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mercredi 13 novembre 2019

Réactions de scientifiques à l'étude allemande qui a "identifié" l'acroléine comme toxique chez des souris

Une étude publiée ce matin dans l'European Hearth Journal, montre un effet cardiovasculaire du vapotage avec nicotine chez des fumeurs. Un fait bien connu et pas spécialement mieux éclairé par les chercheurs allemands, menés par le Dr Thomas Münzel, de l'Université de Mayence. La publication prétend aussi avoir identifié l’acroléine comme molécule toxique dans le vapotage. Sur cette accroche des médias français, comme l'Express, en discutent sans grand éclairage du contenu. 

Le fait que l'acroléine est toxique est aussi un fait connu depuis longtemps. Que ce soit dans la fumée de cigarette ou dans les émanations de cuisine, en particulier la cuisson frite à l'huile. L'étude sophistiquée met en relief l'effet de stress oxydatif de l'acroléine chez des souris en ayant inhibé chez certaines d'entre elles l'enzyme NADPH oxydase phagocytaire NOX-2. 

Mais un des problèmes méthodologiques qui se pose directement pour évaluer la pertinence de ces résultats est de savoir si les vapeurs qu'ont été forcées d'inhaler les souris ont été obtenu de manière réaliste dans cette étude. On sait qu'en faisant brûler par surchauffe ou fonctionnement à vide une vaporette, il y a moyen de produire des aldéhydes, dont l'acroléine, de manière artificiellement astronomique et irréaliste. Le matériel supplémentaire de l'étude publié ne permet pas de savoir précisément la manière dont la vaporette a été utilisé. Par exemple, la photo (ci-dessus) de l'installation ne montre pas clairement comment était disposée l'ego-C de Joyetech lors de l'utilisation.

[add du twitt de Xavier qui cite un aspect problématique de la méthodologie]

Les commentaires contrastés des scientifiques britanniques (aucun n'a de conflit d'intérêt), publiés en anglais par le Media Science Centre ce matin, m'ont semblé pertinents pour décrypter la valeur de l'étude et des articles de presse qui la médiatisent. Voici leur traduction:

Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabacà l'Université Queen Mary de Londres:
"Les auteurs ont détecté deux effets. Chez les fumeurs, la nicotine provenant du vapotage a produit un effet stimulant aigu typique, également observé après avoir bu du café, qui ne signale aucun danger en soi. 

Chez les souris et dans des échantillons de tissus, l'acroléine, une substance chimique qui peut être générée lorsque le liquide de vapotage est frit, a eu des effets plus dommageables. Cela ne concerne toutefois pas les vapoteurs humains. La friture d'un e-liquide produit ce produit chimique, mais produit également un goût aversif que les vapoteurs évitent. Les vapoteurs humains ont des niveaux d'acroléine similaires à ceux des non-fumeurs et beaucoup plus faibles que ceux des fumeurs."

Pr Ajay Shah, directeur de l'école de médecine cardiovasculaire et des sciences et professeur de cardiologie à la BHF du King's College de Londres:
"Cette étude montre de manière convaincante que l’utilisation de cigarettes électroniques chez les fumeurs de cigarettes entraîne une dégradation supplémentaire à court terme de la fonction de la paroi interne des vaisseaux sanguins - l’endothélium. 

Il est reconnu que la fonction anormale persistante de l'endothélium prédispose à long terme (plusieurs années) à la formation de plaques sur les artères pouvant entraîner une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral. L'effet d'un épisode de vapotage de cigarette électronique sur l'endothélium est similaire aux effets à court terme du tabagisme, de l'hypercholestérolémie ou du diabète, mais cette étude ne permet pas de savoir s'il aurait des effets nocifs à long terme sur la santé. 

Il est important de noter que les chercheurs n'ont pas étudié les effets des cigarettes électroniques sur les non-fumeurs en bonne santé, mais uniquement chez les personnes qui fument régulièrement des cigarettes et dont l'endothélium est peut-être déjà légèrement anormal - nous ne pouvons donc pas extrapoler ces résultats à des non-fumeurs. . Ils ont également étudié uniquement les effets d'un épisode de vapotage.

