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vendredi 27 juillet 2018

Dogmes de l'OMS en échec en France: l'OFDT loupe l'éléphant de la réduction des risques dans la chambre du tabagisme

Pourquoi y a t-il tant de fumeurs en France alors que ce pays applique toute la batterie de mesures anti-tabac préconisée par l'Organisation Mondiale de la Santé ? C'est la question qui reste sur les bras de l'Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie (OFDT) au terme de son rapport sur les prévalences d'usage et les prix du tabac en Europe. "Relativement aux pays de l’UE, tout particulièrement ceux de l’Europe de l’Ouest, ainsi qu’aux autres pays développés (anglo-saxons), la consommation de tabac apparaît particulièrement importante en France, et ce dès l’adolescence", constate le document signé Aurélie Lermenier-Jeannet et publié hier par l'OFDT.  

"Sorte de paradoxe français"

"Au vu de l’analyse menée, il semble donc subsister une sorte de paradoxe français en matière de tabagisme. Malgré une législation de plus en plus contraignante, conforme quasiment en tous points aux exigences de la Convention-cadre de lutte contre le tabac (CCLAT) [ndr. de l'OMS] que le pays a ratifiée en 2004, avec de nombreuses restrictions d’usage, de publicité et d’accès (aux mineurs) ainsi que des prix élevés, la France n’est jusqu'en 2016 pas parvenue à infléchir durablement sa consommation de tabac", énonce sous forme d'énigme la conclusion du rapport.

Les prix des cigarettes y sont parmi les plus élevés d'Europe, a fortiori rapporté au pouvoir d'achat. Les interdictions de publicités, de vente aux mineurs, et même le paquet neutre sont de rigueur. Malgré tout cela, l'Eurobaromètre a recensé 33% de fumeurs en France contre 5% en Suède et moins de 16% au Royaume-Uni au printemps 2017. Les services français ont évalué à la même période un tabagisme de l'ordre de 27%, soit sensiblement moins que l'enquête européenne. Note d'optimisme, cette prévalence a baissé de 2 points par rapport à l'année précédente, "peut-être le signe que la France initie une dynamique de baisse"

Circulez, il n'y a rien à observer

Mais ni la baisse enregistrée par Santé Publique France, ni la chute britannique de plus d'un quart de sa prévalence tabagique depuis 2011, ni l'exemple frappant de la Suède qui a atteint 5% de fumeurs, ne sont analysés. Le traitement de la question du Snus suédois est affolant: "Dans le cas de la Suède, il s’agit d’un artefact puisque les données concernent uniquement le tabac à fumer et que ce pays consomme, pour des raisons culturelles, plutôt du tabac oral (le « snus »), interdit dans le reste de l’UE". La réduction à 5% de sa part de fumeurs ainsi que des maladies liées au tabagisme correspondantes en Suède est évacuée au titre de simple "artefact" par l'OFDT !

Au moins le Snus a t-il le privilège d'être cité, car le terme de vapotage n'est simplement pas mentionné. L'outil sur lequel s'appuie les services de santé publique britanniques pour faire dégringoler le tabagisme n'est pas même évoqué. Le rapport discute de l'Islande. Mais sans dire un mot du rôle du Snus et de la vape dans l'île. Le premier, en multipliant ses ventes par quatre dans cette période, a participé à la réduction de moitié du tabagisme entre 2001 et 2014. Tandis que le vapotage a sorti 40% des fumeurs depuis 2014.

Régime pfizerien

L'OFDT cite également l'Australie, sans préciser que sa politique ultra-dogmatique est en panne depuis cinq ans. Et la Nouvelle-Zélande, en ignorant qu'elle a justement décidé de sortir de l'ornière des dogmes de l'OMS en intégrant la réduction des risques à sa politique sur le tabac. [add, oubli] Le rôle du vapotage dans l'accélération de la chute du tabagisme aux Etats-Unis - qui n'ont d'ailleurs jamais ratifié la charte anti-tabac de l'OMS -, aussi bien chez les adultes que les jeunes est également passé sous silence./ Principal trait marquant de ce rapport de l'OFDT: le grand soin pris à ne pas observer l'éléphant de la réduction des risques qui chamboule la chambre du tabagisme dans le monde. Une l'ignorance cultivée qui semble la marque de l'actuel régime pfizerien de la santé publique française.

Les prix des cigarettes n'expliquent pas grand chose

Le rapport s'attarde sur le volume de vente légale de cigarettes, nettement décorrélée du niveau de prévalence en France. En clair, un grand nombre de fumeurs s'approvisionnent hors du marché des buralistes. Au niveau européen, le rapport note de manière intéressante que les niveaux de prix des cigarettes n'expliquent que marginalement les différences de prévalence du tabagisme. Mais toujours en gardant tabou le rôle du recours plus ou moins prononcé selon les pays aux moyens de réduction des risques.

Œillères obscurantistes

Bien que le rapport expose l'échec des dogmes de l'OMS appliqués avec ferveur en France, il prophétise sur la future réussite de ceux-ci. "Le paquet neutre standardisé, et les hausses de prix prévues (...) pourraient entraîner un repli du tabagisme à long terme". La véritable tendance de l'essor de la réduction des risques est tout simplement ignorée de ce rapport, tout comme des autorités françaises. Après un repli en 2015, l'aspiration retrouvée du vapotage en France est plus probablement en train de réussir à sortir une part significative de français du tabagisme. 



jeudi 21 juin 2018

Comment consommer du cannabis sans le fumer

En Suisse, le cannabis à faible taux (moins de 1%) de Tétra-Hydro-Cannabinol (THC) fait désormais partie des produits facilement accessibles. En kiosque, dans certains supermarchés, en boutique spécialisée ou sur des sites en ligne, on le trouve sous différentes formes y compris en herbe. Grand raté des services de santé suisses, aucune information sur les modes de consommation évitant la combustion n'a été délivrée au public. En France, la Ministre de la santé Agnès Buzyn voudrait mettre un terme à la vente de cannabis à moins de 0,2% de THC apparue ces dernières semaines. "On n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les français arrêtent de fumer pour qu'il se mettent à fumer du cannabis!", a t-elle invoqué entre autres raisons au micro de RTL ce 17 juin. Oubliant semble t-il qu'il y a déjà près de 5 millions d'usagers de cannabis en France, dont 9/10 le fument. Il est pourtant tout à fait possible de consommer du cannabis sans le fumer. Petit tour d'horizon de solutions à risque réduit.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
Vapotage, vaporisation, gouttes sublinguales ou trans cutanées, ingestion... les voies d'assimilation de cannabinoïdes sont pénétrables. Elles évitent d'ailleurs le gâchis d'une très large part du produit lorsqu'il est fumé par le sidestream, le moment où le joint se consume dans l'air ambiant entre deux bouffées.

