S'abonner par email :

Répondez au mail de confirmation qui vous est envoyé !

samedi 20 juin 2020

Le point de vue des vapoteurs sur la TPD en pratique analysé par des chercheurs anglais

C’est la première étude universitaire sur le point de vue et l’expérience de vapoteurs concernant la réglementation issue de l'article 20 de la directive européenne (TPD), appliquée depuis 2016 ou 2017 selon les pays. Sans surprise, cette attention au public concerné vient d’Angleterre. « Nous voulions savoir comment les consommateurs percevaient et vivaient la réglementation », précise la Dre Caitlin Notley, de l’Université d’East Anglia. Une curiosité que l’on aurait aimé percevoir de chercheurs issus de l’Union européenne (UE) alors que celle-ci va réviser cette directive d’ici mai prochain. Mais le souci de démocratie sanitaire semble ne pas savoir traverser la Manche.
« Les implications de notre analyse suggèrent que, du point de vue des consommateurs, la future réglementation sur le vapotage ne devrait pas plus restreindre les volumes des fioles de liquides et des réservoirs, et la concentration de nicotine des liquides, mais elle devrait se concentrer sur la garantie de la sécurité des produits, notamment sur les ingrédients utilisés dans les e-liquides. Les organismes de santé publique, les centres d’aide à l’arrêt du tabagisme et les professionnels soignants devraient envisager de sensibiliser les fumeurs aux réglementations afin de les rassurer sur les produits de vapotage et les ingrédients des e-liquides, par exemple en indiquant des supports matériels pédagogiques. Les détaillants de vapotage ont également une responsabilité de communiquer à leurs clients comment certains aspects de la réglementation sont conçus pour protéger les consommateurs », conclut l’étude publiée ce 19 juin dans la revue Tobacco Use Insights.

Un profil de vapoteur de longue date

La recherche, intitulée E-Cigarette User's experiences of the Tobacco Products Directive, s’appuie sur 160 entretiens oraux ou par écrit en anglais menés entre mars 2018 et mars 2019. Bien qu’ouverte à tous les Européens, près de 90 % des répondants de l’enquête sont britanniques. Leur âge s’étale de 22 à 79 ans, avec une moyenne de 49 ans. Les hommes sont fortement surreprésentés avec plus de 70 % des participants. Près de 87 % des participants ont arrêté de fumer et vapotent exclusivement, 7 % ont arrêté de fumer et de vapoter, 2 % sont double-usagers et moins de 4 % ont rechuté dans le tabagisme en abandonnant le vapotage. En moyenne, ils utilisaient le vapotage depuis 4 ans au moment de l’enquête. Aucun participant n’a rapporté utiliser de produit de tabac chauffé.

Une large part ne connait pas la TPD

Premier constat, plus du quart des vapoteurs interrogés n’ont pas connaissance de la législation implémentée en 2017 au Royaume-Uni pour se conformer à la directive européenne sur les produits du tabac (TPD). Cette part importante du public concerné ne sait généralement pas que les ingrédients sont réglementés et les produits notifiés. « Une précédente enquête britannique sur des fumeurs, ex-fumeurs et vapoteurs a montré que moins de 10 % d’entre eux ont connaissance des règles de la TPD », note l’étude, se référant à une récente publication dans Nicotine & Tobacco Research.

Un second constat est un aspect positif de la réglementation. « Dans l’ensemble, les vapoteurs ont été rassurés par les réglementations de fabrication et les exigences relatives aux étiquettes des ingrédients », souligne la Dre Emma Ward dans le communiqué de presse sur la publication. 

Bien qu'à la lecture de l’étude, on voit aussi des participants très ironiques sur les avertissements exagérés contre la nicotine, « même sur les appareils vides ». Pro-actifs, « certains proposent que les avertissements soient plus axés sur la réduction des risques pour les fumeurs sur les paquets de cigarettes afin de les inciter à passer au vapotage moins nocif », rapportent les chercheurs.

Des critiques sur les limitations des fioles et des réservoirs

Mais d’autres points montrent des réactions plus négatives. La limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné est critiquée pour son effet direct de pollution et de gâchis de plastique, ainsi que la hausse de prix que cette limite a indirectement généré. « Je suis inquiet de l’impact environnemental de la production de beaucoup plus nombreuses petites fioles en plastique. C’est un pas en arrière pour l’environnement », regrette un participant. La restriction absurde à 2 mL des réservoirs, qui n’est pas implémentée en France, est aussi reprochée.