La deuxième partie de l'étude a consisté à exposer des souris à la vapeur de cigarette électronique pendant cinq jours au maximum et à évaluer l'impact sur leurs vaisseaux, poumons et cerveau. Les chercheurs ont trouvé des preuves de lésions de tous ces organes mais ces résultats sont moins faciles à extrapoler à l'homme et ils n'ont pas inclus tous les groupes de contrôle appropriés pour améliorer la confiance en ce résultat. 

Les conclusions des études sur les animaux concernant les effets possibles sur les poumons et le cerveau nécessitent donc des recherches plus poussées chez l'homme pour déterminer si le même phénomène se produit chez l'homme. Cependant, il est tout à fait clair que les cigarettes électroniques semblent avoir des effets potentiellement nocifs sur l'endothélium chez les personnes qui sont des vapoteurs ordinaires, ce qui indique qu'elles ne sont pas inoffensives."

Dr Gavin Sandercock, enseignant en physiologie clinique (cardiologie) et directeur de la recherche à l'Université d'Essex:

"Cette étude a été réalisée chez la souris et sur 20 fumeurs humains. Le travail avec les souris est très complexe mais je ne l'ai pas trouvé très convaincant. Le travail humain étant compliqué par le fait que les gens fumaient déjà, nous ne pouvons donc pas savoir dans quelle mesure l'effet observé pourrait résulter de dommages liés au tabagisme. 

Tous les effets du vapotage sur les fumeurs étaient des changements à court terme qui se produisent lorsque la nicotine pénètre dans le corps; que ce soit en fumant des cigarettes, en vapotant, en utilisant des patchs ou des gommes nicotinées - ils ne sont pas spécifiques au vapotage. 
Un grand nombre des problèmes de santé potentiels suggérés dans l'étude ne sont pas basés sur les humains qui ont participé, mais proviennent d'expériences effectuées sur des souris. Cela rend les résultats difficiles à généraliser à la santé humaine.

Les auteurs disent: "Au Royaume-Uni, 1,6% des 11-18 ans consomment des cigarettes électroniques plus d'une fois par semaine, contre 0,5% en 2015". Mais ces chiffres n'ont pas de sens si on ne sait pas la part de jeunes déjà fumeurs, ou combien auraient fumé des cigarettes s'ils n'avaient pas vapoté. Vaper est peut-être moins sain que de respirer de l'air, mais toutes les preuves suggèrent qu'il est loin d'être aussi malsain que de fumer des cigarettes. Parce que les cigarettes sont si nocives, beaucoup plus nocives que le vapotage, tout enfant qui vape au lieu de fumer s'en trouve mieux. De même, tout fumeur qui passe au vapotage est susceptible d'améliorer sa santé par rapport à quelqu'un qui continue de fumer des cigarettes.

Les auteurs décrivent comment ils mesurent le flux sanguin et la rigidité artérielle de 20 fumeurs actuels avant et après avoir vapoté. Mais nous savons que la cigarette provoque un dysfonctionnement endothélial - c'est un fait. Les changements décrits ici à la suite de la vaporisation sont de courte durée, de petite taille, ne sont pas nécessairement révélateurs d'un mauvais état de santé en soi et pourraient avoir été très différents chez les non-fumeurs ou même dans les vapoteurs habituels par rapport à ce petit échantillon de fumeurs. Nous ne pouvons donc pas dire à quel point ces effets sont liés au fait que ces personnes sont fumeurs.

Les auteurs disent: «Nos données peuvent indiquer que les cigarettes électroniques ne sont pas une alternative saine aux cigarettes traditionnelles et que leur "sécurité" perçue n'est pas garantie». Mais cet argument rate la question du meilleur niveau de sûreté relatif du vapotage sur les cigarettes fumées. Les cigarettes augmentent d'environ un tiers le risque de décès prématuré, et il n'y a pas encore de preuves indiquant que le vapotage constitue une menace pour la santé. Il n’y a de manière certaine aucune preuve qu’il soit pire ou aussi mauvais que les cigarettes.

Les auteurs disent que «l' épidémie de cigarettes électroniques aux États-Unis et en Europe, en particulier chez nos jeunes, est à l'origine d'une énorme génération de toxicomanes à la nicotine». Je ne suis pas d'accord avec cette affirmation. Selon le CDC l'année dernière, le taux de tabagisme a chuté au niveau record de 14% aux États-Unis. Les graphiques de l'OMS* indiquent l'ampleur de la baisse du tabagisme en Allemagne (où cette étude a eu lieu) et en Europe. L'OMS prévoit que cette chute de la prévalence du tabagisme va se poursuivre - ce qui ne permet pas de penser qu'il existe une augmentation de la dépendance à la nicotine.

