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mardi 22 septembre 2020

Ma saisine au CSA concernant le film de propagande anti-vape d'ARTE

La semaine dernière, j’avais alerté sur l’imminence de la diffusion d’un film à charge contre la réduction des risques par la chaîne Arte. Il est en ligne depuis hier et il sera diffusé ce soir à l’antenne. Les critiques que j’avais formulées la semaine dernière se révèlent malheureusement justes, et d’autres séquences aggravent le caractère trompeur et la charge de désinformation du film. Voici ma saisine envoyée au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant ce film. Les illustrations sont ajoutées.

Chacun peut déposer une saisine sur le site du CSA : https://www.csa.fr/Mes-services/Alertez-nous-sur-un-programme2

Le nom de la chaîne concernée : Arte VOD

Le nom du programme ou de la publicité :  « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée »

Motifs :

Le film « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », présente plusieurs affirmations trompeuses pouvant porter préjudice au public, notamment les personnes qui fument, les personnes qui ont arrêté de fumer à l’aide du vapotage, les professionnels sociaux et sanitaires aidant à l’arrêt tabagique, les bénévoles pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique, et au-delà à l’ensemble de la société en attentant à l’information de santé publique concernant la principale cause de maladies et de décès évitable. Son propos est violemment orienté, présente des propos erronés sans éclairage, présente des intervenants de manière trompeuse, ment par omission sur de nombreux points. Ce film aura pour conséquence des malades et des morts qui étaient évitables avec une information honnête et loyale sur la réduction des risques face au tabagisme.

Cette saisine concernant la diffusion online sur le site d’Arte du film, confirme les éléments précédemment communiqués au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant sa bande-annonce diffusée la semaine précédente. De nouveaux éléments aggravants sont apparus lors de la diffusion du film complet.

1. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage, entendu au sens courant en français et en allemand comme vapotage avec nicotine, pour la vague de pneumopathies, dites Evali, aux États-Unis dont il est établi qu’elles étaient liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC. Cette séquence, à partir de la minute 26, du film est gravement trompeuse. Le témoin Daniel Ament [edité, faute dans le nom] a dans la presse américaine reconnu avoir consommé des produits du marché noir du THC, qui n’ont rien à voir avec le vapotage, et qu’il n’a pas acheté dans un magasin de vape comme le film le fait croire aux téléspectateurs (propos de mn 31 à 32). 

Plusieurs analyses scientifiques ont conclu à la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans ces pneumopathies. Il a été utilisé par les dealers du marché noir pour remplacer (en partie) l’extrait de cannabis dans les produits de THC. L’acétate de vitamine E, produit lipidique, n’est pas miscible avec la nicotine, de base aqueuse. Aucun produit de vapotage nicotiné du marché légal ne contient de l’acétate de vitamine E. Il est fort improbable que des e-liquides nicotinés même du marché noir, créés par des réglementations anti-vape dans certains pays, puissent en contenir (1).

Elle induit les téléspectateurs en erreur à double titre et avec des conséquences délétères possibles pour plusieurs groupes sociaux distincts : 

En cachant que les pneumopathies américaines étaient liées à des produits frelatés du marché noir du THC américain, des consommateurs de THC ne sont pas avertis des risques qu’ils encourent à l’image de ce qui est arrivé à Daniel, le témoin du film. Le film d’Arte augmente les risques d’intoxications similaires en trompant le public sur sa véritable cause. Cette désinformation est une mise en danger des consommateurs de THC.

Des consommateurs de vapotage qui croiraient cette séquence pourraient arrêter de vapoter au risque de retomber dans le tabagisme. Cette désinformation est une mise en danger de personnes ayant arrêté de fumer en risquant leur rechute par arrêt de la substitution nicotinique.

Des fumeurs seront convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. Cette désinformation est une mise en danger des fumeurs trompés sur un moyen efficace de sortir du tabagisme.

Les professionnels socio-sanitaires et les pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique voient leur travail saboté par cette désinformation.

Le devoir journalistique de délivrer une information rigoureuse est violé de manière flagrante sur cette séquence. Il est impératif que le CSA oblige Arte à rectifier avec la même publicité que le film lui-même cette fausse information. Le film en donnant une information fausse sur ce cas augmente les risques du public à suivre l’exemple de Daniel, son témoin, et ne pas se prémunir du réel danger de produits frelatés du marché noir du THC, tout en se méfiant à tort de produits de réduction des risques face au tabagisme. C’est une grave faute éthique qui risque de provoquer des morts, soit par utilisation de produits frelatés, soit par utilisation de cigarettes.

2. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage d’être aux mains des cigarettiers. Cela semble diffamatoire pour les marques indépendantes qui représentent plus de 85 % du marché en France selon l’institut Xerfi.

3. Il est factuellement faux de dire que le but des vendeurs de vapotage est de pousser les jeunes au tabagisme. C’est à la fois un procès d’intention diffamatoire et dans la réalité, il se passe l’inverse. Le tabagisme juvénile recule y compris en France. Une étude de l’OFDT a montré que les jeunes ayant essayé le vapotage ont 38 % de risques en moins d’être fumeurs à 17 ans que les autres jeunes (2).

4. Il est factuellement faux et méprisant de dire que le vapotage empêche d’arrêter de fumer. Les données de l’Eurobaromètre 458 mené en mai 2017 montrent qu’il y a 7,5 millions d’Européens qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage (3). Santé Publique France a évalué à 700 000 personnes en France ayant arrêté de fumer de manière consolidée et attribuant leur arrêt à leur recours au vapotage entre 2011 et 2017. Les données au Royaume-Uni, en Islande et dans d’autres pays, de manière moins spectaculaire avec des autorités créant un climat hostile à l’arrêt tabagique, vont dans le même sens. Nier l’existence de millions de vivants est une forme de négationnisme honteuse et sanglante dans ces conséquences pour les fumeurs de la part des auteurs de cette théorie aberrante.

5. Il est mensonger d’affirmer que la nicotine présente plus de dangers que l’héroïne. C’est un propos complètement insensé et délirant.

6. Il est mensonger d’affirmer qu’il est avéré que le vapotage est cancérigène. La séquence avec les chercheurs affirmant cette hypothèse basée sur des essais aux conditions contestées sur des souris transgéniques, connues pour développer des tumeurs spontanément, aurait dû être accompagnée d’un avis éclairé sur le sujet. Les publications des chercheurs interviewés sont de fait la risée du monde scientifique en raison des faiblesses de leur protocole (4). Attribuer le risque cancérigène aux traces de nitrosamines, que l’on trouve également dans les substituts nicotiniques pharmaceutiques alors que nous avons 40 ans de recul sur leur sureté, est de l’enfumage sensationnaliste de bas étage indigne. Ne pas modérer ces propos ridicules scientifiquement est une entorse déontologique au respect du droit à une information loyale pour le public.

