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mardi 22 septembre 2020

Ma saisine au CSA concernant le film de propagande anti-vape d'ARTE

La semaine dernière, j’avais alerté sur l’imminence de la diffusion d’un film à charge contre la réduction des risques par la chaîne Arte. Il est en ligne depuis hier et il sera diffusé ce soir à l’antenne. Les critiques que j’avais formulées la semaine dernière se révèlent malheureusement justes, et d’autres séquences aggravent le caractère trompeur et la charge de désinformation du film. Voici ma saisine envoyée au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant ce film. Les illustrations sont ajoutées.

Chacun peut déposer une saisine sur le site du CSA : https://www.csa.fr/Mes-services/Alertez-nous-sur-un-programme2

Le nom de la chaîne concernée : Arte VOD

Le nom du programme ou de la publicité :  « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée »

Motifs :

Le film « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », présente plusieurs affirmations trompeuses pouvant porter préjudice au public, notamment les personnes qui fument, les personnes qui ont arrêté de fumer à l’aide du vapotage, les professionnels sociaux et sanitaires aidant à l’arrêt tabagique, les bénévoles pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique, et au-delà à l’ensemble de la société en attentant à l’information de santé publique concernant la principale cause de maladies et de décès évitable. Son propos est violemment orienté, présente des propos erronés sans éclairage, présente des intervenants de manière trompeuse, ment par omission sur de nombreux points. Ce film aura pour conséquence des malades et des morts qui étaient évitables avec une information honnête et loyale sur la réduction des risques face au tabagisme.

Cette saisine concernant la diffusion online sur le site d’Arte du film, confirme les éléments précédemment communiqués au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant sa bande-annonce diffusée la semaine précédente. De nouveaux éléments aggravants sont apparus lors de la diffusion du film complet.

1. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage, entendu au sens courant en français et en allemand comme vapotage avec nicotine, pour la vague de pneumopathies, dites Evali, aux États-Unis dont il est établi qu’elles étaient liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC. Cette séquence, à partir de la minute 26, du film est gravement trompeuse. Le témoin Daniel Ament [edité, faute dans le nom] a dans la presse américaine reconnu avoir consommé des produits du marché noir du THC, qui n’ont rien à voir avec le vapotage, et qu’il n’a pas acheté dans un magasin de vape comme le film le fait croire aux téléspectateurs (propos de mn 31 à 32). 

Plusieurs analyses scientifiques ont conclu à la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans ces pneumopathies. Il a été utilisé par les dealers du marché noir pour remplacer (en partie) l’extrait de cannabis dans les produits de THC. L’acétate de vitamine E, produit lipidique, n’est pas miscible avec la nicotine, de base aqueuse. Aucun produit de vapotage nicotiné du marché légal ne contient de l’acétate de vitamine E. Il est fort improbable que des e-liquides nicotinés même du marché noir, créés par des réglementations anti-vape dans certains pays, puissent en contenir (1).

Elle induit les téléspectateurs en erreur à double titre et avec des conséquences délétères possibles pour plusieurs groupes sociaux distincts : 

En cachant que les pneumopathies américaines étaient liées à des produits frelatés du marché noir du THC américain, des consommateurs de THC ne sont pas avertis des risques qu’ils encourent à l’image de ce qui est arrivé à Daniel, le témoin du film. Le film d’Arte augmente les risques d’intoxications similaires en trompant le public sur sa véritable cause. Cette désinformation est une mise en danger des consommateurs de THC.

Des consommateurs de vapotage qui croiraient cette séquence pourraient arrêter de vapoter au risque de retomber dans le tabagisme. Cette désinformation est une mise en danger de personnes ayant arrêté de fumer en risquant leur rechute par arrêt de la substitution nicotinique.

Des fumeurs seront convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. Cette désinformation est une mise en danger des fumeurs trompés sur un moyen efficace de sortir du tabagisme.

Les professionnels socio-sanitaires et les pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique voient leur travail saboté par cette désinformation.

Le devoir journalistique de délivrer une information rigoureuse est violé de manière flagrante sur cette séquence. Il est impératif que le CSA oblige Arte à rectifier avec la même publicité que le film lui-même cette fausse information. Le film en donnant une information fausse sur ce cas augmente les risques du public à suivre l’exemple de Daniel, son témoin, et ne pas se prémunir du réel danger de produits frelatés du marché noir du THC, tout en se méfiant à tort de produits de réduction des risques face au tabagisme. C’est une grave faute éthique qui risque de provoquer des morts, soit par utilisation de produits frelatés, soit par utilisation de cigarettes.

2. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage d’être aux mains des cigarettiers. Cela semble diffamatoire pour les marques indépendantes qui représentent plus de 85 % du marché en France selon l’institut Xerfi.

3. Il est factuellement faux de dire que le but des vendeurs de vapotage est de pousser les jeunes au tabagisme. C’est à la fois un procès d’intention diffamatoire et dans la réalité, il se passe l’inverse. Le tabagisme juvénile recule y compris en France. Une étude de l’OFDT a montré que les jeunes ayant essayé le vapotage ont 38 % de risques en moins d’être fumeurs à 17 ans que les autres jeunes (2).

4. Il est factuellement faux et méprisant de dire que le vapotage empêche d’arrêter de fumer. Les données de l’Eurobaromètre 458 mené en mai 2017 montrent qu’il y a 7,5 millions d’Européens qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage (3). Santé Publique France a évalué à 700 000 personnes en France ayant arrêté de fumer de manière consolidée et attribuant leur arrêt à leur recours au vapotage entre 2011 et 2017. Les données au Royaume-Uni, en Islande et dans d’autres pays, de manière moins spectaculaire avec des autorités créant un climat hostile à l’arrêt tabagique, vont dans le même sens. Nier l’existence de millions de vivants est une forme de négationnisme honteuse et sanglante dans ces conséquences pour les fumeurs de la part des auteurs de cette théorie aberrante.

5. Il est mensonger d’affirmer que la nicotine présente plus de dangers que l’héroïne. C’est un propos complètement insensé et délirant.

6. Il est mensonger d’affirmer qu’il est avéré que le vapotage est cancérigène. La séquence avec les chercheurs affirmant cette hypothèse basée sur des essais aux conditions contestées sur des souris transgéniques, connues pour développer des tumeurs spontanément, aurait dû être accompagnée d’un avis éclairé sur le sujet. Les publications des chercheurs interviewés sont de fait la risée du monde scientifique en raison des faiblesses de leur protocole (4). Attribuer le risque cancérigène aux traces de nitrosamines, que l’on trouve également dans les substituts nicotiniques pharmaceutiques alors que nous avons 40 ans de recul sur leur sureté, est de l’enfumage sensationnaliste de bas étage indigne. Ne pas modérer ces propos ridicules scientifiquement est une entorse déontologique au respect du droit à une information loyale pour le public.

