson. Nos résultats suggèrent que la nicotine ou d'autres composants des feuilles de tabac pourraient influencer le développement de la maladie de Parkinson", résument les chercheurs menés par le Dr Fen Yang, de l'Institut Karolinska de Stockholm.

La nouvelle étude portant sur le tabagisme "classique" confirme non seulement une corrélation mais aussi  "des relations fortes dose-réponse avec l'intensité et la durée du tabagisme", souligne la publication de l'équipe menée par la Dre Valentina Gallo, de la Queen Mary University. Un élément qui incline à un rapport causal. Cette relation dose-dépendante, aussi observée chez des jumeaux monozygotes, "s'oppose à un rôle majeur de la génétique et/ou de la personnalité", pour les chercheurs.

Nicotine ou IMAO ?

"Plusieurs substances présentes dans le tabac ont été proposées comme possibles responsables de l'association inverse entre tabagisme et maladie de Parkinson", rappellent les chercheurs. Ils citent la 2,3,6-triméthyl-l, 4-naphtoquinone (TMN), un inhibiteur de l'activité de la monoamine oxydase (MAO) A et B.


"Un autre candidat est la nicotine elle-même, étant donné la relation anatomique étroite entre les systèmes de neurotransmetteurs nicotiniques cholinergiques et dopaminergiques dans le striatum. La nicotine influe également sur l'activité dopaminergique en agissant au niveau des récepteurs nicotiniques aux extrémités dopaminergiques et en modulant la libération de dopamine", précisent-ils.

Interviewée sur cette étude par le site I, la Dr Beckie Port, conseillère scientifique de l'association Parkinson's UK, note que "nous ne savons toujours pas quelle substance pourrait être responsable, mais il est intéressant de noter que les légumes contenant de la nicotine appartenant à la même famille botanique [les solanacées] que le tabac peuvent également avoir des effets protecteurs".

Abandon en France, recherches aux Etats-Unis

En France, le programme de traitement de malades de Parkinson par nicotinothérapie du Dr Gabriel Villafane à l'hôpital Mondor (AP-HP) a été clos, malgré les protestations des patients. Du côté des Etat-Unis, le Pr Paul Newhouse, de l'Université Vanderbilt, coordonne notamment une série d'études neuroscientifiques sur la nicotine. De son côté, la Dre Valentina Gallo insiste: "Notre découverte est extrêmement importante d’un point de vue scientifique et devrait inciter à une recherche scientifique fondamentale".

vendredi 23 novembre 2018

Malgré le miracle suédois, la Cour de Justice de l'Union Européenne maintient la prohibition du Snus

La plupart des fumeurs européens ignorent ce produit. Et pour cause. Depuis 1992, l'Union Européenne en a interdit la vente dans ses Etats membres, à l'exception de la Suède. Depuis des années, Swedish Match, qui a abandonné les cigarettes pour devenir le principal fabricant de Snus, tente sans succès de faire lever cette interdiction européenne. 

La New Nicotine Alliance l'a accompagné dans son recours devant la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE). L'association britannique des utilisateurs de produits nicotinés à risque réduit voulait faire valoir le droit fondamental des fumeurs à pouvoir améliorer leur santé en s'aidant de snus pour arrêter de fumer. Un droit que la CJUE n'a pas estimé suffisant pour remettre en cause "l'intérêt général reconnu par l'Union". La chambre présidée par la juge Silva de Lapuerta a ainsi rejeté la demande préjudicielle ce 22 novembre au tribunal du Luxembourg.

L'exemple suédois

Pourtant, les recourants ont présenté des arguments. Notamment, l'exemple de la Suède qui depuis 1992 a profité à plein de son exemption pour s'évader du tabagisme à l'aide du snus. Les dernières statistiques européennes recensent 5% de fumeurs suédois, contre une moyenne de 26% dans l'UE. Mais environ 20% des suédois utilisent du snus. Ce tabac, généralement en petits sachets que l'on coince sur la gencive, a la particularité de ne pas être fermenté mais d'être pasteurisé. Un procédé qui s'est révélé inhiber le développement des nitrosamines, ces toxiques cancérigènes fortement présents dans les autres tabac oraux, à priser ou à fumer.

Résultat de ce retour au snus: la Suède détient les taux les plus bas de cancers des poumons, oraux-buccaux et du pancréas en Europe. La grande Global Burden of Diseases, Injuries, and Risk Factors Study 2016 (GBD 2016), parue dans le Lancet en 2017, précise n'avoir trouvé aucune preuve "d'un ratio de risque supérieur à un pour tout aspect sanitaire" avec le snus (en p. 1364).
taux de cancer poumon, oraux et pancreas en Europe

Congé parental et passerelle

En réponse à cet exemple suédois, durant l'audience le 25 janvier, les représentants de la Commission Européenne ont prétendu que la chute du tabagisme suédois était la conséquence du congé parental partagé. "La Commission a en outre observé que les études suggérant que le snus pouvait faciliter l’arrêt du tabac reposaient principalement sur des données empiriques et qu’elles ne pouvaient donc pas être considérées comme concluantes", relate le rendu de justice. 

