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vendredi 10 juillet 2020

L'interdiction de vape aromatisée fait exploser le tabagisme des jeunes à San Francisco et le marché noir sur la côte Est

Instaurées prétendument pour protéger les jeunes, les prohibitions de vente de liquides de vapotage aromatisés, sauf arôme tabac, semblent produire l’effet inverse aux États-Unis. À San Francisco, selon une première étude, la part de fumeurs de 18 à 24 ans aurait bondi de plus d’un tiers après la prohibition. Sur la côte Est, les témoignages se multiplient sur l’émergence d’un marché noir ou, lorsque cela est encore possible, d’astuces de contournement pour éviter aux vapoteurs de rechuter dans la cigarette. Esquisse d’une Amérique poussée à refumer après une décennie de vapotage.

Les effets de la première année de prohibition à San Francisco

Le 1er janvier 2019, la ville de San Francisco a interdit la vente de liquides de vape nicotinés aromatisés, sauf goût tabac, ainsi que les cigarettes menthol et tout autre produit de tabac aromatisé. Les liquides de vape aux cannabinoïdes, légaux en Californie, ne sont pas concernés. Soumise à référendum, l’interdiction avait été acceptée par 80 % des votants (taux de participation de 41 %). Une première enquête sur ses effets montre une explosion du tabagisme des jeunes de 18 à 24 ans, et une baisse proportionnelle du vapotage après les dix premiers mois des mesures. L’effet de vase communicant touche un jeune sur dix de San Francisco. 

« Les interdictions locales peuvent réduire considérablement l’utilisation globale de vapotage et de cigares, mais elles peuvent accroître le tabagisme de cigarettes », conclut l’étude dirigée par le Pr Yong Yang, de la faculté de santé publique de l’Université de Memphis (USA), et publiée en juin dans Addictive Behavior Reports. Lenquête s’est appuyée sur un panel de 254 personnes de 18 à 35 ans interrogés en décembre 2018, juste avant la prohibition, puis en novembre 2019, recrutées à travers le MTurk. « Malgré la petite taille de l’échantillon et l’échantillonnage de commodité, les résultats peuvent fournir des informations sur les réglementations liées aux arômes », estiment les chercheurs.

Les jeunes de 18 à 24 ans passent de 27 % à 37 % à fumer

Les jeunes de 18 à 24 ans interrogés étaient 27,4 % à déclarer fumer en décembre 2018, ils étaient 37,1 % en novembre 2019. Soit une hausse relative de 35 % du nombre de fumeurs dans cette tranche d’âge. Ou de manière globale, près d’un fumeur supplémentaire pour dix jeunes. Chez les 25 à 34 ans, l’autre groupe d’âge visé par l’enquête, il n’y a pas eu de changement significatif concernant le tabagisme. 

« Notre étude montre que le groupe d’âge plus jeune des 18 à 24 ans est plus sensible aux interdictions que le groupe plus âgé des 25 à 34 ans. L’observation révèle qu’il s’est produit à la fois une amélioration (réductions du vapotage et des cigares) et des méfaits (notamment, l’augmentation du tabagisme) », commentent les chercheurs.

Baisse d’un cinquième des vapoteurs, tous types confondus

Si les adultes les plus jeunes sont plus nombreux à fumer, ils sont en revanche moins à vapoter qu’avant les mesures de prohibition. Leur nombre a décru dans les deux groupes de l’ordre de 20 %. 

Cependant, l’enquête n’a pas distingué le type de consommation entre vapotage nicotiné, sans nicotine ou avec cannabinoïdes. Dans une ville où le cannabis est légal et l’usage de moyens à risques réduits de le consommer largement répandu, l’absence de cette distinction peut peser lourd dans les réponses [voir par exemple cette récente étude publiée dans Addiction qui dénombre 70 % de vapoteurs de cannabinoïdes parmi les adolescents américains qui déclaraient vapoter fréquemment en 2017 et 2018]. 

Effet de vases communicants ?

