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mardi 16 octobre 2018

[Bref] En Allemagne, la désinformation sur la vape maintient-elle les plus défavorisés dans le tabagisme?

Moins de 2% de la population des plus de 15 ans utilisent le vapotage régulièrement en Allemagne, selon le monitorage Allemand Debra mené entre juin 2016 et novembre 2017. Parmi le panel interrogé, seul le quart des vapoteurs ne fumaient pas. "En Allemagne, le vapotage est principalement consommé en "double-usage" avec une consommation de tabac", concluent les chercheurs Daniel Kotz et Sabrina Kastaun dans Bundesgesundheitsblatt. Mais cette tendance générale est très contrastée en fonction des classes sociales. 84,5% des vapoteurs avec un revenu inférieur à 2'000€ mensuels fument encore, tandis que les utilisateurs de vapotage gagnant plus de 5'000€ par mois sont 50% à ne pas fumer. 

La perception du risque est corrélée à la probabilité d'utiliser la vape pour arrêter de fumer

Plusieurs hypothèses se disputent l'explication du phénomène. L'une d'elle est nourrit par une autre étude publiée également la semaine dernière dans le Bundesgesundheitsblatt. Une équipe de l'Institut für Therapieforschung de Munich a analysé l'enquête sur l'usage de substance (ESA) menée auprès de  9'204 personnes en 2015. "Seulement un tiers de la population sait que le vapotage est moins nocif que les cigarettes conventionnelles. La perception du risque est corrélée à l'usage du vapotage pour arrêter de fumer", soulignent les chercheurs menés par la Dr Josefine Atzendorf. 

L'étude confirme en chiffre que la probabilité d'utiliser le vapotage pour cesser de fumer est plus élevée chez les personnes qui savent le vapotage moins nocif que les cigarettes. Mais les personnes avec un niveau scolaire moins élevé sont une nette majorité à ne pas savoir le vapotage moins nocif que le tabac. Encore plus inquiétant, les fumeurs eux-mêmes sont plus nombreux à penser le vapotage plus ou aussi risqué que de continuer de fumer (voir tableau plus bas).

La responsabilité des désinformateurs

Ces données posent la question de la responsabilité des acteurs sanitaires et des médias dans la diffusion d'une culture du doute bénéficiant au maintien du tabagisme. Le remplacement de Martina Pötschke-Langer, après des années de fausses déclarations, par la Dr Ute Mons à la tête de l'influent Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ) en 2017 était une première nouvelle appréciable. Mais le climat médiatique reste délétère contre la vape en Allemagne. Les chercheurs Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek ont disséqué ce printemps dans Zeit les enjeux qui poussent les lobbys a organisé la désinformation. Même si le marché progresse sensiblement, l'impact du vapotage contre le tabagisme reste nettement en deçà de son potentiel, notamment dans les classes populaires.


samedi 1 septembre 2018

[Bref] Près de 40% de croissance de la vape indépendante en Allemagne cette année

Près de 40% de croissance en 2018. Le marché de la vape indépendante en Allemagne devrait atteindre 400 millions € de chiffre d'affaires, selon la Bündnis für Tabakfreien Genuss (BfTG). Créée en 2015, l'Alliance pour le plaisir sans tabac est l'association des professionnels du vapotage indépendants en Allemagne. L'estimation s'appuie sur une enquête auprès de plus de 100 entreprises de vape indépendantes. La BfTG prévoit que le secteur devrait continuer de progresser en 2019 de 25% pour atteindre 500 millions €.

Cet optimisme s'appuie notamment sur le niveau élevé de fumeurs se convertissant rapidement au vapotage. L'association souligne que l'Allemagne compte près de deux millions de vapoteurs, selon les statistiques officielles. "Le vapotage est un marché en forte croissance en Allemagne. De plus en plus de fumeurs réalisent le potentiel de la vape", s'enthousiasme Dustin Dahlmann, président de la BfTG. Réduction des risques par rapport aux cigarettes et amélioration de la santé pour les fumeurs, diversité des produits, notamment des goûts, et économie du coût par rapport au tabac sont les motivations du passage à la vape des fumeurs. 

Ne pas nuire

Les ventes progressent au détriment du tabac mais les autorités allemandes pourraient mieux soutenir ce changement, estime le responsable de l'association des entreprises de vape indépendantes. "Il y a encore un grand besoin d'action de la part des politiciens. La réglementation politique ne doit pas limiter la disponibilité du produit. Parce que cela empêcherait qu'encore plus de fumeurs arrêtent leur consommation de tabac en passant au vapotage", explique Dustin Dahlmann, inquiet des projets de taxe anti-vape, notamment de la Commission Européenne, et d'une possible interdiction de la publicité en Allemagne.

