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dimanche 10 juin 2018

[Bref] Archéologie de la réduction des risques: une boite de snus vieille de 300 ans découverte en Suède

Archéologie de la réduction des risques liés au tabac
Quand l'archéologie découvre la réduction des risques. Les fouilles du port intérieur de Norrköping, en Suède, ont mises à jour une boite en laiton de snus vieille de 300 ans. "La boite de snus a été retrouvée enfouie dans le sol de ce qui formait autrefois le lit d'une rivière, et qui est probablement tombée dans l'eau au XVIIIe siècle", raconte Elisabeth Däljemar du quotidien local NorrkopingNews ce 5 juin. La ville de Norrköping, qui signifie "le marché du nord", est connue pour avoir développé la production du snus autour des années 1740'. Ce tabac à suçoter typiquement suédois est préparé par une phase de séchage lent au soleil, puis surtout une séance d'étuvage entre 24 et 36 heures, au lieu de la fermentation des tabac oraux d'autres contrées. Ce mode de préparation inhibe le taux de nitrosamines toxiques spécifiques au tabac, tout en conférant au snus un ph relativement alcalin facilitant l'assimilation salivaire de la nicotine. 

Un outil de réduction des risques traditionnel

"Parmi les tabacs en poudre humide à sucer, le snus suédois est très pauvre en nitrosamines. Beaucoup de scandinaves abandonnent la cigarette pour l'utiliser. On n'a pas démontré qu'il soit une porte d'entrée vers la fume, ni qu'il augmente la fréquence des cancers ou des complications cardiovasculaires habituellement liés au tabac. On estime que si les fumeurs passaient au snus, leur mortalité baisserait d'au moins 90%, et cette évolution commence à se manifester en Suède. Mais à l'exception de ce pays, sa commercialisation est interdite en Europe", expliquait en 2005 le Pr Robert Molimard,  fondateur notamment de la Société de tabacologie en France, dans le Courrier des addictions (archive hébergée sur Vaping Post).

La chute du tabagisme suédois

Depuis, la Suède a atteint le taux de 7% de fumeurs, selon les données de l'Eurobaromètre 458 au printemps 2017. Moitié moins qu'en Australie, quatre fois moins qu'en Suisse ou en France. Et les courbes de maladies liées au tabagisme suivent, avec un délai lié à la détection en ce qui concerne les cancers. Malgré cela, l'Union Européenne a interdit le produit, à l'exception de la Suède. Fait éclairant, la Suisse a aussi interdit le snus à l'initiative du Conseiller national Peter Hess en 1991. Le démocrate-chrétien se présentait alors ardent défenseur de la lutte anti-tabac. En 2001, la presse révélait son mandat secret au Conseil d'administration de la filiale BATI du cigarettier British American Tobacco (BAT). En dépit de ce conflit d'intérêt manifeste, personne n'a alors demandé la levée de l'interdiction du snus.

Des analyses pour éclairer le développement de la réduction des risques?

La découverte de cette boite de snus dans le port de Noorköping ne résoudra pas les questions de réseaux d'influence traversant la question tabagique européenne et helvétique. Mais elle pourrait amener des éclairages sur la tradition de la réduction des risques. "Il est probable que la boite appartenait à Pehr Gustaf Wadström. Les initiales de cet industriel, qui possédait alors le chantier naval de Skeppsholmen, sont gravées sur la boite. Elle est à moitié remplie de snus. J'ai cru à de l'argile, mais l'absence d'oxygène dans les dépôts de boue a probablement créer de bonnes conditions de conservation", explique Karin Lindeblad, une archéologue du site de Noorköping à la presse. Les chercheurs vont procéder à des recherches sur le contenu. 

"Nous allons analyser le snus pour voir quel genre de tabac et quelles épices étaient utilisées. Ensuite, la boite sera exposée au Musée de la ville de Norrköping le 26 août pendant la journée archéologique", précise Karin Lindeblad à l'Expressen. Les personnes intéressées à la réduction des risques espèrent que les chercheurs n'oublieront pas une analyse toxicologique du snus vieux de 300 ans pour, peut-être, éclairer le processus par lequel s'est développé ce produit de tabac original par son faible impact sanitaire négatif.


[Bref] Deux experts allemands décortiquent les raisons de la haine des lobbyistes contre le vapotage dans Zeit

"Qu'est-ce que les lobbyistes ont contre le vapotage?". Heino Stöver, directeur de l'Institut de recherche sur les addictions de l'Université de Frankfort, et Dietmar Jazbinsek, journaliste spécialisé sur l'influence des lobbys dans la santé publique, ont écrit un article à quatre mains pour Die Zeit le 31 mai. Ils y décortiquent les raisons des deux grands lobbys manœuvrant en coulisse autour du vapotage dans l'hebdomadaire allemand. Cet article, placé dans sa série "Global drug survey" liée à l'enquête mondiale sur les usages de substances psychoactives, commence par pointer le problème. De 28,8% de fumeurs en 2013, l'Allemagne a réduit à 28,3% la part de fumeurs dans sa population en 2018. Une baisse insignifiante de 0,5% en cinq ans. "Le nombre de fumeurs de cigarettes a très peu changé, mais leur composition sociale a fortement évolué. Alors que la grande majorité des enseignants du secondaire ont arrêté de fumer, huit déménageurs sur dix se grillent une cigarette à la pause. Les chômeurs à faible revenu et de longue durée restent de fidèles clients de l'industrie du tabac jusqu'à la mort", soulignent les deux chercheurs en sciences sociales.

Le tournant du vapotage

Dans l'économie mondiale du tabagisme, "l'Allemagne est l'un des plus grands exportateurs de cigarettes au monde et gagne beaucoup dans la mondialisation de la mortalité par cancer", notent les auteurs, comme on pourrait le faire aussi pour la Suisse. Fumer provoque chaque année près de six millions de morts prématurés selon une estimation de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)"Ce n'est que dans ce contexte qu'il devient compréhensible à quel point 2003 marque un tournant", ciblent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek pour présenter le dépôt cette année-là du brevet d'une e-cigarette par Hon Lik, un pharmacien chinois. 

