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mercredi 27 juin 2018

[Bref] En Lituanie, le parlement vote une taxe anti-vapoteurs de 1,20 € par fiole dés mars 2019

Les vapoteurs en Lituanie seront aussi taxés dés mars 2019, selon le Daily Finland qui reprend une brève de l'agence de presse lituanienne Elta. L'Etat lituanien prélèvera 0,12 € par mL de liquide de vapotage supplémentaires après l'adoption le 15 juin au parlement d'un amendement du Ministre des finances. Cette nouvelle taxe contre les personnes évitant de fumer à l'aide de la vape, à hauteur de 120 € par litre de liquide vapotage, est accompagnée d'une taxe beaucoup moins élevée de 68,60€ par kilo de tabac pour cigarette chauffée ('Heat-not-burn'). La Lituanie compte 29% de fumeurs selon l'Eurobaromètre de mars 2017. 

Marlboro country

La production de cigarettes est un secteur économique important pour la Lituanie. Notamment avec l'usine de Philip Morris à Klaipéda. Dés l'indépendance de la Lituanie, le cigarettier lausannois a été le premier investisseur a bénéficié de la privatisation d'une entreprise ex-soviétique en achetant Klaipéda Tobacco en 1993. La multinationale a depuis investi plus de € 200 millions en Lituanie, notamment dans une nouvelle usine dans la ville portuaire. Elle est le second contributeur en taxes du pays avec plus de € 160 millions par an versés à l'Etat balte et y emploie environ 500 personnes.

"Nos efforts pour attirer des investissements étrangers en Lituanie portent leurs fruits. Je suis heureux qu'une compagnie internationale majeure comme Philip Morris valorise l'environnement économique du pays, poursuit ses activités et ajoute un nouvel investissement qui va stimuler la production et créer de nouveaux emplois", s'enthousiasmait Evaldas Gustas, alors Ministre de l'économie le 29 décembre 2014 à la présentation du projet d'extension de l'usine Philip Morris de Klaipéda. A ses côtés, Rimvydas Punidnas, directeur de Philip Morris Lituanie, acquiesçait en soulignant le dialogue fructueux avec les institutions étatiques et l'environnement propice au business en Lituanie. Quelques jours seulement après le passage de la directive européenne sur les produits du tabac (TPD) intégrant le vapotage, sous la présidence de la Lituanie. Depuis le lituanien Commissaire européen à la santé, Vyrtenis Andriukaitis, ancien ministre collègue d'Evaldas Gustas, se présente comme un farouche opposant au vapotage.

Projet européen de taxe anti-vape

Cette nouvelle décision tombe alors que la Commission européenne étudie un projet de taxe plancher pour forcer tous les pays de l'Union Européenne à taxer les produits de vape. La consultation envoyée aux associations envisage une augmentation de 20%, 50% ou 100% sur les produits de vapotage. Les associations Sovape et l'Aiduce ont refusé de collaborer à cette enquête. Une consultation publique qui offre l'option de l'absence de taxe, mais pas d'une exemption à l'échelle européenne, est ouverte à participation pour tout le monde jusqu'au 3 septembre.

Cet article participe du suivi de notre dossier sur les taxes anti-vapoteurs dans l'Union Européenne


Le Commissaire européen à la santé Andriukaitis participe t-il à la diffusion de fake news en faveur du tabagisme?

Luke Ming Flanagan n'a pas sa langue dans sa poche. Le député européen irlandais, connu pour ses positions en faveur de la réduction des risques, a demandé le 25 avril au Commissaire à la santé européen, le lituanien Vyrtenis Andriukaitis, de clarifier les choses sur le vapotage.  "Les fake news [la désinformation] sont une préoccupation majeure pour quiconque a un intérêt direct dans la démocratie. (...) Un exemple récent et potentiellement nocif concerne le vapotage (...) Actuellement, une pléthore de fausses «études»* sont largement citées dans nos médias traditionnels**, bien que ces «études» aient été démenties***", explique le député irlandais indépendant, mettant en référence l'enfumage grossier des chercheurs de Portland dans le New England Journal of Medicine, démonté par une série de scientifiques dont ceux du Public Health England (voir référence en fin d'article).

Dans ce climat de maccarthysme anti-vapotage, Luke Ming Flanagan demande à la Commission européenne de prendre ses responsabilités. "Compte tenu de ce qui précède, la Commission réexaminera-t-elle l'inclusion de la réglementation sur le vapotage dans la directive sur les produits du tabac (TPD), elle-même fondée sur des appareils obsolètes et avant les études de pointe du Public Health England (PHE), du Royal College of Physicians (UK) et du Cancer Research UK ?". Pour le dire de manière directe, le Commissaire lituanien va écouter les scientifiques ou continuer de participer à l'enfumage pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme.

Andriukaitis veut tout bloquer jusqu'en 2021 (au moins)

La réponse de Vyrtenis Andriukaitis est aussi claire que l'indépendance de son gouvernement envers la production de cigarettes et du principal acteur de la reconstruction de la Lituanie dans les années 1990' et qui en est toujours un des investisseurs majeurs, le cigarettier Philip Morris. "Etant donné l'absence de preuves concluantes concernant les effets à long terme sur la santé des cigarettes électroniques, leurs modes d'utilisation et la possibilité de faciliter le sevrage tabagique, l'article 20 de la directive adopte une approche prudente autorisant ces produits à rester disponible pour les consommateurs. La Commission surveille en permanence les développements liés aux cigarettes électroniques, y compris les preuves scientifiques émergentes. Ces informations contribueront au rapport de mise en œuvre que la Commission est tenue de présenter en 2021 conformément à l'article 28, paragraphe 1, de la directive", répond par écrit le Commissaire à la santé ce 26 juin. Une réponse aussi immuable que l'état de ses connaissances sur le sujet semble t-il.

De quoi faire sauter au plafond les scientifiques du domaine. Le Dr Riccardo Polosa par exemple, s'étonne que Vyrtenis Andirukaitis n'est pas encore pris connaissance des rapports cités par Luke Flanagan. Le rapport du Public Health England est sorti en 2015 et vient d'être mis à jour au début de l'année, celui du Royal College of Physicians, l'institution la plus en pointe sur le domaine tabagique depuis son rapport de 1962, est sorti en 2016, le Cancer Research UK multiplie les études sur le sujet...

Pourquoi le vapotage est-il assimilé à la directive sur le tabac ?

