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mardi 14 janvier 2020

Les ados français qui vapotent ont près de 40% de risques en moins de devenir fumeurs quotidiens

L'étude est extrait du suivi Escapad réalisé en 2017 par l'Observatoire Français sur les drogues et toxicomanies (OFDT) sur près de 39'000 adolescents de 17 ans. Le suivi recense 34,1% de 17 ans ayant fumé au moins une cigarette le mois précédent et 25,1% à fumer chaque jours. En regard, 16,8% ont vapoté au moins une fois dans le mois, mais seuls 1,9% vapotent quotidiennement. A l'origine de l'étude, l'interrogation inquiète sur le soi-disant "effet passerelle" du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes. "À l'aide d'une approche de traitement pondéré de probabilité inverse (IPTW) et de données de cohortes rétrospectives, nous avons analysé si un usage quelconque d'e-cigarette a eu un impact sur la transition vers le tabagisme quotidien chez les Français de 17 ans ayant déjà fumé, en utilisant une grande enquête nationale représentative", explique le papier publié dans la revue Drug and Acohol Dependence

Le vapotage corrélé à un risque fortement réduit de devenir fumeur quotidien

Les résultats montrent que non seulement "aucune preuve d'un risque accru de transition vers le tabagisme quotidien", mais même que ce risque est significativement réduit. Parmi les plus de 23'000 qui ont déjà fumé au moins une cigarette dans leur vie, les adolescents qui ont utilisé le vapotage étaient moins susceptibles de 38% que ceux qui n'ont jamais vapoté de devenir fumeur quotidien à 17 ans (Risk Ratio=0,62 - IC à 95 %). Des résultats similaires concernent les jeunes qui ont essayé le vapotage avant toute cigarette (RR=0,76 IC à 95 %). Les chercheurs se sont concentrés sur la recherche d'un éventuel rôle passerelle du vapotage vers le tabagisme. Pour conclure à son absence en France.

Les chercheurs évoquent des pistes de différences entre la France et les Etats-Unis pour expliquer la différence de résultats entre leur étude et celles prises en compte par la méta-analyse de Soneji et coll. Une considération sur les biais méthodologiques des études américaines, qui corrigent leurs données par des facteurs sans prendre en compte le principal, à savoir le tabagisme des proches, aurait probablement permis d'économiser cette partie du texte. 

Concurrence, évitement, substitution

Parmi les plus de 7'000 jeunes fumeurs quotidiens qui ont essayé le vapotage, "40,2 % (n=2'870) l'ont essayé après la transition au tabagisme quotidien", tandis que "27,2 % (n=1'882) avant et 32,7 % (n=2'302) la même année", précisent les chercheurs, dont Stanislas Spilka de l'OFDT qui avait évoqué en primeur, mais sans rentrer dans les détails, cette étude lors de sa présentation au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris. Des proportions qui laissent ouverte la possibilité de rôles distincts entre évitement avant ou en même temps que le passage à la cigarette, mais aussi des tentatives de substitution, comme il est connu et fréquent chez les fumeurs adultes.

Même si les chercheurs contournent le sujet, les résultats de cette étude financée par la Ligue contre le cancer française nourrissent l'hypothèse d'un effet de "concurrence", si ce n'est de rempart, du vapotage contre le tabagisme adolescent. L'hypothèse a déjà été évoquée par le Pr Bertrand Dautzenberg sur la base du suivi Paris Sans Tabac. Cet effet pourrait expliquer la chute sans précédent du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s'est développé. Notamment aux Etats-Unis, comme l'a présenté, aussi au Sommet de la vape, le Pr David Levy de l'Université de Georgetown (Washington, USA). Ces résultats correspondent également aux constats britanniques, notamment ceux issus du suivi le plus important de jeunes au monde, qui montrent une baisse accélérée du tabagisme des jeunes sous l'impact du vapotage.

A Genève, le principe de précaution en faveur du tabagisme

Malgré ma tentative d'explication en Commission (voir p.11 à 20 + annexes 2 et 3 du mémorandum), à la fin de la semaine le Grand Conseil genevois va, selon toute probabilité, promulguer au nom de la protection des jeunes, l'interdiction du vapotage dans tout lieu public, y compris les magasins, et de la vente de tout produit de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs. De quoi prolonger d'au moins quelques années le tabagisme, actuellement à un niveau similaire à la France avec un quart des adolescents qui fument, dans la population genevoise. Par "principe de précaution" et pour le plaisir des cigarettiers et de l'industrie pharmaceutique. Mais au nom de la protection des jeunes, évidemment...


lundi 20 mai 2019

Le Secrétariat anti-tabac va t-il imposer une déclaration de guerre à la réduction des risques à l'assemblée générale de l'OMS?

Ce matin s'ouvre la 72ème World Health Assembly (WHA) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Cette rencontre annuelle est l’organe décisionnel de l’OMS, auquel participent des délégations de tous les États membres pour déterminer les politiques de l'Organisation. On comprend l'importance des enjeux qui peuvent se jouer là pour les grandes orientations de l'OMS. Cela éclaire la tentative lancée par le Secrétariat de la Convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais). Celui-ci propose de faire passer un texte qui déclare la guerre à la réduction des risques, pourtant présent dans son texte fondateur et principe fondamental des organisations de l'ONU. INNCO, le réseau international des organisation de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, alerte ce matin sur cette tentative de coup de force du Secrétariat de la CCLAT.

Dernier coup de force

Alors qu'elle va devoir prochainement céder sa place, Vera da Costa, la Secrétaire générale brésilienne de la CCLAT, veut imposer de mettre en "priorité" la lutte contre les nouveaux produits de réduction des risques tabagiques. Cette déclaration de guerre à la réduction des risques se trouve au point 7 du texte de la CCLAT soumis à l'approbation de la World Health Assembly. Il vise les produits de tabac chauffé. Mais, bien que le dernier sommet de la CCLAT, à Genève en octobre 2018, a clairement rejeté l'assimilation du vapotage aux produits du tabac, le Secrétariat use de formules assez alambiquées pour laisser planer le doute sur le sort du vapotage dans la suite de cette nouvelle guerre aux produits à risque réduit qu'elle veut déclarer.  

Ce qui ne laisse pas de place aux doutes, c'est la volonté du Secrétariat de la CCLAT de violer ouvertement son propre principe d'incorporer "des stratégies de réduction des risques" défini dans son texte fondateur à l'article 1 d). En somme, la poignée de bureaucrates détenant le pouvoir exécutif de la CCLAT veut abandonner la lutte contre les méfaits du tabagisme pour déclarer une guerre aux fumeurs, y compris contre ceux qui arrêtent de fumer avec des produits à risque réduit. 


