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samedi 1 août 2020

Économie de la santé : le tabagisme profite des taxes sur la vape dans les États américains

Les taxes sur la vape tuent. En repoussant les vapoteurs vers le tabagisme, elles augmentent le nombre de fumeurs de cigarettes. Publiée par le Journal of Risk and Uncertainty ce 24 juillet, la recherche menée par trois économistes universitaires, à partir des données de 4,3 millions d’Américains, montre l’effet de vase communicant, dans les deux sens, entre tabagisme et vapotage au gré des hausses et de l’introduction de taxes entre 2011 et 2018. « Les résultats de notre recherche suggèrent la prudence dans la réglementation du vapotage, car celle-ci peut avoir une conséquence néfaste et indésirable : l’augmentation du nombre de fumeurs de cigarettes traditionnelles », alerte l’équipe d’économistes menée par le Pr Michael Pesko, de la Georgia State University.

Une analyse basée sur les données de plus de 4,3 millions de personnes

L’analyse d’une trentaine de pages s’appuie sur les données à diffusion restreinte de deux enquêtes de population, la Behavioral Risk Factor Surveillance System (BRFSS) et la National Health Interview Survey (NHIS), de 2011 à 2018 qui interrogent à elles deux plus de 430 000 personnes chaque année. La vaste banque de données compte près de 4,3 millions de personnes, dont plus de 970 000 concernées par l’introduction de taxes sur le vapotage avant 2019 dans dix Etats et deux localités (depuis, onze autres États américains ont adopté des taxes sur le vapotage). Pour permettre un calcul global, les différentes taxes sur le vapotage ont été harmonisées entre les États, villes et comtés ainsi que l’évolution de celles sur les cigarettes, selon les données des Centers for Control Disease (CDC). 

Les taxes sur la vape repoussent les vapoteurs vers le tabagisme

Les calculs de Michael Pesko, Charles Courtemanche et Johanna Maclean montrent que 1 $ de taxe par ml sur la vape pousse 0,5 % de la population totale (ppt) à abandonner le vapotage occasionnel et 0,2 % à arrêter de vapoter au quotidien. L’essentiel de ces personnes retourne au tabagisme, augmentant celui-ci de 0,6 % de la population. « Collectivement, ces résultats suggèrent que les cigarettes traditionnelles et le vapotage sont des substituts économiques », insistent les chercheurs. 

Cela signifie qu’une augmentation des prix d’un produit entraîne un report d’une partie des consommateurs vers l’autre. Ce que les économistes appellent un effet d’élasticité croisée des prix. Dans leur analyse, les trois économistes mettent en lumière que cet effet est plus marqué chez les moins de 40 ans et les femmes que pour les hommes plus âgés.

Les Etats ayant introduit une taxe sur la vape avant 2018 et l’évolution des taux de vapoteurs et de fumeurs quotidiens
« Nos résultats suggèrent qu’une taxe nationale sur le vapotage de 1,65 $ par ml de liquide, telle que proposée au Congrès américain [en février dernier], augmenterait la prévalence du tabagisme quotidien des adultes d’environ 1 % de la population, soit près de 2,5 millions de fumeurs supplémentaires par rapport à l’absence de taxe », soulignent les chercheurs.

La hausse des taxes du tabac pousse des fumeurs vers la vape

Cette propriété de substitution entre les deux produits se confirme dans l’autre sens. En effet, si l’introduction de taxe sur le vapotage repousse des vapoteurs vers le tabagisme, l’inverse est également démontré par l’étude. Une augmentation des droits d’accise sur le paquet de cigarettes de 1 $ fait baisser le tabagisme de 0,6 % dans la population générale et augmente le taux de vapotage occasionnel de 0,3 % et le vapotage quotidien de 0,2 %. 
« Ces résultats suggèrent que les fumeurs utilisent le vapotage lorsque les taxes sur les cigarettes augmentent, soit pour continuer à consommer en partie leur nicotine habituelle à un prix relatif inférieur, soit comme moyen d’arrêter de fumer », expliquent les spécialistes en économie de la santé.
« Notre étude est la première à examiner spécifiquement l’effet des taxes contre le vapotage sur l’usage des adultes. De plus, nous avons été en mesure de montrer que les taxes du vapotage augmentent l’usage de cigarettes traditionnelles », soulignent les chercheurs. Leurs résultats confirment d’autres analyses précédentes sur les effets négatifs des taxes sur le vapotage (voir complément en fin de texte). 

Les vapoteurs européens concernés

Le sujet de taxes contre le vapotage pourrait devenir d’actualité pour l’ensemble des résidents de l’Union européenne (UE). Après le feu vert du Conseil européen le 2 juin, la Commission européenne sur les taxes prépare une révision de la directive sur les accises du tabac pour y intégrer le vapotage. Ceci alors que par deux fois près de 90 % des citoyens et organisations consultées en ont rejeté le principe. Malgré l’enjeu du sujet, aucune étude sérieuse des effets des taxes contre le vapotage mis en place par des pays européens n’a été effectuée. 

L’exemple de l’Italie, qui a connu une explosion du tabagisme suite à l’introduction d’une taxe prohibitive contre la vape avant de faire marche arrière, est pourtant éloquent. L’Estonie vient aussi de suspendre sa taxe anti-vape. La stagnation du tabagisme en Finlande et au Portugal illustre également les méfaits des taxes anti-vape dans l’Union européenne. Mais la Commission avance à l’aveugle selon ses a priori sur un sujet de santé publique concernant des dizaines de millions de personnes, en ignorant à la fois les professionnels de santé de terrain, comme ceux de la plateforme Addict'Aide, et les usagers de produits de réduction des risques.

D’autres recherches sur les méfaits des taxes contre la vape aux US 

En début d’année, une analyse menée par le Pr Chad Cotti, de l'Université du Wisconsin, à partir des données de l’Institut Nielsen concernant les ventes du réseau des kiosques (« retail channel »), a montré que la baisse des ventes de capsules de vape (pour pods), suite à l’introduction de taxe contre la vape, s’accompagne d’une hausse des ventes de cigarettes. 

En 2016, une équipe menée par Yuquing Zheng, de l’Université du Kentucky, avait analysé les différents produits en système. « Notre conclusion selon laquelle les cigarettes et le vapotage sont des substituts suggère que des taxes différenciées entraîneraient une diminution de la consommation de cigarettes et une augmentation de la consommation de vapotage qui pourrait conduire à une réduction des risques au niveau de la population », souligne l’étude publiée dans la revue Health Economics.

Michael Pesko avait analysé dans la revue SSRN en 2017 le cas du Minnesota, premier État à avoir taxé le vapotage dès 2012, concernant les effets sur le tabagisme des 11 à 17 ans. « Les effets inter-prix/taxes favorisent également la substitution entre ces deux produits. Nos résultats suggèrent que la taxation du vapotage peut avoir pour conséquence involontaire d’augmenter l’intensité du tabagisme chez les jeunes ».