Avec le flou lié à cet amalgame, l’enquête a recensé 56,5 % des 18 à 24 ans à déclarer avoir vapoté au moins une fois dans leur vie en décembre 2018. Ce taux a baissé à 46,8 %, fin 2019. Même phénomène chez les 25 à 34 ans passés de 60 % à 50,8 % à déclarer avoir vapoté une fois ou plus dans leur vie. En taux global, on retrouve en miroir le même chiffre d’un jeune sur dix, en moins pour le vapotage et en plus pour la cigarette.
  • Entre décembre 2018, juste avant les mesures de prohibition, et fin 2019, un jeune sur dix de plus fume, et un jeune sur dix de moins vapote. 
  • Un cinquième de ceux qui étaient vapoteurs exclusifs déclarent être passés à un produit de tabac.
Parmi les vapoteurs exclusifs de l’enquête, 60,3 % ont continué comme auparavant. 20,7 % ont arrêté durant l’année de vapoter sans report vers un autre produit nicotiné, mais 19 % déclarent être passés à un produit de tabac. Du côté des doubles-usagers initiaux, 65,4 % ont continué, tandis que 30,9 % sont passés à un autre produit de tabac et seuls 3,7 % ont arrêté toute consommation de vapotage et de tabac. 

Report d’achats des magasins locaux vers internet

Parmi ceux qui ont continué de vapoter, la part d’acheteurs dans des magasins de vape de San Francisco a évidemment fondu, à 19,5 % contre de 27,4 % avant l’interdiction. Ajoutée à la baisse globale du nombre de vapoteurs, la fréquentation des magasins spécialisés a pu baisser de près de 43 %. Les achats se sont reportés vers internet, passant de 16 % à 27 % des consommateurs, et les achats en magasins, spécialisés ou non, hors de la ville.

L’absence de distinction des types de vapotage dans l’enquête ne permet pas de savoir les différences d’impact entre pods et systèmes ouverts rechargeables. Ni de savoir quelle part de vapoteurs a contourné l’interdiction en achetant des liquides aromatisés sans nicotine à San Francisco, pour les nicotiner avec des liquides sans arôme très concentrés en nicotine achetés par ailleurs. Ou d’éventuelles autres astuces. 

Sur la côte Est, le marché noir explose

Les tactiques de contournement semblent pourtant d’actualité à l’autre bout du pays, sur la côte Est. Au prétexte de la vague de pneumopathies de l'été 2019 liées aux liquides du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E, plusieurs États ont décidé de pousser les utilisateurs de liquides nicotinés vers... le marché noir. Dans la nuit du 3 avril, alors que des bulldozers creusaient des fosses communes pour les morts de Covid-19, le Gouverneur Andrew Cuomo fait passer son budget comprenant la prohibition de vente des liquides aromatisés à New York. Depuis, des tactiques se développent pour permettre aux vapoteurs d’éviter le retour à la cigarette.

« “Je vends un kit à saveur de tabac à faire soi-même”, explique le propriétaire d’une boutique de vape à New York, lorsqu’on lui a demandé comment il aide sa clientèle. “Tout est entouré de directives. C’est un e-liquide sans saveur et sans nicotine, un concentré aromatisé au tabac et des paquets de nicotine. Et il y a un avertissement, disant qu’il ne devrait pas être utilisé avec d’autres produits. Mais ce qu'une personne fait de la nicotine une fois à la maison, ce avec quoi elle la mélange, c'est de son ressort, vous savez? », relate un reportage éloquent du site Filter.

Une explosion du marché noir prévisible et prévue

D’autres témoignages provenant du Massachusetts et du New Jersey évoquent l’émergence de marchés noirs plus clandestins. Même le groupe de travail du Département des taxes du Massachusetts se montre inquiet des effets de l’interdiction prononcée par le Gouverneur Charlie Baker. « Avec l’interdiction de vente du vapotage aromatisé dans le Massachusetts à partir du 1er juin 2020, le groupe de travail s’attend à une augmentation de l’activité de contrebande et des ventes sur le marché noir », explique son rapport fin février.

« Mais ne vous attendez pas à ce que les bureaucrates officiels du Bay State jettent l’éponge. Au contraire, ils veulent plus de moyens pour appliquer l’interdiction », pique J.D. Tuccille dans Reason. De son côté, ex-cadre pendant 27 ans du bureau de l’alcool, tabac et armes à feu du Massachusetts, Rich Marianos explique au Metro West Daily News que « la filière du tabac illégal le long de l’Interstate 95 sur la côte Est est une industrie de 10 milliards $. Elle travaille déjà pour combler le vide créé par l’interdiction au Massachusetts »

Effet négatif pour la santé publique

Les effets des interdictions des différents Etats n’ont pas encore été évalués, sauf avec cette première étude limitée concernant les jeunes de San Francisco. Ses résultats rejoignent les témoignages sur l’effet clairement négatif des interdictions poussant les plus jeunes vers le tabagisme, tandis que les vapoteurs plus expérimentés semblent plus enclins à se tourner vers le marché noir. Avant que les réseaux de trafiquants organisés ne s'en mêlent. Ces effets n’ont rien de surprenant, mais ils sont à l’inverse des promesses des promoteurs des mesures d’interdiction des liquides aromatisés.