La lucrative guerre à la réduction des risques

L'absurdité parait totale, si on ne tient pas compte de leur lucratif cheval de bataille des taxes sur le tabac et du manque à gagner résultant de l'effondrement du tabagisme enclenchée par l'essor du vapotage dans certains pays ces dernières années. Partout où les appels à la guerre aux vapoteurs du Secrétariat anti-tabac de l'OMS ont été suivi, le tabagisme s'est maintenu. De la Thaïlande, où la junte militaire détient le monopole du tabac, à la Corée du Nord, en passant par les Etats indiens producteurs de tabac comme le Karnataka, ou encore dans le régime despotique de Turquie

A l'opposé, la Suède connait le taux de fumeurs et les taux de cancer liés au tabagisme les plus bas d'Europe, grâce à l'adoption par les 3/4 des consommateurs du produit de tabac à risque réduit qu'est le Snus. L'Angleterre a vu son taux de fumeurs dégringoler de plus de 20% à moins de 15% depuis l'essor du vapotage en 2011. L'Islande a réduit de moitié son tabagisme depuis 2014 avec l'essor du vapotage. Les ventes de cigarettes aux Etats-Unis chutent si vite, que les actions des cigarettiers ont dévissé de 30 à 50% en 2018...

La résistance des usagers et des défenseurs de la santé publique

Avant le dernier sommet de la CCLAT l'an passé à Genève, 72 experts de santé publique avaient pris leur plume pour tenter de ramener à la raison le Secrétariat de l'organe anti-tabac de l'OMS. Une partie des demandes des experts ont été entendu par les parties membres, qui ont rejeté la tentative d'assimiler le vapotage au tabac. Mais force est de constater que la direction exécutive entend toujours déclarer la guerre au public concerné, synonyme de budgets de lutte, plutôt que de chercher des solutions efficaces, synonyme de perte de rentrées fiscales.

Dans cette dérive à la fois malsaine et autoritaire, la voix des usagers est violemment exclue par la poignée de bureaucrates régnant sur le Secrétariat anti-tabac de l'OMS. Lors du sommet à Genève l'an passé, il était allé jusqu'à censurer les images censées être diffusées publiquement lors de l'exclusion des représentants d'INNCO. Un nombre effrayant de violations de droits fondamentaux avaient été constatées par des observateurs, dont des représentants des associations francophones d'usagers (dont moi-même), sans que les grands médias ne s'en fassent l'écho. 

Le silence des médias de l'empire Bloomberg

Ceux-ci tenus à l'écart des débats semblent résignés à la communication soviétique des organes dirigeants de la CCLAT. Cela va t-il se reproduire cette semaine durant la World Health Assembly ? La présence d'autres organes de l'OMS cultivant des approches plus respectueuses des populations laissent un maigre espoir d'une communication plus ouverte et de défense des principes des droits fondamentaux, dont celui de préserver sa santé avec les moyens de réduction des risques. Mais sans réaction, le Secrétariat de la CCLAT risque bien de faire passer sa déclaration scellant la guerre contre les usagers de produits à risque réduit...

édité à 14h20: petites modifications concernant le focus sur les produits de tabac chauffé du texte du Secrétariat de la CCLAT (et quelques fautes de français corrigées). Merci à Claude ;)

mardi 7 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (1): Interdire d'essayer la vape brime le droit à l'intégrité des personnes

Vendredi 3 mai, la Cour Supérieure du Québec a rendu un jugement majeur concernant les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 sur deux aspects. 

D'une part, permettre aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique. Ainsi que de lever les interdictions du droit d'expression des commerçants sur le vapotage comme moyen de cessation tabagique pour les fumeurs adultes, et dans le même sens le droit de présenter les produits au public concerné. Nous citons dans ce premier billet des morceaux choisis du verdict concernant le respect du droit à l'intégrité des personnes sur la question de pouvoir essayer les produits de vapotage en boutique ou dans des centres d'aide à l'arrêt tabagique.

Alors que des opposants aux droits des vapoteurs espèrent que le Gouvernement du Québec fasse appel à ce verdict, prendre connaissance du rendu de ce jugement est particulièrement intéressant. Evidemment pour les québécois privés de libertés et d'information sur le sujet par cette loi même, mais aussi pour éclairer des débats politiques dans d'autres pays.

En particulier je pense à la Suisse, où des dispositions avec des conséquences similaires à la loi québécoise pourraient être mises en place à travers le projet de loi fédérale sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab) actuellement en Commission parlementaire. Le problème d'une interdiction d'essayer le vapotage en boutiques ou dans des lieux d'aide ou d'entraide à l'arrêt tabagique pourraient aussi se poser au niveau de cantons, tels que Genève, Vaud et Berne. L'argumentation du procès nous semble très instructive...