"Il est vite devenu évident que la nouvelle variante de consommation de nicotine pouvait devenir l'innovation chinoise la plus conséquente depuis l'invention de la porcelaine. Par l'échange d'expériences des utilisateurs, la scène du vapotage au niveau mondial a émergé, combinant les caractéristiques d'une communauté en ligne, d'une sous-culture et d'un groupe social. En bref, un mouvement de base", esquissent les auteurs.

Plus la vape progresse, plus l'hostilité devient féroce

L'implication des usagers a rapidement permis de développer des appareils plus efficaces et agréables. "Aucun expert sérieux, aucun chercheur du domaine de la lutte antitabac, ne nie que la vaporisation ait un risque sanitaire beaucoup plus faible que de fumer des cigarettes ordinaires. Cependant, de nombreux débats persistent sur la façon d'évaluer le risque résiduel du vapotage. Au fur et à mesure que le débat progresse, il devient évident que plus la technologie devient mature, plus l'hostilité à son encontre devient féroce", constatent les experts. 

Le tabac et la pharma lui ont fait la guerre, selon lui
A défaut de problèmes sanitaires réels à montrer, certains accusent la vape d'être le cheval de Troyes de l'industrie du tabac. Effectivement, les cigarettiers avaient des prototypes d'inhalateurs dans leur tiroirs depuis longtemps. Mais ils ne les avaient pas sortis pour ne pas dévaloriser et mettre en péril leur cœur de métier, les cigarettes de tabac. En français, le rideau de fumée de Gérard Dubois racontait en 2003 certains projets enterrés par les cigarettiers.

Les manœuvres cigarettières

"Ce n'est que lorsqu'il est devenu évident que les start-up de la scène de la vape devenaient une concurrence sérieuse que de grandes entreprises se sont mises sur le marché", rappellent les deux auteurs. Achat du brevet de Hon Lik par Imperial Tobacco en 2013 puis tentatives d'interdire des produits en faisant jouer les brevets par sa filiale Reemtsma en sont des épisodes. Philip Morris de son côté s'est tourné vers le tabac chauffé. Une récente étude de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques estime que la teneur en toxiques de la fumée des cigarettes chauffées Iqos est au moins 80% moindre par rapport aux cigarettes conventionnelles. "Si cela s'avère être un coûteux flop, ce ne sera pas nécessairement mauvais pour Philip Morris, car les clients frustrés d'Iqos retournent aux Marlboro. Les dirigeants du leader du marché mondial sont fiers de la fable d'un «avenir sans fumée». À la fin, bien sûr, c'est la marge bénéficiaire d'aujourd'hui qui compte"

"Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique"

Plus discrètes que les coups à plusieurs bandes des cigarettiers, les manœuvres du lobby de la Pharma n'en sont pas moins intenses et puissantes. "Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique", titre le second volet de l'article. Concurrence aux substituts nicotiniques et au Champix, le vapotage ennuie des géants comme Glaxo Smith and Kline (GSK) et Pfizer. "Ces entreprises assoient leur lobbying avec leurs leaders d'opinion médicaux, dont elles subventionnent les recherches, des postes de consultant, les frais de cours et d'autres avantages", rappellent, en évidence généralement passée sous silence sur le sujet, les deux spécialistes.

Exemple de cette influence contre la santé publique, une déclaration signée de 50 sociétés médicales et organismes de santé allemands en mai 2015 annonçant que le vapotage a un "plus grand potentiel de dommages que de bénéfices parce qu'il met en péril les réalisations de la lutte anti-tabac". "Nous ne savons pas de quels succès dont ils parlent", rétorquent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek. Avant dernière au classement européen des mesures de lutte anti-tabac, l'Allemagne n'a pas interdit la publicité pour les cigarettes, ni le tabagisme dans les bars de manière stricte et les taxes sur le tabac n'ont évolué "qu'à doses homéopathiques" depuis 15 ans, rappellent-ils. Au-delà des mesures, le taux de fumeurs stagne. Les auteurs se demandent si la diabolisation délirante du vapotage n'est pas une manière de refouler l'échec allemand en matière de prévention sur le tabagisme.

La vape cannibalise les cigarettes

A l'opposé de la peur allemande, le pragmatisme britannique obtient des résultats par la réduction des risques avec le vapotage. "La politique de prévention britannique diffère de l'allemande à deux égards: d'une part, la réglementation des cigarettes est beaucoup plus stricte que la nôtre; d'autre part, les experts et les autorités britanniques de la santé se fient au vapotage depuis plusieurs années pour réduire la prévalence du tabagisme", résument les auteurs, avant de préciser que "le nombre d'arrêts du tabac réussis a augmenté de manière significative grâce au vapotage. La proportion de consommateurs de tabac dans la population britannique totale est passé de 27% en 2001 à 15,8% en 2016, selon l'Office for National Statistics (ONS)".

Aux Etats-Unis, le vapotage met en danger les grands cigarettiers, tandis qu'au Japon, le tabac chauffé a pris un sixième du marché des cigarettes. En Allemagne, "dans Tabak-Zeitung, le journal de l'industrie cigarettière allemande, du 18 mai, un directeur d'Imperial Brands avertit: les ventes de cigarettes traditionnelles s'écroulent". Les auteurs concluent: "Une politique de santé intelligente devrait soutenir et accélérer cette cannibalisation des ventes de cigarettes grâce à des alternatives à faible risque"


samedi 9 juin 2018

En Islande, une pétition est lancée contre un projet de loi pour réprimer la vape

Lancée mercredi dernier, la pétition a atteint près de 2'000 signatures en trois jours. Les islandais se mobilisent pour sauver leur droit à utiliser librement le vapotage, notamment pour sortir du tabagisme face à la menace d'un nouveau projet de loi. Celui-ci veut imposer des limites absurdes sur les produits - concentration de nicotine, taille des fioles, taille des atomiseurs, valeur des résistances -, l'interdiction de publicité sur internet, notamment sur les réseaux sociaux, imposer une taxe sur les produits reversée à la lutte anti-tabac  ainsi que l'interdiction d'usage dans les même lieux où le tabagisme est déjà interdit. Une majorité de la Commission santé du parlement appuie le projet de loi qu'elle a durci en proposant d'interdire les arômes autres que le tabac, avant sa présentation au parlement en août. Mais la Présidente de la Commission se distancie ouvertement de cette dérive et de la précipitation que tente d'imposer les opposants aux vapotage. 