My vapor is rich

Les températures de vaporisation, que ce soit par vapotage d'un liquide ou avec les vaporisateurs à herbe sèche, sont également plus appropriées à l'expression sans détérioration des cannabinoïdes que le processus de combustion des joints fumés. "L’emploi d’un dispositif de vaporisation a pour avantage d’optimiser sa délivrance car la totalité de la molécule contenue dans l’e-liquide se retrouve dans la vapeur. Par comparaison avec des cigarettes au cannabis, seuls 30 à 50 % du contenu en cannabinoïdes de la plante (CBD et THC) accèdent aux voies respiratoires. Le reste est dégradé thermiquement au moment de la combustion", explique le dossier d'étude du Laboratoire Français du e-Liquide (lfel) sur le vapotage et le CBD. Cette meilleure préservation et disponibilité des principes actifs ainsi que l'évitement du sidetream permet d'avoir recours à beaucoup moins de substance pour un effet similaire. Au prix du gramme, ce n'est pas négligeable.

Extrait de Cannabis smoke condensate III: the cannabinoïd content of vaporised Cannabis Sativa
in Inhalation Toxicology, 2009; 21(13)
"La vaporisation permet une récupération optimale des principes actifs d'un très grand nombre de plantes et ce, en-dessous de la température de combustion [ndr. pyrolyse] de la cellulose qui est de 236°C", explique l'association Principes Actifs, dans sa brochure sur le sujet de la vaporisation pour réduire les risques chez les utilisateurs de cannabis thérapeutique. Les cannabinoïdes se vaporisent en dessous de 230°C:  157°C pour le THC, entre 180°C à 190°C pour le cannabidiol (CBD), de 190 à 212°C pour le cannabinol (CBN), etc.

La répression pousse aux risques

Les circonstances réglementaires sur le cannabis ont malheureusement inhibé les usages de moyens de réduction des risques et amené à enkyster la pratique du joint mélangé à du tabac fumé par près de 9/10e des consommateurs en Suisse et en France, selon la Global Drug Survey. En plus d'altérer et détruire en partie les principes actifs, le fait de fumer génère du monoxyde de carbone, qui squatte la place de l'oxygène dans le sang et asphyxie partiellement l'organisme, et des goudrons nocifs pour le système respiratoire.

Pourtant, les usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques s'intéressent de longue date aux moyens alternatifs de le consommer. "Dès 1980 apparaissent des prototypes de vaporisateurs, mais il faut attendre l'an 2000 pour que soit commercialisé le premier des vaporisateurs de plantes médicinales: le Volcano", rappelle la brochure de Principes Actifs. Ce modèle a même été homologué par les services de santé allemand pour l'usage thérapeutique de cannabis, des études ayant montré une réduction de plus de 95% des toxiques dégagés par rapport au cannabis fumé.

Ces dernières années, des modèles beaucoup plus compacts et portables sont arrivés sur le marché. Il faut compter de 100 € à 300 € pour un modèle fiable. La possibilité de régler précisément la température de vaporisation permet une approche plus subtile de la consommation. "En effet, dès que l'on a des vaporisateurs équipés d'un variateur de températures fiable, il est possible d'obtenir des effets différents selon la température choisie", précise la brochure de Principes Actifs. Les dispositifs les plus récents permettent aussi de vaporiser des extraits concentrés (rosin, wax...) ou de la résine.

Système ingénieux fonctionnant sans électricité, le Vaponic est un double tube en verre qui permet de chauffer l'herbe au briquet  sans contact direct et ainsi éviter une trop forte chaleur. L'objet est fragile et implique une adaptation pour maîtriser le dosage de chaleur. Mais l'idée pourrait être porteuse dans certaines régions du monde où l'électricité est une ressource rare (et pourquoi pas avec du tabac..?).

Cannavaping

Eviter la combustion, le principe reste le même, mais la technique varie avec le vapotage. En place d'un courant d'air chaud vaporisant les principes actifs, c'est une résistance qui chauffe un liquide. En terme de réduction des toxiques en comparaison de la fumée, les résultats des deux techniques sont proches. L'élaboration des liquides peut suivre deux grandes voies: la dilution d'un concentré dans le liquide ou une forme de macération ensuite filtrée. La température assez basse, en relation avec le temps court d'une bouffée, du vapotage requiert une décarboxylation préalable, comme le montre l'étude menée par l'équipe de Vincent Varlet, de l'Université de Lausanne, publiée dans Nature.

Décarbo quoi ? 

A l'état végétal, les cannabinoïdes sous forme d'acides carboxyliques ne sont pas (ou très peu) bio-disponibles pour l'organisme humain. Pour bien les assimiler, un processus de décarboxylation doit les rendre actifs. Il s'agit de casser le groupe carboxyle COOH qui s'échappe en H₂O et CO₂. "La décarboxylation se produit naturellement avec le temps et la température, comme une fonction de séchage, mais on peut réduire la quantité de temps nécessaire considérablement en ajoutant davantage de chaleur", explique la brochure de Principes Actifs. Dans son étude, le Dr Varlet a procédé à une décarboxylation douce, laissant le concentré (BHO) durant 4 jours à 60°C, et une autre rapide en soumettant le concentré à un bain marie à 120°C durant 2 heures.

Varlet et al. Cannavaping in Nature

Aux yeux de Vincent Varlet, un des intérêts du vapotage pour le cannabis, qu'il nomme 'cannavaping', serait de pouvoir doser les différents cannabinoïdes de manière précise et régulière. Et évidemment d'éviter les toxiques liés à la combustion comme le montrent les mesures faites dans son étude. Pour sa recherche, l'équipe de l'Université de Lausanne a utilisé un concentré obtenu en extraction par le froid, dit Butane Hash Oil (BHO). L'extraction à chaud, dite rosin, est plus simple à mettre en oeuvre en do it yourself. Avec de l'herbe, le chauffage au bain-marie permet aussi de procéder à la décarboxylation.

Les producteurs de liquides au CBD sont nombreux à utiliser des isolats quasi purs de CBD sous forme de cristaux dissous dans le liquide. Une discussion existe sur la pertinence d'isolé un cannabinoïde des autres pour les effets bénéfiques. Shimon Ben-Shabat et Raphaël Mechoulam, chercheurs  israéliens à la pointe du domaine, expliquent dés 1998 que "l'effet d'entourage" crée une synergie entre les composants du cannabis. Dans cette lignée, certains producteurs, notamment en Suisse, préfèrent créer des liquides "full spectrum" à partir d'herbe légale à faible taux de THC mais contenant l'ensemble des phyto-cannabinoïdes et terpènes de la plante.