Concernant le droit fondamental de l’intégrité de la personne
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).
[324] (…)  Une loi qui amène un individu à exercer une activité dans des conditions plus dangereuses brime un droit fondamental. 
[325] Le Tribunal est conscient qu’il ne s’agit pas de danger quand vient le temps d’essayer la cigarette-électronique. Toutefois, il y va des chances de réussir à arrêter de fumer et à ainsi battre le fléau du tabagisme. Personne ne soutient que l’essai en boutique n’a aucun impact ou effet positif. C’est le contraire. Il favorise le succès de la démarche pour celui qui tente d’arrêter de fumer.  
[326] En résumé, en privant les fumeurs de la possibilité d’un essai en boutique ou en clinique, on porte atteinte à leur intégrité car on leur nie, en partie, un meilleur accès à un mécanisme de réduction de risques leur permettant de mieux préserver leur santé et leur intégrité. Rappelons-nous combien de fumeurs cherchent à se défaire du mal du tabac sans y réussir. Ils s’y reprennent à maintes occasions. S’il ne garantit rien, l’essai en boutique ou en clinique peut jouer un rôle et faciliter l’abandon du tabac et de ses méfaits. L’interdire affecte l’intégrité de la personne. 
[…][330] Dans le présent dossier, l’objectif réel et urgent de la défenderesse [l’Etat du Québec] n’est pas contesté. Celle-ci agit de bonne foi, cherche à réduire le tabagisme, ne veut pas perdre ses acquis, s’inquiète de l’impact du vapotage chez les jeunes, craint le mimétisme et l’effet passerelle et se veut « précautionneuse » face à la nicotine et à ce que peut receler la face cachée de la cigarette-électronique. On peut comprendre ces préoccupations. 
[331] Cependant, il lui appartient de se justifier et de démontrer qu’elle est intervenue minimalement. Elle a l’obligation de porter atteinte le moins possible aux droits enfreints. Déclarer agir par précaution ne suffit pas surtout qu’on allègue des risques potentiels face à une entrave démontrée à l’égard des fumeurs. 
[332] Elle n’a pas rempli ce fardeau. Pourquoi ? 
[333] Mentionnons d’abord que la prohibition semble pénaliser plus les fumeurs aux prises avec les problèmes du tabac qu’elle ne permet de réduire ou contrôler le nombre de nouveaux vapoteurs non-fumeurs. 
[334] En effet, l’essai en clinique ou en boutique se fait privément, loin des regards. Les mineurs ne sont pas admis. (…) 
[338] Quant au mimétisme et à l’effet passerelle, sans les nier, ils ne sont pas prouvés de manière convaincante. (…) 
[339] De plus, il convient de regarder ce qui se fait ailleurs à ce sujet. Nul besoin d’aller bien loin. Deux provinces canadiennes, la Colombie-Britannique et l’Ontario encadrent l’essai en boutique et limitent à deux, le nombre de personnes pouvant vapoter en même temps à l’intérieur. Le Manitoba n’impose aucune limite. L’Alberta ne réglemente pas le cas. Dans les Maritimes, on se montre restrictif comme au Québec. 
[340] Cela démontre qu’il existe des solutions législatives moins radicales afin de permettre l’essai en boutique ou en clinique tout en conservant une limitation qui réponde aux craintes de la défenderesse [l’Etat du Québec]. 
(…)[342] Le Tribunal ne considère donc pas qu’il y a eu justification à l’atteinte en cause, la solution retenue n’étant ni minimale ni proportionnelle. Elle va trop loin.

lundi 26 novembre 2018

Suisse: à Zurich et Bâle des motions voudraient assimiler le vapotage au tabagisme


Les cantons romands ne sont pas les seuls à subir des attaques contre le vapotage. Le parlement du canton de Bâle-Ville a voté mercredi, par 53 voix contre 33, une motion demandant l'assimilation du vapotage au tabagisme. Présentée par le Parti Évangéliste, elle voudrait une interdiction de vente aux mineurs mais aussi l'assimilation du vapotage dans les lois contre le tabagisme passif et la publicité, rapporte l'agence ATS. Après son examen par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil devra encore se prononcer s'il transforme la motion en mandat contraignant.

Le Conseil d'Etat zurichois est plus calme

A Zurich, une procédure similaire un peu plus avancée a vu le Conseil d'Etat répondre par la négative ce jeudi, explique la Tages Anzeiger. Le Gouvernement cantonal estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer pour le moment sur le vapotage. Il propose de transformer la motion en postulat. A savoir qu'une motion impose au gouvernement de légiférer, tandis qu'un postulat l'enjoint à en étudier l'opportunité. C'est aussi l'option qui a été choisie par la Commission du Grand Conseil vaudois face à la motion similaire de Graziella Schaller.

En attendant l'éventuelle loi tabac (LPTab), dont le second projet est en cours d'élaboration, aucun âge minimum n'est requis au niveau fédéral pour la vente de cigarette. Actuellement, la limite d'âge de vente des produits du tabac est de 16 ans à Zurich. Concernant le vapotage, l'abrogation par le Tribunal administratif fédéral de la prohibition sans base légale de l'administration, a mis les autorités face à leur neuf ans d'irresponsabilités.

Les usagers même mineurs ont-ils le droit d'éviter de fumer ?

Cet été, les cigarettiers, la grande distribution et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont établi ensemble un code de conduite pour ne pas vendre de produits de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs tout en continuant la vente de tabac à ceux-ci. De son côté, l'association des professionnels de vape (SVTA) a préféré privilégier la réduction des risques en autorisant dans son codex la vente de produits sans nicotine à des jeunes déjà fumeurs dés 16 ans. L'association des usagers Helvetic Vape était exclue de cette table-ronde.

Les députés valaisans n'ont pas non plus pris la peine de consulter les usagers. Ils ont voté en juin une modification de loi pour interdire dés le 1er janvier la vente de produits de vapotage aux mineurs. Scénario pire à Genève, où le Conseil d'Etat a déposé un projet de loi proche de la motion évangéliste bâloise. Le vapotage, y compris sans nicotine, serait "assimilé" au tabagisme. Non seulement sa vente serait interdite aux mineurs, mais le PL 12385 prévoit aussi d'en interdire l'usage dans les lieux publics, sa publicité et un ensemble de contraintes similaires aux ventes de tabac pour les commerces de vape.

La chute du tabagisme des jeunes sous l'impact de la vape

Les partisans de ces mesures de restriction et d'interdiction osent prétendre le faire au nom de la lutte anti-tabac. Ceci en dépit de la chute vertigineuse du tabagisme dans les pays où le vapotage a pu se développer. Le droit à la réduction des risques des mineurs et la possibilité d'éviter d'expérimenter la cigarette par l'opportunité du vapotage notamment sans nicotine ne semblent pas pris en compte par les autorités.

Tabagisme lycéen et jeunes adultes aux Etats-Unis

Pourtant de nombreuses analyses sérieuses sur la question évaluent le phénomène au Royaume-Uni, en Allemagne, dans la région parisienne, en Islande et aux Etats-Unis, où la baisse du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois depuis l'essor de la vape. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg parle de "ringardisation" du tabagisme par le vapotage chez les jeunes. A l'opposé de la Suisse où le tabagisme des jeunes a été maintenu ces dix dernières années, ces pays voient le vapotage le faire dégringoler.

En septembre, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, a présenté sa revue des données internationales sur le sujet à Barcelone au THR Summit: "Il n'y a aucune données montrant que l'augmentation de l'usage du vapotage n'amène à expérimenter les cigarettes chez les jeunes britanniques. Il y a des indices que la perception des jeunes contre le tabagisme se durcit plutôt que s'affaiblit" (voir ci-dessous).

Difficile de croire que les parlementaires genevois et bâlois ne voudraient pas prendre la peine de s'informer sérieusement et de s'interroger sur le phénomène en regard de l'échec calamiteux de la politique tabac suivie cette dernière décennie. Les offensives de restrictions au nom des jeunes à Bâle et Genève ressemblent plutôt à des mesures pour protéger les ventes de cigarettes et maintenir le tabagisme, y compris des adultes, si lucratif pour toute une série d'acteurs, dont l'industrie des médicaments en tout genre. Le tabagisme est la première cause évitable de maladie en Suisse.


lundi 19 novembre 2018

Genève: le projet de loi qui tuerait l'entraide à l'arrêt du tabac et les vapeshops va t-il passer en silence?

