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mardi 18 février 2020

La revue JAHA rétracte enfin la fraude de Glantz sur le vapotage et les crises cardiaques

Il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte la publication frauduleuse sur le vapotage et les crises cardiaques. "Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l'objet d'un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document", déclare Michelle Kirkwood, porte-parole de l'American Heart Association (AHA), l'association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

La cause précède l'effet

Très médiatisée à sa sortie, l'étude affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco, ont comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu'ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l'effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, ont mis en évidence l'incohérence. "Les principales conclusions de l'étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides", ont écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l'erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d'experts se trouvent sur le site PubPeer.

JAHA avoue avoir publié l'étude en connaissant son erreur méthodologique

Aujourd'hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L'explication des éditeurs est confondante. "Lors de l'examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d'utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation", explique la revue JAHA

"En d'autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu'il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l'utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l'utilisation du vapotage", commente Jacob Sullum sur le site Reason. "Ils ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n'ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires", poursuit le journaliste spécialisé. 

Que vont faire l'OMS et l'AFP après huit mois a disséminer cette fraude?

Mais JAHA a tout de même publié l'étude en la sachant vérolée ! A présent, Dharma Bhatta et Stanton Glantz disent ne plus pouvoir faire une analyse corrective parce qu'ils n'auraient plus accès à la base de données PATH. Ou parce qu'ils savent avoir fraudé depuis le début et que les données ne peuvent en aucune manière montrer un risque particulier de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport aux autres ex-fumeurs?

Quoiqu'il en soit, la revue aurait du attendre les calculs supplémentaires avant de publier. "Je soupçonne que JAHA aurait été un peu plus prudent avec une étude qui a révélé que le vapotage empêche les crises cardiaques en aidant les fumeurs à arrêter", conclut Jacob Sullum. Peut-être le fait que Stanton Glantz avait déjà diffusé cette thèse dés février 2018 dans une conférence, repris par la presse internationale sans vérification ni contrepoint critique, à influer sur cet étrange choix éditorial?

[add 19-02-2020 à 1h15] Sur son blog, Stanton Glantz se présente ce soir comme victime des défenseurs du vapotage. "A présent, sous la pression continue des défenseurs de la cigarette électronique, les rédacteurs du Journal of the American Heart Association ont retiré le document parce que, sans accès à l'ensemble de données à usage restreint PATH, nous n'avons pas pu faire l'analyse supplémentaire", explique l'ex-directeur du centre de recherche sur le tabac de l'Université de San Francisco. Selon lui, l'impossibilité de l'analyse supplémentaire suit du retrait de l'accès aux données par l'Université du Michigan parce que Bhatta et Glantz avaient "signalé certains numéros de taille d'échantillon sans obtenir l'approbation préalable". A ma connaissance, l'Université du Michigan n'a pas communiqué publiquement sur la raison pour laquelle elle a interdit à Bhatta et Glantz d'utiliser ces données. Ce qui semble une mesure inhabituelle...? [/add]

Se pose la question des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février. D'autre part, le "pool santé" de l'Agence France Presse (AFP) et les nombreux médias qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

Que vont-ils faire pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ?


samedi 25 janvier 2020

[note] Jean-Jacques Bourdin est-il le symptôme de la soviétisation du journalisme ?

"L'OMS dit que... l'OMS dit que...", répète en boucle Jean-Jacques Bourdin, aux alentours de 6H50 du matin dans son émission du 24 janvier sur RMC. Face à lui, le Pr Daniel Thomas, de l'Alliance contre le tabac, joue à l'équilibriste pour ne pas valider les grossières inepties que le présentateur annone, sans violer le tabou de l'interdiction de toute critique contre l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Jean-Jacques Bourdin a t-il vérifié la validité scientifique de ce qu'il répète sans distance? Sait-il, qui réellement émet cette communication derrière le sigle OMS?

Il n'a fait aucune recherche, aucune vérification, aucun travail, avant de s'emparer et diffuser ce message. Il y a 50 ans, le présentateur de Radio Moscou annonçait "le Comité Central du Parti dit que...". Aujourd'hui Jean-Jacques Bourdin répète "l'OMS dit que...". Même logique de conformisme bêlant à des bureaucraties si opaques qu'elles sont le nid à toutes les dérives. Mais structurellement, l'une a échoué à se maintenir par la force, tandis que l'autre prospère en servant le pouvoir financier. 

Obéissance à la force hier, conformisme agnotologiste à présent

A l'antenne, les effets de manches masquent l'absence d'information réelle. Il faut lui concéder, Jean-Jacques Bourdin est vraiment bon pour ces effets. Mais ce n'est que le maquillage d'un corps vide. Ce n'est pas seulement par obéissance que Jean-Jacques Bourdin répète les âneries de l'OMS. Ce n'est même pas seulement par fainéantise qu'il fait ce journalisme de salon-fumoir nourrit de dépêches de l'AFP, enfumages à peine paraphrasés des communiqués de chargés de comm'.

C'est avant tout parce qu'il manque de ressources pour faire preuve d'intelligence et de distance critique. Les éléments scientifiques pour invalider les inepties de l'OMS existent. Mais il est nécessaire de prendre le temps d'aller chercher les informations, par exemple la réaction des experts britanniques sur le Science Media Centre, voire si on est très sérieux, de lire les rapports scientifiques sérieux d'instances indépendantes publiés et mis à jour. Accéder, lire et comprendre ces informations prend du temps.

L'opacité pour garder le secret

De même, les réels commanditaires de la communication anonyme de l'OMS peuvent être cernés. Mais cela demande d'enquêter sur une OMS qui interdit la présence de journalistes à sa Convention anti-tabac (CCLAT). Or Jean-Jacques Bourdin n'a simplement pas les moyens d'offrir une information fiable à ses auditeurs. Il est condamné à n'être qu'un bruit pour les distraire. Il n'est même pas sûr qu'il sache que l'OMS impose le huis-clos pour faire l'opacité totale sur les manigances des négociations entre archi-milliardaires, grandes nations du tabac et lobbyistes de l'industrie de la pharmaceutique lors des COP anti-tabac.

Pourtant le sujet est chaud. Les affaires de corruption de l'OMS émergent, bien que celle sur le sanglant scandale de l'Oxycontin soit passée sous silence dans les médias dominants. Plus précisément sur le sujet des violations des droits humains et de l'absurdité sanitaire de l'orientation prohibitionniste et répressive du vapotage de l'OMS, deux associations viennent, coup sur coup, de publier des documents. Ils sont d'une lecture complémentaire l'un à l'autre, bien que les deux associations ne se sont pas concertées entre elles.

S'emparer de l'information en direct

Jeudi, l'association britannique Knowledge Action Change (KAC) a édité la mise à jour 2020 de son rapport sur l'état global de la réduction des risques face au tabagisme en mettant l'accent sur la question des droits humains. De son côté, l'association Sovape a publié vendredi un document listant plusieurs problèmes de violations des principes de l'OMS, ainsi que des principes de la CCLAT et des mise en danger inquiétantes des droits humains par les agissements de l'OMS sur le sujet. J'ai participé à la rédaction de ce travail de Sovape. A vous de les lire, de les discuter et de les diffuser directement.

