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jeudi 21 juin 2018

Comment consommer du cannabis sans le fumer

En Suisse, le cannabis à faible taux (moins de 1%) de Tétra-Hydro-Cannabinol (THC) fait désormais partie des produits facilement accessibles. En kiosque, dans certains supermarchés, en boutique spécialisée ou sur des sites en ligne, on le trouve sous différentes formes y compris en herbe. Grand raté des services de santé suisses, aucune information sur les modes de consommation évitant la combustion n'a été délivrée au public. En France, la Ministre de la santé Agnès Buzyn voudrait mettre un terme à la vente de cannabis à moins de 0,2% de THC apparue ces dernières semaines. "On n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les français arrêtent de fumer pour qu'il se mettent à fumer du cannabis!", a t-elle invoqué entre autres raisons au micro de RTL ce 17 juin. Oubliant semble t-il qu'il y a déjà près de 5 millions d'usagers de cannabis en France, dont 9/10 le fument. Il est pourtant tout à fait possible de consommer du cannabis sans le fumer. Petit tour d'horizon de solutions à risque réduit.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
Vapotage, vaporisation, gouttes sublinguales ou trans cutanées, ingestion... les voies d'assimilation de cannabinoïdes sont pénétrables. Elles évitent d'ailleurs le gâchis d'une très large part du produit lorsqu'il est fumé par le sidestream, le moment où le joint se consume dans l'air ambiant entre deux bouffées.

My vapor is rich

Les températures de vaporisation, que ce soit par vapotage d'un liquide ou avec les vaporisateurs à herbe sèche, sont également plus appropriées à l'expression sans détérioration des cannabinoïdes que le processus de combustion des joints fumés. "L’emploi d’un dispositif de vaporisation a pour avantage d’optimiser sa délivrance car la totalité de la molécule contenue dans l’e-liquide se retrouve dans la vapeur. Par comparaison avec des cigarettes au cannabis, seuls 30 à 50 % du contenu en cannabinoïdes de la plante (CBD et THC) accèdent aux voies respiratoires. Le reste est dégradé thermiquement au moment de la combustion", explique le dossier d'étude du Laboratoire Français du e-Liquide (lfel) sur le vapotage et le CBD. Cette meilleure préservation et disponibilité des principes actifs ainsi que l'évitement du sidetream permet d'avoir recours à beaucoup moins de substance pour un effet similaire. Au prix du gramme, ce n'est pas négligeable.

Extrait de Cannabis smoke condensate III: the cannabinoïd content of vaporised Cannabis Sativa
in Inhalation Toxicology, 2009; 21(13)
"La vaporisation permet une récupération optimale des principes actifs d'un très grand nombre de plantes et ce, en-dessous de la température de combustion [ndr. pyrolyse] de la cellulose qui est de 236°C", explique l'association Principes Actifs, dans sa brochure sur le sujet de la vaporisation pour réduire les risques chez les utilisateurs de cannabis thérapeutique. Les cannabinoïdes se vaporisent en dessous de 230°C:  157°C pour le THC, entre 180°C à 190°C pour le cannabidiol (CBD), de 190 à 212°C pour le cannabinol (CBN), etc.

La répression pousse aux risques

Les circonstances réglementaires sur le cannabis ont malheureusement inhibé les usages de moyens de réduction des risques et amené à enkyster la pratique du joint mélangé à du tabac fumé par près de 9/10e des consommateurs en Suisse et en France, selon la Global Drug Survey. En plus d'altérer et détruire en partie les principes actifs, le fait de fumer génère du monoxyde de carbone, qui squatte la place de l'oxygène dans le sang et asphyxie partiellement l'organisme, et des goudrons nocifs pour le système respiratoire.

Pourtant, les usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques s'intéressent de longue date aux moyens alternatifs de le consommer. "Dès 1980 apparaissent des prototypes de vaporisateurs, mais il faut attendre l'an 2000 pour que soit commercialisé le premier des vaporisateurs de plantes médicinales: le Volcano", rappelle la brochure de Principes Actifs. Ce modèle a même été homologué par les services de santé allemand pour l'usage thérapeutique de cannabis, des études ayant montré une réduction de plus de 95% des toxiques dégagés par rapport au cannabis fumé.

Ces dernières années, des modèles beaucoup plus compacts et portables sont arrivés sur le marché. Il faut compter de 100 € à 300 € pour un modèle fiable. La possibilité de régler précisément la température de vaporisation permet une approche plus subtile de la consommation. "En effet, dès que l'on a des vaporisateurs équipés d'un variateur de températures fiable, il est possible d'obtenir des effets différents selon la température choisie", précise la brochure de Principes Actifs. Les dispositifs les plus récents permettent aussi de vaporiser des extraits concentrés (rosin, wax...) ou de la résine.

Système ingénieux fonctionnant sans électricité, le Vaponic est un double tube en verre qui permet de chauffer l'herbe au briquet  sans contact direct et ainsi éviter une trop forte chaleur. L'objet est fragile et implique une adaptation pour maîtriser le dosage de chaleur. Mais l'idée pourrait être porteuse dans certaines régions du monde où l'électricité est une ressource rare (et pourquoi pas avec du tabac..?).

Cannavaping

Eviter la combustion, le principe reste le même, mais la technique varie avec le vapotage. En place d'un courant d'air chaud vaporisant les principes actifs, c'est une résistance qui chauffe un liquide. En terme de réduction des toxiques en comparaison de la fumée, les résultats des deux techniques sont proches. L'élaboration des liquides peut suivre deux grandes voies: la dilution d'un concentré dans le liquide ou une forme de macération ensuite filtrée. La température assez basse, en relation avec le temps court d'une bouffée, du vapotage requiert une décarboxylation préalable, comme le montre l'étude menée par l'équipe de Vincent Varlet, de l'Université de Lausanne, publiée dans Nature.

Décarbo quoi ? 

A l'état végétal, les cannabinoïdes sous forme d'acides carboxyliques ne sont pas (ou très peu) bio-disponibles pour l'organisme humain. Pour bien les assimiler, un processus de décarboxylation doit les rendre actifs. Il s'agit de casser le groupe carboxyle COOH qui s'échappe en H₂O et CO₂. "La décarboxylation se produit naturellement avec le temps et la température, comme une fonction de séchage, mais on peut réduire la quantité de temps nécessaire considérablement en ajoutant davantage de chaleur", explique la brochure de Principes Actifs. Dans son étude, le Dr Varlet a procédé à une décarboxylation douce, laissant le concentré (BHO) durant 4 jours à 60°C, et une autre rapide en soumettant le concentré à un bain marie à 120°C durant 2 heures.

