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vendredi 3 juillet 2020

Confinement en Belgique : près de 55 000 vapoteurs auraient été repoussés dans le tabagisme

Près de 14 % des vapoteurs exclusifs belges interrogés déclarent être retombés dans le tabagisme durant le confinement lié à la Covid-19. C’est l’un des résultats de l’enquête dirigée par la Pr Karolien Adriaens, de l’Université de Louvain. Le preprint de l’étude intitulée Vaping during the Covid-19 lockdown period in Belgium vient d’être publié sur le réseau Qeios. Bien que l’enquête est d’ampleur restreinte, une extrapolation donne une idée du désastre. Selon les données d’Ipsos pour la Fondation contre le cancer, il y avait près de 389 500 vapoteurs exclusifs en 2019. En s'appuyant sur ces données et leur enquête, les chercheurs esquissent que près de 55 000 vapoteurs exclusifs avant confinement pourraient avoir rechuté dans la cigarette au terme de celui-ci. Ce qui fait écho à l'explosion de tabagisme en Belgique mesurée par l'institut Sciensano en mai.

Les mesures de confinement en Belgique se sont étendues du 18 mars au 10 mai, période durant laquelle les magasins de vape avaient l’interdiction d’ouvrir tandis que l'interdiction de vente à distance a été maintenue. En revanche, les cigarettes se trouvaient facilement dans les magasins d'alimentation et les kiosques à journaux. Parmi le panel de plus de 200 personnes interrogées, les « principales raisons de changement de comportement lié au vapotage ou au tabagisme ont été l’indisponibilité d’e-liquide avec nicotine, l’indisponibilité de matériel et le stress et les inquiétudes concernant l’épisode de COVID-19 », soulignent les chercheurs Karolien Adriaens, Dinska Van Gucht, Sven Van Lommel et Frank Baeyens. 

Une augmentation de 19,8 % à 21,9 % de fumeurs en Belgique

« Un septième des vapoteurs exclusifs ont recommencé de fumer à côté du vapotage (dont 60 % étaient en manque d’e-liquide, mais avec une vaporette en état de marche) ou sont repassés exclusivement à la cigarette (parmi eux, tous étaient à court d’e-liquide et 90 % manquaient d’une e-cigarette fonctionnant correctement) », détaille l’étude. Un seul vapoteur de l’enquête a arrêté la vape sans rechuter dans le tabagisme.

Ce résultat résonne avec l’enquête de santé (HIS) de l'institut Sciensano qui montre une forte augmentation du tabagisme. De 19,8 % en 2018, la part de fumeurs est passée à 21,9 % à la fin avril en Belgique. « Parmi ceux-ci 37 % disent avoir augmenté leur consommation de tabac alors que 16 % seulement l’ont diminuée », précise le rapport publié en mai. L’institut n’apporte cependant aucune donnée sur les vapoteurs ni d’éclairage précis aux raisons de ce bond de plus de 10 % du nombre de fumeurs. Cette hausse rompt une tendance à la baisse lente, mais régulière depuis 1997.

Près de 20 % des doubles utilisateurs sont devenus vapoteurs exclusifs

Dans l’enquête sur les vapoteurs, une majorité des doubles-utilisateurs, cigarettes et vape avant le confinement, a continué d’utiliser les deux produits « mais en fumant plus que d’habitude ». Cependant, près d’un cinquième de ces doubles usagers s’est converti au vapotage exclusif durant cette période. 

Certaines opinions en lien avec l'épidémie ont pu jouer un rôle. Ainsi 14 % des répondants indiquent penser que la nicotine offre une protection face à la Covid-19, en particulier le vapotage pour 10 %, tandis que 8 % pensent que le tabagisme aggrave l’infection par le virus.