Dabbing

Inhaler directement des concentrés est une vieille pratique, qui réduit fortement le volume de substance inhalée. Cela se faisait avec du concentré, obtenu à l'époque par extraction à l'alcool, posé sur une pointe de couteau chauffé et sous un verre sur le rebord d'une table. Il suffisait ensuite d'inhaler l'aérosol vaporisé sous le verre. Aujourd'hui des petites pipes à "dabbing" reproduisent le procédé. La méthode a le défaut d'être difficile à doser et produirait tout de même des toxiques si sa température n'est pas maîtrisée. Même si le volume est résolument moindre qu'avec un joint fumé. "Tant que l’on ne disposait que de clous en titane [pour les pipes à dabbing] qu’il fallait chauffer au chalumeau, la différence entre vaporisation et combustion n’était pas nette. On peut maintenant acheter des E-Nails, clous chauffés par électricité et à température réglable et stable. Les utilisateurs ayant des notions de réduction des risques (RDR) utiliseront ainsi un clou à chaleur réglable et choisiront la température correspondant à la vaporisation (soit 220°C 420°F)", explique le fanzine Psychoactif.

Sublinguale et transcutanée

En dehors de l'inhalation, les "huiles de soins", où un extrait de cannabis est mélangé à de l'huile généralement d'olive, permettent de les prendre en mettant quelques gouttes sous la langue ou sur la peau, notamment dans l'intérieur du poignet. L'assimilation est nettement plus rapide qu'en mangeant, mais moins qu'en inhalation. C'est une méthode très propre du point de vue réduction des risques et discrète. Le plaisir de l'inhalation est évidemment absent. Des patchs semblent également exister. 

Manger

Manger du cannabis, préparé après décarboxylation, évite tout dommage lié à l'inhalation. Mais ce mode d'administration comporte une particularité qui peut être un défaut, son temps d'assimilation. Les effets ne vont se déployer progressivement qu'à travers la digestion, ce qui peut prendre de 20 à 90 minutes. En cas de besoin rapide de l'effet, par exemple contre une douleur, c'est long. Il y a aussi le risque de mal évaluer le dosage à "l'aveugle". Enfin, les effets perdurent nettement plus longtemps, ce qui peut aussi être gênant selon son emploi du temps, ou intéressant selon l'effet recherché (par exemple antalgique pour des douleurs chroniques). Par ailleurs, l'ingestion n'est pas une voie d'assimilation très efficace en comparaison de l'inhalation. La biodisponibilité des cannabinoïdes est près de trois fois supérieure en inhalation de vaporisation que par ingestion.

L'accès aux moyens de réduction des risques est le premier pas pour éviter la fumée

La Ministre de la santé française peut donc se rassurer, les moyens existent pour consommer sans fumer le cannabis. La légalisation est une opportunité de diffuser l'information et faciliter l'usage des outils de réduction des risques évitant la combustion pour les millions d'usagers existants. Les Etats américains ayant légalisé l'herbe ont vue une augmentation de la proportion d'usage sans combustion. "Là où il est devenu légal aujourd’hui, le cannabis est plutôt consommé par vaporisation ou sous forme de produits alimentaires. On se soucie davantage de sa saveur ou de sa qualité, de savoir s’il est bio ou non", rapporte Ethan Nadelmann, de la Drug Policy Alliance, au journal le Temps à l'occasion d'une conférence en octobre 2017 à Genève. Encore faut-il que les autorités fassent l'effort de diffuser l'information au public. Ce qui n'est pas encore le cas en Suisse, et parait tenir de l'utopie en France.


Pour aller plus loin:
Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA): dossier contre la désinformation à propos du cannabis (mai 2017)

A Genève, l'association Alternative Verte, pour l'usage du cannabis pour raison thérapeutique, est en prise avec une répression incompréhensible des autorités qui soutenaient leur démarche avant de faire volte-face du jour au lendemain.

En Suisse, l'association Legalize it! espère porter au vote une initiative pour la légalisation du cannabis à plus de 1% de THC.

Principes Actifs est l'association des usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques en France. Je les remercie chaleureusement de m'avoir envoyer leur deux brochures précises et synthétiques sur le sujet.

L'association NORML France (National Organization for the Reform of Marijuana Laws France) a un site très riche, avec notamment des pages sur la réduction des risques  

Le n°2 du fanzine Psychoactif a consacré un dossier sur les nouveaux moyens de consommer du cannabis. 

Le site du CIRC de Lyon, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

Le High Way Code spécial cannabis, le code de conduite de l’usager, a été établi à partir de la consultation des usagers de la Global Drug Survey

Un article de David Sweanor et Adam Houston sur l'importance d'intégrer la réduction des risques aux politiques sur le tabac et sur le cannabis. En anglais : Smoke’s negative effects should guide marijuana and tobacco policy

Drug vaping applied to cannabis: Is “Cannavaping” a therapeutic alternative to marijuana? - Vincent Varlet, Nicolas Concha-Lozano, Aurélie Berthet, Grégory Plateel, Bernard Favrat, Mariangela De Cesare, Estelle Lauer, Marc Augsburger, Aurélien Thomas & Christian Giroud, dans Nature - Scientific Reports volume 6 (2016)  https://doi.org/10.1038/srep25599

Le dossier d’étude: Vaporisateur personnel et CBD : un nouvel usage ? par la Dr Maud Mercury et Jérémy Sorin du Laboratoire français d'e-liquides (lfel)

Page listant les études scientifiques de la marque Storz & Bickel, producteur de vaporisateurs: https://www.vapormed.com/eu/fr/etudes/  

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mardi 5 juin 2018

Revue de pneumologie clinique: la vape expliquée aux professionnels de santé par les usagers

Comment fonctionnent les produits de vapotageL'Association indépendante des utilisateurs de cigarettes électroniques, plus souvent nommée par son acronyme Aiduce, explique en détail et avec pédagogie le vapotage aux professionnels de santé dans la dernière publication en date de la Revue de pneumologie clinique. "Pour maximiser les chances de remplacer le tabagisme par l’usage des produits du vapotage, il convient de connaître les différents types qui existent, leurs caractéristiques et réglages essentiels ainsi que leur influence sur le ressenti", invitent les auteurs Claude Bamberger, Véronique Deiss et Stéphane Gros. Un passage à la vape bénéfique aux fumeurs. "Un éclairage sur la composition des e-liquides et des émissions permet de comprendre la réduction d’au moins 95 % des risques par rapport au tabagisme tout en mesurant l’influence de ces composés sur l’expérience de l’utilisateur", soulignent les trois militants de l'Aiduce.

Processus collectif

Ils retracent rapidement l'évolution depuis la cigalike jusqu'à la troisième génération de matériel de vapotage depuis 2014. Le florilège de termes du monde de la vape tient à son modus vivendi. "Une des explications de ce riche vocabulaire est que la croissance du vapotage et les améliorations techniques ont résulté de la demande et de l’expérience de millions d’utilisateurs. Ceux-ci apprennent collectivement puis améliorent les techniques collaborativement au travers de forums, réseaux sociaux et chaînes vidéo, ce qui conduit à devoir créer et partager des termes pour décrire et désigner les produits et les usages", précisent les auteurs. Mais élément supplémentaire,  l'outil se prête à cette créativité collective par sa plasticité technique. "Le principe relativement simple d’une résistance vaporisant de façon thermiquement stable du liquide permet certaines variations au-delà de la forme".

