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jeudi 30 août 2018

Vape et crise cardiaque: une nouvelle Glantzerie reprise par les médias de caniveau

"Avez-vous déjà eu les cheveux mouillés? Avez-vous déjà utilisé, ne serait-ce qu'une fois dans votre vie, un sèche-cheveux?" Si vous répondez oui à ces deux questions, faut-il en déduire que les sèche-cheveux provoquent les cheveux mouillés? A juste titre, cela parait absurde. C'est pourtant une inférence similaire entre vapotage et infarctus que fait le "professeur" Stanton Glantz, ingénieur en aviation reconverti dans la lutte anti-tabac à l'Université de San-Francisco (UCSF). Publiée dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM) et reprise un peu partout par les médias mainstreams, son "étude" affirme que vapoter augmente par deux le risque d'avoir eu un infarctus. 

Vapoter peut-il causer un infarctus survenu dix ans avant ?

Pourtant, l'infarctus des personnes enquêtées peut avoir eu lieu avant tout vapotage de leur part. Les données de l'enquête nationale de santé américaine (NHIS) des années 2014 et 2016 ont été traitées en suivant une erreur entre corrélation et causalité du niveau qu'un étudiant de première année apprend à éviter. L'équipe de Stanton Glantz a simplement croisé les réponses de l'enquête NHIS aux questions: "Un médecin vous a t-il déjà dit que vous avez eu un infarctus?", "Avez-vous déjà utilisé ne serait-ce qu'une fois, une e-cigarette?" et si oui "l'utilisez-vous quotidiennement, parfois ou plus du tout?"

Si le questionnaire permet de recouper les utilisateurs actuels et les anciens vapoteurs, il ne permet absolument pas de savoir quand le problème cardiaque est survenu dans la vie des enquêtés. Avant ou après qu'ils soient passé au vapotage, on n'en sait rien. Même s'il est survenu après leur passage à la vape, rien ne permet de dire que ce ne serait pas une conséquence de leur tabagisme précédent, dont l'impact sur les problèmes cardiaques est établi. 

"Il est difficile de savoir comment l’utilisation de cigarettes électroniques à court terme pourrait avoir les mêmes effets sur la santé que le fait de fumer des cigarettes pendant dix ans. Une manière plus efficace et plus appropriée de déterminer si le vapotage augmente le risque de crise cardiaque serait de suivre des utilisateurs n’ayant jamais fumé à long terme pour établir la séquence des événements et déterminer s’il existe un risque indépendant du tabagisme actuel ou passé. Malheureusement, cela n’a pas été fait ici", commente le Pr Lion Shahab, de l'University College de Londres sur le Science Media Centre et repris en français par le fil d'actu de la Fivape.

Y a t-il un risque d'épidémie de Glantzing chez les jeunes?

Pourtant, sans aucune précaution, Stanton Glantz affirme à la presse que l'étude prouve que le vapotage augmente le risque cardiaque. Aucun média n'a tenu compte des critiques des scientifiques, déjà faites en mars et renouvelée à présent, à ce torchon. C'est ce qu'on appelle dans le domaine une "glantzerie", ou chez les anglophones du "glantzing", action de manipuler des chiffres pour servir un discours prédéterminé. Que Stanton Glantz, poursuivi par ailleurs pour discriminations racistes, harcèlements sexuels et fraudes académiques par des étudiantes d'une quarantaine d'années ses cadettes, soit un faussaire n'est plus une surprise. Qu'une revue publie un papier aussi grossièrement ridicule et que les journalistes reprennent comme des poules sans tête cette énormité est toujours aussi affligeant. 

mercredi 27 juin 2018

Le Commissaire européen à la santé Andriukaitis participe t-il à la diffusion de fake news en faveur du tabagisme?