Les astuces pour contourner la limite des 20 mg/mL

Un second grand changement introduit par la directive européenne a été la limitation à une concentration maximale de 20 mg/mL de nicotine (en France, cette limite était en vigueur avant la TPD). Des usagers rapportent avoir anticipé cette restriction en faisant des stocks de liquides nicotinés plus concentrés. Que ce soit pour faire ensuite leur propre liquide plus dosé en nicotine et/ou maintenir un prix du liquide plus bas qu’avec l’achat de mini-fioles de 10 mL. « J’ai fait des réserves de solution de nicotine à haute concentration (72 mg/mL) avant l’entrée en vigueur de la TPD. Il me reste des réserves pour environ 4 ans », témoigne un vapoteur.


« De nombreux participants ont acheté des produits non conformes sur le marché noir via des pays où la réglementation [européenne] ne s’applique pas, comme la Chine, les États-Unis ou l’île de Man », rapportent les chercheurs. Un témoin explique avoir commandé des pyrex de rechange à l’étranger pour son appareil « pré-TPD » contenant plus de 2 mL. Tandis qu’un autre avoue que « comme je continue de vapoter du 24 mg/mL, interdit par la TPD, je n’ai pas d’autre alternative que de me tourner vers des sources au marché noir ». Mais d’autres répondants s’inquiètent de la qualité des liquides nicotinés du marché noir ou regrettent de devoir acheter ailleurs qu’à leur vapeshop local.

Les usagers expérimentés se sont démerdés, mais les autres ?


« Il est rassurant de constater qu’aucun participant n’a indiqué avoir rechuté à la suite directe des restrictions, car la plupart d’entre eux se sont adaptés aux changements ou utilisaient déjà des produits conformes aux nouvelles normes. Mais certains participants ont acheté des produits illégaux, comme des liquides nicotinés à plus de 20 mg/mL », commentent les chercheurs. Globalement, les vapoteurs connaissant la situation avant la TPD disent constater une augmentation des prix, la disparition de certains produits et liquides et des désagréments liés aux limitations de volume des fioles et des atomiseurs.


« Les facteurs de succès du vapotage pour arrêter de fumer ne se limitent pas à la teneur en nicotine du liquide, mais comprennent aussi le fait de disposer d’un appareil fonctionnel et satisfaisant à prix abordable et facile à utiliser. Par conséquent, bien que cela ne soit pas démontré dans cette étude portant sur des vapoteurs pour la plupart expérimentés et exclusifs, il est possible que la réglementation TPD ait eu pour effet secondaire de rendre plus difficile pour certains fumeurs d’arrêter avec l’aide du vapotage. Ce point demande d’autres études », laissent en suspens les chercheurs.
 

vendredi 19 juin 2020

L'Estonie suspend sa taxe anti-vape

Lundi, le parlement estonien a adopté l’amendement pour suspendre la surtaxe anti-vape pour au moins deux ans à partir du 1er décembre prochain. Au printemps 2018, l’Estonie avait introduit une surtaxe de 2 € par fiole de 10 mL, couplée à une interdiction des arômes autres que tabac. Le 4 mai dernier, le parlement a réautorisé les seuls liquides mentholés. Interdiction d’arômes et surtaxe ont créé une situation propice aux marchés parallèles hors contrôle depuis deux ans. « La suspension de la perception des droits d’accise sur les liquides de vapotage va permettre aux commerçants de réduire le prix des produits et ainsi d’endiguer les achats transfrontaliers et le marché de contrebande », explique Tarmo Kruusimäe, président du groupe vapotage du parlement estonien, au journal local Postimees

Une situation préoccupante

En effet, près de 85 % des e-liquides consommés proviennent de sources parallèles tandis qu’un dixième des vapoteurs est retourné aux cigarettes, selon l’évaluation de l’association New Nicotine Alliance Estonia (NNA-EE). Dans un pays, où selon les données de l'OCDE, le revenu moyen d'un foyer est aux alentours de 1400 € mensuel, la surtaxe de 2 € par fiole a motivé les consommateurs à trouver des voies parallèles d'approvisionnement. 

