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jeudi 8 octobre 2020

Près des deux tiers des vapoteurs réduisent fortement leur dépendance par rapport aux fumeurs


Deux chercheurs de Pittsburgh (USA) ont comparé les niveaux de dépendance entre les vapoteurs et les fumeurs aux Etats-Unis entre 2013 et 2016. « Parmi les utilisateurs actuels, la dépendance à l’égard du vapotage est nettement inférieure à la dépendance à l’égard des cigarettes », concluent le Pr Saul Shiffman, de l'Université de Pittsburgh, et Mark Sembower dans ce numéro d’octobre de la revue Addiction. Ils ont mesuré les scores à une série de 16 questions établies pour évaluer la dépendance à des produits nicotiniques. Les résultats, sur une échelle de 5 points, de plus de 13 000 répondants des trois enquêtes américaines Population Assessment on Tobacco and Health (PATH) de 2013 à 2016 ont été analysés selon les produits consommés.

8 % des vapoteurs sont très dépendants contre 48 % des fumeurs

Sur une échelle de 5 points, les vapoteurs exclusifs au quotidien présentent en moyenne des scores de 2,22 pts tandis que les fumeurs exclusifs au quotidien marquent 2,81 pts. Par contre, les vapoteurs exclusifs occasionnels, avec de 1,56 pts, ne présente pas d'écart significatif par rapport au score de 1,64 pts des fumeurs exclusifs occasionnels.

« Ces différences moyennes présentent de grandes différences dans la distribution des scores. Alors que 48 % des scores pour le tabagisme étaient supérieurs à 3 pts, le niveau médian de l’échelle, cela n’était vrai que pour 8 % des scores du vapotage. La majorité des scores de dépendance à l’e‐cigarette (64 %) étaient de 1,5 pts ou moins, ce qui suggère une absence de symptômes de dépendance, un niveau observé dans moins de 13 % des scores de dépendance à la cigarette », expliquent les auteurs. 

En résumé, la plupart des vapoteurs exclusifs sont nettement moins dépendants que les fumeurs, même si une minorité de vapoteurs (8 %) a des scores élevés. Entre deux, 28 % des vapoteurs présentent des signes de dépendance marquée. Les deux chercheurs soulignent que les vapoteurs, ayant arrêté de fumer depuis moins d’un an, ont montré une dépendance plus élevée à l’égard du vapotage.

Une comparaison entre vapoteurs ex-fumeurs et fumeurs

Il est à noter que l'étude ne rend pas compte de la dépendance générée par le vapotage ou la cigarette chez des personnes n’ayant pas eu de consommation préalable (chez des jeunes notamment). On sait, avec un recul de 40 ans, qu’une part des ex-fumeurs continuent d’utiliser les substituts nicotiniques, comme les gommes, à long terme et de présenter des signes de dépendance à ceux-ci. Mais le nombre de personnes sans passé tabagique devenues dépendantes aux substituts nicotiniques est quasiment nul. 

L’écart du niveau de dépendance des usagers entre les deux produits se confirme chez les « double-utilisateurs », qui fument et vapotent, dans l'étude américaine. Leurs signes de dépendance sont significativement plus marqués envers la cigarette qu’envers le vapotage. De même chez les anciens utilisateurs, qui ont arrêté de fumer et/ou de vapoter au cours de l’année précédente, la persistance de signaux de dépendance est plus forte chez les anciens fumeurs que les ex-vapoteurs.

L’addictivité du tabac ne s’explique pas seulement par la nicotine

En filigrane, ces résultats confirment ce que l’on constate depuis l’émergence des substituts nicotiniques il y a 40 ans. Tous les produits nicotinés n'ont pas la même puissance dépendogène. La nicotine est impliquée dans l’extrême addictivité du tabac, mais ne l’explique pas à elle seule. La fumée de cigarette est un cocktail de milliers de substances où la nicotine côtoie d’autres alcaloïdes, tels que l’anabasine, l'anatabine, la myosmine, la théobromine (provenant du cacao), etc. Ainsi que des furanes, ayant des effets anti-dépressseurs (par inhibition des monoamines oxydases (IMAO). 