Luke Ming Flanagan n'a pas sa langue dans sa poche. Le député européen irlandais, connu pour ses positions en faveur de la réduction des risques, a demandé le 25 avril au Commissaire à la santé européen, le lituanien Vyrtenis Andriukaitis, de clarifier les choses sur le vapotage.  "Les fake news [la désinformation] sont une préoccupation majeure pour quiconque a un intérêt direct dans la démocratie. (...) Un exemple récent et potentiellement nocif concerne le vapotage (...) Actuellement, une pléthore de fausses «études»* sont largement citées dans nos médias traditionnels**, bien que ces «études» aient été démenties***", explique le député irlandais indépendant, mettant en référence l'enfumage grossier des chercheurs de Portland dans le New England Journal of Medicine, démonté par une série de scientifiques dont ceux du Public Health England (voir référence en fin d'article).

Dans ce climat de maccarthysme anti-vapotage, Luke Ming Flanagan demande à la Commission européenne de prendre ses responsabilités. "Compte tenu de ce qui précède, la Commission réexaminera-t-elle l'inclusion de la réglementation sur le vapotage dans la directive sur les produits du tabac (TPD), elle-même fondée sur des appareils obsolètes et avant les études de pointe du Public Health England (PHE), du Royal College of Physicians (UK) et du Cancer Research UK ?". Pour le dire de manière directe, le Commissaire lituanien va écouter les scientifiques ou continuer de participer à l'enfumage pour maintenir les fumeurs dans le tabagisme.

Andriukaitis veut tout bloquer jusqu'en 2021 (au moins)

La réponse de Vyrtenis Andriukaitis est aussi claire que l'indépendance de son gouvernement envers la production de cigarettes et du principal acteur de la reconstruction de la Lituanie dans les années 1990' et qui en est toujours un des investisseurs majeurs, le cigarettier Philip Morris. "Etant donné l'absence de preuves concluantes concernant les effets à long terme sur la santé des cigarettes électroniques, leurs modes d'utilisation et la possibilité de faciliter le sevrage tabagique, l'article 20 de la directive adopte une approche prudente autorisant ces produits à rester disponible pour les consommateurs. La Commission surveille en permanence les développements liés aux cigarettes électroniques, y compris les preuves scientifiques émergentes. Ces informations contribueront au rapport de mise en œuvre que la Commission est tenue de présenter en 2021 conformément à l'article 28, paragraphe 1, de la directive", répond par écrit le Commissaire à la santé ce 26 juin. Une réponse aussi immuable que l'état de ses connaissances sur le sujet semble t-il.

De quoi faire sauter au plafond les scientifiques du domaine. Le Dr Riccardo Polosa par exemple, s'étonne que Vyrtenis Andirukaitis n'est pas encore pris connaissance des rapports cités par Luke Flanagan. Le rapport du Public Health England est sorti en 2015 et vient d'être mis à jour au début de l'année, celui du Royal College of Physicians, l'institution la plus en pointe sur le domaine tabagique depuis son rapport de 1962, est sorti en 2016, le Cancer Research UK multiplie les études sur le sujet...

Pourquoi le vapotage est-il assimilé à la directive sur le tabac ?

Mais Luke Flanagan ajoute un point précis à sa question du 25 avril. "Cela signifie t-il que les produits de vapotage sont considérés comme des produits du tabac, même s'ils ne contiennent pas de tabac: si c'est parce que ces produits contiennent de la nicotine, pourquoi les tomates, les pommes de terre, les poivrons, etc. ne sont-ils pas considérés comme des produits du tabac?" Réponse laconique du Commissaire lituanien: "En raison des caractéristiques des cigarettes électroniques, et en particulier de leur teneur en nicotine, il a été jugé approprié de les considérer comme des produits liés au tabac et de les inclure dans le champ d'application de la directive." Y a t-il besoin de commentaire à une réponse aussi creuse et hypocrite ?

