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mercredi 4 mars 2020

Retournement à Genève: Mauro Poggia promet que les vapeshops pourront faire tester leurs produits

« Il faudrait être d’une totale mauvaise foi pour dire qu’il faut acheter les yeux fermés ». Promesse inattendue de Mauro Poggia. Hier soir à l’émission A bon entendeur de la RTS (accessible en replay, à partir de 22e mn), le Conseiller d’État s’est engagé à ce que les magasins de vape genevois puissent faire essayer leurs produits aux clients adultes. Sa loi prévoit pourtant l’interdiction du vapotage dans tout espace public. Face à lui, Isabelle Pasini, de l’Association romande des professionnels de vape, se réjouit. Puis, surprise, demande comment cela va se passer légalement. « Dans le règlement d’application, c’est possible? ». « On peut le prévoir, mais il me semble évident qu’on doit pouvoir tester un produit avant de l’acheter », répond le Conseiller d’État, sans préciser le point légal. 

« Nous sommes prêts à encourager les fumeurs à passer au vapotage »

Qu’est-ce qu’il en sera pour les groupes d’entraide autogérés? Personne ne le sait. Pourtant, Mauro Poggia s’est enthousiasmé. « Si vous voulez proposer des produits de vapotage à de grands fumeurs, et bien bravo! », adresse-t-il à Isabelle Pasini, qui le fait depuis plus de cinq ans dans ses magasins à Genève. « Nous sommes prêts à encourager qu’un grand fumeur passe à la cigarette électronique. Je pense qu’on doit applaudir. Je crois a priori que c’est une bonne chose et même les scientifiques le reconnaissent », renchérit le Conseiller d’État.

Il a pourtant rédigé un texte de loi qui nous avait semblé rendre presque impossible le développement de l’approche de réduction des risques. C’est ce qu’avait aussi compris Malik Melihi, le présentateur de l’émission. « L’idée générale c’est de considérer la cigarette électronique comme une cigarette classique, et on peut mettre tous ces produits dans la même loi et lui faire subir les mêmes rigueurs, c’est juste? » « Non, pas exactement », rétorque énigmatiquement Mauro Poggia. 

« La règle principale qui est le fondement de cette loi, c’est [l’interdiction de] la vente à des mineurs », insiste le Conseiller d’État. C’était l’antienne de toute l’émission: la peur du vapotage chez les jeunes. Bien que le seul témoignage déniché par A bon entendeur est celui d’un adolescent ayant arrêté de fumer avec le vapotage. Ce n’est pas tout à fait l’effet du hasard. Bien que passé sous silence dans l’émission, l’héritage tabagique de la politique romande actuelle a produit 25% des adolescents (15-18 ans), et 38% de jeunes adultes (18-24 ans) fumeurs. Rien ne leur est proposé d’autre que le discours de l’abstinence.

L’émission a rappelé les chiffres d’Addiction Suisse (ex-ligue de tempérance) sur l’essai du vapotage chez les adolescents annoncé à 50 % des garçons et 34 % des filles. Mais sans évoquer ceux de l’Office fédéral de la statistique (OFS). « Selon l’Enquête Suisse sur la Santé, réalisée par l’Office Fédéral de la Statistique, 1,5 % des jeunes de 15 ans utilisaient des e-cigarettes en Suisse en 2017 », rapporte le fil de news de Stop-Tabac.ch du 11 février rédigé par le Pr Jean-François Etter. Ce qui fait un très grand écart des mesures entre la fondation privée, qui s’est intéressée à l’expérimentation y compris sans nicotine pour la qualifier de « fléau », et l’OFS, dont la question implique l’idée d’utilisation...

Mystère politique

Qu’est-ce qui a fait prendre conscience à Mauro Poggia des conséquences absurdes de sa loi interdisant aux fumeurs adultes d’essayer le vapotage? Mystère des coulisses politiciennes. En Commission du Grand Conseil, où le Conseiller d’État n’avait pas jugé utile d’être présent, Isabelle Pasini avait insisté sur ce point, pour rien. Il semble que la menace du référendum déposé par l’Association romande des professionnels de vape a été plus efficace pour être entendu.

[Edit à 12h:] L'ARPV, qui ne m'envoie pas ses communiqués de presse (:/), annonce avoir recueilli les signatures suffisantes, au moins 5294 valides, pour présenter le référendum. L’ARPV «se félicite de ce premier succès, obtenu grâce à l’engagement de ses membres sur le terrain, dans les magasins spécialisés et dans la rue, mais aussi grâce au soutien de consommateurs convaincus du bien-fondé des produits de vapotage comme solution pour arrêter de fumer. Grâce à ce référendum, un vaste débat démocratique va pouvoir s’engager sur la cohérence des politiques de santé publique et de prévention du tabagisme», selon le site de la Tribune de Genève

On peut se réjouir de l'annonce du Conseiller d'Etat, sous réserve de voir les modalités concrètes. Et rester un peu interloqué du temps perdu. L'aboutissement de la récolte de signatures met évidemment l'association romande des professionnels de vape dans une situation plus confortable pour négocier les modalités avec l'Exécutif genevois. [/]

Jacques Cornuz explique le problème américain

En marge de cette annonce, on peut signaler deux séquences intéressantes dans l’émission. Le Pr Jacques Cornuz, du CHUV, explique à partir de la 2e minute clairement que la vague de pneumopathies aux États-Unis est liée à des produits de THC frelatés à l’acétate de vitamine E. (Même si cet ajout n’est pas « pour mieux vapoter », comme le dit le Pr Cornuz, mais pour tromper les clients sur le taux de THC des cartouches vendues. On excusera, le Pr Cornuz n’a pas forcément l’expérience du marché noir...).

Un autre moment sympathique est la présentation de la fabrication de nicotine vapologique par la marque française VDLV à Bordeaux à partir de la minute 18'10. Un développement économique de la filière de réduction des risques qui tente le pari de la relocalisation, avec des implications sociales et écologiques qui mériteraient développement en ces temps de pandémie, crise sociale et écologique.

Bullshit de Fribourg

Je ne vais pas prendre la peine de commenter en détail la séquence de la responsable du Cipret Fribourg à propos du snus. Simplement rappeler que la Food and Drug Administration (FDA) américaine a accordé, pour la première fois, le statut de produit à risque réduit aux produits de Snus de la marque Swedish Match en novembre. Ce label a été accordé après un examen scientifique de cinq ans. Le fabricant peut afficher cet avertissement:
« L’utilisation de General Snus au lieu de cigarettes vous expose à un risque plus faible de cancer de la bouche, de maladie cardiaque, de cancer du poumon, d’accident vasculaire cérébral, d’emphysème et de bronchite chronique. »
La Suède où environ 17 % de la population adulte consomme du snus, mais avec seulement 5 % de fumeurs, détient les plus bas taux de cancers oraux-buccaux et des poumons, selon les données du Centre international de recherche sur le cancer (IARC). Les témoignages dans l’émission d’utilisateurs sur le fort potentiel dépendogène du snus sont justes.