" En dépit de l'évidence des propriétés dépendogènes du tabac, il n'existe pas d'abus de nicotine pure (West et al. 2000), les substituts nicotiniques ne sont que modérément efficaces (Hajek et al. 1999), et les cigarettes dénicotinisées sont plus satisfaisantes et gratifiantes que la nicotine reçue par voie intraveineuse (Rose, 2006; Rose et coll. 2000). Dans les études sur des humains et des rongeurs d’auto-administration en intraveineuse (i.v.), la nicotine présente un profil d’administration beaucoup moins robuste que d’autres drogues d’abus comme la cocaïne ou l’héroïne, et a donc été considérée comme un renforceur relativement faible (Manzardo et al. 2002; Stolerman & Jarvis, 1995). Ces résultats vont à l’encontre du taux élevé de consommation de tabac chez les humains et ont amené certains chercheurs à suggérer que d’autres facteurs autres que la nicotine facilitent la dépendance au tabac (Dar & Frenk, 2004; Rose, 2006) ". Extrait de l'article de Kelly J. Clemens, Stephanie Caillé, Luis Stinus, Martine Cador : The addition of five minor tobacco alkaloids increases nicotine-induced hyperactivity, sensitization and intravenous self-administration in rats ; International Journal of Neuropsychopharmacology (12:10), November 2009.  https://doi.org/10.1017/S1461145709000273.

À l’image des substituts nicotiniques pharmaceutiques, le vapotage contient de la nicotine, sans les autres substances du tabac. La nicotine, généralement extraite du tabac pour des raisons de coût, est purifiée. De la nicotine de synthèse existe aussi, mais elle est peu répandue sur le marché. Un des aspects où le vapotage se distingue des substituts nicotiniques pharmaceutiques est la vitesse d’absorption de la nicotine, plus rapide par la voie pulmonaire que par la peau ou les muqueuses buccales.  

Au-delà de la peur de la dépendance

C'est un constat fréquent: beaucoup de personnes s'apprêtant à arrêter de fumer s’inquiètent du risque de dépendance du vapotage. En soi la dépendance elle-même n’est pas un problème de santé. Ce sont les effets de la consommation de produits nocifs qui produisent des problèmes de santé. Or la nicotine en elle-même a un profil toxicologique similaire à la caféine. D’où l’importance cruciale du point de vue sanitaire de son mode de consommation, comme l'explique le Pr Karl Fagerström

Mais la peur de la nicotine d'une large partie du public existe. Le sondage SOVAPE-BVA publié récemment révèle la désinformation à ce propos chez les 3/4 des Français. Une peur probablement entretenue par les messages anxiogènes centrés sur « l’addictivité de la nicotine ». Ils sont trompeurs à plusieurs titres. En cachant les véritables risques liés au tabagisme : les toxiques produits par la combustion tels que le monoxyde de carbone et les goudrons notamment.

« Amener les gens à la nicotine à la place de consommer du tabac ferait une grande différence pour la santé publique. Il est clair qu’il y a des problèmes d'avoir des gens dépendants à la nicotine, mais cela nous ferait passer du problème de santé publique grave et coûteux des maladies liées au tabagisme, à celui de ne plus avoir à s'occuper que de la dépendance à une substance qui, en soi, n’est pas très différente de la dépendance à la caféine », Pr Shirley Cramer, directrice en 2015 de la Royal Society of Public Health (UK), lors du rapport Stopping smoking by using other sources of nicotine.

La perversion des intégristes

Enfin, les messages anti-nicotine tendent à faire passer la dépendance pour un problème de santé en soi. Ce qui est une manière d’habiller de sanitaire l'orientation morale et idéologique de l'abstinence. Nous sommes dépendants de beaucoup de choses sans que cela soit des problèmes sanitaires. 