La méta-analyse la plus sérieuse sur les risques cancérigènes comparés montre que vapoter représente un risque de 0,4 % par rapport à celui de fumer. Le propos du fil d’Arte est au moins à 99,6 % erroné.

7. Le témoignage de Stanton Glantz est mensonger à plusieurs reprises. À la mn 32, ses affirmations concernant un « risque de crise cardiaque » lié au vapotage ont été rétractées par le Journal of American Heart Association. S. Glantz avait comptabilisé pour incriminer le vapotage les infarctus de fumeurs des années avant qu’ils n’arrêtent de fumer à l’aide du vapotage (5).

Les statistiques sont têtues et l’Eurobaromètre 458 de l’Union Européenne en mai 2017 recensait l’équivalent de 7,5 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage (6). En France, Santé Publique France a établi que 700 000 personnes ont arrêté de fumer grâce au vapotage entre 2011 et 2017. L’étude clinique menée par le Pr Peter Hajek a montré que le vapotage double les chances d’arrêt tabagique par rapport aux substituts nicotiniques pharmaceutiques, et il est établi que ceux-ci augmentent les chances d’arrêt par rapport à l’absence d’aide (7). Affirmer que le vapotage ne permet pas d’arrêter de fumer est mensonger (mn 89).

Outre ses fraudes scientifiques, Stanton Glantz est connu pour son harcèlement sexuel et ses injures racistes envers ses étudiantes depuis des années sur le campus de l’Université de San Francisco. Il est choquant qu’Arte se rende complice de tels actes en les passant sous silence et en donnant la parole à son auteur (8).

8. Une large partie du domaine de la santé publique n’adhère pas à la vision idéologique présentée dans ce film contrairement à ce qui est affirmé (9). L’absence durant l’ensemble du film de professionnels de la santé publique, de professionnels de santé de terrain, de tabacologues, d’addictologues favorables et utilisant l’approche de la réduction des risques, est un biais inacceptable pour un film prétendant présenter la problématique de la réduction des risques de la consommation de nicotine. La charte de Munich rappelle utilement que le travail de journaliste ne doit pas se confondre avec celui de propagandiste. Ce film échoue à honorer sa profession. L’orientation et les liens d’intérêts des intervenants font planer un sérieux doute sur l’indépendance de la réalisation du film.

Le Royal College of Physicans britannique en 2016, et le Public Health England dans ses rapports annuels sur le sujet depuis 2015, ont évalué une réduction de 95 % des risques sanitaires du vapotage par rapport aux cigarettes. Ces deux organismes sont indépendants et le Royal College of Physicians est exemplaire dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme. Ignorer leur analyse est un mensonge par omission grave sur ce dossier. Ils sont loin d’être les seuls à prendre en considération l’approche de réduction des risques face au tabagisme. Une liste complète serait trop longue. En France, l’Académie nationale de médecine a aussi présenté une position claire et compétente. Il est incompréhensible que le film d’Arte occulte ces acteurs incontournables du domaine.

Par ailleurs, il est par exemple inexact de présenter Matthew Myers, président de la Coalition Tobacco-Free Kids, d’un simple « indépendant ». Matt Myers a négocié en secret des arrangements avec Philip Morris USA en 1997 et 2004 (10), dont il a ensuite bénéficié par les retombées financières. Il a reçu des millions $ de financement de géants pharmaceutiques, tels que Pfizer. Ceux-ci ont un intérêt direct à entretenir la source de maladies et de clients du tabagisme, et de promouvoir leurs produits d’arrêt tabagique, extrêmement peu efficace avec des taux de près de 90 % d’échecs. 

Matt Myers a aussi reçu des millions $ du milliardaire spéculateur financier Michael Bloomberg. Celui-ci entretient des affaires avec les États tabagiques de l’Inde et de la Thaïlande. Il est notoirement connu que les organisations qu’il finance protègent de toute critique ses partenaires économiques (10). On peut noter d’ailleurs que le film d’Arte ne présente ni la situation en Inde, ni en Thaïlande et ne parle pas des activités de lobbys du cigarettier Japan Tobacco.

Le même problème de conflit d’intérêts se présente avec les interventions dans le film du représentant de l’organisation STOP, financée par Michael Bloomberg.

Retrait et correctif nécessaires

Pour ces raisons, un retrait de « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » est nécessaire et urgent. Un documentaire sérieux sur ce sujet de première importance pour la santé publique pour corriger les mésinformations répandues par ce film est également nécessaire.

De nombreux professionnels sanitaires et des groupes d’entraide à l’arrêt du tabagisme voient leur travail saboté par le film diffusé par Arte. Il y a une mise en danger du public, et tromperie sur les enjeux de santé publique. Le CSA se doit d’intervenir pour faire cesser l’épidémie de désinformation sensationnaliste sur les sujets de santé publique et en particulier celui lié à la principale cause de maladies et de décès évitable qu’est le tabagisme. Il est estimé que près de 750 000 Français et 105 000 Allemands meurent prématurément de maladies liées au tabagisme chaque année. Il est inacceptable éthiquement et socialement qu’une chaîne de télévision accentue ce problème de santé publique par une désinformation du public. 

Par ailleurs, il serait pertinent que les financements de ce film soient rendus publics, en regard de son enjeu politique et commercial. Le choix des intervenants de santé publique et des organisations à sens unique est extrêmement troublant et douteux.

Étant investi dans l’aide à l’arrêt tabagique et pour l’information sur la réduction des risques, cette diffusion me porte directement préjudice.

Notes et références :

(1) Voir notamment :

– La présentation du Pr Harry Tattan-Birch, de l’University College of London, au Symposium de la Society for Research on Nicotine and Tobacco (SRNT) ce 17 septembre 2020, est un excellent résumé de la crise dite Evali. Accessible uniquement sur inscription au Symposium.

– Les méfaits de la désinformation à propos de cette crise ont été analysés dans cette étude : Association of the US Outbreak of Vaping-Associated Lung Injury With Perceived Harm of e-Cigarettes Compared With Cigarettes ; Harry Tattan-Birch, MSc1,2; Jamie Brown, PhD1,2; Lion Shahab, PhD1,2; et al Sarah E Jackson, PhD1,2; JAMA Netw Open. 2020; 3(6):e206981. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.6981 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2767134

– Le 19 août, le laboratoire de toxicologie du Département de santé de l’État de New York avait déjà déterminé la responsabilité de l’acétate de vitamine E présent dans des produits du marché noir du THC. https://www.eurekalert.org/pub_releases/2020-01/mdpi-vea012220.php et leur conférence de presse le 5 septembre 2019 https://www.health.ny.gov/press/releases/2019/2019-09-05_vaping.htm

-Vitamin E Acetate in Bronchoalveolar-Lavage Fluid Associated with EVALI ; Benjamin C. Blount et al. ; N Engl J Med 2020; 382:697-705 ; DOI: 10.1056/NEJMoa1916433 https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1916433