La méta-analyse la plus sérieuse sur les risques cancérigènes comparés montre que vapoter représente un risque de 0,4 % par rapport à celui de fumer. Le propos du fil d’Arte est au moins à 99,6 % erroné.

7. Le témoignage de Stanton Glantz est mensonger à plusieurs reprises. À la mn 32, ses affirmations concernant un « risque de crise cardiaque » lié au vapotage ont été rétractées par le Journal of American Heart Association. S. Glantz avait comptabilisé pour incriminer le vapotage les infarctus de fumeurs des années avant qu’ils n’arrêtent de fumer à l’aide du vapotage (5).

Les statistiques sont têtues et l’Eurobaromètre 458 de l’Union Européenne en mai 2017 recensait l’équivalent de 7,5 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage (6). En France, Santé Publique France a établi que 700 000 personnes ont arrêté de fumer grâce au vapotage entre 2011 et 2017. L’étude clinique menée par le Pr Peter Hajek a montré que le vapotage double les chances d’arrêt tabagique par rapport aux substituts nicotiniques pharmaceutiques, et il est établi que ceux-ci augmentent les chances d’arrêt par rapport à l’absence d’aide (7). Affirmer que le vapotage ne permet pas d’arrêter de fumer est mensonger (mn 89).

Outre ses fraudes scientifiques, Stanton Glantz est connu pour son harcèlement sexuel et ses injures racistes envers ses étudiantes depuis des années sur le campus de l’Université de San Francisco. Il est choquant qu’Arte se rende complice de tels actes en les passant sous silence et en donnant la parole à son auteur (8).

8. Une large partie du domaine de la santé publique n’adhère pas à la vision idéologique présentée dans ce film contrairement à ce qui est affirmé (9). L’absence durant l’ensemble du film de professionnels de la santé publique, de professionnels de santé de terrain, de tabacologues, d’addictologues favorables et utilisant l’approche de la réduction des risques, est un biais inacceptable pour un film prétendant présenter la problématique de la réduction des risques de la consommation de nicotine. La charte de Munich rappelle utilement que le travail de journaliste ne doit pas se confondre avec celui de propagandiste. Ce film échoue à honorer sa profession. L’orientation et les liens d’intérêts des intervenants font planer un sérieux doute sur l’indépendance de la réalisation du film.

Le Royal College of Physicans britannique en 2016, et le Public Health England dans ses rapports annuels sur le sujet depuis 2015, ont évalué une réduction de 95 % des risques sanitaires du vapotage par rapport aux cigarettes. Ces deux organismes sont indépendants et le Royal College of Physicians est exemplaire dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme. Ignorer leur analyse est un mensonge par omission grave sur ce dossier. Ils sont loin d’être les seuls à prendre en considération l’approche de réduction des risques face au tabagisme. Une liste complète serait trop longue. En France, l’Académie nationale de médecine a aussi présenté une position claire et compétente. Il est incompréhensible que le film d’Arte occulte ces acteurs incontournables du domaine.

Par ailleurs, il est par exemple inexact de présenter Matthew Myers, président de la Coalition Tobacco-Free Kids, d’un simple « indépendant ». Matt Myers a négocié en secret des arrangements avec Philip Morris USA en 1997 et 2004 (10), dont il a ensuite bénéficié par les retombées financières. Il a reçu des millions $ de financement de géants pharmaceutiques, tels que Pfizer. Ceux-ci ont un intérêt direct à entretenir la source de maladies et de clients du tabagisme, et de promouvoir leurs produits d’arrêt tabagique, extrêmement peu efficace avec des taux de près de 90 % d’échecs. 

Matt Myers a aussi reçu des millions $ du milliardaire spéculateur financier Michael Bloomberg. Celui-ci entretient des affaires avec les États tabagiques de l’Inde et de la Thaïlande. Il est notoirement connu que les organisations qu’il finance protègent de toute critique ses partenaires économiques (10). On peut noter d’ailleurs que le film d’Arte ne présente ni la situation en Inde, ni en Thaïlande et ne parle pas des activités de lobbys du cigarettier Japan Tobacco.

Le même problème de conflit d’intérêts se présente avec les interventions dans le film du représentant de l’organisation STOP, financée par Michael Bloomberg.

Retrait et correctif nécessaires

Pour ces raisons, un retrait de « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » est nécessaire et urgent. Un documentaire sérieux sur ce sujet de première importance pour la santé publique pour corriger les mésinformations répandues par ce film est également nécessaire.

De nombreux professionnels sanitaires et des groupes d’entraide à l’arrêt du tabagisme voient leur travail saboté par le film diffusé par Arte. Il y a une mise en danger du public, et tromperie sur les enjeux de santé publique. Le CSA se doit d’intervenir pour faire cesser l’épidémie de désinformation sensationnaliste sur les sujets de santé publique et en particulier celui lié à la principale cause de maladies et de décès évitable qu’est le tabagisme. Il est estimé que près de 750 000 Français et 105 000 Allemands meurent prématurément de maladies liées au tabagisme chaque année. Il est inacceptable éthiquement et socialement qu’une chaîne de télévision accentue ce problème de santé publique par une désinformation du public. 

Par ailleurs, il serait pertinent que les financements de ce film soient rendus publics, en regard de son enjeu politique et commercial. Le choix des intervenants de santé publique et des organisations à sens unique est extrêmement troublant et douteux.

Étant investi dans l’aide à l’arrêt tabagique et pour l’information sur la réduction des risques, cette diffusion me porte directement préjudice.

Notes et références :

(1) Voir notamment :

– La présentation du Pr Harry Tattan-Birch, de l’University College of London, au Symposium de la Society for Research on Nicotine and Tobacco (SRNT) ce 17 septembre 2020, est un excellent résumé de la crise dite Evali. Accessible uniquement sur inscription au Symposium.

– Les méfaits de la désinformation à propos de cette crise ont été analysés dans cette étude : Association of the US Outbreak of Vaping-Associated Lung Injury With Perceived Harm of e-Cigarettes Compared With Cigarettes ; Harry Tattan-Birch, MSc1,2; Jamie Brown, PhD1,2; Lion Shahab, PhD1,2; et al Sarah E Jackson, PhD1,2; JAMA Netw Open. 2020; 3(6):e206981. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.6981 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2767134

– Le 19 août, le laboratoire de toxicologie du Département de santé de l’État de New York avait déjà déterminé la responsabilité de l’acétate de vitamine E présent dans des produits du marché noir du THC. https://www.eurekalert.org/pub_releases/2020-01/mdpi-vea012220.php et leur conférence de presse le 5 septembre 2019 https://www.health.ny.gov/press/releases/2019/2019-09-05_vaping.htm

-Vitamin E Acetate in Bronchoalveolar-Lavage Fluid Associated with EVALI ; Benjamin C. Blount et al. ; N Engl J Med 2020; 382:697-705 ; DOI: 10.1056/NEJMoa1916433 https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1916433

