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jeudi 20 septembre 2018

Le THR Summit de Barcelone offre une tribune aux scientifiques sur la réduction des risques avec le vapotage

Hier, le premier Sommet espagnol sur la réduction des risques liés au tabac se tenait à Barcelone. Le Tobacco Harm Reduction Summit (THR) organisé par Anesvap, association des usagers de vape en Espagne, accueillait treize chercheurs de pointe internationaux, dont la Pr Linda Bauld, le Pr Riccardo Polosa, le Dr Konstantinos Farsalinos et le scientifique Jacques le Houezec. Le temps d'être traitées, les vidéos des présentations en bonne qualité devraient être prochainement mises en ligne.

Du côté des intervenants espagnols, Ángel González Ureña, directeur du département de recherche moléculaire de l’Université de Madrid, a créé la sensation en présentant les résultats de ses recherches sur les effets du vapotage pour l'entourage. Selon les mesures du chercheur, les personnes situées à proximité d'un vapoteur inhalent une dose de nicotine plus de cent fois moindre que celles à proximité d'un fumeur. "Ces taux sont insignifiants et écartent la thèse de l'existence d'un vapotage passif", explique Ángel González Ureña à la revue médicale Gaceta Médica.

La vape pour les fumeurs atteints de BPCO

Autre étude originale récente présentée à ce Sommet, celle du Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania. Il suit des fumeurs atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO). On estime que 9 malades de BPCO sur dix en sont atteints à cause de leur tabagisme. Et, phénomène qui peut sembler paradoxal, ils ont encore plus de difficultés à arrêter la cigarette que les autres fumeurs. Explorer une voie de réduction des risques, comme celle du vapotage, apparaît donc potentiellement des plus intéressants. Et les résultats du suivi de 44 malades sur trois ans, publié fin août dans l'International Journal of Chronic Obstructive Pulmonary Disease, sont prometteurs. 

Après trois ans, les 22 patients atteints de BPCO ayant tenté d'utiliser le vapotage avaient réduit en moyenne par dix leur consommation de cigarettes, passant de 22 cigarettes à 2 par jour. Parmi les treize ayant cessé de fumer, un participant a rechuté momentanément durant les trois ans du suivi. Plus significatif encore, les tests d'évaluations de leur santé respiratoire montrent une amélioration des symptômes de la BPCO. En moyenne, les patients utilisant le vapotage avaient moins d'infections et moins de crises au niveau respiratoire. Ils relatent aussi une sensation d'amélioration de leur état, grâce à l'arrêt ou la très forte réduction de leur tabagisme à l'aide du vapotage.

L'exemple anglais de santé publique

Le Sommet a également été l'occasion de discuter de l'apport de l'approche de réduction des risques en terme de politique de santé publique. "Le vapotage réduit les taux de tabagisme dans de nombreux pays, en particulier ceux qui l’incluent dans leurs stratégies antitabac comme le Royaume-Uni", souligne la Dr Carmen Escrig, spécialiste de biologie moléculaire à l’Université Autonome de Madrid. Pourtant, aucune organisation traditionnelle locale de lutte contre le tabagisme n'a assisté aux conférences. "Nous avons une méthode qui fonctionne contre le tabagisme et l'Espagne regarde de l'autre côté", déplore la Dr Carmen Escrig, aussi coordinatrice de l'association médicale MOVE.

Louise Ross, ex-directrice du Stop Smoking Service de Leicester, témoigne de l'intérêt et de l'efficacité du vapotage intégré à l'aide à l'arrêt tabagique. Avec une moyenne de plus de 60% de réussites, le nombre de tentatives avec le vapotage n'a cessé d'augmenter en quatre ans au centre stop-tabac. La sortie massive du tabagisme de plus de 2,3 millions de fumeurs adultes britanniques à l'aide du vapotage n’entraîne pas d'effet pervers sur la jeunesse. La grande peur entretenue dans les médias n'a pas de réalité. L'exposé de la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, confirme l'absence "d'effet passerelle" du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes britanniques.


Travail de terrain en climat hostile

Mais hors du Royaume-Uni, les autorités de santé restent rétives, si ce n'est hostiles au vapotage. En France, Jacques le Houezec a opté pour former les magasins de vape, devenus la première ligne de lutte anti-tabac. Plus d'un tiers des participants au Mois Sans Tabac recourt au vapotage pour tenter l'arrêt tabagique, expliquait François Bourdillon, directeur de Santé Publique France, devant la caméra de France 5 en mai dernier. Pour autant, aucune aide significative n'a été déployée par les services publiques pour les soutenir. Tentant de compenser les lacunes des services de santé, Jacques le Houezec parcourt le pays pour dispenser une formation aux vendeurs de vape visant spécifiquement l'aide à l'arrêt tabagique. 

En Espagne, le vapotage avait été foudroyé en 2014 en plein envol par une fake news alarmiste sur un cas de pneumonie lipidique qui lui a été attribué sans raison. Une information sans plausibilité médicale alors que les composants des liquides de vapotage ne sont pas des lipides mais des di-alcools, rappelle le Dr Konstantinos Farsalinos. Au-delà de cet exemple local, la désinformation est devenue un peu partout l'arme massivement utilisée pour créer le doute et maintenir les fumeurs dans le tabagisme face à l'apparition du vapotage. Au moment même où les opioïdes synthétiques ravagent les Etats-Unis, la responsabilité de la communauté scientifique est ici aussi flagrante dans cette nuisance de santé publique. 

Défendre des vies humaines 

A défaut du soutien des organisations anti-tabac en Espagne, les vapoteurs y ont cultivé une solide faculté de résilience. Près de 70% des vapoteurs espagnols ont arrêté de fumer. Rompu à un climat encore plus adverse dans la prohibitionniste Australie, le Dr Attila Danko, de l'association New Nicotine Alliance, reste résolument optimiste pour les défenseurs du droit à la réduction des risques, rapporte le site italien Sig Magazine. "Nous allons gagné parce que nous nous battons pour des vies humaines, et non pas pour protéger nos croyances idéologiques".