Rahi Abouk a dirigé une analyse, publiée en 2019 par le National Bureau of Economic Research (NBER), sur l’effet des taxes du vapotage sur le tabagisme des femmes enceintes. « Notre étude révèle que les taxes sur le vapotage entraînent une augmentation du tabagisme prénatal. Concernant l’ampleur des effets, le tabagisme prénatal augmente de 0,4 ppts, soit 7,7 %, suite à une augmentation de 1 $ de la taxe normalisée sur le vapotage. Ce résultat semble être dû à l’évolution des taux de tabagisme avant la grossesse. En outre, en utilisant un modèle de données de panel, nous constatons que les taux de tabagisme par trimestre de grossesse augmentent de 1,1 ppts (21,0 %), ce qui suggère que les taxes sur les cigarettes électroniques réduisent l’arrêt tabagique en cours de grossesse ».
  

dimanche 2 juin 2019

USA: L’effondrement des Big Tobacco semble s'accélérer

Toutes les marques de cigarettes, y compris les plus populaires, sont touchées: les ventes dégringolent aux Etats-Unis. De mi-avril à mi-mai, l'Institut Nielsen a mesuré une réduction de 11,2% du volume des ventes. Les cigarettiers, en évoquant une baisse de l'ordre de 5% à 7%, contestent l'ampleur mais pas la chute elle-même. Depuis 18 mois la baisse s’accélère, deux à trois fois plus vite que le déclin moyen de 3% enregistré depuis le début du millénaire. 

Au point que les hausses de prix des paquets ne permettent plus de maintenir le chiffre d'affaire des cigarettiers, dont la chute affole les investisseurs. Les valeurs boursières des cigarettiers ont d'ailleurs de nouveau dévissé mardi de 4 à 5 % dans la foulée de la publication des dernières données de Nielsen. En 2018, la chute des actions boursières des Big Tobacco avaient déjà vaporisé plus de 100 milliards £ de leurs valeurs, selon le Daily Mail du 31 décembre

Les hausses de prix des paquets ne suffisent plus

Pour ralentir l'effondrement continu depuis fin 2017 de leur chiffre d'affaires, les cigarettiers procèdent à des hausses de prix. Altria (Philip Morris USA) a, par exemple, de nouveau augmenté de 0,11 $ le paquet de Marlboro fin février, poussant son prix moyen à 7$ alors qu'il n'était encore que de 6,31$ en 2015. Ces hausses de prix ont permis que la contraction de 11,2% du volume des ventes du mois dernier ne provoque "qu'une" baisse de 6,9% du chiffre d'affaire global des ventes de cigarettes, estimé tout de même à 59,27 milliards $. Mais ces hausses de prix, qui ont longtemps plus que compensé le déclin des ventes de cigarettes comme l'expliquait un article éclairant du Wall Street Journal en avril 2017, ne suffisent plus.

Depuis 18 mois, les montants encaissés par les Big Tobacco se réduisent. Et de plus en plus vite. Ce qui semble accréditer l'interprétation d'un effondrement en cours de cette industrie, annoncé par un rapport de Citi Group il y a un an. Les hausses de prix attisent désormais l'exode des fumeurs vers les produits à risque réduit, le vapotage avant tout. 2018 marque clairement un point de bascule dans ce processus, avec l'essor fulgurant de la Juul sur le marché des buralistes (retail channel - ceci comprend les kiosques, les stations-services ect. mais pas les ventes des magasins spécialisés de vape).

Juul représenterait 40% du marché global de la vape selon Altria

Altria annonce que Juul représenterait 40% de l'ensemble du marché des produits de vapotage, tandis que Nielsen relève près des 3/4 des ventes de pods par Juul sur le secteur des buralistes. L'évaluation du marché global de la vape est difficile à chiffrer, les magasins spécialisés indépendants ne communiquant pas de données précises. Les observateurs articulent des estimations de 9 à 13 milliards $ pour l'ensemble du marché américain de la vape d'ici fin 2019, dont une part de 3 à 6 milliards $ pour le secteur des magasins spécialisés.

En décembre, pour tenter de compenser la chute accélérée des ventes de cigarettes, Altria a acquis 35% du capital de Juul pour 12,8 milliards $, ainsi que 45% de Cronos, une entreprise de cannabis canadienne. Si certains analystes se félicitent de la diversification des activités d'Altria, d'autres observateurs financiers estiment que sa direction a cédé à la panique en surpayant cette part minoritaire de Juul, au chiffre d'affaire d'environ un milliard $ en 2018 avec un seul produit vieux de 4 ans et faisant l'objet d'attaques administratives.

Les dernières données de Nielsen pourraient nourrir ces craintes d'actionnaires d'Altria. La croissance, fulgurante en 2017 et 2018, de Juul s'est sensiblement ralentie, tout en restant positive, sur le début de l'année. Difficile de juger si ce ralentissement est temporaire ou signe de l'atteinte d'un pallier de saturation de leur produit. La ré-émergence de certains produits concurrents, notamment de la firme indépendante Njoy, pourrait être un signe avant-coureur d'une ré-orientation du marché vers d'autres produits de vapotage: pods propriétaires concurrents ou de type ouverts offrant plus de choix et de liberté à l'usage.

Les "idiots utiles"

Paradoxalement, Juul peut espérer un effet de protection face aux nouveaux produits concurrents et du secteur indépendant de la vape par les actions des ennemis du vapotage. A titre d'exemple, la lettre du Sénateur Dick Turbin au Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) enjoint l'administration à bannir les produits concurrents de Juul.

Réputés bons stratèges, Altria, et à présent sa partenaire Juul, ont d'ailleurs opté pour impulser des demandes de restrictions, notamment à travers des limites d'âge de vente, assimilant de facto le vapotage aux cigarettes. Juul a ainsi payé des pleines pages de publicité, notamment dans le Wall Street Journal, pour répandre ce message dans le sillage de l'initiative 'Tobacco 21'

Utiliser les changements de réglementation à son profit et contre ses concurrents est un principe central du guide interne des lobbyistes de Philip Morris. Mission plutôt réussie semble t-il dans l'Etat de Washington. Le Gouverneur a signé une nouvelle taxe anti-vapotage, qui frappe en proportion trois plus les fioles de liquide pour produits ouverts que les pods de type Juul.

