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vendredi 10 juillet 2020

L'interdiction de vape aromatisée fait exploser le tabagisme des jeunes à San Francisco et le marché noir sur la côte Est

Instaurées prétendument pour protéger les jeunes, les prohibitions de vente de liquides de vapotage aromatisés, sauf arôme tabac, semblent produire l’effet inverse aux États-Unis. À San Francisco, selon une première étude, la part de fumeurs de 18 à 24 ans aurait bondi de plus d’un tiers après la prohibition. Sur la côte Est, les témoignages se multiplient sur l’émergence d’un marché noir ou, lorsque cela est encore possible, d’astuces de contournement pour éviter aux vapoteurs de rechuter dans la cigarette. Esquisse d’une Amérique poussée à refumer après une décennie de vapotage.

Les effets de la première année de prohibition à San Francisco

Le 1er janvier 2019, la ville de San Francisco a interdit la vente de liquides de vape nicotinés aromatisés, sauf goût tabac, ainsi que les cigarettes menthol et tout autre produit de tabac aromatisé. Les liquides de vape aux cannabinoïdes, légaux en Californie, ne sont pas concernés. Soumise à référendum, l’interdiction avait été acceptée par 80 % des votants (taux de participation de 41 %). Une première enquête sur ses effets montre une explosion du tabagisme des jeunes de 18 à 24 ans, et une baisse proportionnelle du vapotage après les dix premiers mois des mesures. L’effet de vase communicant touche un jeune sur dix de San Francisco. 

« Les interdictions locales peuvent réduire considérablement l’utilisation globale de vapotage et de cigares, mais elles peuvent accroître le tabagisme de cigarettes », conclut l’étude dirigée par le Pr Yong Yang, de la faculté de santé publique de l’Université de Memphis (USA), et publiée en juin dans Addictive Behavior Reports. Lenquête s’est appuyée sur un panel de 254 personnes de 18 à 35 ans interrogés en décembre 2018, juste avant la prohibition, puis en novembre 2019, recrutées à travers le MTurk. « Malgré la petite taille de l’échantillon et l’échantillonnage de commodité, les résultats peuvent fournir des informations sur les réglementations liées aux arômes », estiment les chercheurs.

Les jeunes de 18 à 24 ans passent de 27 % à 37 % à fumer

Les jeunes de 18 à 24 ans interrogés étaient 27,4 % à déclarer fumer en décembre 2018, ils étaient 37,1 % en novembre 2019. Soit une hausse relative de 35 % du nombre de fumeurs dans cette tranche d’âge. Ou de manière globale, près d’un fumeur supplémentaire pour dix jeunes. Chez les 25 à 34 ans, l’autre groupe d’âge visé par l’enquête, il n’y a pas eu de changement significatif concernant le tabagisme. 

« Notre étude montre que le groupe d’âge plus jeune des 18 à 24 ans est plus sensible aux interdictions que le groupe plus âgé des 25 à 34 ans. L’observation révèle qu’il s’est produit à la fois une amélioration (réductions du vapotage et des cigares) et des méfaits (notamment, l’augmentation du tabagisme) », commentent les chercheurs.

Baisse d’un cinquième des vapoteurs, tous types confondus

Si les adultes les plus jeunes sont plus nombreux à fumer, ils sont en revanche moins à vapoter qu’avant les mesures de prohibition. Leur nombre a décru dans les deux groupes de l’ordre de 20 %. 

Cependant, l’enquête n’a pas distingué le type de consommation entre vapotage nicotiné, sans nicotine ou avec cannabinoïdes. Dans une ville où le cannabis est légal et l’usage de moyens à risques réduits de le consommer largement répandu, l’absence de cette distinction peut peser lourd dans les réponses [voir par exemple cette récente étude publiée dans Addiction qui dénombre 70 % de vapoteurs de cannabinoïdes parmi les adolescents américains qui déclaraient vapoter fréquemment en 2017 et 2018]. 