-CDC Confirms Black Markets, not "Vaping," Caused Outbreak. https://cei.org/blog/cdc-confirms-black-markets-not-vaping-caused-outbreak

- Nyakutsikwa B, Britton J, Bogdanovica I, Langley T. Vitamin E acetate is not present in licit e-cigarette products available on the UK market. Addiction. January 2020:add.14920. doi : 10.1111/add.14920

– Les consommateurs de THC sont les premières victimes de la désinformation comme l’explique ce spécialiste du domaine du cannabis : https://www.leafly.com/news/politics/at-years-end-time-to-ask-why-did-the-cdc-ignore-vaping-evidence 

(2) Analyse de l’OFDT publiée : Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France? ; Sandra Chyderiotis et al. ; Drug and Alcohol Dependence, Vol. 208, 1 March 2020 ; https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2020.107853

Analyse aux États-Unis : Electronic cigarettes, nicotine use trends and use initiation ages among US adolescents from 1999 to 2018 ; Floe Foxon, Arielle S. Selya ; Addiction, avril 2020 ; https://doi.org/10.1111/add.15099

(3) Eurobaromètre 458 https://data.europa.eu/euodp/fr/data/dataset/S2146_87_1_458_ENG

(4) Factchecking de Libération : https://www.liberation.fr/checknews/2018/02/01/est-ce-vrai-que-le-vapotage-augmente-les-risques-de-cancer-et-de-maladies-cardiaques_1626654

(5) La rétraction de l’article de Stanton Galntz par le Journal de l’American Heart Association : https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/JAHA.119.014519

(6) Essai clinique mené par le Pr Peteer Hajek : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa1808779

(7) L’affaire Stanton Glantz : https://www.statnews.com/2018/10/16/stanton-glantz-ucsf-sexual-harrassment/

(8) Voir par exemple (liste non exhaustive) :

Royal College of Physicians 2016 https://www.rcplondon.ac.uk/projects/outputs/nicotine-without-smoke-tobacco-harm-reduction

Public Health England de 2015 à 2020, les rapports annuels sur le vapotage : https://www.gov.uk/government/publications/e-cigarettes-and-heated-tobacco-products-evidence-review

Académie Nationale de Médecine : http://www.academie-medecine.fr/lacademie-nationale-de-medecine-rappelle-les-avantages-prouves-et-les-inconvenients-indument-allegues-de-la-cigarette-electronique-vaporette/

(9) Article de 2004 sur les arrangements entre Matt Myers et Philip Morris USA : https://www.rollcall.com/2004/10/04/how-philip-morris-tobacco-foes-tied-the-knot/

(10) Une affaire illustrant les méthodes Bloomberg : https://www.npr.org/2020/04/14/828565428/bloomberg-news-killed-investigation-fired-reporter-then-sought-to-silence-his-wi?t=1600778619985

                                                                    Le 22 septembre 2020, Poirson Philippe


vendredi 10 juillet 2020

L'interdiction de vape aromatisée fait exploser le tabagisme des jeunes à San Francisco et le marché noir sur la côte Est

Instaurées prétendument pour protéger les jeunes, les prohibitions de vente de liquides de vapotage aromatisés, sauf arôme tabac, semblent produire l’effet inverse aux États-Unis. À San Francisco, selon une première étude, la part de fumeurs de 18 à 24 ans aurait bondi de plus d’un tiers après la prohibition. Sur la côte Est, les témoignages se multiplient sur l’émergence d’un marché noir ou, lorsque cela est encore possible, d’astuces de contournement pour éviter aux vapoteurs de rechuter dans la cigarette. Esquisse d’une Amérique poussée à refumer après une décennie de vapotage.

Les effets de la première année de prohibition à San Francisco

Le 1er janvier 2019, la ville de San Francisco a interdit la vente de liquides de vape nicotinés aromatisés, sauf goût tabac, ainsi que les cigarettes menthol et tout autre produit de tabac aromatisé. Les liquides de vape aux cannabinoïdes, légaux en Californie, ne sont pas concernés. Soumise à référendum, l’interdiction avait été acceptée par 80 % des votants (taux de participation de 41 %). Une première enquête sur ses effets montre une explosion du tabagisme des jeunes de 18 à 24 ans, et une baisse proportionnelle du vapotage après les dix premiers mois des mesures. L’effet de vase communicant touche un jeune sur dix de San Francisco. 

« Les interdictions locales peuvent réduire considérablement l’utilisation globale de vapotage et de cigares, mais elles peuvent accroître le tabagisme de cigarettes », conclut l’étude dirigée par le Pr Yong Yang, de la faculté de santé publique de l’Université de Memphis (USA), et publiée en juin dans Addictive Behavior Reports. Lenquête s’est appuyée sur un panel de 254 personnes de 18 à 35 ans interrogés en décembre 2018, juste avant la prohibition, puis en novembre 2019, recrutées à travers le MTurk. « Malgré la petite taille de l’échantillon et l’échantillonnage de commodité, les résultats peuvent fournir des informations sur les réglementations liées aux arômes », estiment les chercheurs.

Les jeunes de 18 à 24 ans passent de 27 % à 37 % à fumer

Les jeunes de 18 à 24 ans interrogés étaient 27,4 % à déclarer fumer en décembre 2018, ils étaient 37,1 % en novembre 2019. Soit une hausse relative de 35 % du nombre de fumeurs dans cette tranche d’âge. Ou de manière globale, près d’un fumeur supplémentaire pour dix jeunes. Chez les 25 à 34 ans, l’autre groupe d’âge visé par l’enquête, il n’y a pas eu de changement significatif concernant le tabagisme. 

« Notre étude montre que le groupe d’âge plus jeune des 18 à 24 ans est plus sensible aux interdictions que le groupe plus âgé des 25 à 34 ans. L’observation révèle qu’il s’est produit à la fois une amélioration (réductions du vapotage et des cigares) et des méfaits (notamment, l’augmentation du tabagisme) », commentent les chercheurs.

Baisse d’un cinquième des vapoteurs, tous types confondus

Si les adultes les plus jeunes sont plus nombreux à fumer, ils sont en revanche moins à vapoter qu’avant les mesures de prohibition. Leur nombre a décru dans les deux groupes de l’ordre de 20 %. 

Cependant, l’enquête n’a pas distingué le type de consommation entre vapotage nicotiné, sans nicotine ou avec cannabinoïdes. Dans une ville où le cannabis est légal et l’usage de moyens à risques réduits de le consommer largement répandu, l’absence de cette distinction peut peser lourd dans les réponses [voir par exemple cette récente étude publiée dans Addiction qui dénombre 70 % de vapoteurs de cannabinoïdes parmi les adolescents américains qui déclaraient vapoter fréquemment en 2017 et 2018]. 

Effet de vases communicants ?