La Commission a tout de même reconnu que "des études scientifiques indiquent que les produits du tabac sans fumée sont moins dangereux pour la santé que ceux impliquant la combustion", mais pas sans danger. Ces risques hypothétiques ont été retenu au nom du principe de précaution par la Cour. "Ces produits sont particulièrement susceptibles d'encourager les personnes qui ne sont pas encore consommateurs de produits du tabac, en particulier les jeunes, à le devenir", souligne la CJUE. 

Les jeunes ou moins jeunes européens pourront donc continuer de fumer mais pas découvrir le snus. Sa décision valide le refus de la Commission d'introduire le snus sur les marchés européens comme un "nouveau produit du tabac", bien qu'il existe depuis près de 300 ans. La Cour a estimé la prohibition proportionnée "par rapport aux objectifs poursuivis".

"La lutte ne s’arrêtera pas là"

"Refuser les produits à risque considérablement réduit qui ont fait leurs preuves dans la prévention du tabagisme est un acte de négligence aveugle envers les fumeurs et la santé publique. Plus de 8 utilisateurs de snus sur 10 sont d'anciens fumeurs, je suis l'un d'entre eux", déplore Bengt Wilberg, cofondateur du groupe EUforSnus, en réaction au verdict.  

Déception aussi du côté de la NNA qui estime que d'une erreur par méconnaissance en 1992, l'Union Européenne est tombé dans l'arbitraire politique en reconduisant la prohibition du snus en 2014. "La décision de la CJUE constitue également une erreur judiciaire pour les fumeurs européens qui pourraient bénéficier d'un produit beaucoup plus sûr avec lequel tant de fumeurs suédois et norvégiens ont arrêté de fumer", déclare Sarah Jakes, présidente de la NNA. Avant de prévenir: "La lutte ne s'arrêtera pas là".

En Suisse, le snus a été interdit à la suite d'une motion en 1991 de Peter Hess au nom de la protection contre le tabac. En 2001, il s'est révélé que le parlementaire zougois siégeait secrètement au conseil d'administration d'une filiale de British American Tobacco. La prohibition du snus n'a pas été pour autant remise en question sur le moment. Cependant les choses ont évolué depuis et le tabac à suçoter suédois devrait être légalisé dans la future loi tabac (LPTab) selon la volonté exprimée par le parlement en 2016.

mercredi 21 novembre 2018

Etude USA: la chute du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois avec l'arrivée du vapotage

Ce n'est pas seulement une réfutation implacable par la réalité du terrain de la fumeuse théorie de la passerelle. L'étude épidémiologique de huit chercheurs de premier plan parue hier dans la revue Tobacco Control démontre que le vapotage n'a non seulement pas fait augmenter le tabagisme des jeunes américains, mais que son apparition coïncide avec une forte accélération de sa chute. Par près de trois fois pour le tabagisme quotidien chez les moins de 21 ans, et par deux chez les 22 à 25 ans. "La relation d'inversion entre vapotage et tabagisme est robuste dans les différents ensembles de données concernant les jeunes et les jeunes adultes, ainsi que pour le tabagisme actuel et établi", explique l'équipe menée par le Pr David Levy, de l'Université de Georgetown de Washington.

2014: année charnière

Les chercheurs s'appuient sur l'analyse des données de 2004 à 2017 concernant les jeunes de 15 à 25 ans de pas moins de cinq enquêtes nationales américaines - Monitoring the future (MTF), National Youth Tobacco Survey (NYTS), Youth Risk Behavior Survey (YRBS), National Survey of Drug Use and Health (NSDUH), National Health Interview Survey (NHIS) -. "Nous avons identifié 2014 comme l'année charnière où le vapotage est devenu populaire chez les jeunes et les jeunes adultes. Cependant, nous avons considéré les années précédentes comme le point de basculement dans nos analyses des tendances en matière d'usage de cigarettes", précisent-ils.

Accélération fulgurante de la chute du tabagisme des jeunes

L'analyse des tendances moyennes montre une accélération par au moins trois fois de la chute du tabagisme quotidien chez les jeunes de moins de 21 ans à partir de l'essor du vapotage. Pour les 22 à 25 ans, la réduction du tabagisme quotidien a doublé de vitesse. "La baisse à long terme de la prévalence du tabagisme chez les jeunes américains s'est accéléré à partir de 2013 lorsque le vapotage s'est généralisé. Ces résultats sont aussi observés chez les jeunes adultes américains, notamment les 18 à 21 ans. Nous avons également constaté que le tabagisme établi - tel que mesuré dans les enquêtes par le tabagisme quotidien, fumer un demi-paquet par jour ou avoir fumé au moins 100 cigarettes et fumer actuellement certains jours ou tous les jours - s'est nettement accéléré lorsque le vapotage a augmenté", résument les huit spécialistes.