La dérive actuelle de groupes de pression pour transformer la lutte anti-tabac en guerre contre tous les consommateurs de nicotine s’éloigne des motivations de santé publique : elle est une croisade moraliste, probablement non dénuée d’intérêts financiers pervers. Car la peur de la nicotine n’amène pas les fumeurs à renoncer à leur cigarette, elle les amène principalement à renoncer à essayer des alternatives nicotiniques, substituts ou vapotage, qui les aident à s’en sortir. Jusqu’ici le choix étroit de « l’abstinence ou la mort » s’accompagne chaque année de sept millions de morts de maladies liées au fait de fumer. Il est temps de s’y prendre autrement.


vendredi 2 novembre 2018

#MoisSansTabac: le vapotage et l'entraide combinés offriraient le double de chances de réussir que la moyenne générale

"En 2017, 380'000 fumeurs ont arrêté de fumer à l'occasion de la campagne Mois Sans Tabac, dont 20% durablement à 6 mois", annonce François Bourdillon, directeur de Santé Publique France (SPF), au Quotidien du Médecin. Durant le Mois Sans tabac 2017, l'association Sovape avait suivi le groupe d'entraide facebook des vapoteurs: 38% de participants déclaraient ne plus fumer après cinq mois. Cette enquête, indépendante et sans aide financière (voir en fin d'article), n'est probablement pas strictement similaire à celle de Santé Publique France. Mais en comparant de manière un peu cavalière ces deux résultats, l'écart est notable: les participants utilisant le vapotage et soutenus par des usagers expérimentés seraient le double à réussir que la moyenne générale du Mois Sans Tabac. 

Où sont les femmes ?

Autre fait notable, la participation féminine très élevée au groupe d'entraide, alors que Santé Publique France alerte ces jours sur le fort tabagisme des femmes. Près de 80% des participants sont des femmes, relève le rapport de Sovape (auquel j'ai contribué) publié fin mai. "Le caractère de groupe “fermé” pourrait être plus propice à l’engagement des femmes que les groupes ou forums ouverts", se demande Sovape, avant d'avancer une hypothèse plus spécifique à la démarche d’arrêt tabagique: "la difficulté pour les femmes de classe populaire de pouvoir consacrer temps, énergie et attention aux tentatives d’arrêts". Un aspect mis en relief dans les enquêtes de l’ethnologue anglaise France Thirlway, que nous avions interviewé.

52% de réussites supplémentaires pour les femmes anglaises depuis l'essor de la vape

"Les résultats de notre enquête suggèrent que le double soutien du vapotage et d’un groupe d’entraide pourraient constituer une opportunité particulièrement adaptée pour les femmes, souvent astreintes au double-emploi de leur travail salarié et du travail au foyer, avec la charge mentale afférente. Si nous n’avons pas trouvé d’études spécifiques sur la question en France, l’analyse des statistiques anglaises a montré l’augmentation importante (52% de réussites supplémentaires) du taux de réussite des sevrages tabagiques chez les femmes depuis l’essor du vapotage", souligne le rapport de l'association Sovape (p. 28).

Le point mérite attention a fortiori après la publication du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) sur l'évolution et les conséquences du tabagisme féminin en France. "Au début des années 1970, la prévalence du tabagisme féminin a augmenté. En 2017, elle se rapprochait de celle observée chez les hommes : 24% des femmes de 15 à 75 ans fumaient quotidiennement pour 30% des hommes", explique François Bourdillon, cette fois-ci en éditorial du BEH.

Augmentation du tabagisme des femmes de plus de 45 ans en France

Ce chiffre global du tabagisme féminin recouvre des évolutions contrastées selon les classes d’âges. Le tabagisme des femmes de 45 à 64 ans a augmenté de 21,5% en 2000 à 30,8% en 2017, selon les données de Santé Publique France. Cette hausse correspond "à l’arrivée dans ces tranches d’âge des femmes nées entre 1950 et 1960, premières générations parmi lesquelles le tabagisme s’est répandu dans les années 1970", détaille l'étude menée par Valérie Olié. Les maladies liées à la consommation tabagique ont pris l'ascenseur chez les femmes.