La guerre de la réduction des risques est loin d'être terminée aux Etats-Unis...
La signature en public de la taxe anti-vape par Jay Inslee, Gouverneur de l'Etat de Washington, la semaine dernière.



jeudi 2 mai 2019

Etude en Nouvelle-Zélande: Le vapotage devrait sauver 236'000 années de vie en bonne santé

Le vapotage va probablement permettre de sauver 236'000 années de vie de qualité (QALYs) en Nouvelle-Zélande. L'analyse, menée par le Programme d'épidémiologie, d'équité et d'efficience des coûts (BODE) de l'Université d'Otago, intègre 16 maladies liées au tabagisme dans son modèle. Les résultats, avec une marge d'incertitude prospective, viennent d'être publiés dans la revue Epidemiology. "Le résultat le plus probable est un avantage pour la santé publique équivalent à 19 jours supplémentaires de vie en bonne santé pour chaque Néo-Zélandais", explique la Pr Coral Gardner, de la chaire de santé publique de l'Université du Queensland. Evidemment, ce sont les personnes parmi les 15% de fumeurs actuels qui, en passant au vapotage, bénéficieront le plus d'années de vie en bonne santé supplémentaires.

Plus de 2 milliards € d'économie probable sur les coûts de santé

Mais l'ensemble de la population néo-zélandaise va profiter de la libéralisation du vapotage à travers la baisse des coûts de santé liés aux maladies provoquées par le tabagisme. Selon les scenarios, de pessimiste à optimiste, l'étude prospective évalue les économies de coûts de santé dans une fourchette de 370 millions à 7,1 milliards NZ$ . Le plus probable est une économie autour de 3,4 milliards NZ$, soit plus de 2 milliards €. Cette baisse des ventes de médicaments et la diminution des soins "résulteraient d'une diminution du nombre de personnes atteintes de maladies liées au tabac" grâce à l'impact du vapotage. 

Dans un pays de 4,9 millions d'habitants, cette baisse des coûts de santé impressionne. De quoi se demander combien perdrait l'industrie pharmaceutique si d'autres pays, comptant encore plus de fumeurs, se mettaient aussi à soutenir la fin du tabagisme à l'aide du vapotage. Serait-ce là un indice de la raison des centaines de millions déversés par les Big Pharma pour financer le lobbyisme et les fakenews contre le vapotage?


dimanche 2 décembre 2018

[Rumeur] Malaise chez Juul après les rumeurs de négociations avec Altria (Philip Morris USA) ?

Le Wall Street Journal (WSJ) a lancé le pavé dans la mare ce mercredi. Altria (Philip Morris USA) négocierait une entrée dans le capital de Juul Labs. Officiellement, les deux entreprises ont refusé tout commentaire aux médias. Cependant Kevin Burns, le Directeur de Juul Labs, a jugé opportun d'envoyer un mail à ses employés confirmant "l'intérêt important" de possibles d'investisseurs tout en qualifiant l'information du WSJ de "spéculation médiatique". Au sein des employés de la start-up de vapotage, les réactions oscillent entre incrédulité et colère, selon les informations exclusives du média Axios qui s'est procuré des échanges de mails internes. 

Un "pacte avec le diable" ?

"Parmi les employés qui ont cru à l'information [du WSJ], l'inquiétude porte principalement sur la manière dont Juul ferait un "marché avec le diable". Ce serait contraire à sa mission d'aider les fumeurs à quitter les cigarettes combustibles, explique l'un d'eux, rendant ainsi difficile de continuer pour les employés actuels et le recrutement de nouveaux", révèle Dan Primack pour Axios. D'autres employés de Juul pensent que la rumeur lancée par le Wall Street Journal est une opération de comm' d'Altria pour faire remonter ses cours boursiers

Altria insisterait depuis le début de l'année

Du côté du cabinet de conseils financiers Wells Fargo, la spécialiste du domaine Bonnie Herzog estime la rumeur de l'intérêt d'Altria fondée. Avec précaution, elle suppose que le cigarettier pourrait investir de 4 à 7 milliards $ pour acquérir de 30 à 40% du capital de Juul Labs. Un bon choix stratégique pour Altria estime l'analyste, au vue de l'écroulement des ventes de cigarettes.

Pour Axios, qui évoque aussi une offre de l'ordre de 5 milliards $, les propositions d'Altria auraient commencé au début de l'année. "Juul a rejeté la proposition initiale, mais Altria a persisté, revenant régulièrement à la charge avec des offres plus élevées", précise le média qui se veut pointu. 

Campagnes fédérales anti-Juul

Entre temps, l'administration Trump a déclenché des campagnes très agressives contre la Juul, accusée de provoquer rien de moins qu'une "épidémie" et une "tragédie". Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), a parachevé cette campagne en annonçant début novembre un plan de mesures contre la vente des arômes de vapotage autres que tabac et menthol dans les kiosques. 

Altria puis Juul avaient anticipé de quelques jours cette annonce en arrêtant d'eux-mêmes de fournir les commerces physiques en recharges de liquides autres que tabac et menthol. Ainsi qu'un système de contrôle serré de l'âge pour interdire les ventes en ligne de pods de Juul aux moins de 21 ans.

Arrivée de la Juul en Suisse

Ces événements influencent évidemment l'estimation de la valorisation de Juul Labs dans d'éventuelles négociations. Tout cela reste très opaque et sensible. D'autant plus que l'entreprise de vape californienne cherche à se développer en Europe. Après un lancement en Angleterre, la Juul va se trouver très prochainement dans les rayons de la chaîne de kiosques Valora, qui compte plus d'un millier de points de vente en Suisse. 

Dans la NZZ de dimanche dernier, Jonathan Green, directeur de Juul Suisse, précise avoir signé le 14 novembre le codex de la Swiss Vape Trade Association (SVTA), l'association des professionnels de vape. Il s'engage à ne pas vendre de Juul, y compris par internet, aux mineurs.

Bien qu'il ne soit pas très clair ce qui relève des commentaires du journaliste de la NZZ, dont on connait l'orientation, il semble confirmer que la Juul commercialisée en Suisse sera la version ultra-light européenne. Un produit qui dans cette configuration se distingue peu de ce qui existe déjà sur le marché. Où des produits similaires mais non propriétaires, pouvant être rechargés en liquide, évitent au consommateur d'être captif du système de capsules "à la Nespresso".

vendredi 16 novembre 2018

[Op] Suisse: parlera t-on de réduction des risques aux manifs contre l'explosion des primes d'assurance-maladie?

Au lieu de leur donner accès aux soins, le système d'assurance-maladie est devenu une cause d'endettement pour des centaines de milliers de personnes en Suisse. "Désormais, certains Romands renoncent à se soigner, en raison de leur franchise élevée, tandis que plusieurs cantons ont introduit une liste noire des mauvais payeurs, qui n’ont désormais plus accès aux soins, sauf en urgence", expliquait l'émission Temps Présent de la RTS l'an passé. 

Manifs ce samedi à 14 h

Depuis, les primes ont poursuivi leur ascension, dépassant 500 Fs par mois pour l'assurance de base à Genève par exemple. Sans que cela n'amènent les autorités fédérales à prendre plus que quelques mesures cosmétiques. De quoi exaspérer la population, comme le montre le mouvement spontané de Lutte contre la hausse des primes d'assurance maladie (LCAPAM). A l'appel de ce groupe, né sur facebook et comptant près de 14'000 membres, des manifestations sont organisées ce samedi à 14 h dans sept villes.