Plus sobre dans la forme, la Dr Carmen Escrig exprime aussi cet espoir malgré l'absence de curiosité des organisations anti-tabac locales. "Il est dommage que certaines des principales sociétés scientifiques soient aspirées par l'alarmisme au lieu de participer à un congrès qui a eu la volonté de débattre sous un angle éminemment scientifique et indépendant. Le vapotage est un phénomène qui peut sauver la vie de millions de fumeurs. La communauté médicale et scientifique ne peut plus leur tourner le dos".


lundi 2 juillet 2018

[Bref] Le 1er Sommet de la vape espagnol le 19 septembre à Barcelone

Elles en rêvaient depuis cinq ans. Anesvap, l'association espagnole des vapoteurs, et M.O.V.E., l'organisation médicale soutenant le vapotage, organisent le premier sommet de la vape hispanique le 19 septembre à Barcelone. "Pour la première fois dans notre pays, se réuniront les plus grands experts de la science mondiale sur la réduction des risques grâce au vapotage afin de présenter les faits à la société, aux autorités sanitaires,  politiciens et médecins, associations médicales et médias espagnols", annonce le site d'Anesvap. Au programme,  le Dr Konstantinos Farsalinos, le Pr Riccardo Polosa, le Pr Gerry Stimson, la Pr Linda Bauld, le Pr Bernd Mayer, le Dr Attila Danko, le Pr Miguel de la Guardia et le scientifique français Jacques Le Houezec ont déjà confirmé leur venue. "Très bientôt, le site officiel du congrès sera lancé, où vous trouverez toutes les informations à ce sujet", précise l'annonce. L'événement sera entièrement autofinancé par les associations. Elles lancent un appel aux dons, toute aide est bienvenue.


mercredi 21 février 2018

Faut-il avoir peur du vapotage? Six rumeurs démystifiées par la science

La presse à sensation et les sites "à click" multiplient les articles anxiogènes sur le sujet. Le Pr Martin Dockrell, directeur du programme sur le tabac du Public Health England (PHE), balaie six mythes sur le vapotage dans un article publié hier sur le site officiel de l'organe de santé publique anglais. "Il y a beaucoup d'inexactitudes et d'idées fausses sur le vapotage. Ce billet se penche sur les mythes les plus courants et présente les faits", explique t-il en s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du PHE ayant sélectionné et révisé plus de 400 études internationales sur le vapotage. 

"Malgré les sujets dans les médias parfois confus, et confondants, sur la sécurité du vapotage, il y a un consensus croissant autour des connaissances. Bien qu'il ne soit pas totalement sans risque, le vapotage est beaucoup moins nocif en comparaison du tabagisme. Cette évaluation est soutenue par nombre d'organismes clés, notamment le Cancer Research UK (CRUK), l'Action on Smoking and Health (ASH), le Royal College of Physicians (RCP), la British Medical Association et, récemment, un important organe scientifique américain, la National Academies of Sciences, Engineering and Medicine", rappelle en préambule le Pr Martin Dockrell.

Mythe 1 : la "maladie du pop-corn"

C'est la rumeur préférée des sites sensationnalistes. A l'origine de la rumeur, des ouvriers d'une usine américaine de pop-corn, utilisant massivement du diacétyle pour parfumer leur produit d'une saveur beurrée, ont été atteints à l'orée des années 2000 de bronchite obstructive, une maladie pulmonaire très rare. "Bien que le diacétyle est désormais interdit comme ingrédient des liquides de vapotage au Royaume-Uni, il a été détecté par le passé dans certains arômes d'e-liquide, mais à des niveaux cent fois inférieurs à ceux de la fumée de cigarette. Or même à ces niveaux, le tabagisme n'est pas un facteur de risque majeur pour cette maladie rare", précise le Pr Dockrell. En fait, les cas de malades liés au diacétyle ont été exposé à des doses des milliers de fois supérieures à celle détectées dans les "pires" liquides de vapotage avant l'entrée en vigueur des normes européennes. Contrairement à un mensonge colporté par des sites douteux, aucun cas de malade n'est apparu.

Mythe 2 : l'absence de réglementation et de connaissance

Dans l'Union Européenne (UE), l'implémentation au niveau national des articles relatifs au vapotage de la directive sur les produits du tabac (TPD) dote les pays d'une réglementation. "Les produits de vapotage sont soumis à des normes minimales de qualité et de sécurité, ainsi qu'à des exigences d'emballage et d'étiquetage pour fournir une information nécessaire aux consommateurs pour faire des choix éclairés", précise le PHE. Si ces normes et obligations d'avertissements sont discutables, c'est plutôt par excès de principe de précaution. La composition et un ensemble de tests des produits mis sur le marché sont obligatoirement notifiés aux autorités de santé, l'Agence des médicaments et des produits de santé (MHRA) pour le Royaume-Uni. C'est aussi le cas en France, même si la Ministre de la santé ne semble pas au courant.

Mythe 3 : la peur de la nicotine

"Quatre fumeurs sur dix croient à tort que la nicotine cause la plupart des cancers liés au tabagisme, alors que les preuves scientifiques montrent que la nicotine ne comporte qu'un risque minime pour la santé", souligne le Pr Dockrell. La nicotine fait partie des raisons de fumer, mais ce sont les milliers de substances chimiques produites dans la combustion du tabac qui sont les causes de maladies. "Le vapotage ne dégage pas de goudron ni de monoxyde de carbone, deux des éléments les plus nocifs de la fumée de tabac. Il contient certains produits chimiques trouvés dans la fumée de tabac, mais à des niveaux beaucoup plus bas", explique le responsable du PHE sur la base des recherches scientifiques.