Mais Luke Flanagan ajoute un point précis à sa question du 25 avril. "Cela signifie t-il que les produits de vapotage sont considérés comme des produits du tabac, même s'ils ne contiennent pas de tabac: si c'est parce que ces produits contiennent de la nicotine, pourquoi les tomates, les pommes de terre, les poivrons, etc. ne sont-ils pas considérés comme des produits du tabac?" Réponse laconique du Commissaire lituanien: "En raison des caractéristiques des cigarettes électroniques, et en particulier de leur teneur en nicotine, il a été jugé approprié de les considérer comme des produits liés au tabac et de les inclure dans le champ d'application de la directive." Y a t-il besoin de commentaire à une réponse aussi creuse et hypocrite ?

Les références à la question de Luke Flanagan:


samedi 12 mai 2018

Etude DEBRA: la vape reste le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé en Allemagne malgré la TPD

Près d'une tentative d'arrêt tabagique sur dix se fait à l'aide de la vape en Allemagne. Hors les tentatives sans aucune aide (58,7%), le vapotage est le moyen le plus employé par les fumeurs allemands pour se sortir du tabagisme devant les substituts nicotiniques (6%). C'est un des résultats du suivi DEBRA, institué depuis 2016 en suivant l'exemple anglais, publiés par Deutscher Aerzteblatt, la revue médicale allemande. L'étude menée par le Pr Daniel Kotz, de l'Université de Dusseldorf, s'appuie sur six sondages entre juin 2016 et mai 2017 totalisant plus de 12'200 répondants âgés d'au moins 14 ans. 

Plus de 28% de fumeurs, moins de 2% de vapoteurs

Ce monitorage évalue la prévalence tabagique à 28,3% chez les plus de 14 ans, avec une consommation moyenne de 14 cigarettes par jour. Les fumeurs sont 32% des hommes et 25% des femmes, tandis que 11,9% des 14-18 ans fument. Les plus défavorisés socialement sont plus nombreux à consommer des cigarettes. "Le diplôme et le revenu net des ménages montrent tous deux une relation linéaire: plus le certificat de fin d'études et le revenu sont bas, plus la proportion relative de personnes qui fument est élevée", expliquent les chercheurs. 
Caractéristiques sociologiques vapoteurs, ex-vapoteurs et jamais vapoteurs

Concernant la vapote, 1,9% de la population l'utilise actuellement, 2,6% des hommes et 1,3% des femmes. Parmi les vapoteurs actuels, 14% déclarent être ex-fumeurs. Tandis que 15,2% de ceux qui ont utilisé puis cessé la vapote avaient aussi arrêté de fumer. "La consommation parmi les personnes n'ayant jamais fumé de tabac est très faible (0,3%)", précise l'étude. Près d'un dixième de la population adulte a essayé de vapoter dans l'année ainsi que 14,6% des 14-18 ans, mais seuls 2,9% des 14-18 ans l'utilisaient encore au moment du questionnaire.

Un effet TPD en faveur du tabagisme ?

La prévalence du vapotage a augmenté de façon continue lors des cinq premières vagues du suivi (tous les 2 mois de 0,2% à 0,5%). Mais entre février 2017 et la sixième vague en mai, ce taux a chuté de 2,6% à 1,9%. "En mai 2017, la nouvelle directive de l'UE sur les produits du tabac (TPD) est entrée en vigueur après une période de transition d'un an, pour réglementer entre autres le vapotage plus fortement. Il y a peut-être un lien ici: la nouvelle législation a peut-être réduit le nombre de fumeurs de cigarettes consommant des produits de vape et, par conséquent, moins de gens ont cessé de fumer", soulignent les auteurs.
DEBRA juin 2016-mai 2017

Plaisir et arrêt du tabac


72% des vapoteurs allemands utilisent des liquides nicotinés, à une concentration moyenne de 6,5 mg/ml et en consommant en moyenne 3 ml par jour. Les 28% restant vapotent sans nicotine. Les différentes raisons invoquées par les utilisateurs de vape sont le plaisir (31,8%), en particulier celui lié aux saveurs (35,9%), le moindre coût que les cigarettes (31,9%), l'impact positif pour leur santé (31,4%), la moindre gêne pour leur entourage que les cigarettes (29,7%), ainsi que la réduction (33,5%) ou l'arrêt total du tabagisme (27,5%).

La vape aide autogérée pour l'arrêt tabagique

Concernant les arrêt tabagiques, 28,1% des fumeurs déclarent avoir tenté au moins une fois d'arrêter dans l'année écoulée. Le moyen le plus utilisé par ceux qui ont utilisé une aide est donc le vapotage dans 9,1% des cas, dont environ la moitié déclare l'utiliser sans nicotine. En comparaison, plus de 35% des tentatives d'arrêter de fumer se font à l'aide du vapotage en Angleterre, et seulement environ 5% en Suisse

En Allemagne, selon le suivi DEBRA, seules 12,5% des tentatives se sont faites avec au moins une des aides recommandées officiellement par les autorités sanitaires, telles que les substituts nicotiniques, les médicaments, les consultations médicales ou les thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs promettent de mener des études plus poussées sur l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer lors de prochaines enquête du programme DEBRA.

Autres tableaux :


mardi 8 mai 2018

[Bref] Japan Tobacco appelle à durcir la réglementation anti-vape européenne

Dans une tribune au magazine Parliament, revue destinée aux bureaucrates et lobbyistes européens, Yasuhiro Nakajima appelle à durcir la réglementation anti-vape européenne dans la directive des produits du tabac (TPD). Le vice-président du département des produits à risque modifié de Japan Tobacco International (JTI) propose de profiter de la prochaine révision de la directive pour renforcer les mesures de répression contre les usagers indisciplinés des produits indépendants. Notamment, il dénonce leurs astuces de contournement de la limite de contenance à 10 ml. Cette limite a été imposée pour handicaper l'industrie indépendante du vapotage tandis que les cigarettiers préfèrent les produits non rechargeables, aux marges bénéficiaires plus larges. "Les consommateurs veulent des bouteilles de recharge plus grandes que celles autorisées par la TDP. Le résultat est qu'ils complètent les flacons non-réglementés sans nicotine avec des injections régulées de nicotine. Les responsables de la santé savent-ils ce qu'il y a dans ces liquides non nicotiniques? Non - et cela doit changer !", tempête le responsable de JTI.

En Suisse, le lobbyisme cigarettier a marché

La marque, qui commercialise notamment les cigarettes Winston et Camel depuis son rutilant siège genevois, a bénéficié en Suisse de l’accommodement de l'administration Berset. JTI a pu commercialiser sans étude indépendante préalable sa Ploom, un hybride très nicotiné et peu agréable entre cigarette et vapoteuse, alors que régnait encore la prohibition de vente des liquides nicotinés de vape. En septembre dernier, une plainte avait été déposée pour concurrence déloyale par Rico Daniel, un commerçant de produits de vapotage suisse-allemand.