L’autorisation temporaire de vente à distance annulée

L’enquête s’est penchée sur le sujet alors qu’en Belgique, les boutiques de vape ont eu l’interdiction d’ouvrir à partir du 18 mars. Tandis que depuis 2016, les ventes à distance sont interdites par un arrêté royal. Le Service public Santé avait pourtant prévu d’autoriser temporairement les ventes de vape par internet pendant le confinement. Le 24 mars, le site RTL Info l’a même annoncé avant qu’un contre-ordre n’annule l’autorisation dans la foulée. 

Des myriades de témoignages sur les réseaux sociaux ont fait état de la situation dramatique vécue par des vapoteurs belges. Mais RTL Info semble avoir été le seul média à en rendre compte en Belgique. 
 « Mon magasin habituel de vape est fermé. Je travaille à l’hôpital et quand je rentre chez moi, je ne peux plus acheter de liquide. Je ne veux pas refumer. Laissez, s’il vous plait, les magasins de vape vendre en ligne ou avec un client à la fois dans le magasin », implore Sylvie au Service public fédéral Santé le 24 mars, en pleine tempête de Covid-19. Demande restée sans réponse.

Plus d'un vapoteur sur cinq a connu la pénurie

Malgré les protestations, tous les magasins de vape sont restés fermés et les ventes à distance interdites. « Cependant, certains marchands de journaux et certains magasins d’alimentation ont offert une gamme limitée d’e-liquides et de vaporettes, ou ont temporairement élargi leur gamme, parfois en coopération avec des magasins de vape fermés », rapporte l’étude menée par la Dre Adriaens. 

Près de la moitié (45 %) des personnes interrogées avait anticipé avec un stock suffisant de liquide pour passer le confinement. Une part non négligeable d’entre eux déclarent qu’ils n’auraient pas pu s’en procurer si nécessaire. Parmi les 55 % de vapoteurs qui n’avaient pas un stock suffisant, 39 % d’entre eux ont fait face à une pénurie de liquide. 

Près de 22 % des vapoteurs ont été en rade. La plupart a du suppléer la situation avec des cigarettes beaucoup plus faciles à se procurer en Belgique. Près de 14% des vapoteurs exclusifs, qui avaient arrêté de fumer avant le confinement, ont été repoussés dans le tabagisme par les mesures d'interdictions de vente à distance et d'ouverture des magasins de vape. Sans effort ni ressource particulière, ce désastre était évitable avec un brin d'humanité et de bon sens. Le bilan est honteux pour les autorités belges.

Sauvés du tabagisme par des hors-la-loi

Ceux qui ont trouvé le moyen de se ravitailler en liquide ont dû passer par des achats en ligne hors Belgique (52 %), dans une boutique de vape locale sur rendez-vous (24 %) ou sur commande (15 %), ou par des amis (7 %). Moins d’un cinquième en ont trouvé par des voies légales, chez les marchands de journaux (14 %) ou les stations-service (5 %). Le panorama sur le matériel est approximativement similaire (voir graphique).

« La majorité des vapoteurs ont réussi à maintenir leur comportement de vapotage comme d’habitude, très probablement en raison de l’achat illégal de consommables en ligne », notent les chercheurs. « Des boutiques en ligne étrangères ont vendu illégalement à des vapoteurs belges tout en prenant le risque d’être punies pour cela ». Les services douaniers semblent avoir eu « une application minimale » de l’interdiction.

En Italie avec la vape accessible, le tabagisme a légèrement baissé 

« La possibilité d’acheter des consommables en ligne a, pour de nombreux vapoteurs, servi de facteur de protection pour rester abstinents, et donc ne pas recommencer de fumer. Néanmoins, pour les vapoteurs qui ne sont pas familiers avec l’achat en ligne ou ne prennent pas de tels risques d’achat à distance, la fermeture des boutiques de vape pendant le confinement a entraîné une diminution de la disponibilité de produits »
, constate l’équipe de recherche.