Avec le flou lié à cet amalgame, l’enquête a recensé 56,5 % des 18 à 24 ans à déclarer avoir vapoté au moins une fois dans leur vie en décembre 2018. Ce taux a baissé à 46,8 %, fin 2019. Même phénomène chez les 25 à 34 ans passés de 60 % à 50,8 % à déclarer avoir vapoté une fois ou plus dans leur vie. En taux global, on retrouve en miroir le même chiffre d’un jeune sur dix, en moins pour le vapotage et en plus pour la cigarette.
  • Entre décembre 2018, juste avant les mesures de prohibition, et fin 2019, un jeune sur dix de plus fume, et un jeune sur dix de moins vapote. 
  • Un cinquième de ceux qui étaient vapoteurs exclusifs déclarent être passés à un produit de tabac.
Parmi les vapoteurs exclusifs de l’enquête, 60,3 % ont continué comme auparavant. 20,7 % ont arrêté durant l’année de vapoter sans report vers un autre produit nicotiné, mais 19 % déclarent être passés à un produit de tabac. Du côté des doubles-usagers initiaux, 65,4 % ont continué, tandis que 30,9 % sont passés à un autre produit de tabac et seuls 3,7 % ont arrêté toute consommation de vapotage et de tabac. 

Report d’achats des magasins locaux vers internet

Parmi ceux qui ont continué de vapoter, la part d’acheteurs dans des magasins de vape de San Francisco a évidemment fondu, à 19,5 % contre de 27,4 % avant l’interdiction. Ajoutée à la baisse globale du nombre de vapoteurs, la fréquentation des magasins spécialisés a pu baisser de près de 43 %. Les achats se sont reportés vers internet, passant de 16 % à 27 % des consommateurs, et les achats en magasins, spécialisés ou non, hors de la ville.

L’absence de distinction des types de vapotage dans l’enquête ne permet pas de savoir les différences d’impact entre pods et systèmes ouverts rechargeables. Ni de savoir quelle part de vapoteurs a contourné l’interdiction en achetant des liquides aromatisés sans nicotine à San Francisco, pour les nicotiner avec des liquides sans arôme très concentrés en nicotine achetés par ailleurs. Ou d’éventuelles autres astuces. 

Sur la côte Est, le marché noir explose

Les tactiques de contournement semblent pourtant d’actualité à l’autre bout du pays, sur la côte Est. Au prétexte de la vague de pneumopathies de l'été 2019 liées aux liquides du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E, plusieurs États ont décidé de pousser les utilisateurs de liquides nicotinés vers... le marché noir. Dans la nuit du 3 avril, alors que des bulldozers creusaient des fosses communes pour les morts de Covid-19, le Gouverneur Andrew Cuomo fait passer son budget comprenant la prohibition de vente des liquides aromatisés à New York. Depuis, des tactiques se développent pour permettre aux vapoteurs d’éviter le retour à la cigarette.

« “Je vends un kit à saveur de tabac à faire soi-même”, explique le propriétaire d’une boutique de vape à New York, lorsqu’on lui a demandé comment il aide sa clientèle. “Tout est entouré de directives. C’est un e-liquide sans saveur et sans nicotine, un concentré aromatisé au tabac et des paquets de nicotine. Et il y a un avertissement, disant qu’il ne devrait pas être utilisé avec d’autres produits. Mais ce qu'une personne fait de la nicotine une fois à la maison, ce avec quoi elle la mélange, c'est de son ressort, vous savez? », relate un reportage éloquent du site Filter.

Une explosion du marché noir prévisible et prévue

D’autres témoignages provenant du Massachusetts et du New Jersey évoquent l’émergence de marchés noirs plus clandestins. Même le groupe de travail du Département des taxes du Massachusetts se montre inquiet des effets de l’interdiction prononcée par le Gouverneur Charlie Baker. « Avec l’interdiction de vente du vapotage aromatisé dans le Massachusetts à partir du 1er juin 2020, le groupe de travail s’attend à une augmentation de l’activité de contrebande et des ventes sur le marché noir », explique son rapport fin février.

« Mais ne vous attendez pas à ce que les bureaucrates officiels du Bay State jettent l’éponge. Au contraire, ils veulent plus de moyens pour appliquer l’interdiction », pique J.D. Tuccille dans Reason. De son côté, ex-cadre pendant 27 ans du bureau de l’alcool, tabac et armes à feu du Massachusetts, Rich Marianos explique au Metro West Daily News que « la filière du tabac illégal le long de l’Interstate 95 sur la côte Est est une industrie de 10 milliards $. Elle travaille déjà pour combler le vide créé par l’interdiction au Massachusetts »

Effet négatif pour la santé publique

Les effets des interdictions des différents Etats n’ont pas encore été évalués, sauf avec cette première étude limitée concernant les jeunes de San Francisco. Ses résultats rejoignent les témoignages sur l’effet clairement négatif des interdictions poussant les plus jeunes vers le tabagisme, tandis que les vapoteurs plus expérimentés semblent plus enclins à se tourner vers le marché noir. Avant que les réseaux de trafiquants organisés ne s'en mêlent. Ces effets n’ont rien de surprenant, mais ils sont à l’inverse des promesses des promoteurs des mesures d’interdiction des liquides aromatisés.

Par contre, le bilan financier est probablement positif à court terme pour les acteurs institutionnels. A San Francisco, un rapport préalable rédigé par Ted Egan, économiste en chef pour la ville, avait anticipé que la diminution de la consommation de vapotage se reporterait sur l’achat de cigarettes. En plus des rentrées fiscales grâce à la hausse des ventes de tabac, l’impact sur les taux des emprunts pourris indexés aux ventes de tabac, les Tobacco Bonds, doit soulager les villes et Etat en ayant contractés. 

On retrouve sans surprise parmi eux les plus agressifs contre le vapotage : la Californie, l’État de New York, le Massachusetts, le New Jersey et le Michigan, dont la prohibition est contestée devant les tribunaux. Du côté des traders, on conseille d'investir de nouveau dans les actions des cigarettiers qui devraient repartir à la hausse, à l'inverse de ce que laissait augurer leur effondrement en 2018 et début 2019


mercredi 11 mars 2020

COVID-19: de la Chine jusqu'aux USA en passant par l'OMS, les mutations d'une fakenews complotiste anti-vape

Classique machiavélique : détourner l’attention de sa mauvaise gestion en trouvant un bouc émissaire. L’instrumentalisation des vapoteurs dans la communication de crise sur le coronavirus joue le même rôle des deux côtés du Pacifique dans leurs décors respectifs. Le dernier épisode américain, ce week-end a pris la voix du maire de New York Bill de Blasio accusant le vapotage de « rendre les gens plus vulnérables » au COVID-19. Il n’y a aucune donnée, aucune étude, absolument rien pour soutenir cela. Mais la théorie du complot incohérente qui lui a donné naissance trouve sa source sur les réseaux sociaux chinois avant d’avoir été répandue par des canaux de propagande du régime autoritaire de Pékin. 