Variation du volume de vapeur en ajustant la relation entre volume de liquide vaporisé et puissance de dissipation, ajustement par l'inspiration du volume et de densité de la vapeur, jeu entre le diamètre d'entrée d'air, de la position de la résistance par rapport à l'embout de sortie et la taille de celui-ci, font parties des paramètres de la combinaison adaptée à chaque usager. "Un point souvent peu connu est que la température de vaporisation (donc la température de la vapeur de liquide) est essentiellement liée à la composition du liquide, en particulier la proportion du propylène glycol et de la glycérine végétale qui représentent environ 90 à 95 % du volume de celui-ci. La température de la vapeur inhalée est la moyenne pondérée entre celle de la vapeur de liquide, créée dans le dispositif, et celle de l’air inhalé en même temps (celui-ci représentant la majorité du volume inhalé)", soulignent les usagers experts.

Eviter glouglou et dry puff

De manière pratique, à trop faible puissance, le liquide se vaporise mal et se transforme souvent en phénomène dit du "glougloutage". A trop forte puissance, la vaporisation n'absorbe pas l'excès d'énergie et la surchauffe du liquide dégage des substances détestables, dont notamment l'acroléine au goût âcre et insupportable. En terme de vapoteurs: un dry hit. Cela peut arriver en cas de manque de liquide dans le réservoir, de résistance neuve mal amorcée ne laissant pas circuler correctement le liquide ou de résistance usée ou encrassée, mais aussi de puissance inadaptée à la valeur (en ohm Ω) de la résistance. "Habituellement des valeurs de résistances de l’ordre de 1 à 2 Ω sont adaptées à des puissances de 8 à 15 W et donc à un vapotage dit « indirect » (...) Sans que cela soit une règle absolue (parce que les matériaux et donc la résistance par unité de surface peuvent varier), les résistances inférieures à 1 Ω sont plutôt utilisées à des puissances plus élevées avec des liquides moins concentrés en nicotine et des arrivées d’air plus ouvertes, soit plus de liquide vaporisé mais dans beaucoup plus d’air", distillent en points de repère les vapoteurs.

L'élément e-liquide est évidemment central. Composé pour l'essentiel de propylène glycol (PG) et de glycérine végétale (VG), il transporte de 0 à 2% de nicotine au maximum dans l'Union Européenne et environ 5% d'arômes alimentaires. La proportion entre PG et VG est une "information utile pour les consommateurs car le ressenti et l’adaptation à certains dispositifs diffèrent. Certains consommateurs ont par ailleurs des sensibilités différentes à l’un ou l’autre: le PG pouvant être desséchant et pour certains irritant, et la VG donnant pour sa part une sensation parfois trop dense et grasse altérant le goût de certains arômes"

Nicotine vaporisée contre tabac fumé

Substance du diable aux yeux de certains, la nicotine est recherchée par les ex-fumeurs pour tenir éloignée la cigarette. "Le taux de nicotine, couramment en France se situe à 0, 3, 6, 9, 12, 16, 18 ou 20 mg/mL, et dans le monde à 0, 6, 12, 18, 24 et 36 mg/mL. Il est important car il va déterminer, pour un régime de vapotage (durée des aspirations, puissance) donné, la quantité de nicotine absorbée. Dans les premiers mois après l’arrêt du tabac, le mécanisme de substitution est important car le vapotage délivre plus lentement la nicotine que le tabac fumé", expliquent les trois vapoteurs également ex-fumeurs. On pourrait ajouter que les récents liquides aux sels de nicotine permettent même des dosages à 50 mg voire 60 mg/mL très prometteurs pour aider certains fumeurs. Malheureusement, la directive européenne interdit les concentrations au delà de 2% (20mg/mL), sans raison de science.

"Par rapport au tabac fumé, il est important d’avoir en tête quelques équivalences: la consommation courante en volume se situait il y a quelques années vers 1 à 3 mL/jour de liquide dosé de 12 à 18 mg/mL de nicotine, puis on évoluait vers 4-6 mL à 6-12 mg/mL pour les vapoteurs plus expérimentés, mais aussi avec du matériel plus puissant. Cela représente 1 à 3 mg de nicotine vapotée par cigarette fumée sur une base moyenne d’un paquet par jour" expliquent-ils, avant de préciser, "la quantité de nicotine contenue dans la vapeur est linéairement proportionnelle à la puissance de vaporisation et à la durée tant que la vaporisation reste stable. Les dispositifs plus puissants sont difficiles à utiliser pour les débutants dans la mesure où ils ne reproduisent pas du tout le mode de consommation auquel ils étaient habitués avec la cigarette de tabac (et consomment aussi plus de liquide). Après quelques mois on constate empiriquement une baisse de la consommation et une stabilisation qui peuvent être expliquées par une meilleure maîtrise du vapotage et par le lien rétabli entre nicotine consommée et geste, mais aussi par une moindre dépendance".

Fais gaffe à ton accu

Dernier conseil, mais important, les précautions à prendre avec les batteries. "Comme pour tout appareil électronique, le risque d’utilisation n’est pas nul, mais est largement dépendant de l’utilisateur : les accus ne doivent jamais être déplacés sans protection de leurs bornes (des boîtes ou des tubes silicone sont généralement vendus en accessoires ou fournis avec) et ne doivent pas entrer en contact avec du métal sous peine de risquer un court-circuit pouvant entraîner un emballement thermique", insistent les représentants de l'Aiduce. Ils préviennent également de vérifier que les accus tiennent des capacités de décharge adéquate à l'usage prévu, notamment avec des résistance basses qui vont demander une forte puissance.

Les vertus sanitaires de la liberté d'expression

"Pour un nouvel utilisateur, les produits du vapotage peuvent nécessiter un temps d’adaptation et surtout des explications. D’où l’utilité, voire la nécessité, des boutiques spécialisées et des forums ou groupes soutien entre vapoteurs, deux sources d’accompagnement concernant les bonnes résistances/puissances pour éviter la surchauffe, les bonnes habitudes pour utiliser, transporter et recharger ses batteries, et les accus pour les modèles plus avancés. Evidemment une communication plus ouverte sera(it) utile pour un produit qui vise à faire disparaître une mauvaise habitude pour près de 20 millions de Français", expliquent les usagers actifs de l'Aiduce. L'interdiction de "publicité et de propagande" pour les produits de vapotage en France d'une part, et la frilosité des autorités de l'autre, rendent évidemment cette communication honnête rare et difficile à entendre pour le public. 

