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mardi 25 février 2020

Analyse des données britanniques: le vapotage réduit les inégalités sociales de l'arrêt tabagique

«Nos résultats suggèrent que le vapotage peut aider les fumeurs défavorisés à arrêter de fumer. Cela pourrait avoir un impact important sur les inégalités de santé, car arrêter de fumer est très bénéfique pour la santé des gens», explique le Dr Michael Green, sur le site de l'Université de Glasgow. Avec deux de ses collègues de la faculté de santé publique, il a mené une analyse des données de plus de 35'000 adultes et 3'000 jeunes britanniques entre 2015 et 2017 de la Household Longitudinal Study (UK).

"Les fumeurs adultes plus aisés ont plus de chances d'arrêter de fumer, mais cette inégalité se réduit parmi ceux qui utilisent le vapotage", précise l'auteur référent. Selon l'étude publiée dans le BMC Public Health en accès libre, le ratio de chance d'être ex-fumeur présente un handicap de 18% pour les plus pauvres sans s'aider du vapotage, et se réduit à 12% avec le vapotage, au Royaume-Uni.

Les conditions sociales et les mesures politiques jouent un rôle évidemment dans ces inégalités. Par exemple, l'inégalité à l'arrêt tabagique entre groupes sociaux en Suisse atteint en 2011 un handicap de 66% pour les moins diplômés, selon les données du suivi Sapaldia. Les élites de santé suisses entravent de longues dates autant se peut la voie de la réduction des risques face au tabagisme.

Les plus pauvres ont moins de chances de réussir leur arrêt

Principale cause évitable de maladies, le tabagisme est un facteur majeur d'inégalités sociales de santé. Les groupes sociaux défavorisés sont à la fois proportionnellement plus nombreux à fumer et moins à réussir leur arrêt, malgré des tentatives aussi nombreuses que les plus aisés. Dans le contexte de l’accroissement brutal des inégalités sociales de santé, le rôle du vapotage pour aider les fumeurs défavorisés à arrêter de fumer est une question primordiale de santé publique. Elle n'a pourtant reçu que peu d'attention jusqu'ici. 

"Historiquement, les individus plus favorisés ont mieux réussi à arrêter de fumer que ceux qui sont plus défavorisés, mais cette inégalité s'est réduite ces dernières années [au Royaume-Uni], et les cigarettes électroniques ont été suggérées comme une explication possible de cette tendance", souligne l'étude. Les chercheurs écossais ont évalué le rapport entre vapotage et arrêt tabagique en fonction des niveaux socio-économiques (SEP) construits à partir de trois mesures: le niveau d'éducation, la situation professionnelle et le revenu net. 

Ils ont distingué trois cas de recherche. Le lien entre vapotage et niveau socio-économique ainsi que le tabagisme chez les adolescents ; la relation entre le niveau socio-économique et le vapotage des adultes; et la relation entre l'arrêt tabagique avec le vapotage et le niveau socio-économique des ex-fumeurs. Pour évaluer l'impact du vapotage sur les inégalités sociales de santé liées au tabagisme dans le contexte britannique, les auteurs ont voulu évaluer son impact sur les fumeurs et l'arrêt tabagique, mais aussi sur les non-fumeurs, notamment les jeunes adolescents, et une éventuelle initiation à sa consommation. 

Chez les jeunes ados, une expérimentation du vapotage rare

Dans le groupe des adolescents de 10 à 15 ans, 7,5% déclarent avoir fumé et 3,4% avoir vapoté au moins une fois dans leur vie, "bien que cela puisse inclure aussi bien du vapotage régulier que peu fréquent" ou même un simple essai. Parmi ceux qui avaient vapoté, 62,5% avaient déjà fumé. "Nos résultats concordent avec les rapports sur la faible prévalence de vapotage chez les jeunes, en particulier chez les jeunes qui n'ont jamais fumé", précise l'étude. L'absence de question de l'enquête initiale sur la fréquence d'usage et la présence ou non de nicotine me semblent limiter l'analyse de ces chiffres.

Cependant, la dispersion socio-économique des utilisateurs indique clairement que les jeunes les plus défavorisés sont proportionnellement plus à avoir au moins essayé de vapoter: 5,5% des jeunes dont les parents sont dans le quartile le moins favorisés contre 1,9% des adolescents du milieu le plus aisé. «Les inégalités de vapotage chez les jeunes qui n'ont jamais fumé sont à surveiller, mais il y a de bonnes raisons de ne pas s'alarmer. Le vapotage régulier [au moins une fois par semaine] chez les jeunes au Royaume-Uni est très rare, donc tout impact serait limité. En outre, certains des adolescents utilisant des cigarettes électroniques peuvent les essayer à la place des cigarettes traditionnelles, qui seraient probablement beaucoup plus nocives pour eux», commente le Dr Michael Green sur le site de l'Université de Glasgow.

Le vapotage réduit les inégalités de chance d'arrêter de fumer entre classes

Chez les adultes, les résultats montrent que "le désavantage socio-économique augmente la probabilité de vapotage chez les ex-fumeurs, alors qu'il y avait peu ou pas d'effet du niveau socio-économique pour le vapotage des fumeurs actuels et des personnes n'ayant jamais fumé". Les chercheurs ont calculé un indice de l'effet direct du niveau socio-économique sur les chances d'avoir réussi à arrêter de fumer. 
Chez les ex-fumeurs qui ne vapotent pas, être d'un groupe socio-économique plus favorisé offre 18% de plus de chances d'avoir réussi à arrêter. Tandis que parmi les ex-fumeurs utilisant le vapotage, cet écart se réduit à 12%. "Nous constatons des inégalités plus faibles dans le sevrage tabagique chez les ex-fumeurs qui vapotent, ce qui pourrait avoir un effet conduisant à un rétrécissement des inégalités de santé", soulignent les chercheurs en conclusion. 

Un enjeu stratégique à explorer 

Des études explorant dans la durée les évolutions des personnes entre tabagisme, vapotage et cessation pourront mieux documenter la problématique. "Cela sera possible avec les futures vagues de l'étude. La clarification des inégalités dans les transitions entre des états particuliers de tabagisme et de vapotage sera un enjeu important pour de telles recherches longitudinales"

Ceci alors que "la compréhension des impacts du vapotage sur les inégalités socio-économiques liées au tabagisme est particulièrement importante étant donné que peu d'interventions de lutte contre le tabagisme au niveau de la population (à l'exception de la fiscalité) ont eu du succès à cet égard".





mercredi 19 février 2020

Avertissement: Saisies des produits de vapotage aux aéroports en Inde

Attention si vous voyagez en Inde. Les services de sécurité des aéroports saisissent les produits de vapotage. Harsh Vardan, le ministre de la Santé de l'Inde, avait promis au Parlement que la prohibition du vapotage ne prendrait pas les usagers pour cibles. Les promesses en politiques n'engagent que ceux qui les croient. Les deux chambres parlementaires ont cru le ministre et ont validé l'interdiction de la production, l'import-export, la vente et la distribution, ainsi que la publicité des produits de vapotage en décembre. Cependant, depuis le 10 janvier, les services de sécurité des aéroports saisissent les produits de vapotage des voyageurs qu'ils découvrent lors des contrôles.