Les références à la question de Luke Flanagan:


dimanche 10 juin 2018

[Bref] En Nouvelle-Zélande, la santé publique demande a une obscurantiste américaine de la fermer

"Laisser une personne des États-Unis, scientifique de laboratoire sans aucune expérience réelle de travail avec les gens pour les aider à arrêter de fumer, tenir ces propos est tout simplement irresponsable. Elle ne semble pas travailler avec des patients ni dans la santé publique. Pourquoi la laisser commenter ces questions ?" Lance Norman, le directeur de Hãpai Te Hauora le service de santé publique maori, ne décolère pas des propos irrationnels contre le vapotage diffusés sur TV3 à travers une interview de Michelle Peace, professeure en Médecine légale de Virginie (USA). Les acteurs de terrain néo-zélandais s'agacent de cette "ingérence américaine contre la santé publique " sur la question de l'arrêt tabagique.

A l'émission The Project mercredi dernier en prime time, l'américaine Michelle Peace déclare croire que les vapoteurs devraient "être inquiets", car le vapotage contient des "produits chimiques" (!) dont de "la nicotine" (!!). "Je pense que les scientifiques discutent encore pour déterminer si les effets sont ou non à l'échelle inoffensive. Ce n'est pas de la vapeur d'eau, et l'eau dans les poumons est appelée la noyade alors... [rires]", s'est-elle ridiculisée. Avant de refuser de débattre de l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer, en concédant qu'il ne fait "aucun doute que les gens ont besoin d'arrêter de fumer des cigarettes"

Dry dead

"Comment perdre sa crédibilité de scientifique d'un seul coup? Allez sur The Project NZ et dites que les vapoteurs 'inhalent de l'eau', et que donc 'ils seraient en train de se noyer'! Oops. S'en tenir à des sujets que l'on connait", griffe Marewa Glover, spécialiste néo-zélandaise de l'arrêt tabagique, sur Twitter. Bien qu'américain, le Pr Carl Philipps ajoute avec son sens de l'ironie que "si vous n'avez pas trace d'humidité dans les poumons, c'est que vous êtes mort en plein désert depuis quelques temps déjà".

Lance Norman aussi a bondit de son canapé en entendant le florilèges de grosses conneries de Michelle Peace à une heure de grande écoute. "Des commentaires erronés ont été émis dans cette émission à l'intention des personnes qui essayent d'arrêter de fumer. Nous sommes surpris qu'il n'y ait pas eu de contre-point", explique le communiqué de l'organisme de santé maori. "Il y a des dizaines de millions de personnes qui vapotent dans le monde entier et il n'y a encore aucun signe de problème de santé majeur, rien de comparable aux dommages immenses et irréversibles causés par les cigarettes. Parler de la maladie des ouvriers du «pop-corn» américains à cause du vapotage est de l'alarmisme infondé", insiste Lance Norman sur une des perles de l'américaine.

Ne pas nuire

Mihi Blair, directrice générale du service national de lutte contre le tabagisme, est aussi en colère contre l'obscurantiste américaine: "Si elle se souciait de nos communautés, en tant que toxicologue médico-légale, elle aurait pu mentionner la stupéfiante toxicité de fumer des cigarettes et de la fumée secondaire et que le vapotage ne présente pas". Cette volée de bois vert s'est clôt par un appel à la responsabilité sanitaire du directeur de Hāpai Te Hauora. "Nous devons être en mesure d'offrir à nos gens la meilleure chance possible d'être sans fumée", déclare Lance Norman. "Nous avons les témoignages de beaucoup de fumeurs pour qui le vapotage fonctionne pour eux. Ne rendons pas une tâche difficile encore plus dure en répandant des peurs inutiles".


mardi 12 septembre 2017

Les fumeuses vérités alternatives de la NZZ pour inventer le 'vapotage passif'

