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mardi 19 juin 2018

Repenser la nicotine: plus de 500 experts, usagers et professionnels dialoguent au Global Forum on Nicotine 2018

Après cinq éditions, le Global Forum on Nicotine (GFN) est devenu le rendez-vous incontournable sur la question de la réduction des risques liés au tabagisme. Plus de cinq cents experts scientifiques, professionnels de santé, usagers du vapotage et de snus, ainsi que des représentants de firmes d'une soixantaine de pays ont dialogué du 14 au 16 juin à Varsovie. Fil conducteur des interventions, dont les vidéos seront mises sur Youtube sous peu, de ces trois jours intenses: repenser la nicotine.

Repenser la manière de la consommer en premier lieu évidemment. "De toute évidence, l'usage du tabac est extrêmement dangereux pour la santé, et il devrait y avoir un soutien et une intervention disponibles pour aider les gens à adopter des moyens moins risqués d'utiliser de la nicotine", explique la Dr Caitlin Notley, de l'Université d'East Anglia. Mais aussi repenser la place et la considération sociales à propos de l'usage de nicotine, poursuit la maître de conférence en santé mentale. "Pour le bien de la santé publique, nous devons promouvoir des discours positifs sur l'usage récréatif de la nicotine afin de promouvoir des alternatives moins nocives au tabagisme".

Éliminer la fumée

L'enjeu de santé publique est énorme. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à près de 7 millions de morts prématurés le bilan annuel des maladies provoquées par les cigarettes. "La réduction des méfaits du tabac est comparable à l'élimination de la variole en termes d'impact sur la santé publique. Tout dépend de savoir si les politiciens saisiront l'occasion", explique le Pr David Sweanor, de l'Université d’Ottawa.

Le Dr Colin Mendelsohn, de l'Université de New South Wales, fait face à l'incompréhension des autorités australiennes devant cette opportunité. "Ce que réalise le vapotage est qu'il supprime les dommages provoqués par le tabagisme. Vous enlevez le mal en enlevant la fumée. Ce qui tue les gens, c'est la fumée. La nicotine est relativement inoffensive. C'est ce à quoi les gens s'adonnent, mais les effets sur la santé sont relativement mineurs", insiste le membre de l'Association pour la réduction des risques tabagiques en Australie (ATHRA).

Repenser le plaisir

Sarah Jakes de la New Nicotine Alliance NNA UK
Mais promouvoir des modes de consommation à dommage minime ne fait-il pas courir le risque d'attirer de nouveaux consommateurs de nicotine ? "Souvent, les gens sont tellement obsédés par le concept que les fumeurs ne sont rien de plus que les pitoyables victimes d'une industrie maléfique [ndr. du tabac], qu'ils ne peuvent pas envisager que des gens peuvent profiter de l'utilisation de la nicotine", pointe Sarah Jakes, porte-parole de la New Nicotine Alliance (NNA UK) et vapoteuse elle-même. Alors que le vapotage et le snus permettent aux usagers de remettre la main sur leur consommation, le plaisir de la nicotine reste tabou pour une large partie du domaine de la santé. 

"Michael Russell pensait que de nouveaux produits à base de nicotine pouvaient se substituer à long terme au tabac fumé. Pour que cela se produise, ils devaient être «aussi savoureux et acceptables que possible». Un autre mot pour cela est "agréable". Mike a dit cela il y a 27 ans et pourtant les vapoteurs se retrouvent encore aujourd'hui face à une opposition moralisatrice à leur utilisation continue d'un produit légèrement addictif, inoffensif et finalement agréable. Un produit qui, pour beaucoup, sinon la plupart, a amélioré leur santé et prolongé leur vie", insiste Sarah Jakes.

Plaisir et vertu

Frances Thirlway - Claude Bamberger (Aiduce) et moiRepenser la nicotine semble donc impliquer aussi de repenser les rapports de pouvoir et de domination de certaines autorités à vouloir imposer et régir des habitudes de vies par rejet du plaisir. Un plaisir ressenti par les usagers dont on peut se demander s'il n'aurait pas pour origine des vertus de la nicotine. Le Pr Paul Newhouse a présenté une série de recherches extrêmement intéressantes sur les effets psychiques bénéfiques de la nicotine pour la mémoire, la concentration... Potentiellement, la molécule pourrait avoir un rôle thérapeutique pour certaines affections comme la dépression, les maladies d'Alzheimer et de Parkinson...

