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lundi 28 septembre 2020

Le gouvernement Danois ajourne la prohibition du vapotage aromatisé [MàJ] ou pas ?

EDIT 28-09-2020 16h25: Le journal Jyllands-Posten a publié un correctif sur son article: "La version originale de cet article indiquait que la Commission européenne considérait que l’interdiction prévue par le Danemark du vapotage aromatisé contrevient à la directive sur le tabac (TPD), c’est pourquoi le ministre de la Santé danois a décidé de la reporter indéfiniment. Le ministère de la Santé a par la suite indiqué qu’il considérait que les cigarettes électroniques ne sont pas incluses dans l’avis de la Commission. Le Ministère continue donc de travailler à l’interdiction du vapotage avec goût d’ici le 1er avril 2021. Dans le même temps, le Ministère estime que l’avis de la Commission inclut l’interdiction prévue du tabac à narguilé et du tabac à mâcher aromatisé, qui est donc reportée indéfiniment".

La réponse du Ministère danois est douteuse. Je remets l'extrait de la lettre de la Commission européenne envoyée au Danemark :

[article original]

Le projet du gouvernement Danois d’interdire le vapotage aromatisé, sauf « goûts tabac ou menthol », est reporté sine die. « La semaine dernière, le ministre de la Santé Magnus Heunicke a informé les partis que l’interdiction des arômes [de vapotage] serait désormais reportée indéfiniment jusqu’à ce qu’une base juridique de l’Union Européenne soit mise en place », révèle le quotidien danois Jyllands-Posten dans son édition de ce dimanche. [add] Ces informations semblent contestées par le Ministère de la santé danois selon le correctif du Journal Jyllands-Posten [/]

Comme nous l’avions relaté fin août, la Commission européenne a rappelé au Danemark que son projet d’interdiction du vapotage aromatisé viole l’article 7 §12 de la directive sur les produits du tabac (TPD). 

Refus de tout commentaire du Ministre de la santé danois

Celle-ci permet d’interdire des arômes dans les produits du tabac, mais pas ceux du vapotage. Sauf raison de santé publique sérieuse, ce que le Danemark n’a pas été en mesure de démontrer malgré le délai accordé jusqu’au 19 octobre par la Commission. En cas de violation de la directive, la Commission menaçait de poursuivre le Danemark à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) en vertu de l'article 258 du Traité de fonctionnement de l'Union européenne (TFUE). Ayant abandonné avant l’expiration du délai, le Ministère de la santé danois s’est refusé à tout commentaire au journal Jyllands-Posten.

Une bataille gagnée pour les vapoteurs

Plusieurs associations de défense des utilisateurs de moyens de réduction des risques avaient déposé des contributions à la Commission européenne pour critiquer la notification du projet de prohibition danois. Notamment le regroupement de l’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) et l’association danoise Dadafo, qui n’avait pas été consultée durant l’élaboration du projet de loi.

« Le gouvernement et ses soutiens auraient dû écouter DADAFO et les nombreux ex-fumeurs qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage. C’est dans des moments comme celui-ci, où nous ne regrettons pas tous nos efforts d'écrire au gouvernement et à la Commission européenne. C’est une victoire pour les vapoteurs au Danemark ! », réaction à chaud hier soir du compte Facebook de Dadafo, l’association de défense des vapoteurs au Danemark.

Emballage neutre et interdiction de visibilité des produits de vape contestés

D’autres mesures du plan contre le vapotage sont contestées. Notamment les obligations d’emballage neutre et l’interdiction de visibilité des produits pour le public et les clients, à l’exception de l’intérieur des vape-shops. La Grèce notamment a émis une critique sévère de la notification danoise. Soupçonnant une restriction contre le commerce entre États membres déguisée en mesure de santé, Athènes souligne l’absence d’éléments pour soutenir ces deux mesures dans le dossier danois. « Il n’y a aucune preuve pertinente », pique la Grèce.