À peine deux ans après son introduction, l’Estonie fait donc machine arrière sur la surtaxe devant le marasme engendré. « L’évolution du marché noir est particulièrement préoccupante, car tant les acheteurs que les vendeurs sont souvent des mineurs qui ne devraient pas avoir accès à ces produits. En outre, il n’est pas possible d’être certain de l’origine des e-liquides vendus sur le marché noir et s’ils sont réellement adaptés au vapotage », déplore le député estonien.

... fruit d’une réglementation excessive

« Avant que l’Estonie n’ait une réglementation anti-réduction des risques aussi sévère, les magasins de vape, vendant des e-liquides de qualité testés en laboratoire, détenaient une grande partie du marché. Je pense que tous les pays doivent savoir à quelle vitesse et à quel point les choses peuvent mal tourner en cas de réglementation excessive », expliquait début mai Ingmar Kurg, de la NNA-Estonie, sur le site de l’ETHRA.

Grâce à l’amendement, la taxe est suspendue pour une durée de deux ans à partir de décembre. Mais cela sera-t-il suffisant ? « Nous ne voulons pas revenir à une situation où le marché noir et le commerce transfrontalier se remettent à prospérer dans deux ans », précise le député Tarmo Kruusimäe, « le traitement du projet se poursuivra à l’automne, il sera possible de faire des analyses supplémentaires afin de trouver une solution à long terme ».

Un signe pour l’Union Européenne ?

Après l’Italie, l’Estonie est donc le second pays de l’Union européenne (UE) a revenir en arrière après avoir introduit une surtaxe prohibitive contre le vapotage. Comme le rappelait il y a une dizaine de jours le site italien SigMagazine, qui avait la primeur de l’information. « Un événement similaire s’est également produit en Italie il y a un an et demi lorsque le premier gouvernement Conte a abaissé en moyenne la taxe à la consommation sur les liquides de vapotage de 80 %, la faisant passer de 3 €90 par 10 mL à 0 €40 sans nicotine et 0 €80 avec nicotine. Cependant, l’étape estonienne est encore plus importante, car elle annule toute imposition », souligne Stefano Caliciuri.

Le sujet est d’actualité alors que la Commission Européenne des taxes est chargée par le Conseil européen de préparer des propositions de révision du système d’accises du tabac en y intégrant le vapotage. Le camp hostile au vapotage s’active déjà, à l’image de Daniela Ludwig la commissaire fédérale allemande aux drogues, pour que l’UE impose une taxation du vapotage la plus élevée possible à ses États membres.

Photo by Viktor Jakovlev on Unsplash

mercredi 17 juin 2020

Taxe et interdiction d’arômes : l’Allemagne va-t-elle lancer une blitzkrieg contre les vapoteurs européens ?

L’Allemagne pourrait lancer une guerre éclair contre les vapoteurs à la faveur de sa présidence de l’Union Européenne (UE) ces prochains mois. Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, l’annonce dans une interview donnée cette semaine à Die Welt. Même si la politicienne de l’Union chrétienne sociale (CSU) entretient le flou sur les détails, son programme vise des taxes anti-vapoteurs et des restrictions d’arômes.

Résumé :

  • Daniela Ludwig, commissaire fédérale aux drogues du gouvernement allemand, annonce dans Die Welt vouloir taxer et interdire des arômes de vapotage, en profitant de la présidence allemande de l’Union Européenne ce prochain semestre. 
  • Le Conseil européen vient de donner le feu vert à la Commission européenne des taxes (Taxud) pour préparer une révision de la directive sur les taxes tabac intégrant le vapotage. Plusieurs options sont possibles.
  • La Commission européenne Santé prépare pour mai 2021 un rapport d’évaluation et de possibles révisions de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe la vape. Des rumeurs de menaces d’interdiction ou de restriction contre les arômes circulent à Bruxelles.
  • L’ETHRA, qui regroupe les associations de défense des produits à risque réduits, s’inquiète et préconise aux citoyens de prendre contact et sensibiliser les députés européens afin d'éviter des mesures néfastes telles qu’une taxation du vapotage ou des interdictions d’arômes au niveau européen.
  • Un symposium scientifique à l'Université de Francfort vient de critiquer durement le manque de prise en considération du vapotage pour aider à sortir du tabagisme dans la politique de santé publique allemande.