Varlet et al. Cannavaping in Nature

Aux yeux de Vincent Varlet, un des intérêts du vapotage pour le cannabis, qu'il nomme 'cannavaping', serait de pouvoir doser les différents cannabinoïdes de manière précise et régulière. Et évidemment d'éviter les toxiques liés à la combustion comme le montrent les mesures faites dans son étude. Pour sa recherche, l'équipe de l'Université de Lausanne a utilisé un concentré obtenu en extraction par le froid, dit Butane Hash Oil (BHO). L'extraction à chaud, dite rosin, est plus simple à mettre en oeuvre en do it yourself. Avec de l'herbe, le chauffage au bain-marie permet aussi de procéder à la décarboxylation.

Les producteurs de liquides au CBD sont nombreux à utiliser des isolats quasi purs de CBD sous forme de cristaux dissous dans le liquide. Une discussion existe sur la pertinence d'isolé un cannabinoïde des autres pour les effets bénéfiques. Shimon Ben-Shabat et Raphaël Mechoulam, chercheurs  israéliens à la pointe du domaine, expliquent dés 1998 que "l'effet d'entourage" crée une synergie entre les composants du cannabis. Dans cette lignée, certains producteurs, notamment en Suisse, préfèrent créer des liquides "full spectrum" à partir d'herbe légale à faible taux de THC mais contenant l'ensemble des phyto-cannabinoïdes et terpènes de la plante.

Dabbing

Inhaler directement des concentrés est une vieille pratique, qui réduit fortement le volume de substance inhalée. Cela se faisait avec du concentré, obtenu à l'époque par extraction à l'alcool, posé sur une pointe de couteau chauffé et sous un verre sur le rebord d'une table. Il suffisait ensuite d'inhaler l'aérosol vaporisé sous le verre. Aujourd'hui des petites pipes à "dabbing" reproduisent le procédé. La méthode a le défaut d'être difficile à doser et produirait tout de même des toxiques si sa température n'est pas maîtrisée. Même si le volume est résolument moindre qu'avec un joint fumé. "Tant que l’on ne disposait que de clous en titane [pour les pipes à dabbing] qu’il fallait chauffer au chalumeau, la différence entre vaporisation et combustion n’était pas nette. On peut maintenant acheter des E-Nails, clous chauffés par électricité et à température réglable et stable. Les utilisateurs ayant des notions de réduction des risques (RDR) utiliseront ainsi un clou à chaleur réglable et choisiront la température correspondant à la vaporisation (soit 220°C 420°F)", explique le fanzine Psychoactif.

Sublinguale et transcutanée

En dehors de l'inhalation, les "huiles de soins", où un extrait de cannabis est mélangé à de l'huile généralement d'olive, permettent de les prendre en mettant quelques gouttes sous la langue ou sur la peau, notamment dans l'intérieur du poignet. L'assimilation est nettement plus rapide qu'en mangeant, mais moins qu'en inhalation. C'est une méthode très propre du point de vue réduction des risques et discrète. Le plaisir de l'inhalation est évidemment absent. Des patchs semblent également exister. 

Manger

Manger du cannabis, préparé après décarboxylation, évite tout dommage lié à l'inhalation. Mais ce mode d'administration comporte une particularité qui peut être un défaut, son temps d'assimilation. Les effets ne vont se déployer progressivement qu'à travers la digestion, ce qui peut prendre de 20 à 90 minutes. En cas de besoin rapide de l'effet, par exemple contre une douleur, c'est long. Il y a aussi le risque de mal évaluer le dosage à "l'aveugle". Enfin, les effets perdurent nettement plus longtemps, ce qui peut aussi être gênant selon son emploi du temps, ou intéressant selon l'effet recherché (par exemple antalgique pour des douleurs chroniques). Par ailleurs, l'ingestion n'est pas une voie d'assimilation très efficace en comparaison de l'inhalation. La biodisponibilité des cannabinoïdes est près de trois fois supérieure en inhalation de vaporisation que par ingestion.

L'accès aux moyens de réduction des risques est le premier pas pour éviter la fumée

La Ministre de la santé française peut donc se rassurer, les moyens existent pour consommer sans fumer le cannabis. La légalisation est une opportunité de diffuser l'information et faciliter l'usage des outils de réduction des risques évitant la combustion pour les millions d'usagers existants. Les Etats américains ayant légalisé l'herbe ont vue une augmentation de la proportion d'usage sans combustion. "Là où il est devenu légal aujourd’hui, le cannabis est plutôt consommé par vaporisation ou sous forme de produits alimentaires. On se soucie davantage de sa saveur ou de sa qualité, de savoir s’il est bio ou non", rapporte Ethan Nadelmann, de la Drug Policy Alliance, au journal le Temps à l'occasion d'une conférence en octobre 2017 à Genève. Encore faut-il que les autorités fassent l'effort de diffuser l'information au public. Ce qui n'est pas encore le cas en Suisse, et parait tenir de l'utopie en France.


Pour aller plus loin:
Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA): dossier contre la désinformation à propos du cannabis (mai 2017)

A Genève, l'association Alternative Verte, pour l'usage du cannabis pour raison thérapeutique, est en prise avec une répression incompréhensible des autorités qui soutenaient leur démarche avant de faire volte-face du jour au lendemain.

En Suisse, l'association Legalize it! espère porter au vote une initiative pour la légalisation du cannabis à plus de 1% de THC.

Principes Actifs est l'association des usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques en France. Je les remercie chaleureusement de m'avoir envoyer leur deux brochures précises et synthétiques sur le sujet.

L'association NORML France (National Organization for the Reform of Marijuana Laws France) a un site très riche, avec notamment des pages sur la réduction des risques  

Le n°2 du fanzine Psychoactif a consacré un dossier sur les nouveaux moyens de consommer du cannabis. 