En éliminant l'essentiel des toxiques liés à la combustion des cigarettes, le vapotage offre un moyen non seulement de sortir du tabagisme, mais donc aussi de continuer de bénéficier de la consommation de nicotine. Un autre mode avait déjà émergé au début des années 1970', et mis sur le marché après une décennie de lutte contre ceux-ci par les tenants de l'abstinence totale: les gommes nicotinées. Mais cette opposition a inhibé le développement de l'efficacité par le plaisir du produit. "Les substituts nicotiniques pharmaceutiques ont, par exemple, environ 5% de taux de réussite, c'est-à-dire 95% d'échecs", déplore Gerry Stimson, Professeur honoraire à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, spécialiste des sciences sociales en santé publique et organisateur du GFN. 

Cigarettiers prêts à devenir non-fumeurs ?

Plus efficace et entraînant, le vapotage rogne des parts de marchés aux cigarettiers depuis 2010. Après l'avoir méprisé, ils s’intéressent désormais au secteur. En marge du GFN, quelques stands présentaient leurs produits à risque réduit. Présents également dans l'auditoire à l'écoute des recherches et des quelques interventions d'usagers. Sur scène aussi avec des présentations plus ou moins convaincantes sur leur démarche. Le dialogue est ouvert. Reste à voir si les cigarettiers ont la capacité de se tenir à leur déclaration de bonne intention et de se transformer en non-fumeurs. ...

Agir avant des millions de morts supplémentaires

Du coté du monde de la santé aussi, le vapotage bouscule le vieux modèle confortable pro-abstinence, qui avait l'habitude de reporter ses échecs de santé publique sur le dos des fumeurs et des cigarettiers. Dans son allocution d'ouverture, le Dr Joe Kosterich sonne le réveil. Les preuves de l'impact terrible du tabagisme sont là et les connaissances sur l'ampleur de la réduction des dommages par le vapotage sont suffisantes pour aller de l'avant. "Si nous attendons 20 ans pour découvrir et faire les études épidémiologiques, beaucoup de personnes seront mortes inutilement. Avons-nous besoin d'une preuve absolue pour quelque chose de vraiment évident maintenant ... Les gens vont perdre des années de leur vie, et les gens vont mourir pendant que nous attendons", presse le médecin généraliste australien.

"Il est contraire à l'éthique de priver les fumeurs d'une option supplémentaire pour arrêter leur habitude de fumer", renchérit le Dr Konstantinos Farsalinos, fameux cardiologue grec. Au travers des débats, un écart béant apparait entre les évidences de terrain et les connaissances d'une part, et de l'autre l'avis des autorités sanitaires déconnectées, dont notamment le bureau dirigeant anti-tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Tandis que les quelques représentants de cigarettiers semblent tenter avec hésitations de rattraper une machine à vapeur déjà bien lancée. 

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Hit-parade des politiques de réduction des risques avec le vapotage:

L'OMS et la junte militaire thaïlandaise, détentrice du Monopole du tabac, ont un partenariat
Un petit sondage parmi les participants a listé les pays les plus hostiles à une politique offrant la possibilité au public de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage et, en contraste, ceux les plus amicaux à la réduction des risques pour la consommation de nicotine.

Junte militaire, monopole d'Etat de vente de tabac et partenaire privilégié du bureau anti-tabac de l'OMS : la Thaïlande a "gagné" le titre de pire pays du domaine, devant l'Australie et l'Inde.

Plus positivement, le Royaume-Uni a été salué du titre de pays le plus bienveillant pour les vapoteurs, devant l'Allemagne et la France. "Le gouvernement du Royaume-Uni a connu le changement de cœur le plus remarquable en matière de vapotage. Il y a quatre ans, il envisageait d'interdire le vapotage. Aujourd'hui, le Royaume-Uni compte trois millions de vapoteurs, ce qui accélère le déclin du tabagisme chez les Britanniques", commente Gerry Stimson.

Il est probable que le peu de relief médiatique de certaines situations a laissé de coté des pays. Du côté négatif, on peut penser à la situation en Tunisie, où le monopole du tabac sur la distribution du vapotage laisse les usagers démunit. A l'opposé, la fantastique chute en trois ans de près de 40% du tabagisme en Islande avec l'engouement pour le vapotage mérite les honneurs.