Mythe 4 : le spectre du vapotage passif 

Le tabagisme passif est nocif. Même sans fumer soi-même, inhaler dans un lieu clos la fumée de cigarettes a des conséquences sanitaires. C'est la raison justifiant les interdictions de fumer dans les lieux publics fermés et les lieux de travail. "Ces lois ne couvrent pas le vapotage et les organismes sont libres d'établir leurs propres règles sur l'utilisation du vapotage dans leurs locaux", rappelle le PHE concernant le Royaume-Uni. Contrairement aux cigarettes, qui se consument entre deux bouffées émettant ainsi l'essentiel (environ 85%) de ses rejets dans son environnement proche, il n'y a pas d'aérosol émis directement dans l'atmosphère par la vape. Seul est rejeté l'aérosol expiré par le vapoteur, qui en a absorbé la majeure partie des substances. "Le dernier examen des données de PHE montre qu'à ce jour, aucun danger pour la santé n'a été identifié pour l'entourage", souligne le Pr Dockrell. Précisant cependant que des personnes souffrant d'asthme ou d'autres affections pulmonaires peuvent être sensibilisés aux irritants dans l'air. ce qui peut inclure le vapotage.

Mythe 5 : la "théorie de la passerelle" du vapotage amenant les jeunes au tabagisme

Des jeunes expérimentent le vapotage. Mais la plupart ne font qu'essayer et ne l'adoptent pas. "Notre rapport n'a trouvé aucun élément pour soutenir l'inquiétude que le vapotage serait une voie vers le tabagisme pour les jeunes. Les enquêtes britanniques montrent que les jeunes expérimentent le vapotage mais son usage régulier est rare et confiné presque entièrement à des jeunes déjà fumeurs. Tandis que le tabagisme des jeunes au Royaume-Uni continue de baisser", résume clairement le spécialiste de santé publique.

Mythe 6 : le vapotage est un cheval de Troie de Big Tobacco pour maintenir le tabagisme

C'est une théorie du complot très répandue chez les opposants à l'approche de réduction des méfaits. Certains allant jusqu'à prétendre que le vapotage empêche d'arrêter de fumer. "Il n'y a actuellement aucune preuve suggérant que le vapotage encourage les gens à continuer de fumer - les données au Royaume-Uni suggèrent le contraire", démystifie le Pr Dockrell. Plus de la moitié des 2,9 millions de vapoteurs britanniques actuels, soit environ 1,5 millions ont totalement arrêté de fumer. Auxquels s'ajoutent plus de 770'000 personnes qui ont arrêté de fumer puis arrêté de vapoter. "Dans le même temps, les taux de réussites de sevrages tabagiques ont augmenté et nous constatons une accélération de la chute du taux de tabagisme, qui atteint un record du niveau le plus bas à 15,5% de fumeurs [de plus de 15 ans] en Angleterre", insiste le responsable du PHE. 

Le Pr Dockrell conclue cette brève démystification des fausses rumeurs les plus répandues dans les médias et internet: "En résumé, le vapotage et les cigarettes ne sont pas similaires et ne doivent pas être traitées de la même manière. Il est important que les sept millions de fumeurs anglais aient conscience de ces différences et puissent avoir une information adéquate pour faire leurs choix de santé. Le vapotage n'est pas totalement sans risque mais il ne comporte qu'une fraction du risque du tabagisme et il aide des milliers de fumeurs à s'en sortir et rester non-fumeurs".


lundi 15 janvier 2018

Suisse romande: un article douteux de la Liberté orchestre une vindicte médiatique contre le vapotage

Cela ressemble à s'y méprendre à un faux témoignage monté de toutes pièces pour l'occasion. Un soi-disant enfant de douze ans aurait acheté une vapoteuse à Fribourg, selon le journal local la Liberté dans son édition de vendredi. Reprise par 20 Minutes puis le journal télévisé de la RTS, l'affaire soulève immédiatement une vague d'insultes et d'indignation à l'encontre des vapoteurs, coupables de chercher à pervertir les enfants aux yeux de la vindicte. Finement enroulé autour de ce soi-disant fait divers à la forte charge émotive, le montage en épingle sert sur un plateau la parole aux tenants romands de la ligne anti-vapotage. De l'hypothétique enfant perverti, le discours huilé glisse à une stigmatisation de la minimisation des méfaits, le vapotage comme oeuvre perverse par nature. 

Dans la lucarne télévisuelle, les éléments de langage clefs de "toxicité" et "renormalisation" évacuent toute appréciation rationnelle du rôle du vapotage face au tabagisme adolescent. Pourtant, les faits et les connaissances invitent à une réflexion plus sereine et intelligente sur ce sujet de santé publique essentiel. Mais comme le montre l'autopsie de cette histoire de comm', le clan anti-vape suisse a choisi de tuer dans l’œuf la possibilité d'un débat. La prestation hautement ridicule de Macé Schuurmans sur le plateau de 10vor10 fin novembre n'est peut-être pas étrangère à ce choix stratégique de la haine et de la peste émotionnelle des ultra-puritains anti-tabac contre le vapotage. A défaut d'argument de raison, ils ont décidé de répandre la peur. Au vu du calendrier des échéances politiques suisses sur le sujet à venir, il est peu probable que cet enfumage soit le dernier.

Le fantasme de la liberté

L'affaire démarre vendredi matin avec un article de la Liberté, le quotidien de Fribourg. Anne Rey-Mermet prétend qu'un enfant "de douze ans est rentré à la maison avec une cigarette électronique. Avec ses copains, le garçon a pu s'en procurer une sans problème dans un magasin". Étonnamment, la journaliste ne précise ni le magasin, ni n'interroge le commerçant sur les circonstances de cette vente. Anne Rey-Mermet n'évoque pas non plus de discussion avec l'enfant ni ses copains. La source de cette présumée vente de vapoteuse serait la maman, laissée anonyme dans l'article.