Les photos d’atteintes à la bouche présentées dans l’émission me semblent typiques de l’usage des horribles produits de tabac oraux indiens (gupka, etc.) qui n’ont rien à voir avec le snus.

L'Inde où le vapotage est interdit depuis septembre, tandis que 120 millions d'indiens consomment des produits du tabac oraux ou fumés. Près d'un million en meurt chaque année. Le gouvernement, dont Vinayak Prasad, aujourd'hui à l'OMS était un haut-fonctionnaire, détient une part du capital des deux principaux cigarettiers du pays. Ceci et le fait que le rapport anti-vape de Vinayak Prasad a été financé par l'entreprise Bloomberg Philanthropies Limited, dont les comptes sont totalement opaques, aurait été des précisions utiles au téléspectateur pour situer la parole du responsable interviewé.


samedi 8 février 2020

Genève: les vapeshops lancent la récolte de signatures contre l'interdiction d'essayer les produits en magasin

Recueillir 5'294 signatures de citoyens du canton de Genève d'ici au 4 mars. Les boutiques de vape genevoises relèvent le challenge du référendum pour soumettre au vote la nouvelle loi sur le commerce. Sans remettre en cause la limitation d'âge de vente des produits, les vapeshops contestent notamment deux interdictions. L'obligation de rendre invisibles leurs produits depuis l'espace public, ce qui les forcerait à masquer leurs vitrines. Et, encore plus directement préjudiciable pour le public, l'interdiction de vapoter en magasin, qui de facto leur interdirait de faire essayer et expliquer en pratique les produits aux clients.

"Non à une loi qui entrave la cessation tabagique"

Cette interdiction porterait particulièrement atteinte aux fumeurs tentés d'essayer le vapotage. Pouvoir essayer pour déterminer le taux de nicotine et le matériel adéquat est une étape primordiale dans la démarche d'arrêt tabagique à l'aide du vapotage. L'entrave est particulièrement incompréhensible alors que, selon les chiffres officiels (sous-estimés selon des analyses), le tabagisme stagne depuis plus de dix ans à plus de 27% en Suisse.

Le bilan de la politique actuelle pointe même à un honteux 38% de fumeurs chez les jeunes adultes romands de 18 à 24 ans. Dans un pays où la boîte de 14 patchs non remboursés coûte près de 100 fs, le vapotage est devenu l'aide la plus utilisée pour arrêter de fumer en Suisse, avec près de 6% des tentatives avec son aide. Mais longtemps inhibé par la prohibition illégale de vente des liquides nicotinés, l'impact du vapotage sur la baisse du tabagisme y reste largement en deçà de pays comme le Royaume-Uni ou même la France, moins inféodés aux intérêts cigarettiers que la Suisse.

Élus sourds aux demandes des vapoteurs et des vapeshops

Devant la Commission du Grand Conseil genevois, Isabelle Pasini, représentante des professionnels de vape, avait demandé fin octobre une exemption pour les magasins spécialisés du projet d'interdiction de vapoter dans les lieux publics. Les élus n'en ont pas plus tenu compte que des observations et la documentation que j'avais présentées sous l'angle de l'intérêt des usagers et des droits à la réduction des risques pour les fumeurs. Pourtant, ne pas recevoir d'instruction pratique sur des produits dont l'usage est encore mal connu du public, augmente les risques de mésusages.

Aucune justification sanitaire

D'autre part, une interdiction de vapoter dans les espaces publics n'est soutenue par aucun élément d'ordre sanitaire. Les études ayant mesuré la qualité de l'air ambiant n'ont pas relevé de différence significative en termes de toxiques dans l'air de lieux confinés avec ou sans vapoteurs, y compris dans un vapeshop. Il n'y a aucun élément scientifique montrant un impact sanitaire pour l'entourage des vapoteurs. Les autorités genevoises se réfugient derrière un principe de précaution perverti pour l'occasion. En France, le Conseil d'État avait pour sa part rendu un avis défavorable à une telle mesure contre les libertés individuelles sans justification sanitaire.

On peut ajouter que la situation actuelle en Suisse, où les tenanciers sont libres de tolérer ou interdire le vapotage dans leurs lieux, n'engendre pas de problème particulier. Les autorités genevoises sont en train d'en inventer un. Il parait que c'est une partie du secret de la recette des fameuses Genferei.

À fortiori, viser spécifiquement les magasins spécialisés de vape apparaît comme un harcèlement injustifié de la part des autorités genevoises. L'interdiction de pouvoir essayer les produits de vapotage impacterait de manière négative spécifiquement les vapeshops, en première ligne pour l'aide à l'arrêt tabagique. Elle interdirait aussi les groupes autogérés d'aide à la défume avec la vape. L'énorme déception immanente à cette loi genevoise est la mise à mort de toute alliance possible entre milieu de la vape et monde de la santé pour lutter efficacement face au tabagisme. Alors que des initiatives intéressantes et heureuses se déroulent dans d'autres cantons, notamment à Olten.

Le mépris de l'élite genevoise 

À l'opposé de la posture étroite et méprisante des autorités genevoises, la démarche des addictologues d'Olten est de tendre la main vers les fumeurs des groupes sociaux les plus défavorisés. En Suisse, ils sont les plus touchés par le tabagisme, avec des proportions de 4 à 5 fois plus élevées dans les groupes sociaux défavorisés par rapport aux plus privilégiés. Ces personnes ont aussi, notamment en raison du stress, près de trois fois moins de chance de réussir leur arrêt tabagique que les fumeurs de l'upper class en Suisse. Une inégalité de chance à l'arrêt tabagique qui a explosé en 20 ans, selon le suivi Sapaldia.

Cette question est centrale pour contrecarrer l'accroissement des inégalités sociales de santé, et l'exemple anglais montre que l'essor du vapotage a accompagné une réduction très nette de cet écart entre groupes sociaux. Mais les élus genevois ont décidé d'ignorer les questions sociales et les éléments scientifiques concernant l'approche de réduction des risques pour embrasser le totem des interdictions. Une politique affirmant en filigrane que seuls les forts méritent de survivre, tandis que ceux qui ont eu la faiblesse de devenir fumeurs et n'ont pas les ressources de s'en sortir n'ont qu'à crever. "Quit or die", résume la pensée puritaine. 

Éliminer l'entraide pour cacher leur incompétence

Dans 96% des cas sans aide, les fumeurs échouent leur tentative d'arrêt. Les substituts nicotiniques en pharmacies sont hors de prix et non remboursés par l'assurance-maladie de base suisse. À l'opposé, lorsqu'elles sont bien conseillées et accompagnées, près des deux tiers des personnes qui tentent d'arrêter de fumer avec la vape réussissent. Dans la Genève pilotée par les élites calvinistoïdes, cet accompagnement bienveillant et compétent ne peut se trouver que dans les vapeshops et les groupes d'entraide autogérés. La disposition contre le droit d'essayer les produits de vapotage les éliminerait.