Effet de vases communicants ?

Avec le flou lié à cet amalgame, l’enquête a recensé 56,5 % des 18 à 24 ans à déclarer avoir vapoté au moins une fois dans leur vie en décembre 2018. Ce taux a baissé à 46,8 %, fin 2019. Même phénomène chez les 25 à 34 ans passés de 60 % à 50,8 % à déclarer avoir vapoté une fois ou plus dans leur vie. En taux global, on retrouve en miroir le même chiffre d’un jeune sur dix, en moins pour le vapotage et en plus pour la cigarette.
  • Entre décembre 2018, juste avant les mesures de prohibition, et fin 2019, un jeune sur dix de plus fume, et un jeune sur dix de moins vapote. 
  • Un cinquième de ceux qui étaient vapoteurs exclusifs déclarent être passés à un produit de tabac.
Parmi les vapoteurs exclusifs de l’enquête, 60,3 % ont continué comme auparavant. 20,7 % ont arrêté durant l’année de vapoter sans report vers un autre produit nicotiné, mais 19 % déclarent être passés à un produit de tabac. Du côté des doubles-usagers initiaux, 65,4 % ont continué, tandis que 30,9 % sont passés à un autre produit de tabac et seuls 3,7 % ont arrêté toute consommation de vapotage et de tabac. 

Report d’achats des magasins locaux vers internet

Parmi ceux qui ont continué de vapoter, la part d’acheteurs dans des magasins de vape de San Francisco a évidemment fondu, à 19,5 % contre de 27,4 % avant l’interdiction. Ajoutée à la baisse globale du nombre de vapoteurs, la fréquentation des magasins spécialisés a pu baisser de près de 43 %. Les achats se sont reportés vers internet, passant de 16 % à 27 % des consommateurs, et les achats en magasins, spécialisés ou non, hors de la ville.

L’absence de distinction des types de vapotage dans l’enquête ne permet pas de savoir les différences d’impact entre pods et systèmes ouverts rechargeables. Ni de savoir quelle part de vapoteurs a contourné l’interdiction en achetant des liquides aromatisés sans nicotine à San Francisco, pour les nicotiner avec des liquides sans arôme très concentrés en nicotine achetés par ailleurs. Ou d’éventuelles autres astuces. 

Sur la côte Est, le marché noir explose

Les tactiques de contournement semblent pourtant d’actualité à l’autre bout du pays, sur la côte Est. Au prétexte de la vague de pneumopathies de l'été 2019 liées aux liquides du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E, plusieurs États ont décidé de pousser les utilisateurs de liquides nicotinés vers... le marché noir. Dans la nuit du 3 avril, alors que des bulldozers creusaient des fosses communes pour les morts de Covid-19, le Gouverneur Andrew Cuomo fait passer son budget comprenant la prohibition de vente des liquides aromatisés à New York. Depuis, des tactiques se développent pour permettre aux vapoteurs d’éviter le retour à la cigarette.

« “Je vends un kit à saveur de tabac à faire soi-même”, explique le propriétaire d’une boutique de vape à New York, lorsqu’on lui a demandé comment il aide sa clientèle. “Tout est entouré de directives. C’est un e-liquide sans saveur et sans nicotine, un concentré aromatisé au tabac et des paquets de nicotine. Et il y a un avertissement, disant qu’il ne devrait pas être utilisé avec d’autres produits. Mais ce qu'une personne fait de la nicotine une fois à la maison, ce avec quoi elle la mélange, c'est de son ressort, vous savez? », relate un reportage éloquent du site Filter.

Une explosion du marché noir prévisible et prévue

D’autres témoignages provenant du Massachusetts et du New Jersey évoquent l’émergence de marchés noirs plus clandestins. Même le groupe de travail du Département des taxes du Massachusetts se montre inquiet des effets de l’interdiction prononcée par le Gouverneur Charlie Baker. « Avec l’interdiction de vente du vapotage aromatisé dans le Massachusetts à partir du 1er juin 2020, le groupe de travail s’attend à une augmentation de l’activité de contrebande et des ventes sur le marché noir », explique son rapport fin février.