Les gens ne seraient mis en danger en passant des cigarettes au vapotage si l'on savait que ces dernières présentaient PLUS de danger pour la santé, mais rien ne permet de penser que cela soit vrai."
* http://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0009/402777/Tobacco-Trends-Report-ENG-WEB.pdf?ua=1


Pr Tim Chico, professeur de médecine cardiovasculaire et consultant honoraire en cardiologie à l'Université de Sheffield:

"Cette étude a été menée chez l'homme et la souris et montre clairement que les cigarettes électroniques ont des effets négatifs sur le système cardiovasculaire. Ces effets négatifs (augmentation du stress dans les vaisseaux sanguins et détérioration de la fonction des vaisseaux sanguins) ne prouvent pas complètement que les cigarettes électroniques conduiront certainement à des formes de maladies cardiaques telles que les accidents vasculaires cérébraux et les crises cardiaques, car elles nécessiteraient une très grande étude sur plusieurs années. Toutefois, ces résultats laissent penser qu'il est fort possible que l'utilisation de cigarettes électroniques augmente le risque d'attaque cardiaque et d'attaque cérébrale plus tard dans la vie.

Même si je soupçonne toujours qu'il est peu probable que les cigarettes électroniques soient aussi nocives que le tabac conventionnel, toute augmentation du taux d'utilisation de ces cigarettes chez les personnes qui n'ont jamais fumé de produits du tabac conventionnels serait particulièrement préoccupante. Il n'est pas vrai que les cigarettes électroniques soient inoffensives. Cette étude a révélé que les cigarettes électroniques produisent de nombreux produits toxiques pouvant endommager les tissus sains.

Les auteurs de cette étude appellent les pays à envisager de les interdire. Cela soulève une question délicate, car une interdiction à ce stade serait l'absence de preuves évidentes d'une augmentation à long terme du risque de maladie cardiaque. Cependant, il faudra des années pour accumuler de telles preuves avant que des personnes s'exposent à des risques.

Cette étude ne devrait empêcher personne de prendre des mesures pour réduire ou cesser de fumer, mais si vous utilisez des cigarettes électroniques, vous devez les utiliser pour un minimum de temps et comme moyen de cesser de fumer (y compris de cesser complètement de vapoter). Je salue cette étude en tant que signe important de la nature potentiellement dangereuse des cigarettes électroniques."

Pr Jacob George, professeur de médecine cardiovasculaire à l'Université de Dundee:

"Il s'agit d'une étude scientifique basique in vitro et chez la souris, avec une sous-étude de 20 sujets humains, dans laquelle une seule cigarette électronique a été vapotée par des volontaires et la fonction vasculaire testée avant et après. Nous avons encore besoin de beaucoup plus de recherche avant de pouvoir traduire ces données précliniques en un tableau clinique cohérent.

En ce qui concerne l’étude chez l’homme, il est impossible de tirer des conclusions définitives de ces petites études à exposition unique, c’est pourquoi des essais cliniques randomisés plus vastes sont nécessaires. Les résultats vont également à l'encontre d'essais cliniques de plus grande durée et de plus longue durée conduits par C. D'Ruiz et al. (1) et K. Farsalinos et al. (2), qui démontrent une réduction de la pression artérielle avec l'usage de la cigarette électronique, ce qui implique des améliorations de la fonction vasculaire avec l'utilisation du vapotage.