Et explosion du nombre de maladies liées

Elles sont 31% des 65'300 hospitalisés pour un infarctus du myocarde, avec un nombre de cas qui a augmenté de 50% entre 2002 et 2015. Le double de femmes sont hospitalisées pour une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) exacerbée en 2015 (plus de 29'000) qu'en 2002. Entre 2002 et 2012, le nombre de cancers du poumon chez les femmes a bondi de 72% pour dépasser 11'000 cas annuels. La dynamique est "inquiétante", alerte Santé Publique France. "Néanmoins, la diminution [du tabagisme] chez les femmes les plus jeunes (18-35 ans) constitue un signal positif. Si celle-ci perdurait, elle pourrait avoir un effet  bénéfique sur l’incidence de  l’infarctus du myocarde à relativement court terme et sur l’incidence du cancer du poumon et de la BPCO à long terme", souligne l'étude.

Il est à noter que Santé Publique France a accordé un soutien financier à Sovape pour organiser la formation des aidants du groupe facebook d'entraide Vape Info Service et le défraiement  du déplacement des bénévoles de l'association Aiduce sur les fanzones du Mois Sans Tabac 2018. Cependant, Tabac Info Service refuse de signaler l'existence au public concerné du groupe d'entraide sur facebook et lui interdit l'utilisation de la charte graphique du Mois Sans Tabac.



dimanche 28 octobre 2018

Nouveau jeu #******* pour arrêter de fumer: découvre où se trouve le groupe facebook Vape Info Service !

[Titre édité et illustration retirée pour des raisons de blocages - l'humour n'est pas universellement partagé...]

Origami, jeu de la paille et design Castor & Pollux. Volontairement ou non, le ludique s'invite chaque année au Mois Sans Tabac français. Original, novembre 2018 se place sous le signe du jeu de piste. On sent déjà renaître le cœur d'adolescent des aspirants à se libérer de la clope. Leur première mission: découvrir où se trouve le groupe facebook d'entraide à l'arrêt du tabac VAPE INFO SERVICE. Le réseau compte plus de 2'000 inscrits, dont une équipe de modérateurs formés par le tabacologue Jacques Le Houezec. Le neuroscientifique s'est fait une spécialité d'instruire professionnels de santé et de vape à l'accompagnement au sevrage tabagique et spécifiquement l'art du bon usage de la nicotine. Une formation solide financée grâce à une subvention de Santé Publique France.

Le plagiat autorisé, l'information pas trop

Mais pour autant la quête des fumeurs espérant bénéficier de l'entraide de leurs pairs, des professionnels de santé soutenant le groupe et de l'équipe de vapoteurs expérimentés et formés sera moins simple qu'il n'y paraît. Les participants n'auront droit à aucune indication sur le site de Tabac Info Service à propos ni de l'emplacement ni même de l'existence du groupe. Pour corser l'affaire, Vape Info Service ne doit pas même se signaler avec la charte graphique du Mois Sans Tabac. Celle-la même qui a copié le logo de l'action Vapin'Liberty de 2013.

Alors comment les fumeurs espérant de l'aide peuvent-ils s'y retrouver ? Le bouche à oreille, quelques mots chuchotés au détour d'une rencontre fortuite, quelques flyers mauves déposés au coin d'un comptoir de vapeshop ou un post partagé sur les réseaux sociaux. Les indices seront à dénicher à la loupe. Pourtant le groupe Vape Info Service a déjà fait ses preuves. L'an passé, son ancêtre avait pris en charge plus de 4'000 fumeurs, dont la moitié ne fumaient plus à la fin novembre. Cinq mois plus tard ils étaient encore 38% a déclarer ne pas fumer au suivi organisé par l'association Sovape.

Des milliers de fumeurs libérés l'an passé, combien trouveront le chemin cette année ?