Projet de loi anti-vape

"La majorité de la Commission va beaucoup plus loin que l'avant-projet de loi qui va au-delà de la directive européenne. La directive n'a pas été incorporée dans l'accord de l'espace économique européen (EEE), de sorte que nous ne sommes pas obligés d'y répondre maintenant", explique Halldóra Mogensen, présidente de la Commission. Si la députée prend en considération la voix des usagers du vapotage, il semble que nombre de ses collègues parlementaires ne veulent pas les entendre. La pétition lancée mercredi fait suite au blocage des messages adressés aux élus sur le sujet par les citoyens, selon le journal Vìsir. "L'envoi de courriels aux élus s'est terminé quand la plupart des parlementaires ont mis en place des filtres pour leurs boîtes aux lettres. Pensaient-ils que les avis concernant le projet de loi étaient devenus trop nombreux?", se demande le quotidien islandais.

La vape a participé à une chute de 38% des fumeurs en Islande depuis 2014

La pétition s'oppose aux restrictions contre le vapotage de ce projet de loi musclé. "L'accès aux produits de vapotage serait restreint avec ce projet de loi. Alors que le vapotage est le moyen le plus efficace pour arrêter de fumer à disposition", explique le texte. De fait, l'île connait une chute impressionnante de près de 38% du tabagisme depuis trois ans. "Un miracle de santé publique", selon l'expression du Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson, où le vapotage semble avoir jouer un rôle de premier ordre. En nombre absolu, il y a 13'000 fumeurs de moins depuis 2014 et 10'000 vapoteurs au quotidien qui déclarent avoir arrêté de fumer selon les données de l'enquête officielle en 2017.

Rien sur nous sans nous

"Le gouvernement devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour encourager d'utiliser le vapotage comme outil pour abandonner le tabac, et non pas créer des conditions pour faire obstacles à ceux qui veulent arrêter de fumer à son aide", insistent les pétitionnaires. Dans le journal Vìsir, le collectif précise sa démarche: "La législation doit garantir que l'accès au vapotage ne soit pas excessivement restreint et que leurs prix ne les rendent pas inaccessibles. Si ce projet de loi devient loi, le tabagisme et la consommation de tabac augmenteront de nouveau, ainsi qu'un marché noir des liquides sans contrôle de qualité. Nous demandons que cette question soit reportée à la prochaine session, car elle pourra être retravaillée avec des consultations des utilisateurs, les personnes les plus concernées par le sujet". En mai 2017, une précédente tentative d'imposer une loi similaire à la directive européenne TPD avait été déjà rejetée par le parlement islandais. Ce "projet de loi V2", comme le surnomme l'association Veipum Lifum, n'a guère débuggué les problèmes et incohérences de sa première version...



vendredi 8 juin 2018

En Italie, l'association des vapoteurs ANPVU demande une entrevue à la Ministre de la santé

Italie, les vapoteurs veulent en finir avec les taxes prohibitives
Taxes prohibitives anti-vape, interdiction de vente par internet, mise sous tutelle du Monopole d'Etat de distribution du tabac. Les mesures contre le vapotage du précédent gouvernement Matteo Renzi ont produit leur effet en Italie. Le vapotage est en baisse tandis que le tabagisme augmente, selon les dernières données officielles de l'Institut Supérieur de la Santé (ISS). Des données publiées le 31 mai, la veille de la formation du nouveau gouvernement dirigé par Giuseppe Conte. Le moment a été jugé opportun par l'Association Nationale Pour les Vapoteurs Unis (ANPVU) de demander une entrevue à la nouvelle Ministre de la santé Giulia Grillo. "Dans la situation [de l'augmentation du tabagisme et de la baisse du vapotage], nous pensons que les Institutions peuvent et doivent profondément repenser le rôle qu'ils attribuent au vapotage", explique Carmine Canino, le président de l'association.  

Taxe anti-vape et pro-tabac

La réglementation "punitive" du vapotage trahit une conception l'assimilant totalement et de manière "injustifiée aux cigarettes "analogiques"", souligne le représentant des usagers en Italie. En premier lieu, il dénonce évidemment la taxe "exorbitante" contre les vapoteurs, "déterminée de manière illogique et irrationnelle selon un critère "d'équivalence" avec les cigarettes". Un mode de calcul qui assomme la fiole de 10 mL de liquide de plus de 4€ de taxe anti-vape en plus de la TVA. Quand l'administration fixe la taxe à 1,27 € pour un paquet de 20 cigarettes Iqos, 0,77 € pour celles de Glo. Un paquet de cigarettes classiques se vend entre 4,50 € à 5, 40 € dans les tabaccherie de la péninsule.

Une réglementation nocive

Données de l'Istituto Superiore de la Sanitã
"L'impôt actuel porte atteinte à la santé de l'ensemble des consommateurs qui tentent d'arrêter de fumer, par un double mécanisme qui d'une part, crée une barrière d'entrée les décourageant d'utiliser les dispositifs d'inhalation, et d'autre part, incite les achats par les canaux locaux ou étrangers non autorisés, avec des répercussions évidentes en termes de sûreté concernant la salubrité des produits", explique la lettre de l'ANPVU à la Ministre datée du 6 juin. "L'interdiction générale de vente à distance", introduite en début d'année, "n'a rien fait d'autre que d'aiguiser l'effet de distorsion concurrentielle découlant de la prolifération d'un milieu qui oeuvre hors des règles", déplore Carmine Canino. Les producteurs italiens, réputés pour leur qualité, en pâtissent ajoute le vapoteur.