[add 20-02-2020] Si vous faites partie des victimes de confiscations abusives aux aéroports indiens, merci de prendre 2 minutes pour remplir le formulaire de l'Association of Vapers India (AVI) sur le sujet https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSesFNB1eo_nIYSPcsFYrZGbxhXqmlwPoamulGXiPrURb1johw/viewform [/]

Saisies aux aéroports

"Le Bureau de sécurité de l'aviation civile (BCAS) n'a pas compris la nouvelle loi. Le ministre de la Santé, le Dr Harsh Vardhan, dans son discours à Lok Sabha [le parlement], a déclaré très clairement que l'utilisation personnelle est exclue de son champ d'application, car cela criminaliserait les utilisateurs et violerait les libertés personnelles. Mais le régulateur de l'aviation va à l'encontre de l'assurance publique du ministre. Nous exhortons le ministre de la Santé à intervenir dans cette affaire afin que les gens ne soient pas harcelés", explique Samrat Chowdhery, président de l'Association of Vapers India (AVI) dans un communiqué de presse de l'association des usagers.

Bientôt dans les rues?

Pour le moment, les témoignages ne concernent que des saisies dans les aéroports. Mais la répression pourrait s'intensifier. Le Millenium Post, journal local, annonce aujourd'hui un durcissement y compris dans les espaces publics. Les agents de police de New Delhi notamment ont reçu des consignes en ce sens.

Touristes dépouillés par les forces de sécurité

Dans les aéroports, de nombreux touristes ont été victimes des saisies abusives, y compris parfois en embarquant pour le vol retour. "Le gouvernement indien a adopté une loi interdisant le vapotage, mais pas la consommation personnelle. Le ministère indien de l'aviation civile a mal interprété la loi et il fait saisir et détruire la propriété de visiteurs britanniques sans méfiance", explique l'association britannique d'usagers New Nicotine Alliance (NNA) dans un communiqué de presse aujourd'hui

"La NNA a demandé au Foreign and Commonwealth Office de mettre à jour les conseils aux voyageurs". Plus d'un million de Britanniques voyagent chaque année en Inde, dont près de 50'000 vapoteurs selon l'estimation de la NNA. Mais les Britanniques ne sont pas les seuls touchés. Nous avons connaissance d'un touriste français qui s'est fait dépouiller de son matériel de vapotage à l'embarquement de son vol de retour. 

Un million de morts annuels pour Indian Tobacco

La prohibition touche évidemment aussi la population locale. Elle subit l'interdiction d'accès aux moyens de réduction des risques face au tabagisme. Plus de 120 millions d'Indiens consomment du tabac et près d'un million meurt des maladies liées chaque année. L'Inde est le second producteur de tabac au monde. Le Gouvernement détient directement une part du capital des deux principaux cigarettiers du pays, vendant près de 85% des cigarettes en Inde.


mardi 18 février 2020

La revue JAHA rétracte enfin la fraude de Glantz sur le vapotage et les crises cardiaques

Il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte la publication frauduleuse sur le vapotage et les crises cardiaques. "Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l'objet d'un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document", déclare Michelle Kirkwood, porte-parole de l'American Heart Association (AHA), l'association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

La cause précède l'effet

Très médiatisée à sa sortie, l'étude affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco, ont comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu'ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l'effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, ont mis en évidence l'incohérence. "Les principales conclusions de l'étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides", ont écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l'erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d'experts se trouvent sur le site PubPeer.

JAHA avoue avoir publié l'étude en connaissant son erreur méthodologique

Aujourd'hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L'explication des éditeurs est confondante. "Lors de l'examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d'utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation", explique la revue JAHA

"En d'autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu'il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l'utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l'utilisation du vapotage", commente Jacob Sullum sur le site Reason. "Ils ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n'ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires", poursuit le journaliste spécialisé. 

Que vont faire l'OMS et l'AFP après huit mois a disséminer cette fraude?

Mais JAHA a tout de même publié l'étude en la sachant vérolée ! A présent, Dharma Bhatta et Stanton Glantz disent ne plus pouvoir faire une analyse corrective parce qu'ils n'auraient plus accès à la base de données PATH. Ou parce qu'ils savent avoir fraudé depuis le début et que les données ne peuvent en aucune manière montrer un risque particulier de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport aux autres ex-fumeurs?

Quoiqu'il en soit, la revue aurait du attendre les calculs supplémentaires avant de publier. "Je soupçonne que JAHA aurait été un peu plus prudent avec une étude qui a révélé que le vapotage empêche les crises cardiaques en aidant les fumeurs à arrêter", conclut Jacob Sullum. Peut-être le fait que Stanton Glantz avait déjà diffusé cette thèse dés février 2018 dans une conférence, repris par la presse internationale sans vérification ni contrepoint critique, à influer sur cet étrange choix éditorial?

[add 19-02-2020 à 1h15] Sur son blog, Stanton Glantz se présente ce soir comme victime des défenseurs du vapotage. "A présent, sous la pression continue des défenseurs de la cigarette électronique, les rédacteurs du Journal of the American Heart Association ont retiré le document parce que, sans accès à l'ensemble de données à usage restreint PATH, nous n'avons pas pu faire l'analyse supplémentaire", explique l'ex-directeur du centre de recherche sur le tabac de l'Université de San Francisco. Selon lui, l'impossibilité de l'analyse supplémentaire suit du retrait de l'accès aux données par l'Université du Michigan parce que Bhatta et Glantz avaient "signalé certains numéros de taille d'échantillon sans obtenir l'approbation préalable". A ma connaissance, l'Université du Michigan n'a pas communiqué publiquement sur la raison pour laquelle elle a interdit à Bhatta et Glantz d'utiliser ces données. Ce qui semble une mesure inhabituelle...? [/add]

Se pose la question des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février. D'autre part, le "pool santé" de l'Agence France Presse (AFP) et les nombreux médias qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

Que vont-ils faire pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ?


Suisse: le Tribunal Fédéral casse la taxe tabac sur le cannabis légal

"Du point de vue du consommateur, les fleurs de cannabis [légal] ne remplacent pas les produits de tabac conventionnels, mais elles satisfont d'autres besoins"*. Le jugement du 29 janvier du Tribunal fédéral donne raison au recours contre la surtaxe tabac sur le cannabis légal d'un vendeur de ces produits. La taxation à environ 25% du prix de vente de l'herbe à moins de 1% de THC, et généralement riche en CBD, n'est pas justifiée légalement, car la taxe ne doit viser que les produits qui remplacent le tabac. Le jugement abroge cette surtaxe sans base légale. Les produits  légaux de cannabis restent assujettis à la TVA évidemment.

Fin de la surtaxe de 25% du prix de vente sur le cannabis

"Les fleurs de cannabis sont, même lorsqu'elles sont fumées, un produit aux propriétés spéciales qui ne sont pas des produits de substitution au tabac"*, explique la Cour. La notion de substitut est centrale, car c'est à ce titre que les douanes suisses justifiaient d'assimiler le cannabis légal aux produits du tabac en matière de taxation. Cette taxe contre les consommateurs de cannabis à faible taux de THC devait rapporter 30 millions de fs par an à l'administration fédérale selon la RTS.