Le site du CIRC de Lyon, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

Le High Way Code spécial cannabis, le code de conduite de l’usager, a été établi à partir de la consultation des usagers de la Global Drug Survey

Un article de David Sweanor et Adam Houston sur l'importance d'intégrer la réduction des risques aux politiques sur le tabac et sur le cannabis. En anglais : Smoke’s negative effects should guide marijuana and tobacco policy

Drug vaping applied to cannabis: Is “Cannavaping” a therapeutic alternative to marijuana? - Vincent Varlet, Nicolas Concha-Lozano, Aurélie Berthet, Grégory Plateel, Bernard Favrat, Mariangela De Cesare, Estelle Lauer, Marc Augsburger, Aurélien Thomas & Christian Giroud, dans Nature - Scientific Reports volume 6 (2016)  https://doi.org/10.1038/srep25599

Le dossier d’étude: Vaporisateur personnel et CBD : un nouvel usage ? par la Dr Maud Mercury et Jérémy Sorin du Laboratoire français d'e-liquides (lfel)

Page listant les études scientifiques de la marque Storz & Bickel, producteur de vaporisateurs: https://www.vapormed.com/eu/fr/etudes/  

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vendredi 16 mars 2018

Projet loi tabac Suisse: les anti-tabac n'en veulent pas, les addictologues proposent des modifications

Les avis à la consultation publique sur l'avant-projet de Loi sur les produits du tabac et la cigarette électronique (LPTab), qui pourrait entrer en vigueur au plus tôt en 2022, continuent d'arriver à une semaine de la date limite (le 23 mars). Cette semaine, la Fédération des professionnels des addictions entre en discussion, tandis que les anti-tabac mainstreams rejettent le projet. Ces derniers regroupés dans 'l'Alliance pour une loi efficace sur les produits du tabac' annonce son rejet total de l'avant-projet, à l'instar de la SSPH+ mais à l'opposé de la Fédération patronale vaudoise.

[Pour participer à la consultation:
  1. télécharger le formulaire (format .doc) dédié ici 
  2. le remplir avec vos coordonnées et votre analyse. - vous pouvez vous inspirer des avis présentés ci-après ou attendre d'autres communications, par exemple du milieu de la vape, mais attention il faut l'envoyer d'ici le 23 mars...
  3. envoyer le fichier d'ici au 23 mars à: dm@bag.admin.ch et tabakprodukte@bag.admin.ch
Mon article à chaud à sa sortie et l'interview accordé à Vaping Post sur le sujet.]

Neinsager

Les 16 organisations anti-tabac de l'Alliance exigent qu'un nouveau projet soit rédigé intégrant "une interdiction sans faille de la publicité pour les produits du tabac englobant la presse papier et internet, y compris les réseaux sociaux, l'affichage, les cinémas et les points de vente", l'interdiction de la promotion ainsi que la mise en place de "mesures de lutte contre le commerce illicite des produits du tabac". Bien que l'Alliance ne donne pas accès à son avis in extenso, son communiqué précise que "l'interdiction complète de la publicité, de la promotion et du parrainage du tabac permettrait à la Suisse de satisfaire à une des dispositions principales de la Convention-cadre internationale de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)". Une organisation qui soutient et encourage les violations des droits humains par les dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise contre les personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage.

Un produit sans tabac, ni filtre, ni papier et surtout sans combustion

De son côté, la Fédération des professionnels des addictions, regroupant le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA), Fachtverband sucht et Ticino Addiction, se veut plus pragmatique et discute des points positifs et des choses à améliorer du projet. La Fédération accueille notamment de manière favorable "l'approbation et la régulation différenciée des liquides contenant de la nicotine pour les vaporettes, y compris les volumes maximaux de 100 ml [pour les fioles] et 10 ml [pour les atos]". Au préalable, les addictologues précisent sur ce point que le terme de "cigarette électronique" doit être éviter au profit de "vaporette", "plus à même de traduire en français l'ustensile qui permet d'inhaler de la vapeur. La vaporette n'a pas de point commun avec la cigarette (selon l'art. 2 §e de l'Otab): il n'y a ni tabac, ni filtre, ni papier et surtout pas de combustion".

Dehors, les vapoteurs

Malgré cette différence totale entre les deux objets, la Fédération des addictologues soutient l'interdiction de vapoter dans les lieux publics fermés, dans l'attente que son innocuité soit prouvée pour l'entourage [!?]. Une interdiction sans fondement donc, signifiant que par défaut les utilisateurs, y compris débutants, du produit sans combustion ni tabac seraient interdits d'essayer le produit, même dans le cadre d'instruction par des professionnels de la vape ou de santé. Ils seraient également empêchés de vapoter dans les lieux publics fermés, même pour alléger le manque lors du sevrage des cigarettes. La Suisse aurait ainsi une des réglementations les plus dures en Europe contre les vapoteurs, tandis que la France a autorisé le vapotage dans les lieux publics fermés, à l'exception des lieux de travail collectifs, et que les tenanciers anglais sont libres de décider.



Pas de pub, mais de l'info fédérale

Par ailleurs, les organisations de terrain se réjouissent du projet d'enfin légaliser le snus suédois, à bas taux de nitrosamines, et l'interdiction de vente des produits du tabac aux mineurs au niveau fédéral. Ils demandent par contre à ce que soit ajouté au projet, la "restriction de toute publicité et de tout parrainage ainsi que des rabais sur tous les produits réglementés par la loi, y compris les vaporettes avec ou sans nicotine". En contrepartie, les addictologues demandent que la Confédération respecte la 'stratégie nationale addiction' et communique sur "les produits et les mesures de réduction des risques dans le secteur du tabac". En somme, plus de pub, mais de l'information à travers l'Etat. Les vapoteurs suisses attendent impatiemment la review du Vamo V5 par Michael Anderegg sur youtube.

Plus de 2 milliards de rentrées fiscales

La Fédération souligne l'absence de discussion dans le projet de loi des moyens alloués à la réduction des méfaits du tabagisme. Alors que l'Etat perçoit 2,13 milliards de Fs (en 2016) de taxes grâce au tabac, seuls 13,5 millions, soit 6,3%, sont reversés au Fonds de prévention. Pour comparaison, dans le domaine des alcools plus de 10% des recettes vont à la prévention. Enfin, la Fédération demande l'introduction des paquets neutres. 


mercredi 17 janvier 2018

Etude américaine: La lutte anti-tabac a t-elle déniché son point S avec la vape ?