Réunir les parties prenantes pour réformer la réglementation

La Ministre l'aura compris en lisant cette lettre de l'ANPVU, la situation du vapotage en Italie est absurde et contre-productive. "En résumé, nous ne pouvons que regretter la réglementation actuelle en soulignant qu'elle ne respecte pas suffisamment le droit à la santé des consommateurs, ni les droits des opérateurs d'évoluer dans un marché concurrentiel loyal et correct, par des règles sûres et justes valant pour tous", insiste Carmine Canino (photo). Pour toutes ces raisons, l'association demande une entrevue avec la Ministre "avec tous les représentants du secteur, les référents et les experts scientifiques". Une rencontre qui permettrait, propose l'ANPVU, la création d'un groupe technique pour remanier la réglementation.


mardi 5 juin 2018

Après les mesures anti-vape en Italie: moins de vapoteurs, plus de fumeurs

Une augmentation de 500'000 fumeurs en un an. Plus de 12,2 millions d'adultes fument actuellement en Italie, alors qu'ils étaient 11,7 millions à la même période en 2017, selon l'extrapolation de l'Institut Supérieur de Santé (ISS) à partir d'une enquête sur 3'000 personnes en 2018. Le tabagisme en Italie retrouve le niveau qu'il avait en 2007, indice d'une politique inefficace sur le domaine. "La situation générale sur la prévalence du tabagisme est gelée. Nous avons enregistré les mêmes données de 2007, un signe clair qu'il n'y a pas d'amélioration", déclare Roberta Pacifici, directrice du Centre national de toxicomanie et de dopage de l'ISS. De 22% en 2016, puis 22,3% en 2017, le tabagisme quotidien atteint 23,3% en 2018 de la population adulte en Italie.

Vapotage en baisse, tabagisme en hausse

De quoi voir un lien entre cette remontée et les mesures de répression prises contre le vapotage dans la péninsule? Les mega taxes, à plus de 4€ par fiole de 10 mL, l'interdiction de vente par internet et la mise sous régime de Monopole d'Etat de la distribution notamment ont inhibé le secteur. En 2018, selon les données de l'ISS, le nombre de vapoteurs baisse à 1,1 millions, dont 32,3% sont ex-fumeurs, contre 1,3 millions en 2017 et près de 2 millions en 2016. Une situation qui semble profiter aussi aux produits de tabac chauffé des cigarettiers. A présent, 1,4 millions de personnes ont au moins essayé un produit de tabac chauffé, dont 34,1% de non-fumeurs selon l'ISS. "En trois ans, la renommée de ces produits a presque triplé dans la population, passant de 21,5% à 52,3%", souligne le communiqué de l'Institut italien. L'enquête de l'ISS recense aussi 12,9% d'ex-fumeurs dans la population adulte, mais le communiqué ne précise pas quels moyens ont été employés par ceux-ci pour arrêter de fumer.

Chez les adolescents de 14 à 17 ans, 11,1% sont fumeurs réguliers, 13,9% occasionnels et 20,2% ont seulement essayé la cigarette, tandis que près de 2% sont déjà d'ex-fumeurs, selon une autre enquête de l'institut portant sur 15'000 élèves du secondaire. "Cela signifie que plus de 47% de ces jeunes sont entrés en contact avec des produits du tabac", s’inquiète l'ISS. Le communiqué de l'institut amalgame vapotage, cigarettes de tabac chauffé et autres produits du tabac pour signaler que 4% des adolescents les ont utilisé, sans autre précision ni sur les produits ni sur les types d'usages (expérimentations, occasionnels, réguliers?). Pourtant, l'usage du vapotage chez les jeunes est l'inquiétude mise en avant par les conférenciers à l'événement organisé par l'ISS pour la Journée mondiale sans tabac le 31 mai, rapporte Barbara Mennitti du site italien Esig Magazine

Prise de position de l'ISS contre une politique de réduction des risques

A cette occasion, l'ISS a présenté un nouveau document de "consensus d'experts" sur les "nouveaux produits", mêlant le vapotage mais aussi le tabac chauffé. "La réduction des risques (...) ne peut pas être considérée comme une politique de santé publique appliquée à la population générale, mais comme une intervention individuelle, pratiquée par des experts, dans des cas sélectionnés ne répondant pas au traitement et dans des cadres de santé spécialisés", affirme la prise de position autour de l'ISS. Ceci, en dépit de l'échec patent de la politique de santé sur le tabagisme. "En bref, le vapotage est un outil pour les fumeurs adultes, qui ne doit pas être promu par les autorités de santé, mais en quelque sorte laissé dans les limbes de la relation entre le fumeur et son médecin", synthétise Barbara Mennitti, qui voit là "néanmoins une timide ouverture dans le mur du principe de précaution maximale de l'ISS".


vendredi 1 juin 2018

Défense du tabagisme: le gouvernement Grec interdit les liquides SANS nicotine ! [MàJ]

La Grèce a décidé d'interdire la vente de liquide de vapotage sans nicotine. Oui, sans nicotine. Cela ressemble à un canular douteux, dont je pourrais être l'auteur, mais non. Le gouvernement grec estime que la directive européenne (TPD) ne concerne que les liquides contenant de la nicotine, et que donc il peut interdire ceux n'en contenant pas. "L'interdiction de la cigarette électronique a été levée, avec la décision n° 4419/2016, uniquement à l'égard des produits de remplissage ou de tout autre article
contenant de la nicotine, selon les concepts que la loi elle-même décrit. Par conséquent, il n'est pas permis d'offrir des cigarettes électroniques autres que celles avec nicotine, car elles ne répondent pas aux exigences spécificiées de l'article 2 § 2 de la loi 3730/2008", explique le Ministère de la santé grec dans sa décision du 22 mai (en page 4 - notre traduction sous réserve). 

Les liquide de vapotage, en dehors de la nicotine, sont constitués de produits utilisés massivement dans l'alimentaire et la pharmaceutique: le propylène glycol, la glycérine végétale et les arômes. Cependant tous les arômes alimentaires ne sont pas viables à la vaporisation. Paradoxalement, le gouvernement prend prétexte d'une soi-disant nécessité de "s'opposer à la diffusion du "mix and vape" et du "do it yourself" " - c'est-à-dire les liquides concentrés à diluer soi-même -, pour cette prohibition anti-vape non-nicotinée. Sic! Add 22h: La circulaire stipule également que les fabricants et importateurs grecs de produits de vapotage ont jusqu'au 15 juin pour envoyer les données des volumes annuel de ventes par marque et produit notifié au portail de l'UE. / Rappelons que la Grèce détient le record d'Europe de tabagisme avec plus de 33% de fumeurs quotidiens dans sa population adulte, selon les chiffres de l'Eurobaromètre 456 en 2017. Une consommation lucrative pour les caisses d'un Etat passablement endetté.