Ce n'est pas seulement que les autorités genevoises ne font rien depuis des années. Elles veulent avec ces mesures empêcher la population de se prendre en charge elle-même. Mon soupçon est que cette réaction est avant tout motivée par la peur que leur incompétence ne soit mise en lumière par l'action efficace de la population. Précisons que l'assimilation du vapotage à la loi sur la fumée passive est une modification connexe hors du champ de la loi sur le commerce initiale. C'est si abusif qu'une députée était tombée des nues lorsque j'avais mis le doigt sur ce problème en Commission (voir le mémorandum p.17).

Les arguments anti-science des autorités

Dans différents débats dans les médias locaux* ces derniers jours, les arguments présentés par les défenseurs de l'interdiction de pouvoir essayer le vapotage en magasins spécialisés se concentrent autour d'une position de principe anti-science, une haine de la réduction des risques et le mythe de l'effet passerelle.

Le rejet des évaluations scientifiques indépendantes du Public Health England et du Royal College of Physicians est implicitement basé sur l'idée que la science est incapable d'évaluer et d'analyser une fenêtre de risques de produits. Il s'agirait d'attendre d'avoir "assez de recul". C'est évidemment un obscurantisme arriéré et infondé, comme le montre l'explication du Dr Lion Shahab à Paris en octobre dernier. Il est un peu flippant de voir que les élus genevois n'ont rien à envier sur leur incompréhension de la science à d'autres régimes intégristes.

Leur second argument s'appuie sur la haine de la réduction des risques. Celle-ci s'habille en "principe de précaution" qui entend condamner les fumeurs à l'arrêt sans vape ou la cigarette et la mort. J'ai déjà expliqué en quoi l'instrumentalisation de ce principe en est une perversion dans ce contexte où la précaution est celle d'éviter le danger avéré, pas d'empêcher les fumeurs de prendre un moyen de se sauver.

Le 3e argument est celui du mythe de l'effet passerelle. Ce point rejoint en large partie le premier, puisqu'il s'agit pour y croire de ne pas observer les données réelles de ce qui se passe pour mieux fantasmer cette peur. Y compris en Suisse, lorsque les données sont récoltées de manière plus pertinente comme à Bâle.

Et pas mal de mauvaise foi

Il reste toujours désarmant d'entendre des élus-autruches vouloir empêcher les jeunes d'éviter d'essayer la cigarette avec le vapotage, y compris sans nicotine. Il y a là un espèce de bug cognitif qui a probablement à voir avec un déni de réalité de leur responsabilité dans la situation actuelle. Mais même sans tenir compte des analyses sur l'écroulement du tabagisme adolescent corrélé à l'essor du vapotage, il reste tout à fait obscur en quoi interdire aux fumeurs adultes d'essayer des produits de vape en magasins spécialisés pourraient prévenir un quelconque usage des adolescents.

Tout cela n'est pas rassurant sur les compétences intellectuelles des dirigeants genevois. On peut même avoir des doutes sur leur éthique. Les citoyens suisses résidents dans le canton de Genève peuvent inverser cette décision, en commençant par signer le référendum dans une des boutiques spécialisées du canton d'ici le 3 mars.

* Notamment sur la télévision locale Léman Bleu, entre Isabelle Pasini, représentante des vapeshops, et Jean-Marc Guinchard, élu démocrate-chrétien; 
sur la radio RTS la 1ère dans Forum entre la même Isabelle Pasini et Jocelyne Haller, élue d'Ensemble à gauche. 
Il y a aussi une séquence sur Radio Cité que je n'ai pas réussi à écouter, peut-être aurez-vous plus de succès technique que moi... http://radiocite.ch/chart/le-grand-format/ 


mardi 14 janvier 2020

Les ados français qui vapotent ont près de 40% de risques en moins de devenir fumeurs quotidiens

L'étude est extrait du suivi Escapad réalisé en 2017 par l'Observatoire Français sur les drogues et toxicomanies (OFDT) sur près de 39'000 adolescents de 17 ans. Le suivi recense 34,1% de 17 ans ayant fumé au moins une cigarette le mois précédent et 25,1% à fumer chaque jours. En regard, 16,8% ont vapoté au moins une fois dans le mois, mais seuls 1,9% vapotent quotidiennement. A l'origine de l'étude, l'interrogation inquiète sur le soi-disant "effet passerelle" du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes. "À l'aide d'une approche de traitement pondéré de probabilité inverse (IPTW) et de données de cohortes rétrospectives, nous avons analysé si un usage quelconque d'e-cigarette a eu un impact sur la transition vers le tabagisme quotidien chez les Français de 17 ans ayant déjà fumé, en utilisant une grande enquête nationale représentative", explique le papier publié dans la revue Drug and Acohol Dependence

Le vapotage corrélé à un risque fortement réduit de devenir fumeur quotidien

Les résultats montrent que non seulement "aucune preuve d'un risque accru de transition vers le tabagisme quotidien", mais même que ce risque est significativement réduit. Parmi les plus de 23'000 qui ont déjà fumé au moins une cigarette dans leur vie, les adolescents qui ont utilisé le vapotage étaient moins susceptibles de 38% que ceux qui n'ont jamais vapoté de devenir fumeur quotidien à 17 ans (Risk Ratio=0,62 - IC à 95 %). Des résultats similaires concernent les jeunes qui ont essayé le vapotage avant toute cigarette (RR=0,76 IC à 95 %). Les chercheurs se sont concentrés sur la recherche d'un éventuel rôle passerelle du vapotage vers le tabagisme. Pour conclure à son absence en France.

Les chercheurs évoquent des pistes de différences entre la France et les Etats-Unis pour expliquer la différence de résultats entre leur étude et celles prises en compte par la méta-analyse de Soneji et coll. Une considération sur les biais méthodologiques des études américaines, qui corrigent leurs données par des facteurs sans prendre en compte le principal, à savoir le tabagisme des proches, aurait probablement permis d'économiser cette partie du texte. 

Concurrence, évitement, substitution

Parmi les plus de 7'000 jeunes fumeurs quotidiens qui ont essayé le vapotage, "40,2 % (n=2'870) l'ont essayé après la transition au tabagisme quotidien", tandis que "27,2 % (n=1'882) avant et 32,7 % (n=2'302) la même année", précisent les chercheurs, dont Stanislas Spilka de l'OFDT qui avait évoqué en primeur, mais sans rentrer dans les détails, cette étude lors de sa présentation au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris. Des proportions qui laissent ouverte la possibilité de rôles distincts entre évitement avant ou en même temps que le passage à la cigarette, mais aussi des tentatives de substitution, comme il est connu et fréquent chez les fumeurs adultes.