Cours de journalisme: illustrer l'expression "prendre quelqu'un pour un con". Merci M. Gumy.

Surpris par le récit sans conditionnel, mais sans élément probant l'étayant non plus, de cette invraisemblable vente collective à des enfants de produits de vapotage, nous avons contacté la rédaction de la Liberté. En réponse à nos interrogations, Serge Gumy, rédacteur en chef de la Liberté, botte en touche. "Je suis au regret de ne pouvoir accéder à votre demande", refuse le rédacteur en chef. Précisant que la matriarcale source de l'information "existe, en chair et en os". Ce que nous n'avions pas mis en doute dans nos questions. 

Not your first affair

Nos doutes sur la véracité de l'histoire n'ont par contre rien trouvé pour être levés dans la réponse de Serge Gumy. Des doutes titillés par une précédente histoire étonnamment similaire que les médias suisse-allemands, moins complaisants avec ce genre d'enfumage ou plus compétents que leurs homologues romands, avaient refusé de répandre. Serait-il possible qu'il y ait une épidémie de ventes de vapoteuses à des enfants d'une dizaine d'années sans que les journalistes ne s'intéressent aux vendeurs présumés ? Vraiment... en Suisse ?

C'est pourtant un moyen simple de lever le doute. Vérifier la véracité d'un récit par recoupement de faits ou de témoignages est le b-a-ba du journalisme. Fribourg n'a pas profusion de magasin de vapotage, la tâche n'est pas compliquée. La journaliste de la Liberté pouvait aller voir le commerçant et l'interroger sur les circonstances de cette abracadantesque vente à une ribambelle d'enfants. Étaient-ils accompagnés d'adultes ? Ont-ils reçu les explications adéquates à l'usage de la vape tels qu'ils sont prodigués dans tout magasin sérieux du domaine ? Mais rien. Pas de question, pas de recherche. Rien dans l'article de la Liberté. Rien dans sa reprise par 20 Minutes. Pas même l'idée de tenter de vérifier n'est évoquée. Pourtant ce réflexe de journaliste, Caroline Regidor de la RTS (télé romande) l'a eu tout comme moi.   

Révélation, mais de quoi au juste ?

Ainsi vendredi après-midi, la journaliste s'en va interroger le magasin de vape de Fribourg ChezSmoke. Et ô surprise, ou pas... Le magasin n'a jamais vendu de vapote ni à une bande de gamins de douze ans ni même à un seul. A défaut d'aveux d'actes plus crapuleux, elle réussit tout de même a arracher un bout de phrase, bien découpé au montage, de la vendeuse suggérant la nocivité du vapotage. Mais on le notera, la RTS prend bien garde de ne pas reprendre les affirmations de la Liberté sur cette fantasmatique histoire d'une vente de produits de vapotage à une bande d'enfants.




L'introduction du sujet par le présentateur en devient assez ridicule en parlant de "révélation" du journal la Liberté à propos de la vente de vape sans nicotine. Le fait est connu depuis 2009 suite à la lettre n°146 de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) à ce sujet. Il n'y a rien de nouveau dans le reportage de la RTS. 

Sans objet d'actualité, le téléjournal livre tout de même la parole à une succession de militants anti-vape, sans les présenter en tant que tels. Dans du fief d'Alain Berset, le médecin cantonal Chung-Yol Lee déroule le message alarmiste des méfaits du vapotage. Disciple et ancien élève de Stanton Glantz, fameux et fumeux militant anti-réduction des méfaits californien, le médecin cantonal fribourgeois récite le dogme de la toxicité du vapotage, sans évoquer la moindre échelle de risque (sic!), et du danger de "renormalisation" du tabagisme à cause de la vape. Rien d'étonnant, le discours de rigueur du clan anti-vape. 

Le service d'information de la RTS n'en est pas à son coup d'essai en matière de lynchage du moyen de réduire les méfaits du tabagisme. La chaîne romande est allé jusqu'à être le seul média d'importance en Suisse a boycotter la prise de position de la Fédération des professionnels des addictions sur le sujet en novembre dernier!


Peste émotionelle

Aucun des médias n'a jugé opportun de donner la parole aux défenseurs de l'approche de minimisation des méfaits à l'aide du vapotage contre le tabagisme, ni à l'un des nombreux tabacologues qui s'en servent pour aider des fumeurs à s'en sortir, ni à un représentant des usagers. En somme, la pensée unique et la peur pour tout argument sur un des débats de santé publique les plus importants par l'ampleur de son impact potentiel. Au lieu d'un débat et d'une réflexion, la RTS suggère au public romand le fantasme du pervers vapopédophile rodant dans nos rues. La peur est sans conteste, la plus efficace des pestes émotionnelles pour tuer toute intelligence politique.

Pourquoi inventerait-on des enfants de 12 ans ?

Implanter dans le public l'image d'enfants vapoteurs est une lubie du camp anti-vapotage depuis quelques années déjà. En 2015, Pfizer lançait sur les réseaux sociaux un clip mis en scène à la manière d'un plateau télé où un présentateur et un "médecin" recueillaient les témoignages d'enfants d'une dizaine d'années. Les dialogues récités mécaniquement et manquant singulièrement d'authenticité n'avaient pas aidé le film de la multinationale pharmaceutique a suscité autre chose que des quolibets sur twitter. Le vendeur de Champix semble avoir retiré son clip depuis - du moins, je ne l'ai pas retrouvé. A présent, Tiffany Casting, une boite de publicité, recrute sur Facebook des "enfants de 13 ans" en vue de les faire vapoter dans des spots télé anti-vapotage en Californie, comme l'a révélé Jim McDonald du site spécialisé Vaping360. 