Selon les enquêtes de Reuters et du journal la Croix, la perte de confiance dans les médias en France atteint un record. Signe que le public perçoit de manière générale, et peut-être floue, le problème de fond. Sur ce sujet précis, les informations sur l'OMS et la réduction des risques ne passeront pas sur RMC. L'auditeur de Jean-Jacques Bourdin n'en saura rien. Il n'aura eu le droit qu'à être conforté dans son tabagisme en étant apeuré du vapotage. Et l'émission matinale de continuer d'imiter le perroquet soviétique du 21e siècle. "L'OMS dit que..."

mardi 17 décembre 2019

Chiffres contre narratif: comment le faussaire Stanton Glantz enfume des médias sur la vape et les risques respiratoires

Le risque de maladies respiratoires est similaire pour les vapoteurs que pour les autres ex-fumeurs. Un risque supérieur d'environ 30% par rapport aux personnes qui n'ont jamais fumé, mais de moitié inférieur à ceux qui continuent de fumer. Ce sont à peu près les seuls chiffres fiables, avec une valeur de probabilité (p-value) sérieuse, que l'on trouve dans l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta publiée hier dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM)

Mais ce que les médias, notamment en français par l'AFP et C-News, ont mis en avant sont une suite d'autres résultats aberrants, avec des indices de probabilité indignes de confiance, en les prétendant issus d'un suivi de 32'000 personnes entre 2013 et 2016. C'est simplement faux. Glantz et Bhatta n'ont fait que calculer des ratio de risques à partir d'enquêtes annuelles transversales, sans aucun suivi individuel. Les médias ont brodé la nouvelle avec un sensationnalisme tapineur sur les pneumopathies liées aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC aux Etats-Unis.

Narratif mythomane

Cette narration médiatique "d'une grande étude de suivi" est de la pure mythomanie. Pour le répandre, les auteurs ont utilisé une tactique de communication consistant à diffuser un communiqué à des contacts de presse choisis avec un narratif imaginaire sur ce pseudo-suivi, ceci avant que l'étude ne soit publiée et accessible. Une série de médias ont ainsi imposé un discours sur ce travail sans que d'éventuels experts aient pu le lire pour l'analyser et le critiquer. C'est comme ça qu'ils ont installé ce discours dans les médias hier. A noter que publier un article à propos d'une étude sans avoir lue cette étude relève de la faute professionnelle grave pour un journaliste. 

Ce timing de publication a aussi permis aux auteurs de l'étude de passer sous silence une donnée gênante pour leur narration. Les données de l'enquête PATH prises en compte dans l'étude montrent que dans près de 69,44% des cas de maladies respiratoires chez des vapoteurs, la maladie a précédé leur passage au vapotage. Une donnée dont l'éditeur a probablement forcé l'intégration pour se couvrir, mais dont les auteurs n'ont pas tenu compte dans leur analyse (sic!).

Médicalement absurde

Un élément médical simple et connu infirme toute pertinence au récit médiatisé de la prétendue mesure d'une augmentation du risque de maladies respiratoires à cause du vapotage dans les trois années des enquêtes transversales prises en compte. "Trois des maladies étudiées par Glantz - la BPCO, la bronchite chronique et l'emphysème - mettent des décennies à devenir cliniquement apparentes et auraient été présentes, même non diagnostiquées, dans plusieurs des cas bien avant le début de son étude en 2014, et même avant que les e-cigarettes soient disponibles aux États-Unis depuis 2007 environ", réagit le Pr John Britton dans une lettre au Times.

Le Directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool à l'Université de Nottingham ajoute que les conclusions de l'étude de Glantz et Bhatta "sont également faussées par le fait que la plupart des vapoteurs ont été fumeurs. Or le tabagisme est une cause importante de maladies pulmonaires chroniques, les vapoteurs ont inévitablement un risque accru de maladies pulmonaires longtemps après avoir cessé de fumer". La méthode statistique de l'étude ne permet pas de dépasser ce point: "elle est simpliste : il n'a pas le détail de la durée de vie et de l'intensité du tabagisme requise. Pour ces seuls motifs, sa conclusion est spécieuse".

Méthodologiquement pourri

En somme, Glantz et Bhatta ont aggloméré des données d'études transversales pour prétendre avoir fait un suivi longitudinal qui n'a jamais eu lieu en réalité. Un signe de leur bricolage inconsistant est le fait que ce soi-disant suivi voit des malades disparaître entre les vagues 2 et 3. Or, on ne peut pas prétendre établir une relation de causalité à partir d'une simple corrélation. "Il n'y a absolument aucun moyen de conclure, ou même de spéculer, sur la base des résultats d'une étude transversale, que le vapotage est une cause de maladie pulmonaire obstructive chronique (BPCO)", rappelait le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston et spécialiste du domaine en santé publique, dans un commentaire sur le sujet en février dernier.

De véritables suivis dans le temps de vapoteurs malades montrent que l'abandon du tabagisme au profit du vapotage réduit, voire dans certains cas permet d'inverser, l'évolution de la BPCO. La prétention de Glantz et Bhatta d'avoir isolé le facteur de risque propre au vapotage dans leur étude est ahurissant de stupidité, et leur addition des risques qui s'ensuit est ridicule. Ils n'ont mis en place aucun moyen pour s'assurer que les maladies respiratoires sont liées au vapotage et non pas à une autre cause, dont la plus probable est le tabagisme passé, pour 99,4% des vapoteurs qui ont répondu aux enquêtes utilisées par l'étude. 

Faussaires et pervers notoires

Il est troublant que deux chercheurs déjà co-auteurs d'une fraude manifeste, et précédemment mise à jour, soient de nouveau publiés avec une étude aussi faible méthodologiquement. N'importe qui avec quelques notions sur les maladies respiratoires évoquées par le communiqué de presse de l'étude est capable de rejeter un tel enfumage. Les articles de presse publiés hier sont l'oeuvre de journalistes soit d'une incompétence inquiétante, soit de corrompus.

La tactique médiatique pour répandre ce qui est une fakenews caractérisée montre l'importance pour un réseau de médias de projeter le thème du vapotage comme enjeu politique et émotionnel dans le public. Je pense que ce n'est pas seulement pour vendre du clic et du papier, cette campagne fait partie d'une stratégie électorale d'un politicien multi-milliardaire et magnat des médias.