Genève le PL 12385 assimile la vape au tabacAssimilés au tabac, interdits d'être visibles depuis la rue, prohibés d'usage dans les lieux publics et interdits de publicité. C'est le sort qui attend les produits de vapotage, y compris sans nicotine, à Genève si le projet de loi 12385 (PL 12385) est adopté tel quel. Déposé fin août par le Conseil d'Etat genevois et actuellement aux mains de la Commission Economie du Grand Conseil, il annonce légiférer sur l'âge limite de vente des produits du tabac et la vente d'alcool. Actuellement, Genève est un des cantons où les cigarettes peuvent se vendre légalement aux mineurs, la Confédération n'ayant pas de limite d'âge minimal. Combler cette lacune législative ahurissante en fixant un âge minimum de 18 ans parait de prime abord une bonne nouvelle. 

Un projet de loi anti-vape caché derrière la restriction de vente du tabac

Cependant, les justifications de la nouvelle loi du Conseiller d'Etat Mauro Poggia nous avait déjà un peu surpris puisqu'il évoquait plus la peur de l'arrivée du vapotage et du cannabis light que du tabagisme établi et stagnant en Suisse, y compris chez les jeunes. A la lecture du projet, on comprend mieux. Derrière l'annonce de la limitation de vente du tabac se cache un arsenal qui aurait toutes les chances d'éliminer les boutiques spécialisées de vapotage, interdirait de facto l'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage et assimilerait les vapoteurs aux fumeurs.

L'article 4 §3 stipule que "sont considérés comme des produits assimilés au tabac: a) (...) le cannabis légal (...) b) les cigarettes électroniques, présentant un dispositif utilisé sans tabac et permettant d'inhaler de la vapeur obtenue par chauffage d'un liquide avec ou sans nicotine, ainsi que les flacons de recharge et les cartouches pour ce dispositif" [notre emphase]. A partir de ce postulat, toutes les restrictions concernant la vente de cigarette s'appliquent à la vente de vapotage. Nécessité d'avoir une autorisation, interdiction de visibilité des produits depuis la rue et interdiction de vente aux mineurs avec achat-test pour débusquer les fraudeurs, etc. 

Interdit d'essayer et d'expliquer le vapotage

Opération pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage à Genève mai 2018L'intention de tuer la possibilité d'utiliser le vapotage contre le tabagisme comme aide à la réduction des risques se précise dans les modifications des autres lois, à l'article 23 du PL 12385. Allant au-delà de son objet et de son champ d'application, celui-ci veut aussi transformer les lois sur la santé concernant l'interdiction de publicité (K 1 03) et sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics (K 1 18) pour y inclure le vapotage. 

Si le projet était accepté tel quel, il serait interdit de vapoter dans tous lieux publics à Genève, y compris les vapeshops ou lors de réunions d'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage. La publicité ou des actions de sensibilisation à la réduction des risques sur le sujet seraient de facto interdits. Pour qui n'est pas naïf sur ce dossier, c'est bien là un des objectifs principaux des instigateurs en coulisse du projet de loi.

Reportage sur le vapotage en partie à Genève de Zoe Decker pour l'émission 15 Minutes radio RTS fin 2017

L'assassinat de l'entraide et de la réduction des risques

aide à l'arrêt du tabagisme avec le vapotage
Ce serait à court terme, la plus que probable disparition de ces centres stop-tabac d'un genre nouveau que sont les boutiques spécialisées. La possibilité d'expliquer en pratique l'usage et de faire essayer matériel et liquides aux clients les distingue des kiosques à cigarettes. Leur expertise serait de fait bâillonnée par ces mesures. Sans instruction pratique, les usagers, en particulier les néophytes, courront plus de risques d'accident par mésusages.

Et surtout beaucoup plus de risques d'échecs à l'arrêt ou de rechutes dans le tabagisme, interdits qu'ils seront de choisir en testant les liquides adéquats, d'être initiés aux particularités du vapotage et de l'usage des appareils. En résumé, privés d'apprendre les bonnes pratiques. Ce problème se pose aussi évidemment à toutes les démarches d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage. Qu'elles soient autogérées ou encadrées par des professionnels de santé comme actuellement dans la recherche ESTxENDS. L'interdiction de vapoter ajoute également un handicap aux déjà plutôt difficiles tentatives  d'arrêt tabagique des fumeurs: l'assimilation de la nicotine par vapotage étant nettement plus lente que par la fumée, la vape nécessite un autre timing de prises que les pauses cigarettes.

Incohérences fumeuses

Difficile de saisir éthiquement pour quelles raisons, l'Etat de Genève soutient officiellement la distribution expérimental de cannabis avec THC aux mineurs d'un côté, mais leur refuse de l'autre d'éviter d'en consommer en leur laissant l'accès à du cannabis presque sans THC, et a fortiori de le vapoter sans les toxiques de la fumée. De même, les plus de 25% d'adolescents fumeurs seront privés de pouvoir arrêter ou d'éviter de fumer à l'aide du vapotage avec ou sans nicotine. Même leurs parents ou des médecins seront interdits de les aider de cette manière. Faut-il abandonner les jeunes aux produits plus risqués pour ensuite leur accorder le droit à une aide et à la réduction des risques? Avec près de 40% de jeunes de 18 à 25 ans fumeurs, Genève mériterait de renouveler les principes de son approche.

L'absence de réflexion sur les conséquences du projet de loi contre la réduction des risques que ce soit pour les jeunes et les adultes, non seulement par rapport au tabagisme mais également sur le volet du cannabis à faible taux de THC, est troublant. Son argumentaire ne répond ni aux grandes lignes de la stratégie nationale addictions 2017-2024, ni ne respecte les demandes du parlement de traiter de manière clairement différenciée le vapotage des produits du tabac. Une loi cantonale qui serait rapidement périmée par incompatibilité avec la prochaine législation fédérale, en plus de sembler surgir d'un autre siècle.

Protéger le tabagisme sans en avoir l'air

Genève est évidemment très sensible aux charmes fiscaux de la multinationale au grand bâtiment d'acier et de verre. Japan Tobacco (JTI) ne cache pas combattre l'exode vapologique de ses clients. La firme voit ses ventes de cigarettes dégringolées. En plus de campagnes de pub anti-vapoteurs en Allemagne, JTI a même mis sur le marché une vaporette conçue pour n'être qu'un produit de complément, visant "le double-usage" selon les termes de Jens Hermes-Cédileau son directeur Allemagne à EGarage. Comprenez, elle est si peu efficace et si peu dosée en nicotine, qu'il tient du miracle d'arrêter de fumer avec une Logic.