-CDC Confirms Black Markets, not "Vaping," Caused Outbreak. https://cei.org/blog/cdc-confirms-black-markets-not-vaping-caused-outbreak

- Nyakutsikwa B, Britton J, Bogdanovica I, Langley T. Vitamin E acetate is not present in licit e-cigarette products available on the UK market. Addiction. January 2020:add.14920. doi : 10.1111/add.14920

– Les consommateurs de THC sont les premières victimes de la désinformation comme l’explique ce spécialiste du domaine du cannabis : https://www.leafly.com/news/politics/at-years-end-time-to-ask-why-did-the-cdc-ignore-vaping-evidence 

(2) Analyse de l’OFDT publiée : Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France? ; Sandra Chyderiotis et al. ; Drug and Alcohol Dependence, Vol. 208, 1 March 2020 ; https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2020.107853

Analyse aux États-Unis : Electronic cigarettes, nicotine use trends and use initiation ages among US adolescents from 1999 to 2018 ; Floe Foxon, Arielle S. Selya ; Addiction, avril 2020 ; https://doi.org/10.1111/add.15099

(3) Eurobaromètre 458 https://data.europa.eu/euodp/fr/data/dataset/S2146_87_1_458_ENG

(4) Factchecking de Libération : https://www.liberation.fr/checknews/2018/02/01/est-ce-vrai-que-le-vapotage-augmente-les-risques-de-cancer-et-de-maladies-cardiaques_1626654

(5) La rétraction de l’article de Stanton Galntz par le Journal de l’American Heart Association : https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/JAHA.119.014519

(6) Essai clinique mené par le Pr Peteer Hajek : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa1808779

(7) L’affaire Stanton Glantz : https://www.statnews.com/2018/10/16/stanton-glantz-ucsf-sexual-harrassment/

(8) Voir par exemple (liste non exhaustive) :

Royal College of Physicians 2016 https://www.rcplondon.ac.uk/projects/outputs/nicotine-without-smoke-tobacco-harm-reduction

Public Health England de 2015 à 2020, les rapports annuels sur le vapotage : https://www.gov.uk/government/publications/e-cigarettes-and-heated-tobacco-products-evidence-review

Académie Nationale de Médecine : http://www.academie-medecine.fr/lacademie-nationale-de-medecine-rappelle-les-avantages-prouves-et-les-inconvenients-indument-allegues-de-la-cigarette-electronique-vaporette/

(9) Article de 2004 sur les arrangements entre Matt Myers et Philip Morris USA : https://www.rollcall.com/2004/10/04/how-philip-morris-tobacco-foes-tied-the-knot/

(10) Une affaire illustrant les méthodes Bloomberg : https://www.npr.org/2020/04/14/828565428/bloomberg-news-killed-investigation-fired-reporter-then-sought-to-silence-his-wi?t=1600778619985

                                                                    Le 22 septembre 2020, Poirson Philippe


jeudi 17 septembre 2020

Publicité négative : ARTE veut convaincre les fumeurs de rester à la cigarette

Le film sera diffusé le mardi 22 septembre en prime time sur Arte et accessible en ligne dès la veille. « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » de Bärbel Merseburger-Sill s’annonce être un brulot à charge contre le vapotage. Dans la bande-annonce et le texte de présentation du site d’Arte, pas moins de six affirmations trompeuses ou erronées sont déjà diffusées. La plus grossière est la fausse attribution au vapotage des pneumopathies liées aux produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis en 2019.

Théorie du complot et mensonges

Seconde affabulation : la théorie complotiste du film prend appui sur le mythe de la mainmise des cigarettiers sur le vapotage. Dans la réalité, le marché est loin d’un oligopole avec plus des 8/10 e des ventes pour des firmes indépendantes des cigarettiers. Dans la foulée, la chaîne franco-allemande reprend à son compte la théorie éculée de la passerelle : « l’industrie de la nicotine, d’un redoutable cynisme, cible dès à présent les très jeunes, dont elle s’emploie à faire les fumeurs de demain », dans le texte. 

Dans la réalité, le tabagisme des jeunes s’écroule où le vapotage s’est développé. A croire que les complots cigarettiers ne sont plus ce qu’ils étaient. D’autant plus qu’une étude sérieuse de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) conclut à une réduction de 38 % du risque de devenir fumeur à 17 ans pour ceux qui ont essayé le vapotage par rapport aux jeunes qui n’y ont jamais touché. Mais Bärbel Merseburger-Sill s’est libérée des faits pour raconter son histoire.

Diffamation de scientifiques et pseudo-science

Ainsi le film dessine la figure du méchant en diffamant les organismes scientifiques de santé publique, le Royal College of Physicians (UK) et Public Health England, ayant évalué une réduction de 95 % des risques du vapotage par rapport à la cigarette, en prétendant qu’ils sont des « représentants de l’industrie »

La fiction ne s’arrête pas là, le film glisse même dans une sorte de science-fiction. La nicotine présenterait plus de danger que l’héroïne, selon les promoteurs du documentaire de Bärbel Merseburger-Sill. Le terme de danger implique d’avoir des preuves, mais un film autorise la fantaisie. On se doute de l’option prise par la réalisatrice. Avant de conclure que les dangers du vapotage sont avérés. Auxquelles s’ajoutera dans le film, de fausses affirmations sur le caractère cancérigène prétendument avéré (!) du vapotage, sur la base d’études biaisées sur des souris et aux résultats infirmés par les spécialistes.

Un succès commercial

Décrypter chacun de ces points est long (voir plus bas des suggestions de lecture). L’extrême majorité des personnes qui visionneront le film ne le feront pas. En ceci, on peut déjà féliciter Arte pour sa réussite commerciale : en lui faisant confiance, des centaines de milliers de ses téléspectateurs français et allemands seront un peu plus convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. La méthode de la publicité négative est une technique de marketing très efficace. 

Les téléspectateurs d’Arte choqués de cette fumisterie pourraient saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) en raison de l’évidente maltraitance des informations de santé. La bande-annonce ainsi que son texte d'accompagnement permettent déjà de faire une telle saisine en raison des multiples erreurs diffusées.

[Add 14h] A toute fin utile, le lien sur mon drive vers la copie de ma saisine au CSA:   https://drive.google.com/file/d/1W83pmn9omC1olx8b-OvuJNlpag8baZ4B/view?usp=sharing [/]

Le CSA défendra t-il le droit à une information de santé honnête ?

Le secteur public de l’audiovisuel est sensé, selon l’article 43-11 de la loi relative à la liberté de communication, assurer « une mission d’information sur la santé ». Arte ayant labellisé sur son site le film comme « Médecine et santé », la chaîne pourrait être tenue à l’objectivité de son contenu, en contraste d’une liberté créatrice d’une œuvre de fiction. 