Etant donné que cette étude n'a pas pu démêler les effets de l'usage antérieur de cigarettes au tabac et de double usage (la plupart des vapoteurs sont d'anciens fumeurs) sur ces volontaires, les conclusions sont loin d'être claires."
1 Regul Toxicol Pharmacol 2017; 87: 36-53
2 Intern Emerg Med 2016; 11:85–94

Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham:

"Cette étude suggère que le vapotage resserre les vaisseaux sanguins chez l’homme et a divers effets sur les vaisseaux chez la souris. Je ne suis pas cardiologue, donc je ne sais pas dans quelle mesure ces changements sont convaincants, mais je sais que cette étude ne peut nous dire quels sont ces effets dus à la nicotine dans les vapeurs et ceux (le cas échéant) dus à d'autres composants de la vapeur. Nous savons que la nicotine contracte les vaisseaux sanguins et elle est évidemment essentielle pour que les e-cigs remplacent efficacement le tabagisme. Nous devons donc savoir si l’un de ces changements se produit sans nicotine dans les vapeurs, ce que nous ne pouvons pas dire avec cette étude.

Le vapotage n'est pas inoffensif, il risque simplement d'être beaucoup moins dommageable que les cigarettes fumées de tabac. Ce document apporte des éléments de preuve sur la sécurité des cigarettes électroniques, mais ne traite pas de leurs méfaits en relation avec ceux du tabagisme. C'est le préjudice relatif qui compte - et c'est pourquoi tous les fumeurs qui passent du tabagisme au vapotage s'en porteront beaucoup mieux, et cette étude ne change rien à ce fait."

Pr Paul Aveyard, professeur de médecine comportementale à l'Université d'Oxford:

"Ce document rapporte une petite étude menée sur 20 volontaires humains, des souris et des cultures cellulaires, montrant que le vapotage affecte négativement la fonction de la paroi des artères. Le dysfonctionnement de la paroi des artères est l’un des mécanismes par lesquels le tabagisme provoque des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. Ce constat est donc important, mais il convient de garder à l’esprit que nous savons à quel point le tabagisme est nocif. Malheureusement, cette perspective est perdue ici.

Au Royaume-Uni, rien ne prouve qu'il existe un marché important pour le vapotage parmi les jeunes qui ne fument pas. Beaucoup de jeunes essaient de vapoter, mais la plupart ne le font que quelques fois. L’usage régulier chez les jeunes qui ne fument pas est rare et parmi ceux qui vapotent, l'usage est peu fréquent. Pendant ce temps, plusieurs millions de Britanniques tentent chaque année d’arrêter de fumer en utilisant une e-cigarette et nous savons que les e-cigarettes les aideront à réussir. Presque tous les adultes qui utilisent régulièrement le vapotage le font soit dans le but d'arrêter de fumer, soit pour éviter de recommencer à fumer.

Les fumeurs actuels et les anciens fumeurs qui vapotent devraient-ils cesser de vapoter suite à cette publication? La recherche aurait été utile aux personnes confrontées à ce choix si elle avait comparé les effets du vapotage à ceux du tabagisme, mais ce n’est pas le cas. Elle a seulement montré que le vapotage altérait le fonctionnement des artères, mais il est impossible de savoir à quel point cet effet est nocif à long terme. 

Par exemple, l'effet décrit dans cet article sur les parois des artères à la suite d'un vapotage peut être observé dans des études similaires sur les effets du tabagisme. Les études sur le tabagisme ont montré que la vitamine C permettait d’inverser le mauvais fonctionnement des artères, mais nous sommes certains que prendre de la vitamine C ne prévient pas les crises cardiaques ni les accidents vasculaires cérébraux, même chez les personnes à risque. Cela ne peut donc pas être la seule voie d'action par laquelle fumer nuit aux artères. 

Les agences de santé publique britanniques, les associations caritatives, et les organisations de médecins conseillent aux personnes qui ne peuvent pas arrêter de fumer de passer au vapotage. Ces résultats ne devraient pas dissuader les gens de le faire."

Référence de l'étude:
‘Short-term e-cigarette vapour exposure causes vascular oxidative stress and dysfunction: evidence for a close connection to brain damage and a key role of the phagocytic NADPH oxidase (NOX-2)’ by Marin Kuntic et al. published in European Heart Journal, 13 November 2019.
DOI: 10.1093/eurheartj/ehz772


jeudi 3 octobre 2019

USA: commentaires scientifiques sur les biopsies de 17 empoisonnements pulmonaires

Hier, une communication de médecins des cliniques Mayo (USA), publiée dans le New England Journal of Medicine (NEJM), indique que les lésions pulmonaires de 17 patients étudiées sont très probablement liées à une toxicité directe ou à des lésions tissulaires dues à des émanations chimiques nocives. Des scientifiques britanniques ont commenté cette communication médicale pour la contextualiser, tandis que les médias francophones ont joué la carte du sensationnalisme sans retenue*. Les médecins américains ont affublé la question du sobriquet ridicule, si ce n'est inconvenant dans les circonstances, de VAPI pour Vaping-Associated Lung Injury.  Parmi les 17 patients sur lesquels des biopsies ont été procédées, 11 répondaient aux critères d'un diagnostic «confirmé» de lésion pulmonaire, tandis que les 6 autres répondaient aux critères d'une désignation «probable». 