Les douanes n'ont pas encore pris en compte le jugement

Ce 18 février, le site de l'Administration fédérale des douanes n'a pas encore été mis à jour pour respecter le jugement du 19 janvier du Tribunal fédéral. Selon la notice de l'AFD rédigée en novembre 2019, la taxe sur le cannabis s’appuyait sur l'article 4 de la loi fédérale sur l'imposition du tabac (LTab; RS 641.31) qui précise que "les produits de substitution" sont soumis à l'impôt sur le tabac. "Sont réputés produits de substitution au sens de l'art. 3, al. 1, de l'ordonnance sur l'imposition du tabac (OITab; RS 641.311) les produits qui ne sont pas ou ne sont que partiellement composés de tabac, mais qui sont utilisés de la même manière que le tabac ou comme tabacs manufacturés, même s'ils ne doivent pas être allumés pour être consommés. Ils sont imposés comme les produits qu'ils remplacent".

Le cannabis n'est pas un substitut au tabac

Le Tribunal fédéral estime, avec bon sens, que le cannabis légal ne remplace pas les cigarettes et ne remplit donc pas la justification à cette surtaxe punitive anti-fumeurs. "Le terme "produits de substitution" se base sur une interprétation sémantique d'un but similaire et non d'un type d'utilisation similaire", précise le jugement de la Cour fédérale. Elle a donc validé la plainte du recourant contre cette taxe "arbitraire", qui pouvait entraver l'accès au cannabis à faible taux de THC pour les consommateurs en raison d'un prix artificiellement élevé.

Le cannabis illégal n'est pas taxé

Rappelons que le cannabis à plus de 1% de THC n'est pas taxé puisqu'il est illégal, sauf cas thérapeutiques particuliers. Ce jugement du Tribunal fédéral est un troisième arrêt en faveur de la réduction des risques contre les politiques fédérales de protection des produits les plus néfastes, après les abrogations des prohibitions des liquides nicotinés de vapotage en mai 2018 et du snus en mai 2019.

* Les citations sont ma traduction, avec les réserves qui s'imposent, du jugement C2_348/2019 du 29 janvier 2020 du Tribunal Fédéral qui est rédigé à l'origine en allemand.
Le jugement mis en ligne par le recourant:

mercredi 12 février 2020

Fraude sur la vape et les crises cardiaques: la revue JAHA fait la sourde oreille à une nouvelle plainte de 16 experts anti-tabac

Dans deux lettres fin janvier, seize nouveaux experts anti-tabac* s'inquiètent de la fraude sur le vapotage et les crises cardiaques publiée en juin dans le Journal of the American Heart Association (JAHA). L'étude signée Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco (UCSF), a fait grand bruit dans les médias à l'époque. Le vapotage serait cause de crises cardiaques. Pourtant rapidement, des chercheurs nourrissent des doutes sur les conclusions de l'analyse statistique. 

Le Pr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, obtiennent les données brutes fédérales ayant servi à l'étude et s'aperçoivent, selon USA Today du 19 juillet, qu'une "large part des 38 patients de l'étude ayant subi une crise cardiaque l'ont eu avant de commencer de vapoter". Les deux chercheurs écrivent à la revue, le 11 juillet puis le 18 juillet, pour demander la rétraction de l'article aux conclusions infondées. En réaction, JAHA joue l'obstruction.

Pression pour étouffer l'affaire

Le 3 octobre,  le Consortium interuniversitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) fait pression au prétexte de la protection des données personnelles sur le Dr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat pour qu'ils ne divulguent pas publiquement leur contre-analyse. Plus de trois mois après les deux lettres de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, la revue JAHA leur répond enfin le 30 octobre d'une formule ampoulée selon laquelle elle va enquêter. "La réponse du Journal de l'American Heart Association n'offre rien de plus qu'une obfuscation bureaucratique", réagit Clive Bates, spécialiste du domaine de la réduction des risques, dans le fil de commentaires PubPeer à l'article de Glantz et Bhatta.

Le Pr Andrew Gelman confirme l'erreur fondamentale de l'étude

En novembre, le Pr Andrew Gelman, spécialiste de statistique renommé et directeur de l'Applied Statistics Center de l'Université Columbia, effectue sa propre analyse des données. "Bhatta et Glantz font des allégations causales basées sur la corrélation entre les problèmes cardiaques et l'utilisation de vapotage, il semble donc approprié d'exclure de leur analyse les personnes qui n'ont commencé à vapoter qu'après leurs attaques cardiaques", explique le spécialiste dans un billet sur son blog.

"Même s'ils l'avaient fait", poursuit-il, "je peux anticiper des problèmes sur les résultats - la confusion avec le tabagisme est le gorille de 800 livres dans la pièce, et toute tentative d'ajustement sur ce facteur de confusion dépendra nécessairement fortement du modèle utilisé pour cet ajustement... mais retirer ces 11 personnes [qui ont eu l'attaque cardiaque avant de vapoter] de l'analyse, cela semble être un minimum", souligne le Pr Andrew Gelman. Cependant, la revue JAHA ne donne toujours pas signe de vie.

Seize experts rentrent dans la bataille

Le 20 janvier, 16 experts* de renommée mondiale de la lutte anti-tabac se décident à demander des clarifications à la revue JAHA, exprimant leur "inquiétude concernant les défauts fondamentaux" du papier signé par Stanton Glantz et Bhatta. Notamment deux lacunes majeures mettent à mal le prétendu lien de causalité entre vapotage et risque de crises cardiaques. En premier lieu, les experts relèvent que "bon nombre des crises cardiaques comptabilisées dans l'analyse se sont produites avant l'adoption du vapotage [par les personnes victimes de crises] et leur exclusion de l'analyse annule la conclusion et la prémisse globale de la publication"

Par ailleurs, les experts académiques soulignent que "les auteurs étaient au courant des données de l'enquête utilisée qui auraient pu corriger cette erreur", à savoir les dates des crises cardiaques et de l'entrée en consommation de vapotage. Les 16 experts soulignent que "la revue n'a jusqu'à présent pas fourni de réponse substantielle à ces préoccupations", déjà mises en lumière par l'analyse de Brad Rodu. Mais, une fois de plus, la revue JAHA envoie une réponse creuse le 23 janvier. 

Seconde charge contre le JAHA

Le 29 janvier, les 16 pointures reviennent à la charge précisant trois problèmes majeurs. "(1) Des défaillances critiques dans le document publié lui-même ; (2) le comportement des auteurs qui n'ont pas ajusté leur analyse en fonction des données qu'ils savaient exister et qui aurait résolu les problèmes liés à leur analyse, mais ce faisant, auraient remis en cause leur conclusion initiale ; (3) la procédure suivie par le journal à la lumière de la plainte du donneur d'alerte déposée par le Dr Brad Rodu en juillet 2019 et à présent suivie par nous".

Les chercheurs vont plus loin en demandant à la revue ce qu'elle compte faire sur deux points précis. "Question 1. Il est clair que les résultats ne sont pas fiables. La revue accepte-t-elle que les résultats ne sont pas fiables et que propose la revue à propos de l'article publié? Question 2 . Pouvez-vous confirmer s'il y a ou a eu une enquête sur cette plainte, décrire son état actuel et indiquer le résultat de l'enquête, le cas échéant?"

Une rétraction seulement après avoir obtenu des mesures anti-vape?

À cette heure, le JAHA n'a pas répondu à la dernière demande des chercheurs. La controverse est accessible au public dans les commentaires de la publication du résumé de l'étude sur PubPeer, le réseau regroupant les publications scientifiques. Cette semaine dans la revue Reason, Jacom Sullum se demande "à la lumière de ce "problème de données", où est "l'évaluation objective et approfondie"  promise par la revue JAHA ?" 