« Mais ne vous attendez pas à ce que les bureaucrates officiels du Bay State jettent l’éponge. Au contraire, ils veulent plus de moyens pour appliquer l’interdiction », pique J.D. Tuccille dans Reason. De son côté, ex-cadre pendant 27 ans du bureau de l’alcool, tabac et armes à feu du Massachusetts, Rich Marianos explique au Metro West Daily News que « la filière du tabac illégal le long de l’Interstate 95 sur la côte Est est une industrie de 10 milliards $. Elle travaille déjà pour combler le vide créé par l’interdiction au Massachusetts »

Effet négatif pour la santé publique

Les effets des interdictions des différents Etats n’ont pas encore été évalués, sauf avec cette première étude limitée concernant les jeunes de San Francisco. Ses résultats rejoignent les témoignages sur l’effet clairement négatif des interdictions poussant les plus jeunes vers le tabagisme, tandis que les vapoteurs plus expérimentés semblent plus enclins à se tourner vers le marché noir. Avant que les réseaux de trafiquants organisés ne s'en mêlent. Ces effets n’ont rien de surprenant, mais ils sont à l’inverse des promesses des promoteurs des mesures d’interdiction des liquides aromatisés.

Par contre, le bilan financier est probablement positif à court terme pour les acteurs institutionnels. A San Francisco, un rapport préalable rédigé par Ted Egan, économiste en chef pour la ville, avait anticipé que la diminution de la consommation de vapotage se reporterait sur l’achat de cigarettes. En plus des rentrées fiscales grâce à la hausse des ventes de tabac, l’impact sur les taux des emprunts pourris indexés aux ventes de tabac, les Tobacco Bonds, doit soulager les villes et Etat en ayant contractés. 

On retrouve sans surprise parmi eux les plus agressifs contre le vapotage : la Californie, l’État de New York, le Massachusetts, le New Jersey et le Michigan, dont la prohibition est contestée devant les tribunaux. Du côté des traders, on conseille d'investir de nouveau dans les actions des cigarettiers qui devraient repartir à la hausse, à l'inverse de ce que laissait augurer leur effondrement en 2018 et début 2019


vendredi 28 juillet 2017

[Expresso] Le cannabis tombe dans les vapes aux Etats-Unis

Inexistants début 2015, les produits de vapotage de cannabis ont conquis 24% du marché en Californie à la fin 2016 selon les données collectées par Eaze, entreprise de livraison de cannabis. Sous forme de liquides de recharge pour vapoteuse ou de vape-pen à cartouches (appelés pod), cette nouvelle manière de consommer évite le monoxyde de carbone et les goudrons produits par la combustion des joints. "Ce que je peux dire, c'est que cela se sent... Le bon sens veut que vaporiser à basse température est exponentiellement plus sûr que d'inhaler de la fumée", déclare Michael Ray, directeur de Bloom Farms, à Business Insider

"Quand je fume du cannabis, mon système respiratoire ne se sent pas bien. Je sens qu'il s'inflamme. C'est très clair au moment de me coucher. Je dors mal et je ronfle. En vapotant, je n'ai aucun des effets négatifs que j'ai en fumant", rapporte Michael Ray, dont l'entreprise vend à la fois des produits de cannabis à vapoter et à fumer. Le contexte législatif faisant, peu d'études scientifiques existent pour comparer le vapotage de cannabis à la fumée. Une recherche Suisse sur le sujet, publiée dans Nature en mai 2016, conclue que "le "cannavaping" paraît être une méthode de délivrance de cannabis douce, efficace, pratique et sûre comme alternative à le fumer".

