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samedi 26 octobre 2019

Lu dans le Figaro: Big Tobacco fixe ses objectifs pour tuer la liberté de choix des vapoteurs

Dans le Figaro daté du 23 octobre, des représentants des cigarettiers expliquent leur stratégie pour étouffer la liberté de choix des vapoteurs. Evidemment, ils ne communiquent pas ce projet dans ces termes, mais cela reste assez transparent en filigrane. En premier lieu, ils entendent profiter de la vague de désinformation sur les décès et les malades liés à l'inhalation de produits illicites au Etats-Unis. Ce coup de surf sur l'épidémie de peur contre le vapotage pour pousser à des restrictions contre les produits libres est l'objet principal de l'article, alors que les produits des cigarettiers n'atteignent pas 5% du marché français. "Les géants du tabac présents en France préfèrent voir dans cette crise une opportunité. Ils sont convaincus que leur modèle basé sur des systèmes fermés, avec des capsules préremplies, sortira gagnant", pronostique Keren Lentschner, journaliste du Figaro. 

La liberté du vapoteur s'arrête t-elle où commence celle du cartel du tabac?

L'enjeu économique réel, non formulé par le quotidien français, est de rendre l'ensemble des consommateurs captifs. Avec les systèmes fermés, l'usager est condamné à acheter les capsules de la marque du système fermé, avec un choix d'arômes déterminé par cette marque et au prix fixé par cette marque. Ce type de produits favorise un capitalisme de cartel. A fortiori si cela s'accompagne de taxes éliminant les concurrents de taille plus modeste. L'oligopole est déjà la structure de l'actuel marché des cigarettes que se partagent quatre Big Tobacco en Europe. A l'opposé, les systèmes ouverts, rechargeables, permettent aux usagers de passer d'un liquide à l'autre au gré des envies, des évolutions de goût ou d'usage, et favorisent le jeu de la concurrence.

Pour promouvoir leur objectif d'interdiction des systèmes ouverts et des fioles de recharge, les Big Tobacco entendent donc s'appuyer sur la frayeur. Et le Figaro de l'abreuver. "Les victimes américaines utilisaient, elles, des systèmes ouverts qui leur permettaient de consommer un mélange de liquides de leur choix", ment grossièrement Keren Lentschner du Figaro. En réalité, l'extrême majorité des victimes américaines ont reconnu avoir utilisé des cartouches pré-remplies de liquides prétendument au THC achetées au marché noir. Et quelques unes ont mis en cause des capsule pré-remplies de marques liées aux cigarettiers. Mais il s'est avéré qu'elles avaient aussi consommé des cartouches pré-remplies du marché noir vendues pour être au THC.

[Add. 27-10-2019 à 13h20]: Un lecteur me fait remarquer que Philip Morris a communiqué plus clairement sur le problème aux Etats-Unis: "(...) à mesure que l'enquête de la FDA et du CDC se poursuit, nous constatons qu'elles sont beaucoup plus liées à l'utilisation des huiles de THC", souligne André Calantzolpoulos, CEO de PMI, le 22 octobre. Bien que ce soit plutôt des produits frelatés du marché noir, vendus pour être au THC. "M. Calantzopoulos a clairement déclaré que des produits de vapotage correctement fabriqués ne devraient pas être une cause d'inquiétude", précise le site de PMI. Philip Morris est mentionné dans le Figaro comme un des grands cigarettiers, mais il est à noter qu'il n'y a aucune citation récente particulière sur le sujet d'un représentant de l'entreprise. [/add]

Quel type de promotion veut faire Japan Tobacco?

Pour sa part, Japan Tobacco (JTI) espère aller plus loin qu'un simple mensonge dans le Figaro. Le cigarettier genevois voudrait pouvoir faire campagne. "Aujourd'hui, la communication n'est pas assez forte pour informer les consommateurs sur les produits et leur utilisation, et sur les différences entre systèmes ouverts et systèmes fermés, ces derniers offrant plus de sécurité", avance Nathalie Eyrolles, directrice marketing de JTI France. Quant une telle information vient du producteur des Camel, Winston et des cigarettes American Spirit, on ne peut qu'être convaincu. Ou pas. L'usage actuel que fait JTI de la liberté de publicité en Allemagne et en Suisse sur le sujet nous laisse coi.

Révision de la directive européenne TPD à l'horizon

En arrière-fond, l'article du Figaro nous rappelle que les Big Tobacco préparent activement la révision de la directive européenne TPD concernant le vapotage. On l'aura compris, leur objectif est de faire interdire les systèmes ouverts, et probablement restreindre le choix d'arômes dans la foulée. Ceci ajouté au projet de taxation anti-vapoteurs que les bureaucrates européens tentent d'introduire, élimineraient les plus "petits joueurs" du marché. Ces projets d'entraves sont simplement totalement incompatibles avec les intérêts et les droits des usagers de produits de réduction des risques. 

En complément, on peut regarder le débat au Vapexpo 2019 où intervenait notamment Dimitris Agrafiotis, de la Tennessee Smoke Free Association, et durant lequel a pris la parole un lobbyiste de British American Tobacco, qui ne répond désormais plus à son numéro professionnel (?)... 



jeudi 24 octobre 2019

Avertissement aux consommateurs: des liquides américains sans nicotine frelatés à l'huile en vente online vers l'Europe

Des vape-pens pré-remplis avec de l'huile de noix de coco, ainsi que de la vitamine E, se trouvent en vente sur internet à destination d'acheteurs européens. Inhaler des lipides, tels que contenus dans ces produits, sont susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. Un avertissement de principe a été lancé par l'association Helvetic Vape fin septembre. Puis début octobre, une alerte plus spécifique de l'ETHRA, le regroupement européens des défenseurs des moyens de réduction des risques. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", communique l'ETHRA.