Au contraire, l'avis de la Grèce note qu’entraver l’information et la prise de connaissance des produits à risques réduits pourrait être préjudiciable pour des fumeurs danois, « en les privant de leur droit à des informations sur la disponibilité de produits du tabac non combustibles qui peuvent être moins nocifs que les cigarettes ».

Le lobby pharmaceutique et l’Alliance contre le tabac française

À l’opposé, ces derniers jours une lettre d’organisations prétendues de santé, pour la plupart fortement liées au lobby pharmaceutique ainsi qu’étrangement l’Alliance contre le tabac Française, a tenté de faire pression sur la Commission en faveur du plan danois. Le plan protège l’utilisation d’arômes pour des produits de tabac, tels que le tabac à chicha, le tabac à pipe et les cigares, tout en voulant interdire les arômes à la vape, imposer l’emballage neutre et interdire la visibilité du produit de réduction des risques. Au prétexte de protéger les jeunes. Les protéger de vapoter au lieu de fumer la chicha et des cigarettes?

La lettre des organisations annonce clairement espérer étendre l’exemple danois à toute l’Union Européenne à la faveur de la révision de la directive européenne TPD en mai prochain. Plusieurs associations membres de l’Alliance contre le tabac nous ont assuré ne pas soutenir une prohibition du vapotage aromatisé, qu’elles utilisent au quotidien dans leur action d’aide à l’arrêt tabagique. Mais la direction de l’Alliance contre le tabac semble ignorer ce type de problématique et l’intérêt de ses membres en prise avec le terrain.

*Crédit photos Patrick Stael. Images de la manifestation de Dadafo en décembre 2019 à Copenhagen contre le plan anti-vape du gouvernement Danois.

mardi 8 septembre 2020

Nouveau coup politico-médiatique de l'ERS au mépris de la science et de la législation européenne

Faire un communiqué de presse sensationnaliste, annonçant des découvertes inquiétantes, sans étude publiée, et ainsi invérifiable et non révisée. L’European Respiratory Society (ERS) apprécie ce mode opératoire qu’elle utilise régulièrement dans sa guerre au vapotage, sans la moindre publication ensuite. Avec son budget de dizaines de millions € annuel alloués par les Big Pharma, l’organisation dont le siège est à Lausanne peut se permettre de « pousser » ses communications dans des médias complaisants. Son dernier coup, lancé le 2 septembre par communiqué de presse, a été présenté ce matin à son congrès virtuel. 

En Italie, l'attaque de l'ERS a eu du retentissement médiatique. De quoi inquiéter les usagers. L'Association de défense des vapoteurs en Italie, l'ANPVU, a été chercher des avis sérieux pour comprendre. L'ANPVU les a diffusé par communiqué notamment sur le site SigMagazine, ou en français au Vaping Post. Entre le contenu du communiqué de l'ERS et les avis de scientifiques et d'experts se trouve un gouffre. En arrière-fond du coup politico-médiatique de l'ERS, on devine la tentative du Danemark de passer outre la législation européenne sur le vapotage et les pressions du lobby anti-vape pour forcer une nouvelle directive TPD condamnant le vapotage au goût unique de tabac.

Une « découverte » connue depuis 1933

Un communiqué de presse de l’ERS le 2 septembre l’annonce en fanfare avant même la tenue de la conférence de ce matin dont elle parle au passé. Une équipe de l’Université de Duke, menée par le Pr Sven-Eric Jordt, affirme avoir découvert que les ingrédients des liquides de vapotage se combinent et créent d’autres substances chimiques. 

Une des premières réactions a été une pointe ironique du Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue grec, sur le fait que cette nouvelle découverte date de 1933.