À fortiori, en portant atteinte aux spectateurs qui fument par désinformation sur un sujet de santé, il constitue une mise en danger. Les chances sont faibles, mais le CSA pourrait se montrer sensible à ce nouvel exemple de dérive sensationnaliste, alors que le contexte de mésinformation sanitaire du public montre tout son potentiel délétère dans l'actualité. 

Une opération politique

Une autre raison possible de saisie du CSA est le caractère unilatéral du documentaire. Aucun représentant de l’approche de réduction des risques ni de défenseurs des utilisateurs de produits à risques réduits, n’a la parole dans le film. Il présente la vision unique du courant pro-abstinence, pourtant minoritaire chez les acteurs de terrain de santé et du social. « L’expression pluraliste des courants de pensée », défendue par l’article 13 de la loi sur la liberté de communication, sur les approches de santé publique concernant le tabagisme n’est pour le moins pas respectée. Ceci est d’autant plus pervers que le sujet sera en débat au niveau des instances européennes ces prochains mois.

À ce titre, on serait curieux de connaître de manière transparente les financements du film. On ne trouve aucune information sur le site du producteur Berlin Producers. Il est très probable que cet aspect restera secret. On peut imaginer qui nourrit l’intérêt, à quelques mois de la révision de la directive européenne TPD qui concerne le vapotage, de dénigrer l’aide la plus populaire pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens. 

Au moins 7,5 millions de citoyens de l’Union Européenne ont arrêté de fumer à son aide, et neuf autres millions ont réduit sensiblement leur consommation de cigarettes. Ce sont des pertes colossales pour les percepteurs de taxes du tabac, les vendeurs de cigarettes, mais aussi les vendeurs de médicaments aux millions de fumeurs rendus malades par leur tabagisme.

Un film gore

Arte semble s’être autorisée à prendre le risque de nuire à la santé de ses téléspectateurs qui fument en les induisant en erreur. Le nombre estimé de décès par an liés au tabagisme approche 75 000 en France et 105 000 en Allemagne. Des millions sont malades à cause de la nocivité des cigarettes. Mais Bärbel Merseburger-Sill a choisi de les conforter dans la peur de sortir de la cigarette. Cette mise en danger n’est pas gratuite.

Les échéances politiques avec des pressions pour faire interdire les arômes de vapotage et taxer la vape au niveau européen approchent. De probables tentatives de révisions de la directive TPD en mai prochain et, en parallèle, un projet d’intégrer le vapotage à la directive européenne des taxes du tabac. Le Bundestag allemand travaille déjà sur le sujet. L’enjeu de maintenir les centaines de milliards € de rentrées fiscales, de ventes de cigarettes et ventes de médicaments pour les fumeurs malades semble avoir pris le pas sur la déontologie et l’honnêteté sur la chaîne franco-allemande.

Graphique extrait de la présentation au Bundestag le 7 septembre 2020, du Dr Martin Storck, de la clinique de Karlsruhe, sur les risques cancérigènes comparés entre cigarette, tabac chauffé et vapotage. Sa présentation est en ligne à https://www.bundestag.de/resource/blob/711050/40b859307b0d526dbefa1b562b944f13/05-Storck-data.pdf

Aides au décryptage

Pour ceux qui auront le temps et le courage de vouloir vérifier les faits, on peut recommander ces lectures (liste non exhaustive) :


mardi 25 août 2020

Vague de rechutes tabagiques de femmes enceintes provoquées par les gynécos français

Dans l’ombre de l’épidémie de Covid-19, la déferlante passe inaperçue depuis le début d’année en France. Pourtant une vague de femmes enceintes rechutent dans le tabagisme après que leur gynéco leur ait conseillé de ne plus vapoter. Les groupes d’entraide et les consultations d’arrêt tabagique encaissent l'épidémie de panique. À l’origine de l'onde de choc, le résumé des recommandations de prise en charge du Collège national des gynécologues et des obstétriciens français (CNGOF) et de la Société francophone de tabacologie (SFT) diffusé en janvier. En une demi-page qui amalgame vapotage, chicha, cigarette chauffée et Snus, le CNGOF et la SFT recommandent « de déconseiller l’initiation ou la poursuite des produits de vapotage pendant la grossesse (accord professionnel) ». Ce texte court ne présentait aucune référence scientifique, mais il a été suivi par nombre de gynécologues praticiens français.

Une recherche ultra-light

Depuis, la revue du CNGOF a publié, dans son numéro de juillet-août, un papier de quatre pages pour justifier ses recommandations sur le vapotage, la chicha, le tabac chauffé, la Juul et le Snus*. Aucune femme, aucun tabacologue, aucune représentante de femmes enceintes ni d’usagers de produit de réduction des risques, ne cosignent l’article. Les auteurs, les Drs Charles Garabedian, Paul Berveiller et Paul Guerby, estiment avoir dressé l’état des connaissances concernant le vapotage sur la base de douze (12 !) études référencées. En contraste, la revue de connaissances publiée en juin par l’association Sovape sur le sujet [disclaimer: à laquelle j’ai participé], compte près d’une cinquantaine de références.

Ignorance des données disponibles

Les trois gynécologues français affirment qu’il n’existe « aucune donnée » sur les effets du vapotage durant la grossesse. Pourtant, deux publications scientifiques relatent les statistiques de 2018 et 2019 des accouchements de femmes ayant vapoté, fumé ou sans consommation de produits nicotiniques à l’hôpital Coombe de Dublin, qui accueille près de 8500 naissances par an. Les deux analyses du suivi aboutissent aux mêmes résultats : il n’y a pas de différence significative entre les accouchements et les mesures des bébés des femmes vapoteuses exclusives par rapport aux femmes non-fumeuses, au contraire des fumeuses.
« Les bébés nés d’utilisatrices de vapotage avaient un poids moyen à la naissance de 3482 g (+/- 549 g), similaire aux bébés des non-fumeuses (3471 g +/-504 g) et significativement supérieur à ceux des fumeuses (3166 g +/- 502 g). [...] Aucun cas de morbidité maternelle grave n’a été relevé. Les résultats de l’accouchement, y compris le besoin d’induction, le mode d’accouchement, le traumatisme périnéal et l’hémorragie post-partum, étaient tous similaires à ceux des non-fumeuses, tout comme les taux d’admission en unité de soins spéciaux. Aucun cas de syndrome de détresse respiratoire néonatale n’a été signalé ». McDonnell, B.P., Bergin, E., Regan, C., 2019. 186: Electronic cigarette use in pregnancy is not associated with low birth weight or preterm delivery. American Journal of Obstetrics & Gynecology 220, S137. https://doi.org/10.1016/j.ajog.2018.11.207

Connaissances de base sur le sujet défaillantes

Les auteurs de la recommandation du CNGOF n’ont pas non plus jugé nécessaire de prendre en compte les analyses du Royal College of physicians britannique de 2016, ni les rapports annuels sur le vapotage pour le Public Health England depuis 2015. Le dernier de 2020 consacre pourtant un chapitre spécialement sur le vapotage et les femmes enceintes, ainsi que les personnes souffrant de troubles psychologiques. 