Vendredi dernier, le quotidien Suisse le Temps a livré le nom d'une marque américaine opérant depuis la Pologne qui vend certains produits constitués essentiellement d'huile en les destinant à l'inhalation par un système de vapotage. Une absurdité sanitaire.

En parallèle, plusieurs sources nous ont prévenu de la circulation sur le marché noir de liquides aux drogues de synthèse. Notamment des liquides aux pseudo-cannabinoïdes de synthèse, tels que ceux qui ont fait des ravages sous la forme à fumer de Spice ou K2 apparus aux alentours de 2006. Le nom du Buddha Blue revient fréquemment dans les alertes aux liquides de pseudo-cannabinoïdes de synthèse.

Mais il y aurait également des liquides aux "sels de bains", des drogues de synthèse qui imitent les effets d'autres drogues telles que la cocaïne ou la méthamphétamine. Ces drogues de synthèse circulent depuis plus d'une dizaines d'années, consommées en les fumant, sniffant, et à présent dans des liquides de vapotage vendus sur les marchés noirs. L'étendue de leur usage est difficile à évaluer, comme le précisait déjà en 2014 un chercheur de l'OFDT pour la revue Swaps.

Risques de pneumonies lipidiques

Les liquides de vapotage contenant des lipides sont fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques, quelque soit la substance active présente (nicotine, cannabinoïdes ou drogues de synthèse). Les pneumonies lipidiques exogènes résultent de "l’inhalation aiguë ou chronique de graisse animale, végétale ou minérale", rappelle une étude de cas de l'hôpital du Coulommiers en 2014. "La pneumonie lipoïde peut imiter [les symptômes] de nombreuses autres maladies", présente un article de Respiratory Medicine de 2011. "Des cas aigus, parfois mortels, peuvent survenir, mais la maladie est généralement indolente. (...) Aucune étude dans la littérature ne définit actuellement la meilleure option thérapeutique. Cependant, il existe un consensus sur le fait que la mesure clé consiste à identifier et à mettre fin à l'exposition à l'agent fautif", précisent les auteurs.

La présence de lipides et de vitamine E, qui est liposoluble, font partie des substances fortement soupçonnées, sans que ce soit formellement établi, dans la vague d'empoisonnements aux liquides frelatés aux Etats-Unis. Cela a éveillé l'attention d'usagers européens de liquide de vapotage au CBD sur une marque américaine distribuant ses produits depuis la Pologne à destination de différents pays d'Europe. Dans son catalogue un produit de vapotage au CBD constitué essentiellement d'huile de noix de coco a alerté en particulier des consommateurs, qui ont fait remonté l'info aux associations de défense des usagers.

En Europe, le risque peut venir de produits frelatés et/ou hors réglementation

Les cannabinoïdes eux-mêmes, nonobstant les effets psychoactifs connus, ne sont pas en cause. "Les produits de vapotage au CBD sont légaux dans plusieurs pays européens", rappelle l'ETHRA. Les défenseurs des usagers précisent que "les vendeurs responsables présentent des rapports de toxicologie" pour montrer les niveaux d'éventuels résidus de contaminants (pesticides et fongicides, notamment) et l'absence de lipide dans le liquide. Une très faible présence de THC est légale à des taux maximum variant selon les pays européens - < 1% en Suisse) et < 0,2% en France, par exemple [des concentrations qui n'occasionnent pas d'effets psychotropes ("ivresse")-.

Les liquides de vapotage nicotinés sont soumis à la directive sur les produits du tabac (TPD), qui impose aux distributeurs d'annoncer leurs produits aux autorités sanitaires. L'ajout de lipides ou de vitamines est notamment interdit dans ce cadre. Le 23 septembre dernier sur la radio France-Info, Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), a précisé très clairement que les produits déclarés ne présentent pas les risques qui sont apparus aux Etats-Unis, avec des produits frelatés. En Suisse, l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a aussi confirmé la sûreté des liquides de vape légalement sur le marché.



Aucune réaction de la marque contactée par des usagers

Cependant, l'obsession en 2014 des législateurs de l'Union Européenne à tenter d'amalgamer les vapoteurs aux fumeurs, au lieu d'une réglementation spécifique au vapotage, amène à un flou, si ce n'est une lacune, de réglementation pour des produits sans nicotine tels que ceux mis en vente par la marque américaine depuis la Pologne. Les liquides de vapotage ne doivent pas contenir de lipide ni de vitamine lorsqu'ils sont soumis à la TPD.

Mais est-ce le cas en l'espèce? Les responsables de l'entreprise repérée par des usagers ont été contactés par plusieurs défenseurs de la réduction des risques. Réponses laconiques sans réelle précision, et surtout pas de retrait du produit signalé comme problématique, ni même d'avertissement sur la page de vente du produit.




Le site Make money online Scams exposed ("les arnaques des ventes en ligne exposées") consacre un article à cette marque américaine, soulignant notamment le modèle peu sérieux de marketing en réseau multi-niveau (MLM). Les réactions de "l'ambassadrice" de la marque sur leur page francophone confirment le manque de compétences nécessaires au conseil pour ce type de produit.

Pas de problème majeur avec les produits réglementés

Pour le moment, ces produits douteux ne semblent pas avoir encore fait de victime en Europe. Le 8 octobre, Santé Publique France a confirmé l'absence de vague de cas répertorié depuis le lancement de l'alerte aux signalements en France, tout comme l'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) en Allemagne ce 17 octobre. Au Royaume-Uni, il n'y a pas non plus d'inquiétude sur les produits légaux. 