En ce sens, l'article des trois usagers tente d'apporter un éclairage dans une revue de professionnels de santé sur le vapotage comme aide à l'arrêt des cigarettes dans ce contexte difficile. Jetant un coup d’œil sur les dix années d'évolution des produits de vape, les membres de l'Aiduce concluent: "On peut aussi lire dans la montée de la puissance une solution à la limitation des dosages en nicotine par la directive européenne et à l’impression, renforcée par les avertissements sanitaires rendus obligatoires, que le dosage doit être réduit. Des débuts pleins de paradoxes pour qui essaie d’arrêter complètement de fumer, assez de nicotine pour «évacuer» l’envie de fumer mais en même temps la pression inutile pour en réduire le dosage".

Référence de l'article: Bamberger C, et al. Comment fonctionnent les produits du vapotage. Rev Pneumol Clin (2018), https://doi.org/10.1016/j.pneumo.2018.03.005

lundi 28 mai 2018

Santé Publique France: nette baisse du tabagisme et 27% des tentatives d'arrêt à l'aide de la vape

Selon une enquête mandatée par Santé Publique France, le tabagisme recule significativement avec 32% de fumeurs, dont 27% au quotidien en 2017. "Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", précise l'article dirigé par Anne Pasquereau. Une baisse du tabagisme qui est très prononcée dans la catégorie des jeunes hommes et relativement homogène entre les classes sociales. "C’est la première fois depuis 2000 que la prévalence du tabagisme quotidien diminue parmi les fumeurs les plus défavorisés : de 38,8% en 2016 à 34,0% en 2017 parmi les personnes aux revenus les plus faibles, de 49,7% à 43,5% parmi les personnes au chômage", souligne le même article du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) n°14-15, qui sera publié demain. Intérêt pour l'approche de réduction des dommages, une mesure inédite évalue à 27% les tentatives d'arrêt tabagique s'étant emparées du vapotage au dernier trimestre 2016, autour de l'opération Mois Sans Tabac de novembre. 

Par ailleurs, l'association Sovape diffuse ce matin un document analysant le groupe d'entraide par les pairs sur facebook Les Vapoteurs #MoisSansTabac 2017. Ayant participé à la rédaction de ce rapport avec Nathalie Dunand, Sébastien Béziaux et Thierry Pelé, je m'abstiens de le commenter (mais je vous encourage à le lire ;) ). Les deux travaux n'évaluent pas la même édition de l'opération - 2016 pour le BEH, 2017 pour Sovape -, ni sur le même angle - évaluation de l'opération globale du BEH, focus sur l'initiative de l'entraide avec le vapotage sur facebook pour Sovape -.

Baisse significative du tabagisme selon SPF

L'enquête de Santé Publique France (SPF) a fait sonder par le cabinet Ipsos 25'319 personnes via téléphone entre janvier et juillet 2017 à propos de leur statut tabagique et d'éventuelles tentatives d'arrêt tabagiques dans le dernier trimestre 2016. "En 2017, 31,9% des personnes de 18-75 ans interrogées ont déclaré qu’elles fumaient au moins occasionnellement et 26,9% quotidiennement. Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", souligne le BEH (p. 265). Une diminution d'ampleur inédite depuis une dizaine d'années insistent les auteurs.

"Sur l’ensemble des fumeurs quotidiens au lancement de Mois sans tabac, 15,9% ont fait une tentative d'arrêt (TA) d’au moins 24 heures au dernier trimestre 2016, ce qui représente environ 2 millions d’individus. De plus, 18,4% d’entre eux déclaraient avoir fait cette tentative en lien avec Mois sans tabac. Cela représente 2,9% de l’ensemble des fumeurs quotidiens soit près de 380 000 TA liées à Mois sans tabac", estiment les auteurs du groupe Baromètre Santé 2017 du SPF (p. 300). Parmi ces fumeurs déclarant une tentative d'arrêt durant le dernier trimestre 2016, 30,8% ont arrêté de fumer au moins 30 jours [à mettre en regard avec prudence de la mesure du rapport Sovape de 48% d'arrêts à la fin du Mois Sans Tabac 2017, début décembre, dans le groupe d'entraide sur facebook avec la vape]. 

27% des tentatives d'arrêt s'aident de la vape

Selon l'enquête du SPF, un peu moins de la moitié (47,7%) des tentatives sur le dernier trimestre 2016 se sont passées avec une ou des aides. 67,1% chez ceux qui ont fait une tentative liée à l'opération Mois Sans Tabac. La principale aide est la vape pour 26,9% de l'ensemble des tentatives (soit 56,4% des tentatives avec une aide était avec la vape), puis les substituts nicotiniques pour 18,3%. L'enquête mentionne aussi des aides de type accompagnement: médecin, site TIS, appels... D'après mon calcul, en moyenne les personnes ayant eu recours à de l'aide en ont utilisé 1,67. La ligne 3989 n'a été utilisée que par 0,9% des répondants. "Des analyses sont prévues à partir des données du Baromètre santé 2017 pour étudier de manière plus globale les aides utilisées lors d’une tentative de sevrage tabagique et les différences éventuelles observées en matière d’abstinence", promettent les auteurs (p. 302).

Plus de tentatives avec la vape, moins de tentatives sans aide et plus de succès ?

Il est intéressant de comparer cette part de tentatives d'arrêt à l'aide de la vape en France avec d'autres pays et en miroir, la part des fumeurs qui tentent sans aide. Aux 27% de tentatives avec la vape relatés par cette enquête, correspondent plus de 38% en Angleterre, mais moins de 10% en moyenne dans l'Union Européenne, un peu plus de 9% en Allemagne et moins de 6% en Suisse. On peut voir que la part des tentatives sans aide, supposées avoir moins de réussites au moins à court terme, répond en miroir à ces différences: une minorité en Angleterre, près de 53% en France, 59% en Allemagne, et un niveau extravaguant dépassant 70% en Suisse en 2015 dans le contexte de répression du vapotage nicotiné. Les français se situent ainsi entre pays enthousiastes et frileux - si ce n'est protecteur de leur industrie tabagique et pharmaceutique - dans leur relation à l'outil de réduction des dommages. 

Un des éléments clefs ayant convaincu les responsables britanniques de l'intérêt du vapotage pour l'arrêt tabagique est la progression très nette de la part de succès des tentatives depuis son essor. "Le taux de succès d'arrêt est passé de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017", soulignent Robert West et Jamie Brown du Smoking Toolkit Study. Les données présentées dans le BEH ne permettent pas de faire une comparaison stricte, les entretiens s'étant étalés de janvier à juillet. Les déclarations d'arrêts maintenus peuvent correspondre de quelques semaines à six mois d'arrêt. Malgré ce biais favorable à surestimer les résultats, le taux annoncé de 17,9% reste sensiblement en dessous des 19,8% de succès anglais, où le vapotage est ouvertement soutenu par les autorités.