Le rôle clef du vapotage

Durant la période de 2012 à 2017, les Etats-Unis ont connu peu de changement du prix des cigarettes et des réglementations contre le tabagisme dans les lieux publics. Tandis que les campagnes de prévention, qui existaient avant l'apparition du vapotage, ont pu avoir un effet, mais relativement restreint selon diverses études. "Ces analyses suggèrent que les mesures de lutte antitabac sont au plus responsables d'une petite part de l'accélération de la chute du tabagisme des jeunes et des adultes", soulignent l'article dans Tobacco Control. En somme, il est plus que difficile d'écarter le rôle du vapotage pour expliquer l'effondrement du tabagisme des jeunes sur cette période. 

La manière par laquelle le vapotage tient ce rôle contre le tabagisme chez les jeunes reste à définir. Il paraît très probable que l'expérimentation du vapotage détourne de nombreux jeunes d'essayer de fumer. Une meta-analyse, publiée la semaine dernière dans Nicotine & Tobacco Research, montre qu'essayer une cigarette amène dans 69% des cas à devenir fumeur régulier. En contraste, le vapotage permet d'expérimenter l'inhalation sans fumer, et en laissant ouverte l'option de le faire sans substance active, notamment la nicotine. Certains jeunes qui fument déjà utilisent également le vapotage pour arrêter la cigarette. 

Se calmer et réfléchir

A contrario de la vague de buzz alarmistes, les auteurs proposent de tenir compte des évolutions réelles pour décider de mesures politiques. "Travailler sur la contribution que peut jouer, le cas échéant, l'effet de diversion [du vapotage] et réfléchir au rôle des campagnes d'éducation publique et peut-être d’autres actions, sont essentiels pour prendre des décisions politiques appropriés afin de favoriser la récente tendance très encourageante en matière de consommation de cigarettes par les jeunes et les jeunes adultes", proposent les chercheurs. Avant d'insister: "si la principale préoccupation concerne les tendances du tabagisme chez les jeunes et les jeunes adultes, ce qui nous semble approprié, alors le vapotage ne montre pas devoir être un sujet d'inquiétude importante".

mardi 20 novembre 2018

Opération pilote en Angleterre: 63% d'arrêts de fumer à l'aide de 1000 vaporettes gratuites à Salford

"Swap to stop". Passer au vapotage pour arrêter de fumer est le mot d'ordre de l'expérience pilote qui a distribué de janvier à mars plus de 1'000 vaporettes gratuitement à Salford. La ville du nord-ouest anglais, surnommée "the dirty old town", se donne les moyens de s'attaquer aux inégalités sociales de santé liées au tabagisme. Trois appareils différents et quatre arômes de liquides en deux taux de nicotine (10 mg/ ml et 16 mg/ml) étaient mis à disposition dans les centres stop-tabac et sept pharmacies de la ville. "Nous avons atteint  beaucoup de gens. Je pense que cela a été vraiment une très bonne expérience pilote", déclare Kuiama Thompson, du National Health Services du Grand Manchester, invitée à présenter l'initiative au 6ème Ecig-Summit de la Royal Society de Londres cette semaine. 

Machine à combler les inégalités sociales de santé

Cible au cœur de l'opération, les fumeurs à faible revenu qui ont plus de difficulté à arrêter de fumer et sont moins sensibles à l'habituel rhétorique anti-tabac. Et cela a plutôt bien marché avec 69% des participants appartenant à la tranche des 20% les plus démunis. Kuiama Thompson rapporte un témoignage: "Je me suis dit: 'ok, c'est gratuit, allons-y. Je peux juste essayer'. Et je l'ai fait'". Effet d'opportunité et approche incitative douce se sont alliés pour engendrer une moyenne de 63% d'arrêts à quatre semaines des personnes suivies.

Derrière la moyenne générale, l'approche a égalisé les taux de réussites entre classes sociales. Alors qu'elles sont habituellement sensiblement en faveur des classes plus aisées, les différences sont faibles sur cette opération. Comme le montre le graphique présenté par Kuiama Thompson entre les taux de réussites durant Swap to stop en bleu, et ceux habituels en orange.

Une démarche soutenue et assumée

La démarche n'est pas sans rappeler les initiatives de la Vape du Cœur en France, qui délivre appareils de vapotage et conseils pour arrêter de fumer aux plus démunis. Mais en Angleterre, cela se passe avec un véritable soutien assumé et public des autorités sanitaires et politiques. Une campagne de publicité a ainsi pu annoncer l'opération de distribution gratuite.
La vidéo (12 mn en anglais) de la présentation de Kuiama Thompson à la Royal Society de Londres
Kuiama Thompson from The E-Cigarette Summit on Vimeo.

lundi 19 novembre 2018

Genève: le projet de loi qui tuerait l'entraide à l'arrêt du tabac et les vapeshops va t-il passer en silence?