Première mondiale

Cette première mondiale d'une interdiction du vapotage sans nicotine a fait réagir Konstantinos Farsalinos, du Centre Onassis de cardiologie d'Athènes. "Même dans les pays qui interdisent le vapotage, cela ne s'applique qu'aux produits nicotinés, alors que les sans nicotine circulent normalement, comme en Australie, à Singapour et à Hong Kong. Cela signifie que quelqu'un qui n'a plus besoin de nicotine et qui utilise des liquides à zéro devra recommencer à utiliser de la nicotine. Honnêtement, je ne sais pas si ceux qui ont pris la décision ont compris ce qu'ils ont décidé», déplore le spécialiste grec de renommée mondiale sur la question.



lundi 28 mai 2018

Santé Publique France: nette baisse du tabagisme et 27% des tentatives d'arrêt à l'aide de la vape

Selon une enquête mandatée par Santé Publique France, le tabagisme recule significativement avec 32% de fumeurs, dont 27% au quotidien en 2017. "Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", précise l'article dirigé par Anne Pasquereau. Une baisse du tabagisme qui est très prononcée dans la catégorie des jeunes hommes et relativement homogène entre les classes sociales. "C’est la première fois depuis 2000 que la prévalence du tabagisme quotidien diminue parmi les fumeurs les plus défavorisés : de 38,8% en 2016 à 34,0% en 2017 parmi les personnes aux revenus les plus faibles, de 49,7% à 43,5% parmi les personnes au chômage", souligne le même article du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) n°14-15, qui sera publié demain. Intérêt pour l'approche de réduction des dommages, une mesure inédite évalue à 27% les tentatives d'arrêt tabagique s'étant emparées du vapotage au dernier trimestre 2016, autour de l'opération Mois Sans Tabac de novembre. 

Par ailleurs, l'association Sovape diffuse ce matin un document analysant le groupe d'entraide par les pairs sur facebook Les Vapoteurs #MoisSansTabac 2017. Ayant participé à la rédaction de ce rapport avec Nathalie Dunand, Sébastien Béziaux et Thierry Pelé, je m'abstiens de le commenter (mais je vous encourage à le lire ;) ). Les deux travaux n'évaluent pas la même édition de l'opération - 2016 pour le BEH, 2017 pour Sovape -, ni sur le même angle - évaluation de l'opération globale du BEH, focus sur l'initiative de l'entraide avec le vapotage sur facebook pour Sovape -.

Baisse significative du tabagisme selon SPF

L'enquête de Santé Publique France (SPF) a fait sonder par le cabinet Ipsos 25'319 personnes via téléphone entre janvier et juillet 2017 à propos de leur statut tabagique et d'éventuelles tentatives d'arrêt tabagiques dans le dernier trimestre 2016. "En 2017, 31,9% des personnes de 18-75 ans interrogées ont déclaré qu’elles fumaient au moins occasionnellement et 26,9% quotidiennement. Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", souligne le BEH (p. 265). Une diminution d'ampleur inédite depuis une dizaine d'années insistent les auteurs.

"Sur l’ensemble des fumeurs quotidiens au lancement de Mois sans tabac, 15,9% ont fait une tentative d'arrêt (TA) d’au moins 24 heures au dernier trimestre 2016, ce qui représente environ 2 millions d’individus. De plus, 18,4% d’entre eux déclaraient avoir fait cette tentative en lien avec Mois sans tabac. Cela représente 2,9% de l’ensemble des fumeurs quotidiens soit près de 380 000 TA liées à Mois sans tabac", estiment les auteurs du groupe Baromètre Santé 2017 du SPF (p. 300). Parmi ces fumeurs déclarant une tentative d'arrêt durant le dernier trimestre 2016, 30,8% ont arrêté de fumer au moins 30 jours [à mettre en regard avec prudence de la mesure du rapport Sovape de 48% d'arrêts à la fin du Mois Sans Tabac 2017, début décembre, dans le groupe d'entraide sur facebook avec la vape]. 

27% des tentatives d'arrêt s'aident de la vape

Selon l'enquête du SPF, un peu moins de la moitié (47,7%) des tentatives sur le dernier trimestre 2016 se sont passées avec une ou des aides. 67,1% chez ceux qui ont fait une tentative liée à l'opération Mois Sans Tabac. La principale aide est la vape pour 26,9% de l'ensemble des tentatives (soit 56,4% des tentatives avec une aide était avec la vape), puis les substituts nicotiniques pour 18,3%. L'enquête mentionne aussi des aides de type accompagnement: médecin, site TIS, appels... D'après mon calcul, en moyenne les personnes ayant eu recours à de l'aide en ont utilisé 1,67. La ligne 3989 n'a été utilisée que par 0,9% des répondants. "Des analyses sont prévues à partir des données du Baromètre santé 2017 pour étudier de manière plus globale les aides utilisées lors d’une tentative de sevrage tabagique et les différences éventuelles observées en matière d’abstinence", promettent les auteurs (p. 302).

Plus de tentatives avec la vape, moins de tentatives sans aide et plus de succès ?

Il est intéressant de comparer cette part de tentatives d'arrêt à l'aide de la vape en France avec d'autres pays et en miroir, la part des fumeurs qui tentent sans aide. Aux 27% de tentatives avec la vape relatés par cette enquête, correspondent plus de 38% en Angleterre, mais moins de 10% en moyenne dans l'Union Européenne, un peu plus de 9% en Allemagne et moins de 6% en Suisse. On peut voir que la part des tentatives sans aide, supposées avoir moins de réussites au moins à court terme, répond en miroir à ces différences: une minorité en Angleterre, près de 53% en France, 59% en Allemagne, et un niveau extravaguant dépassant 70% en Suisse en 2015 dans le contexte de répression du vapotage nicotiné. Les français se situent ainsi entre pays enthousiastes et frileux - si ce n'est protecteur de leur industrie tabagique et pharmaceutique - dans leur relation à l'outil de réduction des dommages. 