Tous les patients ont des antécédents de vapotage, dont certains uniquement de produits de THC et d'autres sans précision dans la communication, qui n'a pas non plus détaillé les antécédents tabagiques de certains patients. Les médecins n'ont pas vérifié la présence de pseudo-cannabinoïdes de synthèse. Pour 12 des patients, la consommation de produits au THC a été établie, généralement rapportée par des proches car la plupart des patients ont été rétifs à reconnaître utiliser une substance illégale soulignent les chercheurs. La communication ne précise pas si ceux-ci sont dans les cas confirmés ou probables, ni si la provenance des produits était tous du marché noir. 11 patients sont de l'Arizona, 5 du Minnesota et un de Floride, trois états où l'usage de cannabis récréatif est illégal. "Dans tous les cas, les résultats histopathologiques ont révélé des types de lésions pulmonaires aiguës, notamment une pneumopathie fibrineuse aiguë, des lésions alvéolaires diffuses ou une pneumonie organisée, généralement bronchiolocentrique et accompagnée de bronchiolite", précise la communication des médecins.

"Une attention récente a été accordée à la possibilité qu'une lésion pulmonaire associée à la vaporisation puisse constituer une pneumonie lipoïde exogène. Cependant, aucun de nos cas n'a montré de preuve histologique de pneumonie lipoïde exogène et aucune preuve radiologique de celle-ci n'a été trouvée", poursuivent les cliniciens, avant de nuancer leur remise en cause de l'hypothèse de pneumonie lipidique liées à l'inhalation de liquide de vapotage de THC frelatés à l'huile. Nous avions déjà évoqué dés le mois d'août la possibilité de pneumopathies chimiques, notamment en lien avec la détection de taux élevés de Myclobutanil, un fongicide extrêmement toxique lorsqu'il est chauffé.

Les deux hypothèses: empoisonnements chimiques ou lipidiques

Cependant les médecins des Cliniques Mayo précisent que ces "observations suggèrent que cette constatation doit être interprétée avec prudence, dans la mesure où il peut simplement s'agir d'un marqueur d'exposition et pas nécessairement d'un marqueur de toxicité. Bien qu'il soit difficile d'écarter le rôle potentiel des lipides, nous pensons que les modifications histologiques suggèrent plutôt que les lésions pulmonaires associées au vapotage représentent une forme de pneumonite chimique centrée sur les voies respiratoires à partir d'une ou plusieurs substances toxiques inhalées plutôt que d'une pneumonie lipoïde exogène en tant que telle, mais les agents responsables restent inconnus".

Commentaires de la Pr Linda Bauld et du Pr John Britton

Le Science Media Centre, le site scientifique promu par le Comité des sciences de la Chambre des Lords britannique, a publié des éclairages sur les résultats de cette communication. "L’étude confirme que des lésions pulmonaires aiguës se sont produites. Les chercheurs ont découvert qu'il ne s'agissait pas d'effets indésirables chroniques - c'est-à-dire ceux qui se sont accumulés sur une longue période et qui causent une maladie - mais plutôt la preuve d'une éclosion similaire à un empoisonnement", souligne en premier lieu la Pr Linda Bauld, de l'Université d'Edimbourg. 

"Ceci fournit une preuve supplémentaire qu'il est extrêmement improbable, voire impossible, que des e-liquides aromatisés à la nicotine du type de ceux utilisés par des millions de personnes dans le monde depuis une décennie (y compris au Royaume-Uni) soient à l'origine de ces blessures. Au lieu de cela, les contaminants semblent être à blâmer. La plupart des preuves suggèrent des adultérants dans le vapotage de cannabis, mais d'autres produits peuvent être impliqués", précise la chercheuse.

