Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)
Affichage des articles dont le libellé est Lega Italiana Anti Fumo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lega Italiana Anti Fumo. Afficher tous les articles

jeudi 4 janvier 2018

Taxes en Italie: 4€ pour 10 ml de liquide de vape contre 0€77 sur un paquet de Glo (BAT) et 1€27 pour l'Iqos (Philip Morris)

Le Premier Ministre Matteo Renzi et le PDG de Philip Morris André Calantzopoulos en 2014
En Italie, la guerre au vapotage est déclarée. Depuis le 1er janvier, la vente à distance de liquides à vapoter, avec ou sans nicotine, est illégale. L'Administration des douanes et du Monopole (AAMS) est déjà partie à la chasse aux sites ne s'y conformant pas. Autre conséquence de cette interdiction, l'introduction en Italie des substances de liquides à vapoter, sauf les arômes, devient de facto contrebande de produit du tabac, avec risques d'amende et peines de prison à la clef. Mais cela ne fait évidemment pas que des malheureux. La répression justifiée par les autorités pour optimiser la perception de la méga taxe anti-vape de 0,397cts par millilitre de liquide avec ou sans nicotine, pourrait bien bénéficier aux producteur de cigarettes chauffées. D'un côté, l'Etat italien assomme les vapoteurs d'une taxe de plus de 4€ par fiole (hors TVA), de l'autre, il fixe un niveau ultra-light d'accise à 77cts par paquet de 20 cigarettes spéciales pour l'appareil Glo de British American Tobacco (BAT) et à 1€27 sur le paquet de 20 cigarettes pour l'Iqos de Philip Morris.

Au détriment des usagers et de la santé publique

La violente taxe anti-vape va forcément se faire ressentir sur les prix des liquides. D'autant plus que le réseau de distribution, outre l'interdiction de vente à distance, sera limité aux points de vente autorisés par le Monopole à partir de fin mars. La combinaison du coup de massue taxatif et de la forte réduction de la concurrence des lieux de distribution devrait faire exploser les prix. Ou le marché noir. Dans un cas comme dans l'autre, l'accès aux produits pour les fumeurs voulant essayer le vapotage risque d'être fortement inhibé et compliqué. En obstruant une voie massive de sortie au tabagisme, l'Etat italien joue un sale coup à la santé publique. Un enjeu "passé sous silence de manière intolérable" déplore la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF).

A l'opposé de ce tabassage de la vape, les taxes d'accise ultra-lights sur les cigarettes chauffées n'auront pas d'effet pour le porte-monnaie de leurs consommateurs. Les Big Tobacco se sont entendus pour fixer à 5€ le paquet de cigarettes à chauffer, prix similaire aux cigarettes combustibles en Italie. Cette stratégie commerciale d'un alignement des prix sur ceux des cigarettes est suivie partout par les Big Tobacco. En Suisse aussi où par exemple le paquet de cigarettes de l'Iqos est vendu 8 Fs, prix voisin des cigarettes. Alors que l'accise perçue par l'Etat fédéral est proportionnellement quatre fois moins importante que pour les cigarettes à brûler. Autrement dit, les firmes cigarettières accroissent considérablement leur marge bénéficiaire sur ces produits.

Planifier par Philip Morris depuis 2014

Une bonne affaire sur laquelle Philip Morris travaille de longue date. Un document lors du dernier leak des Philip Morris papers par Reuters confirme ce que l'on soupçonnait. Les décisions italiennes suivent les grandes lignes de la stratégie pensée en 2014 par les têtes stratégiques du cigarettier vaudois. Quatre points notamment peuvent être ressortis du document interne de 2014 "Reduced Risk Products Briefing" de Philip Morris mis en ligne par Reuters le 18 décembre dernier. Tout d'abord, Philip Morris rejette les produits de vapotage rechargeables, car ils ne permettent ni de rendre captifs les consommateurs, ni d'établir des marges bénéficiaires suffisamment importantes aux yeux de la firme vaudoise.

En second lieu, la multinationale veut protéger ses réseaux de vente, à l'image des buralistes italiens. "Les e-cigarettes devraient être vendues où les produits de tabac sont en vente", stipule le document en page 88. Concernant l'Iqos, nommé dans le document du code P1, le premier objectif de Philip Morris est de convaincre que "ce n'est pas une cigarette". Et ainsi obtenir des règles de taxation les plus favorables aux produits du "portfolio PMI", tel que le précise le document confidentiel interne sur "Les objectifs et la stratégie à 10 ans" du cigarettier, également mis en partage par Reuters.