Genève le PL 12385 assimile la vape au tabacAssimilés au tabac, interdits d'être visibles depuis la rue, prohibés d'usage dans les lieux publics et interdits de publicité. C'est le sort qui attend les produits de vapotage, y compris sans nicotine, à Genève si le projet de loi 12385 (PL 12385) est adopté tel quel. Déposé fin août par le Conseil d'Etat genevois et actuellement aux mains de la Commission Economie du Grand Conseil, il annonce légiférer sur l'âge limite de vente des produits du tabac et la vente d'alcool. Actuellement, Genève est un des cantons où les cigarettes peuvent se vendre légalement aux mineurs, la Confédération n'ayant pas de limite d'âge minimal. Combler cette lacune législative ahurissante en fixant un âge minimum de 18 ans parait de prime abord une bonne nouvelle. 

Un projet de loi anti-vape caché derrière la restriction de vente du tabac

Cependant, les justifications de la nouvelle loi du Conseiller d'Etat Mauro Poggia nous avait déjà un peu surpris puisqu'il évoquait plus la peur de l'arrivée du vapotage et du cannabis light que du tabagisme établi et stagnant en Suisse, y compris chez les jeunes. A la lecture du projet, on comprend mieux. Derrière l'annonce de la limitation de vente du tabac se cache un arsenal qui aurait toutes les chances d'éliminer les boutiques spécialisées de vapotage, interdirait de facto l'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage et assimilerait les vapoteurs aux fumeurs.

L'article 4 §3 stipule que "sont considérés comme des produits assimilés au tabac: a) (...) le cannabis légal (...) b) les cigarettes électroniques, présentant un dispositif utilisé sans tabac et permettant d'inhaler de la vapeur obtenue par chauffage d'un liquide avec ou sans nicotine, ainsi que les flacons de recharge et les cartouches pour ce dispositif" [notre emphase]. A partir de ce postulat, toutes les restrictions concernant la vente de cigarette s'appliquent à la vente de vapotage. Nécessité d'avoir une autorisation, interdiction de visibilité des produits depuis la rue et interdiction de vente aux mineurs avec achat-test pour débusquer les fraudeurs, etc. 

Interdit d'essayer et d'expliquer le vapotage

Opération pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage à Genève mai 2018L'intention de tuer la possibilité d'utiliser le vapotage contre le tabagisme comme aide à la réduction des risques se précise dans les modifications des autres lois, à l'article 23 du PL 12385. Allant au-delà de son objet et de son champ d'application, celui-ci veut aussi transformer les lois sur la santé concernant l'interdiction de publicité (K 1 03) et sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics (K 1 18) pour y inclure le vapotage. 

Si le projet était accepté tel quel, il serait interdit de vapoter dans tous lieux publics à Genève, y compris les vapeshops ou lors de réunions d'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage. La publicité ou des actions de sensibilisation à la réduction des risques sur le sujet seraient de facto interdits. Pour qui n'est pas naïf sur ce dossier, c'est bien là un des objectifs principaux des instigateurs en coulisse du projet de loi.

Reportage sur le vapotage en partie à Genève de Zoe Decker pour l'émission 15 Minutes radio RTS fin 2017

L'assassinat de l'entraide et de la réduction des risques

aide à l'arrêt du tabagisme avec le vapotage
Ce serait à court terme, la plus que probable disparition de ces centres stop-tabac d'un genre nouveau que sont les boutiques spécialisées. La possibilité d'expliquer en pratique l'usage et de faire essayer matériel et liquides aux clients les distingue des kiosques à cigarettes. Leur expertise serait de fait bâillonnée par ces mesures. Sans instruction pratique, les usagers, en particulier les néophytes, courront plus de risques d'accident par mésusages.

Et surtout beaucoup plus de risques d'échecs à l'arrêt ou de rechutes dans le tabagisme, interdits qu'ils seront de choisir en testant les liquides adéquats, d'être initiés aux particularités du vapotage et de l'usage des appareils. En résumé, privés d'apprendre les bonnes pratiques. Ce problème se pose aussi évidemment à toutes les démarches d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage. Qu'elles soient autogérées ou encadrées par des professionnels de santé comme actuellement dans la recherche ESTxENDS. L'interdiction de vapoter ajoute également un handicap aux déjà plutôt difficiles tentatives  d'arrêt tabagique des fumeurs: l'assimilation de la nicotine par vapotage étant nettement plus lente que par la fumée, la vape nécessite un autre timing de prises que les pauses cigarettes.

Incohérences fumeuses

Difficile de saisir éthiquement pour quelles raisons, l'Etat de Genève soutient officiellement la distribution expérimental de cannabis avec THC aux mineurs d'un côté, mais leur refuse de l'autre d'éviter d'en consommer en leur laissant l'accès à du cannabis presque sans THC, et a fortiori de le vapoter sans les toxiques de la fumée. De même, les plus de 25% d'adolescents fumeurs seront privés de pouvoir arrêter ou d'éviter de fumer à l'aide du vapotage avec ou sans nicotine. Même leurs parents ou des médecins seront interdits de les aider de cette manière. Faut-il abandonner les jeunes aux produits plus risqués pour ensuite leur accorder le droit à une aide et à la réduction des risques? Avec près de 40% de jeunes de 18 à 25 ans fumeurs, Genève mériterait de renouveler les principes de son approche.