La prohibition aggrave les risques

Avant d'insister sur l'augmentation des risques que provoquent les prohibitions: "Aux États-Unis, l'interdiction récente de tous les produits de vapotage aromatisés ne va pas empêcher d'autres cas comme ceux-ci si le coupable est un produit contaminé acheté au marché noir. En effet, les interdictions peuvent aggraver le problème en limitant l'accès et en poussant les gens vers des sources illicites".

Un problème américain

De son côté, le Pr John Britton, directeur du Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool et consultant en médecine respiratoire à l'Université de Nottingham, note que "ces échantillons ne montrent pas d'accumulation de lipides, ce qui indique que la cause n'est pas lipidique en soi, mais quelque chose d'autre dans la vapeur. Comme il s’agit d’un petit nombre de cas, nous ne savons pas à quel point il est représentatif, mais ces indications sont utiles"

Avant de souligner le caractère localisé de la vague de cas. "C’est donc quelque chose qui se trouve dans les fluides de vape américains, ou quelque chose au sujet des cigarettes électroniques particulières utilisées par les personnes touchées, mais cela reste quelque chose de distinct du vapotage en général et en particulier du vapotage de nicotine".

* Add: sur le sensationnalisme des médias francophones sur cette étude, on peut lire cet article de Vap'You https://www.vapyou.com/propagande-anti-vape-afp-morts/


mardi 25 avril 2017

[Expresso] Audition du Pr John Britton, du Royal College of physicians, au sénat canadien sur le projet de loi S5

Le Canada prépare un projet de loi, intitulée S5, concernant le vapotage. Le Comité des affaires sociales du Sénat auditionne différents experts sur le sujet. Le 10 avril, le Pr John Britton témoignait. Le directeur du Centre de recherche sur le cancer britannique (UKCTAS) a participé à deux rapports du Royal College of Physicians UK, l'un en 2007 sur la réduction des risques pour la nicotine et celui plus focalisé sur le vapotage de 2016 (« nicotine without smoke »). On peut retrouver l'audition intégrale sur le site du Comité du sénat canadien, y compris les échanges avec les sénateurs et le Pr David Hammond de l'Université de Waterloo. Regulator Watch a mis en ligne l'intervention initiale du Pr Britton, dont je fais ici un rapide résumé traduit.



Le tabagisme est une cause majeure de maladies et de mortalité, et d'inégalités sociales de santé. C'est une priorité majeure de santé publique dans tous les pays développés. Les mesures de prévention (avertissements etc.) sont efficaces pour prévenir l'entrée dans le tabagisme des jeunes, mais elles n'ont pas d'impact important pour faire sortir les fumeurs du tabagisme. La situation pour les fumeurs "établis" est plutôt pire aujourd'hui qu'il y a 30 ans. Nous avons besoin de mesures pour aider les fumeurs à sortir du tabagisme. Non seulement parce que cela sauve des vies, mais aussi parce que cela va réduire le tabagisme futur.

Vache sacrée puritaine

Il y a une vache sacrée dans la culture anti-tabac: quitter le tabac devrait passer par l'abandon de toute consommation de nicotine. Le rapport de 2007 du RCP argumentait déjà que ce dogme n'est pas obligatoire. Les fumeurs peuvent continuer de consommer de la nicotine, qui n'est pas plus dangereuse en elle-même que la caféine, en arrêtant de la fumer, procédé par lequel se dégage la plupart des toxiques les plus délétères et mortels liés au tabagisme.

La Suède en est un exemple. Une majeure partie des fumeurs est passée au «tabac sans fumée» [le snus en fait], et la Suède a désormais le plus bas taux de fumeurs des pays développés [à 9% selon cet article]. Au Royaume-Uni, le Snus est illégal, mais la vape est apparue en 2008 et est devenue très populaire. Le gouvernement a adopté une ligne très libérale sur le vapotage et 2,8 millions de personnes utilisent le vapotage, dont 1,2 millions sont devenus ex-fumeurs en utilisant de manière régulière la vape.