Le quotidien zurichois n'en est pas à son coup d'essai. En matière d'articles pour répandre la peur du vapotage, la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) a une longue collection. Cette fois-ci, la NZZ exhume le spectre fantasmatique du 'vapotage passif' affirmant en titre qu'il est "nocif". L'objectif de l'article publié ce week-end s'éclaire dans ses conclusions: justifier de réprimer les vapoteurs. Avec la conséquence de pousser les fumeurs suisses à rester aux cigarettes. La NZZ, qui fût jadis un quotidien de référence, sombre avec cet article de Frederik Jötten dans une affligeante suite d'enfumage de ses lecteurs. Confus et manipulateur, il se base sur une unique étude vieille de cinq ans, dont la critique à l'époque pour sa mal conception et ses résultats incohérents est ici passée sous silence. Pour masquer son enfumage, le journaliste allemand omet les dizaines d'études existantes et les rapports scientifiques pertinents sur le sujet. Non content de cet indigeste hirsebrei, Frederik Jötten le parsème d'erreurs factuelles grossières sur la situation légale en Suisse pour conclure dans un rapprochement incongru avec les cigarettes chauffées, finalisant son fantasme de repousser les vapoteurs au tabagisme. 

Passif NZZ sur le vapotage

La NZZ assume avec ce nouveau torchon sa vieille ligne contre l'outil de sortie du tabagisme. Ses colonnes ont ainsi accumulé accusation "d'effet passerelle" en 2015, où la vape ferait exploser le nombre de jeunes fumeurs ce qui ne s'est vérifié ni en Suisse ni ailleurs, puis diffusion en avril 2016 d'un hoax particulièrement grossier sur la présence de drogue dans les liquides de vapotage, avant un appel à "durcir" la répression contre les vapoteurs récemment. En contraste de ces diatribes anti-vapoteurs, le traitement par le journal proche des milieux financiers zurichois des nouveaux produits des cigarettiers est beaucoup plus pondéré et sérieux. NewsBuzzters s'étonnait en juin 2016 de cet écart produisant pour ainsi dire un effet de publicité comparative. Ce nouvel épisode de la campagne de la NZZ contre la menace du vapotage, qui a fait dégringoler les ventes de tabac où il s'est développé, reprend la vieille méthode du cherry-picking pour inventer un "vapotage passif" nocif selon le journal.

Une seule étude citée de 2013

Comme le premier site conspi' venu, la NZZ va chercher une étude et occulte l'existence de dizaines d'autres. "L'une des rares études dans lesquelles les effets du tabagisme électronique passif ont été examinés vient des autorités de santé publique de Bavière", nous révèle d'emblée Frederik Jötten (mon emphase). Mazette! Les scientifiques du Public Health England (2015), du Royal College des médecins britanniques (2016), de Truth Initiative (2016) et de l'Université de Victoria (Canada, 2017) auraient donc halluciné en analysant des centaines d'études dans leurs rapports respectifs. "Le vapotage relâche des niveaux négligeable de nicotine dans l'air ambiant et ne présente aucun risque sanitaire identifié pour l'entourage", conclut pour sa part le rapport du Public Health England.

Mais la NZZ détient visiblement la "rare" vérité alternative. Le journal ne se donne même pas la peine de livrer sa référence précisément. En fait, il s'agit d'une vieille étude publiée en 2013 dans l'International Journal of Hygiene and Environmental Health. Les faiblesses méthodologiques avaient été critiquées dans une réponse publiée dans la même revue. La NZZ n'en souffle pas un mot à ses lecteurs. Le travail signé du Pr Wolfgang Schober est résumé par la NZZ: "après deux heures à fumer des e-cigarettes, du formaldéhyde cancérigène, de l'alcool benzylique allergène et de la nicotine ont été détectés dans l'air". A quel taux et selon quelle méthodologie, les lecteurs de la NZZ n'ont pas le droit de l'apprendre.