Tweet du Pr Bertrand Dautzenberg en réaction à l'étude:
[Add.] Tweet de la Dre Ute Mons, du Centre de recherche sur el cancer en Allemagne (DKFZ) [ma traduction: Cher @tagesschau, avez-vous lu l'étude? Depuis quand 1,3 (facteur de risque pour les e-cigarettes) est-il égal à 2,6 (facteur de risque pour les cigarettes de tabac)? En outre, l'étude donne des indications claires de causalité inverse: les problèmes pulmonaires conduisent à passer aux e-cigarettes.]




vendredi 22 novembre 2019

Une hypothèse fumeuse sur l'origine d'une pneumopathie au Canada devient une certitude à buzz anti-vape pour l'AFP

C'est répétitif et du coup, un peu lassant à débunker. Un travail d'un niveau scientifique proche de la cave devient un buzz affolant dans la presse grand public, via l'emballage trompeur de l'AFP. En l’occurrence, une suite d'hypothèses douteuses présentées par des médecins canadiens dans la revue du Canadian Medical Association Journal (CMAJ) devient un diagnostic établi sous la plume de l'AFP. Dépêche reprise sans vérification ni distance critique par divers médias francophones. Le papier des médecins canadiens, publié avant-hier avant révision par des pairs, présente le cas d'une pneumopathie d'un adolescent de 17 ans, pris en charge en hôpital durant 47 jours, avec une assistance respiratoire et un traitement aux corticoïdes, avant de rentrer chez lui. La phrase la plus importante du texte médical est "le mécanisme exact de l'atteinte et l'agent causal sont inconnus"

Tout le reste du texte doit se lire à partir de cette ignorance et être interprété pour une hypothèse. A l'opposé de toute loyauté pour le lecteur et d’honnêteté intellectuelle, l'AFP transforme l'hypothèse, mal fondée comme nous allons le voir, en buzz. Rappeler aux journalistes de l'AFP les devoirs des journalistes de la charte de Munich est inutile, ils ne savent pas qu'elle existe.

Inférence inversée sur un postulat branlant

L'hypothèse de Simon T. Landman et de ces confrères est que le jeune homme a subi une bronchiolite oblitérante à cause de son vapotage, qu'il utilisait depuis 5 mois, parce que des liquides contiendraient du diacétyle. N'étant pas en mesure de faire une biopsie chirurgicale des bronchioles, "ceci nous a amenés à considérer la possibilité d'une exposition toxique par inhalation de vapotage comme la cause de la bronchiolite aiguë et, étant donné l'exposition aux composés aromatisants des e-liquides, nous avons fait le postulat que la bronchiolite oblitérante pourrait s'être développé chez ce patient", précisent les médecins. Oui,  c'est ça: une hypothèse puis un postulat sur la maladie même, avec une inférence inversée entre deux. Bingo au concours de paralogisme.

Or plusieurs éléments font énormément douter de cette construction hypothétique. Dans l'ordre logique, leur première hypothèse est que le malade est atteint d'une bronchiolite oblitérante. Les médecins canadiens appuient ce postulat sur l'analyse des images des poumons du malade, qui montrent une inflammation sévère. On ne sait pas pourquoi, les médecins canadiens ont décidé que ces images écartent le diagnostic de pneumopathies similaires à celles des jeunes américains avec les liquides frelatés à la vitamine E du marché noir de produits au THC. Pourtant, dans plusieurs cas des malades américains, les images des poumons présentent des signes similaires à celui du jeune canadien.

Pour assurer un diagnostic de bronchiolite oblitérante, les médecins auraient du faire une biopsie chirurgicale des bronchioles. C'est délicat et dangereux pour le patient, et on peut comprendre qu'ils aient abandonner ce test. Mais sur la base de ce qu'ils ont à disposition, leur hypothèse n'est qu'une hypothèse et le point le plus important est que "le mécanisme exact de l'atteinte" reste "inconnu".

Cachez ce liquide frelaté que je ne saurais voir

Or, un élément essentiel plaide pour prendre en considération l'autre hypothèse d'un possible rôle d'un liquide frelaté. Cet élément est tout simplement que le patient a expliqué vapoter des liquides traficoté avec du THC. Pourquoi les médecins écartent cette piste et n'ont pas analysé le liquide supposément au THC ajouté par le jeune? Comment être sûr qu'il n'a pas inhalé des adultérants tels que la vitamine E ou des lipides ou des pesticides, comme aux Etats-Unis, à travers ça? Le postulat des médecins canadiens les a condamné à ne pas considérer cette possibilité.

Sur la base de leur postulat douteux, mais pas impossible, d'une bronchite oblitérante, ils ont décidé de traquer la présence de diacétyle dans les liquides vapotés par le jeune homme. Dans leur papier, ils disent en avoir trouvé. Mais ils ne donnent aucune précision ni sur les liquides, ni sur les doses. Une source dont je dois conserver l'anonymat pour préserver sa sécurité - les représailles contre les scientifiques osant ne pas se conformer aux mots d'ordre anti-vape devenant fréquentes et violentes* - confirme que des analyses montrent que deux des onze concentrés utilisés par le jeune homme pour confectionner ces liquides de vape contiennent des doses minimes de diacéthyl. 

Les vapoteurs sont-ils humains ? La science s'interroge

Il est extrêmement improbable que les doses relevées dans deux des concentrés, qu'il est nécessaire de diluer pour les vapoter, puissent générer des taux de diacétyle inhalé au dessus des normes de sécurité avec un usage réaliste. Sur ce point, l'article de Joseph Allen, cité en référence par les médecins canadiens,  publié en 2015 dans Environnemental Health Perspectives avait postulé un vapotage en continu similaire au volume respiré. Or, faisons-en la révélation, mais les vapoteurs respirent entre deux bouffées. Ils restent des humains, même si les anti-vape en doutent fortement de toute évidence. 

Les taux mesurés de diacétyle (2,3 butanedione) dans 38 liquides sur 51 - et non dans tous contrairement à ce que prétend l'AFP - de cette étude de 2015 montraient en moyenne, 9 parts par milliard dans les aérosols dégagés par les vapoteuses. Soit avec une consommation réaliste, environ 750 fois moins que dans la fumée de cigarette, qui n'a jamais été liée de manière causale à une bronchiolite oblitérante. Et 8700 fois moins que les taux relevés dans l'usine de pop-corn où des ouvriers ont été touchés par une bronchiolite oblitérante en 2000 (780 parts par million dans la salle de mélange).

A l'époque, les vapoteurs avaient fait pression avec succès pour limiter au minimum le diacétyle dans les liquides. La plupart des producteurs ont changé leur composition ou disparus. En Europe, la norme AFNOR le limite drastiquement d'ailleurs. Cependant, à l'exception d'un liquide américain à la pêche plus dosé, les liquides testés par Harvard en 2015 dégageaient des aérosols contenant moins de diacétyle (pour ceux qui en avaient) que le fumet d'une tasse de café. Ce qui nous amène à revenir sur un dernier point troublant du papier des médecins canadiens.

Fast-food, fake-science et bullshit-media?

A travers leur construction hypothétique, ils en arrivent à accuser le vapotage conventionnel, en dépit de l'usage de produits du marché noir douteux par le jeune homme. Et cette accusation pointe la présence de diacétyle dans des liquides, sans donner les mesures qu'ils ont fait. Mais les médecins canadiens ne se sont pas intéressés aux conditions de travail du jeune homme. Or, celui-ci bosse dans un fast-food. Les frites surgelées, les pains et les gâteaux des fast-foods notamment sont connus pour contenir des doses importantes de diacétyle.

Et pourtant, ils n'ont pas essayé de mesurer le taux de diacétyle dans l'air ambiant du lieu de travail auquel est exposé le jeune homme. Hum... Croient-ils vraiment à leur hypothèse ? En tout état de cause, une hypothèse peut être soumise à discussion dans le cadre scientifique. Mais qu'elle devienne une vérité diffusée sans précaution ni distance critique minimale médiatiquement est déontologiquement honteux pour les journalistes et pour les médecins à l'origine de cette mésinformation.