L'enjeu de ce type de construction médiatique est évidemment de toucher la corde émotionnelle du public et inhiber ainsi une réflexion. Vieille technique de manipulateur, pour couper court à un argumentaire, évoquer une image effrayante - "si on vous suit, on va dans le mur" - qui bloque la capacité de réfléchir des auditeurs. Mais au-delà de l'astuce, l'enjeu de la manœuvre est d'interdire le débat sur le rôle possible du vapotage contre le tabagisme parmi la population des jeunes. Il y a pourtant de quoi débattre.

Sans la vape, les ados n'essayeraient rien ou essayeraient-ils de fumer?

Deux interprétations contradictoires à l'essor du vapotage chez les adolescents s'opposent dans les revues scientifiques. La première vient de Stanton Glantz, le maître à penser du médecin cantonal fribourgeois. Elle consiste à dire que le vapotage amène des jeunes à fumer. Il a publié la semaine dernière une étude portant sur 10'000 jeunes non fumeurs à l'origine. Sur 255 ados qui avaient expérimenté le vapotage, un an plus tard, onze - soit 4,3% - ont fumé au moins une cigarette dans le mois précédent le contrôle. Du côté de ceux qui n'avaient rien expérimenté au départ, ils étaient 2% (175) à avoir fumé au moins une cigarette dans le mois précédent le contrôle. L'anti-vape californien en conclut que le vapotage double le risque de devenir fumeur. 

Mais cette interprétation postule implicitement que si la vape n'existait pas, ces jeunes n'auraient rien essayé. Or, on peut aussi postuler qu'en l'absence de vapotage, ils auraient directement essayé de fumer. Et on sait, par exemple avec cette récente étude, que dans ce cas-là, plus des deux-tiers finissent par devenir fumeurs réguliers. D'un côté, une interprétation imagine que si les 255 ados n'avaient pas pu vapoter, seuls 5 au lieu de 11 auraient fumé, de l'autre on peut penser que sans vapotage les 255 ados auraient directement essayé la cigarette et environ 175 d'entre eux seraient devenus fumeurs réguliers (au ratio de 68,9% établi par l'étude publiée dans Nicotine & Tobacco Research suscitée). 

La réalité est complexe, au sens d'hétérogène, et contient probablement des cas illustrant les deux interprétations. Mais il y a de sérieux indices qui font penser que l'hypothèse d'une prévention primaire spontanée des ados par le vapotage est plus massive que l'effet passerelle vers le tabagisme allégué par les anti-vape. L'accélération de la chute du tabagisme dans les pays où le vapotage est répandu, y compris chez les ados, comme aux Etats-Unis et au Royaume-Uni est une indication impressionnante, sans être une preuve formelle, en sa faveur. Si le vapotage était la passerelle vers le tabagisme dont l'accusent les anti-vape, alors le tabagisme adolescent aurait dû relativement augmenté par rapport à l'époque précédent son apparition. Or on constate une chute accélérée du tabagisme adolescent.

De l'utilité idéologique de l'enfant de douze ans

Avec cette opposition entre les deux explications scientifiques, on comprend toute l'utilité idéologique de créer la figure de "l'enfant vapoteur de douze ans". Si les médias présentent des ados de 16 ans ou 17 ans qui vapotent, il apparaît évident qu'ils esquivent le tabagisme, parfois même dans une démarche de sevrage. En faisant croire à des enfants vapoteurs, les médias créent une représentation sensible de "l'effet passerelle" du vapotage préalable au tabagisme. Pourtant en discutant avec des ados, le phénomène de le la prévention primaire spontanée et autogérée se saisit aisément.

Trois types de raisons, généralement entremêlées, peuvent amener des jeunes à fumer. Le goût de l'expérimentation et de la découverte de sensation, des facteurs psychosociaux, tels que l'exemple parental ou le stress, et enfin la pression sociale des pairs. Le dogme pro-abstinence ne vise que la pression sociale en cherchant à "dénormaliser" le tabagisme pour que la pression inverse s'exerce. Cela marche bien pour les enfants de classes supérieures, possédant un fort capital social et une image exemplaire à préserver. Mais cela se révèle contre-productif chez les dominés, qui au contraire se reconnaissent dans les pratiques non conformistes. 

L'attaque contre la réduction des méfaits vise les groupes sociaux les plus démunis

Fumer est ainsi devenu ces trente dernières années un acte de pauvres et de groupes sociaux marginalisés - minorités ethniques ou d'orientation de sexualité - et de manière générale des personnes soumises à un stress social. Le vapotage se présente comme un moyen de "donner le change" à la pression sociale des pairs, sans tomber dans l'addiction rapide du tabac. Ustensile d'expérimentation, il peut être abandonner après quelques mois, au contraire de l'addictive cigarette. Il permet aussi, pour ceux qui le veulent, de bénéficier des vertus psychoactives de la nicotine contre le stress, avec un risque dépendogène similaire à la caféine. Et évidemment, à ceux déjà fumeurs d'essayer de changer leur mode de consommation, à l'instar de fumeurs adultes. Car rappelons que, aussi étranger que cela semble être à l'esprit des anti-vape et des médias romands, le tabagisme adolescent existait avant le vapotage. Mais de plus, il existe encore massivement. Un fait que l'alarmisme sensationnaliste de la Liberté et de la RTS pousse dans l'ombre.

Le masquage d'un échec

C'est cet échec sanglant de la conception dominante d'une prévention uniquement pro-abstinence que veulent masquer ses tenants en braquant les caméras sur la peur d'une perversion fantasmée du vapotage. Même si la prestation confondante de Macé Schuurmans sur le plateau de 10vor10 a été un révélateur limpide sur ce point, l'appel à la haine et la peur n'est pas seulement la marque d'un manque d'argument. Il est aussi le masque pour dissimuler l'échec de leur approche étroite.