Cependant, les chercheurs de l’Université de Duke affirment aussi avoir enrichi les connaissances scientifiques en étudiant in vitro la réaction de cellules épithéliales (parois des bronches) « exposées à des produits chimiques aromatisants, comme la vanilline et l’éthyle-vanilline (responsable de la vanille et d’autres saveurs sucrées), au benzaldéhyde (saveur de baies ou de fruits) et au cinnamaldéhyde (saveur de cannelle) », ainsi que les acétals issus de leur combinaison avec le propylène glycol (PG) et le glycérol (VG).

Brouillard méthodologique et enfumage médiatique

Problème pour qui veut comprendre la démarche : aucun détail méthodologique n’est donné ni dans le communiqué de presse ni sur le site du congrès de l’ERS. « Il n’y a aucune information présentée dans cette étude sur les concentrations relatives par rapport à celles observées dans la fumée de cigarette, il n’est pas clair quelle importance ont ces résultats, ou si même ils ont une quelconque signification », remarque le Dr Nicholas Hopkinson, de l’University College de Londres et notamment directeur médical de la British Lung Foundation, sur le Science Media Centre.

De son côté, le Pr Jacob George, de l’Université de Dundee, note que les études in vitro sur des cellules sont au mieux des indices. Privées de la capacité de régénération et de protection physiologique, le comportement des cellules peut être très différent qu’in vivo. « Les données présentées ici sont des travaux cellulaires in vitro et non des essais cliniques sur des humains. Par conséquent, toute extrapolation à la physiologie humaine du système entier est au mieux ténue », explique-t-il aussi sur le Science Media Centre, la plateforme d’information scientifique créée par le gouvernement britannique.

Effet secondaire tabagique

Malgré ces faiblesses et l’absence de révision de son travail, le Pr Sven-Eric Jordt insiste que l’activation des récepteurs irritants sensoriels (TRPV1 et TRPA1) « pourrait chez les personnes prédisposées entraîner un rythme cardiaque irrégulier et une pression artérielle plus élevée ». Les médias ayant relayé le communiqué de presse, sans accès à quelconque donnée de la recherche, ont évidemment simplifié en omettant que le risque putatif ne concernerait que des personnes prédisposées. 

« La conception de l’étude semble être faite de manière à exposer des ‘sujets prédisposés’ à des situations extrêmes pour soutenir une thèse. De telles études ont l’effet secondaire grave de faire retomber les consommateurs dans la dépendance à la cigarette traditionnelle », regrette le Pr Fabio Beatrice, de l’hôpital San Giovanni Bosco de Turin, qui a livré son avis à l’Association nationale pour l'unité des vapoteurs en Italie (ANPVU).

L’objectif politique du Danemark de violer la directive européenne

L’objectif politique de l’European Respiratory Society, en diffusant auprès des médias ce qui n’est pas même une étude révisée, est cousu de fil blanc. “Ces études montrent que le liquide pour les cigarettes électroniques a été mis à la disposition des consommateurs sans compréhension adéquate et des tests de sécurité », affirme sans vergogne Jørgen Vestbo, cadre danois de l'ERS, dans le communiqué de l’ERS. Sauf que cela est totalement faux en Europe, même au Danemark. 

La directive européenne TPD, que le gouvernement danois tente de ne pas respecter, impose aux producteurs des tests et évaluations. « Les producteurs d’e-liquides en Europe sont obligés avec la directive TPD de notifier les produits et de déclarer les émissions carbonyles dont parle cette étude », précise Sébastien Roux, ingénieur chimiste du Crivape, le centre de recherche et d’innovation sur le vapotage, dans un communiqué de l’Association de défense des vapoteurs en Italie ANPVU publié sur SigMagazine.

L’ERS ignore les normes européennes sur le sujet

« En Europe et particulièrement en France, les produits du vapotage sont contrôlés et notifiés. Le matériel et les e-liquides sont parfaitement maîtrisés et définis, connus en matière de composition. Nous savons ‘ce qui sort’ d’une vape : les données sur les émissions de l’aérosol doivent être notifiées sur une plateforme européenne. Elles sont normées au niveau français, commencent à être normées au niveau européen, et sont en cours de normalisation au niveau international”, explique un texte du Crivape publié en février dernier

Le règlement de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) exige analyse et contrôle des combinaisons chimiques en phase liquide et gazeuse. Une décision de 2015 de la Commission européenne a précisé et harmonisé les éléments de notification pour les produits de vapotage dans l’UE. Les produits ne répondant pas aux critères de sécurité et aux seuils de santé approuvés ne doivent être mis sur le marché. 