L'absence de réflexion sur les conséquences du projet de loi contre la réduction des risques que ce soit pour les jeunes et les adultes, non seulement par rapport au tabagisme mais également sur le volet du cannabis à faible taux de THC, est troublant. Son argumentaire ne répond ni aux grandes lignes de la stratégie nationale addictions 2017-2024, ni ne respecte les demandes du parlement de traiter de manière clairement différenciée le vapotage des produits du tabac. Une loi cantonale qui serait rapidement périmée par incompatibilité avec la prochaine législation fédérale, en plus de sembler surgir d'un autre siècle.

Protéger le tabagisme sans en avoir l'air

Genève est évidemment très sensible aux charmes fiscaux de la multinationale au grand bâtiment d'acier et de verre. Japan Tobacco (JTI) ne cache pas combattre l'exode vapologique de ses clients. La firme voit ses ventes de cigarettes dégringolées. En plus de campagnes de pub anti-vapoteurs en Allemagne, JTI a même mis sur le marché une vaporette conçue pour n'être qu'un produit de complément, visant "le double-usage" selon les termes de Jens Hermes-Cédileau son directeur Allemagne à EGarage. Comprenez, elle est si peu efficace et si peu dosée en nicotine, qu'il tient du miracle d'arrêter de fumer avec une Logic.

En entravant les dispensateurs éclairés de produits plus efficaces pour sortir du tabagisme, le projet de loi va donc satisfaire les lobbys du système tabac, pharma y compris, et de la grande distribution qui verront d'un bon œil la disparition plus que probable des vapeshops indépendants. Leur alliance cet été pour continuer de vendre des cigarettes en interdisant le vapotage aux adolescents ne laisse pas place au doute sur la question. Autant dire que peu d'intérêts économiques puissants vont s'opposer à ce pan du projet de loi genevois.

Les députés pour sauver la réduction des risques ?

Le Grand Conseil aura t-il le courage et les connaissances sur le dossier pour le modifier avec intelligence? Pour le moment, le projet de loi est en suspens à la Commission Economie. Les médias ayant fait totalement l'impasse sur ses conséquences concrètes contre la réduction des risques, les parties directement concernées ne semblent pas se douter du problème. Sans réaction, Genève risque de se réveiller prochainement avec une loi condamnant à l'extrême marginalité la réduction des risques, le vapotage et la liberté d'arrêter de fumer. Au moment où les coûts des assurances maladies prennent l'ascenseur, agir sur la principale cause évitable de maladies, important facteur d'inégalités sociales de santé, avec une vision politique moderne serait pourtant opportun.


samedi 17 novembre 2018

Un rapport sur la réduction des risques aux yeux des autorités des Cantons et des villes Suisses

Après l'entrée en vigueur de la Stratégie nationale addictions 2017-2024, où en sont les cantons et les villes suisses au sujet de la réduction des risques? Le quatrième pilier, aux côtés de la répression, de la prévention et des soins, est souvent le parent pauvre de l'approche politique. Le report des tâches de la Confédération vers les cantons ces vingt dernières années aiguise l'importance de la compréhension et de la mise en oeuvre locales de la stratégie remplaçant les anciens programmes éparpillés sur l'alcool, le tabac et les drogues. "Il était nécessaire dans un premier temps de dresser un inventaire de la situation actuelle en matière de réduction des risques dans les cantons et les communes et de leurs besoins dans ce domaine", explique la coordination Infodrog, qui vient de publier un rapport d'enquête sur le sujet mandaté par l'Office fédérale de santé publique (OFSP).
(rapport en fin d'article - résumé en français et rapport en allemand)

Quelle réduction des risques au tabac et au cannabis?

"Par la stratégie nationale addictions, l'OFSP poursuit, entre autres, l'objectif d'élargir et même d'étendre la politique des quatre piliers et, partant, de réduire les dommages causés par des substances légales telles que l'alcool et le tabac et de prendre en compte les formes de consommation sans substance", soulignent les auteurs, avant de pointer un point sensible: "Cela soulève la question de savoir dans quelle mesure les approches visant à réduire les dommages peuvent être transférées à des substances légales telles que le tabac, l'alcool et les médicaments sur ordonnance ou aux comportements compulsifs".

Sur la base des réponses des 26 cantons et de 29 villes (sur les 49 sollicitées) à une cinquantaine de questions, le rapport d'Infodrog dresse un état des lieux des conceptions, des offres existantes et des manques ressentis par les autorités locales concernant la réduction des risques envers l'alcool, le tabac, le cannabis, les médicaments, les addictions sans substances et les autres drogues. La diversité de la qualité des répondants, avec quelques réponses consolidées par les autorités et bon nombre traitées par le responsable de la santé publique ou même le médecin cantonal, a amené les auteurs a anonymiser les contributions.