En Suisse, seul un militant anti-réduction des risques affirme que la crise d'asthme d'une malade chronique à Winthertour a été causée en janvier, six mois avant les empoisonnements aux Etats-Unis, par la "même maladie" indéterminée que les cas américains. Il a médiatisé cette "information" douteuse la veille du vote de la taxe anti-vapoteur au Conseil des Etats... Y a t-il besoin de plus de commentaires?

Heureusement pour les personnes qui apprécient de vapoter du CBD, il existe des liquides produits avec des composants adéquats au vapotage. Il y a également d'autres manières de le consommer sans le fumer: avec des vaporisateurs d'herbe sèche, en gouttes sous la langue ou en massage dans l'intérieur du poignet (où la peau est assez fine)...

La démission politique offre son règne au marché noir

Concernant les produits contenant du THC dans des concentrations au dessus des limites légales, l'absence de régulation sur le sujet laisse les consommateurs aux mains des vendeurs du marché noir. Des produits illicites américains se trouvent notamment via le dark net. Des tests y ont mesuré la présence de lipides et de vitamine E, posant les problèmes de pneumonie lipidique susmentionnés, des métaux lourds et des résidus, parfois en quantité importante, de pesticides et de fongicides, notamment du Myclobutanil.

Le Myclobutanil dégage du cyanure d'hydrogène, sur lequel nous alertions en août et dont la présence a été confirmé dans les produits du marché noir, mais absent des produits légaux, testés par Cannasafe, un laboratoire indépendant. Celui-ci a livré ses résultats en exclusivité à Business Insider"Il y a une division du problème assez nette", explique Aaron Riley, directeur du laboratoire CannaSafe, "cette étude montre à quel point le marché noir [américain] est dangereux et sale".

La diffusion de drogues de synthèse favorisée par le vape bashing

L'apparition des pseudo-cannabinoïdes de synthèse depuis quelques années est également une source d'inquiétude. Avec un potentiel de méfaits sous-estimé par les autorités. Diffusé depuis une dizaine d'années sous forme à fumer sous le nom devenu générique de Spice, les molécules synthétiques généralement avec une liaison atomique différente que la molécule de THC originale produisent des effets instables et peuvent être extrêmement concentrées. Des cas de jeunes partis en vrille dans leur lycée en France montre que ces substances circulent, sans que l'on ait une visibilité nette sur leur diffusion.

Ces derniers jours, de nouvelles alertes sur des cas dans la même région française (Normandie) sont revenus dans la presse. Des liquides avec d'autres drogues de synthèse circulent également, notamment des produits avec des "sels de bains". Les effets de restriction et de prohibition sur les produits de vapotage sans substance, avec nicotine ou avec CBD, poussent certains jeunes, par définition inexpérimentés, dans les bras du marché noir. Là, par effet d'opportunité, ils se retrouvent face à des produits de synthèse illicites, sans réelle compréhension de leur nature et surtout de leurs effets brutaux et souvent inattendus, voire aléatoires.

L'absence d'information claire, et pire la tendance médiatico-politique à égaliser et amalgamer les risques entre produits de vapotage conventionnels, sans distinction avec ceux adultérés par des drogues de synthèse, rend opaque et brouille la compréhension des jeunes face à ces produits. Il y a un effet de banalisation implicite des produits dangereux par l'exagération infondée contre le vapotage classique. Il y a une grande responsabilité politique et médiatique à l'opacité sur ce problème, favorisé par le vape-bashing des défenseurs du tabagisme fumé, y compris de ceux qui se prétendent anti-tabac.

En Suisse, un besoin pressant d'information honnête

Localement, en Suisse, nous savons qu'il n'y a aucune aide ni information pertinente à attendre d'organisation telle qu'Addiction Suisse qui privilégie leurs objectifs politiciens et de carrière à la santé publique. Au mieux, ils attendent un accident pour réclamer de nouvelles mesures de répression des vapoteurs, que la RTS s'empressera de spectaculariser. Du côté des professionnels de vape romands, le réflexe de l'intérêt commercial personnel semble encore prédominer sur une compréhension plus globale du sujet et de l'approche de réduction des risques.

Une voix en prise avec le terrain et libre d'intérêts commerciaux est nécessaire sur ce type de problématique. Mais l'association des vapoteurs Helvetic Vape a été exclue des discussions par les autorités et les groupes de santé publique au profit des lobbys d'intérêts économiques. Cette situation est inquiétante, en la laissant sans prise ni contrôle. Les responsables de santé publique suisses se sont volontairement rendus aveugles par leur profond mépris des usagers.

Le pire est à venir

Les mesures anti-vapoteurs, pour favoriser les cigarettiers et les pharmaceutiques, notamment dans la prochaine loi LPTab en limitant les volumes à 10 ml des fioles et les surtaxant, vont alimenter l'extension d'un marché noir où les produits dangereux vont pouvoir toucher d'autant plus de public par effet d'opportunité. L'interdiction de pouvoir tester les produits en boutiques, par l'amalgame du vapotage au tabagisme et l'interdiction de promotion, va également favoriser la dispersion des clients vers les réseaux de vente sur internet.

Sur celui-ci, l'interdiction Suisse de publicité et promotion du vapotage va favoriser l'opacité entre sites sérieux, vendeurs douteux et marché noir, et entraver l'information de réduction des risques (déjà régulièrement censurée par des réseaux sociaux tels que Facebook). Mais ce pourrissement de la situation n'est-il pas ce que recherchent de longue date les soi-disant gardiens de la pureté morale sur ce sujet..? (oui, c'est une question rhétorique).