Chambre d'écho lituanienne 

L'appel cousu de fil blanc du dirigeant du cigarettier japonais pour réduire l'attractivité du vapotage et la liberté de ses usagers en Europe fait écho aux propos du 3 mai appelant à ne pas arrêter de fumer [sic!] à l'aide du vapotage du Commissaire européen à la santé lituanien Vytenis Andriukaitis dans Euractiv, un autre média lié à la bureaucratie européenne. La Lituanie a été le premier pays ex-soviétique a privatiser une industrie d'Etat en vendant à Philip Morris la Klaipeda Toabacco en 1991. Depuis, la firme cigarettière lausannoise est devenue le second contributeur actuel en taxe du pays et figure dans son top 10 des investisseurs.

lundi 4 décembre 2017

[bref...] Nouvelle loi européenne anti-vape ou non? C'est selon la version de l'interview d'Andriukaitis sur Euractiv

Vytenis Andriukaitis, Commissaire Européen lituanien à la Santé, a donné un interview au site Euractiv le 24 novembre. Au long d'un discours entendu et passablement creux sur le projet de tracking des produits de tabac, le Commissaire M&M's s'attaque au vapotage en jouant de confusion avec les cigarettes chauffées. Notamment celles de Philip Morris, l'entreprise qui a reconstruit la Lituanie depuis son indépendance en 1990. "Il affirme qu'une loi plus sévère contre les cigarettes électroniques sera bientôt élaborée", rapporte le journaliste Sarantis Michalopoulos d'Euractiv. "J’envisage d’encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques et de voir comment durcir leur réglementation. Et comment en interdire la publicité et les ventes en ligne", explique Vytenis Andriukaitis, dans la version en anglais (originale). De son côté la version francophone du site adouci sensiblement la citation. Entre temps, un avertissement apparaît en tête de l'interview en anglais précisant "qu'il n'y a pas de nouvelle législation en cours pour les dispositifs électroniques liés au tabac".

Surveiller pour punir


La précision semble essayer d'éteindre le feu de quelques réactions à cette sortie hasardeuse. "Les cigarettiers trichent, la vape sera punie", brocarde Guillaume Bailly dans le Vaping Post au lendemain de la publication d'Euractiv (avant sa mise à jour). A la veille du débat au parlement européen sur la traçabilité des cigarettes et du tabac à rouler, la députée européenne belge Frédérique Ries, favorable au vapotage parce que contre le tabagisme, annonce veiller sur son compte twitter.
Le sujet a de quoi alerter au moment où l'Italie est sur le point d'interdire les ventes en ligne en livrant la vape au réseau du Monopole, autrement dit les buralistes italiens. Mesure agrémentée d'une mega taxe d'environ 5€ par fiole de 10 ml, un point également à l'étude au niveau européen. La Commission Européenne a également déjà déposé la date d'entrée en vigueur du tracking des produits de vapotage à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) au 20 mai 2024 comme nous l'avions relevé.

Bureaucrate et oligopole

Les liens de Philip Morris tant avec l'opération "Vicari" pour tuer la vape indépendante en Italie qu'avec la Lituanie sont de l'ordre des secrets de polichinelles. L'interview d'Andriukaitis sur Euractiv ressemble plus à un coup tactique, qu'à un contenu informatif. Une proposition à peine voilée de deal aux cigarettiers de l'acceptation du système de tracking pour l'utiliser afin de prendre le contrôle du marché du vapotage par la suite, via une future interdiction du commerce du réseau indépendant.

On notera que la version anglophone, contrairement à la francophone, publie la réaction de Japan Tobacco à l'interview. Le cigarettier se gausse, sans grande peine, du discours "éloigné de la réalité" du Commissaire Européen. "Il ne comprend pas que les êtres humains tiennent normalement des biens de consommation entre leurs mains", pique le communiqué de Japan Tobacco à propos d'une des incongruités du Commissaire sur le rangement des paquets de cigarettes. Mais au fond, puisque ce n'était probablement que l'habillage pour faire passer son véritable message, il n'est pas très étonnant que le Lituanien ait sorti quelques bananes pour occuper le journaliste et ses lecteurs.



lundi 27 novembre 2017

Ce mercredi, la vape italienne manifeste à Rome

"Fermons aujourd'hui pour rester ouverts demain". Mercredi prochain, les magasins spécialisés de vapotage italiens organisent un lock-out en parallèle d'un rassemblement nationale à Rome dès 8h30 sur la place Montecitorio. Des voyages en bus s'organisent pour rallier la place juste sous les fenêtres de la chambre parlementaire. Cette mobilisation fait suite à deux décisions qui mettent en danger de mort la vape indépendante dans la botte. L'amendement Vicari, intégré par la Commission du budget du Sénat au décret des finances qui doit être voté au parlement, prévoit de livrer les produits de vapotage au Monopole de distribution. Autrement dit, la vente de produits de vape se retrouverait le 31 mars prochain aux mains des buralistes et d'éventuels magasins agréés par les services de l'Administration des douanes et du monopole (AAMS). La seconde décision est l'avis de la Cour constitutionnelle validant la taxe punitive de 37 cts par ml de liquide de vapotage, nicotiné ou non. Avec la TVA, ce sont près de 5€ de taxes par fiole de 10 ml ajoutés au prix du produit.

Cette taxe, surnommée par la presse italienne "le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", a été implantée par décret le 23 décembre 2014. Un recours en justice conteste devant le Tribunal administratif du Lazio la validité de cette taxation punitive à l'encontre des vapoteurs. La toute récente décision de la Cour constitutionnelle intervient à présent pour valider la légalité de la taxe anti-vape. Le verdict du juge Paolo Grossi écarte les considérations scientifiques de réduction des méfaits sanitaires pour ne prendre en compte que les risques potentiels justifiant à ses yeux un traitement similaire aux produits de tabac. Une décision à la logique contestée par le professeur de droit Giancarlo Ferro. Cependant, la Cour du Lazio devrait donc rendre une décision finale sur le recours contre la taxation dans cette marge étroite délimitée par la Cour constitutionnelle.

Etat, monopole et lobbys

Les deux décisions, tombées à 24 heures d'intervalle les 14 et 15 de ce mois, ne sont pas sans lien. La Sénatrice Simona Vicari, de l'Alliance Populaire, justifie la monopolisation du vapotage par le manque à gagner fiscal ces dernières années. Alors que l'Etat espérait récolter au moins 115 € millions par an avec cette taxe sur le vapotage, seuls 4 € millions sont finalement revenus dans ses caisses. Baisse des ventes, achats à l'étranger, vente de liquides sans nicotine sans appliquer la taxe punitive et autres combinazione ont contourné la dîme pour offrir des produits de vapotage à prix décents. La très faible part de vente de produits de vapotage des cigarettiers en Italie, comme dans la plupart des pays européens, ne couvrant pas les attentes de l'Etat.