Le rapport de Sovape, auquel j'ai participé, insistait tout particulièrement sur la nécessité de "renforcer significativement la place du vapotage dans le Mois Sans Tabac". Une méthode embrassée par un tiers des participants selon François Bourdillon, directeur de Santé Publique France, qui avait été interrogé par France télévision. Six mois après, l'étrange jeu auquel se livrent les autorités françaises, donnant d'une main quelques billets pour former les cadres de l'opération et enlevant, de l'autre, la possibilité de faire connaitre son existence est déconcertant. Signe que le #MoisSansTabac n'est pas le #MoisSansKafka.




mardi 7 novembre 2017

Comment l'étude de Santé Publique France a éliminé les arrêts à l'aide du vapotage de son étude?

"Parmi les personnes qui fument, celles qui utilisent aussi le vapotage régulièrement sont plus susceptibles d'essayer d'arrêter de fumer et réduisent leur consommation de cigarettes dans les six mois". Au terme d'un suivi sur six mois de 2057 fumeurs, dont 252 utilisant aussi le vapotage régulièrement au départ, une étude de Santé Publique France montre la multiplication par 2,6 fois des chances de réduire d'au moins de moitié la consommation de cigarettes pour les fumeurs utilisant aussi le vapotage. Par contre l'article, publié dans Addiction, reste évasif sur l'aide à l'arrêt du tabagisme que pourrait procurer le double usage. "Il reste pas clair si les usagers réguliers de vapotage sont aussi plus susceptibles d'arrêter de fumer", conclut l'étude dirigée par Anne Pasquereau. Mais à lire les données brutes de la recherche menée entre septembre 2014 et mars 2015, on peut s'interroger sur une autre interprétation que celle communiquée par Santé Publique France, sur son site en mai et de nouveau hier dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) et les médias grand public, par exemple 20 Minutes. Seul contrepoint, l'interview sur France Info de Sébastien Béziaux, vice-président de l'association Sovape, par Bruce Toussaint. Add: Le Vaping Post a aussi publié un article critique (que je n'avais pas vu ;) )

Identifier ou liquider les interventions efficaces ?

"L'une des missions de Santé Publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer", explique Anne Pasquereau, la chercheuse référente, sur le site de l'agence gouvernementale française le 30 mai dernier. Avant d'insister que cette étude "n'apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d'aide à l'arrêt du tabac". Mais l'étude se donne t-elle vraiment les moyens de juger de l'efficacité du vapotage face au tabagisme? Un premier écueil semble l'évident biais de sélection de l'étude qui exclut a priori les fumeurs qui se sont sevrés avec le vapotage, en jouant sur une double temporalité entre vapotage et tabagisme. Seuls les vapoteurs depuis au moins un mois, mais n'ayant pas arrêté de fumer depuis qu'ils ont essayé, sont retenus dans l'étude.


Des études, en plus de fréquents témoignages, ont pourtant montré qu'une large majorité des arrêts des cigarettes réussis à l'aide du vapotage interviennent dans les premières semaines (exemple récent). Le Pr Bertrand Dautzenberg avait d'ailleurs souligné ce biais de l'étude en juin sur son compte twitter. 

Perdus de vue

En plus de cette sélection qui limite fortement [euphémisme] la portée de l'étude, son traitement des résultats est troublant. En effet, les chercheurs ont décidé de comptabiliser comme fumeurs les personnes ayant été perdues de vues entre le début et le contrôle à six mois. Or ceux-ci représentent 31,4% de l'échantillon initial de 3'000 personnes, qui s'est réduit réellement à 2'057 personnes à la fin. Je ne sais pas quelle peut être la justification rationnelle à ce jeu d'écriture consistant à intégrer aux résultats finaux comme fumeurs les personnes sorties de l'étude sans que l'on sache ce qu'il est advenu de leur statut de fumeur et/ou de vapoteur. Sérieusement, comment peut-on faire ça...?!?