*A propos des représailles contre des scientifiques et chercheurs sur le sujet, l'exemple du harcèlement de Marewa Glover en Nouvelle-Zélande est évoqué par le Pr Jean-François Etter dans son analyse sur la Fondation Smoke-Free World à la Royal Society dont la vidéo est en ligne.

jeudi 3 octobre 2019

[Article censuré] La fraude de Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée

Nous avons publié le 19 juillet 2019 un article relatant des lettres de deux chercheurs universitaires américains dont l'analyse des données montre que l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta parue dans le journal de l'American Heart Association (AHA) affirmant un risque accru du double de crise cardiaque lié au vapotage est frauduleuse. Ces chercheurs avaient écrit au journal pour demandé la rétraction de cette publication frauduleuse. Le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) a estimé que ces lettres des chercheurs contenaient des données de l'enquête de population sur le tabac et la santé (PATH) qui doivent être restreintes. L'ICPSR exige des auteurs qu'ils "détruisent de manière sécuritaire" tous les documents concernés qu'ils soient sur format papier ou électronique.

Nous avons le plus grand respect pour la vérité et l'information du public, et rien n'indique que la destruction des informations requise n'est justifiée par des erreurs. L'ICPSR utilise une clause de protection des données des personnes enquêtées pour faire censurer cette analyse de la fraude de Stanton Glantz, bien qu'aucun nom ni indice sur l'identité des personnes de l'enquête de population ne soient apparent dans les documents voués à destruction. 

Cependant, nous avons également le respect des personnes et ne désirons pas attirer des ennuis à des chercheurs dont le seul "crime" est d'avoir révélé une fraude. Nous dépublions l'article du 19 juillet 2019 intitulé "La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée". Nous publions en revanche ce nouvel article titré "[Article censuré] La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée", qui remplacera également dans l'archive du blog l'article dépublié, bien qu'il ne nous soit plus permis de sourcer les éléments de manière aussi précise et souhaitable qu'auparavant. En complément de cet article, nous conseillons de consulter le blog (en anglais) de Clive Bates, notamment la partie 6, sur les allégations infondées de Stanton Glantz.

[Add à 12h: Par ailleurs, une étude publiée dans Therapeuthic Advances in Chronic Disease le 27 septembre, conclue à l'absence de risque cardiaque accru chez les vapoteurs sur la base de l'analyse des données de la National Health Interview Surveys (NHIS) des années 2016 et 2017 sur près de 60'000 personnes. "Aucune association statistiquement significative n’apparaît entre l'utilisation de cigarettes électroniques et les infarctus du myocarde ou les maladies coronariennes. Les associations entre les facteurs de risque établis, y compris le tabagisme, et les deux types de problèmes étaient remarquablement cohérentes", précisent le Dr Konstantinos Farsalinos, Pr Riccardo Polosa, Fabio Cibella et le Pr Raymond Niaura, auteurs de l'étude. ]

Add à 19h : Le Pr Brad Rodu publie un billet qui revient sur le sujet sur son blog personnel https://rodutobaccotruth.blogspot.com/2019/10/a-false-connection-between-e-cigarettes.html

La révélation de la fraude interdite de communication

On attendra encore longtemps un correctif de l'AFP... Le hoax sur l’accroissement des risques de crise cardiaque à cause du vapotage est démasqué. Mais sa révélation est interdite de communication. Largement relayé par la presse, l'ingénieur Stanton Glantz, de l'Université de San Francisco, a affirmé que la vape double le risque de crise cardiaque. Mais comme cela était soupçonné par de nombreux scientifiques, son étude co-signée avec Dharma Bhatta dans la revue de l'American Heart Association (AHA) est frauduleuse.

Deux chercheurs, à qui il a été interdit le 30 septembre 2019 de communiquer sur le sujet, ont épluché les données brutes de l'enquête Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) sur laquelle Stanton Glantz s'est appuyé. Le résultat dont Vapolitique a eu connaissance est que sur les 38 cas de vapoteurs ayant eu des crises cardiaques recensés, 28 d'entre eux les ont eu avant de vapoter, en moyenne plus de dix ans avant. Restent 10 vapoteurs ayant eu des crises cardiaques sur les 25'0000 personnes que comporte l'enquête PATH. Rapporté à l'ensemble des vapoteurs de l'enquête, cette dizaine de cas donne un risque environ trois fois moindre que celui annoncé par l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta. Un risque proche des données concernant les ex-fumeurs sur le sujet en général.

Le 11 juillet 2019, une demande officielle de rétraction de l'article frauduleux a été adressée à l'AHA. Les auteurs de cette demande ont désormais l'interdiction par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) de rendre publique son contenu, au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête de population PATH. Cette lettre, portée à la connaissance du public par le journal USA Today dans son édition du 19 juillet, a été consultée par Vapolitique. Nous pouvons affirmé que Stanton Glantz et Dharma Bhatta n'ont pas pris en compte dans leur étude l'information détaillée de l'enquête PATH à la fois le moment où les participants ont été informés pour la première fois qu'ils ont eu une crise cardiaque, ainsi que le moment où ces participants ont commencé à utiliser le vapotage.
En résumé, les vapoteurs sont beaucoup moins enclins à avoir une crise cardiaque, et n'ont surement pas le double de risque
En tenant compte de cette chronologie des événements des personnes enquêtées, le calcul des risques de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport au reste de la population donne des chiffres tout à fait différents que ceux avancés par Stanton Glantz. Au lieu d'un risque doublé, on trouve une risque sensiblement réduit de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport à la population en général. Ce qui est concordant avec les données relevées chez les autres ex-fumeurs en général. Les chiffres du calcul ré-effectué par les chercheurs nous sont désormais interdits d'être publiés, bien qu'ils ne présentent aucun violation de données personnelles.

En juillet en réponse, Stanton Glantz a invoqué une analyse secondaire dans l'étude publiée par l'AMA. A la page 9 (tableau S6) de cette analyse secondaire, Stanton Glantz et Dharma Bhatta ont estimé que tout vapoteur ayant eu un infarctus du myocarde depuis 2007 était victime du vapotage. Sur les 16 personnes concernées dans l'enquête, 6 ont eu cette crise depuis 2007 mais plusieurs années avant de se mettre à vapoter. Cette analyse secondaire ne réduit pas les lacunes générales de l'étude, puisqu'elle comporte elle-même de graves erreurs de chronologie entre les événements corrélés.

Ce n'est pas une erreur, c'est un mensonge

Cette analyse secondaire montre que Bhatta et Glantz savaient que de nombreux vapoteurs actuels ont eu une crise cardiaque avant de commencer de vapoter. Leur affirmation publiée dans le journal de l'AHA et très médiatisée que la vape est un facteur de risque accru de crise cardiaque ne tient pas. La demande de rétraction de l'étude au journal de l'AHA avait donc été maintenue, mais cette demande est désormais interdite d'être communiquée au public par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête PATH.

Dans un article le 19 juillet du journal USA Today (*) à propos de cette plainte, le Pr Raymond Niaura, de l'Université de New-York, confirme l'absence de rigueur et de preuve des affirmations de Stanton Glantz. Ayant également réanalysé pour vérification des études sur les liens entre vapotage et crise cardiaque, le chercheur conclue: "nous n'avons trouvé aucune relation entre vapotage et crise cardiaque. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de répondre à la question fondamentale de ce qui est survenu en premier".