Malgré le financement de cigarettier, l’Université de Duke ne semble pas équipé pour ces analyses

Cadre de l’ERS et citoyen de l’Union européenne, il est surprenant que Jørgen Vestbo, de l’Université du Danemark Sud, ne soit pas au courant de la législation qu’il attaque. On s’attendrait à ce genre de propos vaseux sur un site complotiste, mais pas dans un communiqué de presse officiel d’une organisation sensée sérieuse. D’autant plus lorsque ceux-ci s’appuient sur une recherche non révisée, sans donnée claire et provenant des États-Unis. Or, les tests exigés pour les notifications européennes nécessitent des équipements particuliers pour être menés correctement. 

Il existe une quinzaine de laboratoires ayant développé les outils pour produire et capter efficacement les émissions pour les analyser. L’Université de Duke, malgré semble-t-il le soutien financier de l’industrie du tabac, ne disposerait pas de cette technologie. « À ce jour, nous n’avons vu aucun des auteurs et/ou organismes liés à ce groupe de chercheurs utiliser ces techniques », note le Dr Sébastien Roux du Crivape, selon le communiqué de l’ANPVU. L’absence de toute précision sur l’étude par l’ERS laisse donc libre cours à toute spéculation sur ses méthodes.

L’objectif danois d’imposer le goût unique du tabac à tous les vapoteurs

Ce qui est clair est l’objectif d’amalgamer le vapotage aux cigarettes de la part de l’ERS. « Ces résultats soulignent le fait que les cigarettes électroniques ne peuvent pas être considérées comme une alternative sûre aux cigarettes au tabac”, affirme le cadre de l'ERS danois Jørgen Vestbo. Alors que la Commission européenne prépare un bilan de la directive TPD actuelle, en vue de proposer des révisions en mai prochain, et que le Danemark tente d’imposer le tabac et le menthol comme seuls arômes autorisés, le coup médiatique est clair. 

L’ANPVU demande la rétraction de la conférence

De son côté, l’Association de défense des vapoteurs en Italie (ANPVU) réclame le retrait de la conférence du congrès de l’ERS en raison des conflits d’intérêts. La Duke University Medical Center a reçu une subvention de 15 millions $ de Philip Morris USA en 2004, selon la recherche du site SigMagazine. Pourtant, l’ERS se définit comme un organisme indépendant visant à sauvegarder la santé publique. « L’ANPVU demande donc que ces recherches soient retirées et non présentées au Congrès », déclare Carmine Canino, président de l’ANPVU.

Cette étrange politique de double standard concernant les conflits d’intérêts de la part de l’ERS n’est pas nouvelle. J’avais déjà découvert en 2018 que l’ERS est liée financièrement au cigarettier, au moins indirectement via le financement de son sponsor TEVA. Avec un budget de plusieurs dizaines de millions € annuels versés par les laboratoires pharmaceutiques, l’ERS tient plus d'une multinationale de lobbyisme que d'une organisation ayant le souci de la santé publique.

La chasse aux pneumologues qui aident leurs patients à sortir du tabagisme

L’an passé, l’ERS avait déjà menacé d’excommunier et traquer tout pneumologue ouvert à réduire les méfaits du tabagisme avec le vapotage chez les patients. La menace générale contre les pneumologues s’était accompagnée d’un manifeste contre la réduction des risques aux propos totalement ahurissants et pathétiques. Le travail de sape contre la réduction des risques de l’ERS pour maintenir le tabagisme et son cortège de méfaits se poursuit donc avec cette conférence aujourd’hui à quelques mois de la révision de la directive européenne et au mépris de son contenu actuel.