Pratique, discret et profilé

Pratique et discret, le vapotage, notamment en pod, gagne en popularité. "La raison majeure est évidemment la commodité. Avec la vapote, vous n'avez pas les inconvénients de la fumée: l'odeur, devoir transporter l'herbe, trouver les ustensiles pour fumer", explique Michael Ray. Le dispositif permet aussi à l'usager de choisir plus précisément les taux de substances actives voulues dans les différents liquides proposés sur le marché. Notamment entre le THC psychotrope et les autres cannabinoïdes, dont le fameux CBD, psychoactifs mais non-psychotropes. 

"Il y a des milliers d'éléments dans le cannabis. D'une part, ce qui donne odeur et saveur, les "terpènes". Et d'autre part, les cannabinoïdes, que ce soit le CBD, le THC, le THC-A, le THC-B... Ca peut vite devenir une conversation très complexe. Mais le point est que notre produit contient tout ce qui fait le cannabis", précise le californien. En jouant sur les ratio des différents cannabinoïdes et, éventuellement, d'arômes associés, les producteurs profilent leurs produits pour différents effets recherchés par les consommateurs. "Par exemple, nous avons fait "Awaken" [éveil]. C'est une Sativa (un type de cannabis) associée à des terpènes connus en aromathérapie pour être des plantes très dynamisantes, telles que la menthe poivrée, la citronnelle et des agrumes. La combinaison donne un effet très dynamique", explique Savannah Hanks, du producteur de vapotage cannabique Dark Heart

Innovation technique

Le secteur est encore jeune et en recherche d'innovation technologique. La question de l'extraction des éléments du cannabis pour produire les liquides à vapoter est un sujet de recherche. Tandis que la plupart des concentrés se faisaient depuis une vingtaine d'années au butane (BHO), des entreprises ont développé un système d'extraction au dioxyde de carbone (CO2). "Butane, propane, hexane sont tous des solvants qui peuvent exploser. Nous utilisons seulement le CO2 parce que cela nous parait plus sûr et efficace pour extraire l'huile", explique Michael Ray. Autre avantage avancé, le risque de traces résiduelles du solvant, en cas de production mal effectuée, est éliminer avec le CO2.

A quand ici ?

"Les dispositifs pour vaporiser l'herbe où vous insérez une petite quantité de cannabis émietté qui est chauffé au point d'évaporer les composants psychoactifs sont populaires. Mais les appareils de vapotage d'huile de cannabis, faciles à transporter et sans tracas, sont devenus beaucoup plus populaires", estime le journaliste Ben Gilbert de Business Insider. En Europe, législations archaïques sur le cannabis et retard de connaissance sur le sujet des pouvoir public et autorités de santé n'ont pas encore permis à ce type de produit réduisant les méfaits liés à la fumée de se rependre aussi bien. En France et en Suisse notamment, plus de neuf consommateurs sur dix de cannabis le fument sous forme de joint avec tabac, selon le Global Drug Survey, bien que des produits de vapotage de cannabis sans (ou à très faible taux) de THC sont apparus récemment.


samedi 2 janvier 2016

Vape & média : de quel cancer les métastases du journalisme sont-elles le symptôme ?

Le 28 décembre, le réveillon s'avance avec ses bonne résolutions du nouvel an. Des millions de fumeurs songent à arrêter la clope. Tombe alors un communiqué de presse sur EurekAlert, portail d'info de l'American Association for the Advancement of Science (AAAS). Selon Cindy C. Butler, chargée de comm' du département des Veterans Affairs de San Diego (Californie) qui l'a financé, une étude établirait la cytoxicité (toxicité des cellules) des vapeurs d'e-cigarette. La Doc. Jessica Wang-Rodriguez, referent de la recherche publiée en novembre sur Oral Oncology, conclue, lapidaire: «Je crois que les cigarettes électroniques ne sont pas mieux que de fumer du tabac».