Le réel danger cardio-vasculaire est le monoxyde de carbone

Une fois dévoilée la fraude de Stanton Glantz et Bathra Bhatta pour gonfler le nombre de vapoteurs, il resterait une dizaine de cas de crises cardiaques de vapoteurs dans le suivi PATH (qui comprend plus de 25'000 américains). D'autres facteurs tout autre que leur vapotage peuvent être impliqués dans ces crises: à commencer évidemment par leur tabagisme passé, comme le soulignait le Pr Carl Philipps sur les recherches à ce propos. En l'état des connaissances, non seulement rien ne prouve un risque accru de crise cardiaque lié au vapotage, mais rien n'indique même qu'il y a une inquiétude à avoir sur cette question. 

Le monoxyde de carbone dégagé en masse par la fumée de cigarette reste le principal facteur de détérioration cardio-vasculaire lié au tabagisme. Il est totalement absent du vapotage. Le message salutaire essentiel à donner aux fumeurs cardiaques reste d'arrêter de fumer. Le vapotage peut aider certains d'entre eux pour quitter la cigarette. Affirmer le contraire est irresponsable et criminel. Les médias qui ont colporté les propos frauduleux de Stanton Glantz se doivent de corriger cette désinformation.

(*) Conflits d'intérêt croisés

USA Today a choisi de dramatiser la nouvelle sous forme d'opposition de personnes entre Stanton Glantz et Brad Rodu. Une large part de l'article concerne les potentiels conflits d'intérêt des deux protagonistes.

D'un côté Brad Rodu, à qui il a été refusé des crédits pour des recherches sur le snus qu'il voulait mener dans les années 1990', a accepté des aides financières de firmes cigarettières. Depuis, les données épidémiologiques en Suède ont confirmé le bien-fondé de ses travaux sur la forte réduction des risques du snus.

Happening contre l'impunité de Stanton Glantz
De l'autre, Stanton Glantz, ingénieur aéronautique, s'est reconverti dans la lutte anti-tabac durant les années 1990' à l'aide de financement des firmes pharmaceutiques telles que Johnson & Johnson. Actuellement, il bénéficie de deux crédits fédéraux de 20 millions $ chacun, l'un du NIH, l'autre pour des recherches anti-tabac et anti-vape de la FDA. Accusé d'harcèlement sexuel et de discrimination raciste par plusieurs de ses étudiantes, il a négocié un arrangement financier pour stopper les poursuites en justice de ses victimes.

samedi 14 septembre 2019

Spécial JIM - Accidents aux USA avec des produits frelatés: les infos qu'on trouve si on cherche

Ce matin, le Journal International de Médecine (JIM) m'étrille, en la bonne compagnie du Docteur et blogueur Jean-Yves Nau. "Vapolitique (...) n’a pour l’heure pas proposé d’informations complémentaires (voire de rectifications)", pique Aurélie Haroche sur le dossier des décès et malades aux Etats-Unis, liés selon mes informations à des produits frelatés de vapotage. Ce dont semble douter la journaliste spécialisée. Peut-être est-ce une réaction personnelle, mais il me semble étrange de pointer les éventuelles lacunes d'un blog d'un bénévole - en l'accusant à la fois de ne pas avoir publier de nouveau billet sur le sujet et de "matraquer" une information (sic!) -, sans questionner les défaillances d'information des médias professionnels et des autorités sanitaires.

Des faits

Je maintiens que l'AFP a caché au public francophone que dés le 25 juillet, le frère de la première victime décédée avait révélé devant les caméras de Fox6 qu'il utilisait des produits frelatés du marché noir. Cette omission est clairement de la désinformation. Et Aurélie Haroche ne présente aucun élément invalidant cette catastrophe de santé publique que représente la désinformation sensationnaliste des médias mainstreams français sur ce dossier, à l'exception heureuse de Libération.

Mais surtout, depuis mon dernier billet sur le sujet, rien de crédible et pertinent n'a invalidé que la source des accidents est liée à des produits frelatés de vape avec THC provenant du marché noir. Le 9 septembre, la Food and Drug Administration (FDA) a d'ailleurs publié un avertissement aux "consommateurs pour qu'ils prennent soin d'eux-mêmes en évitant les produits de vape au THC" qui au niveau fédéral sont illégaux.

Le Département de Santé de l'Etat de New-York avait précédemment laissé fuiter que les malades avaient pour la quasi-totalité reconnu avoir consommé des produits illicites de vape au THC du marché noir, puis a précisé qu'un additif huileux de vitamine E était probablement en cause, dans la Washington Post. A noter que plusieurs des malades qui n'avaient dans un premier temps pas osé "avouer" avoir consommé ce type de produits illégaux, l'ont ensuite reconnu.

Un peu de logique face à l'idiocracie peut-être ? 

Mais en plus des éléments factuels sur les cas, une réflexion assez simple sur la survenue de problèmes concentrés dans un laps de temps très court par rapport à un produit utilisé depuis 2003 suffit. Le 5 septembre sur son blog, le Dr Konstantinos Farsalinos a présenté l'hypothèse de faire comme si nous ne savions rien de l'usage de liquides frelatés du marché noir par les malades. "Alors, utilisons des principes d'épidémiologie simples pour comprendre l'épidémie récente", précise t-il avant de rappeler que, populaire depuis 2009, le vapotage est utilisé aux Etats-Unis par environ 10 millions de personnes, âgées en moyenne d'environ 40 ans, sans vague de problèmes sanitaires.

"Les autorités [américaines] ont précisé qu'il s'agit de cas aigus. Bien que divers médias aient présenté cette maladie comme une mystérieuse maladie pulmonaire, il s'agit en fait d'un empoisonnement des poumons qui se traduit cliniquement par une insuffisance respiratoire grave", explique t-il. "Ces cas ne sont pas liés à des produits de vapotage disponibles depuis des années aux États-Unis et sur le marché mondial. Cela n'a absolument aucun sens que les mêmes produits qui ont été utilisés pendant des années par des millions de personnes et qui n'ont jamais provoqué d'épidémie soient la cause aujourd'hui d'une maladie aiguë ", ajoute t-il, "ces cas ne sont pas liés à des produits qui sont généralement utilisés par le vapoteur lambda. Aux États-Unis, l'âge moyen des vapoteurs adultes est différent de celui des adultes ayant souffert de cette affection aiguë".

Enfin, la soudaineté de la vague de malades indique que "ces cas sont liés à la sortie récente de nouveaux produits (qui n'étaient pas disponibles sur le marché auparavant), à une modification récente de la composition de produits précédemment disponibles sur le marché, ou à un problème récent de processus de fabrication ou de matériaux de produits qui étaient auparavant disponibles sur le marché". Le Dr Farsalinos déplore que "ces conclusions, dérivées de l'application de principes d'épidémiologie simples, ont été largement ignorées par la plupart des autorités, des régulateurs et des scientifiques. Au lieu de cela, nous assistons à une campagne persistante, frénétique et sans précédent contre la vapotage classique, (...) si intense et si injustifiée du point de vue épidémiologique qu’elle dépasse la définition du biais de confirmation".

Se documenter ou hurler pour vendre de la peur? 