Les vaporisateurs d'herbe sèche comme moyen pragmatique pour le cannabis

Pour éviter de fumer et les toxiques liés dans le contexte Suisse - c'était mon conseil pragmatique lors d'un atelier avec des usagers il y a quelques mois -, les vaporisateurs à herbe sèche sont probablement le moyen le plus pratique. Il est plus aisé de trouver des sources de confiance pour les produits tels que l'herbe ou même le shit (la résine), que pour des liquides. Les modèles portatifs, que l'on peut trouver à partir d'environ 120 Fs (100 €), sont devenus pratiques, et la vaporisation permet de réduire d'environ 30% le dosage d'herbe ou de shit pour un effet similaire. 

La vaporisation évite le monoxyde de carbone et les goudrons de la combustion, mais ne protège pas des éventuels contaminants, tels que pesticide, métaux ou saloperies de synthèse, qui seraient contenus dans la matière. Une réglementation permettrait de protéger les consommateurs de tels toxiques. Mais encore faut-il que les autorités trouvent le courage politique de retirer aux dealers leur monopole du marché.




samedi 19 octobre 2019

En Suisse, les produits de vapotage légaux sont "en principe sûrs" rassure l'OSAV

Face à la panique générée par les médias à propos des empoisonnements pulmonaires liées à l'inhalation de produits illicites aux Etats-Unis, les autorités sanitaires Suisses se montrent rassurantes. Dans le Temps hier, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), responsable de la surveillance des produits de consommation, précise que les liquides de vapotage légalement mis sur le marché en Suisse respectent les conditions de la directive européenne 2014/40/UE (TPD). "Si ces exigences sont respectées, les produits sont en principe sûrs", explique Nathalie Rochat, porte-parole de l’OSAV. Les chimistes cantonaux effectuent régulièrement des analyses sur les produits mis sur le marché. 

Roger Genet, directeur général de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) française, l'avait clairement détaillé sur France Info (voir vidéo plus bas). Les produits de vapotage nicotinés sont notifiés et contrôlés en Europe. La TPD interdit l'ajout de lipides et de vitamines, telle la vitamine E, soupçonnés dans la vague d'empoisonnements, dont 26 victimes sont décédées aux Etats-Unis.


Les empoisonnements sont liés à des produits frelatés du marché noir

La plupart des spécialistes du domaine s'accordent que les éléments de l'affaire américaine pointent clairement vers les produits illicites, notamment ceux vendus pour contenir supposément du THC au marché noir. "Nul ne connaît la composition réelle de ces liquides vendus sur le marché noir", expliquee le Dr Reto Auer, de l'Université de Berne. La "catastrophe" américaine "n’est pas due à la vapote, mais à un mésusage de la vapote", précise t-il au Temps. 

En contraste, son étude clinique sur 500 personnes, suivant des fumeurs utilisant régulièrement une vaporette pour arrêter de fumer, est positive. "Aucun d’entre eux ne présente d'effets secondaires indésirables, au contraire", insiste le médecin qui dirige l'étude ESTxENDS

Ne pas inhaler de lipides 

"Mais cela ne concerne évidemment pas les produits illégaux, contenant du THC ou pas, qui circulent en Suisse", précise la journaliste Marie Maurisse du Temps. L'ETHRA, le regroupement européen des défenseurs des moyens de réduction des risques face au tabagisme, a déjà alerté début octobre sur la vente en ligne à destination de l'Europe de cartouches pré-remplies d'huile (!), fortement susceptibles de provoquer des pneumonies lipidiques. L'association d'usagers Helvetic Vape avait également communiqué sur le sujet dés septembre.

Asthmatique malade médiatisée la veille du vote de la taxe anti-vapoteurs 

En Suisse, des militants anti-vapoteurs tentent de souffler sur les braises de la peur. Parmi eux, Macé Schuurmans, auteur d'un brûlot anti-réduction des risques cet été, affirme qu'une malade se serait déclarée à l'hôpital de Winthertour. Le zélote anti-vape avait communiqué ce sujet la veille du vote du projet de loi de taxe anti-vapoteurs passé au Conseil des Etats. Dans les faits, peu de ressemblance entre les victimes américaines et cette dame de 44 ans, asthmatique chronique de longue date ayant vécue en janvier dernier une crise de décompensation, avant de se rétablir. 

On ne peut pas exclure que le vapotage ait pu jouer un rôle dans sa crise. Mais affirmer qu'elle a subi la même maladie que les victimes américaines, avant même celles-ci, relève du ridicule. La demande des pneumologues Suisses d'un recueil des éventuels cas, pour le moment non ouvert par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP), pourrait livrer ce dossier à des yeux experts tiers. 

Tabagisme de masse entretenu

De leur côté les acteurs de terrain, qui tentent réellement d'aider les fumeurs à sortir de la cigarette, craignent des mesures de restrictions et a fortiori d'un retour de la prohibition en Suisse. A l'image de ce que font d'autres grandes nations du tabac telles que l'Inde, le Brésil, la Turquie ou la Thaïlande. Aux Etats-Unis, les annonces de prohibition pleuvent, même si des recours en justice tentent de sauver le droit civique de l'accès à l'outil de réduction des risques.

En Suisse, depuis dix ans le tabagisme stagne à plus de 27% de la population, se positionnant comme la principale cause évitable de maladies. Les substituts nicotiniques ne sont pas remboursés, selon le vœu des firmes pharmaceutiques, dans le cadre de l'assurance-maladie de base (Lamal). Tandis que les services d'Alain Berset ont prohibé illégalement les liquides nicotinés pendant près de dix ans. Près de 9'500 victimes décèdent chaque année des suites de maladies dues au tabagisme en Suisse.

vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



samedi 5 octobre 2019

Idiocracy: la FDA recommande de ne pas consommer de produits du marché noir tout en organisant la prohibition des produits légaux !