Huit mois après le début de la controverse, tout laisse à penser que l'Association of Heart American joue la montre. Alors que, par exemple, Ranti Fayokun a encore présenté les résultats de Glantz et Bhatta sur les risques de crises cardiaques et d'AVC liés au vapotage comme des vérités établies devant les délégués du Conseil exécutif de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à sa 146e session la semaine dernière à Genève.

[add 18-02-2020] La revue JAHA vient de rétracter la publication. Explications dans ce nouveau billet [/add]

* Les 16 signataires sont:
Pr David B. Abrams, New York University
Pr Kenneth Michael Cummings, Medical University of South Carolina
Pr George Davey Smith, University of Bristol
Dr Konstantinos Farsalinos, Onassis Cardiac Surgery Centre
Pr Jonathan Foulds, Penn State University
Pr Abigail Friedman, Yale School of Public Health
Pr Thomas Glynn, Stanford University
Pr Peter Hajek, Queen Mary University of London
Pr Martin Jarvis, professeur émérite de l'University College of London
Pr Robert Kaestner, Université de Chicago
Pr Ann McNeill, King's College of London
Pr Marcus Munafò, University of Bristol
Pr Raymond Niaura, New York University
David Sweanor, University of Ottawa
Pr David Timberlake, University of California, Irvine
Pr Kenneth Warner, University of Michigan

mardi 11 février 2020

Etude en Irlande: les bébés de mamans vapoteuses naissent au même poids que ceux des non-fumeuses

Selon l’analyse statistique des naissances à l’hôpital Coombes de Dublin en Irlande, les bébés des femmes vapoteuses exclusives ont à la naissance un poids similaire à ceux des non-fumeuses. Soit près de 300 grammes de plus que ceux des fumeuses, y compris les doubles-utilisatrices de vape et cigarettes. Les résultats viennent d’être publiés ce 9 février en accès libre dans le British Journal of Obstetrics and Gynaecology (BJOG).

C’est un constat connu, les mamans fumeuses donnent naissance à des bébés de plus faible poids que les non-fumeuses. La différence est en moyenne de près de 300 grammes. Mais jusqu’ici aucune étude n’avait observé ce qu’il en est des bébés de mères passées au vapotage. Une équipe a analysé les données issues des entretiens des femmes enceintes au second trimestre de leur grossesse à l’hôpital de Coombe en Irlande. L’hôpital situé à Dublin accueille la naissance de près de 8 500 nourrissons chaque année. L’équipe menée par le Dr Brendan McDonnell a identifié 218 femmes enceintes et vapoteuses exclusives et 195 doubles-utilisatrices de vape et de cigarettes. 

Près de 300 grammes de plus que les bébés de fumeuses

L’étude a pris en groupes témoins une centaine de fumeuses (fumant au moins une cigarette par jour) et une centaine de non-fumeuses (n’ayant jamais fumé). À la naissance le poids moyen des bébés de vapoteuses exclusives est à un gramme près le même que celui des bébés des femmes n’ayant jamais fumé: 3 kg 470 contre 3 kg 471. Par contre, les bébés des fumeuses exclusives et des doubles utilisatrices pesaient près de 300 grammes de moins avec respectivement 3 kg 166 et 3 kg 140. La part des cas d’insuffisance pondérale est aussi nettement moindre chez les bébés des femmes vapoteuses (11 %) ou non-fumeuses (12,8 %) que chez ceux des fumeuses (28 %). 

« Nous avons constaté que les utilisatrices exclusives de vapotage ont des bébés avec un poids à la naissance similaire à ceux des non-fumeuses. Par rapport aux fumeuses, les utilisatrices d’e-cig ont une incidence plus faible d’accouchement d’un nourrisson de faible poids à la naissance », soulignent les auteurs. « En revanche, les utilisatrices doubles ont eu des résultats similaires à ceux des fumeuses », précisent-ils. 

Une recherche à approfondir

Cependant, la recherche ne s’appuie que sur un entretien des femmes enceintes. Leur statut tabagique antérieur, une éventuelle évolution au cours de la grossesse, notamment pour les doubles-utilisatrices qui peuvent avoir réduit leur consommation de tabac, ne peuvent apparaitre dans ces données. « La participation des patientes à la conception de futures études sera essentielle », notent d’ailleurs les chercheurs.

Des différences socio-économiques apparaissent entre les femmes enceintes ayant opté pour le vapotage et celles continuant de fumer. « Dans cette étude, les utilisatrices de vapotage appartiennent à un groupe socio-économique plus élevé que les fumeuses de cigarettes conventionnelles, une tendance précédemment observée au Royaume-Uni, mais qui s’est atténuée ces dernières années. Elles ont un taux plus élevé de grossesses planifiées et elles sont plus susceptibles d’avoir pris de l’acide folique prénatal », observe l’étude.

Une alternative aux méthodes classiques

« Les interventions de sevrage tabagique pendant la grossesse ont une efficacité limitée et de nombreuses femmes qui luttent pour cesser de fumer se tournent vers le vapotage comme méthode de réduction des méfaits. Cette recherche suggère que les utilisatrices exclusives de vapotage livrent des nourrissons avec un poids à la naissance similaire à celui des non-fumeuses », concluent les docteurs de l’hôpital de Coombe. 


Crédit photo by Filip Mroz on Unsplash

lundi 10 février 2020

Au Maroc, la mobilisation a permis de réduire mais pas empêcher la taxe sur la vape

Fin novembre, les vapoteurs marocains se mobilisaient contre un projet de taxe assassine. Finalement le parlement a voté en décembre l'instauration de la Taxe intérieure de consommation (TIC) sur le vapotage mais à des niveaux sensiblement moins élevés que prévus initialement. Le Bulletin officiel du 14 décembre (p.8) fixe les montants à 3 dirhams (Dh, soit 0€30) pour 10 mL de liquide sans nicotine, et 5 Dh (0€50) pour 10 mL avec nicotine. A l'origine, la Commission des finances de la Chambre des représentants avait adopté un amendement à la loi des finances 2020 pour taxer jusqu'à 100 Dh les 10 mL de liquide nicotiné à plus de 10mg/mL. 

Chute des ventes de cigarettes

La mobilisation du milieu du vapotage a poussé les parlementaires à réviser à la baisse leur appétit fiscal. Cette taxe contre les vapoteurs arrive au moment où les ventes de cigarettes du marché légal ont chuté de 9% pour la seule année 2019. Aucune statistique fiable ne permet de savoir combien des 5,5 millions de fumeurs marocains ont adopté le vapotage, mais les témoignages attestent de l'engouement pour le moyen de réduction des risques. 

Extrait du Bulletin officiel du 14 décembre 2019, page 8

Philippines: Duterte taxe la vape, interdit les arômes, sauf tabac et menthol, et la vente aux moins de 21 ans

Trois mesures contre le vapotage dans une nouvelle loi ont été promulguées aux Philippines. Le président Rodrigo Duterte a signé la loi RA 11467 le 22 janvier. Elle interdit la vente de produits de vapotage aux moins de 21 ans, sous peine de 10 000 pesos (180 €) d’amende et jusqu’à 30 jours d’emprisonnement. Des taxes sur les liquides sont instaurées à 45 pesos (0€81) pour 10 mL de liquide nicotiné basique et 37 pesos (0€66) par mL pour les pods aux sels de nicotine. La loi programme des hausses annuelles par la suite. Ces deux mesures sont entrées en vigueur sans délai. Enfin, les arômes autres que tabac et menthol sont bannis, avec un délai d’application de 18 mois.