Même si les chercheurs contournent le sujet, les résultats de cette étude financée par la Ligue contre le cancer française nourrissent l'hypothèse d'un effet de "concurrence", si ce n'est de rempart, du vapotage contre le tabagisme adolescent. L'hypothèse a déjà été évoquée par le Pr Bertrand Dautzenberg sur la base du suivi Paris Sans Tabac. Cet effet pourrait expliquer la chute sans précédent du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s'est développé. Notamment aux Etats-Unis, comme l'a présenté, aussi au Sommet de la vape, le Pr David Levy de l'Université de Georgetown (Washington, USA). Ces résultats correspondent également aux constats britanniques, notamment ceux issus du suivi le plus important de jeunes au monde, qui montrent une baisse accélérée du tabagisme des jeunes sous l'impact du vapotage.

A Genève, le principe de précaution en faveur du tabagisme

Malgré ma tentative d'explication en Commission (voir p.11 à 20 + annexes 2 et 3 du mémorandum), à la fin de la semaine le Grand Conseil genevois va, selon toute probabilité, promulguer au nom de la protection des jeunes, l'interdiction du vapotage dans tout lieu public, y compris les magasins, et de la vente de tout produit de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs. De quoi prolonger d'au moins quelques années le tabagisme, actuellement à un niveau similaire à la France avec un quart des adolescents qui fument, dans la population genevoise. Par "principe de précaution" et pour le plaisir des cigarettiers et de l'industrie pharmaceutique. Mais au nom de la protection des jeunes, évidemment...


lundi 20 mai 2019

Le Secrétariat anti-tabac va t-il imposer une déclaration de guerre à la réduction des risques à l'assemblée générale de l'OMS?

Ce matin s'ouvre la 72ème World Health Assembly (WHA) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à Genève. Cette rencontre annuelle est l’organe décisionnel de l’OMS, auquel participent des délégations de tous les États membres pour déterminer les politiques de l'Organisation. On comprend l'importance des enjeux qui peuvent se jouer là pour les grandes orientations de l'OMS. Cela éclaire la tentative lancée par le Secrétariat de la Convention cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT ou FCTC en anglais). Celui-ci propose de faire passer un texte qui déclare la guerre à la réduction des risques, pourtant présent dans son texte fondateur et principe fondamental des organisations de l'ONU. INNCO, le réseau international des organisation de consommateurs de produits nicotinés à risque réduit, alerte ce matin sur cette tentative de coup de force du Secrétariat de la CCLAT.

Dernier coup de force

Alors qu'elle va devoir prochainement céder sa place, Vera da Costa, la Secrétaire générale brésilienne de la CCLAT, veut imposer de mettre en "priorité" la lutte contre les nouveaux produits de réduction des risques tabagiques. Cette déclaration de guerre à la réduction des risques se trouve au point 7 du texte de la CCLAT soumis à l'approbation de la World Health Assembly. Il vise les produits de tabac chauffé. Mais, bien que le dernier sommet de la CCLAT, à Genève en octobre 2018, a clairement rejeté l'assimilation du vapotage aux produits du tabac, le Secrétariat use de formules assez alambiquées pour laisser planer le doute sur le sort du vapotage dans la suite de cette nouvelle guerre aux produits à risque réduit qu'elle veut déclarer.  

Ce qui ne laisse pas de place aux doutes, c'est la volonté du Secrétariat de la CCLAT de violer ouvertement son propre principe d'incorporer "des stratégies de réduction des risques" défini dans son texte fondateur à l'article 1 d). En somme, la poignée de bureaucrates détenant le pouvoir exécutif de la CCLAT veut abandonner la lutte contre les méfaits du tabagisme pour déclarer une guerre aux fumeurs, y compris contre ceux qui arrêtent de fumer avec des produits à risque réduit. 


La lucrative guerre à la réduction des risques

L'absurdité parait totale, si on ne tient pas compte de leur lucratif cheval de bataille des taxes sur le tabac et du manque à gagner résultant de l'effondrement du tabagisme enclenchée par l'essor du vapotage dans certains pays ces dernières années. Partout où les appels à la guerre aux vapoteurs du Secrétariat anti-tabac de l'OMS ont été suivi, le tabagisme s'est maintenu. De la Thaïlande, où la junte militaire détient le monopole du tabac, à la Corée du Nord, en passant par les Etats indiens producteurs de tabac comme le Karnataka, ou encore dans le régime despotique de Turquie

A l'opposé, la Suède connait le taux de fumeurs et les taux de cancer liés au tabagisme les plus bas d'Europe, grâce à l'adoption par les 3/4 des consommateurs du produit de tabac à risque réduit qu'est le Snus. L'Angleterre a vu son taux de fumeurs dégringoler de plus de 20% à moins de 15% depuis l'essor du vapotage en 2011. L'Islande a réduit de moitié son tabagisme depuis 2014 avec l'essor du vapotage. Les ventes de cigarettes aux Etats-Unis chutent si vite, que les actions des cigarettiers ont dévissé de 30 à 50% en 2018...

La résistance des usagers et des défenseurs de la santé publique

Avant le dernier sommet de la CCLAT l'an passé à Genève, 72 experts de santé publique avaient pris leur plume pour tenter de ramener à la raison le Secrétariat de l'organe anti-tabac de l'OMS. Une partie des demandes des experts ont été entendu par les parties membres, qui ont rejeté la tentative d'assimiler le vapotage au tabac. Mais force est de constater que la direction exécutive entend toujours déclarer la guerre au public concerné, synonyme de budgets de lutte, plutôt que de chercher des solutions efficaces, synonyme de perte de rentrées fiscales.

Dans cette dérive à la fois malsaine et autoritaire, la voix des usagers est violemment exclue par la poignée de bureaucrates régnant sur le Secrétariat anti-tabac de l'OMS. Lors du sommet à Genève l'an passé, il était allé jusqu'à censurer les images censées être diffusées publiquement lors de l'exclusion des représentants d'INNCO. Un nombre effrayant de violations de droits fondamentaux avaient été constatées par des observateurs, dont des représentants des associations francophones d'usagers (dont moi-même), sans que les grands médias ne s'en fassent l'écho. 

Le silence des médias de l'empire Bloomberg

Ceux-ci tenus à l'écart des débats semblent résignés à la communication soviétique des organes dirigeants de la CCLAT. Cela va t-il se reproduire cette semaine durant la World Health Assembly ? La présence d'autres organes de l'OMS cultivant des approches plus respectueuses des populations laissent un maigre espoir d'une communication plus ouverte et de défense des principes des droits fondamentaux, dont celui de préserver sa santé avec les moyens de réduction des risques. Mais sans réaction, le Secrétariat de la CCLAT risque bien de faire passer sa déclaration scellant la guerre contre les usagers de produits à risque réduit...