Recommander de ne pas acheter de produits au marché noir, tout en organisant la prohibition des liquides aromatisés qui va y pousser près de 10 millions d'utilisateurs. On pourrait croire à une scène du film Idiocracy. Mais ce spectacle d'une bêtise désolante est celle de la bureaucratie de santé publique américaine actuelle. "N'utilisez pas de produits de vapotage - en particulier ceux contenant du THC - obtenus dans la rue ou d'autres sources illicites ou de réseaux sociaux", hurle la Food and Drug Administration (FDA) dans son communiqué publié hier. Dans le même temps, l'agence est le moteur de la multiplication des interdictions de liquides de vapotage aromatisés dans tout le pays, alors que ce type de produit n'est pas à l'origine des empoisonnements pulmonaires. La FDA avait déjà fixé à mai prochain la date butoir d'un cahier d'homologation comme produit du tabac techniquement et financièrement intenable pour les entreprises de vape indépendantes.

Calcul morbide de politiciens

Pourtant l'origine des empoisonnements est claire, bien qu'il reste à déterminer si ceux-ci sont de nature chimique ou lipidique. Les 18 personnes décédées d'empoisonnements pulmonaires avaient consommé des produits du marché noir au THC. Selon les données du Center for Disease Control (CDC), plus de 78% du millier de patients sous observation déclarent avoir consommé des liquides au THC du marché noir. Une large part des 22% restant refusent, comme ils en ont le droit, de déclarer s'ils consomment ou non des liquides au THC, illégaux dans la plupart des Etats du pays. 

Les autorités américaines semblent incapables de faire une simple soustraction pour retirer les personnes refusant de répondre et calculer le taux de personnes "avouant" avoir consommer des produits illicites sur le total des déclarations. L'enjeu de cette incapacité de calcul élémentaire est que si ce taux est suffisamment important, alors les autorités sanitaires ne pourraient plus incriminer officiellement sans raison le vapotage légal. Cette politique du doute a un but: nourrir la peur par l'incertitude.
Le traitement médiatique de cette vague d'empoisonnements pulmonaires restera "dans les livres d’histoire de santé publique comme l’une des plus grandes campagnes de désinformation et de tromperie publique jamais menées. Une campagne immorale de «panique morale» basée sur la fiction, l'intimidation, la terreur, la confusion et la désinformation", argumente le Pr Konstantinos Farsalinos, du Centre de cardiologie d'Athènes, dans un long billet sur son blog. [résumé en français par le Vaping Post] Il prend en exemple un article d'un des journaux du multi-milliardaire Michael Bloomberg, pour lister les contre-vérités assénées depuis deux mois sans interruption sur cette affaire. En Suisse, nous avions relevé la falsification d'un témoignage par la RTS, mais la liste des mensonges et tromperies sur cette affaire est impossible à dresser tant elle est massive.

Épidémie de prohibitions

Or, les empoisonnements aux liquides frelatés illicites ont servi à déclencher une vague de prohibition des produits de vapotage, légaux jusque-là, aux Etats-Unis. L'Etat du Massachusetts en a interdit toute vente pour au moins quatre mois, tandis que le Michigan, l'Etat de Washington et New York ont ​​interdit les liquides aromatisées. Un appel, avec effet suspensif, est en cours devant la Cour Suprême de New-York. Le million d'habitants du comté de Los Angeles (Californie) seront privés d'accès légal à des produits de vape aromatisés à la fin du mois, imitant la décision de la ville de San Francisco. L'Ohio s'apprête aussi à le faire. Le président Trump a même évoqué un projet de prohibition au niveau national. Les annonces se succèdent à un tel rythme, qu'il est possible que cette liste ne soit pas complète.
"Je trouve cynique que la FDA recommande de ne pas utiliser de produit de vape acheté au marché noir. Pendant que notre gouvernement s'affaire à créer un environnement qui oblige les vapoteurs de nicotine à acheter des liquides aromatisés au marché noir", Phil Busardo, figure du mouvement des vapoteurs, sur son compte facebook.

Des voix résistent au maccarthysme anti-vape

Malgré la chasse aux sorcières hystérique contre le vapotage, certaines voix de santé publique s’opposent à la frénésie anti-réduction des risques. "Par un effet pervers, on va pousser les gens vers le même type de produits que ceux qui causent l'épidémie", déclare le Pr Leo Beletsky, de la NorthEast University, dans le Los Angeles Times

"Les interdictions semblent vraiment mal configurées pour résoudre le problème en question", précise l'universitaire qui craint le développement d'un marché souterrain non réglementé pour les produits de vapotage nicotinés. De son côté, Helen Redmond, addictologue new-yorkaise, redoute surtout "un retour au tabagisme pour les vapoteurs" , dans la revue de réduction des risques Filter.

Les opportunistes sont chauds

L'hystérie anti-vape profite évidemment aux cigarettiers. Non seulement, elle relance les ventes de cigarettes, dont la chute a mis en difficulté les budgets des Etats ayant contracté des emprunts toxiques adossés à ces ventes, mais elle offre aussi aux Big Tobacco l'opportunité de démarquer leurs nouveaux produits de tabac chauffé. A titre d'exemple, CNN présente la cigarette trop chauffée Iqos de Philip Morris comme "une nouvelle manière de consommer de la nicotine ni vapotage, ni cigarette". C'est de bonne guerre a t-on envie de dire et la stratégie commerciale est rodée. Le cigarettier vaudois s'est entraîné à profiter des campagnes anti-vapotage d'Addiction Suisse pour pousser son produit à domicile.