Un certain flou entoure encore l’application des mesures, notamment de l’interdiction des arômes, qui sont désormais sous l'autorité de la Food and Drug Administration Philippines (FDA-Ph). Bien qu’elle déplore particulièrement l’interdiction des arômes, l’association Philippines E-Cigarette Industry Advocates (PECIA) continue de participer au groupe de travail du Sénat sur les réglementations en espérant limiter la casse. Onze autres mesures réglementaires sont encore en discussion, concernant notamment les conditions de vente, d’emballage, de distribution et sur la publicité. 

Hausses annuelles de taxes programmées

Déjà décrétées en juillet dernier, les surtaxes des liquides nicotinés basiques sont portées à 45 pesos (0€81) pour 10 mL dés à présent. La nouvelle loi prévoit qu’elles augmentent ensuite de 5 pesos (9 cts) par an, pour atteindre 60 pesos (1€08) en 2023, puis de 5 % chaque année par la suite. Les pods aux sels de nicotine sont désormais taxés à 37 pesos (0€66) par mL. Cette taxe augmentera ensuite aussi de 5 pesos par an jusqu’à 52 pesos (0€93) en 2023, puis de 5 % chaque année au-delà.
[add 17.02.2020] Les prix des cigarettes varient de 60 Pesos à 120 Pesos le paquet selon les marques. Pour sa part, le salaire moyen aux Philippines est aux alentours de 244 € par mois, selon la Banque mondiale. [/]

Selon la page dédiée aux Philippines du rapport sur l'état de la réduction des risques face au tabagisme dans le monde (GSTHR), les autorités sanitaires évaluaient en 2015 à près de 12,7 millions de fumeurs au quotidien, soit 18,7% de la population. Tandis que le vapotage était utilisé 'couramment' par 0,8% de la population.

Les Philippines ont frôlé encore pire

Les nouvelles mesures semblent mettre un terme au projet d’interdiction complète du vapotage, pour lequel Ranti Fayokun, cadre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), était venu plaider le 10 décembre au Sénat. Elle avait notamment montré des photomontages d’un bébé et du dessin animé Dora l’exploratrice en train de vapoter pour affirmer que ces produits sont destinés aux enfants. La soi-disant experte de l'OMS avait également amalgamé le vapotage de nicotine à la soixantaine de décès aux Etats-Unis, en réalité liés à l'inhalation de produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC.

Son intervention prenait place dans un climat tendu. Trois semaines plus tôt, le 14 novembre, Rodrigo Duterte venait de décréter lors d’une conférence de presse l’interdiction de vapoter en public. Enchaînant quelques jours plus tard avec une sortie menaçant « d’exécuter cette pute de vapoteur ». En parallèle, le Département de la santé Philippin annonçait le 15 novembre la pneumopathie d'une adolescente de Visayas en l'attribuant au vapotage.

Un cas de pneumopathie mystérieuse

Bien que le médecin a d'abord suspecté une maladie infectieuse et que les cas aux Etats-Unis soient liés à l'inhalation de produits frelatés à l'acétate de vitamine E du marché noir du THC et non pas au vapotage de nicotine. A ma connaissance, le rapport médical sur le cas de pneumopathie de la jeune fille, qui s'est rétablie selon la presse locale, n'est pas l'objet d'une publication disponible.

De nombreuses arrestations pour saisir le matériel de vapoteurs avaient lieu immédiatement après l’annonce orale de Duterte de l’interdiction de vapoter en public. Finalement, le despote n’a pas déclenché de nouveau massacre de masse. Alors qu’en 2016, il avait ordonné l’exécution des "toxicomanes", entraînant près de 30 000 exécutions sommaires selon les observateurs. Pourtant, Rodrigo Duterte est lui-même dépendant, avec des effets visibles sur son comportement, à l'opioïde de synthèse Fentanyl.

samedi 8 février 2020

Genève: les vapeshops lancent la récolte de signatures contre l'interdiction d'essayer les produits en magasin

Recueillir 5'294 signatures de citoyens du canton de Genève d'ici au 4 mars. Les boutiques de vape genevoises relèvent le challenge du référendum pour soumettre au vote la nouvelle loi sur le commerce. Sans remettre en cause la limitation d'âge de vente des produits, les vapeshops contestent notamment deux interdictions. L'obligation de rendre invisibles leurs produits depuis l'espace public, ce qui les forcerait à masquer leurs vitrines. Et, encore plus directement préjudiciable pour le public, l'interdiction de vapoter en magasin, qui de facto leur interdirait de faire essayer et expliquer en pratique les produits aux clients.

"Non à une loi qui entrave la cessation tabagique"

Cette interdiction porterait particulièrement atteinte aux fumeurs tentés d'essayer le vapotage. Pouvoir essayer pour déterminer le taux de nicotine et le matériel adéquat est une étape primordiale dans la démarche d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. L'entrave est particulièrement incompréhensible alors que, selon les chiffres officiels (sous-estimés selon des analyses), le tabagisme stagne depuis plus de dix ans à plus de 27% en Suisse.

Le bilan de la politique actuelle pointe même à un honteux 38% de fumeurs chez les jeunes adultes romands de 18 à 24 ans. Dans un pays où la boîte de 14 patchs non remboursés coûte près de 100 fs, le vapotage est devenu l'aide la plus utilisée pour arrêter de fumer en Suisse, avec près de 6% des tentatives avec son aide. Mais longtemps inhibé par la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés, l'impact du vapotage sur la baisse du tabagisme y reste largement en deçà de pays comme le Royaume-Uni ou même la France, moins inféodés aux intérêts cigarettiers que la Suisse.

Élus sourds aux demandes des vapoteurs et des vapeshops

Devant la Commission du Grand Conseil genevois, Isabelle Pasini, représentante des professionnels de vape, avait demandé fin octobre une exemption pour les magasins spécialisés du projet d'interdiction de vapoter dans les lieux publics. Les élus n'en ont pas plus tenu compte que des observations et la documentation que j'avais présentées sous l'angle de l'intérêt des usagers et des droits à la réduction des risques pour les fumeurs. Pourtant, ne pas recevoir d'instruction pratique sur des produits dont l'usage est encore mal connu du public, augmente les risques de mésusages.

Aucune justification sanitaire

D'autre part, une interdiction de vapoter dans les espaces publics n'est soutenue par aucun élément d'ordre sanitaire. Les études ayant mesuré la qualité de l'air ambiant n'ont pas relevé de différence significative en termes de toxiques dans l'air de lieux confinés avec ou sans vapoteurs, y compris dans un vapeshop. Il n'y a aucun élément scientifique montrant un impact sanitaire pour l'entourage des vapoteurs. Les autorités genevoises se réfugient derrière un principe de précaution perverti pour l'occasion. En France, le Conseil d'État avait pour sa part rendu un avis défavorable à une telle mesure contre les libertés individuelles sans justification sanitaire.

On peut ajouter que la situation actuelle en Suisse, où les tenanciers sont libres de tolérer ou interdire le vapotage dans leurs lieux, n'engendre pas de problème particulier. Les autorités genevoises sont en train d'en inventer un. Il parait que c'est une partie du secret de la recette des fameuses Genferei.