Un vapoteur serait atteint du coronavirus

Dimanche dernier, l’agence Reuters lance le teaser : « De Blasio a déclaré lors d’une conférence de presse que les personnes qui fument ou vapotent sont plus à risque ». Le lendemain devant la presse, le maire revient avec une « preuve ». Un vapoteur new-yorkais de 22 ans serait atteint du coronavirus et hospitalisé. À ce moment-là, il y avait 113 582 cas de coronavirus détectés dans le monde, selon le suivi en temps réel de l’Université John Hopkins. Et donc un vapoteur parmi eux, selon le maire de New York. 

Soyons honnêtes, il est très probable qu’il ne soit pas le premier vapoteur atteint. Mais la caractéristique du vapotage n’apparaît pas dans les recueils statistiques du Covid-19. Une absence signifiant peut-être que les professionnels de santé ne l’ont pas identifié comme un aspect significatif et prépondérant dans l’épidémie. Quoi qu’il en soit, il n’y a aucune donnée pour soutenir qu’il y a une relation particulière, qu’elle soit protectrice ou aggravante, entre vapotage et coronavirus. En bon politicien, Bill de Blasio s’est simplement payé de mot pour distraire l’attention du public américain.

Rechute de l’OMS

Vecteur de diffusion à vocation pandémique, le Dr Alexey Kulikov, responsable des relations extérieures à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a répandu dans la foulée sur les réseaux sociaux, et semble-t-il, par messageries privées la déclaration du maire new-yorkais. On l’espérait guérie, après le scandale en janvier de sa page de fakenews sur le vapotage publiée avant d’être en partie corrigée. L’OMS avait même promis de veiller sur la communication à propos de la nouvelle épidémie de coronavirus. Mais, incorrigible, il n’aura fallu qu’une déclaration opportuniste de Bill de Blasio pour que son chargé de comm' russe rechute dans la fakenews trompeuse et manipulatoire.

Le vapotage est-il un complot américain contre la Chine?

Cependant, la déclaration du maire de New Yok n’est pas l’origine première de la rumeur. En réalité, la légende urbaine prend sa source dans une théorie du complot incohérente née sur les réseaux sociaux chinois puis propagée par le régime pour se disculper de sa gestion de l’épidémie. En Chine, explique dès le 2 mars le site américain Foreign Policy, « il y a eu un désir net de détourner la colère contre la bureaucratie pour la diriger vers un ennemi extérieur. L’étape suivante de la campagne de propagande a consisté à nier que le virus ait commencé en Chine ».

« L’idée que le virus est en réalité originaire des États-Unis » a été diffusée ces dernières semaines pour sauver la thèse que le régime autoritaire chinois est le meilleur protecteur de la population, y compris face au coronavirus. Des théories du complot ont ainsi prospéré sur les réseaux sociaux, avant d’être reprises par des médias chinois y compris en anglais, tels que le College Daily.

Les Américains ont-ils caché être atteints du Covid-19 depuis l’été passé ? 

Le Global Times, quotidien chinois en langue anglaise, donne le 2 mars une nouvelle dimension internationale à la campagne de propagande. Dans ses colonnes, le Dr Xiuyi Zhi, directeur du Centre du cancer du poumon de l’Hôpital de Pékin (BJU), explique soupçonner que la vague de pneumopathies du second semestre 2019 aux États-Unis, liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC, serait peut-être des cas de coronavirus.

« Xiuyi Zhi, également vice-président de l’Association chinoise de lutte contre le tabagisme, a remis en question les cas de mort subite de vapotage, laissant entendre qu’il pourrait y avoir d’autres causes. Il a dit qu’il est possible que ceux qui sont morts du vapotage puissent également être affectés par la grippe ou le coronavirus et il a appelé à des études », relate le Global Times. L’imagination a ses secrets que la rationalité a parfois des difficultés à percer. Mais ce ne sont pas les incohérences de la théorie qui peuvent effrayer les propagandistes anti-réduction des risques aux États-Unis. Ils en ont fait d’autres.

La fakenews traverse le pacifique

Hôte prédestiné à l’infection de fakenews, le fraudeur Stanton Glantz. Le Californien estimait par exemple, dans un article rétracté par le Journal of American Heart Association (JAHA), que les crises cardiaques qui se sont produites chez des personnes avant qu’elles ne vapotent sont tout de même causées par le vapotage. Une théorie où l’effet précède la cause imaginaire. 

Sans surprise, Stanton Glantz a donc repris la fakenews à sa sauce avec pour soutien des études douteuses sur des souris. Puis celle-ci a atteint le maire de New York Bill de Blasio. Déclaration dont le responsable des relations externes de l’OMS Alexey Kulikov s’est emparé pour tenter de lui donner l’allure de pandémie à travers les réseaux sociaux et les messageries privées.

En réalité, rien

« À propos du vapotage et du coronavirus, c’est tout ce que je peux dire, c’est-à-dire rien. Nous n’avons aucune preuve sur la façon dont l’utilisation du vapotage affecte l’infectiosité des coronavirus et la progression de la maladie », réagit lundi le Dr Konstantinos Farsalinos, cardiologue au Centre Onassis d’Athènes. 

Sur son blog, l’expert renommé du sujet du vapotage rappelle que le propylène glycol, un des principaux composants des liquides de vapotage, est bien connu pour ses vertus bactéricides et antivirales. « Il faut préciser que les études ne suggèrent aucun effet du propylène glycol sur la souche particulière de coronavirus (COVID-19) qui est liée à l’épidémie mondiale »

Viralité infauxdémique

Nul besoin d’être politologue chevronné pour voir l’usage éminemment politicien et opportuniste du bidonnage par les différents protagonistes. Régime chinois cherchant un bouc émissaire externe, fraudeur anti-réduction des risques répandant son habituel rideau de fumée, figure démocrate accentuant la pression sur la présidence Trump à quelques mois des élections et un ex-attaché du Consulat de Russie profitant de son poste à l’OMS pour souffler sur les braises. 

Le vapotage, la santé publique et même le coronavirus n’ont pas grand-chose à voir avec la trajectoire de cette infodémie. Cependant, à l’heure où les services hospitaliers sont débordés et que des professionnels de santé, comme en Italie, encouragent l’abandon de soin pour certains types de patients, prenons garde que cette farce ridicule ne soit pas un prélude à l’exclusion du droit aux soins des vapoteurs.

*Annexe : Et concernant le tabagisme ?

Bill de Blasio et Fraudster Glantz amalgament tous deux vapotage et tabagisme comme facteurs de risques aggravants les infections du coronavirus. Auparavant la rumeur inverse, attribuant un effet protecteur au tabagisme avait circulé de la même manière sur internet. En réalité, même si sur le tabagisme il existe des données, elles sont totalement insuffisantes à l’heure actuelle pour dire quelque chose de sérieux et en tirer une analyse robuste. 