édité à 14h20: petites modifications concernant le focus sur les produits de tabac chauffé du texte du Secrétariat de la CCLAT (et quelques fautes de français corrigées). Merci à Claude ;)

mardi 7 mai 2019

Jugement de la Cour Supérieure du Québec (1): Interdire d'essayer la vape brime le droit à l'intégrité des personnes

Vendredi 3 mai, la Cour Supérieure du Québec a rendu un jugement majeur concernant les droits à l'accès au vapotage en tant que moyen de réduction des risques face au tabagisme. Ce procès fait suite aux requêtes de l'Association québécoise des vapoteries (AQV) et de l'Association canadienne du vapotage (ACV). Dans son jugement, la Cour Supérieure demande à l'Etat du Québec de modifier dans les six mois sa loi de novembre 2015 sur deux aspects. 

D'une part, permettre aux fumeurs le désirant de pouvoir essayer le vapotage en boutique ou dans les lieux d'aide à l'arrêt tabagique. Ainsi que de lever les interdictions du droit d'expression des commerçants sur le vapotage comme moyen de cessation tabagique pour les fumeurs adultes, et dans le même sens le droit de présenter les produits au public concerné. Nous citons dans ce premier billet des morceaux choisis du verdict concernant le respect du droit à l'intégrité des personnes sur la question de pouvoir essayer les produits de vapotage en boutique ou dans des centres d'aide à l'arrêt tabagique.

Alors que des opposants aux droits des vapoteurs espèrent que le Gouvernement du Québec fasse appel à ce verdict, prendre connaissance du rendu de ce jugement est particulièrement intéressant. Evidemment pour les québécois privés de libertés et d'information sur le sujet par cette loi même, mais aussi pour éclairer des débats politiques dans d'autres pays.

En particulier je pense à la Suisse, où des dispositions avec des conséquences similaires à la loi québécoise pourraient être mises en place à travers le projet de loi fédérale sur les produits du tabac, du cannabis et du vapotage (LPTab) actuellement en Commission parlementaire. Le problème d'une interdiction d'essayer le vapotage en boutiques ou dans des lieux d'aide ou d'entraide à l'arrêt tabagique pourraient aussi se poser au niveau de cantons, tels que Genève, Vaud et Berne. L'argumentation du procès nous semble très instructive...

Concernant le droit fondamental de l’intégrité de la personne
Extraits (nos emphases) du Jugement des requêtes n° 200-17-023732-167 et n° 500-17-093397-167, du 3 mai 2019 par la Cour Supérieure (Chambre civile) du Québec (Canada).
[324] (…)  Une loi qui amène un individu à exercer une activité dans des conditions plus dangereuses brime un droit fondamental. 
[325] Le Tribunal est conscient qu’il ne s’agit pas de danger quand vient le temps d’essayer la cigarette-électronique. Toutefois, il y va des chances de réussir à arrêter de fumer et à ainsi battre le fléau du tabagisme. Personne ne soutient que l’essai en boutique n’a aucun impact ou effet positif. C’est le contraire. Il favorise le succès de la démarche pour celui qui tente d’arrêter de fumer.  
[326] En résumé, en privant les fumeurs de la possibilité d’un essai en boutique ou en clinique, on porte atteinte à leur intégrité car on leur nie, en partie, un meilleur accès à un mécanisme de réduction de risques leur permettant de mieux préserver leur santé et leur intégrité. Rappelons-nous combien de fumeurs cherchent à se défaire du mal du tabac sans y réussir. Ils s’y reprennent à maintes occasions. S’il ne garantit rien, l’essai en boutique ou en clinique peut jouer un rôle et faciliter l’abandon du tabac et de ses méfaits. L’interdire affecte l’intégrité de la personne. 
[…][330] Dans le présent dossier, l’objectif réel et urgent de la défenderesse [l’Etat du Québec] n’est pas contesté. Celle-ci agit de bonne foi, cherche à réduire le tabagisme, ne veut pas perdre ses acquis, s’inquiète de l’impact du vapotage chez les jeunes, craint le mimétisme et l’effet passerelle et se veut « précautionneuse » face à la nicotine et à ce que peut receler la face cachée de la cigarette-électronique. On peut comprendre ces préoccupations. 
[331] Cependant, il lui appartient de se justifier et de démontrer qu’elle est intervenue minimalement. Elle a l’obligation de porter atteinte le moins possible aux droits enfreints. Déclarer agir par précaution ne suffit pas surtout qu’on allègue des risques potentiels face à une entrave démontrée à l’égard des fumeurs. 
[332] Elle n’a pas rempli ce fardeau. Pourquoi ? 
[333] Mentionnons d’abord que la prohibition semble pénaliser plus les fumeurs aux prises avec les problèmes du tabac qu’elle ne permet de réduire ou contrôler le nombre de nouveaux vapoteurs non-fumeurs. 
[334] En effet, l’essai en clinique ou en boutique se fait privément, loin des regards. Les mineurs ne sont pas admis. (…) 
[338] Quant au mimétisme et à l’effet passerelle, sans les nier, ils ne sont pas prouvés de manière convaincante. (…) 
[339] De plus, il convient de regarder ce qui se fait ailleurs à ce sujet. Nul besoin d’aller bien loin. Deux provinces canadiennes, la Colombie-Britannique et l’Ontario encadrent l’essai en boutique et limitent à deux, le nombre de personnes pouvant vapoter en même temps à l’intérieur. Le Manitoba n’impose aucune limite. L’Alberta ne réglemente pas le cas. Dans les Maritimes, on se montre restrictif comme au Québec. 
[340] Cela démontre qu’il existe des solutions législatives moins radicales afin de permettre l’essai en boutique ou en clinique tout en conservant une limitation qui réponde aux craintes de la défenderesse [l’Etat du Québec]. 
(…)[342] Le Tribunal ne considère donc pas qu’il y a eu justification à l’atteinte en cause, la solution retenue n’étant ni minimale ni proportionnelle. Elle va trop loin.

lundi 26 novembre 2018

Suisse: à Zurich et Bâle des motions voudraient assimiler le vapotage au tabagisme


Les cantons romands ne sont pas les seuls à subir des attaques contre le vapotage. Le parlement du canton de Bâle-Ville a voté mercredi, par 53 voix contre 33, une motion demandant l'assimilation du vapotage au tabagisme. Présentée par le Parti Évangéliste, elle voudrait une interdiction de vente aux mineurs mais aussi l'assimilation du vapotage dans les lois contre le tabagisme passif et la publicité, rapporte l'agence ATS. Après son examen par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil devra encore se prononcer s'il transforme la motion en mandat contraignant.