Mass murder

Au lieu de résoudre l'origine des produits frelatés au THC en réglementant ceux-ci, les autorités américaines s'apprêtent donc à y ajouter un nouveau désastre de santé publique similaire à la prohibition de l'alcool dans les années 1920'. Ou plus récemment celui de la crise des opioïdes de synthèse où 3 millions de consommateurs de produits pharmaceutiques légaux rendus accros, dont les prescriptions ont été limitées du jour au lendemain sans mesure de réduction progressive, ont été jetés sur le marché noir des dealers de fentanyl, d'oxycontine et d'héroïne. Plus de 250'000 en sont morts depuis trois ans.
"L’approche que nous avons adoptée à ce jour en ce qui concerne la nicotine pourrait constituer une bonne production théâtrale kafkaïenne, mais c’est une politique de santé publique tragique", Pr David Sweanor, de l'Université d'Ottawa, dans la revue Hospital News.
Les responsables de santé publique américains prennent donc l'habitude de programmer des massacres de masse, alors que près de 480'000 de leurs concitoyens meurent prématurément chaque année de maladie provoquées par le tabagisme sans que les médias n'en fassent plus que quelques entre-filets convenus. 

La fabrique du consentement par la peur

Bien que près de 3,5 millions avaient réussi à se libérer de la cigarette grâce au vapotage, environ 35 millions d'américains fument encore. Pour une très grande part membres des classes populaires, avec des revenus et des niveaux éducatifs les plus bas. Délaissés de l'intelligentsia démocrate aussi bien que des affairistes trumpiens, leur droit à accéder à un moyen de réduction des risques, leur droit à l'information et à la liberté d'expression sur ce sujet sont totalement niés par les élites américaines. 

A la place, un club de richissimes desperate housewives des Hampton kidnappe le débat autour de peur névrotique sur le risque pour les "enfants". Or, cette peur n'a pas de fondement réel comme le démontre l'analyse statistique des Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown publiée cette semaine. Il n'y a pas d'épidémie d'addiction à la nicotine à cause du vapotage chez les adolescents américains. Mais ce fait étant black-outé par les médias, il n'a pour ainsi dire pas d'existence. Il restera inconnu de l'opinion publique. Tout comme les études qui montrent que les restrictions, et a fortiori une prohibition, du vapotage favorisent le tabagisme adolescent.


jeudi 3 octobre 2019

USA: commentaires scientifiques sur les biopsies de 17 empoisonnements pulmonaires

Hier, une communication de médecins des cliniques Mayo (USA), publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), indique que les lésions pulmonaires de 17 patients étudiées sont très probablement liées à une toxicité directe ou à des lésions tissulaires dues à des émanations chimiques nocives. Des scientifiques britanniques ont commenté cette communication médicale pour la contextualiser, tandis que les médias francophones ont joué la carte du sensationnalisme sans retenue*. Les médecins américains ont affublé la question du sobriquet ridicule, si ce n'est inconvenant dans les circonstances, de VAPI pour Vaping-Associated Lung Injury.  Parmi les 17 patients sur lesquels des biopsies ont été procédées, 11 répondaient aux critères d'un diagnostic «confirmé» de lésion pulmonaire, tandis que les 6 autres répondaient aux critères d'une désignation «probable». 

Tous les patients ont des antécédents de vapotage, dont certains uniquement de produits de THC et d'autres sans précision dans la communication, qui n'a pas non plus détaillé les antécédents tabagiques de certains patients. Les médecins n'ont pas vérifié la présence de pseudo-cannabinoïdes de synthèse. Pour 12 des patients, la consommation de produits au THC a été établie, généralement rapportée par des proches car la plupart des patients ont été rétifs à reconnaître utiliser une substance illégale soulignent les chercheurs. La communication ne précise pas si ceux-ci sont dans les cas confirmés ou probables, ni si la provenance des produits était tous du marché noir. 11 patients sont de l'Arizona, 5 du Minnesota et un de Floride, trois états où l'usage de cannabis récréatif est illégal. "Dans tous les cas, les résultats histopathologiques ont révélé des types de lésions pulmonaires aiguës, notamment une pneumopathie fibrineuse aiguë, des lésions alvéolaires diffuses ou une pneumonie organisée, généralement bronchiolocentrique et accompagnée de bronchiolite", précise la communication des médecins.

"Une attention récente a été accordée à la possibilité qu'une lésion pulmonaire associée à la vaporisation puisse constituer une pneumonie lipoïde exogène. Cependant, aucun de nos cas n'a montré de preuve histologique de pneumonie lipoïde exogène et aucune preuve radiologique de celle-ci n'a été trouvée", poursuivent les cliniciens, avant de nuancer leur remise en cause de l'hypothèse de pneumonie lipidique liées à l'inhalation de liquide de vapotage de THC frelatés à l'huile. Nous avions déjà évoqué dés le mois d'août la possibilité de pneumopathies chimiques, notamment en lien avec la détection de taux élevés de Myclobutanil, un fongicide extrêmement toxique lorsqu'il est chauffé.

Les deux hypothèses: empoisonnements chimiques ou lipidiques

Cependant les médecins des Cliniques Mayo précisent que ces "observations suggèrent que cette constatation doit être interprétée avec prudence, dans la mesure où il peut simplement s'agir d'un marqueur d'exposition et pas nécessairement d'un marqueur de toxicité. Bien qu'il soit difficile d'écarter le rôle potentiel des lipides, nous pensons que les modifications histologiques suggèrent plutôt que les lésions pulmonaires associées au vapotage représentent une forme de pneumonite chimique centrée sur les voies respiratoires à partir d'une ou plusieurs substances toxiques inhalées plutôt que d'une pneumonie lipoïde exogène en tant que telle, mais les agents responsables restent inconnus".

Commentaires de la Pr Linda Bauld et du Pr John Britton

Le Science Media Centre, le site scientifique promu par le Comité des sciences de la Chambre des Lords britannique, a publié des éclairages sur les résultats de cette communication. "L’étude confirme que des lésions pulmonaires aiguës se sont produites. Les chercheurs ont découvert qu'il ne s'agissait pas d'effets indésirables chroniques - c'est-à-dire ceux qui se sont accumulés sur une longue période et qui causent une maladie - mais plutôt la preuve d'une éclosion similaire à un empoisonnement", souligne en premier lieu la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourg. 