À fortiori, viser spécifiquement les magasins spécialisés de vape apparaît comme un harcèlement injustifié de la part des autorités genevoises. L'interdiction de pouvoir essayer les produits de vapotage impacterait de manière négative spécifiquement les vapeshops, en première ligne pour l'aide à l'arrêt tabagique. Elle interdirait aussi les groupes autogérés d'aide à la défume avec la vape. L'énorme déception immanente à cette loi genevoise est la mise à mort de toute alliance possible entre milieu de la vape et monde de la santé pour lutter efficacement face au tabagisme. Alors que des initiatives intéressantes et heureuses se déroulent dans d'autres cantons, notamment à Olten.

Le mépris de l'élite genevoise 

À l'opposé de la posture étroite et méprisante des autorités genevoises, la démarche des addictologues d'Olten est de tendre la main vers les fumeurs des groupes sociaux les plus défavorisés. En Suisse, ils sont les plus touchés par le tabagisme, avec des proportions de 4 à 5 fois plus élevées dans les groupes sociaux défavorisés par rapport aux plus privilégiés. Ces personnes ont aussi, notamment en raison du stress, près de trois fois moins de chance de réussir leur arrêt tabagique que les fumeurs de l'upper class en Suisse. Une inégalité de chance à l'arrêt tabagique qui a explosé en 20 ans, selon le suivi Sapaldia.

Cette question est centrale pour contrecarrer l'accroissement des inégalités sociales de santé, et l'exemple anglais montre que l'essor du vapotage a accompagné une réduction très nette de cet écart entre groupes sociaux. Mais les élus genevois ont décidé d'ignorer les questions sociales et les éléments scientifiques concernant l'approche de réduction des risques pour embrasser le totem des interdictions. Une politique affirmant en filigrane que seuls les forts méritent de survivre, tandis que ceux qui ont eu la faiblesse de devenir fumeurs et n'ont pas les ressources de s'en sortir n'ont qu'à crever. "Quit or die", résume la pensée puritaine. 

Éliminer l'entraide pour cacher leur incompétence

Dans 96% des cas sans aide, les fumeurs échouent leur tentative d'arrêt. Les substituts nicotiniques en pharmacies sont hors de prix et non remboursés par l'assurance-maladie de base suisse. À l'opposé, lorsqu'elles sont bien conseillées et accompagnées, près des deux tiers des personnes qui tentent d'arrêter de fumer avec la vape réussissent. Dans la Genève pilotée par les élites calvinistoïdes, cet accompagnement bienveillant et compétent ne peut se trouver que dans les vapeshops et les groupes d'entraide autogérés. La disposition contre le droit d'essayer les produits de vapotage les éliminerait.

Ce n'est pas seulement que les autorités genevoises ne font rien depuis des années. Elles veulent avec ces mesures empêcher la population de se prendre en charge elle-même. Mon soupçon est que cette réaction est avant tout motivée par la peur que leur incompétence ne soit mise en lumière par l'action efficace de la population. Précisons que l'assimilation du vapotage à la loi sur la fumée passive est une modification connexe hors du champ de la loi sur le commerce initiale. C'est si abusif qu'une députée était tombée des nues lorsque j'avais mis le doigt sur ce problème en Commission (voir le mémorandum p.17).

Les arguments anti-science des autorités

Dans différents débats dans les médias locaux* ces derniers jours, les arguments présentés par les défenseurs de l'interdiction de pouvoir essayer le vapotage en magasins spécialisés se concentrent autour d'une position de principe anti-science, une haine de la réduction des risques et le mythe de l'effet passerelle.

Le rejet des évaluations scientifiques indépendantes du Public Health England et du Royal College of Physicians est implicitement basé sur l'idée que la science est incapable d'évaluer et d'analyser une fenêtre de risques de produits. Il s'agirait d'attendre d'avoir "assez de recul". C'est évidemment un obscurantisme arriéré et infondé, comme le montre l'explication du Dr Lion Shahab à Paris en octobre dernier. Il est un peu flippant de voir que les élus genevois n'ont rien à envier sur leur incompréhension de la science à d'autres régimes intégristes.

Leur second argument s'appuie sur la haine de la réduction des risques. Celle-ci s'habille en "principe de précaution" qui entend condamner les fumeurs à l'arrêt sans vape ou la cigarette et la mort. J'ai déjà expliqué en quoi l'instrumentalisation de ce principe en est une perversion dans ce contexte où la précaution est celle d'éviter le danger avéré, pas d'empêcher les fumeurs de prendre un moyen de se sauver.

Le 3e argument est celui du mythe de l'effet passerelle. Ce point rejoint en large partie le premier, puisqu'il s'agit pour y croire de ne pas observer les données réelles de ce qui se passe pour mieux fantasmer cette peur. Y compris en Suisse, lorsque les données sont récoltées de manière plus pertinente comme à Bâle.

Et pas mal de mauvaise foi

Il reste toujours désarmant d'entendre des élus-autruches vouloir empêcher les jeunes d'éviter d'essayer la cigarette avec le vapotage, y compris sans nicotine. Il y a là un espèce de bug cognitif qui a probablement à voir avec un déni de réalité de leur responsabilité dans la situation actuelle. Mais même sans tenir compte des analyses sur l'écroulement du tabagisme adolescent corrélé à l'essor du vapotage, il reste tout à fait obscur en quoi interdire aux fumeurs adultes d'essayer des produits de vape en magasins spécialisés pourraient prévenir un quelconque usage des adolescents.

Tout cela n'est pas rassurant sur les compétences intellectuelles des dirigeants genevois. On peut même avoir des doutes sur leur éthique. Les citoyens suisses résidents dans le canton de Genève peuvent inverser cette décision, en commençant par signer le référendum dans une des boutiques spécialisées du canton d'ici le 3 mars.

* Notamment sur la télévision locale Léman Bleu, entre Isabelle Pasini, représentante des vapeshops, et Jean-Marc Guinchard, élu démocrate-chrétien; 
sur la radio RTS la 1ère dans Forum entre la même Isabelle Pasini et Jocelyne Haller, élue d'Ensemble à gauche. 
Il y a aussi une séquence sur Radio Cité que je n'ai pas réussi à écouter, peut-être aurez-vous plus de succès technique que moi... http://radiocite.ch/chart/le-grand-format/ 


mercredi 5 février 2020

Vape: la direction de l'OMS pousse pour la défense du tabac indien et l'agenda électoral de Bloomberg contre la science

Affligeant briefing d'information sur le vapotage hier à la 146e session du Conseil exécutif (EB146) de l'OMS à Genève. Mis à l'agenda par l'Irak, autrement dit par un lobby qui a fait pression sur cette nation convalescente dont le vapotage n'est pas une priorité, le sujet a été introduit par le Dr Tedros, directeur général de l'OMS lui-même. Même si la session n'avait qu'un statut informatif et non décisionnaire, l'orientation voulue par la direction de l'OMS ne laisse pas place au doute. Tedros a repris à son compte les éléments de langage du milliardaire candidat à la Maison Blanche Michael Bloomberg. Le vapotage est toxique et constitue une menace pour les jeunes. "Nous en savons suffisamment pour devoir protéger nos enfants de leurs effets nocifs", résume le Dr Tedros comme ligne politique pour l'OMS. Sans discuter ni de réduction des risques face au tabagisme, ni des travaux scientifiques des organismes indépendants, notamment britanniques.