Trafic d'OR


En faisant ainsi, le ratio entre fumeurs exclusifs initiaux et vapofumeurs initiaux ayant arrêté de fumer au final est amoindri à 1,2 fois plus de chances pour les vapoteurs. Mais si l'on s'en tient aux chiffres des personnes réellement contrôlées, les doubles usagers initiaux ont été 14,5% à arrêter de fumer, depuis un mois au terme du suivi, contre 10,3% des fumeurs exclusifs initiaux. 20% de chances supplémentaires d'arrêt du tabac a pu être jugées non significatif par Santé Publique France. Avec 40% de chances supplémentaires, le jugement de valeur communiqué aurait peut-être dû être différent...

Un quart du total des sevrages liés au vapotage

Outre les vapofumeurs initiaux, on peut noter que 8,5% des fumeurs exclusifs initiaux se sont convertis au vapotage exclusif, arrêtant de fumer avec la vape mais sans être comptabilisés dans les groupe initial de double-usagers. Les double-usagers ayant tout arrêté (vape et cigarette), ceux ayant arrêté de fumer et les fumeurs exclusifs finalement convertis au vapotage exclusif, autrement dit l'ensemble des fumeurs sevrés dont on peut retracer un usage du vapotage représentent 23,3% de l'ensemble des fumeurs sevrés au terme des six mois de suivi. Augmenter d'un tiers la part de fumeurs réussissant a arrêter de fumer est-il vraiment non significatif ?

La recherche montre l'augmentation du nombre de tentatives d'arrêt des cigarettes chez les co-usagers de vapotage initiaux. "Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois", concèdent les auteurs. Pour autant, ils concluent que "l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat". En ayant donc: 1) éliminé les vapoteurs qui avaient réussi rapidement à arrêter de fumer par un jeu de questions déphasées sur leur temporalité 2) intégré des personnes perdues de vue aux échecs finaux afin d'amoindrir le ratio d’efficacité et 3) catégorisé des personnes ayant arrêté de fumer à l'aide du vapotage dans ceux qui s'étaient sevrés sans vapotage. 

Comment peut-on oser signer un truc comme celui-là? Comment peut-on oser le relancer dans les médias en plein 'Mois Sans Tabac' ? Difficile de saisir la republication de résultats aussi honteux pour leurs auteurs en ce moment sans tomber dans une interprétation tendant à la paranoïa...


dimanche 6 novembre 2016

[Debout] Ruquier se couche t-il devant le Tabac?

Bien roulée. La séquence choc anti vapotage de Laurent Ruquier dans On n'est pas couché (ONPC) hier soir sur France 2. Après une longue série de questions préparatoires (de près de 3 mn) sur son absence de consommation de substances addictives, il surprend Arielle Dombasle. "Je tiens à vous. Alors je vous le dis. Il faut se méfier de la cigarette électronique", assène le présentateur avant de lancer les images de la Dépêche du Midi. La séquence filmée par une camera de surveillance montre un accu prendre feu dans la poche d'un gérant de boite de nuit sur le trottoir de son établissement toulousain. 

Après trois minutes d'hypnose, la minute d'enfumage mensonger de Laurent Ruquier présente l'incident d'accu comme un accident de "cigarette électronique", pour arracher des propos incongrus à Arielle Dombasle:



Du reviewer suisse Phil Good
Pourtant, le malheureux toulousain, brûlé au second degré sur le coté du ventre, a clairement expliqué avoir mis un accu sans protection dans sa poche avec des pièces de monnaie. Une erreur qui provoque des court-circuits et entraîne une surchauffe rapide jusqu'au feu des accus lithium-ion. Que ceux-ci soient destinés à être utilisés avec des lampe-torches, des vélos électriques ou des vapoteuses... D'ailleurs les quatre seuls incidents recensés concernant des vapoteurs français sont tous similaires. La mesure très simple de sécurité est de protéger les accus avec des étuis en silicone ou des boites plastiques. Les magasins de vape les plus sympas les offrent. 

Les français se font-ils enbollorer?