"Ceci fournit une preuve supplémentaire qu'il est extrêmement improbable, voire impossible, que des e-liquides aromatisés à la nicotine du type de ceux utilisés par des millions de personnes dans le monde depuis une décennie (y compris au Royaume-Uni) soient à l'origine de ces blessures. Au lieu de cela, les contaminants semblent être à blâmer. La plupart des preuves suggèrent des adultérants dans le vapotage de cannabis, mais d'autres produits peuvent être impliqués", précise la chercheuse.

La prohibition aggrave les risques

Avant d'insister sur l'augmentation des risques que provoquent les prohibitions: "Aux États-Unis, l'interdiction récente de tous les produits de vapotage aromatisés ne va pas empêcher d'autres cas comme ceux-ci si le coupable est un produit contaminé acheté au marché noir. En effet, les interdictions peuvent aggraver le problème en limitant l'accès et en poussant les gens vers des sources illicites".

Un problème américain

De son côté, le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham, note que "ces échantillons ne montrent pas d'accumulation de lipides, ce qui indique que la cause n'est pas lipidique en soi, mais quelque chose d'autre dans la vapeur. Comme il s’agit d’un petit nombre de cas, nous ne savons pas à quel point il est représentatif, mais ces indications sont utiles"

Avant de souligner le caractère localisé de la vague de cas. "C’est donc quelque chose qui se trouve dans les fluides de vape américains, ou quelque chose au sujet des cigarettes électroniques particulières utilisées par les personnes touchées, mais cela reste quelque chose de distinct du vapotage en général et en particulier du vapotage de nicotine".

* Add: sur le sensationnalisme des médias francophones sur cette étude, on peut lire cet article de Vap'You https://www.vapyou.com/propagande-anti-vape-afp-morts/


[Article censuré] La fraude de Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée

Nous avons publié le 19 juillet 2019 un article relatant des lettres de deux chercheurs universitaires américains dont l'analyse des données montre que l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta parue dans le journal de l'American Heart Association (AHA) affirmant un risque accru du double de crise cardiaque lié au vapotage est frauduleuse. Ces chercheurs avaient écrit au journal pour demandé la rétraction de cette publication frauduleuse. Le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) a estimé que ces lettres des chercheurs contenaient des données de l'enquête de population sur le tabac et la santé (PATH) qui doivent être restreintes. L'ICPSR exige des auteurs qu'ils "détruisent de manière sécuritaire" tous les documents concernés qu'ils soient sur format papier ou électronique.

Nous avons le plus grand respect pour la vérité et l'information du public, et rien n'indique que la destruction des informations requise n'est justifiée par des erreurs. L'ICPSR utilise une clause de protection des données des personnes enquêtées pour faire censurer cette analyse de la fraude de Stanton Glantz, bien qu'aucun nom ni indice sur l'identité des personnes de l'enquête de population ne soient apparent dans les documents voués à destruction. 

Cependant, nous avons également le respect des personnes et ne désirons pas attirer des ennuis à des chercheurs dont le seul "crime" est d'avoir révélé une fraude. Nous dépublions l'article du 19 juillet 2019 intitulé "La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée". Nous publions en revanche ce nouvel article titré "[Article censuré] La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée", qui remplacera également dans l'archive du blog l'article dépublié, bien qu'il ne nous soit plus permis de sourcer les éléments de manière aussi précise et souhaitable qu'auparavant. En complément de cet article, nous conseillons de consulter le blog (en anglais) de Clive Bates, notamment la partie 6, sur les allégations infondées de Stanton Glantz.

[Add à 12h: Par ailleurs, une étude publiée dans Therapeuthic Advances in Chronic Disease le 27 septembre, conclue à l'absence de risque cardiaque accru chez les vapoteurs sur la base de l'analyse des données de la National Health Interview Surveys (NHIS) des années 2016 et 2017 sur près de 60'000 personnes. "Aucune association statistiquement significative n’apparaît entre l'utilisation de cigarettes électroniques et les infarctus du myocarde ou les maladies coronariennes. Les associations entre les facteurs de risque établis, y compris le tabagisme, et les deux types de problèmes étaient remarquablement cohérentes", précisent le Dr Konstantinos Farsalinos, Pr Riccardo Polosa, Fabio Cibella et le Pr Raymond Niaura, auteurs de l'étude. ]

Add à 19h : Le Pr Brad Rodu publie un billet qui revient sur le sujet sur son blog personnel https://rodutobaccotruth.blogspot.com/2019/10/a-false-connection-between-e-cigarettes.html

La révélation de la fraude interdite de communication

On attendra encore longtemps un correctif de l'AFP... Le hoax sur l’accroissement des risques de crise cardiaque à cause du vapotage est démasqué. Mais sa révélation est interdite de communication. Largement relayé par la presse, l'ingénieur Stanton Glantz, de l'Université de San Francisco, a affirmé que la vape double le risque de crise cardiaque. Mais comme cela était soupçonné par de nombreux scientifiques, son étude co-signée avec Dharma Bhatta dans la revue de l'American Heart Association (AHA) est frauduleuse.

Deux chercheurs, à qui il a été interdit le 30 septembre 2019 de communiquer sur le sujet, ont épluché les données brutes de l'enquête Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) sur laquelle Stanton Glantz s'est appuyé. Le résultat dont Vapolitique a eu connaissance est que sur les 38 cas de vapoteurs ayant eu des crises cardiaques recensés, 28 d'entre eux les ont eu avant de vapoter, en moyenne plus de dix ans avant. Restent 10 vapoteurs ayant eu des crises cardiaques sur les 25'0000 personnes que comporte l'enquête PATH. Rapporté à l'ensemble des vapoteurs de l'enquête, cette dizaine de cas donne un risque environ trois fois moindre que celui annoncé par l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta. Un risque proche des données concernant les ex-fumeurs sur le sujet en général.