En comparaison des pays qui ont autorisé les commerces de vape a ouvrir et/ou vendre en ligne, les Belges paient cher la politique de leur ministre de la santé. Par exemple, une enquête en Italie, citée par les chercheurs, montre que le tabagisme y a légèrement baissé durant le confinement. « De manière significative, les fumeurs exclusifs étaient plus enclins à vouloir arrêter de fumer, alors que les vapoteurs exclusifs n’ont pas exprimé d’intérêt à arrêter », souligne l’étude italienne menée par Pasquale Caponetto, de l’Université de Catania.  

Intégrer la réduction des risques est un bien essentiel

L’étude dirigée par la Dre Adriaens conclut sur un appel à la raison. « Il est essentiel de repenser les effets secondaires potentiels de la fermeture des boutiques de vapotage alors qu’il existe également une interdiction de la vente en ligne. Les fumeurs et les vapoteurs devraient avoir la possibilité d’acheter des alternatives à risque réduit, même pendant un confinement. Bloquer cette opportunité peut entraîner une augmentation de la prévalence du tabagisme ».

Co-auteur de la recherche, le Pr Frank Baeyens avait d’ailleurs lancé un pavé dans la mare en Belgique sous la forme d’une tribune, à lire en français dans la DH, lors de la journée mondiale sans tabac. 
« Le gouvernement doit oser promouvoir activement des alternatives attrayantes, moins nocives pour la santé, voire même promouvoir la cigarette électronique. Maintenir un cordon sanitaire autour de la consommation de nicotine, quelle qu’en soit la forme, ne fera pas progresser la santé publique. En cette journée anti-tabac, concentrons-nous sur l’objectif principal de la mission, à savoir aider les gens à arrêter de fumer », Pr Frank Baeyens, 31 mai 2020 dans la DH.
Vidéo bonus: la Pr Karolien Adriaens explique en flamand les données sur les réussites pour l'arrêt tabagique avec le vapotage https://www.facebook.com/wu.sfo/videos/2309373492692044/ 

 

mercredi 25 mars 2020

Belgique: Maggie de Block profite du Covid-19 pour pousser les vapoteurs vers le tabac

« Ouvrez les vape shops, comme en France, en Italie ou en Suisse ! On ne veut pas recommencer à fumer ! ». En situation de confinement depuis le 18 mars, le cri de détresse des vapoteurs belges n’a presque que les réseaux sociaux pour trouver écho. Les diverses échoppes de tabac sont ouvertes sans restriction. Par contre, les magasins de vape sont fermés depuis le 18 mars, alors que tout achat à distance de produits de vapotage est interdit depuis un arrêté royal de 2016. « Pris de court, certains consommateurs se retrouvent démunis », constate RTL Info, seul média belge a avoir consacré un article au sujet hier

Interdiction de répondre aux demandes à l’aide

« On a un gros souci avec nos clients, s’ils n’ont pas leur liquide ou matériel pour faire fonctionner leur vaporette et bien ils vont droit vers la cigarette », témoigne le tenancier d’un magasin de vape de Bruxelles à RTL. Les vapeshops reçoivent des tas de demandes par mails de leurs clients. Mais ils n’ont pas le droit de leur fournir quoi que ce soit. 

Un professionnel qui a un magasin en France, à Longwy, et un autre en Belgique à Arlon, témoigne aujourd’hui dans le Républicain Lorrain. « Nos clients sont contents qu’on ait pu rouvrir. Ils commençaient à avoir peur de se tourner à nouveau vers la clope... », constate-t-il côté français, tandis que son magasin belge est fermé. « On a écrit à l’État pour en savoir plus, on attend la réponse ».