Large majorité favorable à étendre la réduction des risques

La "grande majorité" des cantons et des communes sont positifs envers une "extension des approches de réduction des risques au cannabis, aux substances légales telles que l'alcool et le tabac, aux médicaments sur ordonnance et aux addictions sans substances («addictions comportementales»)". Les répondants inclinent plus à cette approche pour l'alcool que pour le tabac, notamment les cantons, et le cannabis, du côté des villes. Mais les raisons de ces réticences concernant les deux substances liées aux risques de fumer sont très différentes. 

Sept cantons hostiles au vapotage

Concernant le vapotage de nicotine, une minorité de sept cantons s'opposent par principe d'abstinence à la réduction des risques face au tabagisme. A l'opposé, neuf sont très enthousiastes pour la promouvoir. "Il vaut la peine d'envisager d'étendre les approches de réduction des risques au tabac, l'objectif thérapeutique de l'abstinence étant souvent en échec", estime le répondant du canton numéroté K9, tandis qu'un autre regrette l'absence d'engagement clair de l'OFSP pour le vapotage. Un soutien à la réduction des risques face au tabagisme permettrait de faciliter la prise de contact avec le public concerné, soulignent deux cantons. Neuf cantons se montrent favorables avec des réserves en raison du peu de clarté des autorités fédérales et des controverses scientifiques au sujet du vapotage. 

Les villes plus enthousiastes

Du côté des villes, le soutien à développer la réduction des risques face au tabagisme est plus net. "L'accès pour les fumeurs aux alternatives de réduction des méfaits de la cigarette telles que le vapotage [...] doit être amélioré de toute urgence", insiste une municipalité. Seules deux villes, sur les trois défavorables, doutent du besoin de renforcer la politique anti-tabac en y ajoutant la réduction des risques.

Cannabis: la légalisation avant la réduction des risques

Concernant la réduction des risques liés au cannabis, un canton éclairé fait observer la nécessité d'orienter les fumeurs vers des modes de consommation à risque réduit. A l'opposé, deux autres cantons s'opposent à la réduction des risques pour l'herbe croyant que sa consommation est toujours liée ou facilite la consommation de tabac. Tandis qu'un autre opposant doute des connaissances scientifiques sur la réduction des risques.

Les villes tendent à faire passer la légalisation en priorité avant des mesures de réduction des risques concernant le cannabis, car "elle est l'instrument le plus efficace pour réduire les dommages" dans la situation actuelle. Elles regrettent l'opposition de l'OFSP aux projets expérimentaux de distribution de cannabis proposés par cinq villes, et s'interrogent sur l'incohérence de la législation fédérale actuelle. Une ville s'oppose à la légalisation et à des mesures de réduction des risques considérant le cannabis comme une passerelle vers d'autres drogues.  

Confusion sur la réduction des risques en pratique

Quand le questionnaire aborde les offres de réduction des risques déjà en place, les réponses concernant le tabac et le cannabis sont parfois déroutantes. La confusion règne dans certains réponses entre réduction des risques et sevrage par abstinence ainsi que les mesures de prévention. Seuls quatre cantons signalent l'existence de services de conseils "conçus pour encourager les fumeurs à adopter des alternatives moins nocives". Une ville envisage un projet pilote à bas seuil pour promouvoir des alternatives au tabagisme chez les fumeurs. Concernant le cannabis, une ville a lancé un projet pilote de réduction des risques liés au fait de le fumer.

Les demandes des autorités locales aux services fédéraux concernent en priorité une information claire sur la réduction des risques et les bonnes pratiques en la matière, ainsi que le soutien à des recherches dans le domaine. Rappelons que l'OFSP a introduit en 2009, sans base légale comme l'a confirmé le jugement du Tribunal administratif fédéral en avril dernier, une prohibition du vapotage nicotiné au prétexte du besoin de connaissance. Neuf ans après et son abrogation, l'administration fédérale n'a aucune recherche ou étude à présenter sur le sujet, un niveau de compréhension confondant et cultive toujours le même mépris envers les usagers. 

Le rapport d'Infodrog:

[Bref] Inde: la Haute Cour juge l'avis anti-vape du Ministère de la santé sans valeur contraignante pour les Etats

"Cet avis n'est pas contraignant et les Etats et les territoires respectifs ont tout loisir de prendre une décision éclairée à cet égard". Ce mercredi, le verdict du juge Vibhu Bakhru de la Haute Cour de Delhi a mis à mal le projet de prohibition nationale du vapotage en Inde. Les Etats sont donc libres de prendre les mesures appropriées et ne sont pas contraints de suivre la recommandation, publiée le 28 août dernier, du Ministère de la santé de prohiber vente, production, importation, distribution et publicité du vapotage. 