Le 11 juillet 2019, une demande officielle de rétraction de l'article frauduleux a été adressée à l'AHA. Les auteurs de cette demande ont désormais l'interdiction par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) de rendre publique son contenu, au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête de population PATH. Cette lettre, portée à la connaissance du public par le journal USA Today dans son édition du 19 juillet, a été consultée par Vapolitique. Nous pouvons affirmé que Stanton Glantz et Dharma Bhatta n'ont pas pris en compte dans leur étude l'information détaillée de l'enquête PATH à la fois le moment où les participants ont été informés pour la première fois qu'ils ont eu une crise cardiaque, ainsi que le moment où ces participants ont commencé à utiliser le vapotage.
En résumé, les vapoteurs sont beaucoup moins enclins à avoir une crise cardiaque, et n'ont surement pas le double de risque
En tenant compte de cette chronologie des événements des personnes enquêtées, le calcul des risques de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport au reste de la population donne des chiffres tout à fait différents que ceux avancés par Stanton Glantz. Au lieu d'un risque doublé, on trouve une risque sensiblement réduit de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport à la population en général. Ce qui est concordant avec les données relevées chez les autres ex-fumeurs en général. Les chiffres du calcul ré-effectué par les chercheurs nous sont désormais interdits d'être publiés, bien qu'ils ne présentent aucun violation de données personnelles.

En juillet en réponse, Stanton Glantz a invoqué une analyse secondaire dans l'étude publiée par l'AMA. A la page 9 (tableau S6) de cette analyse secondaire, Stanton Glantz et Dharma Bhatta ont estimé que tout vapoteur ayant eu un infarctus du myocarde depuis 2007 était victime du vapotage. Sur les 16 personnes concernées dans l'enquête, 6 ont eu cette crise depuis 2007 mais plusieurs années avant de se mettre à vapoter. Cette analyse secondaire ne réduit pas les lacunes générales de l'étude, puisqu'elle comporte elle-même de graves erreurs de chronologie entre les événements corrélés.

Ce n'est pas une erreur, c'est un mensonge

Cette analyse secondaire montre que Bhatta et Glantz savaient que de nombreux vapoteurs actuels ont eu une crise cardiaque avant de commencer de vapoter. Leur affirmation publiée dans le journal de l'AHA et très médiatisée que la vape est un facteur de risque accru de crise cardiaque ne tient pas. La demande de rétraction de l'étude au journal de l'AHA avait donc été maintenue, mais cette demande est désormais interdite d'être communiquée au public par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête PATH.

Dans un article le 19 juillet du journal USA Today (*) à propos de cette plainte, le Pr Raymond Niaura, de l'Université de New-York, confirme l'absence de rigueur et de preuve des affirmations de Stanton Glantz. Ayant également réanalysé pour vérification des études sur les liens entre vapotage et crise cardiaque, le chercheur conclue: "nous n'avons trouvé aucune relation entre vapotage et crise cardiaque. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de répondre à la question fondamentale de ce qui est survenu en premier".

Le réel danger cardio-vasculaire est le monoxyde de carbone

Une fois dévoilée la fraude de Stanton Glantz et Bathra Bhatta pour gonfler le nombre de vapoteurs, il resterait une dizaine de cas de crises cardiaques de vapoteurs dans le suivi PATH (qui comprend plus de 25'000 américains). D'autres facteurs tout autre que leur vapotage peuvent être impliqués dans ces crises: à commencer évidemment par leur tabagisme passé, comme le soulignait le Pr Carl Philipps sur les recherches à ce propos. En l'état des connaissances, non seulement rien ne prouve un risque accru de crise cardiaque lié au vapotage, mais rien n'indique même qu'il y a une inquiétude à avoir sur cette question. 

Le monoxyde de carbone dégagé en masse par la fumée de cigarette reste le principal facteur de détérioration cardio-vasculaire lié au tabagisme. Il est totalement absent du vapotage. Le message salutaire essentiel à donner aux fumeurs cardiaques reste d'arrêter de fumer. Le vapotage peut aider certains d'entre eux pour quitter la cigarette. Affirmer le contraire est irresponsable et criminel. Les médias qui ont colporté les propos frauduleux de Stanton Glantz se doivent de corriger cette désinformation.

(*) Conflits d'intérêt croisés

USA Today a choisi de dramatiser la nouvelle sous forme d'opposition de personnes entre Stanton Glantz et Brad Rodu. Une large part de l'article concerne les potentiels conflits d'intérêt des deux protagonistes.

D'un côté Brad Rodu, à qui il a été refusé des crédits pour des recherches sur le snus qu'il voulait mener dans les années 1990', a accepté des aides financières de firmes cigarettières. Depuis, les données épidémiologiques en Suède ont confirmé le bien-fondé de ses travaux sur la forte réduction des risques du snus.

Happening contre l'impunité de Stanton Glantz
De l'autre, Stanton Glantz, ingénieur aéronautique, s'est reconverti dans la lutte anti-tabac durant les années 1990' à l'aide de financement des firmes pharmaceutiques telles que Johnson & Johnson. Actuellement, il bénéficie de deux crédits fédéraux de 20 millions $ chacun, l'un du NIH, l'autre pour des recherches anti-tabac et anti-vape de la FDA. Accusé d'harcèlement sexuel et de discrimination raciste par plusieurs de ses étudiantes, il a négocié un arrangement financier pour stopper les poursuites en justice de ses victimes.

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



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