Différentes causes sont à l'origine de ce marasme socio-sanitaire. En premier lieu, l'absence d'indexation des primes aux revenus. A laquelle s'ajoutent la gestion mercantile des caisses, des conflits d'intérêts croisés entre les lobbys, notamment des pharmaceutiques et des assurances, au parlement... et évidemment l'augmentation des coûts de santé. Ne soyons pas dupes, l'excuse est taillée sur mesure pour des dirigeants prompts à se défausser de leurs responsabilités et occulter les autres problèmes. Reste qu'ils augmentent.

Coûts inéluctables ou artificiellement entretenus?

Alain Berset, Conseiller fédéral en charge de la santé, prétend que la hausse des coûts de santé est "inéluctable". En réalité, sa responsabilité est violemment engagée sur la principale cause évitable de maladies: le tabagisme. Sa politique de prohibition du vapotage nicotiné a condamné les fumeurs à ne pas pouvoir arrêter avec l'aide la plus populaire et la plus efficace. Alors que le tabagisme coûterait près de 4,6 milliards de Fs annuels en coûts de santé en Suisse. 

L'interdiction des liquides nicotinés, finalement reconnue illégale et abrogée par le Tribunal administratif fédéral en avril, est directement responsable d'avoir nourri artificiellement les coûts de santé. Depuis 2011, l'Angleterre a réduit d'un quart son nombre de fumeurs, passant en dessous de 15% de la population à présent, avec une politique d'incitation positive au vapotage. Dans le même temps, le tabagisme de la Suisse d'Alain Berset a stagné à plus de 27%

Le fumeur est-il un salaud universel?

En contre-feu aux manifestations de samedi, une campagne se met en place ces derniers jours pour désigner des bouc-émissaires. Sondage orienté diffusé par le quotidien gratuit 20 Minutes à l'appui, se dessine la figure du salaud de fumeur responsable des primes élevées. Et qu'il faudrait punir de primes encore plus élevées, susurre la manipulation facile à l'oreille de la population. En réalité, les fumeurs sont les principales victimes, non seulement dans leur chair, mais aussi financièrement du tabagisme. Alors qu'ils sur-financent déjà proportionnellement les comptes de l'AVS, augmenter leurs primes d'assurances serait non seulement injustes mais surtout contre-productif. 

Le changement personnel se nourrit de confiance. La stigmatisation et l'accroissement des difficultés sociales et financières entravent la sortie du tabagisme. Le fossé grandissant en Suisse dans le succès à arrêter de fumer selon sa classe sociale est éloquent, bien que totalement passé sous silence en premier lieu par les "milieux de la santé". Etre aisé assure trois fois plus de chances de réussir sa tentative d'arrêter de fumer que d'être défavorisé, selon le suivi Salpadia en 2011. Pour ne plus fumer, il faut des moyens concrets d'aide, des encouragements et du soutien pour avoir la confiance de s'engager dans un changement parmi les plus difficiles qui existe. 

Mouvement publique de santé

La politique anglaise s'appuie sur ces deux éléments avec succès: l'accès à l'outil de réduction des risques qu'est le vapotage et des incitations positives au changement - ce que Richard Tahler appelle les nudges -. Une approche qui tend à réduire les inégalités de chances d'arrêt entre classes sociales. L'administration d'Alain Berset ayant fait plus que la démonstration de son incapacité à saisir et, a fortiori, à mettre en oeuvre ces éléments actuels, la question se pose de savoir si son successeur sera plus compétent et courageux pour initier une politique moderne et efficace en la matière

En attendant, espérons que la société civile Suisse s'empare à son tour de la question de la réduction des risques, en particulier face au tabagisme avec le vapotage. Un moyen de freiner les coûts de santé, à défaut de résoudre les problèmes de déloyauté des dirigeants mis en lumière aussi bien par la gestion des assurances-maladies que la politique tabac.


dimanche 28 octobre 2018

Altria (Philip Morris USA) fait son 'coming-out' anti-vape

Altria, la scission américaine de Philip Morris, a annoncé jeudi dernier retirer de la vente ses pods MarkTen Elite et Apex et tous ses liquides Green Smoke aux arômes autres que tabac, menthe et menthol. "Bien que nous ne pensons pas que nous avons un problème actuellement avec l'accès ou de l'utilisation par les jeunes de nos produits de vapotage, nous prenons cette mesure parce que nous ne voulons pas risquer de contribuer au problème", a déclaré Howard Willard, directeur d'Altria, lors de la présentation des résultats financiers trimestriels, selon une transcription de FactSet relayée par le Financial Daily.

"Sur la base des informations de la FDA et d'autres*, nous estimons que les produits utilisant des pods contribuent de façon importante à l'augmentation du nombre de vapoteurs chez les jeunes", écrit le patron d'Altria, selon le New-York Times. En réalité, le nombre de lycéens déclarant avoir expérimenté le vapotage a régressé de 16% en 2015 à 11,7% en 2017 selon les statistiques du National Youth Tobacco Survey (NYTS). Sur ces 16% en 2015, seuls 1,7% vapotaient de manière fréquente.
* edit: ajout de la première partie de la phrase, que j'avais tronquée à tort. Merci à Claude pour me l'avoir fait remarquer ;)

Altria tente de torpiller Juul

Personne n'est dupe. Dans le contexte où la Food and Drug Administration (FDA) envisage d'interdire les ou des arômes de vapotage, cette déclaration d'Altria vise à isoler Juul. La start-up indépendante de vapotage a pris une majeure part du marché du retail channel - la distribution en kiosques et magasins non spécialisés - aux produits des cigarettiers. En avril, les analystes de Citi annonçaient que le phénomène allait enterrer l'industrie cigarettière s'il se poursuivait.

Depuis c'est une guerre médiatico-politique sans relâche contre Juul en particulier et le vapotage indépendant en général. Les milieux boursiers, Goldman Sachs notamment, ont accueilli l'annonce d'Howard Willard comme un "élément très positif" pour la valeur des actions d'Altria. "La réponse proactive à une répression réglementaire sur les produits de vapotage qui font appel à des adolescents est un facteur positif pour la position de l'entreprise et met la pression sur son rival Juul", estime le portail financier Market Watch.

Du coté du monde de la vape américainse, on a aussi saisi la manoeuvre. "Contrairement au tabac, les produits de vapotage dépendent des arômes. Le signal envoyé par Altria indique à la FDA que le cigarettier sera ravi de suivre le plan de l'agence visant à limiter la disponibilité et à déporter la vape dans un marché ghettoïsé", commente Jim McDonald, spécialiste du vapotage aux Etats-Unis sur Vaping360.