Taxes et interdiction d’arômes

« À partir de cet été, l’Allemagne assumera la présidence pour six mois du Conseil de l’Union Européenne. “Nous aurons l’occasion de parler aux pays membres. J’aurais déjà préparé un catalogue de mesures sur l’e-cigarette”, précise Daniela Ludwig. Par exemple, les règles de taxation ou d’ingrédients devraient être harmonisées », lit-on dans le magazine allemand Die Welt de cette semaine.

Le premier objectif annoncé par la Commissaire fédérale allemande est de taxer le vapotage. Au même taux que les cigarettes, espère Daniela Ludwig. La menace a de la consistance. En effet, le 2 juin le Conseil européen, les représentants des gouvernements, a donné son feu vert pour que la Commission des taxes (Taxud) prépare une révision de la directive fiscale sur les produits du tabac en y intégrant le vapotage.

« Les conclusions soulignent en particulier que les règles applicables sont devenues moins efficaces, car elles ne sont plus suffisantes ou trop étroites pour relever les défis actuels et futurs liés à certains produits, tels que les liquides pour les cigarettes électroniques, les produits du tabac chauffés et d’autres types de produits de nouvelle génération qui arrivent sur le marché », précise le communiqué du Conseil européen le 2 juin 2020.

Le feu vert du Conseil européen pour intégrer le vapotage aux taxes tabac

Les propositions sur les taxes de la Commission seront ensuite soumises au Conseil européen. Sur ce type de sujet l’adoption des mesures doit se faire à l’unanimité des gouvernements. Autrement dit, chaque État membre a l’équivalent d’un droit de veto. Le Parlement européen pour sa part aura un vague droit de regard. 

Plusieurs propositions sont possibles. Une option pourrait être une taxe sur le vapotage similaire pour tous les pays. Une autre, à l'instar du tabac, donnerait une fourchette de taux minimum et maximum dans laquelle chaque pays pourrait fixer son propre taux d’imposition. Cette fourchette pourrait démarrer à taux 0 % pour préserver les politiques s’appuyant sur le vapotage pour abaisser le tabagisme, comme en France.

Éviter des recours en justice contre les taxes abusives ?

Une telle option permettrait aux pays ayant déjà instauré une taxe anti-vapoteur de ne plus être en porte-à-faux avec le droit européen. Actuellement, la base légale de ces taxes semble mince au niveau du droit européen, en plus de la réalité physique, qui distingue le vapotage des produits du tabac. Une taxe "pigouvienne" est censée se justifier en regard d'une externalisation de coûts, dont on cherchera en vain une trace actuelle dans le cas du vapotage.

Ou viser à endiguer la sortie du tabagisme à l’aide de la vape ?

Les plus pessimistes, qui se souviennent de la déloyauté de la Commission envers les vapoteurs, redoutent une taxation au profit du système tabagique. Les exemples montrent qu'une taxation freine globalement l'engouement des fumeurs vers le vapotage.  

Mais aussi plus spécifiquement, par différents mécanisme économiques, la taxation se révèle particulièrement défavorable aux petites et moyennes entreprises d'un secteur donné. « Des sources m’ont dit que les compagnies de tabac elles-mêmes font pression pour une taxe sur les produits de vape », susurre James Dunworth dans un billet sur le sujet sur Ashtray Blog

Le cas échéant, la manière de taxer les produits peut avoir des conséquences très différentes entre les différents types de produits. Par exemple, une taxe au volume défavorise les systèmes ouverts rechargeables, et avantage comparativement les produits de type Pod, préférés par les cigarettiers aussi pour leur capacité à rendre captifs les consommateurs.

Près de 90 % des Européens consultés sont opposés à la taxe anti-vapoteurs

Une option en faveur de la santé publique viserait à réduire le tabagisme, principal facteur de maladies évitables, en détaxant les produits à risques réduits de substitution tels que le vapotage et le Snus. Au moins jusqu’à la réduction du tabagisme à un niveau résiduel, généralement estimé à 5 % de la population. Mais il semble qu'aucun décideur n’envisage cette approche stratégique.

Pourtant, par deux fois les consultations publiques organisées par la Commission des taxes ont indiqué leur rejet clair d’une taxation du vapotage. En 2016, près de 90 % des répondants à une consultation de la Commission s'opposaient à ce que « le vapotage soit taxé comme produit de tabac ». Rebelote à la consultation de 2018, où plus de 89 % des répondants ont estimé que « le vapotage n’est pas un produit du tabac et ne devrait pas être sujet à une taxe tabac »

La Commission des taxes avait d’ailleurs décidé de ne pas soumettre de proposition pour intégrer le vapotage aux accises du tabac à la suite de celle-ci. Depuis elle a changé d'avis, sans faire de nouvelle consultation publique. C'est ce que le Conseil européen vient de valider.