Mais le Dr Konstantinos Farsalinos n'est le seul, d'autres experts médicaux reconnus soulignent la source frelatée des produits en cause. Même des français. Le Dr Bertrand Dautzenberg, pneumologue un peu connu en France, a insisté à plusieurs reprises, notamment sur Europe 1 et lors d'un débat sur France 24 où il confirme l'information de Sébastien Beziau représentant de l'association Sovape. Mes lecteurs en ont déjà probablement pris connaissance, mais insistons pour le JIM au cas où le journal disposerait d'une connexion internet (?) : la Dre Marion Adler a également expliqué très clairement les choses sur France Culture, tout comme Jacques Le Houezec dans Ouest-France, et le Dr Gerard Mathern sur RTL. Ainsi que le Pr Antoine Flahault, de l'Institut de Santé Globale de l'université de Genève, dans les Echos où il rappelle l'histoire du concombre espagnol

Du côté britannique, les autorités de santé, qui cultivent un sens de la responsabilité un peu plus élevé que leurs homologues européennes, ont communiqué officiellement sur le sujet. "Notre conseil sur le vapotage reste inchangé: le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il est beaucoup moins nocif que de fumer. Il n'y a aucune situation dans laquelle il serait mieux pour votre santé de continuer de fumer plutôt que de passer complètement au vapotage", précise le Public Health England. Certes, il faut lire l'anglais (peut-être le JIM pourrait-il se doter d'un outil de traduction online ?) :

Sur le site gouvernemental Science Media Centre, la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourgh, et le Dr Lion Shahab, de l'University College London, reviennent sur le sujet. Soulignons l'avertissement de l'expérimentée Linda Bauld sur l'effet pervers que pourrait avoir une prohibition des arômes de vapotage. "Ce qui me préoccupe, c'est que si la plupart des produits de vapotage se retrouvent interdits aux États-Unis, alors les fumeurs retourneront au tabac et, pour ceux qui ne le feront pas, la demande pour des produits au marché noir va augmenter. Un marché illicite florissant est beaucoup plus susceptible de nuire à la santé que de rechercher une réglementation proportionnée du type que nous visons en Europe".

JIM, vous allez me donner combien pour faire votre taf ? 

En bref, à moins d'être dans une tour d'ivoire imperméable, il est difficile aujourd'hui de ne pas savoir que mes indications datant de deux semaines sur l'origine par des produits frelatés du marché noir des problèmes survenus aux Etats-Unis sont confirmées par les experts compétents sur le sujet.

Je me dois de préciser que ma première hypothèse, présentée comme telle, sur le rôle du fongicide Myclobutanil semble s'effacer pour une plus probable source lipidique, liée à un additif de vitamine E ajouté par les dealers pour tromper les clients sur la qualité en concentration de cannabis des produits. Leafly, site spécialisé sur le cannabis, fait un point éclairant et assez complet sur le problème.

Pour information, les forces de police du Wisconsin ont arrêté le 5 septembre deux suspects pour la vente des produits frelatés en cause.

Honnêtement, je devrais facturer ce blog au JIM pour faire le boulot de documentation qu'ils ne font pas eux-mêmes pour leurs lecteurs.

add 17h30 : Ce tweet du Pr Micheal Siegel confirme qu'aux Etats-Unis, les parties concernées du domaine du cannabis agissent plus promptement que les autorités préférant viser une prohibition du vapotage non cannabique
add 18h: j'ai oublié de mettre en lien cet article d'hier de la Royal Society of Chemistry britannique qui fait le point également sur le sujet: Deaths from vaping-linked lung disease in US connected to vitamin E additive

add 22h: puisque j'en suis à faire la documentation... le Gouverneur de l'Etat de New-York a délivré des mandat de comparution pour trois entreprises commercialisant les fameux additifs huileux à la vitamine E, selon le Washington Post du 9 septembre:
https://www.washingtonpost.com/health/2019/09/09/new-york-subpoena-firms-selling-substances-linked-illicit-vaping-products/?arc404=true



dimanche 1 septembre 2019

Décès et hospitalisations aux USA: l'AFP rétracte sa désinformation frelatée sans le dire

Après plus d'un mois à occulter cette information, l'AFP a publié une brève précisant que le décès d'un jeune homme du Wisconsin et les cas d'hospitalisations sont liés à des liquides de vape du marché noir, notamment vendus pour contenir du THC. Cet élément a été passé sous silence dans les médias francophones, à l'exception du Vaping Post, bien qu'il était connu depuis fin juillet. Notamment à travers le témoignage le 25 juillet sur Fox 6 du frère de la personne décédée le 23 août à Milwaukee - voir notre article précédent -. Le nouvel article de l'AFP ne prend pour autant pas la peine d'expliquer qu'il invalide le matraquage de l'agence durant le mois d'août, qui a mis en cause la vape sans distinction en dépit de cette information déjà connue.

[Le tweet de l'AFP donne en lien de sa nouvelle brève l'article publié par le Nouvel Obs]

Le nouvel article échoue aussi à présenter clairement que les quelques 200 cas évoqués par le Center of Disease Control (CDC) n'ont que des symptômes en commun et pourraient pour certains n'avoir rien à voir entre eux. Autrement dit, en l'état on ne peut parler que de syndrome de détresse respiratoire, et non, comme l'ont fait l'AFP et les médias francophones, d'une maladie qui serait clairement établie bien que "mystérieuse" (sic!). Mais user d'un abus de langage est plus inquiétant pour le lecteur évidemment.

Information frelatée et hystérie artificielle

Ces dernières semaines, dans une confusion sensationnaliste, les articles de l'AFP ont déclenché dans les médias français et suisses une vague d'hystérie délirante contre le vapotage sans jamais préciser que le problème concernait des produits frelatés du marché noir hors de tout contrôle de qualité. On peut douter que les médias ayant diffusé peur et doute corrigent à présent leur désinformation précédente.

L'AFP elle-même n'a pas l’honnêteté de le dire clairement dans son nouvel article. Le préjudice pour la réduction des risques, le public, notamment les fumeurs manipulés, et les entreprises de vapotage établies est pourtant indéniable et grave comme l'a souligné Vap'You.

A l'origine du problème: la prohibition qui fait les affaires du marché noir

Le problème sanitaire aux Etats-Unis a été déclenché sur le marché noir de produits de vape prétendument au THC hors de tout contrôle de qualité. Les usagers se retrouvent poussés à recourir au marché noir par les restrictions légales contre le cannabis, ou des taxations rendant hors de prix l'accès aux produits légaux. Depuis près d'un an, les entreprises de cannabis légales alertaient sur la dangerosité de produits frelatés du marché noir, sans que les autorités ne réagissent.

Malgré le refus des autorités de santé américaines de communiquer l'analyse des produits utilisés par les personnes tombées malades, un faisceau de présomption oriente le problème vers deux hypothèses, soit de pneumopathie chimique, soit de pneumopathie lipidique.

Rester calme et s'informer à des sources dignes de confiance

En l'état, les informations les plus précises sur ce dossier se trouvent sur les sites américains spécialisés sur le cannabis, tels que Leafly, ou sur le vapotage, tels que Vaping 360 avec un article très complet. Les associations de réduction des risques telles que NORML California et Tobacco Harm Reduction for Life, ainsi que des acteurs de santé publique honnêtes, à l'image du Pr Michael Siegel de l'Université de Boston, ont informé sur les problèmes spécifiquement liés aux produits du marché noir.