Le Pr Frank Baeyens, de l’Université de Louvain, interpelle les autorités depuis plusieurs jours. « Ne conduisez pas inutilement près de 10 000 vapoteurs à recommencer de fumer. Autorisez l’ouverture des magasins de vape ou la vente sur internet », interpelle le chercheur dans un tweet le 20 mars adressé à Maggie de Block, la ministre de la Santé et d’autres décideurs du Service public fédéral (SPF) 

Arrangement annulé depuis en haut

Des professionnels de vape aussi ont tenté de dialoguer avec l’administration de santé publique. Un arrangement semblait avoir été trouvé, comme le relate RTL Info : « “Les magasins de e-cigarette doivent fermer mais peuvent vendre en ligne et faire des livraisons”, nous a d’abord communiqué Vinciane Charlier, porte-parole du SPF Santé Publique. Un peu plus tard, une décision est prise dans le sens inverse. La vente en ligne de ces produits reste finalement interdite. »

De longue date, les autorités belges font la guerre aux vapoteurs. En 2016, le ministre des Finances espérait relancer les ventes de cigarettes pour remplir les caisses de l’État. Maggie de Block avait réagi en poussant à un arrêté royal particulièrement restrictif contre le vapotage. L’absence de compassion et d’intelligence actuelle de la ministre de la Santé n’est pas une découverte. Dans la situation de crise actuelle, ces restrictions abusives déploient tout leur potentiel délétère en termes de santé publique. 

Le droit à la santé mal en point en Belgique

« Le droit à la santé est complété par le droit de bénéficier des progrès scientifiques et de leurs applications », rappelle Eurotox en se référant à la Déclaration des droits humains (1948), dans une prise de position sur le droit à la santé publiée ce 19 mars. L’observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues en Wallonie s’est avant tout concentré sur les conséquences des lacunes politiques pour les usagers de substances prohibées. Mais le parallèle avec le vapotage, entravé en temps normal et prohibé de fait avec le confinement, est saisissant. Tandis que les ventes de tabac sont pleinement diffusées, même en période de confinement. Près de 14 000 personnes meurent chaque année de maladies liées au tabagisme en Belgique.
Extrait de la prise de position ce 19 mars d'Eurotox sur le droit à la santé: « Le droit à la santé requiert des États qu’ils mettent en œuvre une véritable politique nationale de réduction des risques à destination des usager·es de drogues, sans discrimination aucune, et qui soit à même de délivrer l’ensemble des services et dispositifs essentiels à la possession du meilleur état de santé atteignable. (...) ceci doit exister dans un environnement où les usager·es de drogues ne risquent pas des problèmes avec la police ou la justice dans leurs démarches de soins et de réduction des risques. »

jeudi 14 novembre 2019

Raphaël, le jeune belge, est-il décédé à cause du mépris des autorités envers les associations d'usagers? [MàJ]

A ne pas avoir pris la peine d'écouter l'avertissement des associations européennes de réduction des risques, les autorités ont-elles fait preuve d'une négligence mortelle? Raphaël P. est décédé ce 6 novembre aux clinique Saint-Luc de Bruxelles. Selon la presse locale, le jeune belge de 18 ans aurait succombé à des complications pulmonaires ayant provoqué une insuffisance respiratoire. Les analyses médicales sont en cours. 

Cependant devant le parlement, Maggie De Block, la Ministre de la santé belge, affirme que le "lien avec la cigarette électronique est établi. Il n'y a chez ce patient aucune autre explication pour une pneumonie aussi grave". Le père de la victime donne des précisions sur son usage du vapotage. En mai, le jeune avait reçu une vaporette. "Il ne l’a utilisé que deux semaines environ. Après, il s’est mis à fumer. Vers la mi-septembre, il a testé du CBD par vapoteuse avec son frère et sa mère. Eux n’ont rien eu", précise Thierry P., le père de la victime, au journal SudPresse. 

Les analyses médicales sont en cours

"Nous ne possédons pas encore les résultats des analyses pour Raphaël mais, de tous ces éléments, il nous semble logique de recommander une extrême prudence dans l’utilisation de la vapoteuse et certainement de produits contenant des dérivés du cannabis", précise de son côté le Pr Luc-Marie Jacquet, responsable du service d'infectiologie des cliniques de Saint-Luc de Bruxelles.

L'accident était-il évitable? 