Au lieu de réviser cette mesure incohérente du point de vue sanitaire, social et économique, l'amendement Vicari choisit la fuite en avant en livrant le vapotage au réseau tabagique. Plus de 30'000 personnes travaillent dans le secteur du vapotage indépendant en Italie. Depuis l'annonce de l'amendement, les milieux de la vape italienne, jusque-là plutôt éparpillés par leurs micro intérêts, semblent réussir à se rassembler. Une pétition en ligne a récolté plus de 80'000 signatures. Cette journée de mobilisation apparaît comme un point de ralliement pour accélérer l'écoute des milieux politiques.

Un "silence intolérable"

Plusieurs voix, de diverses couleurs de l'échiquier, se sont déjà fait entendre ces derniers jours pour critiquer l'amendement Vicari. Marcello Gualdani, membre du même parti et de la même Commission que Simona Vicari, a fait signifier son opposition à l'amendement dans le procès-verbal de la séance l'adoptant. Dans la presse, Stefano De Luca, président du Parti Libéral, a vertement critiqué ce projet de monopole "anachronique" et "clientéliste". La Lega a aussi profité de l'occasion pour se démarquer de la mesure. [add/] SigMagazine fait le point ce matin sur les propositions des différents Partis au Sénat pour abroger ou modifier l'amendement Vicari lors de la session consacrée au décret du budget. [/] Mais la dimension sociale et sanitaire de la question reste peu thématisée. La Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) le déplore: "Le silence sur l'enjeu principal de cette affaire, la santé, est intolérable".

"Au-delà du débat économique, politique et des médias, il est nécessaire de considérer en priorité la question sanitaire:  le rôle d'un Etat prudent et responsable doit être de protéger le citoyen (fumeur ou non) contre les risques liés à l' usage du tabac", explique l'association anti-fumée. Pour la LIAF, garantir un accès facile à l'outil de réduction des méfaits du vapotage est donc primordiale. "Refuser cette opportunité d'un outil bénéfique pour les fumeurs qui l'adoptent en augmentant la fiscalité revient à nier le droit à la santé à des milliers de fumeurs", appuie le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania. Malheureusement, cette dimension sociale se trouve amputée de représentation organisée d'utilisateurs.

L'absence d'association d'usagers

Grands absents du débat, les usagers italiens n'ont plus d'association représentative depuis la mise en sommeil de Vapit. Sans relais pour se faire connaitre, Vapit n'a pas réussi à prendre une dimension suffisante pour motiver ses membres actifs à poursuivre l'aventure. Par nombrilisme, notamment du réseau professionnel, le milieu italien de la vape s'est privé d'un soutien précieux qui aurait pu, non seulement avoir fonction d'arbitrage et de régulation naturelle en son sein, mais surtout porter un point de vue social légitime sur l'usage du vapotage. 


Avec cette absence de représentation des usagers, Simona Vicari a beau jeu aujourd'hui de réduire la vape italienne à un milieu corporatiste visant à poursuivre "une escroquerie" à la taxation. Même si personne n'est dupe du discours de l'ex-Sous-secrétaire d'Etat, démissionnée au printemps dernier après sa mise en examen pour une affaire de corruption présumée. Simona Vicari soutient de longue date les intérêts de Philip Morris, notamment contre le projet de paquet neutre. "Les réformes du gouvernement Renzi visent précisément cet objectif. Qu'une grande entreprise comme Philip Morris décide, comme ici à Crespellano, de créer 300 emplois", déclare t-elle à la presse en juillet 2015, alors qu'elle est sous-secrétaire au développement économique. L'usine, inaugurée par le Premier ministre Matteo Renzi en septembre 2016, ne compte finalement que 200 employés. 


M&M's ajoute son grain de sel

Vyrtenis Andriukaitis, Commissaire européen à la santé, lui aussi a bien saisi la manœuvre du cigarettier vaudois en Italie. Dans son interview de vendredi au site Euractiv, plutôt creux par ailleurs, consacré au projet de système de traçage des paquets de cigarettes de l'Union Européenne, le Commissaire place un couplet sur le vapotage. "Je vois des possibilités d'encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques, et comment aller dans le sens d'une réglementation plus forte [...] pour interdire la publicité et les ventes en ligne", sort à brûle pour point Vyrtenis Andriukaitis. Le sous-texte n'est pas difficile à décrypter: généraliser à toute l'Union Européenne, le projet italien contre le vapotage indépendant. L'appel du pied propose aux Big Tobacco d'accepter le système de tracking pour pouvoir l'utiliser en vue de mettre la main sur le marché de la vape. Le Commissaire M&M's, comme les initiales de Monsanto et Marlboro, a déjà fait déposer à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) la date d'implantation du tracking de la vape pour 2024.

Question de survie

On le voit, les enjeux de la bataille italienne dépassent ses frontières. A ce titre, l'échéance de la manifestation de mercredi revêt une importance particulière pour la vape européenne, mais aussi pour l'importance du libre choix dans la conception de l'approche de réduction des risques. Mais sans organisation d'usagers constituée localement pour signifier sa volonté de ne pas avoir une vape soviétique à modèle unique de PMI. Un monde sans fumée ne peut pas être un monde sans diversité et vape indépendante.

Cette lacune d'une organisation d'usagers est non seulement préjudiciable politiquement, mais également peu saine pour le mouvement. L'alliage particulier de l'usage, du soucis sanitaire et des considérations sociales de ce mode de consommation de nicotine à méfaits réduits et à plaisir exacerbé est partie constituante de la "vape wave". Des vapoteurs italiens entrevoient dans cette nouvelle péripétie de l'amendement Vicari l'occasion d'une renaissance d'un mouvement enlisé dans de stériles querelles intestines ces dernières années dans la péninsule. On leur souhaite de parer au danger immédiat. Mais à terme, la vape italienne profiterait probablement de se donner les moyens de créer les conditions propices à l'émergence d'une organisation d'usagers pour gagner en maturité et en légitimité.

mercredi 18 octobre 2017

Meurtre de Daphné Caruana Galizia: le silence avant l'explosion

Lundi soir, quelques centaines de mètres après être sortie de sa maison du nord de l'île de Malte, sa voiture a explosé. Une double détonation d'après un témoin. Daphné Caruana Galizia, blogueuse infatigable se revendiquant journaliste indépendante, est décédée sur le coup. Son corps dispersé en morceaux aux alentours de la carcasse calcinée de son véhicule. Les médias européens, les autorités maltaises et même la Commission Européenne déplorent son assassinat et se répandent en éloges posthumes. Pourtant, de son vivant le traitement était sensiblement différent. Parmi toutes les affaires de petits et plus gros arrangements que la journaliste a révélé, l'une d'elle avait attiré mon attention à l'été 2016. Je m'attendais à ce que les grands médias européens mobilisent leurs moyens d'investigation sur l'affaire. Rien, jamais rien. Aucune suite.

