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mercredi 14 novembre 2018

Etude: côtoyer des vapoteurs encourage les fumeurs à essayer d'arrêter de fumer

Une étude anglaise passe à la trappe la légende de la "renormalisation" du tabagisme par les vapoteurs. La rumeur savamment entretenue contre les vapoteurs ne reposait sur à peu près aucune recherche le démontrant. "À notre connaissance, aucune étude n’a exploré l’impact de l’exposition au vapotage en contexte réel et n’a examiné les associations possibles avec la motivation d’arrêter de fumer ou d’essayer de cesser de fumer", explique la première étude sur le sujet publiée en open access ce matin dans BMC Medicine. L'équipe de l'University College of London, menée par la Dr Sarah Jackson, a épluché les données de 12'787 questionnaires du Smoking Toolkit Study à des fumeurs anglais entre novembre 2014 et mai 2018, dont 1'580 ont été suivi six mois plus tard. 

Côtoyer des vapoteurs est lié à plus de tentatives d'arrêter de fumer

Selon ces données, un quart des fumeurs anglais côtoient régulièrement des vapoteurs. L'analyse statistique montre qu'ils sont sensiblement plus enclins à avoir essayé d'arrêter de fumer: 32,3% d'entre eux contre 26,8% des autres fumeurs (RR 1,21). Leur motivation est aussi sensiblement plus forte (RR 1,17), tandis qu'à l'opposé les 66% de fumeurs côtoyant régulièrement d'autres fumeurs sont moins motivés à arrêter (RR 0,89). Par contre, les fumeurs fréquentant des vapoteurs ne sont que très légèrement plus susceptibles d'avoir tenté l'arrêt tabagique dans les six mois suivant (34,4% contre 31,3%; RR: 1,10). 

Contrairement à la petite étude expérimentale montrant que la présence de vapoteurs "pourraient évoquer l'envie de fumer" sur le moment à des fumeurs, cette analyse statistique montre l'évolution de mentalité à travers les fréquentations régulières en société. "Ainsi, même si le fait de voir une personne en train de vapoter peut momentanément augmenter l'envie de fumer, l'exposition répétée à cette utilisation peut attirer l'attention des non-utilisateurs sur l'utilité potentielle de ces dispositifs pour les aider à cesser de fumer, ce qui accroît leur motivation à faire une tentative d'arrêter", suggère le travail publié dans BMC Medicine.

Contagion de santé publique par l'exemple

En résumé, côtoyer des vapoteurs tendrait plutôt à inviter les fumeurs à abandonner la cigarette et non l'inverse. Mais un élément déclencheur pour passer à l'acte de l'arrêt tabagique semble le fait de posséder soi-même une vaporette. Les 20% de fumeurs ayant un appareil de vape sont le double proportionnellement à faire partie des 15% très motivés à arrêter et plus du double a déjà avoir tenté que les autres fumeurs. "Un facteur clé des différences réside peut-être dans le fait que les fumeurs régulièrement exposés au vapotage d'autres sont plus susceptibles de les utiliser eux-mêmes", suggère la Dr Sarah Jackson sur ITV News

Les liens entre la fréquentation de vapoteurs, l'envie d'arrêter de fumer et la possession de vaporette par les fumeurs semblent donner du crédit à la thèse de la contagion réticulaire du vapotage contre le tabagisme. "Le fait d'avoir un lien social étroit avec un utilisateur de vapotage pourrait augmenter les chances d'une personne de l'utiliser elle-même", discute l'étude. En somme, les vapoteurs font de la propagande par le fait.

Fin d'une légende urbaine à deux balles

"Jusqu'ici, il n'y avait pas vraiment de preuves permettant de déterminer si le vapotage pourrait renormaliser le tabagisme. Il est donc encourageant de voir avec cette étude que les fumeurs qui se mêlent aux vapoteurs sont de fait encouragés à cesser de fumer", commente Kruti Shrotri, experte en lutte antitabac du Cancer Research UK (CRUK) qui n'a pas participé directement à l'étude, à la presse

En soi, l'étude n'amène rien de très surprenant, mais elle a le mérite de tordre le cou à cette légende urbaine, prospérant sur un biais cognitif, de faire croire que des personnes évitant de fumer à l'aide du vapotage pourrait inciter à fumer. Une thèse aussi intelligente que d'accuser la consommation de jus de pomme en public d'augmenter l'alcoolisme, les pistes cyclables d'inciter à utiliser la voiture ou la vue de lecteurs dans les parcs de nourrir les usages problématiques aux écrans...

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