De 2008 à 2016, les néo-anti-vape ont dicté le contenu du Plan de réduction du tabagisme en Suisse. Abstinence pour seul horizon, stigmatisation pour seul doctrine. Ce "plan" n'a pas fait baissé le taux de fumeur d'un iota. Rien. Nada. Il n'y a aucun autre domaine où les responsables d'un tel bilan n'auraient aucun compte à rendre. Pourtant, cette faillite se chiffre en milliers de morts, en millions de malades et en milliards de francs de frais de santé pour la population. Et en récompense, la RTS continue de leur donner en exclusivité la parole. 

Plus que quelques ados qui vapoteraient au lieu de fumer, ce que craignent ces responsables est le dévoilement de leur discrète incompétence chronique depuis des années. C'est là leur véritable angoisse. Le vapotage n'est pas seulement un outil de minimisation des méfaits pour remplacer les modes de combustion  (et de pyrolyse est-on obligé d'ajouter pour éviter les mauvais jeux de mots d'un cigarettier vaudois). Il change le jeu de la conception de cette problématique de santé publique. Il est un révélateur de l'anachronisme néfaste de ces gens. Dans vingt ans, le puritanisme aura disparu de ce champ. Mais aujourd'hui ses tenants, qui ont construit leur carrière sur ses dogmes, s'accrochent.

Les peurs intégristes

Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues, des voix ont hurlé qu'elles provoqueraient plus de morts en poussant les automobilistes à braver les risques, enivrés de la perte de conscience du danger et du faux sentiment de sécurité des dites ceintures. Pendant des décennies les Etats, dont la Suisse et la France jusqu'en 1987, ont interdit la publicité et l'information sur les préservatifs. A la levée de la censure, les intégristes hurlaient que cela allait accélérer l'épidémie de VIH en poussant la population à copuler à tout va, perdant tout sens de la mesure des risques dans une orgie de luxure. Aujourd'hui, le vapotage est le nouveau diable qui fait trembler les esprits doctrinaires et étriqués. Dans vingt ans, on rira du contenu du reportage de la RTS de vendredi soir. 

Mais à court terme, les tenants du vieux réflexe puritain vont poursuivre leur entreprise de sabotage. Il est plus que symptomatique que ce montage médiatique intervienne à quelques semaines du lancement de l'initiative "contre la publicité des produits du tabac". Au vu du contenu des motions déposées au Conseil national et de cette nouvelle démonstration médiatique, il devient plus clair que le véritable objectif est moins d'interdire la publicité des cigarettes, déjà prohibée dans la plupart des cantons, que de créer un arsenal pour censurer les groupes d'entraide de vapotage sur internet. 

Le choix nauséabond

Leur stratégie est visiblement d'attaquer en priorité le vapotage. L'épandage de la peur ce week-end, la calomnie mensongère de scientifiques précédemment, sont les premières escarmouches. Les méthodes sont puantes. La tactique politicienne de désigner un bouc-émissaire à la vindicte populaire est un choix nauséabond. Il n'honore pas les personnes qui se rallieront à de telles méthodes. Mais c'est une démarche également fragile à terme. Passé l'effroi émotionnel, quelle sera la réaction du public ?

La réponse n'est pas donnée d'avance. Une partie de celle-ci est dans les mains des acteurs impliqués. L'attaque médiatique de ce week-end est un casus belli. Une déclaration implicite de guerre aux vapoteurs, aux défenseurs d'approches de réduction des risques, aux tabacologues qui veulent pouvoir utiliser le vapotage dans leur arsenal d'aides, aux fumeurs qui voudront peut-être un jour s'en aider pour arrêter de fumer. Une agression envers tous ceux qui font passer le libre choix avant la censure et les logiques de peur. 


lundi 1 janvier 2018

"Les preuves s'accumulent: vapoter est définitivement plus sûr que fumer" assure la Pr Linda Bauld

Le grand public francophone doit espérer de meilleures années pour bénéficier d'un tel éclairage. Au seuil de la nouvelle année et des bonnes résolutions qui l'accompagnent, le Guardian publie un article d'information de santé publique de première importance.  Le texte de la Pr Linda Bauld fait le point sur les avancées en 2017 des connaissances sur le vapotage et sa réduction des méfaits pour sortir du tabagisme. Professeure de politique de santé à l'Université de Stirling, directrice adjointe du Centre d'études sur le tabac et l'alcool britannique et titulaire d'une chaire au Cancer Research britannique (CRUK), Linda Bauld est une des bêtes noires de l'industrie du tabac depuis de longues années. Son article s'inquiète de l'écart toujours plus grand entre la réalité des connaissances scientifiques sur le vapotage et la désinformation sensationnaliste des médias protégeant de facto le tabagisme.

L'industrie du doute

Faits divers montés en épingle, comme les rares accidents liés aux batteries, fantasme infondé d'épidémie tabagique chez les jeunes, pseudo-science faisant brûler des vapoteuses pour mesurer d'irréalistes dégagements toxiques, voire diffusion de mensonges caractérisés par des sites complotistes fantasmant l'apparition de maladies inexistantes... Le bombardement soutenu de désinformations anxiogènes pour convaincre les fumeurs de rester aux cigarettes est quotidien. Pourtant la réalité est à l'opposé de cette représentation médiatique. "Au cours de la dernière année, plus que toute autre, la preuve que l'utilisation du vapotage est beaucoup plus sûre que de fumer n'a cessé de s'accumuler", explique la Pr Linda Bauld, donnant des exemples d'études significatives de l'année écoulée.