La vidéo en anglais d'un débat 'Repenser la nicotine':




jeudi 31 août 2017

[Expresso] Canada: pétition parlementaire contre l'assimilation de la vape au tabac du projet de loi S-5


La déception est grande, mais la partie n'est pas encore perdue. Adopté par le Sénat le 1er juin dernier, le projet de loi S-5 vise à assimiler le vapotage au tabagisme au Canada. Avant son examen à la Chambre des communes, une consultation publique est ouverte jusque fin octobre. Ainsi qu'une pétition officielle à la Chambre des communes réclamant le rejet de l'intégration de la vape au tabagisme. Lancée par des usagers, la pétition, qui compte à ce jour près de 2000 signatures canadiennes, sera présentée aux députés. "Cette pétition est très importante (...). La proposition de loi S-5 est très mauvaise pour l'avenir de la vape", insiste Jean-Philippe Boutin, vapoteur canadien de longue date, dans une vidéo (plus bas). Du côté des défenseurs des approches de santé publique par la réduction des méfaits, on s'inquiète aussi.

Droit à l'information censuré

"Si le projet de loi S-5 passe, elle rendrait illégal à une entreprise de dire aux fumeurs que les produits à risque réduit sont, justement, bien moins néfastes. Lorsque les gouvernements pensent que la solution est d'être opposé de manière excessive et irrationnelle contre les alternatives viables et radicalement moins dangereuses pour les fumeurs, ces gouvernements échouent dans leur compréhension du problème", explique le Pr David Sweanor, spécialiste en santé publique à l'Université d'Ottawa, dans une tribune dans le journal The Province. - Edit 1-09-2017 à 20H: le site canadien La Presse a mis en ligne une version française de la tribune de David Sweanor -.


Si ce projet était adopté tel quel, présenter la réduction des méfaits par l'arrêt du tabagisme avec le vapotage deviendrait interdit. Ils sont pourtant attestés, y compris par des experts canadiens dans le très sérieux rapport scientifique de l'Université de Victoria. L'influence de la Sénatrice Chantal Petitclerc, marraine québécoise du projet de loi S-5, n'est probablement pas étrangère à cette mesure insensée tant d'un point de vue de santé publique que de droit à l'information. Cette censure se trouve déjà en place au Québec. Malgré son obstruction à l'avancée de l'affaire, l'Etat du Québec vient d'ailleurs d''être officiellement assigné en justice pour cette raison, comme le rapporte le média local TVA

Au cas où le projet de loi S-5 serait confirmé sans modification par les députés, les médias indépendants, tels que les blogs, les reviews en vidéo etc... seraient aussi probablement menacés. Des affaires en justice, similaire au cas québécois, ne seraient pas exclure le cas échéant pour défendre droits d'expression et d'information.

Tentation coupable

En plus d'une interdiction du droit d'être informés, les usagers du vapotage peuvent craindre de se voir privés d'une multitude d'arômes par le projet de loi S-5. Au nom de la protection des enfants, les dénominations jugées suspectes d'être attirantes seraient interdites. En plus des arômes confiseries et gourmands, on peut retrouver le goût cannabis sur la liste des interdits. Ceci au moment où le Canada est sur la voie de légaliser la weed...!? Comprendra qui peut. 

Le projet de loi prévoit aussi d'imposer des messages anxiogènes sur les produits de vape dans le même mode que l'Union Européenne. Des limitations des produits, des processus d'homologation peuvent faire craindre glaciation des innovations et régression de la diversité des produits existants. 

"Morts par tromperie sur mandat"

Alors le Gouvernement Trudeau semblait ouvert à des progrès en matière de réduction des méfaits et de l'abandon des logiques répressives et de leurs conséquences catastrophiques en matières sanitaires et sociales, le projet de loi S-5 marque une violente régression pour les droits à la santé de la population. Une loi qui pourrait au final se révéler plus nocive que bénéfique pour la santé publique. Avant son examen à la Chambre des communes, le Pr David Sweanor assigne les élus à leur responsabilité. "Les législateurs canadiens ont abandonné, à contre-cœur parait-il, d'interdire totalement le vapotage pour s'orienter vers une loi entravant marketing et accès aux produits à méfait réduit, de manière à ce qu'un minimum de fumeurs de cigarettes arrête de fumer à leur aide. On pourra nommer ces victimes des "morts par tromperie sur mandat"."



vendredi 4 novembre 2016

[Expresso] Le Times retire ses mensonges à l'encontre de scientifiques anti-tabac


L'honneur des professeurs David Nutt, Karl Fagerstöm, Riccardo Polosa, David Sweanor et Clive Bates est enfin lavé des mensonges du Times. Les articles de Katie Gibbons, parus le 12 octobre dans le quotidien londonien, ont été retirés aujourd'hui. Sur le site du Times, on trouve à la place un correctif présentant les excuses du journal aux scientifiques injustement accusés d'avoir des liens financiers avec l'industrie du tabac. Les excuses ne sont pour autant pas accessibles en totalité sans abonnement (sic!). Les scientifiques avaient engagé le cabinet Lewis Silkin pour se défendre. Ces chercheurs engagés dans la lutte anti-tabac sont connus pour explorer et prendre en considération une approche de réduction des risques par le vapotage. Un moyen de consommation de nicotine sans tabac ni combustion qui a déjà permis à des millions de fumeurs de lâcher leurs clopes.

