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jeudi 3 octobre 2019

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



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