Promouvoir la réduction des risques

Ces exemples soutiennent fortement une approche visant à inciter les fumeurs, qui ne veulent pas ou n'arrivent pas à arrêter de fumer, à passer à une alternative beaucoup moins nocive que le tabagisme. Il faut une régulation pour s'assurer de la réduction des risques et de la sécurité du matériel. Mais il est extrêmement important de pouvoir promouvoir ces produits auprès des fumeurs. Par rapport au projet de loi S5, un point absolument vital est de pouvoir montrer la comparaison d'effets sanitaires entre le tabagisme et le vapotage. Les professionnels de santé doivent inciter les fumeurs à arrêter. S'ils n'y arrivent pas avec les méthodes conventionnelles, il ne doit y avoir aucun doute sur la réduction des risques avec le vapotage. Si ce message n'est pas délivré fortement à l'opinion publique, le doute profite au tabagisme.  

mercredi 26 octobre 2016

[Expresso] Les anti-tabac britanniques laminent le rapport de l'OMS sur la vape

Helvetic Vape
Design de T-shirt d'Helvetic Vape 
"Le rapport de l'OMS aborde le vapotage comme une menace, alors qu'en fait, il représente une opportunité majeure pour la santé publique." Le Centre britannique d'études sur le tabac et l'alcool (UKCTAS) publie ce matin un commentaire critique - in extenso et en anglais - du rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le vapotage. Alors que les usagers de la NNA avaient fait part de leurs critiques, Atakan Befrits, du réseau mondial INNCO, souligne que la réunion préparatoire de l'Union Européenne "ne contient aucune déclaration positive sur la réduction des risques qu'offre le vapotage à ses usagers"

A deux semaines de l'ouverture de la CoP7 de la Convention cadre de lutte anti-tabac (CCLAT) de l'OMS à New-Delhi, c'est au tour des scientifiques de l'UKCTAS de décortiquer l'approche, la validité des données utilisées et l'orientation du rapport préliminaire qui doit servir de base de travail aux délégués sur le sujet. Le Pr John Britton, épidémiologue, la cancérologue Ilze Bogdanovica, la tabacologue Ann McNeill et Linda Bauld, spécialiste en politique de santé publique, s'opposent frontalement à l'appel à la répression de la vape et proposent "d'inverser" radicalement les propositions politiques de l'OMS. 

En bloc, les anti-tabac britanniques rejettent le "soutien injustifié" de l'OMS à l'interdiction du vapotage. "Les mérites de la prohibition sont extrêmement pauvres étant donné la disponibilité généralisée des cigarettes dans toutes les juridictions", conteste l'analyse de l'UKCTAS et poursuit, "il est contraire à l'éthique de refuser aux fumeurs des options au risque beaucoup plus bas que les cigarettes. Il n'y a aucune justification scientifique pour interdire le vapotage d'un point de vue de santé publique", s'engagent les sommités britanniques. Alors que la réduction des risques et dommages est inscrite comme élément stratégique de la lutte anti-tabac de l'OMS, son rapport travestit de manière irrationnelle les risques réels du vapotage aux yeux des scientifiques. 

Paracelse rule

En premier lieu, l'OMS échoue à donner une évaluation sérieuse du risque de cet appareil sans tabac ni combustion. "Sur les questions de toxicologie, le rapport est naïf et insiste sur des risques négligeables découlant de très faibles expositions", souligne l'UKCTAS. Raison de cet alarmisme de l'OMS, son oublie du principe incontournable de Paracelse: "la dose fait le poison". La faiblesse de la compréhension toxicologique de l'OMS se retrouve sur la question d'un risque pour l'entourage des vapoteurs. Sur ce point, l'OMS va jusqu'à travestir le sens des résultats d'une étude pour lui faire dire le contraire de ses conclusions. En réalité, aucune mesure n'a montré de risques importants pour les proches exposés à l'aérosol rejeté par un vapoteur.

Le vapotage aide de nombreux fumeurs à s'en sortir

Dans la même veine, les anti-tabac britanniques remarquent que les auteurs anonymes du rapport de l'OMS ont manqué de comparer les risques du vapotage à ceux du tabagisme, et parfois même aux limites d'exposition professionnelles en vigueur. "Alors que les données provenant du monde entier montrent que la quasi totalité des usagers de vapotage sont des fumeurs, ex-fumeurs ou auraient été fumeurs sans ce dispositif. La comparaison la plus pertinente à des fins de politique de santé publique est avec le tabagisme", argumentent les chercheurs. 