Coup opportun ou stratégie?

Cette désignation du vapotage comme "problème chez les jeunes" est-elle une réaction opportuniste du cigarettier contre son concurrent ou la manœuvre s'inscrit-elle dans un plan mûrement déployé ? Nous nous posions déjà la question en février de la nature d'un hoax délirant contre la Juul a destination des ados américains: Guerre commerciale, propagande puritaine ou hystérie américaine? La sociologue Amelia Howard, de l'Université de Waterloo (Canada), révèle des documents troublant sur la question (voir son thread en fin d'article).

La chercheuse s'est intéressé à la manière dont le discours du "danger de la Juul" s'est diffusé. "Un élément clef a consisté à coopter des conseillers de soutien aux étudiants, qui sont habitués à avertir les administrateurs, les parents et le public", explique Amelia Howard. Pour toucher ces 'key opinion leaders' du milieu scolaire, Caron a mis au point un programme d'aide aux étudiants, présentés dans plus de 600 écoles. Point sensible: le programme d'aide aux étudiants Caron contient le 'Project connect' financé en totalité par le cigarettier Altria.

Altria diffuse la thèse de la vape comme Grand complot cigarettier !

Cible principale depuis l'an passé du Project connect de Caron à destination du milieu scolaire et financé par Altria: le vapotage. Le listing de hoax affolants habituels est déroulé: de la maladie du pop-corn, aux conversions fausses de la teneur en nicotine entre Juul et cigarettes etc. Point d'orgue de la présentation: la thèse du vapotage comme Grand complot des cigarettiers."Le vapotage a été créé par l'industrie du tabac pour remplacer la perte de ses consommateurs de cigarettes fumées, qui ont fortement décliné avec le temps", explique la présentation de Caron.

Que le cigarettier Altria s'emploie à faire diffuser la thèse du vapotage comme Grand complot des cigarettiers, a quelque chose de sophistiqué en matière de manipulation. De quoi s'interroger, vue d'Europe, sur la confiance que l'on peut accorder à ces nouvelles associations hybrides cigarro-vape, prétendant défendre le vapotage mais créées et financées par des cigarettiers. Tout comme sur la probité de leurs médias "vapoteurs" alternant infos labellisées vape et fakenews alarmistes renvoyant des milliers de personnes vers la cigarette.

jeudi 27 septembre 2018

Faut-il couper le financement de l'OMS pour sauver la réduction des risques ? La presse anglaise ouvre le débat avant la #COP8FCTC

Une situation paradoxale. Le Royaume-Uni est le pays le plus engagé pour soutenir le vapotage comme alternative à risque réduit contre le tabagisme. Avec un grand succès. Mais c'est également le pays qui finance le plus le bureau anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), devenu le fer de lance de la guerre au vapotage dans le monde. Avant même de tenir son 8ème sommet à Genève à partir du 1er octobre, ce secrétariat a publié un rapport encourageant les interdictions et restrictions contre le moyen de réduction des risques. La presse anglaise se fait l'écho de cette situation étrange. "Les contribuables britanniques ne devraient plus subventionner les lois anti-vapoteurs", titre le Daily Express du mardi 18 septembre.

Retirer le financement à l'OMS tant qu'elle soutient la répression du vapotage?

Dans ses colonnes, Christopher Snowdon, de l'Institute of Economic Affairs, exprime l'exaspération des britanniques qui "paient un saladier pour soutenir cette organisation prohibitionniste". "La position effrayante de l'OMS sur le vapotage est en contradiction avec celle du gouvernement britannique qui est fondée sur des preuves scientifiques. À moins que l'OMS ne retire son soutien à l'interdiction du vapotage, le gouvernement devrait lui retirer son financement", explique l'auteur du Nanny State Index spécial nicotine.

L'OMS revendique la Corée du Nord et la Thaïlande comme modèles

Totalement à l'opposé de la politique britannique d'intégration de la de réduction des risques, le secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS mène une campagne féroce contre le vapotage. Sa cadre indienne Jagdish Kaur prône même en Asie de prendre modèle sur la junte militaire thaïlandaise, qui arrête et emprisonne régulièrement des vapoteurs, et la Corée du Nord, dont on ne sait pas si les menaces de déportation des déviants qui vapoteraient sont ou non effectives. Deux pays où le tabagisme est roi et la respect des droits humains absent. L'Inde, autre grande nation du tabac avec le Brésil, vient de rejoindre le cercle des pays prohibitionnistes.

Porte-battante au secrétariat anti-tabac de l'OMS

Ce sabotage du droit des population d'accéder aux moyens de réduction des risques contre le tabagisme se fait grâce à l'argent britannique. En plus du financement de 164 millions $ annuel régulier à l'OMS, seconde contribution derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni a accordé un financement supplémentaire spécifique au secrétariat anti-tabac (FCTC) de 3,7 millions $ par an de 2016 à 2021. Andrew Black, le responsable qui a décidé de cette enveloppe, a depuis obtenu un poste de cadre à ce même secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS. "Heureuse coïncidence de carrière bien rémunérée pour Andrew Black", ironise Christopher Snowdon dans un billet sur son blog.


Le budget du secrétariat anti-tabac (FCTC) approche 6 millions $ dans les années sans sommet. En 2016, celui tenu à New Delhi avait poussé les dépenses à près de 11 millions de $. Soit 5 millions $ de plus pour la semaine de réunion dans le palais des congrès de Noida et les frais des délégués. Le sommet genevois de la semaine prochaine devrait faire exploser la facture. 

Le risque de précipiter l'OMS dans les bras de Bloomberg

Faut-il couper les fonds à cette organisation en dérive autoritaire pour que la réduction des risques soit prise en considération? La proposition de Christopher Snowdon pourrait avoir un effet pervers. Celui d'augmenter encore plus la prise de contrôle de l'OMS par l'affairiste milliardaire Michael Bloomberg. Celui-ci a déjà largement annexé les activités de l'organisme à son profit sous couvert de "philanthropie". 


dimanche 2 septembre 2018

Fin de la consultation européenne le 3 septembre: ma contribution pour l'abolition des taxes anti-vape


La consultation publique ouverte par la Commission Européenne sur le projet de surtaxe des produits de vapotage, ainsi que des taxes d'accise sur le tabac, se clôt demain le 3 septembre. Leur questionnaire prend quelques minutes à répondre. Il m'a semblé nécessaire de préciser certaines choses impossible à exprimer dans le cadre des questions de la Commission Européenne. Voici le texte que j'ai joint en complément à titre personnel.


Les taxes anti-vape sont sanitairement, socialement et économiquement des monstres : il est urgent d’y mettre fin dans l’Union Européenne.