Du côté des médias maintstream francophones, le sensationnalisme, le calcul d'intérêt politicien* ou commercial, ont été privilégiés à la déontologie en occultant l'information connue depuis plusieurs semaines de l'origine illégale du produit frelaté utilisé par le jeune homme décédé au Wisconsin.

* Au moment où des médias et politiciens suisses, voire vaudois, font campagne pour une loi tabac (LPTab) visant avant tout à empêcher les fumeurs de pouvoir passer au vapotage et arrêter de fumer...

vendredi 19 juillet 2019

[Article censuré] La fraude de Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée

Version du 3 octobre 2019- Nous avons publié le 19 juillet 2019 un article relatant des lettres de deux chercheurs universitaires américains dont l'analyse des données montre que l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta parue dans le journal de l'American Heart Association (AHA) affirmant un risque accru du double de crise cardiaque lié au vapotage est frauduleuse. Ces chercheurs avaient écrit au journal pour demandé la rétraction de cette publication frauduleuse. Le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) a estimé que ces lettres des chercheurs contenaient des données de l'enquête de population sur le tabac et la santé (PATH) qui doivent être restreintes. L'ICPSR exige des auteurs qu'ils "détruisent de manière sécuritaire" tous les documents concernés qu'ils soient sur format papier ou électronique.

Nous avons le plus grand respect pour la vérité et l'information du public, et rien n'indique que la destruction des informations requise n'est justifiée par des erreurs. L'ICPSR utilise une clause de protection des données des personnes enquêtées pour faire censurer cette analyse de la fraude de Stanton Glantz, bien qu'aucun nom ni indice sur l'identité des personnes de l'enquête de population ne soient apparent dans les documents voués à destruction.

Cependant, nous avons également le respect des personnes et ne désirons pas attirer des ennuis à des chercheurs dont le seul "crime" est d'avoir révélé une fraude. Nous dépublions l'article du 19 juillet 2019 intitulé "La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée". Nous publions en revanche ce nouvel article titré "[Article censuré] La fraude Stanton Glantz sur le risque de crise cardiaque avec la vape démasquée", qui remplacera également dans l'archive du blog l'article dépublié, bien qu'il ne nous soit plus permis de sourcer les éléments de manière aussi précise et souhaitable qu'auparavant. En complément de cet article, nous conseillons de consulter le blog (en anglais) de Clive Bates, notamment la partie 6, sur les allégations infondées de Stanton Glantz.

La révélation de la fraude interdite de communication

On attendra encore longtemps un correctif de l'AFP... Le hoax sur l’accroissement des risques de crise cardiaque à cause du vapotage est démasqué. Mais sa révélation est interdite de communication. Largement relayé par la presse, l'ingénieur Stanton Glantz, de l'Université de San Francisco, a affirmé que la vape double le risque de crise cardiaque. Mais comme cela était soupçonné par de nombreux scientifiques, son étude co-signée avec Dharma Bhatta dans la revue de l'American Heart Association (AHA) est frauduleuse.

Deux chercheurs, à qui il a été interdit le 30 septembre 2019 de communiquer sur le sujet, ont épluché les données brutes de l'enquête Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) sur laquelle Stanton Glantz s'est appuyé. Le résultat dont Vapolitique a eu connaissance est que sur les 38 cas de vapoteurs ayant eu des crises cardiaques recensés, 28 d'entre eux les ont eu avant de vapoter, en moyenne plus de dix ans avant. Restent 10 vapoteurs ayant eu des crises cardiaques sur les 25'0000 personnes que comporte l'enquête PATH. Rapporté à l'ensemble des vapoteurs de l'enquête, cette dizaine de cas donne un risque environ trois fois moindre que celui annoncé par l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta. Un risque proche des données concernant les ex-fumeurs sur le sujet en général.

Le 11 juillet 2019, une demande officielle de rétraction de l'article frauduleux a été adressée à l'AHA. Les auteurs de cette demande ont désormais l'interdiction par Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) de rendre publique son contenu, au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête de population PATH. Cette lettre, portée à la connaissance du public par le journal USA Today dans son édition du 19 juillet, a été consultée par Vapolitique. Nous pouvons affirmé que Stanton Glantz et Dharma Bhatta n'ont pas pris en compte dans leur étude l'information détaillée de l'enquête PATH à la fois le moment où les participants ont été informés pour la première fois qu'ils ont eu une crise cardiaque, ainsi que le moment où ces participants ont commencé à utiliser le vapotage.
En résumé, les vapoteurs sont beaucoup moins enclins à avoir une crise cardiaque, et n'ont surement pas le double de risque
En tenant compte de cette chronologie des événements des personnes enquêtées, le calcul des risques de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport au reste de la population donne des chiffres tout à fait différents que ceux avancés par Stanton Glantz. Au lieu d'un risque doublé, on trouve une risque sensiblement réduit de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport à la population en général. Ce qui est concordant avec les données relevées chez les autres ex-fumeurs en général. Les chiffres du calcul ré-effectué par les chercheurs nous sont désormais interdits d'être publiés, bien qu'ils ne présentent aucun violation de données personnelles.

En juillet en réponse, Stanton Glantz a invoqué une analyse secondaire dans l'étude publiée par l'AMA. A la page 9 (tableau S6) de cette analyse secondaire, Stanton Glantz et Dharma Bhatta ont estimé que tout vapoteur ayant eu un infarctus du myocarde depuis 2007 était victime du vapotage. Sur les 16 personnes concernées dans l'enquête, 6 ont eu cette crise depuis 2007 mais plusieurs années avant de se mettre à vapoter. Cette analyse secondaire ne réduit pas les lacunes générales de l'étude, puisqu'elle comporte elle-même de graves erreurs de chronologie entre les événements corrélés.

Ce n'est pas une erreur, c'est un mensonge

Cette analyse secondaire montre que Bhatta et Glantz savaient que de nombreux vapoteurs actuels ont eu une crise cardiaque avant de commencer de vapoter. Leur affirmation publiée dans le journal de l'AHA et très médiatisée que la vape est un facteur de risque accru de crise cardiaque ne tient pas. La demande de rétraction de l'étude au journal de l'AHA avait donc été maintenue, mais cette demande est désormais interdite d'être communiquée au public par le Consortium inter-universitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) au prétexte de la protection de données personnelles de l'enquête PATH.

Dans un article le 19 juillet du journal USA Today (*) à propos de cette plainte, le Pr Raymond Niaura, de l'Université de New-York, confirme l'absence de rigueur et de preuve des affirmations de Stanton Glantz. Ayant également réanalysé pour vérification des études sur les liens entre vapotage et crise cardiaque, le chercheur conclue: "nous n'avons trouvé aucune relation entre vapotage et crise cardiaque. Nous ne sommes tout simplement pas en mesure de répondre à la question fondamentale de ce qui est survenu en premier".