« Nous pensons que l’opposition totale au vapotage est malavisée et qu’elle conduira à un certain nombre de conséquences importantes néfastes pour la santé. Tout d’abord, les fumeurs qui auraient cessé de fumer en passant à un produit à moindre risque continueront à fumer, et mourront prématurément de cancers, maladies cardiovasculaires ou respiratoires. Deuxièmement, les personnes qui ont réussi à passer au vapotage peuvent retomber dans le tabagisme s’ils venaient à croire qu’il n’y a aucun avantage pour la santé, et augmenteraient ainsi leur risque de morbidité et de décès prématurés évitables. Troisièmement, la poursuite d’arguments selon lesquels le vapotage ne peut pas aider les gens à arrêter de fumer, alors qu’il est clairement prouvé que c’est le cas, risque de saper la confiance du public dans la science. Nous soutenons de tout cœur l’appel à des efforts accrus pour diffuser l’information sur ‘ce que nous savons fonctionner’ ». Extrait de la lettre à l’ERS le 4 mars 2020 cosignée par les Prs John Britton, Jacob George, Linda Bauld, Sanjay Agrawal, John Moxham, Deborah Arnott, Ann McNeill, Nicholas S. Hopkinson. 


jeudi 27 août 2020

La Commission européenne exige des modifications du projet d'interdiction des arômes de vape au Danemark

La Commission européenne aurait-elle formulé les mêmes demandes au gouvernement danois sans les critiques soumises par les associations de défense de vapoteurs ? En tout cas, ce n’est pas grâce aux soumissions de pays ayant une filière de vape développée, tel que la France, qui brillent par leur absence. Dans sa réponse à la notification danoise, la Commission exige une modification du projet d’interdire les arômes de vape, sauf tabac et menthol, qui contrevient à la directive européenne TPD. Elle invite aussi les autorités danoises à vérifier que les violentes mesures sont vraiment adaptées et proportionnées à des raisons de santé publique. 

En plus de l’interdiction des arômes de vapotage, le projet notifié par le ministre de la Santé danois Magnus Heunicke veut notamment imposer des emballages neutres aux produits de vape et l’interdiction de visibilité des produits dans les lieux de ventes, avec une exception à l’intérieur des vapeshops. L’avis de la Commission européenne allonge le délai avant adoption du projet de loi jusqu’au 19 octobre. La manière dont va réagir Magnus Heunicke d’ici là à ces demandes reste inconnue. Alors qu'ils semblaient condamnés aux cigarettes ou au marché noir par leur gouvernement, l'avenir des vapoteurs et des fumeurs qui pourraient vouloir arrêter la cigarette à l'aide du vapotage au Danemark est désormais incertain.

Violation de l’article 7 §12 de la TPD

Bien qu’intégrée au texte de la directive européenne des produits du tabac (TPD), la vape y est considérée comme un produit connexe. La différence est d’importance concernant le projet de prohibition des arômes de vape, sauf goût tabac et menthol, notifié en mars par le Danemark. En effet le § 12 de l’article 7 de la TPD précise que les produits autres « que les cigarettes et le tabac à rouler sont exemptés des interdictions » concernant l’ajout d’arômes caractérisant. 

En voulant interdire les arômes de vapotage, le projet de loi notifié par le Danemark contrevient à cet article. La Commission européenne a donc demandé au gouvernement danois de modifier son projet de loi, sous peine de saisir la Cour de justice européenne (CJUE) en vertu de l’article 258 du traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Un plan bâclé sans évaluation sérieuse de ses conséquences