Depuis l’introduction de la taxe anti-vape en Italie, le nombre de fumeurs a augmenté de plus d’un million, passant au dessus des 12 millions, tandis que le nombre de vapoteurs s’est écroulé à peu près d’autant, selon les données de l’Istituto Superiore de la Sanità. Cette catastrophe de santé publique s’accompagne d’un écroulement d’un secteur qui employait des dizaines de milliers d’employés, la perte de revenu de la TVA sur les produits de vapotage pour l’Etat et à terme une augmentation des coûts sociaux liés aux maladies du tabagisme est inéluctable. Le bilan de cette taxe est indubitablement une catastrophe pour la population et pour le tissus économique local. Le principal bénéficiaire en est le lobby pharmaceutique qui pérennise son marché des maladies liées au tabagisme.

Les autres pays de l’Union Européenne ayant introduit une taxe anti-vape depuis suffisamment de temps pour avoir du recul, illustrent les mêmes tendances. Au Portugal, la taxe anti-vape a tué dans l’œuf le développement du vapotage tandis que la prévalence tabagique n’a pas évolué depuis près de dix ans. En Grèce, la taxe anti-vape a soutenu un taux de tabagisme record et impulsé un vaste marché noir des produits de vapotage

Le vapotage est une solution de sortie du tabagisme

Le marché noir n’est pas une solution optimale pour les consommateurs en faisant perdre du contrôle sur la qualité des produits. Mais face à des mesures prohibitives, il reste une solution de sauvegarde d’un moyen de réduction des risques face aux cigarettes. Cependant, il augmente les risques de ventes sans contrôle d’âge. En l’état actuel au niveau européen les études britanniques, ainsi qu’à plus petite échelle celle menée par le Pr Bertrand Dautzenberg dans la population parisienne, montre que le vapotage accélère la chute du tabagisme des adolescents et ne constitue aucunement une passerelle vers celui-ci. Le discours du lobbyiste anonyme M. McK., lié au conglomérat de l’affairiste Michael Bloomberg, utilise des données du contexte américain, traitées de manière douteuse, qui ne sont ni pertinentes ni fiables pour la situation européenne.

Bien que le lobby de la maladie inonde les médias de fake news et de junk science afin de produire le doute dans la population, la réduction des risques du vapotage par rapport aux cigarettes est claire. Sans monoxyde de carbone ni goudrons générés, la consommation de vapotage induit pour ses usagers des niveaux de toxiques équivalents à ceux des substituts nicotiniques sur lesquels nous avons 40 ans de recul. Plus de 7,5 millions d’européens ont déjà choisi d’arrêter de fumer et 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes à l’aide du vapotage, selon les données de l’Eurobaromètre 2017


Le vapotage n’est pas un produit du tabac, il est un mode de consommation sans combustion. Il pourrait s’appliquer à de multiples substances à l’avenir. Le pousser de force dans la case des produits tabagiques est une manière de livrer le produit et ses consommateurs aux lobbys en place. Ce conservatisme d’économie-politique est voué à passer aux poubelles de l’histoire par l’évolution sociale initiée par ce mode de consommation et ses usagers. Il est inquiétant que la consultation conçue par la Commission Européenne soit incapable d’anticiper ce mouvement et apparaisse comme un questionnaire conçu au siècle passé par rapport aux réalités des pratiques de la population.

S’attaquer au vapotage est une mesure anti-sociale

Outre la réduction des risques sanitaires, le vapotage permet aux fumeurs s’y convertissant d’alléger la part de leur budget consacrée aux taxations régressives socialement des produits du tabac. L’augmentation de ces taxes a accru les inégalités sociales de santé alors que les classes défavorisées et vulnérables ont une prévalence tabagique nettement supérieure à la moyenne, tout en étant aussi nombreux à essayer de s’en sortir mais avec un taux d’échec beaucoup plus important. Les mesures de réduction des risques apparaissent comme des solutions alternatives bien plus bénéfiques que les politiques de stigmatisation contre-productives sur ces groupes sociaux. 

Le vapotage se présente comme un des moyens privilégiés pour soutenir une politique de santé publique responsable à l’opposé de l’orientation autoritaire et anti-sociale promue par les groupes néo-puritains, les lobbys pharmaceutiques et cigarettiers (Arte, Vox Pop, 14 mars 2016). Cette question de vie quotidienne préoccupe une part importante de la population, d’autant plus qu’elle concerne aussi les proches des fumeurs. La posture archaïque hostile à l’encontre d’une approche de réduction des risques sur la question du tabagisme, qui prévaut en soubassement des questions posées par cette consultation, mine de manière latente la cohésion sociale et la crédibilité des institutions.

Le rejet de la réduction des risques par les élites nourrit le rejet des élites par la population

Il est très inquiétant à ce sujet que la Commission Européenne refuse de s’intéresser objectivement au sujet, notamment par les multiples blocages du Commissaire lituanien Andriukaitis. Son mépris affiché envers les études scientifiques indépendantes et sérieuses, notamment du Public Health England et du Royal College of Physicians, ainsi qu’envers le public dans les médias et sur les réseaux sociaux est inacceptable. Certes, son pays a une lourde dette historique et des intérêts encore actuels à maintenir le tabagisme. Mais la politique de santé publique européenne ne peut être réduite aux vieilles méthodes de Komintern. 

Si la politique européenne sur le vapotage n’a pas été le sujet prédominant du débat sur le Brexit, elle était tout de même mentionnée comme un sujet influençant leur vote sur le sujet par un tiers des vapoteurs, qui étaient près de 2,5 millions au Royaume-Uni à ce moment-là. En Italie, la décision en décembre 2017 de renforcer les mesures anti-vape, accompagnées de taxes allégées pour les produits des cigarettiers, n’a probablement pas adouci la cuisante défaite du Parti Démocratique aux élections suivantes.

Comme vous le savez, 16 organisations européennes de défense des usagers de moyens de consommation de nicotine à risque réduit ont appelé à participer à cette consultation. Une réaction prédominante des usagers de vapotage, exprimée notamment sur les réseaux sociaux, a été le refus de participer à cette consultation jugeant inutile de perdre du temps, estimant que leurs avis ne seraient pas pris en compte, que la bureaucratie européenne ne s’intéresse qu’aux gains financiers à court terme et qu’elle défend avant tout les intérêts des grands lobbys. 

Le fait que cette consultation n’ait pas intégré d’option pour éliminer toute surtaxe contre le vapotage alors que 89,88 % des répondants à la consultation de 2016 s’opposaient à toute surtaxe nourrit cette perte de confiance à l’égard de la Commission Européenne. Un grand nombre pense que le marché noir sera un recours face à des taxations exagérées. 

Surtaxer un produit de réduction des risques permettant à des millions de fumeurs d’arrêter de fumer ou de réduire leur consommation de cigarettes n’a pas de fondement éthique. Justifier cette surtaxe au titre des taxes comportementales contre les « pêchés » mine la crédibilité des motivations de celles-ci et des défenseurs de ces taxes. Punir financièrement l’arrêt du tabagisme est un message insensé du point de vue de la santé publique. 