Les données de Santé Publique France méprisées

Les gynécologues français affirment aussi que les données pour l’arrêt tabagique avec le vapotage ne permettent pas de conclure à une aide, en omettant de nombreux travaux. Notamment, ils ignorent l’étude clinique menée par une équipe du Pr Peter Hajek avec 886 participants, montrant un taux d’arrêt tabagique consolidé à un an avec le vapotage deux fois plus efficace que les substituts nicotiniques. Ainsi que l’analyse de Santé Publique France sur le suivi en population de 2011 à 2017, qui a vu en moyenne au moins 100 000 fumeurs français par an réussir à arrêter de fumer à long terme grâce à la vape. 

Les médecins ont besoin d’outils éducatifs

En s’appuyant sur la récente revue Cochrane de mai 2020 sur les « facteurs influençant la prise et l’usage de substituts nicotiniques et de vapotage chez les femmes enceintes qui fument », les trois gynécologues français soulignent cependant « le besoin d’outils éducatifs non seulement pour les patients, mais aussi pour les médecins »

Alors, pourquoi ne pas avoir intégré ni pris en compte l’avis de personnes compétentes et expérimentées pour éclairer leur recherche ? Le mystère s’épaissit avec l’absence de considération pour les recherches de groupes de travail tels que le Smoking in pregnancy Challenge group britannique, le Lullaby trust ou la position du Collège Royal des sages-femmes.

Une recherche de connaissances pré-déterminée ?

En passant, il est surprenant de constater que la revue de connaissances du CNGOF contient au moins une étude publiée en mai 2020, alors que la recommandation qu’elle soutient a été diffusée dès janvier. Ajouté aux études ignorées, qui apparaissent pourtant dans la base de données avec les mots clefs que les auteurs disent avoir utilisés, le traitement énigmatique et fluctuant entre janvier et juillet de la Juul, ainsi que l’orientation générale du travail, une étrange impression surgit. On en vient à se demander si au lieu d’éclairer l’élaboration des recommandations, ce travail n’est pas simplement un papier d’accommodement pour accompagner une recommandation prise a priori sans tenir compte des données scientifiques. Mais ce n’est peut-être qu’un sentiment erroné... ou pas.
« Les “Big Tobacco”, les “Big Pharma”, l’OMS sous impulsion “Bloombergienne”, mais aussi les grandes associations historiques de lutte contre le tabac enfoncent cette tyrannie de l’idéal [de l’abstinence totale de nicotine] pour mieux asseoir leurs budgets et rentes en péril : attention le vapotage est dangereux !
Au point d’influencer le CNGOF à inciter ses membres à culpabiliser les femmes enceintes, voire les mettre en danger, en leur demandant d’arrêter le vapotage quand enfin elles ont réussi à arrêter de fumer par ce moyen ? Pourtant, des études internationales existent et nous aident à ne pas commettre cette faute professionnelle. Ignorer ces études est aussi invraisemblable en 2020 que de continuer à ne pas faire de différence entre tabac fumé (combustion), tabac chauffé, chicha et… vapotage », le Dr William Lowenstein dans son avis complémentaire à la revue de connaissances de Sovape

Pousser à continuer ou recommencer de fumer n’est pas de la précaution

Sur la base de cette recherche médiocre, s’étant privés de publications incontournables et des éclairages d'acteurs de terrain et des principales concernées, les auteurs sombrent dans le contresens du principe de précaution en ayant perdu de vue le contexte. La précaution face à un danger certain, tel que celui de fumer, est de recourir à des mesures pour l’éviter même lorsque celles-ci ne sont pas encore totalement éclaircies. Dire qu’il ne faut pas arrêter de fumer avec le vapotage est tout sauf une précaution en regard du danger de fumer. Et cette erreur a de graves conséquences concrètes depuis le début d’année, comme l’a évoqué Libération fin juin.

« Combien de femmes enceintes sont venues, ces derniers temps, à ma consultation d’aide à l’arrêt du tabac, en ayant repris le tabac, alors qu’elles avaient brillamment arrêté de fumer avec la vape ? Mais leur gynécologue leur avait déconseillé la poursuite de celle-ci pendant leur grossesse… La reprise du tabac est alors très rapide ». En complément du travail de Sovape, la Dre Marion Adler, tabacologue de l’hôpital de Clamart où elle a créé la consultation pour les femmes enceintes en 2001 et elle-même membre de la SFT, sonne l’alerte en juin contre la recommandation diffusée depuis le début de l'année.

Une vague de rechutes tabagiques provoquées par le CNGOF

Malheureusement, elle est loin d’être la seule à faire ce constat glaçant. Les groupes d’entraide à l’arrêt tabagique font face à une avalanche de femmes enceintes paniquées par les conseils de leurs gynécos sur le sujet ces derniers mois. « Au contact quotidien de femmes enceintes dans le groupe auto-support INFO VAPE, l’association SOVAPE constate leurs inquiétudes récurrentes à l’égard du vapotage. Celles qui fument sont découragées d’y recourir pour tenter l’arrêt, d’autres qui ont arrêté la cigarette sont culpabilisées et “sommées” de cesser de vapoter », précise Sovape lors de la diffusion de sa revue de connaissances.

Même retour d'expérience sur les autres groupes d’entraide. Les femmes enceintes déboussolées demandent de l’aide sur le sujet, quand elles n’ont pas déjà repris la cigarette. Le malaise est palpable. Nicolas Govin, tabacologue animateur du groupe de plus de 8000 membres sur Facebook Entraide Tabac : arrêter de fumer ensemble !, faisait part de sa sidération dès le mois de mars.

Une recommandation nocive à rétracter

En France, près de 30 % des femmes qui tombent enceintes fument. Moins de la moitié de celles-ci réussissent à arrêter avant terme. Pourtant un arrêt au premier trimestre de grossesse permet de réduire presque totalement les méfaits liés au tabagisme pour l’accouchement et le futur bébé. Dans cette situation, condamner une solution efficace et pratique est incompréhensible. 

Mais pire, stigmatiser et faire la chasse aux vapoteuses, tels que le recommandent le CNGOF et la SFT, au risque de les repousser dans le tabagisme est nuisible. Les femmes qui ont arrêté ou qui veulent arrêter de fumer doivent-elles désormais se méfier de leur gynéco et leur cacher ce sujet ?

Au vu de ses conséquences délétères, des lacunes et des erreurs de la recherche qui la soutient, cette recommandation du CNGOF devrait être immédiatement retirée et corrigée avec un travail sérieux préalable intégrant les parties prenantes concernées. 