Par exemple, l’étude publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM) sur 1099 malades chinois montre un taux de fumeurs infectés de 12,6 %. Bien moins que les 29 % attendus selon les taux de tabagisme de la population en général. Ceci n’a pas empêché, en passant sous silence cet élément fondamental, l’Alliance contre le tabac en France de communiquer sur le fait que parmi les infectés, les fumeurs sont plus susceptibles de présenter des formes plus sévères d’atteintes. 14 % des non-fumeurs ont une atteinte sévère contre 21 % parmi les fumeurs, tandis que les formes très sévères touchent 5 % des non-fumeurs infectés contre 12 % des fumeurs détectés. 

Mais il me semble assez évident qu’une confusion a pu se glisser. On peut par exemple supposer un biais d’autosélection où les fumeurs atteints de formes légères ne distinguant pas le symptôme de la toux du coronavirus de leur habituelle toux du fumeur ne sont pas allés se faire ausculter passant sous le radar de la détection. Ceci pourrait expliquer à la fois le faible ratio de fumeurs détectés avec le coronavirus et la part plus importante de forme sévère chez ceux-ci. Ce n’est qu’une hypothèse. Tirer des conclusions hâtives sur ces chiffres est du vent sans la moindre rigueur.

Propagande contre-productive

Puisqu’en définitive il ne s’agit que de propagande, je doute de cet usage opportuniste pour inciter les fumeurs à quitter la cigarette. Les antitabac vivent dans un monde en noir et blanc où ils s’opposent au Démon, dont les fumeurs sont possédés. Les aspects des dynamiques de changement, des risques d’apprentissage de l’impuissance par la répétition d’échecs, etc. sont des domaines humains qui ne les intéressent pas. Dans la vision du monde antitabac, le fumeur tient le rôle d’un aliéné vidé de sa consistance humaine.

Pourtant du côté de l’addictologie où les approches sont plus sensibles, subtiles et holistiques, le rôle des angoisses et peurs comme environnements psychologiques propices aux addictions ou usages problématiques est connu. Terroriser les fumeurs avec le coronavirus a peu de chance d’avoir d’effet positif massif sur les arrêts tabagiques consolidés à long terme. Et cette approche manipulatrice, et plutôt perverse en angoissant artificiellement le public ciblé, illustre un faible niveau de respect des personnes.


mardi 18 février 2020

La revue JAHA rétracte enfin la fraude de Glantz sur le vapotage et les crises cardiaques

Il aura fallu huit mois pour que le Journal of American Heart Association (JAHA) rétracte la publication frauduleuse sur le vapotage et les crises cardiaques. "Le manuscrit de Bhatta et Glantz a fait l'objet d'un examen approfondi et complet au cours des 7 derniers mois et le processus est désormais terminé. Au 18/02/20, JAHA a rétracté le document", déclare Michelle Kirkwood, porte-parole de l'American Heart Association (AHA), l'association de cardiologie américaine qui édite la revue JAHA, au site Reason

La cause précède l'effet

Très médiatisée à sa sortie, l'étude affirmait de manière erronée un lien de causalité entre vapotage et crise cardiaque. Les chercheurs Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco, ont comptabilisé dans leurs calculs les crises cardiaques survenues chez des vapoteurs avant qu'ils ne se mettent à vapoter pour incriminer le vapotage. Une violation du principe basique selon lequel la cause précède l'effet. 

Dans un premier temps, Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, ont mis en évidence l'incohérence. "Les principales conclusions de l'étude Bhatta-Glantz sont fausses et invalides", ont écrit Rodu et Plurphanswat le 11 juillet au JAHA. La revue avait répondu mollement fin octobre. Le statisticien Pr Andrew Gelman avait ensuite confirmé l'erreur méthodologique. Enfin, début janvier, seize chercheurs de renoms avaient à leur tour écrit à la revue pour demander des clarifications sur cette publication. La plupart des commentaires d'experts se trouvent sur le site PubPeer.

JAHA avoue avoir publié l'étude en connaissant son erreur méthodologique

Aujourd'hui, JAHA rétracte enfin la publication frauduleuse. L'explication des éditeurs est confondante. "Lors de l'examen par les pairs, les examinateurs ont identifié la question importante de savoir si les infarctus du myocarde se sont produits avant ou après que les répondants ont commencé à utiliser la cigarette électronique et ont demandé aux auteurs d'utiliser des données supplémentaires dans le livre de codes PATH (âge du premier IM et âge de la première utilisation de vapotage) pour répondre à cette préoccupation", explique la revue JAHA

"En d'autres termes, même avant la publication, les  éditeurs et les examinateurs du JAHA ont reconnu qu'il y avait un problème logique à affirmer un lien de causalité entre l'utilisation du vapotage et les crises cardiaques sur la base de cas antérieurs à l'utilisation du vapotage", commente Jacob Sullum sur le site Reason. "Ils ont demandé à Bhatta et Glantz de résoudre ce problème crucial, et les auteurs n'ont pas réussi à le faire, bien que la base de données PATH contenait les informations nécessaires", poursuit le journaliste spécialisé. 

Que vont faire l'OMS et l'AFP après huit mois a disséminer cette fraude?

Mais JAHA a tout de même publié l'étude en la sachant vérolée ! A présent, Dharma Bhatta et Stanton Glantz disent ne plus pouvoir faire une analyse corrective parce qu'ils n'auraient plus accès à la base de données PATH. Ou parce qu'ils savent avoir fraudé depuis le début et que les données ne peuvent en aucune manière montrer un risque particulier de crise cardiaque chez les vapoteurs par rapport aux autres ex-fumeurs?

Quoiqu'il en soit, la revue aurait du attendre les calculs supplémentaires avant de publier. "Je soupçonne que JAHA aurait été un peu plus prudent avec une étude qui a révélé que le vapotage empêche les crises cardiaques en aidant les fumeurs à arrêter", conclut Jacob Sullum. Peut-être le fait que Stanton Glantz avait déjà diffusé cette thèse dés février 2018 dans une conférence, repris par la presse internationale sans vérification ni contrepoint critique, à influer sur cet étrange choix éditorial?

[add 19-02-2020 à 1h15] Sur son blog, Stanton Glantz se présente ce soir comme victime des défenseurs du vapotage. "A présent, sous la pression continue des défenseurs de la cigarette électronique, les rédacteurs du Journal of the American Heart Association ont retiré le document parce que, sans accès à l'ensemble de données à usage restreint PATH, nous n'avons pas pu faire l'analyse supplémentaire", explique l'ex-directeur du centre de recherche sur le tabac de l'Université de San Francisco. Selon lui, l'impossibilité de l'analyse supplémentaire suit du retrait de l'accès aux données par l'Université du Michigan parce que Bhatta et Glantz avaient "signalé certains numéros de taille d'échantillon sans obtenir l'approbation préalable". A ma connaissance, l'Université du Michigan n'a pas communiqué publiquement sur la raison pour laquelle elle a interdit à Bhatta et Glantz d'utiliser ces données. Ce qui semble une mesure inhabituelle...? [/add]

Se pose la question des nombreux organes de presse et des organisations qui ont repris les conclusions frauduleuses de cette étude. En premier lieu, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), notamment lors du 146e Conseil exécutif devant les délégués à Genève le 4 février. D'autre part, le "pool santé" de l'Agence France Presse (AFP) et les nombreux médias qui ont répandu cette désinformation durant ses huit derniers mois, sans tenir compte des critiques fondées contre cette fraude. 