Choisir le progrès plutôt que l’obscurantisme

Pour ma part, j’ose encore espérer que la politique européenne devienne mature et responsable sur le sujet, en privilégiant d’accompagner un mouvement technique et social pour le meilleur plutôt que de tenter de protéger le statu-quo d’un monde tabagique en voie d’obsolescence. Le vapotage est un moyen de consommation à risque réduit qui va éliminer la fumée, réduisant ainsi drastiquement les maladies liées à ce mode de consommation que ce soit pour la nicotine ou d’autres substances, telles que les cannabinoïdes. La consommation de nicotine, tout comme des cannabinoïdes, ne disparaîtra pas. Le croire est de l’ordre d’un mauvais fantasme dystopique. Freiner cette mutation techno-sociale par des taxes injustifiées fait apparaître les instances européennes pour des organisations arriérées et insensibles aux besoins actuels de la population.

Anticiper et accompagner le développement des entreprises de vapotage enracinées dans le tissu économique local devrait être l’axe de réflexion des instances économiques européennes. Les surtaxes du vapotage s’opposent à une telle politique de développement en favorisant le maintien du tabagisme, le développement du marché noir et des achats hors de l’Europe. Soutenir le report modal des fumeurs vers le vapotage serait bénéfique pour la santé publique et les budgets liées à ces dépenses, favoriserait un ré-équilibrage du poids des taxes régressives et des inégalités de santé pour les classes défavorisées et les groupes sociaux vulnérables, et donnerait un signal positif à la population sur l’attention à son propos de la Commission Européenne. 

Il n’y a qu’une décision viable dans ce dossier: mettre fin aux surtaxes contre le vapotage dans l’Union Européenne.

Avec mes salutations cordiales.

Genève, le 31 août 2018
Poirson Philippe

Membre du comité des associations Helvetic Vape et Sovape. Sans lien d’intérêt financier avec les industries déontologiquement douteuses de la pharmaceutique et du tabac, ni pour raison d’indépendance dans mon domaine d’action avec quelconque entreprise de vapotage.


samedi 1 septembre 2018

[Bref] Près de 40% de croissance de la vape indépendante en Allemagne cette année

Près de 40% de croissance en 2018. Le marché de la vape indépendante en Allemagne devrait atteindre 400 millions € de chiffre d'affaires, selon la Bündnis für Tabakfreien Genuss (BfTG). Créée en 2015, l'Alliance pour le plaisir sans tabac est l'association des professionnels du vapotage indépendants en Allemagne. L'estimation s'appuie sur une enquête auprès de plus de 100 entreprises de vape indépendantes. La BfTG prévoit que le secteur devrait continuer de progresser en 2019 de 25% pour atteindre 500 millions €.

Cet optimisme s'appuie notamment sur le niveau élevé de fumeurs se convertissant rapidement au vapotage. L'association souligne que l'Allemagne compte près de deux millions de vapoteurs, selon les statistiques officielles. "Le vapotage est un marché en forte croissance en Allemagne. De plus en plus de fumeurs réalisent le potentiel de la vape", s'enthousiasme Dustin Dahlmann, président de la BfTG. Réduction des risques par rapport aux cigarettes et amélioration de la santé pour les fumeurs, diversité des produits, notamment des goûts, et économie du coût par rapport au tabac sont les motivations du passage à la vape des fumeurs. 

Ne pas nuire

Les ventes progressent au détriment du tabac mais les autorités allemandes pourraient mieux soutenir ce changement, estime le responsable de l'association des entreprises de vape indépendantes. "Il y a encore un grand besoin d'action de la part des politiciens. La réglementation politique ne doit pas limiter la disponibilité du produit. Parce que cela empêcherait qu'encore plus de fumeurs arrêtent leur consommation de tabac en passant au vapotage", explique Dustin Dahlmann, inquiet des projets de taxe anti-vape, notamment de la Commission Européenne, et d'une possible interdiction de la publicité en Allemagne.

Les entreprises du secteur emploient en moyenne huit personnes selon les données de l'enquête de la BfTG. La part de la distribution chez les détaillants physiques a fortement progressé pour atteindre 42%, tandis que 37% des vendeurs combinent magasins physiques et ventes par internet. La vente exclusive par internet s'est réduite à 21% des vendeurs. En contraste du chiffre d'affaires de 400 millions € annoncé par le secteur indépendant, l'institut Nielsen évaluait les ventes de produits de vape en magasins non spécialisés (kiosques notamment) à 33 millions € en 2017 en Allemagne. 


mardi 17 juillet 2018

Le Juul effect: les investisseurs ont perdu la foi en Big Tobacco

"Il est surprenant de voir une industrie aussi solide et rentable être liquidée comme cela en seulement six mois, mais la réaction des investisseurs montre clairement que les actions des cigarettiers ne sont plus la valeur sûre qu'elles étaient depuis des générations". L'analyste Jeremy Bowman ne mâche pas ses mots sur Motley Fool, le site d'information financière. Son article fait écho à l'alerte du cabinet S&P Global la semaine dernière sur les actions des trois principaux cigarettiers.  Les cours de Philip Morris, Altria et British American Tobacco ont chacun perdu près de 20% de leur valeur sur les six premiers mois de l'année et  n'ont pas récupéré de leur crash du printemps.

Bloomberg black-out

Ce crash le 19 avril dernier a été provoqué par la publication d'une des analyses financières les plus importantes de l'année, bien que toute la presse liée à l'oligarque Michael Bloomberg a choisi de la passer sous silence. Pourtant, celui dont Forbes estime la fortune à 50 milliards $ en 2018, a bâti sa richesse sur l'information financière. Mais Michael Bloomberg est également parti en guerre contre la réduction des risques, et en particulier contre le vapotage. Il a annoncé en mars, dans un article qu'il a commandé au Guardian, avoir investi un milliard dans sa croisade. 

Aux Etats-Unis, seul John Cramer du show Mad Money sur CNBC a parlé sur un média grand public de l'analyse de Citi Group qui a mis le feu aux poudres de Wall Street. "La vaporette JUUL a commencé d'écrouler l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman, qui ne se trouve pas en accès public mais dont nous en avions relaté les principaux points. La chute de 6% des ventes de cigarettes sur le premier trimestre de l'année s'est accompagnée de la poursuite de l'assaut de la Juul du marché des détaillants des produits de vapotage. Le pod rectangulaire aux sels de nicotine a pris plus de la moitié de ce canal, qui représente un cinquième des ventes globales de produits de vape aux Etats-Unis. Ce réseau de distribution était jusque-là la chasse gardée des produits des cigarettiers. 