Les entreprises du secteur emploient en moyenne huit personnes selon les données de l'enquête de la BfTG. La part de la distribution chez les détaillants physiques a fortement progressé pour atteindre 42%, tandis que 37% des vendeurs combinent magasins physiques et ventes par internet. La vente exclusive par internet s'est réduite à 21% des vendeurs. En contraste du chiffre d'affaires de 400 millions € annoncé par le secteur indépendant, l'institut Nielsen évaluait les ventes de produits de vape en magasins non spécialisés (kiosques notamment) à 33 millions € en 2017 en Allemagne. 


samedi 12 mai 2018

Etude DEBRA: la vape reste le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé en Allemagne malgré la TPD

Près d'une tentative d'arrêt tabagique sur dix se fait à l'aide de la vape en Allemagne. Hors les tentatives sans aucune aide (58,7%), le vapotage est le moyen le plus employé par les fumeurs allemands pour se sortir du tabagisme devant les substituts nicotiniques (6%). C'est un des résultats du suivi DEBRA, institué depuis 2016 en suivant l'exemple anglais, publiés par Deutscher Aerzteblatt, la revue médicale allemande. L'étude menée par le Pr Daniel Kotz, de l'Université de Dusseldorf, s'appuie sur six sondages entre juin 2016 et mai 2017 totalisant plus de 12'200 répondants âgés d'au moins 14 ans. 

Plus de 28% de fumeurs, moins de 2% de vapoteurs

Ce monitorage évalue la prévalence tabagique à 28,3% chez les plus de 14 ans, avec une consommation moyenne de 14 cigarettes par jour. Les fumeurs sont 32% des hommes et 25% des femmes, tandis que 11,9% des 14-18 ans fument. Les plus défavorisés socialement sont plus nombreux à consommer des cigarettes. "Le diplôme et le revenu net des ménages montrent tous deux une relation linéaire: plus le certificat de fin d'études et le revenu sont bas, plus la proportion relative de personnes qui fument est élevée", expliquent les chercheurs. 
Caractéristiques sociologiques vapoteurs, ex-vapoteurs et jamais vapoteurs

Concernant la vapote, 1,9% de la population l'utilise actuellement, 2,6% des hommes et 1,3% des femmes. Parmi les vapoteurs actuels, 14% déclarent être ex-fumeurs. Tandis que 15,2% de ceux qui ont utilisé puis cessé la vapote avaient aussi arrêté de fumer. "La consommation parmi les personnes n'ayant jamais fumé de tabac est très faible (0,3%)", précise l'étude. Près d'un dixième de la population adulte a essayé de vapoter dans l'année ainsi que 14,6% des 14-18 ans, mais seuls 2,9% des 14-18 ans l'utilisaient encore au moment du questionnaire.

Un effet TPD en faveur du tabagisme ?

La prévalence du vapotage a augmenté de façon continue lors des cinq premières vagues du suivi (tous les 2 mois de 0,2% à 0,5%). Mais entre février 2017 et la sixième vague en mai, ce taux a chuté de 2,6% à 1,9%. "En mai 2017, la nouvelle directive de l'UE sur les produits du tabac (TPD) est entrée en vigueur après une période de transition d'un an, pour réglementer entre autres le vapotage plus fortement. Il y a peut-être un lien ici: la nouvelle législation a peut-être réduit le nombre de fumeurs de cigarettes consommant des produits de vape et, par conséquent, moins de gens ont cessé de fumer", soulignent les auteurs.
DEBRA juin 2016-mai 2017

Plaisir et arrêt du tabac


72% des vapoteurs allemands utilisent des liquides nicotinés, à une concentration moyenne de 6,5 mg/ml et en consommant en moyenne 3 ml par jour. Les 28% restant vapotent sans nicotine. Les différentes raisons invoquées par les utilisateurs de vape sont le plaisir (31,8%), en particulier celui lié aux saveurs (35,9%), le moindre coût que les cigarettes (31,9%), l'impact positif pour leur santé (31,4%), la moindre gêne pour leur entourage que les cigarettes (29,7%), ainsi que la réduction (33,5%) ou l'arrêt total du tabagisme (27,5%).

La vape aide autogérée pour l'arrêt tabagique

Concernant les arrêt tabagiques, 28,1% des fumeurs déclarent avoir tenté au moins une fois d'arrêter dans l'année écoulée. Le moyen le plus utilisé par ceux qui ont utilisé une aide est donc le vapotage dans 9,1% des cas, dont environ la moitié déclare l'utiliser sans nicotine. En comparaison, plus de 35% des tentatives d'arrêter de fumer se font à l'aide du vapotage en Angleterre, et seulement environ 5% en Suisse

En Allemagne, selon le suivi DEBRA, seules 12,5% des tentatives se sont faites avec au moins une des aides recommandées officiellement par les autorités sanitaires, telles que les substituts nicotiniques, les médicaments, les consultations médicales ou les thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs promettent de mener des études plus poussées sur l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer lors de prochaines enquête du programme DEBRA.