Si l'hypothèse d'une pneumopathie liée au vapotage de liquide à base de CBD, comme insiste lourdement la presse belge, se confirmait alors l'absence de réaction des autorités à l'avertissement de l'European Tobacco Harm Reduction Advocates (ETHRA) publié le 5 octobre dernier pourrait être synonyme de négligence grave. 

Le 5 octobre l'ETHRA avertissait de produits dangereux en Europe

Le regroupement des associations de défense de la réduction des risques et des droits des usagers avait prévenu de la présence en ligne de vente à destination d'acheteurs européens de produits avec de l'huile et de la vitamine E. "Les liquides contenant des huiles ou de l'acétate de vitamine E sont potentiellement nocifs, même pour une utilisation à court terme", insistait alors le communiqué de l'ETHRA.

Ayant constaté l'absence totale d'intérêt et de réaction, malgré plusieurs tentatives de militants pour faire retirer de la vente en ligne des produits problématiques, j'avais relancé la problématique à travers un billet le 24 octobre. Sans aucune réaction, ni intérêt des autorités. Juste l'habituel mépris bureaucratique et l'absence de consultation des principaux concernés et défenseurs des usagers. Aujourd'hui, le site américain qui vend en ligne depuis la Pologne des vape-pens remplis d'huile et de vitamine E est toujours actif  [edit 15-11-2019 à 1h] a rendu le produit problématique  indisponible à la vente. [/]
Aujourd'hui, même le CDC reconnait que la vitamine E des produits du marché noir est impliquée dans les pneumopathies aux Etats-Unis.
Pourtant entre temps, le Centre for Disease Control (CDC) américain a confirmé que les décès consécutifs à des pneumopathies aux Etats-Unis sont tous liés à des produits contenant de la vitamine E. "Ces analyses apportent la preuve directe que l'acétate de vitamine E est le principal responsable de lésions dans les poumons", a assuré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC. Une analyse qui arrive quatre mois, et plusieurs milliers de malades supplémentaires, après les alertes et éclairages sur le sujet des utilisateurs aux Etats-Unis.

L'acétate de vitamine E est une substance sur une base huileuse utilisée par les dealers pour tromper les usagers sur la qualité des produits au cannabis. Nous avions insisté en août et septembre sur cette origine des problèmes. Une analyse qui avait reçu le commentaire de théorie "fumeuse" par le Journal International de Médecine (JIM). C'était au moins une forme de réaction. Celles des autorités, les défenseurs des droits des usagers de moyens de réduction des risques les attendent toujours.


dimanche 28 octobre 2018

Belgique: le Conseil d'Etat rejette le recours des vapoteurs contre l'Arrêté Royal

L'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) a reçu hier l'arrêt du Conseil d'Etat rejetant son recours contre l'arrêté royal du 17 janvier 2017 sur le vapotage. Si le Conseil d'Etat a reconnu l'intérêt des vapoteurs a déposer recours, il n'a pas retenu les griefs des usagers à l'encontre de la loi. Le premier contestait la validité de l'assimilation du vapotage aux produits du tabac. Pour le Conseil d'Etat, l'arrêté royal légifère le vapotage non pas comme tabac mais comme "produit similaire". L'avocat des vapoteurs avait anticipé la réponse en faisant valoir un problème d'égalité de traitement et de discrimination d'un produit très différent du tabac. Le Conseil d'Etat estime que cette question devrait être tranchée par la Cour Constitutionnelle, mais il n'a pas jugé opportun de la saisir (sic!). 

Similaire mais pas identique

"Dans un raisonnement, que l’on peut regretter voire critiquer, le Conseil d’Etat juge, alors qu’en principe il a peu de marge pour se dispenser d’une telle demande, qu’il n’a pas à poser de question préjudicielle à la Cour Constitutionnelle au motif que nous n’exposerions pas en quoi le fait de donner une habilitation au Roi pour réglementer la fabrication et la mise dans le commerce de cigarettes électroniques impliquerait que celle-ci soit soumise à un régime identique à celui du tabac", explique Me Michel Kaiser à ses clients vapoteurs.