Le réel danger cardio-vasculaire est le monoxyde de carbone

Une fois dévoilée la fraude de Stanton Glantz et Bathra Bhatta pour gonfler le nombre de vapoteurs, il resterait une dizaine de cas de crises cardiaques de vapoteurs dans le suivi PATH (qui comprend plus de 25'000 américains). D'autres facteurs tout autre que leur vapotage peuvent être impliqués dans ces crises: à commencer évidemment par leur tabagisme passé, comme le soulignait le Pr Carl Philipps sur les recherches à ce propos. En l'état des connaissances, non seulement rien ne prouve un risque accru de crise cardiaque lié au vapotage, mais rien n'indique même qu'il y a une inquiétude à avoir sur cette question. 

Le monoxyde de carbone dégagé en masse par la fumée de cigarette reste le principal facteur de détérioration cardio-vasculaire lié au tabagisme. Il est totalement absent du vapotage. Le message salutaire essentiel à donner aux fumeurs cardiaques reste d'arrêter de fumer. Le vapotage peut aider certains d'entre eux pour quitter la cigarette. Affirmer le contraire est irresponsable et criminel. Les médias qui ont colporté les propos frauduleux de Stanton Glantz se doivent de corriger cette désinformation.

(*) Conflits d'intérêt croisés

USA Today a choisi de dramatiser la nouvelle sous forme d'opposition de personnes entre Stanton Glantz et Brad Rodu. Une large part de l'article concerne les potentiels conflits d'intérêt des deux protagonistes.

D'un côté Brad Rodu, à qui il a été refusé des crédits pour des recherches sur le snus qu'il voulait mener dans les années 1990', a accepté des aides financières de firmes cigarettières. Depuis, les données épidémiologiques en Suède ont confirmé le bien-fondé de ses travaux sur la forte réduction des risques du snus.

Happening contre l'impunité de Stanton Glantz
De l'autre, Stanton Glantz, ingénieur aéronautique, s'est reconverti dans la lutte anti-tabac durant les années 1990' à l'aide de financement des firmes pharmaceutiques telles que Johnson & Johnson. Actuellement, il bénéficie de deux crédits fédéraux de 20 millions $ chacun, l'un du NIH, l'autre pour des recherches anti-tabac et anti-vape de la FDA. Accusé d'harcèlement sexuel et de discrimination raciste par plusieurs de ses étudiantes, il a négocié un arrangement financier pour stopper les poursuites en justice de ses victimes.

mercredi 26 juin 2019

Pour plus d'un million de fumeurs sauvés par la vape, combien condamnés à mort par les médias?

Plus de 6 millions. Plus de la moitié des fumeurs en France sont persuadés à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de fumer. C'est un des résultats de l'enquête auprès de plus de 25'000 personnes en 2017 publiée ce matin par Santé Publique France (SPF). Encore plus effarant, seuls 29,7% des fumeurs quotidiens, ceux qui auraient le plus besoin d'aide pour se sortir du tabagisme, savent que le vapotage est moins nocif que leurs cigarettes. La désinformation sanitaire frappe particulièrement les défavorisés et les moins diplômés qui sont plus de 70% à ne pas avoir l'information correcte sur les risques relatifs entre fumer et vapoter.

Pourtant, l'enquête de SPF mesure que 2,6% de la population, soit 1,2 millions de personnes ont arrêté de fumer en utilisant la vape, dont 46% ont ensuite arrêté de vapoter (soit 1,2% de la population). Parmi ces ex-fumeurs ayant utilisé le vapotage, 870'000 (±10%) déclarent que la vape les a aidé, dont 700'000 d'ex-fumeurs quotidiens n'ayant plus fumé depuis plus de six mois. Près de 300'000 autres ex-fumeurs ont utilisé le vapotage mais déclarent que leur arrêt tabagique ne lui doit rien. Parmi les 2,3% de la population à utiliser le vapotage et continuer de fumer, 80,3% d'entre eux déclarent avoir réduit leur consommation, en moyenne de 10,4 cigarettes par jour (pour une consommation à l'origine de 19,7 cigarettes quotidiennes). 

Démission des autorités et stratégie du doute 

En somme, le vapotage est un facteur clef de la baisse de tabagisme en France ces dernières années. Mais alors pourquoi de plus en plus de fumeurs croient à tort que vapoter est aussi ou plus nocif que de continuer de fumer ? L'expérience réelle indique le contraire, mais les médias nous bombardent de fakenews sensationnalistes en permanence. Les autorités sanitaires démissionnent et fuient leur responsabilité laissant un boulevard à la dissémination de la confusion. Dans cette stratégie de diffusion du doute et de la peur, l'Agence France Presse joue un rôle central.

Voici quelques unes des plus grosses fakenews diffusées à grande échelle par l'AFP - liste tristement non-exhaustive:

  • 2015: Reprise mondiale des propos d'une simple lettre sans révision scientifique de chercheurs de Portland qui annoncent de manière insensée que le vapotage est de 5 à 15 fois plus cancérigène que la fumée de cigarette. La lecture critique de leur expérience montre rapidement - mais sa publication prendra trois ans (!) - qu'ils ont simplement fait brûler les vaporettes dont ils ont mesuré les émissions en les poussant à plus de 150% de la limite maximale de puissance.
  • 2015: un correspondant de l'AFP au Japon prétend qu'un scientifique local a mesuré des taux extravaguant de toxique dans l'aérosol de vapotage. En réalité, ce scientifique a cosigné une étude publiée à la même période qui indique l'inverse. La brève de l'AFP fait le tour du monde, tandis que l'étude est restée totalement confidentielle.
  • 2015: le délire du "poumon pop-corn", qui continue de circuler, est répandu en dépit de l'absence de quelconque malade et de toutes prise en compte des doses du diacéthyl qui ont généré des bronchiolites oblitérantes chez des travailleurs de l'industrie agro-alimentaire.
  • 2016: durant les fêtes, l'AFP lance un article ridicule sur une étude de toxicologie sur des cellules épithéliales (de la surface des poumons) prétendant l'extrême toxicité du vapotage. En réalité, les résultats montrent qu'un plus grand nombre de cellules ont survécu à 56 jours du traitement au vapotage que celles soumises à 24 heures de fumée de cigarettes.
  • 2018: un chercheur new-yorkais gazent des souris avec un aérosol surdosé en nicotine, équivalent à des années de consommation concentré en quelques heures, avec une vaporette marchant à sec sans contrôle et donc en situation de brûler. Les souris étaient génétiquement sélectionnées pour leur forte tendance à développer des cellules cancéreuses. Cette expérience digne de Mengele fait de nouveau le tour du monde sans que les réactions unanimes des scientifiques pour dénoncer sa vacuité ne soient mentionnées par l'AFP.
  • 2018: des crises cardiaques attribuées au vapotage même si elles ont eu lieu avant que les fumeurs ne passent à la vape. Cette crétinerie produite par le pervers raciste et gâteux Stanton Glantz a été divulguées à plusieurs reprises durant l'année.
  • 2019: une étude stupide sur des cellules des vaisseaux sanguins soumis à du liquide pur de vapotage est reprise sans la plus élémentaire distance critique.
Dans toutes ces cas, l'AFP a fait preuve de négligence, d'absence de professionnalisme et n'a pas respecter les devoirs de la charte de Munich des journalistes, ni sa prétention à vérifier et donner une information fiable et honnête au public. Les conséquences en sont sanguinaires.


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