Philip Morris, Malte et la TPD

"Alfred Mifsud, le vice-gouverneur de la Banque centrale [de Malte] dont il est prévu qu'il soit nommé Gouverneur ce 1er juillet, a été salarié de Philip Morris en 2011 et 2012, chargé de "négociations en coulisses" avec John Dalli, alors responsable de l'élaboration de la directive européenne sur le tabac (TPD), et qui a été un proche d'Alfred Mifsud". Le 11 juin 2016, Daphné Caruana Galizia publie sur son blog Running Commentary ces révélations sur un salaire mensuel de 2'750€ (et non 3'000€ comme publié dans un premier temps) reçu par l'influent Alfred Mifsud, agrémenté de voyages, invitations en loge VIP à des matchs de Ligue des champions, et autres cadeaux en nature. 

En réaction, le vice-gouverneur ne conteste pas cette rémunération et précise même que le contrat n'a jamais été rompu avec la firme cigarettière. Mais qu'il n'aurait pas été reconduit après 18 mois. Il affirme avoir été embauché au titre de "consultant" par Philip Morris. Alfred Mifsud nie par contre avoir influencé John Dalli, alors Commissaire européen à la santé, forcé à la démission en octobre 2012 par José-Manuel Barroso, le président de la Commission Européenne (EC). La presse locale réceptionne l'affaire en ironisant un peu sur le caractère de la blogueuse et l'absence de source vérifiable à ses affirmations. John Dalli de son côté réagit plutôt violemment en accusant Daphné Caruana Galizia d'être une "terroriste".

Sa source, Daphné Caruana Galizia l'avait protégé. Devant le déni médiatique, elle va d'elle-même sortir de l'ombre. Il s'agit d'Anna Zelbst, compagne durant 24 ans d'Alfred Mifsud avec qui elle a eu deux enfants. Le couple non marié s'est séparé quelques mois auparavant. Anna Zelbst dit être prise de remords d'avoir épaulé cet homme qu'elle accuse aussi d'avoir reçu des commissions occultes lorsqu'il était à la tête de la Mid Med Bank en 1998. De son côté, Alfred Mifsud accuse son ex- de le salir par vengeance et de broder sur des faits sans importance

Silences

En juin 2016, seul Euractiv rapporte l'affaire au niveau européen. Le Monde, qui aujourd'hui capitalise sur le cadavre encore chaud de Daphné Caruana Galizia en précisant en Une que son fils travaille indirectement pour le journal, ne dit alors pas un mot de l'affaire. Comme le reste de la presse mainstream d'ailleurs. Naïvement j'en avais été surpris, espérant que peut-être des investigations plus profondes sur le rôle de Malte et d'autres protagonistes dans l'élaboration de la directive sur les produits du tabac (TPD) sortiraient. Mais rien. Le story telling des médias officiels sur cette directive a été scellé. Une belle victoire de la lutte anti-tabac nous a t-on assuré de toutes parts. 

En décembre 2013, plusieurs médias français répétaient même, comme une évidence, que le forcing pour signer la directive sous la présidence de la Lituanie visait à sauvegarder les intérêts de la lutte anti-tabac. Sic! La Lituanie est l'exemple consacré par les économistes néo-libéraux de la "renaissance" d'une nation sous l'égide des investissements de Philip Morris dés 1993. Investissements qui se sont poursuivis jusqu'à présent. La dernière pluie de dollars sur Klaipeda a d'ailleurs suivi de peu la signature de la TPD et la nomination de Vytenis Andriukaitis pour succéder au maltais Tonio Borg au poste de Commissaire européen à la santé.

Abstinence et dealers

Tonio Borg, un autre personnage clef de l'élaboration de la TPD, a aussi été largement laissé dans l'ombre par la presse européenne. Il a succédé à John Dalli en novembre 2012 au poste de Commissaire européen à la santé. Le militant d'ultra-droite est un opposant acharné à toute forme de réduction des méfaits. Seule l'abstinence est vertu à ses yeux. "Nous ne protégeons que ceux qui méritent protection", martèle Tonio Borg. Militant anti-avortement, toujours illégal à Malte, opposé au divorce, finalement légalisé en 2011, et ayant fait couper des aides aux organismes distribuant des préservatifs, il est devenu l'ami de l'eurodéputé socialiste Gilles Pargneaux. Les deux hommes sont venus à Berne en mai 2016, à l'invitation de l'Alliance anti-tabac, expliquer les mérites de la TPD européenne et inviter la Suisse à reproduire cette législation.

Point commun à tous ces hommes: leur farouche opposition au vapotage, ce moyen de réduction des méfaits impulsé par les usagers eux-mêmes. Y compris John Dalli, dont l'a priori sur le vapotage révélé au détour d'une séquence d'un récent reportage danois diffusé sur la BBC est ahurissant de méconnaissance. Une chape de plomb a recouvert dans les médias l'enjeu majeur de l'assimilation du vapotage dans la directive. [ajout, d'un élément oublié au fil de l'écriture ;)] Même le reportage de Cash Investigation d'Elise Lucet en novembre 2015, nous a vendu le sourire béat de José Bové comme garant de ce joli combat contre le tabac, lavant John Dalli de tout soupçon sans aucun fait probant. [/ajout off]

Pourtant du coté des élus européens qui avaient discuté avec des associations d'usagers, le sentiment était très différent. "Le parlement a voté pour que le vapotage soit peu réglementé en attendant de connaitre la forme de réglementation la plus appropriée. Mais des eurodéputés et les fonctionnaires de la Commission ont fait passer en douce toute une série de mesures administratives alambiquées dans les coulisses des négociations. Sans même avoir abordé la question avec les usagers ou d'autres élus", réagissait alors à chaud Martin Callanan, eurodéputé britannique Conservateur, à Euractiv.

Pharma et tabac

Rebecca Taylor, aussi eurodéputé britannique à cette époque mais d'un autre bord politique, souligne, dans le documentaire Beyond the cloud, que les lobbyistes du tabac se réjouissaient de la version finale de la TPD. Dans la même veine, l'eurodéputé belge Frédérique Ries ajoute que le puissant lobby pharmaceutique aussi a pesé de tout son lourd poids sur la directive. "J'ai eu des preuves d'échanges de mails entre la Commission et GSK, gros fabriquant de produits de sevrage, qui lui soumettait des propositions de texte. Il est certain que la Commission a sans été en contact avec les lobbys pharmaceutiques dans la rédaction de cette partie de la directive sur le vapotage", explique t-elle en septembre dernier dans un interview à Ciné Télé Revue à l'occasion d'un documentaire sur le vapotage de la RTBF. 