Des mesures effectuées différents jours

A l'époque, la critique des Dr Farsalinos et Voudris remarque que les mesures comparatives de l'étude n'ont pas été effectuées le même jour ni dans les mêmes conditions. "Ce sont des limites importantes [à la valeur de l'étude]. Des études ont montré qu'il y a des variation significative d'un jour à l'autre des niveaux environnementaux des hydrocarbones aromatiques polycycliques (PAH)", expliquent les chercheurs du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes. S'ensuit la liste d'une série d'incohérences dans les données rapportées par l'étude allemande. Autrement dit, on peut douter que l'étude allemande ait maîtrisé un sujet nouveau à l'époque et ce soit donné des conditions suffisantes pour être fiable. 

Dans une réponse à la réponse, les chercheurs allemands reconnaissent avoir fait des mesures comparatives différents jours, mais estiment la pollution munichoise trop faible (sic!) pour expliquer les différences. Ils concèdent que 
"les particules liées au vapotage ne sont pas générées par un processus de combustion, mais par évaporation directe. En raison de cette différence de principe opératoire, les particules de vapotage diffèrent bien sûr dans leur composition chimique et dans la distribution de taille de celles des cigarettes de tabac", sans que cela ne lève leurs doutes.

De son côté, le Royal College des médecins britanniques note en 2016 que l'étude bavaroise, présentée comme unique pièce scientifique par la NZZ, est la seule à avoir alerté sur des émissions néfastes d'hydrocarbones aromatiques polycycliques (HAP), des substances produites en pyrolyse, par le vapotage. "Il n'y a, jusque-là, aucune preuve scientifique que l'exposition passive au vapotage ne puisse causer des dommages sanitaires significatifs. Seule une étude [l'étude munichoise de Schober et al.] a rapporté des niveaux d'hydrocarbones aromatiques polycycliques qui seraient au-dessus des limites d'exposition de sécurité", précise le rapport (p. 84) de l'institution britannique de premier plan dans l'histoire de la santé publique.

26 études analysées par l'Université de Victoria

Depuis cette étude munichoise, les recherches se sont multipliées. Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada), publié en janvier 2017, a trouvé et analysé 26 travaux sérieux concernant spécifiquement le vapotage secondaire. Il conclut qu' "aucune exposition significative à des cancérogènes tels que ceux trouvés dans la fumée du tabac" n'est relevée pour l'entourage des vapoteurs. Concernant la nicotine, le rapport canadien stipule "une exposition mesurable mais faible" sans que l'on sache si "l'exposition à un si faible niveau pose un risque pour la santé"

Plus tranchant, le rapport du Public Health England précise que "les partenaires de vapoteur.es ont en moyenne des concentrations de cotinine [ndr. métabolite de la nicotine] de 0.19ng/ml de salive et 1.75ng/ml dans l'urine, ce qui est environ 1'000 fois moins que les concentrations chez les fumeurs et se situe au niveau du taux de cotinine généré en mangeant une tomate". Profitons-en pour rappeler que tomates, aubergines, carottes, patates, choux-fleurs, poivrons, etc. contiennent de la nicotine. En manger semble donc sous cet aspect (étroit) aussi dangereux, ou bénéfique, que côtoyer un vapoteur.

Post-vérité versus réalité

Mais les rapports scientifiques ne pèsent pas lourds pour le quotidien zurichois face à une autre mystérieuse mesure que le journal brandit sans donner quelconque référence. Là, je suppose, sans certitude, que Frederik Jötten se réfère à la ridicule mesure prise dans le hall d'un restaurant à l'insu des participants à un congrès sur le vapotage à l'été 2015. En plus de la perversité du procédé, le fait de mesurer la pollution particulaire dans un restaurant préparant le repas de centaines de convives avec les dégagements que l'on connait à cette activité est simplement honteusement malhonnête intellectuellement. Mais peut-être que la NZZ, tournée résolument vers l'ère de la post-vérité, parle d'autre chose, son absence de source à ses affirmations les rend difficiles à retracer.