* Garabedian C., et al. ; "Autres méthodes de consommation pendant la grossesse : cigarette électronique, tabac chauffé, chicha et snus — Rapport d’experts et recommandations CNGOF-SFT sur la prise en charge du tabagisme en cours de grossesse" ; in Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie (2020), https://doi.org/10.1016/j.gofs.2020.03.031 

jeudi 30 juillet 2020

L'Institut Pasteur compare les toxiques entre cigarette, tabac chauffé et vape

Quel niveau de réduction des risques avec la vape ou une cigarette chauffée par rapport aux cigarettes classiques ? L’Institut Pasteur de Lille apporte sa contribution au sujet avec une étude approfondie. L’équipe menée par Romain Dusautoir a analysé les taux de carbonyles et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dans les émissions d’une cigarette standard (3R4F), de la fumée de la cigarette chauffée Iqos, et de trois dispositifs de vapotage. Les chercheurs, financés par l’Institut national du cancer (INCa), ont ensuite procédé à des tests in vitro de viabilité de cellules épithéliales bronchiques humaines (BEAS-2B) exposées aux différents aérosols. 
« Dans le cadre de la réduction des méfaits du tabac, dans laquelle les fumeurs devraient idéalement pouvoir choisir librement parmi une variété de solutions de rechange au tabagisme, les produits du tabac émergents (comme le tabac chauffé [HTP]) et le vapotage semblent avoir le potentiel d’une nouvelle offre prometteuse. Toutefois, il est fondamental pour les fumeurs de connaître et de comparer les risques pour la santé de ces différents dispositifs émergents afin de déterminer quel produit devrait être préféré pour le sevrage tabagique », soulignent les onze coauteurs de l’étude financée par l’INCa et l’IResP.
Globalement, les résultats sont sans appel. "Conformément aux niveaux de composés toxiques mesurés dans chaque aérosol, l’aérosol de cigarette chauffée (HTP) présente une cytotoxicité réduite par rapport à la fumée de cigarette, mais plus élevée que les émissions de vapotage", conclut la publication en open-access dans le Journal of hazardous materials.

Les niveaux de carbonyles et de HAP mesurés

La fumée de cigarette contient près de 7000 composés toxiques, dont l’extrême majorité est absente du vapotage. Notamment, le vapotage ne contient ni monoxyde de carbone ni goudrons contrairement à la cigarette. L’étude menée à l’Institut Pasteur de Lille s’est concentrée sur le niveau de deux classes de toxiques dont certains sont encore présents dans le vapotage, en comparant les niveaux à ceux dégagés par du tabac chauffé et une cigarette. 

Ainsi, les niveaux de 19 carbonyles et de 23 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ont été mesurés dans la fumée d’une cigarette, celle d’une Iqos (indiquée par HTP), du vapotage d’un modèle vieillissant d’Ego avec une résistance de 2,8 ohms alimentée à 4,6 Watts (nommée Lounge), et d’un Mod box plus récent avec une résistance en 0,5 ohms en deux configurations, l’une à 18 Watts et l’autre à 30 Watts. Les trois vapoteuses ont été testées avec un liquide à 16 mg/mL de nicotine, goût classique (en 70 % PG et 30 % VG). Les tests ont suivi le régime intensif de Santé Canada tout en veillant à ne pas créer artificiellement de dry-hit, en respectant notamment les recommandations de l’AFNOR.
« Pour assurer des conditions expérimentales réalistes, deux vapoteurs réguliers ont testé les e-cigs utilisés dans notre étude pour éviter la génération de bouffées sèches, en utilisant la durée de bouffée et les réglages de puissance tels qu’ils ont été testés avec la machine à fumer. Les utilisateurs ont confirmé l’absence de sensation de bouffée sèche et la production de vapeur suffisante. En outre, la température de l’aérosol généré a également été considérée comme un indicateur de pertinence expérimentale et de réalisme », stipulent les chercheurs, qui ont évité les erreurs méthodologiques « à l’américaine ».

Réduction de 99,8 % des carbonyles pour la Modbox

Les chercheurs ont analysé la présence des toxiques par bouffée et de manière pertinente par µg de nicotine délivré. Les résultats, détaillés pour chaque substance dans le papier, indiquent à délivrance égale de nicotine, une réduction de 77 % des émissions de carbonyles pour l’Iqos, et à plus de 99,5 % pour les différents modèles de vape, par rapport à la cigarette. Grossièrement, on peut dire que l’Iqos réduit par quatre fois la dose de carbonyles pour l’utilisateur à délivrance de nicotine similaire par rapport à la cigarette, tandis que les vapoteuses la réduisent de l’ordre de 200 à 500 fois. 
« Dans l’ensemble, nos données démontrent donc qu’à des températures normales, la teneur en carbonyles dans les émissions de vapotage ne représente qu’une petite fraction des niveaux inhalés par les utilisateurs de produits du tabac », précise l’étude.
Clique dessus pour la voir plus grande :
Dans le détail, les auteurs soulignent la nette réduction d’émission de carbonyles de l’Iqos en regard de la cigarette standard. Mais ils notent que la « présence de niveaux élevés d’acétaldéhyde est la marque de la pyrolyse et de dégradation thermogénique du tabac ». « En revanche, la principale source de carbonyles dans les émissions de vapotage est la dégradation thermique du glycérol et du propylène glycol contenue dans l’e-liquide. Certains carbonyles étaient quantifiables dans les différentes vapeurs d’e-cig testées, mais de plusieurs fois plus faibles que dans les émissions des deux produits du tabac testés ».

HAP réduits de 98,5 % avec la Modbox

Concernant les HAP, l’Ego se montre moins performante et ne réduit « que » de 92,5 % les taux de cette classe de toxiques par rapport à la cigarette. L’Iqos se montre un peu plus sûre avec une réduction de 94,3 %. Tandis que le modbox plus récent atteint 98,5 % et 99,2 % dans les deux configurations de puissance, en profitant d’une meilleure vaporisation de la nicotine. Les dispositifs de vapotage plus modernes en améliorant leur efficacité à la vaporisation de nicotine ont réduit les émissions d’HAP par dose de nicotine délivrée.