"Règles requises obtenues en Italie"

Le slide 93 (p. 97) du "Briefing sur les produits à risques réduits" se réjouit explicitement du succès du cigarettier pour l'Iqos (alias P1): "Règles requises obtenues en Italie". La création de deux usines Iqos en Italie ont probablement motivé le Premier Ministre Matteo Renzi. Le 23 décembre 2014 était publié au journal officiel le décret de taxe du vapotage et des cigarettes chauffées. "Le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", commentait alors la Notizia. Ce décret introduit une équivalence entre 1 ml de liquide de vapotage pour 10 cigarettes. Comment les autorités italiennes ont aboutit à cette absurdité insondable reste une énigme de la raison. Depuis trois ans, les protestations, les recours juridiques et quelques initiatives politiques n'ont pas infléchi fondamentalement la donne.

Qu'en sera t-il dans les mois qui viennent ?

Suite à la publication de la nouvelle loi fiscale au journal officiel, l'étau se ressert sur la vape italienne. La vente à distance, y compris par internet, de liquides à vapoter avec ou sans nicotine à destination d'un résident en Italie est illégale depuis le 1er janvier. Une première liste de sites déclarés hors-la-loi, pour avoir proposé à la vente des liquides avec nicotine, a déjà été publiée par l'AAMS. Au-delà des sites commerciaux, cette interdiction implique qu'introduire des liquides à vapoter en Italie devient de la contrebande de produits de tabac. "À l'exception des arômes, toutes les autres substances utilisées dans les liquides de vapotage sont incluses: liquides mélangés avec ou sans nicotine, glycérine et glycol, à la fois purs et mélangés, à la fois neutres et aromatisés", explique Stefano Caliciuri du site spécialisé SigMagazine

L'invention du délit de trafic de VG

Ces produits servant dans de nombreuses autres utilisations - de l'eau dentaire au pain de mie, en passant par les machines à brouillard en boîtes de nuit, etc. -, la manière dont cela pourra être appliqué reste assez énigmatique. Au cas où les douanes saisiraient ces substances en contrebande, l'étrange équivalence stipulée par les autorités italiennes, selon ce ratio 1/10, serait sensée être prise en compte. En suivant cette équivalence italienne entre vape et tabac, Stefano Caliciuri estime que l'introduction de moins de 20 ml de liquide en Italie devrait rester libre. Au dessus de 20 ml, il s'agirait de contrebande et de manière aggravée lorsque le volume dépasserait un litre. La contrebande simple de produit du tabac est susceptible d'une amende de 5'000 à 50'000 € ainsi que les paiements de frais de douanes, qui peuvent s'avérer très salés. En cas de contrebande aggravée, l'infraction est passible de deux à cinq ans d'emprisonnement et d'une amende qui pourrait atteindre 10'000 € par litre selon l'évaluation de SigMagazine.

Recours à la justice et initiatives politiques pour 2018

On le comprend, vapoter en Italie va devenir un sacerdoce. A fortiori, tenter d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage va relever de l'activité de résistant. Ce n'est pas sans rappeler la situation Suisse. En Italie aussi, des recours en justice s'annoncent. "L'absence d'une révision à la baisse de la fiscalité et l'assujettissement au monopole du réseau de vente pourraient ouvrir une série de litiges et d'appels qui pourraient avoir des conséquences temporelles de quelques années", explique Stefano Caliciuri dans un autre article pour SigMagazine. "Les aspects qui peuvent actuellement faire l'objet d'un recours judiciaire sont nombreux: de la taxation de la glycérine aromatisée à l'autorisation de distribution par le Monopole ; de l'élimination des boutiques en ligne, aux évaluations fiscales dans une situation de négligence législative", précise le spécialiste italien.

En attendant, les décisions de justice, au rythme toujours lent, le monde du vapotage italien risque d'être sérieusement affecté sur toute sa chaîne, des producteurs jusqu'aux usagers, en passant par les boutiques. Des soutiens politiques à la réduction des méfaits à l'aide du vapotage annoncent vouloir encore tenter de faire évoluer le Gouvernement. "En janvier, je demanderai à rencontrer tous les opérateurs du secteur [de la vape] pour trouver une entente commune et une stratégie partagée. À ce moment-là, nous irons au Ministère des Finances (MEF) pour mettre une proposition sur la table. Nous devons le faire très rapidement", explique Sergio Boccadutri, député du Parti Démocratique dans un interview à SigMagazine. Mais l'élu préfère ne pas faire de promesse de résultats ni d'échéances. "Je ne fais jamais de prédictions, il faut tout d'abord se mettre d'accord sur une stratégie".