Il y avait donc de quoi pour les journalistes de se poser des questions et essayer de voir un peu plus loin que le bout de sa cigarette sur l'enjeu du vapotage et de son avenir. Mais cela ne collait pas au story telling d'une bonne directive européenne obtenue en dépit des méchants cigarettiers. Seule Vox Pop, l'émission d'Arte tournée vers les citoyens, osera thématiser le sujet en mars 2016. Tout comme les sombres affaires de la SICPA, la firme vaudoise à qui la Commission Européenne veut à présent livrer le marché du tracking des produits du tabac, ne colle pas avec le manichéisme des méchants cigarettiers contre les gentils anti-tabac. Les Malta Files de Mediapart en ont fait les frais en restant ignorés du reste de la presse.

Nombril et cadavre

Quelques jours avant le meurtre de Daphné Caruana Galizia, et sans aucun lien avec l'affaire, j'ai vu passé un tweet d'une journaliste d'information de la Radio Télévision Suisse (RTS) se gaussant de "ces blogs que personne ne lit". La remarque est assez symptomatique du nombrilisme auto-satisfait régnant sur la chaîne lausannoise et dans le journalisme embedded de manière générale. Il aura donc fallu la mort de Daphné Caruana Galizia à 53 ans pour auréoler la journaliste blogueuse d'un intérêt que les publications mainstreams ne lui reconnaissaient pas de son vivant. Sa mort brutale n'est probablement pas liée aux révélations sur le lobbying de Philip Morris et à la directive européenne TPD. Par contre, le sujet des milliards de cigarettes et de médicaments vendus en écrasant un moyen de réduire les méfaits pour des millions d'usagers en Europe reste lui toujours dans le tombeau des médias...

"Looks like we can't have freedom of speech but we want Justice", "Il semble que nous ne puissions pas avoir la liberté d'expression mais nous voulons la justice". Lors d'une protestation hier à Malte.


vendredi 13 octobre 2017

La Commission Européenne programme de soumettre les produits de vape au tracking le 20 mai 2024

La Commission Européenne (EC) veut tracer et traquer les produits du tabac. L'affaire est connue. Elle se négocie actuellement avant une adoption par l'Union Européenne (UE) que la Commission veut en décembre. L'avis de notification déposé par celle-ci, au nom de l'UE, à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) détaille l'agenda. "Les dispositions devraient s'appliquer à partir du 20 mai 2019 pour les cigarettes et produits du tabac à rouler et à partir du 20 mai 2024 pour tous les autres produits du tabac", précise le document au point 9. Or, même si objectivement le vapotage n'est pas un produit du tabac, l'UE l'a soumis à sa directive les concernant (TPD) en 2014. Si les choses restent en l'état, les produits de vapotage devraient souscrire au système imposé de suivi et traçage. Le projet à peine voilé de l'EC est de livrer ce marché faramineux à la Sicpa, une entreprise lausannoise.

Conséquences de l'assimilation au tabac

La catégorisation abusive d'un produit sans tabac ni fumée dans les produits du tabac est évidement objet de controverse. Aux demandes répétées de parlementaires européens d'une ré-évaluation de la vape sur une base scientifique, le Commissaire Vytenis Andriukaitis a opposé un refus catégorique. Pour le lituanien, qui dans une interview à Euractiv disait se réjouir de mener la vie dure au vapotage, il est hors de question d'en discuter avant 2021. Cette assimilation du produit, désormais le plus utilisé pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens, au tabagisme permet à la bureaucratie européenne d'interdire la divulgation d'information sur la réduction des méfaits. Mais pas seulement. 

L'EC envisage une taxation contre les vapoteurs, dans la ligne de celle des cigarettes. La consultation à ce propos, malgré les freins à la participation mis en place par l'EC, a montré que 89,88% des participants étaient totalement opposés à une telle mesure punitive. Cependant, l'adoption d'un système de surveillance électronique des produits a entre autres objectifs de réprimer les infractions aux taxes du commerce illicite...

La traque

La proposition de la Commission, présentée le 15 mai dernier, sur le tracking indépendant des produits soumis à la TPD prévoit l'apposition d'un marquage fiscal inamovible comportant des éléments de sécurité visibles et invisibles. La firme vaudoise Sicpa maîtrise une solution offrant une combinaison matérielle et numérique délivrant un code d'identification unique. "Ce code est apposé, collecté et enregistré dans une base de données centrale et mis à disposition des autorités publiques, le tout sous contrôle de l'Etat et non des producteurs, incluant les informations de production", explique Christine Macqueen, directrice des affaires publiques du groupe Sicpa au journal l'Agefi en mai 2016.

"Selon la proposition [de l'EC], chaque opérateur de la chaîne d'approvisionnement doit obtenir des pré-autorisations pour chaque étape de la production et de la distribution."Une architecture aussi complexe n'a jamais été testée dans le monde réel", commentent les distributeurs, tout en ajoutant que les petits acteurs du secteur seront durement touchés", rapporte le site Euractiv dans un article du 20 juin. Pour un porte-parole de l'EC, les coûts de mise en place du système seront "largement compensés par les bénéfices en termes de réduction du commerce illicite".  

On a du mal à voir en quoi l'argument concerne les produits de vapotage s'ils venaient à être maintenus dans les produits du tabac à l'horizon 2024. Pourtant, "l'objectif de la directive [est] de créer un système indépendant de suivi pour tous les produits du tabac en tenant compte des obligations internationales, notamment de l'article 8 du protocole FCTC [acronyme de la Convention anti-tabac de l'OMS] sur le commerce illicite", poursuit le même responsable européen anonyme au site Euractiv. 

Efficace contre le marché noir de cigarettes ?

Actuellement, les négociations se déroulent à la fois en coulisses et de manière plus ouverte lors de la consultation close le 2 octobre. Outre l'accusation des acteurs de la distribution de générer une immense usine à gaz disproportionnée, son efficacité à enrayer le commerce illicite est mise en doute. Le système fermé d'identification des produits fermerait la porte à une interopérabilité avec les pays hors de l'UE. "C'est pourtant important puisque 86% des cigarettes illégales proviennent de pays tiers, comme la Biélorussie, l'Ukraine et la Turquie. Ces produits continueront d'entrer sur le marché européen malgré le radar du système de suivi", estime un représentant de l'industrie cigarettière à Euractiv.