Evénement rarissime en France en 2017, une explication claire de la réduction des méfaits par la tabacologue Marion Adler dans une émission télé:


Une réduction des méfaits similaire aux substituts nicotiniques

La première étude de l'usage à long terme du vapotage montre que les niveaux d'exposition de toxiques chez les vapoteurs et les utilisateurs de substituts nicotiniques pharmaceutiques (gommes, patchs...) sont équivalents. "Financée par le Cancer Research UK, l'étude a trouvé de grandes réductions de carcinogènes et d'autres composés toxiques chez les vapoteurs par rapport aux fumeurs, mais seulement si l'utilisateur arrête complètement de fumer", précise la scientifique. Un autre rapport s'appuyant sur les données existantes évalue le risque cancérigène de vapoter à moins de 1% de celui de fumer, rappelle t-elle aussi. [Plus précisément, le calcul de ce rapport en l'état des connaissances actuelles aboutit à un risque de 0,4%, soit 250 fois moins de risque en vapotant qu'en fumant - voir notre recension du rapport]. 


Les données du suivi sur la réduction des toxiques liée à l'utilisation du vapotage (EC) en comparaison avec les cigarettes et les substituts nicotiniques (NRT) ainsi que les doubles utilisations 
Ces résultats n'ont rien d'inattendu en regard de la rupture technique apportée par le vapotage. "En retirant le tabac et la combustion, il n'est guère surprenant que le risque est réduit. Cela ne signifie pas que le vapotage soit totalement inoffensif. Mais cela signifie que nous pouvons être relativement confiants que le passage du tabagisme au vapotage aura des avantages pour la santé", souligne Linda Bauld. Etant entendu que rien n'est totalement inoffensif, la précaution semble surtout de langage. 

Ces éléments scientifiques ont amené plusieurs organisations de santé à rejoindre le consensus en faveur de la réduction des méfaits avec la vape, notamment le Royal College of General Practitioners, la British Medical Association ainsi que les organisations écossaises regroupées dans le Health Scotland. Stoptober, la campagne annuelle anglaise pour soutenir les fumeurs à s'en sortir, a pleinement intégré cette année le vapotage à ces outils d'aide.

La Nouvelle-Zélande vers la réduction des méfaits

Hors du Royaume-Uni, l'intégration du pilier de la réduction des méfaits avec le vapotage propulse la Nouvelle-Zélande à la pointe des politiques de santé publique concernant le tabagisme. Le cas néo-zélandais est particulièrement frappant puisque ce pays suivait une politique puritaine unidimensionnelle jusque-là. Or, c'est bien l'impasse et les effets contre-productifs de ce paradigme, notamment contre les groupes sociaux défavorisés, qui l'ont amené à embrasser cette nouvelle approche. On a envie d'ajouter aux exemples présentés par Linda Bauld, la prise de position tranchante de la Fédération des professionnels des addictions pour une refonte de la politique sur le tabagisme en Suisse.

Le conservatisme tabagique

A l'opposé de ces initiatives novatrices, des pays et des organismes se maintiennent dans une politique contre la réduction des méfaits. Il est notable que ces politiques conservatrices sont généralement accompagnées d'un maintien du tabagisme comme en Suisse, en France ou en Australie, tandis que le Royaume-Uni a vu son tabagisme fondre de plus de 20% depuis 2011 sous l'impact du vapotage. 

Linda Bauld pense qu'un des motifs de ces positions est liée à la peur d'un risque de tabagisme chez les jeunes. "Cette année, nous avons vu des recherches suggérant que certains adolescents qui expérimentent le vapotage vont ensuite fumer lorsqu'ils sont suivis un an plus tard, dont une étude au Royaume-Uni. Il semble y avoir peu de doute qu'il existe des groupes de jeunes susceptibles des deux. Pourtant, ces études ne prouvent pas que c'était l'acte d'essayer le vapotage qui a conduit au tabagisme ultérieur - de nombreux autres facteurs peuvent expliquer cela, y compris le simple fait que le tabac est toujours largement disponible", explique t-elle. 

La confusion contre les faits

Le problème classiquement connu sous le nom de facteur confondant est à la racine de la vieille pseudo-théorie de l'effet passerelle, décortiquée par un article du Pr Jean-François Etter publié aussi cette année. L'accusation implicite des "pro-abstinence only" d'un vapotage inventeur du tabagisme chez les ados ne semble pas résisté aux faits. Dans les pays où le vapotage est développé, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, "les taux de tabagisme chez les jeunes continuent de baisser à un rythme encourageant. Si le vapotage provoquait le tabagisme, ces tendances s'inverseraient", pointe Linda Bauld.

En soutien à ce constat de bon sens, la plus grande étude au monde à ce jour sur le vapotage et les jeunes, comprenant plus de 60'000 adolescents, a été publiée en 2017. "Elle fait le constat que, bien que l'expérimentation de la vape existe chez les jeunes, l'utilisation régulière par les adolescents qui n'avaient jamais fumé reste très faible, à moins de 1%", rappelle la professeure de santé publique.

En 2018, arrêtez de vous faire enfumer !

On le voit, le gouffre entre les recherches scientifiques et les messages des médias est énorme. Fruit pourri de cette désinformation, la part de fumeurs convaincus à tort d'un danger du vapotage équivalent au tabagisme progresse ces dernières années. Sensationnalisme, conflits d'intérêt ou arriération idéologique, les causes à cette morbide violation éthique se conjuguent probablement pour protéger le tabagisme et nuire à la population. 

"Quel moyen a le fumeur pour faire face à la controverse continue et l'intérêt insatiable de la presse sur le vapotage? Qui devrait-il croire? De bonnes sources d'information existent mais elles ne sont pas assez mises en avant. Nous avons besoin d'informations publiques claires, provenant de sources fiables, pour crier au-dessus du bruit et présenter les faits. Et ça, ce sont les faits: Si vous fumez, la meilleure chose à faire pour votre santé et celle de votre entourage est d'arrêter de fumer. Si vous choisissez de vapoter pour arrêter de fumer, c'est génial, et personne ne devrait vous critiquer pour ce choix", explique Linda Bauld en guise d'encouragement aux fumeurs se décidant à de bonnes résolutions.