Par ailleurs la Commission invite les autorités danoises à vérifier que les mesures de son plan sont appropriées et proportionnées à un motif de santé publique valable pour restreindre la liberté d’importation de produits au sein de l’Union européenne. La Commission ne développe pas plus sa remarque. Mais l’absence d’évaluation de l’impact du plan sur la population générale et la mauvaise qualité de son évaluation de l’impact sur les jeunes étaient soulignées par plusieurs des soumissions accessibles sur la plateforme de la Commission (cliquer sur l’onglet Contributions pour y accéder ;))

ETHRA ne lâche pas l’affaire

L’European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) enfonce d’ailleurs le clou dans une lettre ce 21 août à la Commission et au ministre de la Santé danois. « Nous craignons que le projet de loi ne prive les 786 000 fumeurs adultes du Danemark d’un moyen de sortir de la cigarette combustible mortelle et rendra également très difficile pour les 250 000 vapoteurs au Danemark de rester sans fumée », explique, dans sa communication partagée sur son site, la plateforme qui regroupe 22 associations de défense d’utilisateurs de moyens à risques réduits, dont l'association danoise DADAFO

L’argumentaire des erreurs de fonds du projet de loi est développé sur neuf pages par l’ETHRA, en mettant l’accent sur la charge contre-productive des mesures envisagées. « L’interdiction des arômes, l’interdiction de visibilité, l’interdiction plus stricte de publicité et parrainage, l’introduction d’emballages standardisés et de diverses mesures rendront le vapotage plus coûteux, ce qui empêchera les adultes de se tourner vers ces solutions plus sûres et prolongera ainsi la durée du tabagisme »

Le Secrétariat d’État à l’industrie français brille par son absence

Outre les conséquences négatives pour la santé publique des danois, le projet de loi entraverait l’importation de produits de vapotage. Principales victimes, les petites et moyennes entreprises de la filière indépendante qui auront plus de difficulté à s’adapter aux exigences danoises que les multinationales du tabac. Alors que les producteurs de liquides français se sont largement mobilisés durant la crise du Covid pour produire du gel hydroalcoolique dont la France manquait, son gouvernement n’a pas même pris la peine de même rédiger une soumission à la notification des mesures danoises.

La filière de la vape indépendante a pourtant permis à plus de 100 000 Français par an de sortir du tabagisme depuis 2011, selon l’évaluation de Santé Publique France (SPF). Des milliers d’emplois ont été créés et les producteurs de liquides sont parmi les plus pointus au monde. VDLV, un des fleurons de la filière française, a même entamé un mouvement de relocalisation de la production de nicotine, comme le rapporte par exemple un sujet de France 3 cette semaine. Mais le Secrétariat d’État à l’industrie n’a pas consacré quelques heures à défendre son secteur avec une soumission face au plan danois de massacre du vapotage. On hésite entre trahison et incompréhension des enjeux pour qualifier cette attitude.

Le sujet de France 3 du 22 août sur la production de nicotine en Corrèze pour arrêter de fumer avec la vape :

jeudi 26 décembre 2019

Un plan pourri au Danemark pour interdire les arômes de vape sauf tabac et menthol

Le plan été voté à une nette majorité le 18 décembre au 'Borgen', le parlement danois. Il prévoit d'interdire la vente de tous les liquides aromatisés de vape, sauf ceux aux goûts tabac ou menthol. Une taxe anti-vapoteurs de 2 couronnes par mL, soit 2€70 par fiole, est aussi annoncée. Enfin, le packaging des produits de vapotage devraient aussi être soumis, en même temps que les cigarettes, à des emballages "neutres". Les produits devront aussi être cachés à la vue des clients dans les commerces au Danemark. Ces mesures font parties d'un plan général dit "anti-tabac" du Ministre de la Santé Magnus Heunicke. 

Entrée en vigueur en 2021 selon les médias locaux

Mais en l'état, il n'est encore qu'un plan, sans plusieurs des lois nécessaires à l'entrée en vigueur effective des mesures. Plusieurs points sont énoncés de manière très floue. Notamment, concernant le vapotage sur le traitement des liquides sans arômes, ou encore sur quoi serait indexée la taxe. De sorte que les mesures devraient être introduites au fur et à mesure que les lois sont promulguées, "pour la plupart à partir de 2021" estime le journal Politiken.