Plus solide et dans le monde réel, une étude de l'Université d'Etat de San Diego - dont nous avions parlé - a mesuré durant une semaine la pollution intérieure de 256 logements. Chez les fumeurs de cigarettes et de joints, la pollution intérieure explose lorsqu'ils fument. Les niveaux de pollution particulaires chez les vapoteurs ne sont pas discernables de ceux des logements de non-fumeurs. "Nous n'avons observé aucune différence apparente dans la moyenne hebdomadaire de la distribution de particules entre les 43 logements reportant un usage [en intérieur] de vapotage et ceux ne déclarant aucun usage", soulignent les auteurs de l'étude publiée en mai dernier dans PlosOne. Par contre, cuisiner, surtout la friture, faire le ménage, ce qui soulève de la poussière, allumer une bougie ou faire brûler un encens produisent une pollution mesurée au contraire de vapoter selon ces résultats.

Où sont les atteintes sanitaires?

Après avoir enfumé ses lecteurs, le journaliste de la NZZ se croit autoriser à assimiler le vapotage au tabagisme, et de là à exiger des interdictions similaires dans la prochaine loi sur les produits du tabac LPTab. Sauf que même avec ces références occultes ou périmées, Frederik Jötten ne montre a aucun moment que des atteintes à la santé justifient son désir répressif des vapoteurs. Passé son titre et son jeu d'impressions effrayantes, son papier est passablement vide pour soutenir quoi que ce soit.

Or non seulement le vapotage réduit massivement les toxiques pour l'usager par rapport au fait de fumer. Mais la réduction des dégagements secondaires est encore bien plus importante par la forme d'usage: une cigarette se consume entre deux bouffées, pas le vapotage. Or, autour de 85% des toxiques relâchées lors de la consommation d'une cigarette le sont par le "sidestream". En contraste, les nuages des vapoteurs paraissent impressionnants. La capacité des médiums du vapotage, à savoir le propylène glycol et le glycerol, à capter jusqu'à 2000 fois leur volume en humidité fait que pour pour plus de 75% ce nuage est un brouillard d'eau (avec des variations selon les conditions hygrométriques de l'environnement), et plus de 24% de glycérine (PG et/ou VG).

En outre, la nature de l'aérosol de vape fait qu'il se dissipe de moitié (demi-vie) en moins de 30 secondes, contre environ 20 minutes pour la fumée de cigarette. Concernant la nicotine, celle exhalée par un vapoteur, ayant atteint un niveau de nicotémie similaire au fumeur d'une cigarette, est en deçà de 1% de celle rejetée par la cigarette. A ces doses, aucun effet négatif n'a été constaté sur des adultes. Le monoxyde de carbone est absent, tout comme l'énorme majorité des plus de 7'000 substances produites par la combustion d'une cigarette. 

Mesures de l'étude par l'Institut biomédical de Barcelone
A noter qu'elles ne distinguent pas particules solides et liquides

Le mauvais exemple d'arrêter de fumer

Peut-être par conscience d'avoir un bien maigre dossier sur l'aspect sanitaire direct, Frederik Jötten nous sort du chapeau le mauvais exemple que donneraient les personnes ayant arrêté de fumer avec la vape. "Même les ex-fumeurs pourraient être encouragés à fumer", affirme le journaliste. La semaine prochaine, la NZZ appellera peut-être à interdire le jus de pomme et le Rivella dans les lieux publics pour éviter d'inciter des ex-alcooliques à boire. Ce fantasme récurrent d'une vape pervertissant les pauvres fumeurs a été démoli de longue date par des chercheurs en sciences sociales. Plutôt que, par on ne sait quel étrange phénomène, d'inciter les fumeurs à fumer, l'exemple du vapotage en amène certains à tenter de sortir du tabagisme.