Que vont-ils faire pour réparer les torts causés au public, en particulier aux millions de fumeurs abusés par cette désinformation et qui ont renoncé à arrêter de fumer avec le vapotage ?


mercredi 12 février 2020

Fraude sur la vape et les crises cardiaques: la revue JAHA fait la sourde oreille à une nouvelle plainte de 16 experts anti-tabac

Dans deux lettres fin janvier, seize nouveaux experts anti-tabac* s'inquiètent de la fraude sur le vapotage et les crises cardiaques publiée en juin dans le Journal of the American Heart Association (JAHA). L'étude signée Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco (UCSF), a fait grand bruit dans les médias à l'époque. Le vapotage serait cause de crises cardiaques. Pourtant rapidement, des chercheurs nourrissent des doutes sur les conclusions de l'analyse statistique. 

Le Pr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, obtiennent les données brutes fédérales ayant servi à l'étude et s'aperçoivent, selon USA Today du 19 juillet, qu'une "large part des 38 patients de l'étude ayant subi une crise cardiaque l'ont eu avant de commencer de vapoter". Les deux chercheurs écrivent à la revue, le 11 juillet puis le 18 juillet, pour demander la rétraction de l'article aux conclusions infondées. En réaction, JAHA joue l'obstruction.

Pression pour étouffer l'affaire

Le 3 octobre,  le Consortium interuniversitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) fait pression au prétexte de la protection des données personnelles sur le Dr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat pour qu'ils ne divulguent pas publiquement leur contre-analyse. Plus de trois mois après les deux lettres de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, la revue JAHA leur répond enfin le 30 octobre d'une formule ampoulée selon laquelle elle va enquêter. "La réponse du Journal de l'American Heart Association n'offre rien de plus qu'une obfuscation bureaucratique", réagit Clive Bates, spécialiste du domaine de la réduction des risques, dans le fil de commentaires PubPeer à l'article de Glantz et Bhatta.

Le Pr Andrew Gelman confirme l'erreur fondamentale de l'étude

En novembre, le Pr Andrew Gelman, spécialiste de statistique renommé et directeur de l'Applied Statistics Center de l'Université Columbia, effectue sa propre analyse des données. "Bhatta et Glantz font des allégations causales basées sur la corrélation entre les problèmes cardiaques et l'utilisation de vapotage, il semble donc approprié d'exclure de leur analyse les personnes qui n'ont commencé à vapoter qu'après leurs attaques cardiaques", explique le spécialiste dans un billet sur son blog.

"Même s'ils l'avaient fait", poursuit-il, "je peux anticiper des problèmes sur les résultats - la confusion avec le tabagisme est le gorille de 800 livres dans la pièce, et toute tentative d'ajustement sur ce facteur de confusion dépendra nécessairement fortement du modèle utilisé pour cet ajustement... mais retirer ces 11 personnes [qui ont eu l'attaque cardiaque avant de vapoter] de l'analyse, cela semble être un minimum", souligne le Pr Andrew Gelman. Cependant, la revue JAHA ne donne toujours pas signe de vie.

Seize experts rentrent dans la bataille

Le 20 janvier, 16 experts* de renommée mondiale de la lutte anti-tabac se décident à demander des clarifications à la revue JAHA, exprimant leur "inquiétude concernant les défauts fondamentaux" du papier signé par Stanton Glantz et Bhatta. Notamment deux lacunes majeures mettent à mal le prétendu lien de causalité entre vapotage et risque de crises cardiaques. En premier lieu, les experts relèvent que "bon nombre des crises cardiaques comptabilisées dans l'analyse se sont produites avant l'adoption du vapotage [par les personnes victimes de crises] et leur exclusion de l'analyse annule la conclusion et la prémisse globale de la publication"

Par ailleurs, les experts académiques soulignent que "les auteurs étaient au courant des données de l'enquête utilisée qui auraient pu corriger cette erreur", à savoir les dates des crises cardiaques et de l'entrée en consommation de vapotage. Les 16 experts soulignent que "la revue n'a jusqu'à présent pas fourni de réponse substantielle à ces préoccupations", déjà mises en lumière par l'analyse de Brad Rodu. Mais, une fois de plus, la revue JAHA envoie une réponse creuse le 23 janvier. 

Seconde charge contre le JAHA

Le 29 janvier, les 16 pointures reviennent à la charge précisant trois problèmes majeurs. "(1) Des défaillances critiques dans le document publié lui-même ; (2) le comportement des auteurs qui n'ont pas ajusté leur analyse en fonction des données qu'ils savaient exister et qui aurait résolu les problèmes liés à leur analyse, mais ce faisant, auraient remis en cause leur conclusion initiale ; (3) la procédure suivie par le journal à la lumière de la plainte du donneur d'alerte déposée par le Dr Brad Rodu en juillet 2019 et à présent suivie par nous".

Les chercheurs vont plus loin en demandant à la revue ce qu'elle compte faire sur deux points précis. "Question 1. Il est clair que les résultats ne sont pas fiables. La revue accepte-t-elle que les résultats ne sont pas fiables et que propose la revue à propos de l'article publié? Question 2 . Pouvez-vous confirmer s'il y a ou a eu une enquête sur cette plainte, décrire son état actuel et indiquer le résultat de l'enquête, le cas échéant?"

Une rétraction seulement après avoir obtenu des mesures anti-vape?

À cette heure, le JAHA n'a pas répondu à la dernière demande des chercheurs. La controverse est accessible au public dans les commentaires de la publication du résumé de l'étude sur PubPeer, le réseau regroupant les publications scientifiques. Cette semaine dans la revue Reason, Jacom Sullum se demande "à la lumière de ce "problème de données", où est "l'évaluation objective et approfondie"  promise par la revue JAHA ?" 

Huit mois après le début de la controverse, tout laisse à penser que l'Association of Heart American joue la montre. Alors que, par exemple, Ranti Fayokun a encore présenté les résultats de Glantz et Bhatta sur les risques de crises cardiaques et d'AVC liés au vapotage comme des vérités établies devant les délégués du Conseil exécutif de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à sa 146e session la semaine dernière à Genève.