Du coté des partisans du système Sicpa, on accuse les cigarettiers d'organiser le trafic actuel. "D'après l'OMS et les associations anti-tabac, les cigarettes qui alimentent ce commerce parallèle sont de vraies cigarettes [sic!], fabriquées et commercialisées par les cigarettiers eux-mêmes", insiste C. Macqueen de l'entreprise vaudoise. Françoise Grossetête, députée européenne de droite, pense qu'il faut se méfier des critiques. "Des preuves existent selon lesquelles des tierces parties, qui paraissaient à première vue 'indépendantes', étaient liées ou influencées à un certain niveau par l'industrie du tabac", déclare t-elle dans un autre article d'Euractiv sur le sujet. Sans préciser si cela inclue l'influence sur des Etats, comme la Lituanie, des investissements de cigarettiers dans leur économie, ou encore d'organisations dirigées par des ressortissants de nation productrice de tabac brut.

Lobbytomie générale

Le débat se trouve donc présenté comme emprisonné entre les intérêts des cigarettiers, dont la probité est passablement fumeuse, et ceux de la firme Sicpa. Une entreprise aux mœurs assez étranges, tant au niveau privé de ses propriétaires milliardaires comme le conte le Temps en février dernier, que sur le plan des affaires, tel que le rapporte Mediapart dans le cadre des Malta Files. Le dossier du tracking des produits soumis à la TPD pèse lourd pour la Sicpa, à la fois par le marché européen lui-même mais aussi par l'effet d'entrainement qu'il pourrait imposer aux autres pays. L'entreprise spécialiste des encres pour billets de banques a mis les moyens. 

Engagement de lobbyistes pointus en provenance des firmes cigarettières, comme Yves Trevilly ancien de BAT, approches de personnes influentes, comme Dominique Strauss-Kahn, mise en place d'association faux-nez par Pauline Delpech... Sicpa sort le grand jeu. Avant même les grandes manœuvres actuelles, 80 de ceux qui étaient alors députés français ont mené une guérilla pendant 4 ans pour la firme Suisse, selon Mathieu Pechberty sur BFM

Que fout la vape là-dedans?

Entre les deux armadas de lobbyistes, les intérêts et les spécificités du vapotage ont-ils été pris en compte, alors que la Commission Européenne a déjà programmé son assimilation au système de surveillance ? Comment ce marquage physique et numérique se concrétiserait-il de la box à la résistance, en passant par la fiole de liquide, la fibre ou le fil des coils reconstructibles, le drip-tip ou les accus, etc. ? Quelle justification aux surcoûts financiers et de temps pour les petites entreprises et artisans de la vape d'un système calibré pour le mode de production de Big Tabacco ? Des questions sans réponse pour le moment... à suivre.


dimanche 24 septembre 2017

Stoptober en Angleterre: [MàJ] Un enfumage du Sun m'a foutu dedans: Pas de censure des pubs pour arrêter de fumer

[Mise à Jour 26.09.2017 à 20h40] Selon le Vaping Postl'affaire rapportée par le Sun n'existerait pas. Le Cancer Research  UK et l'Advertising Standards Authority (ASA) nient qu'il y ait eu quelconque tentative de blocage des annonces de la campagne Stoptober. Sur son blog, Clive Bates a ajouté une mise à jour : " Le Cancer Research UK déclare qu'il n'a pas été "empêché de faire quoi que ce soit par l'ASA, et rien n'explique pourquoi cette histoire est apparue". Les pubs du Public Health England passaient à la télé hier soir encore." Désolé, de nous être fait enfumer par le Sun et d'avoir colporté cette désinformation... :(

"Couldn't vape it up! Les annonces anti-tabagisme du Cancer Research interdites à cause de règles débiles de Bruxelles". Avant-hier, le Sun révèle que l'Agence de contrôle des publicités (ASA) aurait refusé d'autoriser la campagne de l'organisation de charité contre le cancer durant Stoptober. Son thème "Quit or switch" - arrête ou passe au vapotage - fait un pied-de-nez au vieux slogan obsolète et meurtrier du "quit or die" - arrête ou meurt -. Mais la campagne de santé publique serait censurée en raison de l'interdiction des bureaucrates européens"Le comité sur les pratiques publicitaires a implémenté la règle de l'Union Européenne (UE) en février qui rend illégal la promotion "indirecte" de produits nicotinés, ce qui inclut le vapotage", expliquent Harry Cole et Ben Lazarus, les auteurs de l'article. En août, l'ASA avait déjà reçu une dénonciation anonyme contre une annonce pour un produit de vapotage.

Le Cancer Research va t-il défier la censure européenne?

Cependant, l'oeuvre de bienfaisance britannique contre le cancer pourrait passer outre. "Des sources nous ont déclaré que les dirigeants du Cancer Research réfléchissent à ignorer la censure et prendre le risque d'une bataille en lançant la campagne", précisait la première version de l'article du Sun (datée du 22 septembre au soir). "Le Département de la santé a réagit aujourd'hui pour soutenir que les campagnes de santé publique devraient être exemptées des règles de Bruxelles", précise l'article mis à jour hier.

Le spot Stoptober passera t-il comme prévu à la télé anglaise en octobre?


Le règlement en voie de réforme

L'organe de contrôle ASA a finalement aussi commenté la situation. "Nos règles interdisent les pubs pour les produits de vapotage sans licence [pharmaceutique] et contenant de la nicotine dans la ligne des lois Européennes qui ont pris effet en 2016. Les annonces pour des produits et les marques sont interdites et ne sont plus diffusées à la TV ou la radio depuis l'an passé", explique un porte-parole de l'organisme. A l'écoute des plaintes contre l'absurdité de ce règlement, il souligne avoir entendu que le Public Health England estime que la prohibition devrait ne pas couvrir les campagnes de santé publique concernant "la réduction des méfaits du vapotage contre ceux des cigarettes".

L'organe de de contrôle publicitaire est justement en train de proposer une réforme de son règlement sur ce point. Une consultation publique est ouverte jusqu'au 16 octobre. La règle édictée en février avait été vertement critiquée pour ses effets absurdes et néfastes, notamment par l'Association des professionnels de la vape indépendante britannique IBVTA. La perspective du Brexit devrait aider les britanniques à s'affranchir de ces limitations délétères imposées par les bureaucrates bruxellois, malgré la pression intense du lobby pharma pour les maintenir en place.

[Mise à jour 24-09-2017 à minuit] Clive Bates, sur son blog, estime que le problème provient de la réglementation excessive de l'ASA, au-delà de ce qu'impose la Directive européenne TPD et son implémentation britannique dans le Tobacco & Related Products Regulation (TRPR). Celles-ci ne visent que les publicités commerciales ou provenant d'entreprises commerciales. "Il est important que les institutions de santé respectées puissent promouvoir des approches génériques pour arrêter de fumer, y compris l'utilisation du vapotage. Le traitement de ce type de publicité devrait être distingué des publicités "dans le cadre d'une entreprise" ou d'une communication commerciale. La faute ne réside pas dans le droit européen, du moins tel qu'il a été interprété par le Royaume-Uni. Elle incombe à la transposition incompatible de la directive dans le règlement de l'Agence de contrôle publicitaire (BCAP)", explique t-il.