Les débats parlementaires sur les textes de loi vont offrir une dernière chance aux vapoteurs d'informer leurs élus dans les prochains mois. Une campagne médiatique féroce ces derniers mois a poussé la majorité rose-verte et des conservateurs à intégrer les mesures anti-vape à ce plan. Malgré une brochure d'information destinée aux élus diffusée cette année par l'association des vapoteurs Dadafo.

Cependant, trois partis du centre-droit n'ont pas suivi le Ministre socialiste. Dont le Parti populaire danois qui a pourtant négocié jusqu'au dernier jour. "Nous sommes finalement sortis de l'accord. Nous avions renoncé à de nombreux points et acceptions de réglementer plus sévèrement les saveurs de vapotage. Mais nous ne pouvons pas accepter une interdiction totale des arômes", explique Liselott Blixt, porte-parole du Parti populaire danois.

Le prétexte des jeunes

"L'interdiction de la vente de liquides de cigarette électronique avec tous les goûts autres que tabac et menthol doit empêcher les cigarettes électroniques de devenir un chemin vers la nicotine et les cigarettes ordinaires pour les jeunes", justifie le Ministre Magnus Heunicke. Bien que son projet ne présente aucune analyse d'impact et qu'il a aussi été élaboré sans consulter ni les usagers ni les entreprises de vapotage.

Mardi 17 décembre, alors que les partis négociaient à l'intérieur les détails du plan, le Ministre a accordé quelques minutes devant le Borgen, en plein air, à une petite délégation de la centaine de vapoteurs qui manifestaient pour la seconde journée d'affilée. La séquence filmée est en ligne:

Dans le froid, Kim Pedersen, président de l'association des vapoteurs Dadafo, a tenté d'avancer des arguments et de décrocher une entrevue pour mieux s'expliquer. Sans succès, ni considération. Le Ministre s'est contenté d'invoquer la protection des jeunes. Et de serrer les mains de ses victimes.

Il y a plus de 300'000 vapoteurs au Danemark, dont 75'000 vapoteurs ont totalement arrêté de fumer, selon les chiffres 2018 du bureau de santé danois. Ils risquent fort de devoir trouver à l'avenir des chemins de traverses pour avoir des liquides autres qu'aux goûts de tabac ou de menthol, ou se reporter vers les cigarettes. "Les vapoteurs ordinaires, ceux pas très impliqués dans la communauté, et ceux qui essaient simplement d'arrêter de fumer, vont être les plus durement touchés", déplore Mikkel Schmidt, vapoteur proche de Dadafo, au blog Vejpkollen.

300'000 vapoteurs poussés sous le bus

L'exemple de l'Estonie, où de 60% à 80% des liquides de vapotage proviennent du marché noir depuis l'introduction en 2018 de mesures similaires, taxe anti-vape et interdiction des liquides aromatisés, aurait pu servir d'avertissement au Danemark. Les autorités de la république balte envisagent à présent de revenir en arrière. Mais le Ministre de la santé danois a préféré suivre l'opinion des médias hostiles aux vapoteurs et jouer la carte de l'interdiction sans considération pour la réduction des risques.

"Le plus triste est que l'interdiction des arômes de vape va coûter des vies", explique Kim Pedersen au journal Informatíon. Le Président de Dadafo a arrêté de fumer depuis sept ans grâce au vapotage, qu'il avait essayé au départ juste dans un souci d'économies. "Cela a été une bouée de sauvetage". Au Danemark, près de 23% de la population fument et le prix du paquet de cigarettes va passer à 55 couronnes (~7€35) en 2020. Avec ce nouveau plan, les bouées de sauvetage risquent fort d'être hors de leur portée.

*Credit photo Patrick Stael. Ses photos du rassemblement sont partagées sur le groupe We vape We vote DK

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