Tests de cytotoxicité in vitro

En plus de ces mesures, l’équipe de recherche a évalué l’impact toxicologique des aérosols produits. Ils ont exposé des cellules de la paroi (épithéliales) de bronches humaines à la fumée de la cigarette, de l’Iqos et aux aérosols des trois dispositifs de vapotage. Ils ont relevé la viabilité des cellules exposées, ainsi que des marqueurs de stress oxydatifs et de réponses inflammatoires.
« La réduction apparente de certains constituants nocifs dans les émissions de HTP et de vape par rapport à la cigarette de tabac ne peut pas être directement extrapolée à une réduction proportionnelle des méfaits pour les fumeurs »
Pour évaluer la viabilité cellulaire, les chercheurs ont déterminé la dose effective (ED50) qui élimine la moitié des cellules exposées. Les résultats sont éloquents. Deux bouffées de cigarettes suffisent à atteindre ce seuil tandis qu’il faut 45 bouffées d’Iqos. Les « vapeurs d’e-cig n’ont pas induit une mortalité cellulaire suffisante pour calculer une ED50 (quelle que soit la puissance ou le modèle e-cig testé) » après 120 bouffées. Dans une étude précédente, un des chercheurs avait été jusqu’à 576 bouffées avec différents e-liquides sans montrer de cytotoxicité.
« Nous avons également évalué la viabilité cellulaire en fonction de la nicotine émise. Les résultats étaient équivalents avec ou sans normalisation de la nicotine : une cytotoxicité plus élevée pour la cigarette de tabac (ED50 = 0,2 mg de nicotine) que pour HTP (ED50 = 2,8 mg de nicotine) et une faible cytotoxicité pour le vapotage »


Le stress oxydatif des cellules a été mesuré par le rapport entre les niveaux de glutathion oxydé (GSSG) et celui réduit (GSH). La cigarette a induit une augmentation de 2,7 du ratio GSSG/GSH dés la première bouffée. La cigarette chauffée a produit la même augmentation, mais après 12 bouffées. Tandis que du côté du vapotage, seule la Modbox à 30 watts à produit un changement similaire (2,9) après 120 bouffées. Sur cette base de 120 bouffées de vape, 12 bouffées d’Iqos et une seule bouffée de cigarette, les chercheurs ont vérifié une réaction de défense immunitaire des cellules. 
Enfin, ils ont relevé la sécrétion de cytokines en réponse à des processus inflammatoires. L’interprétation des résultats, plus prononcés avec moins de bouffées, reste à déterminer. « Ces différentes modulations dans les médiateurs inflammatoires peuvent s’expliquer en partie par les niveaux de carbonyle et d’HAP mesurés dans les différentes émissions », avancent les chercheurs.
« Cette étude contribue à une meilleure compréhension des propriétés des émissions de tabac chauffé (HTP) et de vapotage et de leurs impacts toxicologiques connexes. Elle fournit des données importantes nécessaires à l’évaluation des risques, en démontrant que le HTP pourrait être moins nocif que la cigarette de tabac, mais beaucoup plus nocif que le vapotage », concluent les chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille.

mercredi 1 avril 2020

Covid-19 & Fake News: des scientifiques recadrent la FDA après un article vaseux de Bloomberg.com

Treize experts anti-tabac ont répliqué par lettre à une sortie vaseuse sur le vapotage et le Covid-19 d’un chargé de comm' de la Food and Drug Administration (FDA) dans Bloomberg.com. 

À sa lecture attentive, l’accroche tapageuse ne reflète pas vraiment le contenu vaseux de l’article. « Selon la FDA, vapoter pourrait aggraver les risques liés au virus », titre le site Blomberg.com le 27 mars. S’ensuivent des suppositions sur des possibilités alambiquées dont on cherche en vain les fondements. 

Dans un premier temps, les deux auteures avaient laissé dans le flou, avant d’éditer l’article pour préciser que ce sont elles qui ont sollicité la FDA. Puis elles ont encore modifié leur article pour y ajouter une déclaration complémentaire de l’intervenant de l’agence pour évoquer de potentiels risques pour les personnes ayant déjà des problèmes de santé, y incluant de manière énigmatique les vapoteurs visés initialement par la publication. 

Pourrait peut-être potentiellement

Le passage remanié en question de l’article de Bloomberg.com : « “Les personnes ayant des problèmes de santé sous-jacents, tels que des problèmes cardiaques ou pulmonaires, pourraient avoir un risque accru de complications graves de Covid-19”, a déclaré Michael Felberbaum, un porte-parole de la FDA dans un courriel vendredi en réponse aux questions de Bloomberg. “Cela inclut les personnes qui fument et/ou vaporisent du tabac ou des produits contenant de la nicotine” ».

Michael Felberbaum, le chargé de communication de la FDA, se présente lui-même comme « un communicant, ex-journaliste à Associated Press, amateur de bières artisanales et joueur de hockey ». Cela situe son niveau d’expertise sur le Covid-19 et le vapotage, sujet sur lequel il n’y a aucune étude ni d’indice d’un quelconque lien positif ou négatif. L'article de Bloomberg.com évoque aussi un bout de phrase sortie d'un blog très spéculatif de Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA), l'institut qui a financé la mise au point des cigarettes OGM à très faible taux de nicotine.

Réagissant à cet article « regrettable », par un courrier envoyé hier à la FDA, treize experts chevronnés de la lutte contre le tabagisme déplorent le manque de sérieux de ce coup de comm' et ses conséquences négatives pour les personnes ayant arrêté de fumer avec le vapotage. 

Le public mérite une information honnête, même les vapoteurs

« Il y a environ 12 millions de vapoteurs et 34 millions de fumeurs aux États-Unis. S’ils doivent recevoir des informations sur des questions vitales, surtout en cette période anxiogène, ils méritent mieux qu’un courriel ad hoc d’un porte-parole de la FDA envoyé à un seul service d’information en ligne », pique le courrier signé notamment par le Procureur général de l’Iowa Thomas Miller, le Pr David Abrams de l’Université de New York et Clive Bates, expert renommé et ancien directeur de l’organisation anti-tabac Action on Smoking and Health (UK) (les autres signataires en note de fin d’article *). 

Plus précisément, ils regrettent l’effet de peur contre les vapoteurs recherché par la publication de Bloomberg à laquelle s’est prêté le chargé de comm' de la FDA. « Il est probable que de nombreux vapoteurs présentent des problèmes sous-jacents qui augmentent la vulnérabilité et la susceptibilité de symptômes graves ou mortels du Covid-19. Cela s’explique par le fait que beaucoup d’entre eux sont d’anciens ou encore fumeurs et qu’ils ont accumulé des dommages à leurs systèmes cardiovasculaire et respiratoire à travers de nombreuses années de tabagisme », expliquent les experts.

Propagande nuisible

Avant de poursuivre en pointant le caractère délétère de l’article. « Beaucoup vapotent dans le but de réduire leurs risques liés au tabagisme et, ou de soulager ces symptômes. Il est donc particulièrement important qu’une grande attention soit portée aux conseils donnés à ce groupe. Sur quelle base la FDA croit-elle pertinent en ce moment de décourager les personnes souffrant de troubles sous-jacents liés au tabagisme de vapoter, alors que l’alternative probable pour beaucoup serait un retour au tabagisme ? »

La question est surtout rhétorique, car il n’existe actuellement aucune donnée sur un quelconque risque, ni une diminution de risque, du vapotage en regard du Covid-19. Reste le conseil de santé, valable hors du contexte du Covid-19, d’arrêter de fumer. « Sur ce point, nous pensons donc que les conseils aux fumeurs devraient être conformes à l’impératif de santé publique d’arrêter de fumer par n’importe quelle méthode efficace, et cela inclut de passer au vapotage ou d’autres produits nicotinés non combustibles à faible risque ».