vendredi 1 décembre 2017

Italie: les milliers de vapo-manifestants soutenus par des politiciens

Tôt mercredi matin, ils se sont massés sur la place Montecitorio de Rome à un jet de vapeur des fenêtres du Sénat. Malgré la pluie, ils sont restés écouter les discours et chanter en cœur. "Svapare, solo svapare, vogliamo solo svapare, e lavorare". Ils étaient plus d'un millier de "vendeurs, producteurs, distributeurs, mais aussi consommateurs et acteurs des réseaux sociaux à se tenir, pour une fois, côte à côte, sans distinction ni division culturelle, physique, ni hiérarchique", témoigne Stefano Caliciuri pour le site SigMagazine. Le rassemblement, qui s'est poursuivi jusqu'en début d'après-midi, pour sauver le vapotage italien du double coups de couteaux de la taxe anti-vape et de l'amendement Vicari, définitivement adopté avec la loi budgétaire, livrant la vape au contrôle du Monopole, a attiré l'attention d'élus.

Une erreur sanguinaire

"C'est une erreur sanguinaire. Nous avons deux millions de fumeurs en Italie, qu'il faut aider à arrêter de fumer pour leur santé", déclare Matteo Salvini au Fatto Quotidiano. Le leader de la Lega a franchi les quelques dizaines de mètres du Sénat à la place Montecitorio pour soutenir "les 30'000 emplois du vapotage indépendant en danger". "Certains lobbys, comme celui du tabac, préfèrent que les italiens fument. Mettre une taxe de 5€ par fiole de liquide à vapoter est dément", conclut le politicien populiste. Plus au centre de l'échiquier politique, Rita Bernardini, présidente du Parti Radical, a également pris le mégaphone sur la place pour signifier sa solidarité avec le mouvement, tout comme Ignazio Abrignani, de l'Alliance pour la liberté. Des représentants du Mouvement 5 étoiles, notamment les élus Laura Castelli et Alessio Villarosa, ont soutenu la protestation de la vape italienne devant les médias.


Des propositions parlementaires à l'ordre du jour 

De son côté, la députée veronese Alessia Rotta a expliqué sur la place sa proposition parlementaire sur les modalités de vente de produits de vapotage qu'elle soutenait hier (jeudi) au parlement avec l'appui de ses camarades du Parti Démocratique. Cette proposition demande au Gouvernement de réviser la réglementation du secteur en rejetant notamment l'interdiction de vente à distance. Elle exige une taxation équitable et un suivi des conséquences des mesures prises pour d'éventuels réajustements. Autre élue active, Adriana Galgano, du parti des Citoyens Innovateurs, a aussi présenté une demande pour garantir le droit de vente sur internet aux magasins spécialisés de vapotage.

Table-ronde à l'initiative de la LIAF

En parallèle du rassemblement place Montecitorio, la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) organisait mercredi une table-ronde au Palais Valdina, la chambre des députés. Autour de la table, le Pr. Lamberto Manzoli, de la LIAF, des représentants des associations du vapotage indépendant et des élus. Un émissaire du Ministère de la santé était aussi présent, tout comme des lobbyistes de British American Tobacco (BAT), Japan Tobacco et Imperial. L'absence d'intérêt de Philip Morris n'a guère surpris. "Le décret fiscal est déjà approuvé mais nous allons présenter de suite un "ordre du jour" pour trouver des corrections utiles", a expliqué alors Sebastiano Barbanti, co-signataire de la proposition d'Alessia Rotta. Francesco Cariello, du Mouvement 5 étoiles, a émis l'idée de déposer directement un amendement à la loi du budget.

"Dans les faits, le chiffre d'affaires des entreprises italiennes est passé de 450 € millions en 2013 à 300 € millions en 2014 puis 60 € millions au premier semestre 2015, avec une baisse du nombre d'employés dans le secteur de 8'000 en 2013 à 2'500 aujourd'hui", constate la LIAF sur son site. En d'autres termes, les mesures gouvernementales se révèlent catastrophiques pour son objectif affiché de récolter des taxes, pour l'économie du vapotage et pour la santé des fumeurs italiens entravés pour trouver cette alternative efficace de réduction des méfaits à leur tabagisme. 