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Quelques liens francophones utiles (liste vraiment non exhaustive... ):
Un clip de la Ligue nationale contre le cancer en France:

PS : l'excellent film Vape Wave est diffusé sur la chaîne LCP le dimanche 7 janvier à 20h45


dimanche 15 octobre 2017

Le vapotage est un "outil phénoménal" pour les médecins généralistes britanniques

Harceler un fumeur pour le faire arrêter est contre-productif. "C'est négatif, peu importe comment vous le maquillez. C'est irritant et n'apporte aucune nouvelle info. Cela encourage le conflit et le déni", explique le Dr Alex Bobak. "Vous avez affaire à quelqu'un très probablement accro à ses cigarettes. Si vous imposez un point de vue adverse à un accro, le déni se déclenche et vous l'avez perdu", poursuit le médecin au Congrès annuel du Royal College of General Praticioners (RCGP) à Liverpool cette semaine. Le généraliste, basé dans la banlieue sud de Londres, est accompagné, dans cette session dédiée à la prévention du cancer, des Prs Richard Roope et Linda Bauld, tous deux du Cancer Research UK (CRUK). L'arrêt du tabagisme est une des approches les plus efficaces pour réduire le fardeau du cancer, selon les participants. 

Pour Richard Roope, les praticiens vont affronter une "tempête de cancers" avec le vieillissement de la population associé à la malbouffe et le tabagisme. Il y a désormais chaque jour, 1'000 cancers diagnostiqués au Royaume-Uni. D'où l'importance de se doter d'une approche efficace pour aider les fumeurs à quitter les cigarettes au lieu de les braquer. Le vapotage ouvre un "territoire passionnant" et "va jouer un énorme rôle pour l'arrêt tabagique à l'avenir", estime le Dr Roope. Avis partagé par la Pr Linda Bauld. "Le message crucial est que le vapotage est extrêmement plus sûr que le tabac. Mais les patients ne réalisent pleinement des bénéfices de santé que s'ils se convertissent au vapotage et arrêtent totalement de fumer", souligne la chercheuse de l'Université de Stirling.

"Nous devrions voir des résultats très encourageants pour arrêter de fumer. Lorsqu'ils sont utilisés au quotidien et avec de fortes concentrations de nicotine, ces produits peuvent aider les gens à sortir du tabagisme", indique Linda Bauld. Le Dr Alex Bobak ajoute que le vapotage est "une aide à l'arrêt phénoménale", tout simplement parce que les patients "l'aiment vraiment". Avant de conclure la session devant l'assistance de médecins: "Nous ne connaissons pas exactement les risques à long terme, bien qu'il est clair qu'ils seront probablement minimes. Mais nous connaissons les risques à court terme: ils sont similaires aux substituts nicotiniques et c'est très faible. Les fumeurs veulent pouvoir choisir et bon nombre veulent les utiliser. Laissons-les le faire"


mardi 29 août 2017

[Express] Une étude sur plus de 60'000 ados britanniques montre que la vape n'encourage pas le tabagisme

"En résumé, les enquêtes au Royaume-Uni montrent de manière consistante que la plupart des expérimentations de vapotage ne deviennent pas des usages réguliers et que le taux d'usage régulier par des jeunes n'ayant jamais fumé reste très faible". C'est la conclusion d'une étude à partir des données croisées de cinq enquêtes britanniques (*) sur plus de 60'000 jeunes de 11 à 16 ans entre 2015 et 2017. Publiée en open-access dans l'International Journal of environmental research and public health, la recherche délivre de nouveau le verdict d'une absence d'effet passerelle du vapotage vers le tabagisme pour les ados. A l'opposé des fréquents gros titres de presse alarmistes, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, souligne que l'analyse des dernières enquêtes britanniques "montre clairement que pour les adolescents non-fumeurs l'expérimentation du vapotage ne se traduit pas par une utilisation régulière". "Notre recherche montre aussi que le tabagisme des jeunes continue de diminuer", précise la chercheuse référente de l'étude au Guardian

Les ados chiffrés

"Parmi la totalité des répondants des enquêtes, la prévalence d'expérimentation varie de 7% à 18% chez les 11 à 16 ans", mais seulement de 1% à 3% les utilisent régulièrement. Ces usagers réguliers sont quasiment tous déjà des fumeurs. Chez les jeunes n'ayant jamais fumé, le vapotage régulier se situe entre 0,1% et 0,5% des enquêtés. Le graphique suivant présente les taux d'expérimentation ("ever use") et régulier au moins une fois par semaine ("at least weekly") pour la totalité des enquêtés puis séparément pour les jeunes non fumeurs ("never smokers") et les fumeurs ("regular smokers"). 

Une peur injustifiée

"Nos analyses indiquent qu'il n'y a aucune preuve que le vapotage amène à une hausse de la prévalence tabagique. Ceci est important et suggère que la peur du vapotage comme passerelle vers une augmentation du tabagisme des jeunes n'est actuellement pas justifiée, au moins au Royaume-Uni", affirme l'étude. Tandis qu'environ un cinquième des ados ont essayé de fumer, le tabagisme régulier se situe entre 1% et 4% chez les 11 à 16 ans des différentes enquêtes, souligne la publication. Egalement impliqué dans la recherche, Graham Moore, directeur du Centre Deciph de l'Université de Cardiff, renchérit: "les inquiétudes que le vapotage puisse amener un grand nombre de jeunes à la dépendance et à l'usage de tabac semblent de plus en plus improbables".

(*) Les noms des cinq enquêtes des organismes de santé britanniques sont : Youth Tobacco Policy Survey (YTPS) ; la Schools Health Research Network (SHRN) Wales survey; de l'Action on Smoking and Health (ASH) Smokefree GB - Youth Surveys ; et deux enquêtes de la Scottish Schools Adolescent Lifestyle and Substance Use Survey (SALSUS).