Le "sweet spot", cette zone optimale de confort, s'offre à la lutte anti-tabac. A condition que celle-ci s'ouvre à la minimisation des méfaits. Selon la thèse de six pointures américaines de santé publique, publiée en accès libre sur le site de l'Annual Review of Public Health, le vapotage constitue ce 'point S' entre la minimisation des méfaits, l'attraction du public concerné et la satisfaction, qui comprend sa part de risque dépendogène. "Les substituts nicotiniques (NRT) ne sont pas utilisés par grand monde. Ni attrayants ni satisfaisants, ils sont peu susceptibles de remplacer les cigarettes au niveau de la population. Minimiser les méfaits tout en ayant un impact net sur la santé de la population exige que les produits concurrencent efficacement le tabagisme pour le remplacer. Ainsi, le sweet spot, où se trouvent les produits alternatifs de délivrance de nicotine (ANDS), est constitué par une attraction et une satisfaction élevées mais de faible toxicité", expliquent les Prs David Abrams, Allison Glasser, Jennifer Pearson, Andrea Villanti, Lauren Collins et Raymond Niaura. La 'special guest star' au centre de ce sweet spot est, évidemment, la vape.

L'exigence de perfection absolue est contre-productive

L'opportunité de "briser 120 ans de prédominance de la cigarette" peut sauver des millions de vies selon les auteurs provenant de quatre universités américaines. Pour les seuls Etats-Unis, 6,6 millions de décès prématurés peuvent être évités et 86,7 millions d'années de vie gagnés grâce au vapotage dans les dix ans à venir selon une étude publiée en octobre dernier dans la revue Tobacco Control"La voie la plus sûre est d'arrêter de fumer ou, mieux, de ne jamais commencer. Mais une approche de minimisation des méfaits reconnaît que l’exigence de perfection absolue est souvent contre-productive. Lorsqu'un comportement nuisible ne peut être éliminé, nous pouvons tout de même réduire considérablement les conséquences néfastes pour la santé", pointent les experts de santé publique. 

L'argument de principe est simple: les méfaits sanitaires du tabagisme résident de façon majeure dans la fumée. Il s'agit d'éliminer monoxyde de carbone, goudrons et la majeure part des toxiques se dégageant de la combustion et pyrolyse du tabac. En contraste, la nicotine elle-même n'est pas nocive aux doses prises à travers ses différents modes de consommation. Avec l'apparition de nouveaux modes d'usage à méfaits réduits, la diabolisation de la nicotine est devenue nuisance de santé publique. 

Repenser les usages de la nicotine

La peur cultivée de manière absurde à son encontre pousse les fumeurs à des tentatives vaines de sevrage à la dure se soldant le plus fréquemment par la rechute dans la cigarette. Il s'agit de découpler consommation de nicotine et fumée pour éliminer le fléau de cette dernière. "Recadrer l'usage social de la nicotine vers l'objectif d'une minimisation des méfaits est une opportunité extraordinaire pour renforcer l'impact des efforts de lutte anti-tabac", expliquent les universitaires. Autrement dit, le public doit ne plus être condamné, par des réglementations défavorisant le vapotage face aux cigarettes et une mésinformation obscurantiste, à fumer pour consommer de la nicotine. 

En ce sens, l'étude menée par le Pr David Abrams, de l'Université de New-York, souligne l'importance non seulement d'une réduction des risques mais, plus radicalement, d'une minimisation des méfaits. "Quand un consommateur ne veut ou ne peut pas arrêter toute consommation de nicotine, alors la minimisation implique de viser l'élimination complète de l'exposition au tabac fumé en le remplaçant par l'utilisation de nicotine sous formes moins nocives sans combustion ", précisent-ils. Se plaçant dans la descendance du Pr Michael Russell - qui déclarait en 1976 "les gens fument pour la nicotine mais meurent des goudrons" -, les auteurs développent le lignes directrices d'une stratégie d'une telle minimisation des méfaits pour la consommation de nicotine.

Entrons dans la troisième dimension

Dans la perspective de mettre en jeu les modes de consommation, les auteurs proposent de s'appuyer sur ce point doux à l'intersection des trois dimensions pilotant la question. Si quelques débats d'arrière-garde se poursuivent sur la base d'études malmenées, la réduction massive des risques et dommages induit par la consommation de vapotage en place de cigarette ne fait plus de doute pour les chercheurs sérieux. Experte mondialement reconnue sur le sujet, la Pr Linda Bauld délivrait un message très clair en ce sens pour la nouvelle année.

La satisfaction en est la dimension rendue la plus complexe par l'entremêlement moral aux notions de santé. Le plaisir de la consommation de nicotine renvoie à la fois à ses vertus psychoactives améliorant l'attention, la concentration, la mémoire et l'humeur, mais induit également un risque dépendogène, lié à ce plaisir même. Ce risque pour la nicotine, hors du tabac qui lui est extrêmement addictif, est similaire à la caféine. Après 40 ans de vente, peu de consommateurs, sans passé tabagique, sont devenus accros aux gommes nicotinés. "Un certain degré de satisfaction, de bénéfices résultant de sa consommation, et même de dépendance aux systèmes alternatifs de délivrance de nicotine (ANDS) beaucoup moins nocifs peut être acceptable pour la société comme moyen d'accélérer la sortie du tabagisme et ses méfaits massifs attendus - in extenso, l'usage récréatif de nicotine propre est similaire à l'acceptation sociale de l'usage d'alcool ou de cannabis par les adultes, plutôt que la prohibition de toutes formes de nicotine en raison de son potentiel addictif -", argumentent les chercheurs.

Sweet Vape Sweet

Ce sweet spot est le mieux incarné aujourd'hui par le vapotage, notamment par l'adhésion et la satisfaction des usagers. Cette révolution douce, portée par des millions d'usagers, appelle une réorganisation sociale pour la soutenir et en favoriser l'impact positif de santé publique. Les auteurs conceptualisent un système intégré pour "optimiser les bénéfices pour la population sur les méfaits". En somme, il s'agit d'ouvrir au maximum la porte au passage des fumeurs vers le vapotage, ou d'éventuels autres moyens de consommation de nicotine à méfaits très réduits, tout en refermant celle vers les cigarettes.