Autres tableaux :


jeudi 9 novembre 2017

Vape contre cigarette: l'Allemagne se dote d'un système de monitorage sérieux inspiré des britanniques

"Un suivi national des comportements tabagiques et des données sur l'efficacité dans le monde réel des méthodes de sevrage sont nécessaires pour éclairer les politiques et développer des campagnes visant à réduire les méfaits liés au tabac". Avec DEBRA - pour “Deutsche Befragung zum Rauchverhalten” -, l'Allemagne se donne les moyens de pouvoir penser une politique de santé sur le tabac à partir d'informations objectives fiables et récentes. La source d'inspiration du projet se trouve au Royaume-Uni. "En Angleterre, le Smoking Toolkit Study (STS) suit ces indicateurs depuis 2006, ce qui a conduit à adapter les politiques de lutte anti-tabac", précisent les chercheurs présentant le projet dans la revue BMC Public Health en avril dernier

Avec une prévalence tabagique de 30,4% en septembre, l'Allemagne connait l'effet de seuil constaté dans nombre de pays européens depuis quelques années. "Comme dans d'autres pays, la prévalence du tabagisme est considérablement plus élevée chez les fumeurs à faible revenu, ce qui entraîne des inégalités de santé substantielles entre les groupes à revenu élevé et à faible revenu", soulignent les auteurs dans le BioMedCentral.

The English lesson

Outre l'adoption d'un suivi plus précis au fil du temps, avec des sondages téléphoniques tous les deux mois, une particularité de DEBRA est d'intégrer sérieusement le suivi du vapotage. Là aussi, l'inspiration vient du côté britannique. Les rares essais cliniques existants sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage sont encourageants mais de faible portée, estime Jamie Brown, du Cancer Research UK (CRUK). Au Symposium organisé par DEBRA en juin dernier à Dusseldorf, elle argumente de l'utilité du suivi du vapotage et du tabagisme en parallèle par le STS anglais. "Les changements de la part d'usage du vapotage en Angleterre se sont montrés positivement associés avec une augmentation du taux de sevrages tabagiques réussis", souligne la chercheuse de l'University College de Londres. 

Autrement dit, le suivi a permis de mettre en lumière que l'essor du vapotage a non seulement accompagné une nette réduction du tabagisme mais qu'il est associé à une forte augmentation des chances de succès des sevrages. Cette augmentation du taux de réussite semble s'être accompagnée d'une meilleure égalité sociale de santé, puisque le dernier pointage du STS montre que les bas revenu ont désormais autant de chances de succès que les plus favorisés.  
Evolution du taux de succès d'arrêt du tabagisme en Angleterre selon le STS
L'exemple illustre le fossé entre les politiques décidées sur la base de peurs et de préjugés et celles disposant d'outils les informant des effets réels. Là où, les décideurs politiques étrangers sont condamnés à suivre des slogans de marketing idéologiques provoquant souvent l'inverse de ce qui est annoncé, les britanniques se sont dotés de moyens d'éclairer leur stratégie à partir de données du monde réel. C'est probablement un des éléments expliquant que, depuis 2011, le Royaume-Uni connait une des chutes les plus rapides du taux de tabagisme au monde. En suivant son exemple, avec dix ans de retard, l'Allemagne se donne à son tour les bases pour une politique éclairée. Mais il faudra encore du temps pour que le suivi puisse enrichir la politique allemande en la matière. 

La vape moyen le plus populaire d'arrêt du tabagisme aussi en Allemagne

Cependant, la première synthèse du suivi DEBRA, de juin 2016 à mars 2017, montre déjà que 1,9% de la population allemande vapote courament. Avec une tendance à la hausse, puisque l'usage régulier aurait doublé sur cette période, en dépit d'une stagnation de l'expérimentation du vapotage dans la population. Le vapotage est devenu l'aide à l'arrêt tabagique la plus utilisée aussi en Allemagne. Loin des 35% des tentatives anglaises s'en aidant, il y a tout de même en cumulé 11,2% des allemands tentant d'arrêter de fumer avec le vapotage, nicotiné ou non. Les approches de soutien par les pairs, pratiques courantes dans d'autres domaines en Allemagne, et une promotion active du vapotage n'ont pas été envisagées dans ce travail. Peut-être à l'avenir ?