En contraste, des voies de défenseurs du vapotage s'élèvent sur les réseaux sociaux pour rappeler que ce risque de censure de l'information sur la réduction des méfaits sur la base des textes de la directive européenne avaient été soulignées et ignorées en son temps. Les propos très agressifs du Commissaire européen Andriukaitis à l'encontre des vapoteurs semblent bien illustrer cette intention de la bureaucratie bruxelloise contre les personnes arrêtant de fumer.
En France, comme la capote dans les années 1980'

En France, la Loi santé Marisol Touraine a également introduit l'interdiction de publicité et propagande, directe et indirecte, à l'encontre des produits de vapotage sous peine d'une amende jusqu'à 100'000 €. Imitant ainsi la vieille loi de censure contre les préservatifs en vigueur jusqu'à son abrogation en 1986 par la Ministre Michèle Barzach. Depuis l'intronisation de la censure, les chaînes de télévisions publiques semblent évacuer ou traiter de manière négative, jusqu'à l'outrance, le sujet de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Une consultation par l'association Sovape montre l'étendue du problème de liberté d'expression et du droit à l'information pour préserver sa propre santé que pose cette censure scélérate.

Si vous êtes résidents en France, ne visionnez pas cette vidéo, cela vous est interdit

En Suisse, la CFPT espère bâillonner les médecins

Hors de l'Union Européenne, la Suisse n'a pour le moment aucune règle contre l'information sur le vapotage. Un ensemble de lobbys intéressés à préserver le tabagisme et son cortège de malades friands de médicaments, réclament une censure totale dans la prochaine réglementation. La Commission Fédérale Tabac (CFPT) va jusqu'à exiger l'interdiction aux professionnels de santé d'informer les patients et le public sur le sujet.




samedi 19 août 2017

Faut-il exiger la nicotine promise par les avertissements de l'Union Européenne ?

Depuis les entrées en vigueur dans les législations nationales de la directive (TPD) de l'Union Européenne (UE), les produits de vapotage portent des avertissements. Ainsi les emballages d'atomiseurs, de mods et de liquides se retrouvent parés depuis quelques mois de l'anxiogène mention: "La nicotine contenue dans ce produit crée une forte dépendance. Son utilisation par les non-fumeurs n'est pas recommandée". Sauf que, mis à part les liquides nicotinés, les produits de vapotage ne contiennent pas de nicotine. Or les vendeurs sont tenus à la loyauté commerciale impliquant de délivrer une information non trompeuse aux clients. En France par exemple, le code de la consommation régit ces questions. "Une pratique commerciale est trompeuse (...) lorsqu'elle repose sur des allégations, indications ou présentations fausses (...) portant sur (...) les caractéristiques essentielles du bien ou du service, à savoir: ses qualités substantielles, sa composition (...)", précise l'article L-121-2 dudit code.

Ne pas tromper

"Les avertissements "nicotine" doivent être retirés des packagings des produits matériels ne contenant pas de nicotine distribués en France", alerte Mickaël Hammoudi sur sa page Facebook. "Seuls les produits contenants de la nicotine, à savoir les réservoirs pré-remplis (limités à 2 ml s'ils contiennent de la nicotine) et les flacons de recharge d'e-liquides (limités à 10 ml lorsqu'ils sont nicotinés) doivent comporter cet avertissement", précise l'acteur de longue date de la scène vape française. "Cet avertissement est abusif, anxiogène et non-obligatoire en regard de la loi santé. L'objectif doit être de continuer à convertir des fumeurs dans un climat de confiance et dans le respect des lois", poursuit Mickaël Hammoudi avant d'appeler "grossistes, distributeurs, revendeurs et consommateurs" à interpeller les fabriquants pour qu'ils arrêtent d'apposer ces avertissements erronés.



Une vraie info de santé civique ?

En attendant, les vendeurs devraient retirer ou recouvrir cette fausse information. La remplacer par une véritable information pourrait probablement être bénéfique à la santé civique.

Mais où est ma nicotine hautement addictive ?

Reste la question des avertissements sur les liquides, ou les cigalikes pré-remplies, concernant le caractère hautement addictif de la nicotine. C'est un fait bien établi scientifiquement, le tabac est hautement addictif. Mais c'est tout aussi établi que la nicotine en elle-même est moyennement à faiblement dépendogène, d'un niveau toxicologique similaire à la caféine. Les consommateurs de gommes nicotinées sans passé tabagique deviennent très rarement dépendants du produit sur le marché depuis presque 40 ans bien que ces gommes sont enrichis de quelques additifs pour les rendre plus efficientes. La consommation courante des nombreux légumes nicotinés - tels que carottes, poivrons, aubergines, tomates, patates etc... - n’entraîne pas non plus de dépendance "nicotinique". Bien que l'action pharmacologique de la nicotine y soit déjà active, notamment dans son effet préventif contre la maladie de parkinson

La nicotine n'explique pas à elle seule la haute addictivité du tabac. Le Pr Karl Fagerström, créateur du test de dépendance tabagique mondialement utilisé, l'a expliqué dans un article en 2011, traduit en français par UnAirNeuf.org. Avant lui, les chercheurs Hanan Frenk et Reuven Dar ont largement déconstruit le mythe de l'unique responsabilité de la nicotine dans l'addiction tabagique. Autrement dit l'avertissement obligatoire sur les liquides nicotinés est mensonger. "Cette exigence est abusive. En dehors du tabac, il n'y a pas de base scientifique pour affirmer qu'un produit contenant de la nicotine "crée une forte dépendance". Cet arrêté [français du 19 mai 2016 imposant ces avertissements] peut - et doit - être contesté par une procédure juridique adaptée", estime le site spécialisé en tabacologie UnAirNeuf.org

Faut-il copier les cigarettiers ?

A défaut d'avoir été contestés en justice, les avertissements trônent obligatoirement sur les fioles de liquides nicotinés. Les consommateurs doivent-ils alors exiger un liquide nicotiné vraiment hautement addictif comme promis par l'avertissement de l'Union Européenne? Les producteurs doivent-ils s'inspirer de l'industrie cigarettière et se tourner vers le Commissaire Européen Vyrtenis Andriukaitis pour qu'il leur communique les 600 additifs autorisés, mais cachés aux consommateurs, renforçant l'effet addictif des cigarettes? Les vendeurs peuvent-ils être tenus responsables de diffuser cette fausse information sur la caractéristique du produit bien que ce soit l'Union Européenne qui impose cette désinformation ? ... !?!