La déresponsabilisation du politique

"Il est incroyable qu'en Italie, contrairement à d'autres pays, on continue d'augmenter les taxes pour un produit qui, comme le démontrent de nombreuses études, réduit les dommages causés par le tabagisme et ne présente pas de risque pour la santé, même à long terme. L'amendement Vicari est typiquement une mesure de déresponsabilisation du politique qui exige que tout soit fait par l'administratif", explique le Pr Giancarlo Fierro, spécialiste de droit à l'Université de Catania et membre du Comité scientifique de recherche sur le vapotage. 

Les clouds de l'info

Les médias se sont fait assez largement l'écho du rassemblement. Mais comme d'habitude, certains ont surtout mis en avant les quelques secondes de clouds, dans un rassemblement qui a largement évité de tomber dans ce travers, plutôt que le contenu des revendications et l'explication de la situation. Courrier International, la revue francophone de reprises de nouvelles internationales, n'a d'ailleurs pas manqué de caricaturer l'événement. Plus sérieusement, l'émergence d'un soutien politicien au milieu de la vape italienne est porteur d'espoir d'inverser la tendance au niveau légal. Mais la situation reste de facto très préoccupante pour la vape transalpine.


samedi 10 juin 2017

[Expresso] Convention de la Lega Italiana Anti Fumo : après 4 ans de vapotage aucun dommage pulmonaire [MàJ]

[edit à 15h: précisions sur l'étude suite à l'article de R. Polosa]
Hier, la convention 2017 de la Lega Italiana Anti Fumo (LIAF) - la Ligue italienne anti fumée - présentait en avant-première une étude prospective sur les effets pulmonaires du vapotage exclusif de longue durée chez des personnes n'ayant jamais fumé (ou moins de 100 cigarettes dans leur vie). La recherche dirigée par le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania, montre que "l'usage régulier et prolongé de vapotage ne conduit à aucun dommage des voies aériennes et des poumons", annonce Il Mattino présent au congrès. "Les participants ont utilisé quotidiennement le vapotage pendant au moins quatre années avec une consommation moyenne de 3,1 ml de liquide par jour. L'étude n'a pas relevé de changement de la fonction pulmonaire ni des marqueurs d'inflammation des voies aériennes", résume le quotidien napolitain.

Neuf vapoteurs réguliers non-fumeurs, d'une moyenne d'âge de 29 ans, ont été auscultés à quatre reprises, à un an d'intervalle chaque fois. Prise de la pression artérielle, de la fréquence cardiaque, du poids et mesures de la fonction pulmonaire, de symptômes respiratoires et de présence d'inflammation des voies aériennes (notamment les niveaux d'oxyde nitrique et de monoxyde de carbone exhalés) faisaient parti du check-up. Un scanner thoracique en coupe de haute résolution (HRCT) était possible lors de la 3ème visite. "Aucun changement significatif n'a été relevé durant la période d'observation par rapport à l'état de départ, ni parmi les vapoteurs ni chez les non-fumeurs du groupe de contrôle. De plus, aucun problème pathologique n'a été détecté lors du scan HRCT des poumons et aucun symptôme respiratoire n'a été signalé dans le groupe de vapoteurs. Bien qu'il ne peut pas être exclu que certains dommages surviennent ultérieurement, cette étude montre qu'il n'y a pas de problème particulier de santé à l'usage à long terme du vapotage chez des utilisateurs relativement jeunes", explique le Pr Riccardo Polosa dans un court article pour la revue Sanità 24.

Les résultats de ce suivi avec la Policlinique Vittorio Emmanuelle de Catania, dont on attend impatiemment la publication en détail, ont été discutés durant deux heures par un panel de spécialistes de différents domaines. Giovanni La Via, Président de la Commission Santé du parlement européen, Lorenzo Spizzichino, de la Direction prévention au Ministère de la santé italien, le Pr Umberto Tirelli, de l'Institut national du cancer d'Aviano, et le Dr Fabio Beatrice, de l'hôpital de Turin, le Pr Lamberto Manzoli, de l'Université de Ferrara, qui a déjà dirigé une étude sur le sujet comme le rappelle le site italien spécialisé SigMagazine, ainsi que Mario Girolamo Cardella, Président de l'Union nationale des consommateurs, ont débattu des opportunités et des risques du vapotage face au fléau sanitaire du tabagisme.

PS. Merci à Bertrand pour m'avoir signalé l'article du Pr Polosa dans Sanità 24 ;)

Ajout 18-11-2017 / L'étude a été publiée hier dans la revue Nature:
https://www.nature.com/articles/s41598-017-14043-2