Le gouvernement allemand contre les vapoteurs ?

Sans évoquer les différentes options ni les enjeux dans son interview pour Die Welt, Daniela Ludwig s’engage à faire pression pour que l’Allemagne force l’Europe à une taxe anti-vapoteurs élevée. Le magazine précise que les assises perçues par l’État allemand sur la vente de tabac dépassent les 14 milliards € par an, et devraient battre un record cette année. 

Ces taxes représentent environ les 2/3 du prix des cigarettes. Appliquer une taxation similaire au vapotage, tel que l'aimerait Daniela Ludwig, pourrait multiplier par trois les prix de vente des produits concernés en Allemagne. Alors que l’Allemagne détient le bonnet d’âne européen en matière de politique sur le tabagisme, mais se trouve aussi être le principal pays manufacturier de cigarettes du continent.

La chasse aux fraises

Info-Vape
Le second objectif de Daniela Ludwig est l’interdiction d’arômes et d’ingrédients, citant précisément les goûts fruités. « Les saveurs de fruits dans les liquides plaisent aux jeunes, elles ne sont pas du tout faites pour les fumeurs », assène la Commissaire fédérale. Au niveau européen, ce sujet serait du domaine de la directive sur les produits du tabac (TPD), dont l’article 20 traite de manière connexe du vapotage nicotiné. Un rapport d’évaluation, probablement accompagné de propositions de révision, doit être présenté par la Commission européenne Santé d’ici le 20 mai 2021. Le processus est déjà entamé.

Le prétexte de Daniela Ludwig pour vouloir interdire des arômes est la protection des jeunes. Bien que, « par rapport au vapotage des arômes au tabac, le vapotage des autres arômes n’est pas associé à une augmentation de l’initiation au tabagisme chez les jeunes, mais ce vapotage [d’arômes autres que tabac] est associé à une augmentation des chances de cesser de fumer chez les adultes », confirme de nouveau une récente étude sur un panel de près de 18 000 personnes par des chercheurs de Yale publiée en accès libre par JAMA.

Faut-il un âge minimum pour avoir le droit d’éviter de fumer ?

Les études sérieuses sur l’évolution du tabagisme adolescent et des jeunes adultes montrent qu’ils n’ont jamais été aussi peu à fumer dans les pays où le vapotage s’est diffusé. Aux États-Unis, une analyse sur les vingt dernières années révèle que sans le vapotage, 2,5 % des adolescents supplémentaires seraient devenus fumeurs réguliers. 

En conférence à Paris pour le Sommet de la vape en octobre dernier, le Pr David Levy déclare sur l’évolution du tabagisme des jeunes Américains depuis l’apparition du vapotage : « J’ai fait des analyses sur près d’une quarantaine de pays. Et je n’ai jamais vu une chute si rapide du tabagisme dans ce groupe clef  [des 18-24 ans]». (Vidéo de la conférence sur YouTube)

Le même phénomène est constaté au Royaume-Uni et en France. L’analyse de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) souligne même que les jeunes qui ont utilisé le vapotage ont près de 40 % de risques en moins de devenir fumeurs au quotidien d’ici leurs 17 ans. Une information cruciale alors que près de neuf fumeurs sur dix ont commencé de fumer avant leurs 18 ans.

Appel à alerter les députés européens

A la lecture de l’intervention de la Commissaire fédérale dans Die Welt, l’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) s’inquiète. Les mesures soutenues par Daniela Ludwig vont en sens opposé au manifeste pour la réduction des risques face au tabagisme récemment publié par l'ETHRA. « Il est décevant que Mme Ludwig souhaite que l’échec de la politique allemande soit généralisé à toute l’Union européenne », réagit Hendrik Broxtermann de l’association ExRaucher (IG), sur le site du rassemblement des défenseurs de la réduction des risques. 