Ce qu’on ne sait pas dire clairement, mieux vaut le taire

« Si la FDA est en mesure de fournir des conseils francs et clairs qui mettent la santé de millions d’Américains au premier plan, et ce sur la base de connaissances comportementales et biomédicales solides, alors elle devrait le faire et nous serions heureux de la contribution de l’agence. Toutefois, si ses communications sont arbitraires et mal conçues, répandent la peur et la confusion avec peu de bases scientifiques et avec des conséquences imprévisibles, alors il serait préférable que la FDA et ses porte-paroles dans les médias s’abstiennent d’autres commentaires pour le moment », concluent les treize experts.

Bloomberg business

La lettre adressée à la FDA se concentre sur les manquements évidents de la communication de l’agence à cette occasion, en laissant de côté le média propagateur. Mais que Bloomberg.com publie un article pour répandre la peur chez les vapoteurs en sollicitant un communicant un peu bêta de la FDA n’est pas tout à fait innocent. Bloomberg.com est un site d’information dédié aux spéculateurs financiers, à l’image de son fondateur Michael Bloomberg. Celui-ci est également engagé en politique où il vient d’échouer aux primaires démocrates

Au début du mois, ces deux camarades de parti au pouvoir à New York avaient aussi joué la carte de la peur du vapotage pour ne pas faire face à l’épidémie de coronavirus. Au 8 mars, lorsque Bill de Blasio accusait le vapotage, il y avait 20 cas de covid-19 à New York. Selon la page du Gisand Data, il y a au moment où j’écris plus de 76 000 cas confirmés et 1714 décès du Covid-19 à New York.

Michael Bloomberg s’est aussi lancé depuis quelques années dans le business de la philanthropie avec plusieurs entreprises, dont la Bloomberg Philanthropies Company (LLC). Il a investi plusieurs centaines de millions dans des campagnes de lutte contre l’approche de réduction des risques face au tabagisme, en particulier contre le vapotage. Parmi ces derniers investissements, 160 millions $ sont attribués à une campagne pour faire interdire le vapotage « aromatisé » aux États-Unis.

Opacité totale sur les intérêts financiers de Bloomberg

Le milliardaire, dans le top 10 des fortunes mondiales, a refusé de présenter sa déclaration d’impôt durant les primaires démocrates. La plupart de ses entreprises « philanthropiques » sont des Limited Liability Company (LLC), qui n’ont pas à répondre des exigences habituelles des fondations philanthropiques. Aucun compte n’est publié, aucune obligation de financer des causes caritatives, aucune restriction sur des délits d’initiés, notamment sur le fait de financer une action qui va profiter à une entreprise du donateur. 

L’opacité totale de cette forme juridique pour des entreprises prétendant être philanthropiques est dénoncée par de nombreux chercheurs, sans avoir d’écho dans les médias. Aucun contrôle du public ne peut s’exercer sur les réelles motivations et les éventuelles tactiques financières de ces soi-disant initiatives philanthropiques. Les liens d’intérêts du milliardaire avec les entreprises pharmaceutiques, mais aussi avec des États tabagiques, notamment l'Inde et la Thaïlande, posent questions

Aucune réponse fiable ne peut être apportée en raison de l’opacité de son empire financier, y compris de la plupart de ses compagnies « philanthropiques ». L'orientation hostile à la réduction des risques et contre les droits des usagers des organismes financés par l'empire Bloomberg ne lève pas les doutes sur une instrumentalisation "troyenne" de la lutte anti-tabac pour les intérêts du milliardaire.

La désinformation contamine les autres continents

Dans son autobiographie et maints discours, où il aime parler de lui-même, Michael Bloomberg insiste sur son exigence d’obéissance et d’allégeance de ses employés. La mention des noms des deux auteures de l’article dans Bloomberg.com, Anna Edney et Angelica LaVito, est pour ainsi dire anecdotique.

La Fake News de Bloomberg.com sur un risque accru de Covid-19 par le vapotage a été diffusée et reprise par des organismes de la sphère d’influence du milliardaire et par des médias. Dans l’aire francophone, c’est le Comité national contre le tabagisme (CNCT) français qui a lancé le 27 mars le mauvais canular. L’association Sovape a répliqué, mais les médias proches des intérêts cigarettiers, comme le 20 Minutes suisse, ont repris l’enfumage du CNCT sans tenir compte de la communication de Sovape, ni de la lettre des treize experts anti-tabac. 

Le doute profitant au maintien dans le tabagisme, l’opération est bonne pour les défenseurs du statu quo tabagique. Par contre, on peut douter que cela n'accroisse la confiance du public envers les instances de santé. Aux Etats-Unis, plus de 40% de la population n'accordait déjà plus sa confiance aux messages des autorités sanitaires, selon une enquête en 2018 du Wellcome Trust.

* Les treize signataires de la lettre à la Food and Drug Administration (FDA):
Thomas J. Miller, Attorney General of Iowa (United States)
David B. Abrams, PhD, Professor, Social and Behavioral Sciences, College of Global Public Health, New York University (NYU) (United States)
Scott D. Ballin, JD, Health Policy Consultant, Former Vice President and Legislative Counsel American Heart Association, Washington DC (United States)
Clive Bates, MA, MSc, Director Counterfactual Consulting, Former Director, Action on Smoking
and Health UK, London (United Kingdom)
K. Michael Cummings, PhD, MPH, Professor, Department of Psychiatry & Behavioral Sciences, Co-leader, Hollings Cancer Center Tobacco Research Program, Medical University of South Carolina, Charleston (United States)
Konstantinos Farsalinos, MD, MPH King Abdulaziz University (Saudi Arabia), University of Patras (Greece) School of Public Health, University of West Attica (Greece)
Thomas J. Glynn, PhD Adjunct Lecturer School of Medicine Stanford University Palo Alto, California (United States) 
Ethan Nadelmann Founder Former Executive Director (2000-2017) Drug Policy Alliance New York (United States) 
Raymond Niaura, PhD Professor, Social and Behavioral Sciences College of Global Public Health New York University (United States) 
Steven A. Schroeder, MD Distinguished Professor of Health and Healthcare Department of Medicine, University of California, San Francisco (United States) 
David Sweanor, JD Chair of Advisory Board of the Center for Health Law, Policy and Ethics University of Ottawa (Canada) 
Kenneth Warner, PhD Avedis Donabedian Distinguished University Professor Emeritus of Public Health and Dean Emeritus, University of Michigan School of Public Health (United States) 
Daniel Wikler, PhD Mary B. Saltonstall Professor of Ethics and Population Health Department of Global Health and Population Harvard T.H. Chan School of Public Health Boston, Massachusetts (United States)

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