Ces explications n'étaient pas difficiles à trouver. La Dépêche du Midi les a publié. Fin septembre, la même distorsion des faits de BFM-TV avait été épinglée par Arrêt sur Image, qui reprenait l'info du blog Vap'You. Pourquoi Laurent Ruquier a t-il alors présenté de manière aussi grossièrement manipulatrice la chose? C'est un secret de polichinelle, le présentateur est fumeur. Cela justifie t-il de présenter un incident ayant blessé un vapoteur tout en gardant le silence sur les 78'000 morts annuels de maladies provoquées par le tabagisme en France? Ou taire que les cigarettes sont la cause de près de 20% des incendies? Humm... peut-être... ou pas.
Consignes anti-vape aux journalistes de Canal+

Plus rationnelle, une autre explication se tourne du côté de consignes imposées aux journalistes et animateurs des chaînes de télévision françaises. Bien que secrètes, au risque de se faire lourder pour faute professionnelle en les révélant, les interdictions de tout propos positif sur le vapotage, de sa mise en avant pour l'arrêt du tabac, ou même de montrer un vapoteur, fuitent sur les réseaux sociaux. Celles de France Télévisions, si elles existent, ne sont pas encore parues. 

Par contre, un document interne de la chaîne Canal+ stipulant ses mesures de censure s'est retrouvé éventé. "On adopte une approche restrictive (...) Ne pas inciter à la consommation. Pas de complaisance. Attention aux propos et aux plans. Ne pas voir les marques. Ne pas voir l'action de fumer/vapoter", égrène la circulaire anti-vape de Canal +.

La Loi du silence

Une loi se trouve derrière ce black-out sur le moyen qui a permis à un million de fumeurs français de sortir du tabagisme, et à près de deux millions d'entre eux de réduire leur consommation de clopes. La transposition en France de la Directive européenne (TPD) impose depuis mai 2016 l'interdiction de "publicité et propagande directe ou indirecte sur les produits de vapotage". Allant au-delà du texte européen, la formule est similaire à celle qui imposait un silence de mort sur les capotes. Jusqu'à son abrogation par Michelle Barzach en 1987. 

En trente ans, de la levée de la censure sur la capote à celle contre la vapote, la France revient à un puritanisme rance contre un moyen de réduction des risques. Laurent Ruquier n'est probablement pas sans savoir le mal que la censure sur les préservatifs a causé en son temps. Comment peut-il collaborer à une telle réminiscence morbide?

Consultation citoyenne sur la censure

Consultation publique des associations
Certes, le politiquement correct a imposé le smoker-bashing pour alpha et omega de toute politique de prévention. Dans le vadémécum anti-tabac orthodoxe, le fumeur est un sous-homme ne méritant pas la parole et encore moins d'être aidé. Il mérite taxes, cancer et la mort puisque trop faible pour arrêter de fumer. Pourtant, le vapotage fait émerger une autre voix que l'abstinence. Une forme de consommation de l'acte et de la nicotine en éliminant les risques de la combustion et du tabac. Pourquoi depuis son émergence, le vapotage n'a jamais eu l'honneur d'ONPC alors que 34% des français fument? 

Silence en 2014 alors que des scientifiques renommés - dans les francophones, le Pr Dautzenberg, le Pr Etter, le Dr Presles - publient des livres sur le sujet. Silence toutes ces années sur les mobilisations citoyennes des associations, notamment l'actuelle consultation populaire sur cette censure. Silence enfin sur les films sortis ces derniers mois sur le phénomène social du vapotage. Le réalisateur américain Aaron Biebert d'A Billion Lives ou les français Ghislain Armand et Sébastien Duijdam de Beyond the cloud, n'ont probablement pas la notoriété pour passer à ONPC. Mais comment l'émission de Laurent Ruquier peut-elle faire l'impasse sur Jan Kounen et son documentaire Vape Wave

Les directives télévisuelles pour sauver le tabagisme, l'économie de l'échec de masse du sevrage pharmaceutique et tous ces petits intérêts morbides justifient-elles vraiment ce triste enfumage de Laurent Ruquier en ce Mois Sans Tabac français? ...

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