Prise de risques et jeunes: l'utopie illusoire de la pureté

Les spécialistes de santé publique relèvent deux challenges particuliers qui se posent à cette politique de transfert modal de consommation de nicotine. La question des jeunes et du vapotage est le point sensible touchant la fibre morale et émotionnelle du public. Pourtant, là aussi la solution simpliste de l'interdit s'avère souvent contre-productive. "La prise de risque à l'adolescence est normative et résulte d'un effet de compétition dans le cerveau entre le réseau socio-émotionnel fort et le réseau cognitif de contrôle encore immature. Une prise de risque précoce avec un produit du tabac ou de nicotine, comme le vapotage, peut résulter de récompenses sociales ou émotives de l'essai d'un produit, comme l'approbation des pairs ou l'amélioration de l'humeur. Ainsi, éliminer toute expérimentation peut ne pas être un objectif réaliste, tout comme il ne l'a pas été pour les cigarettes", expliquent les scientifiques.

Les études existantes montrent que l'utilisation actuelle de la vape par les jeunes consiste pour une grande part d'entre eux à l'essayer sans l'adopter à long terme. Plus de 70% des jeunes vapoteurs américains vapotent sans nicotine, tandis que le tabagisme s'écroule chez ces adolescents. Or, si les anti-vape s'inquiètent du surnommé 'effet passerelle' du vapotage vers le tabagisme, peu ont porté leur attention sur la transition en sens inverse. Pourtant, 87% des adolescents américains usagers de vapotage avaient déjà consommé un produit du tabac auparavant. "Bien que la société doit rester vigilante et surveiller les tendances dans les usages des jeunes, les peurs des dommages dus à l'effet passerelle semblent exagérées et peu susceptibles de miner les avantages, potentiellement beaucoup plus importants, de décourager le comportement tabagique dans l'ensemble de la population", soulignent-ils.

L'objection ridicule du vapotage, frein à l'arrêt tabagique

Le second challenge à relever pour le vapotage est sa capacité à véritablement faire sortir les fumeurs de la cigarette. Certains théoriciens anti-vapotage prétendent qu'au contraire, la vape inhiberait l'arrêt tabagique. Les auteurs répondent à l'argument, avec plus de sérieux que je n'en suis capable, tant cela me parait être un délire de théoricien fumeux déconnecté de la vie concrète. Passant en revue les études sur le sujet, ils notent n'avoir "connaissance d'aucune preuve indiquant que le vapotage a contribué à réduire l'intérêt à cesser de fumer, ni ralenti le taux de cessation ou favorisé la rechute en grand nombre d'anciens fumeurs à long terme qui avaient cessé de fumer depuis cinq ans ou plus. Dans les enquêtes, les utilisateurs de vapotage indiquent de manière consistante que, pour la plupart fumeurs [au moment de leur adoption ou essai de la vape], l'abandon de la cigarette est la raison majeure de l'utilisation de la vape, et ceci même chez les jeunes".

Maximiser le flux du tabagisme vers le vapotage

Dans leur conclusion, les six chercheurs appellent à une refonte de la politique sur le tabagisme vers une politique favorisant les moyens de consommation de nicotine à méfaits réduits au détriment des cigarettes. "Le principal défi consiste à mettre en œuvre des politiques qui maximisent le flux du tabagisme vers l'utilisation de produits plus sûrs ou vers aucun usage. Un équilibre peut et doit être trouvé pour protéger les jeunes sans décourager les usages de nicotine par les fumeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter leur consommation", mettent en exergue les auteurs. Ils avancent trois axes politiques: 1) élaborer un cadre réglementaire axé sur la réduction du tabagisme ; 2) permettre au public d'avoir des informations claires et inciter l'adoption des options à méfaits réduits de consommation de nicotine ; 3) permettre l'innovation et réglementer de manière différenciée les produits en fonction de leur niveau de risque.

Vue de Suisse, ces propositions rappellent celles de la prise de position de la Fédération des professionnels des addictions en novembre dernier. Les auteurs américains aussi insistent sur la nécessité d'un virage pragmatique en faveur de la santé publique. "La minimisation des méfaits est une approche pragmatique qui peut compléter la lutte antitabac actuelle aux efforts éprouvés de prévention et de cessation. Son objectif principal est de déplacer toute la population de fumeurs de produits du tabac toxiques brûlés vers l'usage exclusif de produits beaucoup plus sûrs rapidement et le plus tôt possible dans leur carrière individuelle de fumeur".

jeudi 4 janvier 2018

[Recension] Vape & tabac en Suisse: entre oligopole et dons citoyens, la revue Dépendances fait son marché


"A l'instar du sexe ou de la consommation du sucre et des produits gras, l'usage des substances psychoactives répond à un besoin humain fondamental de recherche de plaisir et de récompense". L'article d'Aris Martinelli, doctorant en socioéconomie à l'Université de Genève, sur la trajectoire des marchés des psychotropes et psychoactifs répondant à ce besoin fondamental, clôt le dernier numéro en date de Dépendances. La revue, co-éditée par le Groupe Romand d'Etudes des Addictions (GREA) et la fondation Addiction Suisse, s'est en effet intéressée à jeter des "regards sur les marchés""Paradoxalement, le "marché" - ce lieu où se rencontrent l'offre et la demande - est assez mal connu des acteurs du domaine socio-sanitaire", explique en édito Frank Zobel, vice-directeur d'Addiction Suisse. Opioïdes, médicaments, alcool, jeux d'argent, CBD sont sur les étals de la revue, aux côté d'une exploration des cryptomarchés du dark web. Notre recension se concentre sur l'article d'Aris Martinelli pour éclairer l'opposition entre les marchés du vapotage et du tabac en Suisse présentés dans les deux articles ouvrant ce numéro de Dépendances. Malheureusement, un regard réflexif sur le marché des soins et de la prévention en est absent pour compléter le triptique.