En complément sur ce sujet, le nouveau Bulletin de Sovape, publié ce matin également, explore la question de l'impact de la réglementation du vapotage sur le tabagisme, et évidemment de la sortie du tabagisme à son aide. Les analyses de Jean-Pierre Couteron, de la Fédération Addiction, du Pr Bertrand Dautzenberg, de Jean-Félix Savary, du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions et d'Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, débattent du sujet.

Motiver pour aider à adopter un nouveau comportement

L'analyse de Santé Publique France de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac sur les différents groupes sociaux montre que les personnes "inactives" - étudiant, retraité, autre personne sans activité professionnelle -  ont été incitées à se lancer à travers l'opération. Au niveau du diplôme détenu, une proportion significativement plus importante au sein des personnes ayant plus que le Bac ont tenté d'arrêter de fumer durant le dernier trimestre 2016, en contraste fort avec les peu diplômés.

Les auteurs se félicitent de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac. Ils en expliquent le principe. "Le comportement adopté à un moment donné est le résultat de différents types de motivations, allant des impulsions régies par des désirs, des émotions, jusqu’à des plans personnels fondés sur des évaluations profondément réfléchies (...). Une campagne comme Mois sans tabac est donc destinée à multiplier par le plus grand nombre de canaux possibles (médias, groupes de soutien, kits d’aide à l’arrêt, etc.) les incitations à l’arrêt du tabac. En agissant sur l’ensemble du système motivationnel, les chances d’adopter un nouveau comportement (ici arrêter de fumer) sont plus importantes" (p. 299). Un principe qui pourrait s'appliquer au passage des fumeurs vers le vapotage si les autorités sanitaires françaises se convertissent elles-mêmes au bon sens de la réduction des risques. La population incline de toute évidence en ce sens...

Même si sans surprise la Dépêche du Midi, qui a visiblement un droit à ne pas respecter les délais d'embargo imposés aux autres sur l'information de Santé Publique France, imprime la parole consacrée en ne pipant mot sur le principal outil utilisé pour arrêter  par les fumeurs en France et préfère célébrer les ventes de substituts nicotiniques pharmaceutiques, dont ceux des Labo Fabre qui détiennent une part du capital du journal du Sud-Ouest. Business as usual...



vendredi 29 décembre 2017

Bad trip de Pourquoi Docteur: non, les drogues de synthèse ne sont pas "presque légales"

Les médias de santé ne sont visiblement pas épargnés par la surenchère sensationnaliste. Depuis hier, 'Pourquoi Docteur' met à la Une de son site que le Buddha Blues serait "presque légal" en France. Ce produit composé de substances de synthèse est connu depuis plusieurs années pour sa dangerosité. En 2014 déjà, le forum Psychoactif, espace d'entraide et d'information pour la réduction des risques liés à la consommation de substances psychoactives, prévenait des risques et d'effets secondaires de ce produit contenant les molécules 5F-AKB48 et AB-FUB. Ces pseudo-cannabinoïdes de synthèse, avec de nombreuses autres molécules développées initialement par l'industrie pharmaceutique, ont été placées (sous leurs désignations chimiques) par un arrêté du 19 mai 2015 dans la liste des substances classées stupéfiant. Autrement dit, contrairement à ce que prétend Pourquoi Docteur, elles ne sont pas "presque légales", elles sont totalement illicites

Add 20H: Pourquoi Docteur a modifié légèrement son article suite à la parution de celui-ci, en précisant qu'il s'agit d'un produit de synthèse, mais sans enlever les amalgames absurdes et potentiellement dangereux /off

Dans le fait divers brestois qui vaut l'article de Pourquoi Docteur, le Buddha Blues proviendrait d'un achat sur le Darknet, où se trouvent des marché noirs sur internet, selon les déclarations de la police au journal le Télégramme. "S’il n’y a pas eu d’accident grave, à ma connaissance, jusqu’à présent, c’est une conjonction de facteurs chance. Le trafic est généralement organisé en petites quantités par des gens qui informent leurs consommateurs", précise une source policière au Vaping Post qui relate l'affaire. 


Confusion délétère

Outre cet incroyable délire sur le statut du produit, l'article de Pourquoi Docteur sème aussi la confusion entre le cannabis, produit d'une plante, et les nouvelles drogues de synthèse. Pire, la fibre sensationnaliste pousse le média, soi-disant spécialiste des questions de santé, à faire l'amalgame entre le stupéfiant de synthèse et les liquides à vapoter au cannabidiol (CBD). Le CBD est pourtant connu pour son absence d'effet psychotrope (aka provoquant une ivresse), lié dans le cannabis au THC. 

Et, ainsi que l'a confirmé récemment le Ministère de la Santé, la vente du CBD est parfaitement légale en France. Il est par contre interdit de promouvoir de potentiels effets thérapeutiques du CBD. En Suisse, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) précise que des "discussions portent actuellement sur les possibles propriétés thérapeutiques du CBD (antioxydantes, anti-inflammatoires, anticonvulsives, antiémétiques, anxiolytiques ou antipsychotiques)".

Le Dr William Lowenstein sur le CBD à vapoter le 30 novembre dernier sur LCI:



Etat de confusion avancée

Ironie de la logique de bombardement d'informations, le site Pourquoi Docteur publie d'ailleurs une dépêche sur une étude à propos des effets anti-psychotiques du CBD aussi hier. "Des chercheurs viennent de montrer que le cannabidiol a des propriétés anti-psychotiques dans une étude contrôlée. Cette substance est un cannabinoïde présent dans le cannabis. Les scientifiques assurent que c’est un remède efficace et sûr. Leur recherche a été publiée dans le American Journal of Psychiatry", explique cette brève. Quelques minutes après, l'autre article du même site amalgame drogues de synthèse, cannabis avec THC et liquides à vapoter au CBD. La carte de l'angoisse et de la confusion s'abat: "la consommation de cette substance est souvent associée à des troubles psychiques, comme la schizophrénie". Un double discours contradictoire a vous en faire perdre la raison.

Mise en danger par désinformation 


L'orientation politique du procédé manipulatoire de l'article de Pourquoi Docteur est assez transparente. En soi, défendre le maintien de la vente du cannabis dans le réseau illégal est douteux d'un point de vue de santé publique, tout comme de jeter le discrédit par un amalgame fumeux sur un moyen d'éviter les méfaits de fumer que ce soit le tabac ou le cannabis . Aller jusqu'à mettre en danger le public, a fortiori les plus jeunes lecteurs, qui seraient amener à confondre drogues de synthèse et CBD, troubler les connaissances sur les différences de risques entre ces produits et potentiellement banaliser un produit très dangereux, va au-delà de l'acceptable. Espérons que Pourquoi Docteur rétracte sans tarder cet article dont l'auteur, bien qu'arborant le titre de docteur, semble néophyte dans le métier de journaliste. 