L'avis part en fumée

Le verdict de la Haute Cour fait suite à une plainte d'un vapoteur indien contre l'avis de prohibition. "Son avocat Adarsh ​​Ramanujan a soutenu que l'avis du Ministère violait ses droits fondamentaux puisque cela l'empêchait d'exercer son pouvoir discrétionnaire d'utiliser de tels produits. Il a utilisé le vapotage moins nocif et couramment utilisé par les fumeurs pour cesser de fumer", explique le quotidien Hindustan Times. Le juge a rejeté sa plainte en estimant que l'avis n'ayant aucune valeur contraignante légale, il ne peut pas interdire le droit de vapoter plutôt que de fumer.

"Fumer des cigarettes roulées est presque impossible à réduire ou à arrêter. En conséquence, après avoir appris l'existence du vapotage et avoir pris des renseignements sur Internet, le plaignant a tenté de passer au vapotage", a plaidé l'avocat du vapoteur de 48 ans, atteint dans sa santé à cause du tabagisme. S'appuyant sur le rapport scientifique du Public Health England, l'avocat a fait valoir la réduction des risques d'au moins 95% du vapotage par rapport aux cigarettes. 

Un parjure ?

Une évaluation scientifique anglaise qui a mis en fureur le Dr Pankaj Chaturvedi, de l'Hôpital Tata Memorial de Mumbai, défenseur de la position officielle. "La nicotine à l’état pur est potentiellement cancérigène. Les cigarettes électroniques ne se sont jamais révélées être un outil de renoncement au tabac sûr et efficace", a déclaré le médecin indien. Rappelons qu'il est démontré que la nicotine n'est pas cancérigène selon le Centre international de recherche sur le cancer (IARC).

Près de 300 millions d'indiens consomment du tabac. Environ les 3/4 des cigarettes vendues en Inde proviennent de l'Indian Tobacco Company, détenue en partie par l'Etat fédéral. Au moins six Etats, notamment les principaux producteurs de tabac, ont déjà interdit le vapotage. Ce verdict donne la liberté aux autres Etats de ne pas condamner le droit à la réduction des risques.


vendredi 16 novembre 2018

Italie: les défenseurs du vapotage brisent le silence dans les quotidiens nationaux

"Le vapotage a déjà permis à des millions de personnes d'arrêter de fumer". Le titre domine ce matin une page entière de quatre quotidiens italiens. "Nous espérons que le Parlement veuille bien nous aider dans cette lutte de civilisation, nous libérant définitivement du régime des Monopoles et de l'incompréhensible impôt", signent ensemble l'association des vapoteurs ANPVU, la Ligue Anti-Fumée Italienne (LIAF), la Coalition des professionnels indépendants COIV et l'association des boutiques spécialisées Uni Ecig. La page achetée, après d’âpres négociations semble t-il, dans  il Fatto Quotidiano, il Giornale, Libero et il Tempo, rappelle que "selon le principe de réduction des risques, le passage de fumer à vapoter peut réduire les dommages liés au tabagisme et aider à arrêter de fumer"

Appel à libérer la réduction des risques

A l'opposé du succès de santé publique anglais, la politique italienne a plombé le vapotage avec une surtaxe scélérate doublée du corsetage par le régime des Monopoles, interdisant la vente en ligne de liquide. Des restrictions contestées par l'encart des quatre associations, représentant les usagers, la lutte anti-tabac ouverte à la réduction des risques, les producteurs indépendants et les boutiques. Cette publication arrive au moment où les discussions sur une réforme du vapotage s'éternisent dans les coulisses du parlement et du gouvernement, suite à un amendement au décret fiscal déposé au Sénat.

Hier, l'ANPVU a rappelé dans une lettre ouverte au Gouvernement et aux parlementaires, leur promesse de campagne. "Nous demandons instamment au gouvernement et aux sénateurs qui ont présenté l’amendement, la nécessité de supprimer totalement la taxe à la consommation, la sortie du régime des Monopoles (AAMS), l’OMS ayant reconnu que les produits de vapotage ne sont pas similaires aux produits du tabac, et la restauration des ventes en ligne de tous les produits et liquides de vapotage", insiste l'association des vapoteurs.

Négociations gouvernementales

Quelques heures plus tard, une fuite dans le journal il Sole annonçait que la rencontre en soirée du Gouvernement aurait débouché sur un accord entre la Lega et le Mouvement 5 étoiles (M5S) à propos de la réforme sur le vapotage, sans donner plus de précision. Selon le bien informé site spécialisé SigMagazine, "l'amendement au sein de la commission des finances du Sénat passera probablement dans la nuit de lundi à mardi prochain. Si les accords sont respectés, malgré l’avis négatif des ministères, aux mains du M5S, de la Santé et du Développement économique, les entreprises, les vapoteurs et les commerçants pourront respirer de nouveau. Le taux d’imposition serait réduit de 90%, passant de 0,37€ par millilitre actuellement à 0,03€ par millilitre"

Une forte réduction de la surtaxe, qui ne serait cependant pas l'abrogation totale de celle-ci et de son principe. La question du régime des ventes, notamment en ligne, reste aussi pour le moment incertaine.