Pas de tort démontré

Le second grief des vapoteurs concernait les effets au détriment des consommateurs des entraves au commerce du vapotage, notamment l'interdiction de vente en ligne. Le Conseil d'Etat juge que les recourants n'ont pas apporté d'éléments factuels suffisants pour le démontrer. "Il est vrai que, dans les premiers mois d’application de cette nouvelle réglementation, il était fort difficile d’avoir du recul et de faire la preuve d’un tel élément", reconnait l'avocat. Pourtant l'actualité rattrape ce jugement.

Interdiction de commander au Petit Vapoteur

En effet, à peine le verdict rendu le 12 octobre dernier que la justice a mis en délibéré une plainte contre le magasin en ligne français Le Petit Vapoteur. La chaîne de magasins Alter Smoke lui reprochait ses ventes transfrontalières. "Un jugement du tribunal de commerce vient de nous condamner à ne plus envoyer de commandes aux vapoteurs résidant sur le territoire belge", annonce un communiqué du Petit Vapoteur vendredi dernier.


lundi 4 septembre 2017

[Expresso] Alors qu'il amende des vapoteurs sur internet, l'Etat belge vend de la vape en ligne

A 19€ le kit débutant Justfog Q16, le tarif est très concurrentiel. L’incongruité est que le vendeur en ligne est non seulement belge, mais que c'est l'Etat belge lui-même. Précisément, le site du ministère des finances Finshop.belgium.be qui violait ainsi l'Arrêté Royal entré en vigueur le 17 janvier dernier interdisant, entre autres restrictions, la vente de produits de vapotage à distance. Alerté par un de leur auditeur, la chaîne VTM-Nieuws s'est étonnée hier de cette étrange vente. Le ministère des finances a retiré l'article de sa page de vente et s'est excusé. "L'erreur est humaine", explique Francis Adyns, porte-parole du Ministère des finances, à la télé flamande (vidéo plus bas). Il annonce que les clients seront remboursés à défaut de pouvoir vapoter et arrêter de fumer avec ce kit pour débutant. 

Menaces et amende pour les vapoteurs sur internet

Cette anecdote intervient alors l'Etat a lancé ces dernières semaines une offensive très agressive contre la vape belge sur internet. Des groupes d'entraide et des chroniqueurs ont d'abord été menacés au cas où ils continueraient de publier sur le vapotage. Puis la semaine dernière, un compte facebook lié aux magasins e-life.be était amendé de 40'000 €. Le Ministère de la santé a refusé tout commentaire à la fois sur cette vague de répression et sur les ventes du Ministère des finances. Les services de Maggie de Block ont toutefois annoncé qu'ils allaient communiquer sur les règles belges de censure contre le vapotage sur internet cette semaine.

Une politique incompréhensible

Comme l'illustre cette mise en vente sur Finshop.belgium.be, même les fonctionnaires ne saisissent pas l'absurdité de la politique anti-vape en Belgique. Les services de Maggie de Block chassent avec plus d'ardeur les vapoteurs qu'ils n'agissent pour réduire le tabagisme. Ceci alors que son collègue Ministre des Finances, Johann Van Overtveltd, espère une relance des ventes de cigarettes pour remplir les caisses de l'Etat. Il estime à 151 € millions le manque à gagner en 2016 sur les taxes du tabac. Au moment où le vapotage, profitant de la légalisation par le Conseil d'Etat de la vente de liquides nicotinés en 2016, a permis à des centaines de milliers de belges de s'évader du tabagisme. 

Mais qui vise à relancer les ventes de cigarettes

Soutenu par une récente campagne passablement fumeuse du quotidien le Soir, le Ministre des finances planche sur l'instauration d'une taxe punitive contre les vapoteurs. Un débat sur la radio RTBF 1ère a donné à ce sujet la parole à Luk Joossens, sociologue anti-tabac, Tanguy Doucenet, de l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) et du psychiatre Vincent Lustygier le 25 août. Les propos de ce dernier en direct sont sensiblement différents que ceux que lui avait attribué la veille le quotidien bruxellois, connu pour sa haine des vapoteurs. Du côté des défenseurs du vapotage, le recueil de fonds pour porter la contestation de l'Arrêté Royal en justice se poursuit sous la forme de ventes de T-shirts.