« Nous devrions chercher à améliorer la réglementation que nous avons en l’assouplissant sur certains points, sans imposer davantage de restrictions qui ne peuvent que protéger le commerce des cigarettes », ajoute-t-il. L’ETHRA invite les citoyens à contacter les élus au Parlement européen pour les sensibiliser à la situation réelle des vapoteurs, de son potentiel pour arrêter de fumer, des entraves à celui-ci que représenteraient des mesures telles que les interdictions d’arômes et des taxes. Les coordonnées des élus européens, notamment des députés français, sont disponibles sur le site du parlement européen.

« La taxation des produits de vapotage dissuaderait des millions de fumeurs d’essayer des produits à risques réduits ; l’interdiction ou la restriction des saveurs enlèverait un facteur majeur dans l’attrait du vapotage comme substitut au tabagisme ; et l’interdiction de la publicité rendrait les produits beaucoup plus sûrs invisibles aux personnes mêmes qui ont besoin de les voir afin de faciliter leur adoption pour le bien de la santé en Europe », estime Hendrik Brotxermann de l’association ExRaucher (Ex-fumeur).

Les scientifiques critiquent la politique allemande

Outre les données internationales et les droits des utilisateurs, Daniela Ludwig semble ne pas tenir compte non plus des travaux des scientifiques allemands. Les objectifs annoncés par la Commissaire allemande sont d’autant plus surprenants que le rapport sur les drogues et toxicomanies 2019, qu’elle a elle-même présenté en novembre, souligne que le vapotage réduit les risques pour les fumeurs qui y passent et constitue déjà « en pratique la méthode la plus couramment utilisée pour soutenir le sevrage tabagique » en Allemagne.

Plus récemment encore, les scientifiques réunis en symposium sur le sujet par l’Université de Francfort fin mai ont déploré le manque de considération de l’opportunité de santé publique du vapotage face au tabagisme [vidéos du Symposium disponibles sur YouTube (en allemand)]. 

« La politique en Allemagne doit franchir une nouvelle étape et tenir compte du potentiel du vapotage pour l’arrêt du tabac », synthétise le Pr Heino Stöver, de l’Université de Francfort et président du Symposium, à la presse le 28 mai. Dans le même sens, la Dre Ute Mons, du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), regrette notamment que les fumeurs en Allemagne ne reçoivent pas de communication équilibrée sur la différence de risques entre vapoter et fumer, relate la revue médicale AerzteBlatt dans son compte-rendu de la journée.

Ce ne sont donc pas seulement les succès du vapotage face au tabagisme au Royaume-Uni et en France que la Commissaire fédérale aux drogues ignore. Daniela Ludwig fait fi également des scientifiques de son propre pays. À défaut d’être pris en compte par la Commissaire fédérale allemande, reste aux parties concernées, vapoteurs et défenseurs de la réduction des risques, de tenter de sensibiliser et se faire entendre des députés européens. 

Prendre contact avec les élus était un des principaux conseils de Clive Bates durant le webinaire sur la révision de la TPD organisé par la New Nicotine Alliance britannique (NNA-UK) : https://youtu.be/HON8zoEwW7w 

lundi 8 juin 2020

Succès de l'expérience d'arrêt tabagique avec le vapotage au Centre d'aide d'Olten

Lancé fin décembre 2018, le programme d’arrêt tabagique à l’aide du vapotage à Olten, dans le canton de Soleure, est une réussite. Malgré les attaques de la Ligue pulmonaire locale, les pressions en coulisses et les multiples campagnes de peur contre le vapotage dans les médias, le Centre d’aide pour les addictions a pu aider une centaine de participants de cette ville de 18 000 habitants. Ces personnes ont reçu des conseils avec des rendez-vous réguliers pour suivre l’évolution, ainsi que du matériel et des liquides de vapotage gratuitement. « Parmi ceux qui avaient l’objectif clair d’arrêter de fumer, 17,5 % ont réussi », relate Reno Sami, du SuchtHilfe Ost (SHO)
Résultats 2020 du programme d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage du SuchtHilfe Ost : 17,5% de réussites
Même quelques-unes des personnes qui n’avaient pour objectif initial que de réduire le nombre de cigarettes fumées quotidiennement ont finalement arrêté totalement. Au total, 14,1 % des personnes engagées dans le programme d’aide ont cessé de fumer, et les deux tiers d’entre elles ont ensuite également arrêté le vapotage. « Le projet pilote montre donc un taux global de cessation du tabagisme de 14,1 %. Du point de vue du SuchtHilfe Ost, ce taux est un succès respectable. D’autant plus que des personnes qui essayaient simplement de réduire leur consommation de cigarettes ont également cessé de fumer », précise le communiqué du SHO.