Ranti Fayokun, l'experte en photomontage

Pour appuyer la ligne anti-vape choisie, le briefing d'information a convoqué Ranti Fayokun comme experte scientifique. Pendant une demi-heure, elle a multiplié les affirmations erronées sur le vapotage, dans un exposé déniant tous les éléments scientifiques sérieux. Après avoir confondu particules fines solides et gouttelettes liquides, elle a assuré que le vapotage dégage plus de formaldéhyde que les cigarettes, sans expliquer que cela est dans des conditions irréalistes qui en rendraient l'usage impossible. Reprenant les études bidonnées comptabilisant les personnes ayant fait des crises cardiaques ou AVC avant de vapoter, elle a affirmé que le vapotage augmente les crises cardiaques, les AVC et "peut aller jusqu'au décès" (!). En illustration pour les délégués, mais non visible sur la diffusion publique de l'OMS, de cette affirmation infondée un montage photo digne du Sun.

Dans une explication passablement obscure, la cadre de l'OMS juge inquiétant que des appareils sont réglables. Je cherche encore la justification sanitaire à cette inquiétude et je n'arrive pas à diagnostiquer autre chose qu'une allergie à la liberté chez l'experte de l'OMS. Cette fois, Ranti Fayokun n'a pas affirmé, comme elle l'avait fait au Sénat des Philippines l'existence de produit de vape pour bébés sur la base de montages photographiques. Mais selon elle, les arômes des liquides sont avant tout destinés à attirer "les enfants". Elle a distribué aux délégués des fioles de 50 mL de liquides de vape achetées à Genève, sans préciser que dans ce format, ils sont forcément vendus sans nicotine.

Dénialisme scientifique

Concernant les personnes qui arrêtent de fumer avec le vapotage, "quel est le préjudice pour ces personnes [ex-fumeurs] d'utiliser le vapotage? (...) Que dira t-on à la famille de leur fils ou fille décédé de l'EVALI?", se demande Ranti Fayokun, alors qu'elle sait que ces pneumopathies sont liées aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC. Multipliant les sauts logiques dans sa présentation, elle revient quelques minutes plus tard sur le sujet de l'arrêt tabagique pour affirmer qu'il n'y a pas de preuve que le vapotage aide à arrêter de fumer. L'existence des études britanniques et les millions de témoignages sont simplement niés. On a envie de parler de négationnisme pour qualifier l'exposé de Ranti Fayokun, mais le terme de dénialisme évite une éventuelle polémique inconvenante et hors propos sur la Shoah.


Reprenant les données NYTS sur l'utilisation au moins une fois dans le mois précédent l'enquête du vapotage chez les jeunes, elle ne relève pas que ce ne sont pas des données sur un usage fréquent, qui pourrait être signe de dépendance, et ne précise pas, alors qu'elle a mentionné le savoir auparavant, qu'une large partie n'est pas du vapotage de nicotine. Mais elle affirme qu'ils vont devenir dépendants à la nicotine "et cela aura des conséquences sur leur santé". Sans tenir compte de l'écroulement du tabagisme adolescent corrélé au vapotage.

Ré-écriture de l'histoire?

Elle conclut en reprenant la ligne anti-vape du rapport Mpower de l'OMS, financé par Michael Bloomberg et publié l'été dernier. Présent à la session, Vinayak Prasad, coauteur du rapport et ancien haut-fonctionnaire de l'État indien, a sans surprise appuyé l'appel à la répression du vapotage. Tout comme Tibor Szylagi, coordinateur du Secrétariat de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT).

Celui-ci a fait une sortie troublante selon laquelle la COP7, en 2016 à New Delhi, aurait voté pour recommander aux pays membres "d'interdire ou restreindre le vapotage". C'est la première fois que je vois cette formulation. Jusque-là, les documents de la CCLAT évoquaient la recommandation de "réglementer ou interdire" le vapotage. Étant donné la totale opacité de la CCLAT et de son secrétariat, il est impossible de vérifier cette affirmation.

Les Anglais et les Français doivent-ils continuer de financer cette propagande?

La volonté de l'OMS de placer ce sujet à cette session du Conseil exécutif renvoie évidemment à l'agenda électoral du parrain financier de l'organisme Michael Bloomberg. De son côté, le tabac indien a déjà fait prévaloir ses intérêts en s'appuyant sur le rapport Mpower cosigné par Vinayak Prasad, pour prohiber le vapotage en Inde. Les problèmes profonds de l'OMS sur le sujet, mis en lumière par Sovape, deviennent très préoccupants. Notamment, le hacking des activités anti-tabac de l'OMS par le milliardaire américain et le tabac indien.

Ceci devrait poser la question du positionnement de deux pays grands donateurs à ce domaine de l'OMS (à hauteur de 6% du budget chacun): la France et le Royaume-Uni. Autrement formulé, les contribuables de ces deux pays doivent-ils continuer de subventionner et se faire complices du marketing politique de l'oligarque américain et des intérêts de l'Indian Tobacco Company (ITC Ltd) au détriment de la lutte anti-tabac, du principe de réduction des risques de la CCLAT et des Droits humains?

samedi 1 février 2020

Affaire de la falsification du 19:30: la RTS veut m'imposer un accord de non-divulgation

Il y a des pays où les journalistes défendent la liberté d'expression. Et puis il y a la Suisse, où la Radio Télévision Suisse Romande (RTS) tente de bâillonner les rares voix qui la critiquent. En l’occurrence ma voix, en voulant m'imposer une clause de confidentialité à propos de l'affaire de l'interview falsifiée diffusée par le journal télévisé 19:30 le 5 septembre 2019. J'avais transmis mon article dévoilant la supercherie au service de médiation de la chaîne de service public romande. Le service d'information de la RTS a traîné autant que possible pour répondre, pour finir par demander mi-janvier à ce que les échanges soient soumis à une clause de non-divulgation. 

Si j'avais accepté cette fameuse NDA, cela m'aurait interdit de parler, évoquer, publier ou transmettre le contenu de ces échanges à qui que ce soit. Je n'aurais pas pu écrire ce billet par exemple. J'ai refusé cette clause, tout en acceptant la poursuite du dialogue. Le service de médiation de la RTS n'a plus répondu.

La falsification du 5 septembre

Pour rappel, la RTS a diffusé le 5 septembre dernier une interview initialement tournée par CBS News dont elle a coupé des passages, dénaturant ainsi le contenu pertinent pour les téléspectateurs. À savoir, un jeune, atteint de la vague de pneumopathies aux États-Unis cet été, reconnait avoir consommé des liquides frelatés achetés au marché noir du THC, et son médecin de confirmer la présence de vitamine E dans ceux-ci. 


La RTS n'a retenu que la part de l'interview où le jeune malade évoque son utilisation d'une vaporette d'une marque célèbre. Le commentaire du journaliste suisse incrimine uniquement le vapotage, compris dans le langage courant comme le vapotage de nicotine, et passe totalement sous silence la cause réelle des pneumopathies. La chaîne n'a apporté aucun correctif, malgré ma demande.