On peut commander la revue à
Les articles sont mis en accès libre une année après publication à

Le grand marchandage

Le contraste tracé par Aris Martinelli, dans "Addictions et sociétés marchandes", campe un arrière-fond historique sur lequel la revue prend place. Le chercheur genevois oppose d'une part, un usage "pré-capitaliste" des substances psychoactives "encastré" dans des pratiques sociales d'ordre thérapeutique, religieux et de sociabilité, et, d'autre part, sa transformation en marchandise soumise au régime de la recherche de profit dans l'époque moderne. "La production pour le gain entraîne le "désencastrement" des pratiques de consommation de psychotropes d'une certaine régulation sociale, qui permettait une consommation contrôlée dans le cadre de moments festifs et rituels collectifs", explique le chercheur genevois, s'inspirant de la thèse de la "grande transformation" de l'historien, anthropologue et économiste hongrois Karl Polanyi.

A ce trait structurel s'ajoutent un "emballement psychoactif" du raffinage des principes actifs et une stimulation de leur consommation par leur goût et les conditions d'existence. "Le travail aliéné accroît le besoin de récompense et de plaisir", souligne d'un accent marxien le socio-économiste. La dynamique de marchandisation amène le développement de produits plus puissants et de modes de consommation plus violents. L'essor de l'industrie pharmaceutique parachève cette trajectoire en créant les drogues de synthèse. "L'ère des industries pharmaceutiques commence. C'est la consécration, en quelque sorte, du long processus de marchandisation des substances psychoactives par leur détachement définitif de la nature et du contrôle social sur leur usage", souligne Aris Martinelli.

Persistance et résistance du don

Mais l'avènement du capitalisme a t-il fait disparaître définitivement les formes d'usages antérieures? Peut-être par effet de contraintes de publication, la description du chercheur reste ambiguë sur ce point. Or, bien qu'une domination par la logique marchande est indéniable, la persistance, la réminiscence ou l'éclosion de nouvelles pratiques empruntant des formes non marchandes sont encore présentes. A un niveau "micro", les dynamiques de don parsèment de toute évidence les usages de substances psychoactives. Il peut se faire aussi outil de résistance collectif, à l'image de son emprunt par les vapoteurs en Suisse qu'explore l'article d'Olivier Théraulaz.

Dans "le marché suisse des produits de vapotage, entre prohibition et astuce citoyenne", le président d'Helvetic Vape, l'association des vapoteurs en Suisse, décrit comment l'interdiction de vente locale de liquides nicotinés à inhiber le développement de ce marché. "Les effets de la prohibition administrative [depuis 2009] sur les produits de vapotage contenant de la nicotine ont fortement limité la progression du nombre de vapoteurs et l'essor du marché", constate Olivier Théraulaz. Image troublée dans le public, renchérissement des produits pour les usagers et précarisation des commerces spécialisés s'ensuivent.

Astuce citoyenne contre tabagisme fédéral

"En distillant l'idée fausse que les produits de vapotage nicotinés pouvaient, du fait de leur interdiction officielle de vente, être plus dangereux que les produits du tabac combustibles en vente libre, la prohibition de ces produits a créé une incompréhension du principe de réduction des risques et des dommages auprès des fumeurs", insiste le représentant de l'association des vapoteurs. Face à ces entraves pour sortir du tabagisme à l'aide du vapotage, le milieu de la vape suisse s'est emparé du vieil outil social du don. "Depuis quelques temps, pour contourner l'interdiction administrative de vente, certains magasins offrent, sur demande, de la nicotine après la vente d'un liquide sans nicotine. Le taux de nicotine désiré par le client est ajouté gracieusement au liquide déjà vendu. Une "solution" astucieuse, fondée sur le don", explique Olivier Théraulaz.

La diffusion de la pratique a permis au vapotage de progresser sensiblement depuis deux ans, sans que des données suffisamment fiables ne permettent de le quantifier précisément. Mais on l'aura saisi aux guillemets sur le mot "solution", l'astuce des dons est sympathique mais reste limitée. La prohibition a empêché des centaines de milliers de fumeurs de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage. Le refus des autorités fédérales de légaliser le vapotage nicotiné autrement qu'en l'assimilant à la future Loi sur les produits du tabac (LPTab) [dont le second avant-projet a été présenté après la rédaction de la revue], qui ne serait effective au plus tôt qu'en 2022, risque de faire perdurer la situation. Pourtant, Frank Zobel souligne dans son éditorial qu'un "cadre conceptuel et des règles permettant de réguler les marchés, en favorisant les produits les moins nocifs, et non pas les groupes d'intérêts les plus influents" est nécessaire rapidement.

La Suisse et les Big Tobacco

En terme de groupe d'intérêts influent, l'industrie du tabac se pose là. Tout particulièrement en Suisse, comme le présentent Karin Zürcher et Valentine Guenin du CIPRET-Vaud. Philip Morris (PMI) a son siège mondial à Lausanne et une usine à Neuchâtel [ainsi qu'un centre de recherche], Japan Tobacco (JTI) a inauguré son quartier général à Genève fin 2015 et détient une usine à Dagmersellen, tandis que British American Tobacco (BAT) a d'importants bureaux à Lausanne et une usine à Boncourt. Selon l'Administration des douanes (AFD), 80% des 40 milliards de cigarettes produites en 2015 ont été exportées, pour la plupart vers des pays n'appliquant pas la norme dite 10-1-10 sur les limites respectives de taux dégagés de goudrons, nicotine et monoxyde de carbone en vigueur en Suisse et dans l'UE (qui en interdit aussi la production contrairement à la Suisse). Tandis que les résidents en Suisse consomment environ 10 milliards de cigarettes par an.

Ce poids économique des Big Tobacco est renforcé par des alliances avec les cultivateurs de tabac, les organisations représentant les quelques 30'000 commerces divers vendant du tabac et le secteur de la publicité. "Ce sont près de 15,5 millions de francs qui sont investis chaque année dans la publicité en Suisse pour les produits du tabac", soulignent les auteures. Au total, "l'économie du tabac représenterait 6,5 milliards de francs par an, dont plus de 2 milliards de retombées fiscales directes (taxation des produits du tabac)", estiment Karin Zürcher et Valentine Guenin. "Malgré "l'utilité économique" du secteur du tabac prônée par ses alliés, la consommation de tabac pèse en réalité lourdement sur l'économie nationale. Elle lui coûte plus de 10 milliards par an en traitement médicaux, absentéisme au travail, invalidité et perte de qualité de vie", poursuivent-elles.

WHO want to smoke you ?