Par contre, le bilan financier est probablement positif à court terme pour les acteurs institutionnels. A San Francisco, un rapport préalable rédigé par Ted Egan, économiste en chef pour la ville, avait anticipé que la diminution de la consommation de vapotage se reporterait sur l’achat de cigarettes. En plus des rentrées fiscales grâce à la hausse des ventes de tabac, l’impact sur les taux des emprunts pourris indexés aux ventes de tabac, les Tobacco Bonds, doit soulager les villes et Etat en ayant contractés. 

On retrouve sans surprise parmi eux les plus agressifs contre le vapotage : la Californie, l’État de New York, le Massachusetts, le New Jersey et le Michigan, dont la prohibition est contestée devant les tribunaux. Du côté des traders, on conseille d'investir de nouveau dans les actions des cigarettiers qui devraient repartir à la hausse, à l'inverse de ce que laissait augurer leur effondrement en 2018 et début 2019


vendredi 27 mars 2020

Comment la désinformation tue: la tragique démonstration de New York avec le Covid-19

La désinformation tue. Encore plus en période de crise. Le 8 mars à son point presse hebdomadaire, Bill de Blasio, le maire de New York optait pour une communication opportuniste sur l’épidémie de Covid-19. « Les personnes qui contractent le covid-19 sont les personnes qui ont des problèmes de santé préexistants », insiste le maire de New York en détachant bien les syllabes de « pré-existants ». Parmi ces caractéristiques, il cible le vapotage, aux côtés du tabagisme, du diabète, des maladies cardio-vasculaires, de déficience immunitaire, du cancer, etc.. 

Il justifie le dénigrement ciblé sur le vapotage parce qu’il y a à ce moment-là un vapoteur malade à New York. Sur les 110 000 personnes détectées avec le virus dans le monde à ce moment-là. Les médias se ruent sur l’accroche : le vapotage rend les gens plus vulnérables au COVID-19. Message reçu par la population : le virus menace des personnes à risques uniquement, et en particulier les vapoteurs. « Oh, mais alors il suffit de ne pas vapoter pour éviter d’attraper le coronavirus ? ». 

Un message qui n’a pas prévenu le désastre

Le 8 mars, New York comptait 20 cas de personnes infectées par le coronavirus. Ce 27 mars, selon les données du New York Times : New York compte 39 000 personnes infectées, 432 décès. Les 54 000 lits des hôpitaux new-yorkais vont être à saturation d’ici le début de la semaine prochaine, les 1800 lits de réanimation sont probablement déjà tous occupés depuis ce vendredi. 

L’annonce de Bill de Blasio le 8 mars a réussi à faire arrêter le vapotage à quelques New-Yorkais. Dont certains ont recommencé de fumer illico, si l’on croit leur message sur les réseaux sociaux. Mais il a surtout trompé sa population en floutant l’information sur la propagation du virus. Le coronavirus peut toucher tout le monde, et il se diffuse ainsi. Il a trompé ses concitoyens sur la nature des risques et des précautions qu’ils devaient réellement prendre. 

La priorité des politiciens : faire passer la loi S7507-A pour interdire le vapotage

Cette stratégie de communication du maire de New York a reçu le soutien du Gouverneur Andrew Cuomo. Ce dénigrement opportuniste du vapotage répondait pour les deux hommes du souci de faire passer la loi interdisant les liquides de vapotage aromatisés à New York. Au lieu de préparer la ville à l’épidémie, les deux dirigeants ont mis leur énergie à imposer une prohibition de tout produit de vapotage aromatisé, sous le nom de loi S. 7507-A. Le gouverneur a finalement réussi a l’inclure dans le projet de budget de l’État de New York, qui devrait être voté d’ici le 1er avril. L’association des vapoteurs CASAA tente de s’y opposer.