Un des éléments clefs ayant convaincu les responsables britanniques de l'intérêt du vapotage pour l'arrêt tabagique est la progression très nette de la part de succès des tentatives depuis son essor. "Le taux de succès d'arrêt est passé de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017", soulignent Robert West et Jamie Brown du Smoking Toolkit Study. Les données présentées dans le BEH ne permettent pas de faire une comparaison stricte, les entretiens s'étant étalés de janvier à juillet. Les déclarations d'arrêts maintenus peuvent correspondre de quelques semaines à six mois d'arrêt. Malgré ce biais favorable à surestimer les résultats, le taux annoncé de 17,9% reste sensiblement en dessous des 19,8% de succès anglais, où le vapotage est ouvertement soutenu par les autorités.

En complément sur ce sujet, le nouveau Bulletin de Sovape, publié ce matin également, explore la question de l'impact de la réglementation du vapotage sur le tabagisme, et évidemment de la sortie du tabagisme à son aide. Les analyses de Jean-Pierre Couteron, de la Fédération Addiction, du Pr Bertrand Dautzenberg, de Jean-Félix Savary, du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions et d'Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, débattent du sujet.

Motiver pour aider à adopter un nouveau comportement

L'analyse de Santé Publique France de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac sur les différents groupes sociaux montre que les personnes "inactives" - étudiant, retraité, autre personne sans activité professionnelle -  ont été incitées à se lancer à travers l'opération. Au niveau du diplôme détenu, une proportion significativement plus importante au sein des personnes ayant plus que le Bac ont tenté d'arrêter de fumer durant le dernier trimestre 2016, en contraste fort avec les peu diplômés.

Les auteurs se félicitent de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac. Ils en expliquent le principe. "Le comportement adopté à un moment donné est le résultat de différents types de motivations, allant des impulsions régies par des désirs, des émotions, jusqu’à des plans personnels fondés sur des évaluations profondément réfléchies (...). Une campagne comme Mois sans tabac est donc destinée à multiplier par le plus grand nombre de canaux possibles (médias, groupes de soutien, kits d’aide à l’arrêt, etc.) les incitations à l’arrêt du tabac. En agissant sur l’ensemble du système motivationnel, les chances d’adopter un nouveau comportement (ici arrêter de fumer) sont plus importantes" (p. 299). Un principe qui pourrait s'appliquer au passage des fumeurs vers le vapotage si les autorités sanitaires françaises se convertissent elles-mêmes au bon sens de la réduction des risques. La population incline de toute évidence en ce sens...

Même si sans surprise la Dépêche du Midi, qui a visiblement un droit à ne pas respecter les délais d'embargo imposés aux autres sur l'information de Santé Publique France, imprime la parole consacrée en ne pipant mot sur le principal outil utilisé pour arrêter  par les fumeurs en France et préfère célébrer les ventes de substituts nicotiniques pharmaceutiques, dont ceux des Labo Fabre qui détiennent une part du capital du journal du Sud-Ouest. Business as usual...



samedi 26 mai 2018

[Bref] La Dr Ute Mons du DKFZ reconnait la réduction des risques du vapotage dans le Spiegel

"Le vapotage chauffe un liquide contenant généralement de la nicotine, et l'aérosol qui en résulte ne contient pratiquement aucune substance cancérigène lorsqu'il est utilisé correctement". Les déclarations de la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), dans le Spiegel soulignent la réduction des dommages du vapotage par rapport au tabagisme. Des propos qui contrastent nettement avec l'alarmisme scabreux de sa prédécesseure Martina Pötschke-Langer à la tête du DKFZ jusqu'en 2016. E-Garage, le site allemand spécialiste de la réduction des risques avec le vapotage, souligne la nette évolution entre les deux responsables de l'influent institut. Au refus de distinguer les produits succède une reconnaissance du continuum des risques par la Dr Ute Mons. "Même si toutes les questions ne sont pas résolues: les experts estiment que le vapotage est probablement beaucoup moins nocif que les cigarettes conventionnelles - et probablement moins nocif que le tabac chauffé", explique t-elle au Spiegel.

Elle n'embrasse pour autant pas totalement une stratégie de report modal pour la consommation de nicotine vers les outils à dommages minimisés. Dans la revue Tobacco Control, le Pr David Levy a évalué que l'essor du vapotage pourrait sauver entre 21 millions et 87 millions d'années de vie aux Etats-Unis dans la décennie à venir. "Dans la discussion, cependant, le but principal réel est souvent perdu de vue. Il reste encore beaucoup à faire pour motiver les fumeurs à cesser de fumer", répond la Dr Ute Mons, insistant implicitement pour maintenir des mesures contre le tabagisme. Elle tient à distinguer le vapotage des cigarettes chauffées. "Le vapotage et le tabac chauffé ne doivent pas être amalgamés", souligne t-elle.

L'essor du vapotage comme moyen d'arrêt des cigarettes dans l'UE

En mars dernier, la Dr Ute Mons a cosigné une étude, publiée dans Tobacco Control, sur les moyens utilisés pour arrêter de fumer dans l'Union Européenne (UE). En moyenne, le recours au vapotage est passé de 3,7% en 2012 à 9,7% des tentatives d'arrêt en 2017 chez les résidents des 28 pays de l'UE. L'essor du vapotage, très disparate entre les 28 pays, interpèle les chercheurs. Difficile de ne pas constater les résultats impressionnants des britanniques où le tabagisme à chuté de 20% de la population à 15,5% depuis 2011 sous l'impact de la vape.



dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

samedi 3 mars 2018

[Bref] En Islande, la vape est "un miracle" de santé publique

En 3 ans, 10'000 islandais ont lâché les cigarettes pour la vape
Une impressionnante chute de 37% du tabagisme en trois ans. En 2014, 35'000 islandais, soit 14% de la population adulte, fumaient. En 2017, ils ne sont plus que 22'000 fumeurs, 9% des résidents de l'île, selon les dernières statistiques de la Direction de la santé islandaise«C'est miraculeux. Un tel phénomène ne peut pas être négligé», explique le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson à la presse locale (ici en anglais)"Le tabagisme est tombé comme un rocher. Nous n'avions jamais vu ça auparavant", déclare le docteur. Depuis 2008, les ventes de cigarettes se sont effondrées de 50% sur l'île, selon les chiffres officiels (de l'ÁTVR) que s'est procuré le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson. Même s'il est difficile d'établir formellement un lien de causalité, le spécialiste anti-tabac estime que la hausse de vente du snus et, surtout, l'essor du vapotage ces trois dernières années sont liés à la chute du tabagisme. "Les plus grands facteurs ont été le snus et le vapotage, qui ont clairement lessivé le tabagisme", se réjouit-il.