Étonnamment, l'envers des frais médicaux n'est pas développé par les auteures. Une partie de ces frais sont pourtant des gains pour l'industrie de la pharmaceutique, ainsi occultée de ce panorama. Pour les deux représentantes du CIPRET-Vaud, "la Suisse devrait considérer que les intérêts de santé publique sont inconciliables avec ceux de l'industrie du tabac". Elles se réfèrent à la charte de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un organisme passé ces dernières années aux mains d'intérêts privés dont dépend plus de 80% de son financement. 

Au-delà de cet angle mort, on peut aussi s’interroger sur la pertinence du modèle du tabagisme d'Etat défendu par le Bureau anti-tabac (FCTC) de l'OMS. Sous l'influence des grandes nations exportatrices de tabac - Brésil, IndeThaïlande... - et visiblement sensible aux charmes des régimes ultra-autoritaires, le bureau anti-tabac de l'OMS promeut les réglementations des juntes militaires thaïlandaise et nord-coréenne alliant à la fois violations des droits humains et du principe de réduction des méfaits. La FCTC de l'OMS est aller jusqu'à ouvrir une antenne à Bangkok financée par la Thaïlande, pays où plus de 80% des cigarettes sont vendues par l'Etat sous les marques du Thaïland Tobacco Monopoly. Des explications sur les vertus sanitaires du modèle économique du Bureau anti-tabac de l'OMS, auquel les auteures enjoignent d'adhérer, m'auraient été utiles, car en l'état, elles m'échappent totalement.

Où est l'article sur le marché de la prévention du tabagisme ?

L'impasse faite par les militantes anti-tabac lausannoises reflète un angle mort sur l'ensemble du numéro de la revue. Le marché des soins et de la prévention n'y est pas thématisé. Son traitement aurait pourtant été intéressant pour le lecteur. Pouvant aussi susciter une réflexivité en miroir sur le rôle joué par les acteurs socio-sanitaires face aux marchés auxquels ils se confrontent. Un panorama systémique des dynamiques de marchés et des relations, d'opposition sur certains aspect et de soutien sur d'autres, entre les marchés aurait pu éclairer la place de ces acteurs. En dépit de ce refoulement, la lecture de ce numéro de Dépendances reste très stimulante, y compris par les articles dont je ne parle pas ici. 


lundi 2 octobre 2017

[Ristrett'] Un artisan de cannabis à risque réduit arrêté en Italie

Trahis par la grande qualité de son produit. Le cannabis produit dans la région d'Ancona (Italie) par un espagnol de 55 ans avait gagnée une solide réputation dans les alentours. Les plants de ce cultivateur permettaient de ne pas y adjoindre de tabac, mais également d'en extraire un concentré pour en faire des liquides de vapotage. "Il a réussi a sélectionner une variété très particulière de marijuana biologique de haute qualité et de la mettre sur le marché pour le vapotage", explique le site Sigmagazine. Alerté par la déposition d'un usager, la police locale a tracé l'artisan et saisi le 27 septembre ses 16 pieds d'herbe, une récolte d'une centaine de kilos et des concentrés à vapoter. Selon un journal local, un usager témoigne que "l'herbe de la "plantation" était vraiment un super produit".

Le cultivateur, retenu en détention préventive, aurait déclaré aux policiers mener des recherches afin de pouvoir consommer le cannabis sans tabac, selon Ancona Today. De plus en plus utilisé pour ses différentes vertus thérapeutiques, comme le détaille un documentaire d'Arte en replay actuellement, le cannabis (avec THC) reste un produit illégal dans un grand nombre de pays. Une situation qui pousse des patients, dont certains atteints d'affections graves, et des usagers à la recherche de moyens de décompresser à s'approvisionner sur le marché noir. Des produits de qualité très différentes s'y côtoient. Outre la perte de contrôle de la qualité des produits, la répression inhibe chez les usagers le recours aux modes de consommation à méfaits réduits, tels que la vaporisation ou le vapotage. 


Avec des ustensiles plus simples à dissimuler, fumer est le mode le plus employé, par environ 90% des usagers, en Suisse et en France. Ceci en dépit de l'inhalation de monoxyde carbone (CO), de goudrons et de toxiques produits par la combustion du végétal. "Fumer n'importe quoi est nocif pour vos poumons. La combustion change les propriétés d'une substance et forme généralement des composés toxiques et cancérigènes", expliquent Ian Hamilton, de l'Université de York (UK), et le Dr Adam Winstock, directeur du Global Drug Survey, dans The Conversation. Des problèmes pulmonaires notamment peuvent survenir en cas de forte consommation sur longue durée. 

Le vapotage ou la vaporisation, que ce soit pour du cannabis light en THC * ou non, peuvent grandement les éviter, comme le préconise le Global Drug Survey. Des produits de vapotage au CBD et avec THC  sont déjà commercialisés dans les Etats libéraux aux Etats-Unis. En Europe, et même en Suisse malgré un certain trouble des autorités sur la question, des produits de vapotage au CBD, avec une très faible présence de THC se trouvent dans les commerces éclairés.

* Le THC est le cannabinoïde psychotrope, qui donne un effet d'ivresse, du cannabis. Les nombreux autres cannabinoïdes, dont le CBD, sont psychoactifs (comme le café ou la nicotine par exemple), mais non-psychotropes. Voir les Factsheets du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA) pour un résumé calme et posé des connaissances sur le sujet.

mercredi 12 octobre 2016

[Expresso] Swiss Vaping Days à Montreux (Suisse) les 22-23 octobre

"Vape on the water, a cloud in the sky". Ce sera le refrain modifié du week-end des 22 et 23 octobre au Casino de Montreux, sur les rives du lac de Genève, tel que le chante Deep Purple. Première rencontre sur le vapotage en sol helvétique, les Swiss Vaping Days accueillent des exposants de tout horizon, tandis que des débats animés par des scientifiques, médecins, usagers et professionnels se tiendront dans la salle de conférence du lieu. Quelques infos sur le salon à l'entrée gratuite mais pour lequel on peut se pré-inscrire. Histoire de se mettre l'eau à la bouche d'un événement auto-financé et basé sur la passion de ses initiateurs. Qui proclament que la "vape est plus qu’un outil de sevrage tabagique, c’est une vraie révolution sociétale, une alternative au joug de Big Tobacco et Big pharma!"