Dénigrer le vapotage semble aussi avoir été une opportunité politicienne dans le rôle classique de bouc-émissaire facile. Évacuer le poids de ses propres responsabilités dans la catastrophe de santé publique en en rendant coupables les vapoteurs. Mais, de toute évidence, il y a aussi une grande incompétence et une forme de déni de la catastrophe des deux responsables. 

Deux responsables totalement à côté de la plaque

Cinq jours après avoir chargé le vapotage, le 13 mars, Bill de Blasio annonce enfin une recommandation de distance sociale aux habitants de New York. Deux semaines après, il y en a déjà 40 fois plus et le pic est loin d’être atteint. Le maire s’est montré totalement à côté de la plaque. 

Le Gouverneur Andrew Cuomo ne semble pas plus lucide. À l’annonce du confinement, décrété seulement le 17 mars, il s’engueule en direct sur CNN avec son frère pour savoir qui d’eux deux est le préféré de leur mère dans une séquence surréaliste. Le 24 mars, le Gouverneur ne semble toujours pas avoir récupéré ses esprits et invoque en conférence de presse les forces de l’amour pour sauver New York. 

Covidiot : le Surgeon General n’a « même pas peur »

À la décharge des deux responsables new-yorkais, Jérôme Adams, le Surgeon General qui est une figure sanitaire censée jouer un rôle de référence aux États-Unis, se montre totalement incapable de comprendre ce qu’il se passe. Le 6 mars, il poste sur les réseaux sociaux un selfie de lui en avion accompagné d’un commentaire sur le fait qu’« il ne craint pas le Covid-19 ». 

Depuis, il se montre toujours aussi incapable de saisir la situation et d’offrir une réflexion de stratégie de santé publique. Il a donc suivi l’exemple des deux dirigeants new-yorkais et opté pour le dénigrement du vapotage en guise de dérivatif et distraire le public de son incompétence. Ce 23 mars au show Today de CNN, il présente ainsi une théorie tombée de nulle part pour accuser le vapotage des Italiens et des Américains d’être une possible cause du Covid-19 chez les personnes de 18 à 49 ans. 

Comment peut-on croire que le vapotage est responsable du coronavirus ?

En l’état des connaissances sur l’épidémie du Covid-19, forcément non consolidées, rien n’indique une particularité d’âge des personnes contaminées en Italie et aux États-Unis par rapport aux autres pays. Et absolument rien n’indique un quelconque rôle, positif ou négatif, du vapotage dans les infections. Comme le montre l’analyse des chercheurs Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni et Raymond Niaura des données disponibles publiées sur Qeios. Seules des fakenews inspirées de théories du complot absurdes ont répandu ce message avant que des responsables américains ne le reprennent.

Pourtant, les médias américains ont martelé ces deux dernières semaines ce message de peur du vapotage en priorité. « D’après mon comptage, il y a eu plus de 30 articles dans les journaux et d’innombrables commentaires sur les émissions et journaux télévisés essayant de plaider d’un certain effet sur les infections à coronavirus ou COVID-19 de la part du vapotage », rapporte Jim McDonald, sur le site spécialisé Vaping360. L’alarme des médias évoque deux cas de vapoteurs infectés au total au début de cette semaine, alors que le nombre total de cas était estimé alors à 350 000 dans le monde. Depuis, on a dépassé les 500 000 dans le monde, dont plus de 80 000 aux États-Unis.

Bloody Bullshit

Les deux semaines qui auraient dû être consacrées à prévenir la propagation du virus ont été utilisées par les deux principaux dirigeants new-yorkais, et dans leur sillage les médias américains, à un pur bullshitage politicien pour détourner l’attention du public. Cette désinformation va participer à tuer énormément d’Américains, et en particulier de New-Yorkais, en les ayant distraits des précautions à prendre alors que le virus se répandait. Les options stratégiques prises depuis par le président Trump et son administration ne semblent pas en mesure d’inverser cette tragédie déclenchée à New York. 

C’est aussi ainsi que les autorités sanitaires perdent la confiance du public. Les États-Unis comptaient, avant cette crise, un des taux les plus faibles de confiance du public envers leurs autorités de santé. The Economist du 5 mars relate un sondage du Wellcome Trust, un organisme de bienfaisance : 59 % des américains font confiance aux messages des autorités de santé de leur pays, contre notamment 80 % au Royaume-Uni et en Allemagne, 86 % en Corée du Sud. Les Européens devraient vraiment arrêter de s’inspirer des États-Unis dans ce domaine.

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