Un travail plus rigoureux, précis et éclairant pour informer le public des distinctions entre drogues de synthèse et cannabis, et sur les différents cannabinoïdes ainsi que les modes de consommation à méfaits réduits serait bienvenu de sa part. Et plus utile pour la santé publique que la diffusion de paranoïa infondée. Un travail d'information qu'avait fait, sous forme de dossier consultable, le Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA) en mai dernier face à une autre épidémie de désinformation en Suisse contre le CBD.


mardi 7 novembre 2017

Comment l'étude de Santé Publique France a éliminé les arrêts à l'aide du vapotage de son étude?

"Parmi les personnes qui fument, celles qui utilisent aussi le vapotage régulièrement sont plus susceptibles d'essayer d'arrêter de fumer et réduisent leur consommation de cigarettes dans les six mois". Au terme d'un suivi sur six mois de 2057 fumeurs, dont 252 utilisant aussi le vapotage régulièrement au départ, une étude de Santé Publique France montre la multiplication par 2,6 fois des chances de réduire d'au moins de moitié la consommation de cigarettes pour les fumeurs utilisant aussi le vapotage. Par contre l'article, publié dans Addiction, reste évasif sur l'aide à l'arrêt du tabagisme que pourrait procurer le double usage. "Il reste pas clair si les usagers réguliers de vapotage sont aussi plus susceptibles d'arrêter de fumer", conclut l'étude dirigée par Anne Pasquereau. Mais à lire les données brutes de la recherche menée entre septembre 2014 et mars 2015, on peut s'interroger sur une autre interprétation que celle communiquée par Santé Publique France, sur son site en mai et de nouveau hier dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) et les médias grand public, par exemple 20 Minutes. Seul contrepoint, l'interview sur France Info de Sébastien Béziaux, vice-président de l'association Sovape, par Bruce Toussaint. Add: Le Vaping Post a aussi publié un article critique (que je n'avais pas vu ;) )

Identifier ou liquider les interventions efficaces ?

"L'une des missions de Santé Publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer", explique Anne Pasquereau, la chercheuse référente, sur le site de l'agence gouvernementale française le 30 mai dernier. Avant d'insister que cette étude "n'apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d'aide à l'arrêt du tabac". Mais l'étude se donne t-elle vraiment les moyens de juger de l'efficacité du vapotage face au tabagisme? Un premier écueil semble l'évident biais de sélection de l'étude qui exclut a priori les fumeurs qui se sont sevrés avec le vapotage, en jouant sur une double temporalité entre vapotage et tabagisme. Seuls les vapoteurs depuis au moins un mois, mais n'ayant pas arrêté de fumer depuis qu'ils ont essayé, sont retenus dans l'étude.


Des études, en plus de fréquents témoignages, ont pourtant montré qu'une large majorité des arrêts des cigarettes réussis à l'aide du vapotage interviennent dans les premières semaines (exemple récent). Le Pr Bertrand Dautzenberg avait d'ailleurs souligné ce biais de l'étude en juin sur son compte twitter. 

Perdus de vue

En plus de cette sélection qui limite fortement [euphémisme] la portée de l'étude, son traitement des résultats est troublant. En effet, les chercheurs ont décidé de comptabiliser comme fumeurs les personnes ayant été perdues de vues entre le début et le contrôle à six mois. Or ceux-ci représentent 31,4% de l'échantillon initial de 3'000 personnes, qui s'est réduit réellement à 2'057 personnes à la fin. Je ne sais pas quelle peut être la justification rationnelle à ce jeu d'écriture consistant à intégrer aux résultats finaux comme fumeurs les personnes sorties de l'étude sans que l'on sache ce qu'il est advenu de leur statut de fumeur et/ou de vapoteur. Sérieusement, comment peut-on faire ça...?!?

Trafic d'OR


En faisant ainsi, le ratio entre fumeurs exclusifs initiaux et vapofumeurs initiaux ayant arrêté de fumer au final est amoindri à 1,2 fois plus de chances pour les vapoteurs. Mais si l'on s'en tient aux chiffres des personnes réellement contrôlées, les doubles usagers initiaux ont été 14,5% à arrêter de fumer, depuis un mois au terme du suivi, contre 10,3% des fumeurs exclusifs initiaux. 20% de chances supplémentaires d'arrêt du tabac a pu être jugées non significatif par Santé Publique France. Avec 40% de chances supplémentaires, le jugement de valeur communiqué aurait peut-être dû être différent...

Un quart du total des sevrages liés au vapotage

Outre les vapofumeurs initiaux, on peut noter que 8,5% des fumeurs exclusifs initiaux se sont convertis au vapotage exclusif, arrêtant de fumer avec la vape mais sans être comptabilisés dans les groupe initial de double-usagers. Les double-usagers ayant tout arrêté (vape et cigarette), ceux ayant arrêté de fumer et les fumeurs exclusifs finalement convertis au vapotage exclusif, autrement dit l'ensemble des fumeurs sevrés dont on peut retracer un usage du vapotage représentent 23,3% de l'ensemble des fumeurs sevrés au terme des six mois de suivi. Augmenter d'un tiers la part de fumeurs réussissant a arrêter de fumer est-il vraiment non significatif ?

La recherche montre l'augmentation du nombre de tentatives d'arrêt des cigarettes chez les co-usagers de vapotage initiaux. "Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois", concèdent les auteurs. Pour autant, ils concluent que "l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat". En ayant donc: 1) éliminé les vapoteurs qui avaient réussi rapidement à arrêter de fumer par un jeu de questions déphasées sur leur temporalité 2) intégré des personnes perdues de vue aux échecs finaux afin d'amoindrir le ratio d’efficacité et 3) catégorisé des personnes ayant arrêté de fumer à l'aide du vapotage dans ceux qui s'étaient sevrés sans vapotage. 

Comment peut-on oser signer un truc comme celui-là? Comment peut-on oser le relancer dans les médias en plein 'Mois Sans Tabac' ? Difficile de saisir la republication de résultats aussi honteux pour leurs auteurs en ce moment sans tomber dans une interprétation tendant à la paranoïa...


jeudi 12 octobre 2017

[Pouët] Au #ForumSanté Libération, Agnès Buzyn bloque les questions qui dérangent

Ce qui est bien dans l'entre-soi, c'est qu'on n'est jamais dérangé. Invitée hier soir au Forum Santé organisé par le quotidien Libération, Agnès Buzyn ne goûte pas les questions dérangeantes. Depuis sa prise de fonction, la Ministre de la santé négocie avec les buralistes et le Ministère du budget un agenda de hausses des cigarettes suffisamment progressif pour ne pas ébranler ce marché. Dans le même temps, elle snobe les associations sur le terrain de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage. La Ministre a simplement méprisée une demande d'entrevue envoyée conjointement en juillet par l'Aiduce, association des usagers du vapotage, et Sovape, association favorisant le dialogue entre les différents acteurs sur cette question aux multiples aspects. 