Le point est d'autant plus pertinent que le vapotage est devenu un moyen efficace et massivement utilisé de sortie du tabagisme. Or, "le document de l'OMS n'évalue pas correctement le rôle que joue le vapotage dans l'arrêt du tabagisme", relève le Centre britannique. Considérant la totalité des données - comprenant essais contrôlés, études observationnelles, les évolutions dans la population du tabagisme et de l'usage de la vape, l'expérience des substituts nicotinés, et l'expérience des vapoteurs très documentée -, les auteurs donnent un indice de confiance élevé à ce que "le vapotage aide beaucoup de fumeurs à cesser de fumer sans avoir d'effets négatifs".

Le marketing de la vape fait la pub du sevrage tabagique

Pour les chercheurs, la majeure part du marketing du vapotage promeut une véritable alternative à faible risque au tabagisme. "Le rapport de l'OMS rate complètement ce point fondamental", piquent les anti-tabac british, "ce marketing peut être la promotion de changements souhaitables de comportement. Il peut aussi toucher des personnes qui échappent aux interventions classiques sur le tabagisme." De son côté, le rapport de l'OMS s'est limité à quelques études orientées n'apportant aucun élément sur de mauvaises pratiques. 

Un point très révélateur du puritanisme des mystérieux rédacteurs du rapport de l'OMS est leur haine des arômes. Sur le sujet, "les citations [du rapport de l'OMS] sont sélectives et les résultats mal interprétés. Ils ne soutiennent pas leurs affirmations. Plusieurs citations sont spéculatives ou reflètent simplement des opinions, alors que des études importantes ont été négligées", s'agacent les scientifiques. Le fantasme qui hante l'OMS est que les arômes soient des outils de perversion destinés à séduire les enfants. "En fait, les saveurs font partie intégrante de l'attrait des adultes pour le vapotage comme alternative à la cigarette", précise l'UKCTAS. Les études sérieuses montrent qu'il n'y a pas d'usage régulier de vape nicotinée massif chez les adolescents.

Le spectre de Big Tobacco

Une autre angoisse exprimée par le comité secret de l'OMS est de voir les cigarettiers mettre la main sur le vapotage et le pervertir dans leur intérêt. Problème, cette angoisse repose sur une méconnaissance totale de la situation du marché actuel, de la place très faible des cigarettiers en son sein et un gros problème de compréhension des mécanismes économiques. "Le rapport de l'OMS ne saisit pas la menace pour la viabilité commerciale des entreprises de cigarettes traditionnelles d'une rupture technologique comme le vapotage", se gausse le commentaire critique britannique. Ironie, le réel contenu des références citées par l'OMS souligne en fait le danger de favoriser les ventes de cigarettes par des règlements restrictifs contre la vape. "L'OMS devrait être consciente du danger que ses propositions politiques peuvent fournir à l'industrie du tabac un double avantage: 
  1. ralentir le phénomène de disruption du marché des cigarettes par le vapotage ;
  2. façonner le marché de la vape en le formatant au business modèle de l'industrie du tabac", alertent les anti-tabac anglais.

L'OMS tire une balle dans le pied de la population

Offensive, l'analyse critique le travail du rapport de l'OMS. Plusieurs de ses propositions anti-vape sont sans fondements scientifiques, faisant la part belle aux fantasmes. Le principe de proportionnalité semble aussi échapper aux auteurs de l'OMS. Aucune évaluation des conséquences des politiques répressives n'a été faite par les rédacteurs de l'agence de santé mondiale. "Il est très probable que certaines mesures prônées auraient pour effet d'augmenter le tabagisme", s'inquiète l'UKCTAS. 

Comment en protégeant la vente de cigarettes de la concurrence du vapotage, les mesures de l'OMS pourraient réduire les maladies liées au tabagisme? "Il est très probable que l'adoption généralisée des propositions de l'OMS «de réduire la réduction des méfaits» entraînerait un accroissement des maux du tabagisme". Cette politique contre-productive s'est élaborée sur des documents encore en cours de révision et pas encore publics*, remarquent pour finir les scientifiques britanniques. "Une pratique scientifique aussi pauvre ne fournit pas une base fiable pour des conseils d'orientation stratégique".


* edit à 17h: merci à Luc pour la suggestion de précision ;)

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