Des moddeurs à l'heure Suisse

Les stands des moddeurs artisanaux de Suisse, France et Italie seront probablement très courus par les vapoteurs les plus «geek». Créateurs de petites séries de matériel soigné et original, régal pour les yeux et trésor d'ingéniosité, les moddeurs constituent une sorte d'avant-garde technique du domaine. A leur côtés, des distributeurs présenteront les derniers modèles de marques plus courantes et probablement plus accessibles pour des non-initiés qui voudraient découvrir les plaisirs de la vape. Au hardware s'associe évidemment les liquides. Là aussi, marques de grande diffusion et producteurs d'arômes sortant des sentiers battus rivalisent de trouvailles gustatives. Vous pouvez voir la liste des exposants, communiquée par les Swiss Vaping Days sur leur Facebook, en fin d'article...

La vape: la science de l'usage

En bordure du salon, la salle de conférences accueille une série de présentations et débats. Une discussion ouverte entre usagers sur le principe de plaisir à la racine du vapotage ouvrira les débats le samedi à 11h. Le principe de réduction des risques sera ensuite présenté par Jean-Félix Savary, spécialiste romand au Groupe d'études sur les addictions (GREA), associé au Dr Jacques Le Houezec, figure française de la connaissance des usages du vapotage contre le tabagisme et membre de la plateforme Sovape.

Avant les présentations de trois figures incontournables de l'aide concrète aux fumeurs pour sortir du tabac en Suisse. L'inestimable Pr Jean-François Etter, de Stop-tabac.ch et de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève, discutera en français de la théorie de la passerelle. Une analyse des fondements méthodologiques de ces thèses au carrefour de la philosophie des sciences et de question de santé publique. Points de vue locaux de praticiens avec les présentations du Dr Jacques Cornuz, de la Polyclinique médicale de Lausanne, et du Pr Jean-Paul Humair, du Cipret de Genève. On notera que les barons suisses de l'anti-tabac abstrait ont préféré décliner l'invitation et se sevrer des discussions de ces rencontres. Ils ne pourront donc pas visionner sur grand écran l'excellent documentaire Beyond the Cloud à 18h.

Le dimanche débutera avec un point sur la situation Suisse avec Olivier Théraulaz, président de l'association d'usagers Helvetic Vape, Stefan Meile, dirigeant de l'association des professionnels suisse de la vape SVTA, et moi-même, pas président du tout de ce blog. Des invités internationaux, Claude Bamberger de l'Aiduce (France), Hanz Holy de l'IG-ED (Allemagne), nous éclaireront avec Olivier Théraulaz sur l'impact de la directive européenne (TPD) pour les vapoteurs. Avant une nouvelle projection de Beyond the Cloud en présence des réalisateurs du film Ghislain Armand, du Vaping Post, et son complice Sébastien Duijndam.
✩✩ Les SWISS VAPING DAYS annoncent la liste complète de leurs exposants participant à l'édition 2016!!! ✩✩
MODDEURS: - Titanide (FR) - Meka Mod (CH) - Swiss DIY (CH) - Sunbox (IT) - G-reverso (IT) - SEbox (IT) - Original Moddog (IT)
FABRICANTS E-LIQUIDES: - GaiaTrend/Alfaliquid (FR) - Excellium Juice (FR) - Fcuking Flava (MAL) - Officine Svapo (IT) - Masc (CH) - Foo (CH) - Tom's Liquid (CH) - Merlins (CH) 
FRANCHISES: - AlterSmoke (FR/CH) - FreeVape (FR/CH) - VapeShop (FR/CH) - High Creek (CH)
DISTRIBUTEURS: - US Vaping (US/FR)
✩ Marques présentes ✩ - StachSauce - The Originals - Cafe Racer - Bambam's Cannoli - Choops Liquids - SuperSoda - Verdict - OKVMI - Black Market - Ruthless - Naked - MVco - The Munchies - BoomBox - Banzai Vapors - Liquid Guys - Blend - Glas - The Fat Jewce - Craft Vapery - Elevate - Ethos - Vape7Daze - Bushido - Jazzy Boba - Kings Crest - One Hit Wonder - Samourai - Sacred - MFC Distribution - JD Tech  - Cotton Bacon - SVoëMesto - Paradigm - Vape Storm - Norbert - Atmomixani - Coil Master - Da Vinci Mods - Anonymous Mod- Sweetch Wholesale (CH) - Cloud Vapor - NicVape
AUTRES: - Paboo-Vap (Trailer Air Stream) - L'Atelier du cuir (Artisan étuis) - Joint the resistance (Coileur)
ASSOCIATIONS: - Helvetic Vape (Défense de la vape pour les usagers) - SVTA (Association des professionnels de la vape)
CLUBS DE VAPE: - Riviera Vape Club - "Le Club" Martigny - VapeClub Romand
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vendredi 11 décembre 2015

Revue Dépendances sur le vapotage : Le futur, c'est maintenant - MàJ 16.12.2015

Le numéro 56 de la revue Dépendances (édito de Jean-Félix Savary, ainsi que le sommaire en ligne), éditée par Addiction Suisse et le Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA), est consacré au vapotage. La revue complète (papier) peut être commandée pour 20fs sur le shop d'Addiction Suisse. Les articles seront en open-access dans une année sur le site du GREA.

Voici en partage, l'article que j'ai signé.
A noter que je l'ai rédigé avant la sortie des nouvelles données statistiques 2014 sur le vapotage en Suisse, discutées dans le billet Vape en stats.

Mise à jour - 16 décembre.
Bourde de ma part. Pour ne pas péjorer les ventes, la revue préfère que je ne mette pas mon article en partage libre. Je le retire donc.
Cependant dans un soucis de ne pas entraver l'accès à l'information pour les personnes ne pouvant pas acheter ou consulter la revue, il est possible de me contacter avec le formulaire (sur le coté droit) pour que je leur envoie une copie pdf de mon article.

D'autres articles de ce numéro semblent tout particulièrement intéressants. Comme celui sur les conséquences de l'amalgame de la vape au tabac dans le projet de loi sur les produits du tabac (LPTab) signé du Pr J.F. Etter, ou celui sur la réduction des risques pour la consommation de cannabis avec la vaporisation de L. Appel de l'ASUD, auto-support des usagers de drogues. De bonnes raisons de se procurer la revue papier ;)