Un budget loin des dizaines de millions des organisations traditionalistes

Environ la moitié des participants s’est inscrite spécialement à l’occasion de ce programme d’aide à l’accès facilité, tandis que les autres étaient déjà suivis par le Centre pour d’autres addictions. L'aide à ces personnes au profil plutôt difficile, qui se sont sauvées du tabagisme et de ses méfaits de santé, un succès valeureux et synonyme de renforcement de ces personnes, a coûté quelques milliers de francs. « Si nous ignorons les coûts de personnel, les coûts matériels purs (équipement et distribution de liquide) de l’essai pilote a coûté 4 600 fs », précise Reno Sami, « à mon avis, le rapport coûts/bénéfices est clairement positif »

Le tabagisme est estimé être la principale cause évitable de maladies et de mortalité prématurée en Suisse. L’évaluation officielle des coûts de santé en découlant sont de l’ordre de cinq milliards fs annuels, sous-estimant probablement les coûts médicamenteux. Le taux de tabagisme en Suisse n’a pas évolué depuis 2007, dépassant les 27 % de la population des plus de 15 ans. Signe de l’inefficiente politique poursuivie.

Une réussite malgré des attaques mesquines dans les médias

« Pour le SHO, ces résultats du projet et les preuves d’études scientifiques incitent et légitiment la poursuite du projet », conclut le communiqué du SuchtHilfe Ost. Pourtant, le projet pilote s’est déroulé dans un climat d’hostilité des organismes traditionalistes soi-disant « anti-tabac ». La Ligue pulmonaire, subventionnée par le Fonds fédéral de prévention tabac doté de 12 millions de Fs par an et sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques, s’est montrée particulièrement agressive dans les médias locaux. 

Entre autres attaques, la Ligue pulmonaire déplorait la gratuité du programme d’aide, alors qu’elle facture des cours pour l’arrêt tabagique à hauteur de 190 fs dans le canton de Soleure. « Ce qui me dérange le plus, c’est que l’aide et les appareils sont offerts gratuitement. Nous n’offrons pas de conseils gratuits pour arrêter de fumer », explique Christopher Gut, responsable de la Ligue pulmonaire de Soleure, dans le Solothurn Zeitung en juillet dernier.

Une aide à contre-courant de l’abandon des plus pauvres au tabagisme

En Suisse, les patchs nicotiniques coûtent environ 100 fs la boîte de 14, sachant que 2 ou 3 par jour sont nécessaires pour les grands fumeurs, sans être remboursés par l’assurance-maladie de base. Les personnes les moins dotées financièrement sont donc les moins aidées en Suisse pour l’arrêt tabagique. C’est pourtant le groupe social le plus touché par la cigarette. 

Le suivi Salpadia a mesuré l’évolution des inégalités de chances à l’arrêt tabagique selon le niveau d’études entre 1991 et 2011. Les plus démunis ont trois fois (OR 2,94) moins de chances de réussir leur arrêt tabagique que la classe favorisée, alors que cet écart n’était que de 1,3 vingt ans auparavant.

La compétence, clef de la réussite?

« Les personnes que nous aidons sont reconnaissantes. Parce qu’il est clair pour elles que nous n’avons aucun intérêt financier et parce que nous leur donnons des conseils sur la base de connaissances spécialisées », expliquait Reno Sami, en juillet dernier au Solothurn Zeitung. En effet, le Centre d’aide a notamment fait appel à l’association Helvetic Vape pour avoir une formation spécifique sur le vapotage. Phil Scheck, vapoteur et reviewer bien connu de la scène suisse alémanique, avait délivré une série de cours au personnel de soin du Centre pour préparer le programme.

Les résultats du projet pilote d’Olten confirment l’efficacité du vapotage pour l’arrêt tabagique lorsqu'il est accompagné de conseils éclairés, compétents et bienveillants. Approche particulièrement importante pour les groupes sociaux défavorisés, à l'opposé des dogmes particulièrement hostiles de la part des différentes parties liées au tabagisme en Suisse. Les résultats de l'expérience pilote contredisent par exemple les conclusions médiatisées de chercheurs d’Addiction Suisse que j’avais challengé à l’époque.

Cliquez pour recevoir Vapolitique par email

Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

Printfriendly

 
Real Time Analytics