L'article publié dans le Times 

"Le Times devrait examiner attentivement les motifs de cette attaque calomnieuse. Réduire l'émergence des alternatives plus sûres au tabac, telles que le vapotage et le snus, se traduira inévitablement par plus de décès à cause des cigarettes fumées. C'est actuellement la principale cause de mortalité au monde. Est-ce vraiment ce qu'ils veulent?», demandait le Pr David Nutt de l'Imperial College de Londres, cité par la NNA le 24 octobre. La question peut aussi s'adresser aux organismes qui ont pris prétexte de rumeurs mensongères pour écarter les études et les rapports scientifiques de ces auteurs. Le point intéresse particulièrement la Suisse, puisque la Commission fédérale de prévention du tabagisme est aussi tombée dans le panneau dans son récent avis sur le vapotage... A l'origine de ces calomnies sans fondement, une figure anglaise connue dont l'activité de mobbing a été révélée il y a quelques mois. Des suites à cette honteuse histoire ne seraient pas surprenantes.

edit à 12h. ajout de la copie de l'article complet ;)

lundi 24 octobre 2016

[Expresso] Cinq scientifiques attaquent le Times pour diffamation (MàJ)

Cinq scientifiques de la lutte anti-tabac ne digèrent pas les accusations, qu'ils estiment calomnieuses, du Times du 12 octobre. La journaliste Katie Gibbons y prétendait que plusieurs d'entre eux sont à la solde des cigarettiers. Depuis le quotidien londonien a rétracté discrètement ses fausses accusations à l'encontre du Pr Clive Bates. Mais les autres chercheurs mis en cause dans l'article ne comptent pas passé l'éponge si facilement. "Toute ma vie, j'ai œuvré à aider à réduire le nombre de morts du tabagisme", explique le Pr Karl Fagerström au Guardian d'hier. "Le Times a choisi de nous calomnier et salir note réputation. A présent, le journal doit présenter clairement ses excuses ou alors il devra faire face à une bataille qu'il perdra", poursuit l'auteur du fameux test de dépendance tabagique mondialement utilisé. Le scientifique n'est pas le seul à être en colère contre les propos diffamatoires de Katie Gibbons, dont plusieurs se sont déjà révélés sans fondements. 

Le Pr David Nutt, ex-Conseiller du gouvernement britannique en matière de prévention sur les drogues, ainsi que plusieurs chercheurs ayant participé à son étude sur l'évaluation des risques de divers modes de consommation de nicotine s'estiment salis. Cette étude évaluait les cigarettes comme étant un mode particulièrement nocif, tandis que le vapotage en éliminant les goudrons, le monoxyde de carbone, les particules fines et la plupart des milliers de toxique du tabac fumé, était estimé à moins de 5% des risques et dommages de la cigarette. "Ma réputation a été saccagée par le Times. Malgré de nombreuses preuves de mon indépendance, il a prétendu que je suis lié aux Big Tobacco compagnies. C'est comme dire que Robin des Bois était à la solde du shérif de Nottingham. Je ne peux pas laisser dire ça", explique le Pr David Sweanor, éminent spécialiste canadien en Santé publique, au Guardian. Les cinq chercheurs ont mandaté le cabinet juridique Lewis Silkin pour défendre leurs intérêts et être blanchi des accusations de Katie Gibbons.

[Mise à jour à 11h45] La New Nicotine alliance, organisation de défense des usagers de produits nicotine à risques réduits, donne aussi la parole aux scientifiques attaqués par le Times. «Nous sommes des experts parmi les plus connus sur la question du tabac et de la réduction des méfaits. Nous cumulons à nous tous plus de 1000 articles académiques publiés. Pourtant, le Times nous a caricaturé de manière grotesque à partir des fantasmes de l'idéologue Martin McKee qui, lui, n'a jamais publié la moindre recherche sur le vapotage", déclare le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania et directeur scientifique de la Ligue italienne anti-fumée (LIAF). 

"Le Times devrait examiner attentivement les motifs de cette attaque calomnieuse. Réduire l'émergence des alternatives plus sûres au tabac, telles que le vapotage et le snus, se traduira inévitablement par plus de décès à cause des cigarettes fumées. C'est actuellement la principale cause de mortalité au monde. Est-ce vraiment ce qu'ils veulent?», demande le pr David Nutt de l'Imperial College de Londres.