En entravant les dispensateurs éclairés de produits plus efficaces pour sortir du tabagisme, le projet de loi va donc satisfaire les lobbys du système tabac, pharma y compris, et de la grande distribution qui verront d'un bon œil la disparition plus que probable des vapeshops indépendants. Leur alliance cet été pour continuer de vendre des cigarettes en interdisant le vapotage aux adolescents ne laisse pas place au doute sur la question. Autant dire que peu d'intérêts économiques puissants vont s'opposer à ce pan du projet de loi genevois.

Les députés pour sauver la réduction des risques ?

Le Grand Conseil aura t-il le courage et les connaissances sur le dossier pour le modifier avec intelligence? Pour le moment, le projet de loi est en suspens à la Commission Economie. Les médias ayant fait totalement l'impasse sur ses conséquences concrètes contre la réduction des risques, les parties directement concernées ne semblent pas se douter du problème. Sans réaction, Genève risque de se réveiller prochainement avec une loi condamnant à l'extrême marginalité la réduction des risques, le vapotage et la liberté d'arrêter de fumer. Au moment où les coûts des assurances maladies prennent l'ascenseur, agir sur la principale cause évitable de maladies, important facteur d'inégalités sociales de santé, avec une vision politique moderne serait pourtant opportun.


mardi 30 octobre 2018

[Bref] Contre les mégots, Genève distribue des cendriers plutôt que des vaporettes

Le matraquage médiatique sur la pollution des mégots de cigarettes a de toute évidence quelque chose de la désignation du bouc-émissaire facile face à l'angoisse écologique généralisée. Depuis le 24 septembre, la campagne anti-mégots de la ville de Genève s'appuie d'ailleurs sur le filon. "Petit voyou" comme accroche, tandis qu'en fond de dessin un fumeur est croqué par des phrases telles que "Pas grave" ou "Pas mon problème". En somme le portrait d'un fumeur antipathique et incivique, dont on se demande comment il peut être inviter à se responsabiliser par une telle adresse. Pour prendre à témoin la population, des compteurs automatiques tournent dans cinq lieux centraux de la ville annonçant le soi-disant nombre de mégots jetés à terre. A l'avenir, la ville veut mesurer plus précisément les déchets des rues avec un système de surveillance "intelligent" par caméra.

A ces mesures publicitaires, la ville de Genève a joint un geste pour permettre aux fumeurs de ne plus jeter leurs mégots à terre. 10'0000 cendriers de poche seront distribués durant l'opération. L'idée de sensibiliser les fumeurs, plutôt que de les stigmatiser, et éventuellement leur offrir une opportunité de passer à un mode de consommation à risque réduit sans mégot tel que le vapotage ne semble pas avoir même effleuré l'esprit des autorités genevoises. A l'opposé d'une approche incitative douce, du type nudge, Guillaume Barazzone, Conseiller administratif de la ville en charge de l’environnement urbain et de la sécurité, rappelle, au micro de la radio RTS, que "à Genève, toute personne qui jette son mégot par terre s'expose à une amende de 100 à 200 Fs".


mardi 16 octobre 2018

[Bref] Suisse: Les HUG recherchent des fumeurs motivés à arrêter pour l'étude sur le vapotage

"Nous recherchons des personnes âgées de 18 ans ou plus qui fument 5 cigarettes ou plus par jour dans les 12 derniers mois, qui sont motivé(e)s à arrêter de fumer et qui résident en Suisse". Dans le cadre de l'étude clinique ESTxENDS, qui va mesurer l'efficacité, la sécurité et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lance cet appel à participants (voir plus bas). 

L'étude se déroule sur six mois, avec deux visites cliniques d'environ une heure, et des entretiens téléphoniques réguliers pour soutenir et conseiller les participants. Par tirage au sort, la moitié recevra une vaporette avec des liquides nicotinés (choix parmi quelques goût et taux de nicotine proposés), tandis que l'autre moitié ne recevra que les conseils et soutiens à l'aide à l'arrêt. Ce groupe aura une petite compensation financière pour son suivi à la fin des six mois de 30 Fs, à défaut d'avoir eu une vaporette.

L'équipe de l'étude menée sur Genève par le Dr Jean-Paul Humair, du Service de Médecine de Premier Recours des HUG, peut être contactée par mail à  etudetabac@hcuge.ch ou au : +41(0) 79 553 09 44. Si vous connaissez des fumeurs susceptibles d'être intéressés et motivés dans la région, faites leur passer le mot...

lundi 1 octobre 2018

#COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac

"Mais... même si le vapotage ne contient pas de tabac?", insiste le journaliste incrédule. "Oui!", tonne péremptoire Anne Bucher à la conférence de presse de la COP8 anti-tabac de l'OMS. La nouvelle Directrice générale à la santé de la Commission Européenne en est persuadée: la vape, c'est du tabac. Même s'il n'y a pas de tabac. Même s'il n'y a pas non plus de combustion, de dégagement de monoxyde de carbone ni de goudron. C'est du tabac, comme une cigarette. Pour son premier jour en fonction, Anne Bucher nie la distinction faite dans la directive européenne. La française nie aussi allègrement la science, l'évidence et le bon sens des 89% de citoyens ayant participé à la récente consultation de la Commission Européenne. Incompétence obtuse de la nouvelle DG ? Ou peut-être une histoire de climat ?

Climat médiéval 

Du climat, il en a beaucoup été question à l'ouverture ce matin du 8ème sommet mondial anti-tabac COP8FCTC de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) durant laquelle Anne Bucher s'est exprimée. Les liens imaginés par les orateurs entre dérèglement climatique et tabagisme étaient pour le moins ésotériques. Mais peut-être faut-il prendre cela au sérieux? Car la COP8FCTC se tient à Genève. Or le climat du jour rappelle furieusement le temps où un autre français, du nom de Jean Calvin, faisait brûler à la même saison Michel Servet pour avoir eu des pensées un peu trop librement exprimées.