20'000 vapoteurs dont plus de 10'000 exclusifs

L'essor du vapotage a accéléré la tendance
Selon les chiffres de l'enquête de santé, 8% des islandais majeurs déclarent avoir utilisé au moins une fois dans leur vie le vapotage en 2017"Cela représente environ 20'000 vapoteurs au total, dont la moitié au quotidien. Une augmentation d'un tiers par rapport à 2016 où ils étaient 15'000", souligne le Dr Guðmundur Karl Snæbjornsson au journal Vízir (en islandais)Parmi ces 20'000 vapoteurs, 48% déclarent à l'enquête de l'institut national de santé avoir arrêté de fumer, tandis que 40% vapotent et fument encore. Difficile de ne pas donner crédit au phénomène de vase communiquant entre les 13'000 fumeurs en moins depuis 2014 et les 10'000 vapoteurs déclarant avoir arrêté de fumer. 

Pas de loi anti-vape

Actuellement, l'Islande n'a aucune restriction particulière contre le vapotage. Un projet de loi voulant imiter les restrictions anti-vape européennes de la TPD a échoué au parlement l'an passé. L'audition de spécialistes de santé publique, tels que la Pr Linda Bauld ou le Pr Peter Hajek, avait convaincu les élus de prendre en compte les éléments scientifiques et la parole des usagers contre les écueils du projet de législation. Les résultats de l'enquête de santé semblent confirmer que les députés ont été bien inspirés d'écouter les défenseurs d'une approche de réduction des méfaits. 


vendredi 2 mars 2018

Enquête parlementaire: le Brexit va t-il libérer les britanniques des restrictions toxiques anti-vape de la TPD européenne ?

Plus de succès d'arrêt tabagique et moins de consommation avec des liquides correctement dosés en nicotine
"La limite maximale de 20 mg/ml de nicotine est issue de la directive européenne (TPD). Quelle est la marge pour la changer après le Brexit ?" La question de Damien Moore, parlementaire conservateur, tranche dans la salle feutrée du Comité science et technologie de la Chambre des Commons lors de sa seconde séance consacrée au vapotage jeudi dernier. Face aux élus, la Dr Lynne Dawkins et le Pr David Harrison étouffent un petit rire surpris du ton si direct. "Il n'y a aucune justification à cette limite. Elle a été prise de manière arbitraire. Il n'y a pas de preuve d'augmentation des méfaits de la nicotine pour les niveaux supérieurs à 20 mg/ml. Or nous avons constaté que lorsque les usagers réduisent le taux de nicotine, ils compensent en consommant plus de liquide. C'est coûteux financièrement, et cela peut avoir un coût pour la santé en augmentant l'exposition", répond la Dr Dawkins, du Centre des sciences du comportements de l'Université de Londres. En synthèse, elle recommande de reconsidérer cette limite du taux de nicotine à la lumière des résultats des recherches auxquelles la chercheuse a collaboré.

Limiter le taux de nicotine pousse à la surconsommation

comme avec les cigarettes lights, la vape light pousse à compenser
L'effet compensatoire, Lynne Dawkins l'a constaté lors d'études en laboratoire et sur le terrain. La première, publiée dans Psychopharmacology en 2016,  observait les différences de comportement de 11 vapoteurs expérimentés avec des liquides faiblement (6 mg/ml) ou un peu plus fortement (24 mg/ml) dosés en nicotine. "Le nombre de bouffées [sur une heure] et la durée de chaque bouffée étaient significativement augmentés avec le taux de nicotine le plus faible, pour finir par doubler le volume de liquide consommé. Nos observations suggèrent que, tout comme les fumeurs, les vapoteurs compensent lorsqu'ils passent à un liquide moins nicotiné", explique la Dr Dawkins dans sa déposition écrite au Comité parlementaire.

la chercheuse du Cancer Research UKUne seconde étude, en phase de relecture avant publication*, confirme avec 20 vapoteurs dans le "monde réel" les grandes lignes de la première. "Nous avons vu qu'en moyenne, lorsque les gens utilisent une concentration plus faible de nicotine, ils compensent à la fois dans leur manière de prendre des bouffées [plus nombreuses et longues] et en augmentant la puissance de l'appareil. Cette combinaison semble être associée à une plus grande exposition aux carbonyles. Le message clé est de ne pas encourager les vapoteurs à utiliser des concentrations faibles en nicotine. En fait, - peut-être est-ce contre-intuitif - utiliser une concentration de nicotine plus élevée peut amener à prendre moins de bouffées. La délivrance de nicotine semble aussi plus efficace avec une concentration plus élevée de nicotine", résume la Dr Dawkins devant la commission.

* Mise à jour 10-01-2018 : l'étude vient d'être mise en ligne par Nicotine & Tobacco Research à https://academic.oup.com/ntr/advance-article-abstract/doi/10.1093/ntr/ntx162/4004823

Augmenter le taux de nicotine minimise les risques de méfaits 

Auparavant, les mesures salivaires d'un suivi sur huit mois de 98 vapoteurs mené entre 2013 et 2015 par le Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, allaient dans le même sens. Les vapoteurs réduisent le taux de nicotine de leur liquide, mais augmentent le volume de liquide consommé pour maintenir une nicotémie similaire. Le point est simple. "Le corpus scientifique montre que la nicotine elle-même n'est d'aucune façon la substance la plus dangereuse", explique le Pr David Harrison, du Comité sur la toxicité (COT) devant les parlementaires. Son risque réside dans l'éventualité que sa consommation amène à s'exposer à d'autres toxiques, précise le spécialiste.

Entendu que la nicotine ne présente que des risques sanitaires mineurs, en limiter la concentration de manière abusive dans le vapotage pousse à la consommation de liquide, dont la principale inconnue sanitaire reste les substances dégagées par la chauffe de certains arômes. Or même avec des risques réduits, surconsommer augmente évidemment ceux-ci par rapport à une consommation réduite. A fortiori concernant des substances, comme les aldéhydes, dont les risques sont doses-dépendants.