[Op] Suisse: parlera t-on de réduction des risques aux manifs contre l'explosion des primes d'assurance-maladie?

Au lieu de leur donner accès aux soins, le système d'assurance-maladie est devenu une cause d'endettement pour des centaines de milliers de personnes en Suisse. "Désormais, certains Romands renoncent à se soigner, en raison de leur franchise élevée, tandis que plusieurs cantons ont introduit une liste noire des mauvais payeurs, qui n’ont désormais plus accès aux soins, sauf en urgence", expliquait l'émission Temps Présent de la RTS l'an passé. 

Manifs ce samedi à 14 h

Depuis, les primes ont poursuivi leur ascension, dépassant 500 Fs par mois pour l'assurance de base à Genève par exemple. Sans que cela n'amènent les autorités fédérales à prendre plus que quelques mesures cosmétiques. De quoi exaspérer la population, comme le montre le mouvement spontané de Lutte contre la hausse des primes d'assurance maladie (LCAPAM). A l'appel de ce groupe, né sur facebook et comptant près de 14'000 membres, des manifestations sont organisées ce samedi à 14 h dans sept villes.

Différentes causes sont à l'origine de ce marasme socio-sanitaire. En premier lieu, l'absence d'indexation des primes aux revenus. A laquelle s'ajoutent la gestion mercantile des caisses, des conflits d'intérêts croisés entre les lobbys, notamment des pharmaceutiques et des assurances, au parlement... et évidemment l'augmentation des coûts de santé. Ne soyons pas dupes, l'excuse est taillée sur mesure pour des dirigeants prompts à se défausser de leurs responsabilités et occulter les autres problèmes. Reste qu'ils augmentent.

Coûts inéluctables ou artificiellement entretenus?

Alain Berset, Conseiller fédéral en charge de la santé, prétend que la hausse des coûts de santé est "inéluctable". En réalité, sa responsabilité est violemment engagée sur la principale cause évitable de maladies: le tabagisme. Sa politique de prohibition du vapotage nicotiné a condamné les fumeurs à ne pas pouvoir arrêter avec l'aide la plus populaire et la plus efficace. Alors que le tabagisme coûterait près de 4,6 milliards de Fs annuels en coûts de santé en Suisse. 

L'interdiction des liquides nicotinés, finalement reconnue illégale et abrogée par le Tribunal administratif fédéral en avril, est directement responsable d'avoir nourri artificiellement les coûts de santé. Depuis 2011, l'Angleterre a réduit d'un quart son nombre de fumeurs, passant en dessous de 15% de la population à présent, avec une politique d'incitation positive au vapotage. Dans le même temps, le tabagisme de la Suisse d'Alain Berset a stagné à plus de 27%

Le fumeur est-il un salaud universel?

En contre-feu aux manifestations de samedi, une campagne se met en place ces derniers jours pour désigner des bouc-émissaires. Sondage orienté diffusé par le quotidien gratuit 20 Minutes à l'appui, se dessine la figure du salaud de fumeur responsable des primes élevées. Et qu'il faudrait punir de primes encore plus élevées, susurre la manipulation facile à l'oreille de la population. En réalité, les fumeurs sont les principales victimes, non seulement dans leur chair, mais aussi financièrement du tabagisme. Alors qu'ils sur-financent déjà proportionnellement les comptes de l'AVS, augmenter leurs primes d'assurances serait non seulement injustes mais surtout contre-productif. 

Le changement personnel se nourrit de confiance. La stigmatisation et l'accroissement des difficultés sociales et financières entravent la sortie du tabagisme. Le fossé grandissant en Suisse dans le succès à arrêter de fumer selon sa classe sociale est éloquent, bien que totalement passé sous silence en premier lieu par les "milieux de la santé". Etre aisé assure trois fois plus de chances de réussir sa tentative d'arrêter de fumer que d'être défavorisé, selon le suivi Salpadia en 2011. Pour ne plus fumer, il faut des moyens concrets d'aide, des encouragements et du soutien pour avoir la confiance de s'engager dans un changement parmi les plus difficiles qui existe. 

Mouvement publique de santé

La politique anglaise s'appuie sur ces deux éléments avec succès: l'accès à l'outil de réduction des risques qu'est le vapotage et des incitations positives au changement - ce que Richard Tahler appelle les nudges -. Une approche qui tend à réduire les inégalités de chances d'arrêt entre classes sociales. L'administration d'Alain Berset ayant fait plus que la démonstration de son incapacité à saisir et, a fortiori, à mettre en oeuvre ces éléments actuels, la question se pose de savoir si son successeur sera plus compétent et courageux pour initier une politique moderne et efficace en la matière

En attendant, espérons que la société civile Suisse s'empare à son tour de la question de la réduction des risques, en particulier face au tabagisme avec le vapotage. Un moyen de freiner les coûts de santé, à défaut de résoudre les problèmes de déloyauté des dirigeants mis en lumière aussi bien par la gestion des assurances-maladies que la politique tabac.


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