Le Conseil d'Etat zurichois est plus calme

A Zurich, une procédure similaire un peu plus avancée a vu le Conseil d'Etat répondre par la négative ce jeudi, explique la Tages Anzeiger. Le Gouvernement cantonal estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer pour le moment sur le vapotage. Il propose de transformer la motion en postulat. A savoir qu'une motion impose au gouvernement de légiférer, tandis qu'un postulat l'enjoint à en étudier l'opportunité. C'est aussi l'option qui a été choisie par la Commission du Grand Conseil vaudois face à la motion similaire de Graziella Schaller.

En attendant l'éventuelle loi tabac (LPTab), dont le second projet est en cours d'élaboration, aucun âge minimum n'est requis au niveau fédéral pour la vente de cigarette. Actuellement, la limite d'âge de vente des produits du tabac est de 16 ans à Zurich. Concernant le vapotage, l'abrogation par le Tribunal administratif fédéral de la prohibition sans base légale de l'administration, a mis les autorités face à leur neuf ans d'irresponsabilités.

Les usagers même mineurs ont-ils le droit d'éviter de fumer ?

Cet été, les cigarettiers, la grande distribution et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont établi ensemble un code de conduite pour ne pas vendre de produits de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs tout en continuant la vente de tabac à ceux-ci. De son côté, l'association des professionnels de vape (SVTA) a préféré privilégier la réduction des risques en autorisant dans son codex la vente de produits sans nicotine à des jeunes déjà fumeurs dés 16 ans. L'association des usagers Helvetic Vape était exclue de cette table-ronde.

Les députés valaisans n'ont pas non plus pris la peine de consulter les usagers. Ils ont voté en juin une modification de loi pour interdire dés le 1er janvier la vente de produits de vapotage aux mineurs. Scénario pire à Genève, où le Conseil d'Etat a déposé un projet de loi proche de la motion évangéliste bâloise. Le vapotage, y compris sans nicotine, serait "assimilé" au tabagisme. Non seulement sa vente serait interdite aux mineurs, mais le PL 12385 prévoit aussi d'en interdire l'usage dans les lieux publics, sa publicité et un ensemble de contraintes similaires aux ventes de tabac pour les commerces de vape.

La chute du tabagisme des jeunes sous l'impact de la vape

Les partisans de ces mesures de restriction et d'interdiction osent prétendre le faire au nom de la lutte anti-tabac. Ceci en dépit de la chute vertigineuse du tabagisme dans les pays où le vapotage a pu se développer. Le droit à la réduction des risques des mineurs et la possibilité d'éviter d'expérimenter la cigarette par l'opportunité du vapotage notamment sans nicotine ne semblent pas pris en compte par les autorités.

Tabagisme lycéen et jeunes adultes aux Etats-Unis

Pourtant de nombreuses analyses sérieuses sur la question évaluent le phénomène au Royaume-Uni, en Allemagne, dans la région parisienne, en Islande et aux Etats-Unis, où la baisse du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois depuis l'essor de la vape. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg parle de "ringardisation" du tabagisme par le vapotage chez les jeunes. A l'opposé de la Suisse où le tabagisme des jeunes a été maintenu ces dix dernières années, ces pays voient le vapotage le faire dégringoler.

En septembre, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, a présenté sa revue des données internationales sur le sujet à Barcelone au THR Summit: "Il n'y a aucune données montrant que l'augmentation de l'usage du vapotage n'amène à expérimenter les cigarettes chez les jeunes britanniques. Il y a des indices que la perception des jeunes contre le tabagisme se durcit plutôt que s'affaiblit" (voir ci-dessous).

Difficile de croire que les parlementaires genevois et bâlois ne voudraient pas prendre la peine de s'informer sérieusement et de s'interroger sur le phénomène en regard de l'échec calamiteux de la politique tabac suivie cette dernière décennie. Les offensives de restrictions au nom des jeunes à Bâle et Genève ressemblent plutôt à des mesures pour protéger les ventes de cigarettes et maintenir le tabagisme, y compris des adultes, si lucratif pour toute une série d'acteurs, dont l'industrie des médicaments en tout genre. Le tabagisme est la première cause évitable de maladie en Suisse.


lundi 19 novembre 2018

Genève: le projet de loi qui tuerait l'entraide à l'arrêt du tabac et les vapeshops va t-il passer en silence?

Genève le PL 12385 assimile la vape au tabacAssimilés au tabac, interdits d'être visibles depuis la rue, prohibés d'usage dans les lieux publics et interdits de publicité. C'est le sort qui attend les produits de vapotage, y compris sans nicotine, à Genève si le projet de loi 12385 (PL 12385) est adopté tel quel. Déposé fin août par le Conseil d'Etat genevois et actuellement aux mains de la Commission Economie du Grand Conseil, il annonce légiférer sur l'âge limite de vente des produits du tabac et la vente d'alcool. Actuellement, Genève est un des cantons où les cigarettes peuvent se vendre légalement aux mineurs, la Confédération n'ayant pas de limite d'âge minimal. Combler cette lacune législative ahurissante en fixant un âge minimum de 18 ans parait de prime abord une bonne nouvelle. 

Un projet de loi anti-vape caché derrière la restriction de vente du tabac

Cependant, les justifications de la nouvelle loi du Conseiller d'Etat Mauro Poggia nous avait déjà un peu surpris puisqu'il évoquait plus la peur de l'arrivée du vapotage et du cannabis light que du tabagisme établi et stagnant en Suisse, y compris chez les jeunes. A la lecture du projet, on comprend mieux. Derrière l'annonce de la limitation de vente du tabac se cache un arsenal qui aurait toutes les chances d'éliminer les boutiques spécialisées de vapotage, interdirait de facto l'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage et assimilerait les vapoteurs aux fumeurs.

L'article 4 §3 stipule que "sont considérés comme des produits assimilés au tabac: a) (...) le cannabis légal (...) b) les cigarettes électroniques, présentant un dispositif utilisé sans tabac et permettant d'inhaler de la vapeur obtenue par chauffage d'un liquide avec ou sans nicotine, ainsi que les flacons de recharge et les cartouches pour ce dispositif" [notre emphase]. A partir de ce postulat, toutes les restrictions concernant la vente de cigarette s'appliquent à la vente de vapotage. Nécessité d'avoir une autorisation, interdiction de visibilité des produits depuis la rue et interdiction de vente aux mineurs avec achat-test pour débusquer les fraudeurs, etc. 

Interdit d'essayer et d'expliquer le vapotage

Opération pour arrêter de fumer à l'aide du vapotage à Genève mai 2018L'intention de tuer la possibilité d'utiliser le vapotage contre le tabagisme comme aide à la réduction des risques se précise dans les modifications des autres lois, à l'article 23 du PL 12385. Allant au-delà de son objet et de son champ d'application, celui-ci veut aussi transformer les lois sur la santé concernant l'interdiction de publicité (K 1 03) et sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics (K 1 18) pour y inclure le vapotage. 