Certes, même s'ils ne se cachent pas de détester plus que tout les vapoteurs, les dirigeants de la Convention anti-tabac de l'OMS n'ont pas été jusqu'à user de combustion contre leur liberté. Ils ont simplement accepté la proposition de la déléguée de la Thaïlande d'expulser le public et les médias. La junte militaire thaïlandaise, qui détient le monopole du tabac national, a ses habitudes. A vrai dire, un bon nombre d'autres pays totalitaires ou producteurs de tabac ont trouvé l'idée à leur goût. Seul le Canada a émis le souhait de plus de transparence à l'égard des citoyens. Résultat ? Le public et les médias ont été exclus. Mais un streaming vidéo des séances plénières* est désormais diffusé, en différé de quelques minutes pour censurer en cas de besoin. [*edit: oubli important de ma part, ne sont diffusées que les séances plénières ]
Vera da Costa (Secr, Gale de la FCTC - Brésil), Preeti Sudan (Pres. de la COP8 - Inde) 
et Anne Bucher (DG santé de la Comm. Européenne)

Les marchandages en coulisses entre les délégués des 180 pays membres, plus l'Union Européenne, et les quelques 1'500 lobbyistes autorisés dans le Centre des congrès genevois se feront à l'abri de toute oreille indiscrète. Mais Vera da Costa, la Secrétaire générale du secrétariat anti-tabac, a tenu à préciser en conférence de presse - voir vidéo plus bas - qu'il ne fallait pas penser à un "manque de transparence". Ah ? "C'est pour se protéger des mauvaise influences des cigarettiers", explique la brésilienne. Ce n'est pas ce qui va nous rassurer sur notre impression d'un retour au moyen-âge. Justifier l'opacité pour éviter le magouillage en coulisse... ou comment faire du Machiavel de supermarché. Rideau pour la transparence.

Un peu d'air frais tout de même

Plus tôt dans la journée, 72 courageux experts du domaine ont dit ouvertement, ce que nombre pensent mais n'osent pas déclarer pour ne pas flinguer leur carrière. A savoir que le dogme anti-vape du secrétariat anti-tabac de l'OMS est insensé et contre-productif. Si l'OMS pousse à des réglementations qui entravent la réduction des risques comme le vapotage, "alors ces réglementations peuvent nuire en perpétuant le tabagisme", expliquent t-ils, en anglais ou ma traduction en français.

Plus ironiques, les activistes d'INNCO, le réseau des organisations d'usagers de produits à risque réduit, ont envoyé une lettre de félicitation aux participants de la COP8FCTC pour les excellents résultats financiers des grandes firmes cigarettières, en pleine croissance au fil du déploiement de leurs préconisations. Un troll que le Vaping Post détaille avec le sourire.

Egalement présents sur place, les défenseurs des droits des usagers ont distribué un tract à l'entrée de la Convention anti-tabac dés 7 heures ce matin, puis sur la place des Nations devant le siège des Nations Unies. Il reprend en condensé les éléments de la lettre ouverte envoyée la semaine dernière par INNCO à l'OMS.

Demain en fin de matinée, Harry Shapiro présente son rapport sur l'état de la réduction des risques face au tabagisme, publié par Knowledge Action Change (KAC). Le soir, le Pr Bernd Mayer, toxicologue de l'Université de Graz, fera une conférence au restaurant la Potinière au Jardin anglais (il faut réserver)...

La conférence de presse s'est faite sans streaming qui n'était pas prévu initialement. Mais Frederic Cyrus Roede, de l'organisation Consumer Choice, l'a filmé et partagé en direct sur son compte twitter, où elle est visible en replay.



#COP8FCTC 72 experts internationaux appellent l'OMS à soutenir la réduction des risques

Ce lundi, la 8ème sommet mondial des parties (COP8FCTC) de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT ou FCTC en anglais) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s'ouvre à Genève pour la semaine. Au menu, des discussions à huis-clos entre les délégués des 181 pays, entourés de milliers de lobbyistes choisis par le secrétariat de la convention sur la manière de faire évoluer le traité.

72 experts de renommées mondiale impliqués dans la lutte anti-tabac de longue date ont pris leur plume pour appeler l'OMS et les participants à infléchir la direction prise et s'ouvrir à la réduction des risques. Jusqu'ici sous la direction du secrétariat, qui outrepasse son rôle, la Convention a orienté ses recommandations contre le vapotage, allant jusqu'à prôner la criminalisation des vapoteurs en Asie. A l'opposé, cette lettre au Dr Tedros, directeur de l'OMS, milite pour l'intégration de la réduction des risques dans l'approche de la Convention. Elle est signée d'experts britanniques, américains, français, italiens, grecs, malaysiens, néo-zélandais, mexicains, belges, australiens, suisses, japonais, venezueliens, canadiens, indiens, norvégiens, autrichiens, suédois, tunisiens. 

Ma traduction de la lettre ouverte des 72 experts ci-dessous:

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus 
Directeur général 
Organisation mondiale de la santé 
Avenue Appia 20 
1202 Genève 
Suisse