[add 18-02-2020] La revue JAHA vient de rétracter la publication. Explications dans ce nouveau billet [/add]

* Les 16 signataires sont:
Pr David B. Abrams, New York University
Pr Kenneth Michael Cummings, Medical University of South Carolina
Pr George Davey Smith, University of Bristol
Dr Konstantinos Farsalinos, Onassis Cardiac Surgery Centre
Pr Jonathan Foulds, Penn State University
Pr Abigail Friedman, Yale School of Public Health
Pr Thomas Glynn, Stanford University
Pr Peter Hajek, Queen Mary University of London
Pr Martin Jarvis, professeur émérite de l'University College of London
Pr Robert Kaestner, Université de Chicago
Pr Ann McNeill, King's College of London
Pr Marcus Munafò, University of Bristol
Pr Raymond Niaura, New York University
David Sweanor, University of Ottawa
Pr David Timberlake, University of California, Irvine
Pr Kenneth Warner, University of Michigan

mardi 17 décembre 2019

Chiffres contre narratif: comment le faussaire Stanton Glantz enfume des médias sur la vape et les risques respiratoires

Le risque de maladies respiratoires est similaire pour les vapoteurs que pour les autres ex-fumeurs. Un risque supérieur d'environ 30% par rapport aux personnes qui n'ont jamais fumé, mais de moitié inférieur à ceux qui continuent de fumer. Ce sont à peu près les seuls chiffres fiables, avec une valeur de probabilité (p-value) sérieuse, que l'on trouve dans l'étude de Stanton Glantz et Dharma Bhatta publiée hier dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM)

Mais ce que les médias, notamment en français par l'AFP et C-News, ont mis en avant sont une suite d'autres résultats aberrants, avec des indices de probabilité indignes de confiance, en les prétendant issus d'un suivi de 32'000 personnes entre 2013 et 2016. C'est simplement faux. Glantz et Bhatta n'ont fait que calculer des ratio de risques à partir d'enquêtes annuelles transversales, sans aucun suivi individuel. Les médias ont brodé la nouvelle avec un sensationnalisme tapineur sur les pneumopathies liées aux produits frelatés à la vitamine E du marché noir du THC aux Etats-Unis.

Narratif mythomane

Cette narration médiatique "d'une grande étude de suivi" est de la pure mythomanie. Pour le répandre, les auteurs ont utilisé une tactique de communication consistant à diffuser un communiqué à des contacts de presse choisis avec un narratif imaginaire sur ce pseudo-suivi, ceci avant que l'étude ne soit publiée et accessible. Une série de médias ont ainsi imposé un discours sur ce travail sans que d'éventuels experts aient pu le lire pour l'analyser et le critiquer. C'est comme ça qu'ils ont installé ce discours dans les médias hier. A noter que publier un article à propos d'une étude sans avoir lue cette étude relève de la faute professionnelle grave pour un journaliste. 

Ce timing de publication a aussi permis aux auteurs de l'étude de passer sous silence une donnée gênante pour leur narration. Les données de l'enquête PATH prises en compte dans l'étude montrent que dans près de 69,44% des cas de maladies respiratoires chez des vapoteurs, la maladie a précédé leur passage au vapotage. Une donnée dont l'éditeur a probablement forcé l'intégration pour se couvrir, mais dont les auteurs n'ont pas tenu compte dans leur analyse (sic!).

Médicalement absurde

Un élément médical simple et connu infirme toute pertinence au récit médiatisé de la prétendue mesure d'une augmentation du risque de maladies respiratoires à cause du vapotage dans les trois années des enquêtes transversales prises en compte. "Trois des maladies étudiées par Glantz - la BPCO, la bronchite chronique et l'emphysème - mettent des décennies à devenir cliniquement apparentes et auraient été présentes, même non diagnostiquées, dans plusieurs des cas bien avant le début de son étude en 2014, et même avant que les e-cigarettes soient disponibles aux États-Unis depuis 2007 environ", réagit le Pr John Britton dans une lettre au Times.

Le Directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool à l'Université de Nottingham ajoute que les conclusions de l'étude de Glantz et Bhatta "sont également faussées par le fait que la plupart des vapoteurs ont été fumeurs. Or le tabagisme est une cause importante de maladies pulmonaires chroniques, les vapoteurs ont inévitablement un risque accru de maladies pulmonaires longtemps après avoir cessé de fumer". La méthode statistique de l'étude ne permet pas de dépasser ce point: "elle est simpliste : il n'a pas le détail de la durée de vie et de l'intensité du tabagisme requise. Pour ces seuls motifs, sa conclusion est spécieuse".

Méthodologiquement pourri

En somme, Glantz et Bhatta ont aggloméré des données d'études transversales pour prétendre avoir fait un suivi longitudinal qui n'a jamais eu lieu en réalité. Un signe de leur bricolage inconsistant est le fait que ce soi-disant suivi voit des malades disparaître entre les vagues 2 et 3. Or, on ne peut pas prétendre établir une relation de causalité à partir d'une simple corrélation. "Il n'y a absolument aucun moyen de conclure, ou même de spéculer, sur la base des résultats d'une étude transversale, que le vapotage est une cause de maladie pulmonaire obstructive chronique (BPCO)", rappelait le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston et spécialiste du domaine en santé publique, dans un commentaire sur le sujet en février dernier.

De véritables suivis dans le temps de vapoteurs malades montrent que l'abandon du tabagisme au profit du vapotage réduit, voire dans certains cas permet d'inverser, l'évolution de la BPCO. La prétention de Glantz et Bhatta d'avoir isolé le facteur de risque propre au vapotage dans leur étude est ahurissant de stupidité, et leur addition des risques qui s'ensuit est ridicule. Ils n'ont mis en place aucun moyen pour s'assurer que les maladies respiratoires sont liées au vapotage et non pas à une autre cause, dont la plus probable est le tabagisme passé, pour 99,4% des vapoteurs qui ont répondu aux enquêtes utilisées par l'étude. 

Faussaires et pervers notoires

Il est troublant que deux chercheurs déjà co-auteurs d'une fraude manifeste, et précédemment mise à jour, soient de nouveau publiés avec une étude aussi faible méthodologiquement. N'importe qui avec quelques notions sur les maladies respiratoires évoquées par le communiqué de presse de l'étude est capable de rejeter un tel enfumage. Les articles de presse publiés hier sont l'oeuvre de journalistes soit d'une incompétence inquiétante, soit de corrompus.

La tactique médiatique pour répandre ce qui est une fakenews caractérisée montre l'importance pour un réseau de médias de projeter le thème du vapotage comme enjeu politique et émotionnel dans le public. Je pense que ce n'est pas seulement pour vendre du clic et du papier, cette campagne fait partie d'une stratégie électorale d'un politicien multi-milliardaire et magnat des médias.

Tweet du Pr Bertrand Dautzenberg en réaction à l'étude:
[Add.] Tweet de la Dre Ute Mons, du Centre de recherche sur el cancer en Allemagne (DKFZ) [ma traduction: Cher @tagesschau, avez-vous lu l'étude? Depuis quand 1,3 (facteur de risque pour les e-cigarettes) est-il égal à 2,6 (facteur de risque pour les cigarettes de tabac)? En outre, l'étude donne des indications claires de causalité inverse: les problèmes pulmonaires conduisent à passer aux e-cigarettes.]




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