Les actions de Big Tobacco soldées

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés, les cours des Big Tobacco se sont effondrés dés la publication du rapport de Citi Group. Trois mois après, en dépit du black-out des médias liés à Bloomberg, les réseaux d'information financière indépendants discutent encore de cette nouvelle donne. "Les actions des cigarettiers ont été liquidées cette année en grande partie parce que les fabricants de cigarettes auraient du mal à faire la transition vers les nouvelles technologies", analyse Jeremy Bowman sur Mottley Fool. En particulier, la cigarette chauffée Iqos de Philip Morris ne convint pas beaucoup de consommateurs de 36 des 38 pays où elle se trouve, à part au Japon et en Corée du Sud.

La baisse générale des ventes de cigarettes force une transition des cigarettiers vers le vapotage ou de produits directement concurrents. C'est un fait mis à jour par le mouvement de la vape: une large partie des fumeurs aspire à des produits à risques réduits, comme le souligne Oliver Kershaw, fondateur de l'ECig Forum, dans une série de tweets. Du côté des financiers, "l'inquiétude suscitée par la transition vers le vapotage est qu'un petit concurrent pourrait battre les géants du tabac. Cela semble déjà se produire avec Juul, le fabricant de vape à la croissance la plus rapide aux Etats-Unis", résume l'analyste Jeremy Bowman.

Campaign for Tobacco-Free Kids à la rescousse des cigarettiers

Outre qu'il met en grande difficulté les cigarettiers, l'essor de la Juul a déclenché une campagne hystérique à son encontre. Au moins en apparence, ce ne sont pas les cigarettiers qui la mènent mais des organisations soi-disant anti-tabac dont la puissante Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK). Notoirement lié à Michael Bloomberg et ayant décroché le gros lot en négociant en secret avec Philip Morris un règlement à l'amiable du procès de 1998, Matt Myers, leader de CTFK, a désormais fait de la Juul sa cible principale. 

Alors que le taux de tabagisme adolescent s'est effondré de moitié depuis 2011, la part des ados a avoir expérimenté le vapotage s'est réduit depuis 2015, date de l'apparition de la Juul. Pourtant, celle-ci est accusée de propager une "épidémie de juuling chez les lycéens". En boucle, les médias, y compris français, répètent ce mantra, l'illustrant régulièrement d'images de spots TV anti-vape mettant en scène des jeunes recrutés spécialement pour l'occasion par un cabinet de marketing. Un classique de discours auto-référentiel narcissique où les médias montrent leur propres reflets en guise de preuves. 

La coalition des conservateurs du tabagisme

Le lynchage médiatique de la Juul pourrait prolonger les bonnes affaires des cigarettiers et des autres lobbys vivant sur le dos des fumeurs en ralentissant l'essor du pod. Comme le croquait, lors du dernier Global Forum on Nicotine, David Sweanor, professeur de droit à l'Université d'Ottawa: "Nous avons de nouveau là un exemple de la vieille alliance entre puritains et trafiquants [baptists and bootleggers coalition]".

Du point de vue de la réduction des risques, la Juul constitue un produit très intéressant comme en témoigne sa saignée du tabagisme américain. Cependant, la prise d'une grande part du marché par un seul produit, même indépendant des Big Tobacco, fait courir le risque d'une concentration réduisant la diversité et le pouvoir de choix des consommateurs. Le gel des innovations sur le marché américain provoqué par la réglementation de la FDA favorise malheureusement une telle évolution.



jeudi 31 mai 2018

[Bref] Le crépuscule du tabagisme: plus de 40 millions de vapoteurs dans le monde selon la BBC

Après le Royaume-Uni, les récents chiffres officiels en France le confirment: le vapotage est l'outil de sortie du tabagisme de masse dont s'emparent les fumeurs pour ne plus l'être. Sa répression permet encore aux ventes de tabac, et des médicaments liés aux maladies déclenchées par le tabagisme, de prospérer dans certains pays, tel que la Suisse. En cette Journée mondiale sans tabac, la BBC a mis en avant un récapitulatif chiffré de l'essor du vapotage. Le cabinet Euromonitor estime qu'on a dépassé le seuil de 40 millions de vapoteurs dans le monde. De 7 millions en 2011, le vapotage a été embrassé par 35 millions d'usagers en 2016, Euromonitor prévoit que plus de 55 millions d'utilisateurs en 2021. Edit 21h: Comme l'a fait remarqué Jacques Le Houezec, l'estimation d'Euromonitor agrège aussi les usagers de tabac chauffé... /

Extrait de C dans l'air (France 5) hier, avec François Bourdillon, directeur de Santé Publique France:


Systèmes ouverts majoritaires

BBC selon Euromonitor
Les vapoteurs sont avant tout tournés vers les systèmes dits ouverts, permettant de conjuguer atomiseurs et box selon les besoins et de choisir les liquides de remplissages dans l'énorme variété du marché. Cette orientation s'oppose aux systèmes fermés propriétaires, imposant de racheter des capsules de liquides scellées à la marque du modèle, rendant captif le consommateur. Néanmoins, l'essor fulgurant de la Juul aux Etats-Unis ces derniers mois, qui avale à grande vitesse des parts de marché des cigarettes (de tabac), incite à ne pas condamner la possibilité d'un développement de ce type de produit.

Les vapeshops en première ligne

Les boutiques spécialisées sont en première ligne de cet exil des fumeurs à l'aide de l'outil de réduction des dommages. Elles offrent les conseils techniques nécessaires, du choix et bien souvent un soutien humain dans la démarche d'arrêt tabagique, comme le relate les témoignages de terrain dans le dernier Bulletin de Sovape. Une enquête d'Ernst & Young, menée en 2015 au Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne, Italie, Russie et Corée du Sud, montre clairement le recours privilégié à ce canal par les usagers. Leurs motifs de se convertir au vapotage n'y sont probablement pas étrangers. 

Mouvement publique de santé

Arrêter ou moins fumer pour arrêter l'impact néfaste sur sa santé des cigarettes, tout en conservant le plaisir de la nicotine, d'un geste et de nouvelles sensations olfactives expliquent l'engouement massif. Un soutien des autorités permettrait sans aucun doute d'accélérer cette révolution technique et sanitaire. Mais à part les britanniques, les autres pays semblent plus intéressés à endiguer la perte de revenu fiscaux liées à la sortie du tabagisme des plus de quarante millions de vapoteurs. A défaut des usagers diffusent conseils et soutiens aux fumeurs cherchant à se libérer des cigarettes, comme par exemple l'excellente brochure de l'association Helvetic Vape sur le sujet en Suisse, ou des groupes d'entraide à l'arrêt des cigarette avec le vapotage dont nous avons, avec l'association Sovape, fait une analyse publiée cette semaine.

Sur RTL, le Dr William Lowenstein, de SOS Addiction, et Dominique Laverge, de la Société française de pneumologie, au micro d'Yves Calvi:



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