1er octobre 2018
Cher Dr. Adhanom Ghebreyesus
Innover dans la lutte antitabac: développer la CCLAT pour qu'elle englobe la réduction des risques et des dommages face au tabac
Nous écrivons pour exprimer notre espoir que l'OMS assumera un rôle de premier plan dans la promotion de politiques efficaces et rapides pour la réglementation du tabac et de la nicotine. Dans cette lettre, nous proposons que l’OMS et les parties prenantes adoptent une approche plus positive des nouvelles technologies et des innovations susceptibles d'en finir plus rapidement avec l’épidémie de maladie causée par le tabagisme.
Dans le domaine de la lutte antitabac et de la santé publique, le monde a considérablement évolué depuis la signature de la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) en 2003. Il est impossible d’ignorer ou de rejeter l’essor des systèmes alternatifs de délivrance de la nicotine (ANDS). Ceux-ci sont établis et de nouvelles technologies fournissent de la nicotine à l'utilisateur sans combustion de feuilles de tabac ni inhalation de fumée de tabacCes technologies offrent la perspective de gains importants et rapides en matière de santé publique grâce à la 'réduction des risques liés au tabac'. Les utilisateurs qui ne peuvent ou ne veulent pas cesser de consommer de la nicotine ont la possibilité de passer des produits les plus risqués (principalement les cigarettes) à des produits présentant un risque bien moindre que les produits à fumer (p.ex. produits de nicotine propre, tabac sans fumée, vapotage ou tabac vaporisé). Nous croyons que cette stratégie pourrait apporter une contribution substantielle à l'objectif de développement durable (SDG) visant à réduire les décès prématurés dus aux maladies non transmissibles (objectif 3.4 de la SDG).
Le concept de réduction des risques du tabac est consigné dans la définition même de 'lutte antitabac' figurant dans la CCLAT (article 1.d) et nous pensons qu'il doit maintenant être pleinement exprimé dans la CCLAT et par les parties dans leur approche de la mise en œuvre. . À cette fin, nous proposons des principes directeurs pour l’élaboration de la prochaine phase de la lutte mondiale contre le tabagisme, à commencer lors la prochaine Conférence des Parties (COP8, 1-6 octobre, Genève).
  • La réduction des risques du tabac fait partie intégrante de la lutte antitabac . La réduction des risques est une stratégie largement répandue en matière de santé publique (p.ex. VIH, consommation de drogues, santé sexuelle) et elle devrait faire partie intégrante de la lutte antitabac en aidant les fumeurs à cesser de fumer ou leur éviter de commencer, et, en tout cas réduire grandement leur risque.
  • Du point de vue de la santé, la principale distinction entre les produits contenant de la nicotine est de savoir s’ils sont combustibles ou non. Il ne s'agit pas de savoir si ce sont des produits du tabac ou des produits autres que le tabac ou s'ils sont établis ou nouveaux. Le principal objectif de la CCLAT étant la gestion des risques pour la santé, cette distinction devrait faire partie intégrante de la conception et de la mise en œuvre de la CCLAT [1] .
  • La réduction des risques du tabac est favorable et synergique avec les politiques «MPOWER» qui sous-tendent la CCLAT. En offrant aux utilisateurs des options plus diverses pour répondre aux taxes ou à d'autres mesures, la réduction des risques peut améliorer l'efficacité des mesures conventionnelles et atténuer les conséquences préjudiciables involontaires de ces politiques pour les utilisateurs persistants, par exemple l'impact des taxes du tabac sur les personnes qui continuent malgré tout à fumer.
  • Les parties prenantes devraient accorder un poids approprié aux avantages et aux opportunités de la réduction des risques liés au tabacIls ne devraient pas se concentrer exclusivement sur les risques inconnus pour la santé, en particulier lorsque ceux-ci sont des risques mineurs ou improbables. Une occasion perdue d'un gain de santé publique représente un préjudice réel pour la santé publique et devrait être reconnue comme tel.
  • L'adoption par les jeunes de tout produit à base de tabac ou de nicotine exige une stratégie cohérente et adaptable axée sur la réduction des risques actuels et futurs pour les jeunes. Les politiques visant à lutter contre la consommation de nicotine chez les jeunes devraient être fondées sur une compréhension des comportements à risque chez les jeunes, des interactions entre les différents produits (par exemple, pour de jeunes fumeurs le report potentiel vers les produits à faible risque peut être bénéfique), et tenir compte de la balance globale des risques et des avantages pour les adultes et les jeunes découlant des interventions.
  • L'incertitude quant aux effets à long terme ne devrait pas être une raison de paralysieIl est vrai que nous n’aurons pas d’information complète sur l’impact des nouveaux produits jusqu’à ce qu’ils aient été utilisés exclusivement pendant plusieurs décennies - et compte tenu des schémas d’utilisation complexes, peut-être même jamais. Mais nous avons déjà des connaissances suffisantes basées sur les processus physiques et chimiques impliqués, la toxicologie des émissions et les biomarqueurs d'exposition pour être sûr que ces produits sans combustion seront beaucoup moins nocifs que le tabagisme. Nous savons également avec certitude que le produit en place (la cigarette) est extrêmement nocif.
  • La CCLAT et sa mise en œuvre devraient englober une "réglementation proportionnée au risque". Cela signifie que la rigueur de la réglementation ou de la taxation appliquée aux catégories de produits devrait refléter les risques pour la santé. Par exemple, il devrait y avoir des taxes élevées sur les cigarettes, mais des taxes faibles ou nulles sur les produits de vapotage. Il est raisonnable d'interdire toute publicité pour des produits combustibles, mais de placer des contrôles sur la publicité pour les produits non combustibles (pour protéger les jeunes non-fumeurs en particulier) et ainsi de permettre une promotion suffisante pour que les fumeurs puissent encore prendre connaissance des alternatives et soient encourager à commuter vers celles-ci. Cette approche à risque-proportionnée devrait être adoptée de manière transversale à la CCLAT.
  • L'OMS et les Parties de la CCLAT devraient être conscientes et veiller à éviter les conséquences inattendues préjudiciables des interdictions ou d'une réglementation excessiveSi les politiques approuvées par l’OMS rendent les alternatives non-combustibles au tabagisme moins facilement accessibles, moins agréables ou moins acceptables, plus chères, moins conviviales ou pharmacologiquement moins efficaces, ou empêchent l’innovation et le développement de produits nouveaux et améliorés, alors ces réglementations peuvent nuire en perpétuant le tabagisme.
  • Les négociations de la CCLAT devraient être ouvertes à davantage de parties prenantesDe nombreuses parties prenantes, y compris les consommateurs, les médias et les experts en santé publique ayant des opinions favorables à la réduction des risques, devraient faire partie du processus. Nous sommes préoccupés par le fait que la CCLAT ait exclu des points de vue divergents appropriés. Ses délibérations et ses décisions pourraient être plus solides et plus crédibles si ses travaux étaient plus ouverts.
Nous sommes préoccupés par le fait que l’OMS et le Secrétariat de la Convention n’adoptent pas ces principes et, dans de nombreux cas, font le contraire. Nous avons vu la lettre ouverte détaillée qui vous a été envoyée le 3 septembre par le Dr Abrams et al. concernant les risques d'interdiction et de réglementation excessives [2] . Nous recommandons sa lecture à toute personne intéressée par l'avenir de la lutte antitabac.
Nous croyons qu'il est temps que la lutte antitabac adopte la réduction des risques du tabac. Nous espérons que l’OMS et les Parties à la CCLAT feront progresser ce programme lors de cette huitième Conférence des Parties de la CCLAT, à compter d’aujourd’hui. Nous partagerons cette lettre avec les parties prenantes concernées.
Les auteurs de cette lettre confirment n'avoir aucun conflit d’intérêts concernant l’industrie du tabac et aucun problème ne se pose en ce qui concerne l’article 5.3 de la CCLAT.
Cordialement,
David B. Abrams, PhD; Marion Adler, PhD; Jasjit S Ahluwalia, MD, MPH, MS; Sanjay Agrawal, MD, MBChB; Philippe Arvers, MD, PhD; Frank Baeyens, PhD; Shamsul Bahri Mohd Tamrin; Scott D. Ballin, JD; Clive Bates, MA, MSc; Robert Beaglehole, MD, DSc, FRSNZ; Mihi Blair (Ngāti Whātua); Anne Borgne, MD Ron Borland, PhD; Thomas H. Brandon, PhD; John Britton, MD; Dr Jamie Brown, PhD CPsychol; Jean-Pierre Couteron; Sharon Cox, PhD; Kenneth Michael Cummings, PhD; Lynne Dawkins, PhD; Jean-Michel Delile, MD; Allan C. Erickson; Jean-François Etter, PhD; Konstantinos Farsalinos, MD, MPH; Antoine Flahault, MD, PhD; Jonathan Foulds, PhD; Thomas J. Glynn, PhD; Peter Hajek, PhD; Wayne Hall, PhD; Natasha A. Herrera; Martin J Jarvis, DSc OBE; Martin Juneau, députés, MD, FRCPC; Dr.Aparajeet Kar, MD; Leon Kosmider, PhD, PharmD; Lynn T. Kozlowski, PhD; Hiroya Kumamaru, MD, PhD; Christopher E. Lalonde, PhD; Murray Laugesen QSO; Jacques Le Houezec, PhD; William Lowenstein, MD; Karl E Lund, PhD; Bernhard-Michael Mayer, PhD; Olivia Maynard, PhD; Andy McEwen, PhD; Ann McNeill PhD; Klim McPherson, PhD, FMedSci, Hon FRCP; Colin Mendelsohn; Robin Mermelstein, PhD; Faares Mili, MD; Thomas J. Miller; Marcus Munafò, PhD; Raymond Niaura, PhD; Caitlin Notley, PhD; David Nutt, DM, FRCP, FRCPsych, FMedSci, DLaws; Konstantinos Poulas, PhD; Philippe Presles, MD; Lars M. Ramström, PhD; Vaughan Rees, PhD; Steven A. Schroeder, MD; John R. Seffrin, PhD; Lion Shahab, PhD; Rajesh N. Sharan, Ph. D .; Michael Siegel, MD, MPH; Roberto A Sussman, PhD; David Sweanor, JD; Professeur Umberto Tirelli MD; Natalie Walker, PhD; Kenneth Warner, PhD; Alex Wodak; Naohito Yamaguchi, MD; Ben Youdan; 
[pour les titres complets et les affiliations voir le PDF original]
[1]     Nous reconnaissons que des normes de production médiocres et l'inclusion de chaux éteinte (hydroxyde de calcium), noix d'arec et autres ingrédients dangereux dans certains produits traditionnels contenant du tabac tels que le gutka et le paan peuvent rendre ces produits beaucoup plus dangereux que d'autres produits du tabac sans fumée.
[2]     Abrams DB, CD Bates, Niaura RS, Sweanor DT. Lettre au Directeur général de l'OMS, 3 septembre 2018. ( lien vers la lettre )