Si le projet était accepté tel quel, il serait interdit de vapoter dans tous lieux publics à Genève, y compris les vapeshops ou lors de réunions d'entraide à l'arrêt du tabac avec le vapotage. La publicité ou des actions de sensibilisation à la réduction des risques sur le sujet seraient de facto interdits. Pour qui n'est pas naïf sur ce dossier, c'est bien là un des objectifs principaux des instigateurs en coulisse du projet de loi.

Reportage sur le vapotage en partie à Genève de Zoe Decker pour l'émission 15 Minutes radio RTS fin 2017

L'assassinat de l'entraide et de la réduction des risques

aide à l'arrêt du tabagisme avec le vapotage
Ce serait à court terme, la plus que probable disparition de ces centres stop-tabac d'un genre nouveau que sont les boutiques spécialisées. La possibilité d'expliquer en pratique l'usage et de faire essayer matériel et liquides aux clients les distingue des kiosques à cigarettes. Leur expertise serait de fait bâillonnée par ces mesures. Sans instruction pratique, les usagers, en particulier les néophytes, courront plus de risques d'accident par mésusages.

Et surtout beaucoup plus de risques d'échecs à l'arrêt ou de rechutes dans le tabagisme, interdits qu'ils seront de choisir en testant les liquides adéquats, d'être initiés aux particularités du vapotage et de l'usage des appareils. En résumé, privés d'apprendre les bonnes pratiques. Ce problème se pose aussi évidemment à toutes les démarches d'aide à l'arrêt tabagique avec le vapotage. Qu'elles soient autogérées ou encadrées par des professionnels de santé comme actuellement dans la recherche ESTxENDS. L'interdiction de vapoter ajoute également un handicap aux déjà plutôt difficiles tentatives  d'arrêt tabagique des fumeurs: l'assimilation de la nicotine par vapotage étant nettement plus lente que par la fumée, la vape nécessite un autre timing de prises que les pauses cigarettes.

Incohérences fumeuses

Difficile de saisir éthiquement pour quelles raisons, l'Etat de Genève soutient officiellement la distribution expérimental de cannabis avec THC aux mineurs d'un côté, mais leur refuse de l'autre d'éviter d'en consommer en leur laissant l'accès à du cannabis presque sans THC, et a fortiori de le vapoter sans les toxiques de la fumée. De même, les plus de 25% d'adolescents fumeurs seront privés de pouvoir arrêter ou d'éviter de fumer à l'aide du vapotage avec ou sans nicotine. Même leurs parents ou des médecins seront interdits de les aider de cette manière. Faut-il abandonner les jeunes aux produits plus risqués pour ensuite leur accorder le droit à une aide et à la réduction des risques? Avec près de 40% de jeunes de 18 à 25 ans fumeurs, Genève mériterait de renouveler les principes de son approche.

L'absence de réflexion sur les conséquences du projet de loi contre la réduction des risques que ce soit pour les jeunes et les adultes, non seulement par rapport au tabagisme mais également sur le volet du cannabis à faible taux de THC, est troublant. Son argumentaire ne répond ni aux grandes lignes de la stratégie nationale addictions 2017-2024, ni ne respecte les demandes du parlement de traiter de manière clairement différenciée le vapotage des produits du tabac. Une loi cantonale qui serait rapidement périmée par incompatibilité avec la prochaine législation fédérale, en plus de sembler surgir d'un autre siècle.

Protéger le tabagisme sans en avoir l'air

Genève est évidemment très sensible aux charmes fiscaux de la multinationale au grand bâtiment d'acier et de verre. Japan Tobacco (JTI) ne cache pas combattre l'exode vapologique de ses clients. La firme voit ses ventes de cigarettes dégringolées. En plus de campagnes de pub anti-vapoteurs en Allemagne, JTI a même mis sur le marché une vaporette conçue pour n'être qu'un produit de complément, visant "le double-usage" selon les termes de Jens Hermes-Cédileau son directeur Allemagne à EGarage. Comprenez, elle est si peu efficace et si peu dosée en nicotine, qu'il tient du miracle d'arrêter de fumer avec une Logic.

En entravant les dispensateurs éclairés de produits plus efficaces pour sortir du tabagisme, le projet de loi va donc satisfaire les lobbys du système tabac, pharma y compris, et de la grande distribution qui verront d'un bon œil la disparition plus que probable des vapeshops indépendants. Leur alliance cet été pour continuer de vendre des cigarettes en interdisant le vapotage aux adolescents ne laisse pas place au doute sur la question. Autant dire que peu d'intérêts économiques puissants vont s'opposer à ce pan du projet de loi genevois.

Les députés pour sauver la réduction des risques ?

Le Grand Conseil aura t-il le courage et les connaissances sur le dossier pour le modifier avec intelligence? Pour le moment, le projet de loi est en suspens à la Commission Economie. Les médias ayant fait totalement l'impasse sur ses conséquences concrètes contre la réduction des risques, les parties directement concernées ne semblent pas se douter du problème. Sans réaction, Genève risque de se réveiller prochainement avec une loi condamnant à l'extrême marginalité la réduction des risques, le vapotage et la liberté d'arrêter de fumer. Au moment où les coûts des assurances maladies prennent l'ascenseur, agir sur la principale cause évitable de maladies, important facteur d'inégalités sociales de santé, avec une vision politique moderne serait pourtant opportun.


mardi 30 octobre 2018

[Bref] Contre les mégots, Genève distribue des cendriers plutôt que des vaporettes

Le matraquage médiatique sur la pollution des mégots de cigarettes a de toute évidence quelque chose de la désignation du bouc-émissaire facile face à l'angoisse écologique généralisée. Depuis le 24 septembre, la campagne anti-mégots de la ville de Genève s'appuie d'ailleurs sur le filon. "Petit voyou" comme accroche, tandis qu'en fond de dessin un fumeur est croqué par des phrases telles que "Pas grave" ou "Pas mon problème". En somme le portrait d'un fumeur antipathique et incivique, dont on se demande comment il peut être inviter à se responsabiliser par une telle adresse. Pour prendre à témoin la population, des compteurs automatiques tournent dans cinq lieux centraux de la ville annonçant le soi-disant nombre de mégots jetés à terre. A l'avenir, la ville veut mesurer plus précisément les déchets des rues avec un système de surveillance "intelligent" par caméra.