Faire son beurre en brassant de l'info 

Les médias se jettent sur la punchline. En Angleterre, le Telegraph en fait sa une. Le Mirror, l'Independent et le Daily Mail suivent le filon. En France, le Parisien, les quotidiens régionaux du Centre et Futura-Science dispatchent l'article de RelaxNews, la filiale «info loisir» de l'Agence France-Presse (AFP). En Suisse, l'opérateur télécom Bluewin joue au spécialiste scientifique et au Canada, le Journal de Montréal, Canoë et Métro dupliquent sans sourciller.

Sciences & Avenir et le site médical Santé log se démarquent par quelques précautions sur les limites de ce type de recherche [*]. Notamment, le fait connu que les études in vitro sur des cellules ne rendent pas compte de leur comportement in vivo. «Notre étude ne prouve pas que ces dommages peuvent arriver aux gens, car elle est menée sur des cultures de cellules», précisera Laura Crotty Alexander, autre chercheuse associée à l'étude, dans le San Diego Union-Tribune du 31 décembre.

HN30

Précautions nécessaires mais non suffisantes à rendre compte des résultats. Car l'étude californienne n'a pas observé deux échantillons de cellules épithéliales, ni même trois comme le suggèrent confusément certains articles. Mais trois types de cellules soumises à cinq situations. Le premier type de cellules se nomme HaCat, des cellules saines mais génétiquement modifiées pour être «immortalisées» selon les termes de la recherche. Les deux autres types de cellules, également modifiées, sont cancéreuses répondant aux doux noms de UMSCC10B et HN30.

La première situation des trois types de cellules n'a reçu aucun stress externe. Autre cas témoin, les cellules soumises à de la nicotine pure. Quatre autres pétri ont été soumis à des concentrés extraits de vapeur d'e-liquide, obtenus de deux ecig différentes par un procédé très opaque. Deux étaient sans nicotine et deux dosés à 1,2% de nicotine (taux courants). Ceux-ci ont été ré-imbibés de concentré tous les trois jours durant huit semaines. L'étude précise que ces concentrés ne correspondent pas à une consommation réaliste. Un problème méthodologique crucial mis en relief par Paul Barnes.
«A cause de la haute toxicité de l'extrait de fumée de cigarette, les échantillons traités au tabac ne l'ont pas été plus de 24 heures», dans l'étude
Enfin, des groupes de cellules soumises à un extrait de cigarette Marlboro filtre rouge, précisé en deuxième page de l'étude: «A cause de la haute toxicité de l'extrait de fumée de cigarette, les échantillons traités au tabac ne l'ont pas été plus de 24 heures». Voilà ce qu'aucun média n'a relevé. Tout simplement parce qu'aucun journaliste n'a pris la peine de lire l'étude elle-même. Ou si mal qu'il n'a pas vu ce point essentiel occulté par le Press Release officiel.

«Les cellules peuvent survivre huit semaines aux e-liquides, mais seulement 24 heures aux cigarettes»

Le tableau des résultats du pourcentage de mortalité des cellules des différents cas
Environ moitié moins de cellules meurent après 56 jours de traitement tous les trois jours aux concentrés de liquides de vapotage qu'après une journée d'un seul traitement à l'extrait de Marlboro. Doit-on en conclure que le risque cancérigène de la vape est en deçà de 1% de celui des cigarettes ? Ce serait se montrer aussi péremptoire que la Doc Wang-Rodriguez. Pour toutes les raisons méthodologiques évoquées par avant et clairement synthétisées dans un article de Fergus Mason. La chercheuse Laura Crotty Alexander, toujours dans le San Diego Union-Tribune du 31 décembre, souligne d'ailleurs que «l'extrait de fumée de cigarette tue les cellules à une moindre concentration que ne le fait la vapeur de e-cigarette. Et les tue beaucoup plus rapidement».