Ya du bon tabac à la RTS

Ce procédé viole de manière flagrante la déontologie journalistique. Il y a de multiples intérêts à maintenir le tabagisme. Notamment celui de l'industrie cigarettière, celui des laboratoires pharmaceutiques dont une large part du chiffre d'affaires profite des malades du tabagisme, et les milliards de taxes récoltés par le Département fédéral de l'Intérieur, dirigé par Alain Berset, l'idole socialiste et romande de la RTS. Mais il y a aussi l'intérêt direct de la chaîne à promouvoir le maintien dans le tabagisme, ainsi que l'interdiction de publicité par affichage et dans les journaux du tabac, car plusieurs de ses programmes profitent des financements de l'industrie cigarettière. 

Les grands prix de Formule 1, programme hautement 'bankable', voient ses deux principales écuries financées par Philip Morris et Britsh American Tobacco. La firme cigarettière vaudoise finance aussi une des écuries des courses de moto GP diffusées sur la RTS. À peu près tout le monde a compris que le nombre ahurissant de fumeurs dans les séries télévisées et pas mal de films dépasse le besoin scénaristique. Les restrictions de publicité se sont accompagnées d'une explosion de la présence de cigarettes sur les écrans. Il y a environ deux fois plus de fumeurs dans les séries actuelles qu'il y a 20 ans. Dans tous ces cas, la RTS ne reçoit pas directement d'argent des cigarettiers, mais profite de leur financement de la production de programmes qu'elle diffuse.

Soft power et encéphalogramme plat

Évidemment, la hiérarchie de la RTS ne procède plus à la "soviétique". Le new management a aussi converti ses salles de rédaction. Les consignes prennent les formes éthérées de conseils, remarques et petits commentaires. On ne licencie plus les journalistes qui n'ont pas suivi la ligne, on leur confie juste d'autres sujets. Et, évidemment le plus important, on emballe cette ligne éditoriale dans la bonne conscience politiquement correcte que le vapotage serait la nouvelle cigarette. Le journaliste romand ne pense pas mentir à ses concitoyens, ses voisins, ses proches ou ses enfants. Non, il croit les sauver d'un complot.

Comme un lapsus

L'imbrication de ses deux éléments était illustrée par le débat Infrarouge du 18 septembre, deux semaines après la diffusion de l'interview falsifiée au 19:30. En préambule du débat et non visible dans le replay, la publicité pour la prochaine diffusion sur la RTS du grand-prix de formule 1 avec l'écurie à la couleur Marlboro en gros plan. L'émission refoule, au sens pour ainsi dire psychanalytique du terme, cette publicité qui l'a introduit. Cette forclusion de la responsabilité de la RTS structure la discussion. Ainsi Infrarouge plante le cadre du débat contre le vapotage en réitérant la présentation mensongère de la crise américaine avec un sujet similaire à celui du 19:30 que je mets en cause. 

Parmi les multiples séquences confondantes du débat, dont les leçons joliment récitées par deux étudiants qui rappellent un peu le style révolution culturelle maoïste, la présentatrice Cynthia Gani se fend d'un très théâtralisé "Mais les enfants ! Mais les enfants !". Tuant d'office la possibilité d'un débat sur la réduction des risques pour les jeunes. Alors que, selon les chiffres d'Addiction Suisse à qui certains reprochent d'être sous-estimés, 25% des ados de 15 à 18 ans et 38% des jeunes adultes de 18 à 24 ans romands sont fumeurs. 

Les futurs malades du tabagisme programmés par la RTS

Combien de ceux-ci auraient pu éviter d'essayer la cigarette en essayant plutôt de vapoter, occasionnellement comme les 3/4 des jeunes qui vapotent? Combien parmi ceux déjà fumeurs réguliers auraient pu sortir du tabagisme avec la vape? On peut se faire une idée avec les exemples d'autres pays. Au Royaume-Uni, le taux de tabagisme des jeunes a décru des deux tiers depuis 2011, aux États-Unis de moitié. Ces chutes se sont accompagnées d'un taux élevé d'expérimentation du vapotage, mais d'un niveau faible de vapotage au quotidien. Ce qu'il se passe n'est pas très compliqué à comprendre. Mais c'est tabou et la RTS se tient ferme dans son déni. Non seulement dans cette émission, mais sur l'ensemble de son traitement du sujet depuis plusieurs années.

Le rejet de la réflexion par principe de protection de son déni

Cette forclusion abreuve la duplicité des journalistes de la RTS. Ils savent pertinemment qu'ils mentent. On ne coupe pas de la manière dont a été falsifiée l'interview du 5 septembre sans savoir ce qu'on fait. On ne prépare pas la réplique surdramatisée sur "les enfants" de Cynthia Gani sans savoir qu'on cherche à manipuler le public. Et il y aurait un triste tas d'autres exemples en provenance de la RTS télévision et radio. 

Mais, autant j'ai peu de doute sur le cynisme de la stratégie commerciale de la direction de la RTS sur ce dossier, autant je crois que les journalistes enrobent leurs mensonges et manipulations d'un voile de morale. Probablement ont-ils besoin de croire absolument à la notion de pureté des jeunes. Tous les programmes de prévention sont organisés autour de ce mythe romantique. En réalité, ils sont violemment inefficaces pour les jeunes. Mais ils confortent les a priori idéologiques et moraux des décideurs qui avalisent ces programmes. Ils sont conçus pour être efficaces à obtenir des budgets, pas à être efficaces sur les jeunes. 

C'est ainsi que se reproduit mécaniquement un taux de tabagisme où près de la moitié des jeunes adultes fument. Les journalistes, pour des raisons d'ordre psycho-sociologiques sur lesquelles je fais l'impasse ici, embrassent ce qu'ils croient être le point de vue des décideurs. Ce rôle hybride entre chien de garde et caniche était patent dans le débat d'Infrarouge. En dénigrant le vapotage et en soutenant des mesures qui en entravent l'accès, ce ne sont pas seulement les 'vieux' fumeurs que ce camp anti-vape condamne à mort. C'est en premier lieu une large partie des jeunes qu'il pousse à ne pas avoir d'alternative à risque réduit au tabagisme. Mais ceci est invisibilisé par ce refoulement derrière l'alibi moral.

Un certain dégoût de l'abject

Cette duplicité perverse conciliant bonne morale ainsi que protection et reproduction du tabagisme traverse de part en part le service d'information de la RTS sur le sujet depuis plusieurs années. Son rôle a été déterminant dans la mise en place d'un rapport de force politique qui est sur le point d'aboutir aux lois scélérates anti-vapoteurs aux niveaux fédéral avec le projet de LPTab, et cantonal, à Genève par exemple. Je pense qu'on peut déjà leur concéder la victoire. La partie est jouée, même s'il reste quelques formalités de procédure. Le tabagisme Suisse va se maintenir encore au moins dix ans dans la continuité des dix années précédentes. L'ordre tabagique est sauf, le pseudo "principe de précaution" pour maintenir ses 10'000 décès annuels a prévalu.

Dans ce contexte, accepter l'accord de non-divulgation que voulait m'imposer la RTS n'aurait pas seulement été problématique en regard de mes activités de blogueur et associatives. Cette acceptation de la loi du silence m'aurait été une forme de complicité moralement intenable. Le mauvais traitement infligé par la RTS à la réduction des risques pour les fumeurs a imprégné, malgré moi, mon regard de leurs programmes de la couleur de l'abject. Je ne sais pas si j'arriverais un jour à lever ce dégoût.

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