samedi 29 septembre 2018

#COP8FCTC La NNA appelle le gouvernement britannique à sauver la vape de la menace de l'OMS

Le Royaume-Uni va t-il sauver la vape durant le sommet mondial COP8FCTC de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève la semaine à venir ? Le réseau international des associations d'usagers INNCO va tenir des piquets pour rencontrer le public à la place des Nations durant la semaine. De son côté, l'association New Nicotine Alliance, qui en est membre, prie le gouvernement britannique de faire barrage aux projets d'interdictions et de restrictions contre le vapotage du Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS.  

Un succès britannique

"Le vapotage est une alternative plus sûre que fumer du tabac. Le Royaume-Uni compte plus de 1,7 million d'anciens fumeurs passés des cigarettes au vapotage exclusif. Le gouvernement a judicieusement reconnu les avantages significatifs que les stratégies de réduction des risques du tabac peuvent apporter et, grâce à des campagnes positives telles que Stoptober, a vu le nombre de fumeurs chuter considérablement ces dernières années", déclare Sarah Jakes, présidente de l'association d'usagers de produits nicotinés à risque réduit.

Les pauvres ont-ils droit à la réduction des risques ?

Or, le Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS pousse à interdire ou restreindre le vapotage, n'hésitant pas à donner en modèles la Corée du Nord et la junte militaire thaïlandaise, détentrice du Monopole du tabac de Thaïlande. Après la prohibition prononcée en Inde, le sujet sera au cœur de ce Sommet COP8FCTC. "Les pays développés tirent de grands bénéfices des outils de réduction des risques du tabac. Les fumeurs des pays moins nantis ont le droit de bénéficier des mêmes opportunités. La NNA encourage la délégation britannique à résister à l'interdiction des produits à risque réduit de délivrance de nicotine", explique le communiqué de la NNA.

La Commission Européenne contre le droit d'information ?!

"Nous avons aussi entendu des informations inquiétantes selon lesquelles la délégation de l'Union Européenne envisage de demander au sommet anti-tabac de l'OMS de lancer un appel pour une interdiction mondiale de publication sur le vapotage. Il serait scandaleux que la délégation britannique soit complice d’une telle initiative qui s’oppose à l’engagement du gouvernement d’améliorer la disponibilité des produits innovants à risque réduit", précise Sarah Jakes, comme l'avait révélé le Vaping Post il y a deux semaines

Les britanniques vont-ils financer une politique opposée à la leur ?

Avant de rappeler que le Royaume-Uni fournit une contribution financière "très généreuse", à vrai dire la plus importante de tous les pays, au secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS. "Nous exhortons donc le gouvernement à utiliser l’influence de notre contribution financière et de bien agir. C'est-à-dire de rejeter la prohibition des moyens de réduction des risques que les pays moins nantis se sentent obligés d'appliquer en raison de la désinformation de l'OMS, et d'exhorter le secrétariat anti-tabac (FCTC) à respecter sa propre convention (art.1 d.) en faveur de la réduction des risques, et enfin à résister aux restrictions de promotion des alternatives à risque réduit au tabagisme".

Opacité totale

Au Sénat italien, une question parlementaire a été posée à la Ministre de la santé Giulia Grillo pour savoir la position défendue sur le sujet par sa délégation. Sans réponse pour le moment, selon le site spécialisé SigMagazine. En France, des défenseurs de la lutte anti-tabac, de la réduction des risques et du vapotage sont inquiets et sans nouvelle ni du mandat ni de l'identité de la déléguée envoyée par le Ministère de la Santé à ce sommet. Celui-ci va se dérouler à huis-clos, probablement sans observateur des associations d'usagers, suite au pré-avis négatif du Secrétariat anti-tabac (FCTC) de l'OMS à la demande d'accréditation d'INNCO.


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