A ces mesures publicitaires, la ville de Genève a joint un geste pour permettre aux fumeurs de ne plus jeter leurs mégots à terre. 10'0000 cendriers de poche seront distribués durant l'opération. L'idée de sensibiliser les fumeurs, plutôt que de les stigmatiser, et éventuellement leur offrir une opportunité de passer à un mode de consommation à risque réduit sans mégot tel que le vapotage ne semble pas avoir même effleuré l'esprit des autorités genevoises. A l'opposé d'une approche incitative douce, du type nudge, Guillaume Barazzone, Conseiller administratif de la ville en charge de l’environnement urbain et de la sécurité, rappelle, au micro de la radio RTS, que "à Genève, toute personne qui jette son mégot par terre s'expose à une amende de 100 à 200 Fs".


mardi 16 octobre 2018

[Bref] Suisse: Les HUG recherchent des fumeurs motivés à arrêter pour l'étude sur le vapotage

"Nous recherchons des personnes âgées de 18 ans ou plus qui fument 5 cigarettes ou plus par jour dans les 12 derniers mois, qui sont motivé(e)s à arrêter de fumer et qui résident en Suisse". Dans le cadre de l'étude clinique ESTxENDS, qui va mesurer l'efficacité, la sécurité et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lance cet appel à participants (voir plus bas). 

L'étude se déroule sur six mois, avec deux visites cliniques d'environ une heure, et des entretiens téléphoniques réguliers pour soutenir et conseiller les participants. Par tirage au sort, la moitié recevra une vaporette avec des liquides nicotinés (choix parmi quelques goût et taux de nicotine proposés), tandis que l'autre moitié ne recevra que les conseils et soutiens à l'aide à l'arrêt. Ce groupe aura une petite compensation financière pour son suivi à la fin des six mois de 30 Fs, à défaut d'avoir eu une vaporette.

L'équipe de l'étude menée sur Genève par le Dr Jean-Paul Humair, du Service de Médecine de Premier Recours des HUG, peut être contactée par mail à  etudetabac@hcuge.ch ou au : +41(0) 79 553 09 44. Si vous connaissez des fumeurs susceptibles d'être intéressés et motivés dans la région, faites leur passer le mot...

lundi 1 octobre 2018

#COP8FCTC Premier jour, première boulette: Anne Bucher, nouvelle DG santé Européenne, croit que la vape est du tabac

"Mais... même si le vapotage ne contient pas de tabac?", insiste le journaliste incrédule. "Oui!", tonne péremptoire Anne Bucher à la conférence de presse de la COP8 anti-tabac de l'OMS. La nouvelle Directrice générale à la santé de la Commission Européenne en est persuadée: la vape, c'est du tabac. Même s'il n'y a pas de tabac. Même s'il n'y a pas non plus de combustion, de dégagement de monoxyde de carbone ni de goudron. C'est du tabac, comme une cigarette. Pour son premier jour en fonction, Anne Bucher nie la distinction faite dans la directive européenne. La française nie aussi allègrement la science, l'évidence et le bon sens des 89% de citoyens ayant participé à la récente consultation de la Commission Européenne. Incompétence obtuse de la nouvelle DG ? Ou peut-être une histoire de climat ?

Climat médiéval 

Du climat, il en a beaucoup été question à l'ouverture ce matin du 8ème sommet mondial anti-tabac COP8FCTC de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) durant laquelle Anne Bucher s'est exprimée. Les liens imaginés par les orateurs entre dérèglement climatique et tabagisme étaient pour le moins ésotériques. Mais peut-être faut-il prendre cela au sérieux? Car la COP8FCTC se tient à Genève. Or le climat du jour rappelle furieusement le temps où un autre français, du nom de Jean Calvin, faisait brûler à la même saison Michel Servet pour avoir eu des pensées un peu trop librement exprimées.

Certes, même s'ils ne se cachent pas de détester plus que tout les vapoteurs, les dirigeants de la Convention anti-tabac de l'OMS n'ont pas été jusqu'à user de combustion contre leur liberté. Ils ont simplement accepté la proposition de la déléguée de la Thaïlande d'expulser le public et les médias. La junte militaire thaïlandaise, qui détient le monopole du tabac national, a ses habitudes. A vrai dire, un bon nombre d'autres pays totalitaires ou producteurs de tabac ont trouvé l'idée à leur goût. Seul le Canada a émis le souhait de plus de transparence à l'égard des citoyens. Résultat ? Le public et les médias ont été exclus. Mais un streaming vidéo des séances plénières* est désormais diffusé, en différé de quelques minutes pour censurer en cas de besoin. [*edit: oubli important de ma part, ne sont diffusées que les séances plénières ]
Vera da Costa (Secr, Gale de la FCTC - Brésil), Preeti Sudan (Pres. de la COP8 - Inde) 
et Anne Bucher (DG santé de la Comm. Européenne)

Les marchandages en coulisses entre les délégués des 180 pays membres, plus l'Union Européenne, et les quelques 1'500 lobbyistes autorisés dans le Centre des congrès genevois se feront à l'abri de toute oreille indiscrète. Mais Vera da Costa, la Secrétaire générale du secrétariat anti-tabac, a tenu à préciser en conférence de presse - voir vidéo plus bas - qu'il ne fallait pas penser à un "manque de transparence". Ah ? "C'est pour se protéger des mauvaise influences des cigarettiers", explique la brésilienne. Ce n'est pas ce qui va nous rassurer sur notre impression d'un retour au moyen-âge. Justifier l'opacité pour éviter le magouillage en coulisse... ou comment faire du Machiavel de supermarché. Rideau pour la transparence.

Un peu d'air frais tout de même

Plus tôt dans la journée, 72 courageux experts du domaine ont dit ouvertement, ce que nombre pensent mais n'osent pas déclarer pour ne pas flinguer leur carrière. A savoir que le dogme anti-vape du secrétariat anti-tabac de l'OMS est insensé et contre-productif. Si l'OMS pousse à des réglementations qui entravent la réduction des risques comme le vapotage, "alors ces réglementations peuvent nuire en perpétuant le tabagisme", expliquent t-ils, en anglais ou ma traduction en français.

Plus ironiques, les activistes d'INNCO, le réseau des organisations d'usagers de produits à risque réduit, ont envoyé une lettre de félicitation aux participants de la COP8FCTC pour les excellents résultats financiers des grandes firmes cigarettières, en pleine croissance au fil du déploiement de leurs préconisations. Un troll que le Vaping Post détaille avec le sourire.

Egalement présents sur place, les défenseurs des droits des usagers ont distribué un tract à l'entrée de la Convention anti-tabac dés 7 heures ce matin, puis sur la place des Nations devant le siège des Nations Unies. Il reprend en condensé les éléments de la lettre ouverte envoyée la semaine dernière par INNCO à l'OMS.

Demain en fin de matinée, Harry Shapiro présente son rapport sur l'état de la réduction des risques face au tabagisme, publié par Knowledge Action Change (KAC). Le soir, le Pr Bernd Mayer, toxicologue de l'Université de Graz, fera une conférence au restaurant la Potinière au Jardin anglais (il faut réserver)...

La conférence de presse s'est faite sans streaming qui n'était pas prévu initialement. Mais Frederic Cyrus Roede, de l'organisation Consumer Choice, l'a filmé et partagé en direct sur son compte twitter, où elle est visible en replay.



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