Alors lorsque sur le fil de son compte twitter apparaît hier des questions sur le sujet, la Ministre, ou plus probablement son spin doctor, a simplement actionné la fonction blocage des importuns. Ainsi les tweets gênants ont disparu de son fil. Pourtant quelques minutes auparavant, la Ministre insiste sur l'importance d'être à l'écoute des usagers du système de santé.
Mais le ressenti d'usagers sur son étrange démarche de politique de santé concernant le tabagisme ne semble pas devoir être mieux intégré. Au moins lorsque celui-ci surgit à la manière d'un troll, cette attitude un peu désespérée face au mépris des tenants d'un débat pour tenter de faire valoir une thématique passée sous silence par l'élite communicante. Les penseurs de l'entre-soi détestent.
Les choses se précipitent et s'aggravent. Le premier troll hirsute (moi-même, si vous n'avez pas saisi ;) ) se voit relancé par une vapoteuse soulignant que la question concerne aussi des femmes.

Aux deux effrontés osant faire surgir une question concernant potentiellement 16 millions de français, dont la majorité de couches populaires, dans une discussion bornée aux mœurs de la caste mandarinale, la réponse est: rien. Le blocage. Pour l'une et l'autre (je ne sais pas dans quel ordre, mais à peu de temps près).



Levons le suspens éventé du "débat". La Ministre trouve évidemment qu'il faut faire des efforts mais que tout ne va pas si mal sur la question de la place des femmes dans les élites médicales.

Pour ce qui est du débat interdit concernant la place de la population dans la santé publique, son message implicite est plus claire. Les lobbys passent avant. Au moins en ce qui concerne le tabagisme et la pléthore de maladies engendrées pour le bonheur des vendeurs de médicaments.

A six mois de l'annonce d'un nouveau Plan national de réduction du tabagisme (PNRT), pour remplacer la fumisterie précédente de Marisol Touraine, on peut honnêtement douter que quoi que ce soit ne change au royaume de France. Les bleus n'ont pas décroché le titre de vice-champions d'Europe du tabagisme par hasard. C'est là, un art consommé et parfaitement maîtrisé de la caste dirigeante sur le sujet. Evidemment, il ne faudrait pas mettre "tout le monde dans le même sac". Mais Agnès Buzyn prend visiblement ses dispositions pour surtout ne pas en sortir de ce sac de l'entre-soi des mêmes.


lundi 2 octobre 2017

France: Le Dr Lowenstein abasourdi que la Ministre A. Buzyn n'ait pas encore reçu les associations de vapoteurs

"Je souhaite qu'Agnès Buzyn, notre Ministre de la santé, ne reçoive pas seulement les buralistes, mais aussi les différentes associations de vapoteurs. Actuellement, c'est la principale révolution dans le domaine. Plus de vies ont été sauvées par le vapotage que par toutes les méthodes qui ont existé jusque-là". C'était la seconde fois durant son entretien dans l'émission M comme Maïtena sur RMC. Cette après-midi, le Dr William Lowenstein a fortement insisté sur son incompréhension de l'attitude de la Ministre. Le Président de SOS Addiction, atterré du sinistre sanitaire à grande échelle du tabagisme, ne comprend pas le dédain de la Ministre à l'encontre des associations de vapoteurs. Les associations Aiduce et Sovape révélaient le mois dernier que leur demande d'entrevue n'avait pas reçu même une réponse polie. Depuis la Ministre n'a toujours pas réagi. Paralysée sur place. Alors qu'elle s'était empressée de rencontrer les vendeurs de cigarettes dés sa prise de pouvoir.

Choquant mépris ministériel

A l'opposé du mépris ministérielle, le Dr Lowenstein souligne l'importance des acteurs de la réduction des méfaits par la vape, participants en première ligne sur le terrain. "Promouvoir le levier incroyable de la sortie du tabac par le vapotage.(...) Je suis ravi que notre nouvelle Ministre, qui est un médecin remarquable, ait reçu les buralistes. Mais par contre qu'elle n'ait toujours pas reçu les associations de vapoteurs, qui sont en train de sauver des centaines de milliers de vies, me choque en tant que médecin", souligne t-il (à 14') .  Pourtant, arrêter de fumer, "c'est atrocement difficile", en convient Maïtena Biraben, la présentatrice et ancienne fumeuse.

Le désastre sanitaire du tabagisme et son cortège de malades et de cadavres doit enfin être pris au sérieux par les autorités. "Cela demande autre chose que des rendez-vous à six mois, une petite trousse dans le kit du Mois sans tabac avec trois dessins à colorier. Il faut que cela devienne vraiment une priorité sanitaire et plus seulement la priorité des caisses de Bercy [le Ministère du budget]", se lâche l'addictologue. Le Pr Bertrand Dautzenberg, arrivé en cours d'émission, adoube le vapotage pour arrêter de fumer. "Pour un fumeur qui passe à la vape et quitte la cigarette, c'est infiniment, infiniment, moins dangereux. Il faut encourager tous les fumeurs à quitter le tabac par la porte, par la fenêtre, avec les moyens officiels et avec le vapotage", insiste le Secrétaire général de l'Alliance contre le tabac.

De la nicotine dans les aubergines

Cependant, encore convalescent peut-être, le tabacologue de l'Hôpital de la Salpétrière bloque toujours sur le mythologique vapotage passif. "On peut retrouver de la nicotine dans les urines [dans l'entourage des vapoteurs]. Alors, pas beaucoup, pas à forte doses, de manière infiniment moins toxique que le tabagisme passif, mais il y a un petit quelque chose", souligne le Pr Dautzenberg. "La nicotine on s'en fout. La nicotine n'est pas le problème. Le problème ce sont les milliers de toxiques des cigarettes", le reprend un peu plus tard le Dr Lowenstein, ancien pneumologue. "Oui de la nicotine, il y en a même dans les aubergines", glisse Maïtena. "C'est pour cela qu'il faut sortir du déni hypocrite contre le vapotage et le soutenir à fond", insiste encore le Dr Lowenstein.

L'émission a laissé place à d'autres interventions, notamment sur le plateau de Jean-Luc Renaud, représentant de la Fédération des buralistes, ainsi que d'auditeurs. Certains témoignant de leur arrêt du tabagisme avec le vapotage, dont un intéressant exemple d'usage de la vape en "roue de secours" pour éviter la rechute. Vous pouvez retrouvez l'émission en intégralité en podcast à  http://podcast.rmc.fr/channel295/20171002_mcommemaitena_0.mp3