Ces résultats sont des indices, seulement des indices. Mais confirmant d'autres études sur la réduction des risques de la vape par rapport au tabac fumé. C'est ce que souligne la Pr Linda Bauld, en réponse à la paranoïa déclenchée par le tir groupé d'articles, dans le Guardian du 30 décembre: «Si nous comparons la vapeur d'ecig avec l'air frais, nous trouvons la présence de certains toxiques, comme déjà montré lors d'études antérieures. Mais ce que les résultats de cette étude montrent, c'est que si nous comparons la vape et la fumée de tabac, alors les ecigs sont plus sures».

Pour le cancérologue Ian Lewis, les journaux auraient pu titrer que «les cellules peuvent survivre durant huit semaines dans le concentré de vapeur d'ecig mais seulement 24 heures dans l'extrait de cigarette». Pour sa part, le Pr Clive Bates estime, sur son blog, que «si la plus conventionnelle pratique journalistique est de simplement rapporter ce que la recherche en question a trouvé, alors il y a dans cette étude peu matière au sensationnalisme» [PS. billet traduit par Florence sur Vapor-Gate]. Mais alors pourquoi diable cette cabale journalistique a t-elle eu lieu ?

L'absence de vérification des informations par les journalistes
Media Porn : plus de Q que d'info 

La junk-infood fait son beurre

Du barattage au baratin, le journalisme a découvert la fonction copier/coller pour faire tourner. Telle la fermière d'autrefois brassant le lait pour en faire son beurre. En 2008, Waseem Zakir, journaliste à la BBC, forge le néologisme de «churnalism». Ce barattage de communiqués de presse et de packaging médias réduisant les coûts et augmentant le volume de production d'infos. Nous subissons ainsi un martèlement en continu de «nouvelles», de préférence angoissantes pour éveiller la compulsion pour les produits en pubs. L'infotainment, cette «info loisir» pour le dire avec les mots de l'AFP, touche aussi les rubriques scientifiques, comme le soulignait le Guardian en 2011

Cette réplication peut aller jusqu'à recopier les fautes de frappe. Comme celle de mettre un Q en place d'un G au gré des lignes du repiquage hésitant entre les deux orthographes de Wang-Rodriguez (voir notre montage non exhaustif). A fortiori sur le contenu, la critique éclairée s'efface au profit du sensationnalisme. La course aux clics dans l'effrénée info en «temps réel» prend la place du traitement réfléchi. De 1990 aux années 2000, la clause d'articles minimum des contrats à Libération est passé de deux à cinq par semaine. Selon les gestionnaires, l'informatique permet des gains de productivité. Mais les ordinateurs ne réfléchissent pas. Disparaît ainsi ce temps de l'intelligence, cette régurgitation bovine chère à Friedrich Nietzsche sensible aux charmes des vaches.

L'idéologie du journalisme

Le journaliste n'est pas victime seulement de ses conditions de travail. Mais aussi de son acceptation de celles-ci au travers du journalisme comme idéologie. Conforté dans un complexe de supériorité assit sur une notion «d'objectivité» très niaise. La discussion des articles sur cette étude l'illustre. Le journaliste croit en la vérité révélée. Sans saisir que la science est une activité construisant des situations sur la base de paradigmes eux-même échafaudés. Cette croyance de pouvoir posséder une virginale objectivité, comprise comme point de vue divin laïcisé, fonde le dédain journalistique envers les lecteurs. A quoi bon donner de la confiture aux cochons lorsque de la junk infood suffit ?

Et en corollaire, une obséquieuse soumission aux arguments d'autorité. «Le modèle du journalisme paresseux repose sur l'autorité. L'autorité de «scientifiques» placés sur un piédestal de chasseurs de la pure vérité et l'autorité des revues évaluées par des pairs. Et ceci serait sensé garantir l'intégrité de la recherche publiée», remarque le Pr Clive Bates à propos de la couverture médiatique de cette étude. En définitive la pseudo objectivité journalistique se réduit alors en une «neutralité» au service des organismes les plus puissants en terme de propagande. C'est ainsi que le tapinage du communiqué de presse de Cindy C. Butler est devenu buzz médiatique mondial.