Une interdiction de facto d'arrêter de fumer

Un autre aspect de l'effet pervers de la limitation abusive du taux de nicotine s'exerce contre les fumeurs empêchés de pouvoir passer au vapotage par cette limite. Ce sont les fumeurs les plus accrochés qui subissent là une double peine. Cette limite pourrait aussi expliquer la persistance de consommation de cigarettes pour une part des "double usagers" - qui vapotent et fument encore. Aussi la force symbolique de fixer ce taux arbitraire comme maximum dans la loi, amène une grande part du public, et notamment des nouveaux usagers, à être persuadés que 20 mg/ml est un taux élevé. Or il est insuffisant pour une frange importante de fumeurs.
Sarah Jakes et David Dorn de la NNA (UK)

"Beaucoup de fumeurs sont dissuadés d'essayer de passer au vapotage par des restrictions arbitraires de la TPD, ainsi que les articles irresponsables et inexacts sur les risques pour la santé. Beaucoup d'entre eux risquent de continuer de fumer. Il semble que le nombre de fumeurs qui passent à la vape soit en train de plafonner au Royaume-Uni", alerte Sarah Jakes, présidente de la New Nicotine Alliance UK (NNA), au site Register qui couvre le travail du Comité parlementaire. 

L'inquiétude de Sarah Jakes est partagée dans le monde médical. "C'est une chose déprimante à entendre dans une clinique pour les bronchites chroniques (BPCO), mais malheureusement fréquente"désespère le Dr Nicholas Hopkinson, dans une tribune sur le British Medical Journal (BMJ). Ce qu'il a entendu, c'est ce que toute personne investie dans l'aide à l'arrêt tabagique entend régulièrement: "J'étais passé au vapotage mais quelqu'un m'a dit que c'est aussi mauvais que les cigarettes, alors je me suis remis à fumer". La conséquence malsaine concrète des mesures anti-vape des autorités et des campagnes de propagande propagées par des médias et des groupes d'intérêts.

La vidéo de la séance du Comité parlementaire 

A partir de 1h23mn56, l'audition de la Dr Lynne Dawkins et du Pr David Harrison. 
(Avant se trouve l'audition des quatre grands cigarettiers - Philip Morris, BAT, Japan Tobacco et Imperial Tobacco -).





mardi 27 février 2018

Russie: le Ministre de l'industrie annonce un projet de réglementation différenciée favorable au vapotage contre le tabagisme

La Russie s'apprête à réglementer le vapotage de manière distincte des produits du tabac. C'est ce qu'annonce Denis Manturov, Ministre de l'industrie et du commerce, dans un interview fleuve pour Vedomosti, le quotidien économique. Le Ministre révèle que le gouvernement russe a "pris l'initiative de séparer ces appareils en une catégorie distincte, car ils sont radicalement différents des cigarettes et du tabac traditionnels". L'absence de combustion du vapotage et la réduction massive des méfaits par rapport aux cigarettes justifie un traitement différencié aux yeux du gouvernement. "Les appareils électroniques sont plus sûrs. De nombreux experts, y compris occidentaux, articulent même un chiffre: les moyens électroniques de livraison de nicotine sont 95% moins nocifs que les cigarettes conventionnelles. Le chiffre même peut être discuté, mais le fait que les méfaits sont bien moindres est évident. Par conséquent, la réglementation des produits du tabac traditionnels et des moyens électroniques doit être sans ambiguïté", explique le Ministre Denis Manturov.

"Les fumeurs doivent passer au vapotage"

Une loi spéciale pour les produits électronique de délivrance de nicotine devrait fixer des restrictions basiques pour en interdire la vente aux mineurs et son utilisation dans les écoles et les jardins d'enfants explique le Ministre. En parallèle, Denis Manturov annonce dans son interview la future implantation d'un tracking strict des paquets de cigarettes. "Il a déjà été décidé que ce sera DataMatrix", explique le Ministre, avant de présenter une possibilité, "si nous parlons d'étiquetage à l'aide d'une puce RFID, cela coûte 3,5 roubles [par paquet], mais cela nous permet de développer notre microélectronique domestique". Une option qui ferait exploser le prix des cigarettes pour les russes. 

"Le Ministère de la santé s'en réjouit. (...) Les fumeurs doivent passer aux moyens électroniques de délivrance de nicotine", appuie Denis Manturov avant de préciser, "dans les appareils électroniques, il n'y a pas de combustion (...) or les produits de combustion sont les plus nocifs, je dirais même la composante létale du tabagisme traditionnel". Il conclut que les régimes de taxations doivent aussi être différenciées pour favoriser le passage des cigarettes vers le vapotage. 

Vaping grade 

L'annonce du Ministre de l'industrie peut surprendre. En 2014 au sommet anti-tabac de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Moscou, la Russie s'était faite porte-parole de la ligne prohibitionniste anti-vapotage. Quatre ans plus tard, les travaux scientifiques sérieux semblent avoir fait changer la position des dirigeants. Ce qui se passe concrètement peut-être aussi. L'interdiction de fumer dans les lieux publics depuis 2014 est concomitant à un impressionnant essor du vapotage dans le pays. Fin janvier, un autre article de Vedomosti estimait à près de 4 millions le nombre de vapoteurs russes en 2017. Tandis que le tabagisme a chuté de plus de 20% depuis 2009 selon l'OMS.

L'alliance professionnelle du vapotage en Russie estimait à plus de 2'000 boutiques spécialisées et des centaines de vape-bars, aux côté des près de 50'000 points de vente non spécialisés en 2016. Depuis, le marché du vapotage poursuit sa fulgurante expansion, dépassant 17 milliards de roubles (~285 Fs millions, ~245 € millions). Actuellement, il est aux mains de la vape indépendante qui se base sur une solide culture vape présentée par le site WM. Mais ce marché attire, évidemment, les cigarettiers. "De nombreuses cigarettes électroniques de fabricants inconnus et de qualité inconnue sont vendues sur des sites Web ou sur les réseaux sociaux", avance avec de gros sabots Karina Korotkina, la directrice commerciale de Japan Tobacco en Russie, le mois dernier à Vedomosti. Un refrain que l'on croit avoir déjà entendu plus à l'ouest pour justifier de restrictions contre la vape indépendante...