"Même les ciga-likes de première génération [aujourd'hui disparues] étaient visuellement différentes des cigarettes, et leur vapeur exhalée facilement discernables de la fumée de cigarettes en termes d'apparence, d'odeur et d'irritation, rendant la confusion peu probable entre vapotage et tabagisme dans les lieux couverts par la législation sans fumée", expliquent les auteurs du rapport (p.128) du Royal College of Physicians britanniques, qui ont visiblement plus de contact avec le réel que le journaliste de la NZZ et ses interlocuteurs.

La chasse aux mauvais ex-fumeurs

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg, réticent dans un premier temps, a constaté que "le vapotage ringardise le tabagisme". Désormais, le pneumologue espère même "aider les fumeurs à goûter au plaisir de vapoter, au plaisir de s'éloigner de la tueuse qu'est la cigarette"déclare t-il au Monde. Mais peut-être est-ce justement ce mauvais exemple de la sortie du tabagisme qui dérange tant la NZZ? Principales victimes de ce mouvement de santé publique autogérée, les ventes de cigarettes et de médicaments ont souffert de l'engouement des usagers vers le vapotage dans plusieurs pays.

Resterait donc la question de la bienséance. Les démocratie libérales optent généralement de laisser à la population le soin de réguler par elle-même, dans les relations inter-individuelles, ce type de problèmes. Les sociologues appellent cela les normes, en contraste des règles ou des lois. Quelqu'un qui se parfume exagérément n'est pas interdit de lieux publics, mais il peut encourir quelques remarques. Sans autre justification sérieuse, on voit difficilement comment accepter que la loi instaure une restriction de libertés aussi manifestement discriminatoire pour une catégorie de la population, dont visiblement le seul défaut est d'avoir stopper la consommation de cigarettes et de médicaments qui est liée. Le point est particulièrement sensible pour favoriser la sortie du tabagisme des fumeurs en passant au vapotage. Leur mettre des entraves artificielles concourt à les condamner aux cigarettes.

La NZZ fait sa loi

Après les mensonges sur l'état de la science, des délires sur le rôle de la vape face au tabagisme, le journaliste de la NZZ, que rien ne retient visiblement, prétend que le vapotage n'est pas taxé comme le tabac "parce que les liquides avec nicotine ne peuvent pas être vendus en Suisse". La NZZ refait donc aussi ses propre lois et décide d'abroger la motion Zanetti qui en 2011 a exonéré le vapotage d'impôt punitif "pour aider les fumeurs à abandonner la cigarette". Allez soyons charitables, on a bien compris que c'est le désir de la NZZ, tout comme de Philip Morris et de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT), que de punir au porte-monnaie les vapoteurs d'avoir arrêter de fumer. Mais en dépit des fantasmes de la NZZ, la loi protège ce moyen de sortie du tabagisme pour le moment.



Le journaliste termine évidemment en faisant l'amalgame entre les cigarettes chauffées et le vapotage, histoire de justifier tout son laïus inconsistant à faire prendre la vapeur pour de la fumée. Citant la recherche dirigée le Dr Reto Auer à l'Université de Lausanne à propos de l'Iqos, mais sans en avoir compris le contenu. Selon cette étude, dans l'Iqos se produit de la pyrolyse, autrement dit de la combustion imparfaite, ce qui dégage de la fumée et non pas seulement de la vapeur comme avec le vapotage. Un point essentiel pour distinguer le vapotage du tabagisme.

Die NZZ krieg

Comme le note DampfFreiheit, la NZZ a déclenché une blitzkrieg contre le vapotage ce mois. Peu probable que son feu nourri ne s'arrête là contre la vaporisation, alors que les autorités élaborent le nouveau projet de loi sur le tabac (LPTab) visant toujours à assimiler le vapotage au tabagisme. Les milliards du tabagisme, y compris ceux des très lucratives maladies évitable qui lui sont liées, sont en jeu face à l'outil de réduction des méfaits et le mouvement de santé spontanée de la population.