California über alles

Les journalistes ont joué les perroquets des autorités californiennes. Mais pourquoi une coalition d'organismes institutionnels orchestre cette campagne de propagande contre la vape ? La date, juste avant le traditionnel pic de tentatives de sevrages tabagiques de janvier, donne probablement un indice. Inhiber la sortie du tabagisme à l'aide du vapotage semble le mobile évident. A cela deux motivations majeures. 

La première est d'ordre financier. En 1998, le Tobacco Master Settlement Aggreement (MSA) condamne les firmes cigarettières à verser plus de 200 milliards de dollars d'indemnités aux Etats américains sur 25 ans. Appâtées par la manne financière, les banques proposent aux Etats des prêts toxiques garantis sur les versements du MSA. Des Tobacco Bonds indexés sur les ventes de tabac. Plus les ventes chutent, plus les intérêts dues par les Etats aux banques augmentent. La banque Goldman Sachs les nomment «Turbo fonds». «Ils les ont appelé Turbos parce que leurs remboursements vont de plus en plus vite», explique John Lampasona, analyste chez Standard & Poor's à ProPublicca en 2014.

Carte de ProPublicca
Carte interactive de ProPublicca (cliquer)

La Californie est le second Etat américain, derrière New-York et devant l'Ohio et l'Illinois, en volume de prêts pourris contractés sur la base du MSA. Autrement dit, la Californie a désormais intérêt à ce que les ventes de tabac cessent de chuter. Or, avec 30 millions de vapoteurs, dont au moins 9 millions en usage régulier, les Etats-Unis ont vu les ventes de cigarettes reculées au double des prévisions ces dernières années. Selon l'article très fouillé du pure player ProPublicca, les Etats américains auront remboursé 64 milliards de dollars aux banquiers de Wall Street pour 3 milliards empruntés.

La guerre du feu

L'autre raison majeure à l'opération de propagande californienne est la guerre de l'addictologie entre pro-abstinences et partisans de la réduction des risques. Cet affrontement esquissé dans mon article au Courrier au printemps dernier est à présent ouvertement déclarée. D'un côté les pragmatiques accueillent la vape comme moyen de réduction des risques pouvant sortir des fumeurs de leur tabagisme. Conséquents avec le constat de l'extrême addiction au tabac, ils considèrent préférable le switch à une consommation beaucoup moins nocive pour l'extrême majorité des fumeurs ne réussissant pas à se sevrer par les autres moyens. Une voie humaniste.

A l'opposé, le camp des pro-abstinences, héritiers idéologiques de l'obscurantisme intégriste qui a mis en place les prohibitions de l'alcool au début du 20ème siècle, puis celle du cannabis et enfin la guerre aux drogues. Le fond est celui d'un moralisme considérant la luxure comme pêché. Au risque du sida, ils proposent l'abstinence au lieu de la capote. Au risque du tabagisme, l'abstinence au lieu de la vapote. Au risque des infections, l'abstinence au lieu de l'accès à des seringues propres. Etc ad nauseam... Le calvaire en guise de rédemption ou la mort pour les impénitents. C'est ce camp dominateur que les journalistes servent par l'abstinence de toute réflexion critique lorsqu'ils essaiment leur propagande. En un mot. 

Morbide.


* Post-Scriptum du 7-01-2016 : Hugo Jalinière de Sciences & Avenir et santé log ont tous deux corrigé leurs articles début janvier. Ajoutant notamment ce qui avait été passé sous silence dans le Press Release officiel, à savoir que la fumée de cigarette tue beaucoup plus et plus vite les cellules de l'étude. Gestes d’honnêteté intellectuelle. 




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