Bekijk meer video's van vtmnieuws op nieuws.vtm.be


mardi 22 août 2017

Belgique : 40'000 € d'amende pour la page facebook E-life

"Après 18 ans de tabagisme, j'ai arrêté depuis un mois grâce à la vape. J'aurais dû le faire bien plus tôt. Merci pour votre service et vos explications à chaque fois". Youri, à l'instar de dizaines d'autres vapoteurs flamands, témoigne de son soutien au facebook de E-life.be depuis cet après-midi. L'élan de sympathie pour le compte a été déclenché par une amende de 40'000€ infligée pour "publicité en ligne" par le Service Public Fédéral Santé (SPF). Un inspecteur a dressé un procès-verbal pour l'infraction sur la base de l'Arrêté Royal du 19 mai dernier, précise le courrier en recommandé du SPF. "Depuis 18 mois, nous faisons de notre mieux pour vous aider à arrêter de fumer et vous conseiller sur l'utilisation du vapotage. (...) Pour fêter cet anniversaire, le SPF nous a envoyé un cadeau. Il n'est pas très sympa. C'est une amende de 40'000€", explique le facebook d'E-life.be. 

La liberté d'information au tribunal ?

Le mois dernier les troupes de la Ministre Maggie de Block menaçaient déjà des groupes d'entraides de vapoteurs belges sur les réseaux sociaux. Cette fois-ci, le SPF frappe et E-Life.be se prépare à devoir aller en justice. "Nous espérons que nous pourrons non seulement gagner notre affaire, mais aussi permettre de clarifier la législation, dont les interprétations sont très troubles, afin que les consommateurs belges et les propriétaires de magasins ne soient plus victimes de discrimination par leur propre gouvernement", annoncent t-ils. 

Après l'interdiction de vente en ligne laissant les vapoteurs hors centres urbains démunis pour s'approvisionner, l'Etat fédéral belge accentue encore sa guerre au vapotage. En amendant le droit d'informer, il entrave en conséquence celui des usagers d'être informés et aidés. Partager un spot sur les dangers du tabagisme, donner des informations sur le matériel de vapotage ou des conseils et précautions pour leur usage, diffuser des articles, certes ni de la RTBF ni du Soir, sur les manœuvres de l'industrie du tabac et les politiques de lutte anti-tabac hors de l'Union Européenne... sont, semble t-il, des choses désormais délictueuses en Belgique.

Join the resistance

De son côté, l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) s'apprête à lancer un recours contre l'Arrêté Royal, sur lequel se base le SPF pour interdire, entre autres limitations et interdits, l'information sur le vapotage. "Nous avons entamé un recours envers l'Arrêté Royal. Pour pouvoir payer les frais d'avocats, nous faisons une vente de T-shirt", annonce l'association d'usagers à la recherche de fonds

La relance fédérale du tabagisme

La chute du tabagisme corrélée à l'essor du vapotage au plat pays n'est pas du goût du Gouvernement qui enregistre un manque à gagner de plusieurs centaines de millions d'euros en taxes sur les ventes de tabac. Le Ministre des finances Johan Van Overtveldt a fait de la relance du tabagisme une de ses propositions pour renflouer les caisses de l'Etat. Son parti, le N-VA milite pour aussi interdire les arômes et taxer les vapoteurs afin d'endiguer l'engouement pour le vapotage. La bataille du droit d'arrêter de fumer n'est pas terminée en Belgique...






















edit 23-08-2017 à 9h30: correction à propos du PV du SPF, qui s'appuie sur l'Arrêté Royal de mai 2016

samedi 22 juillet 2017

Malgré la traque du Gouvernement contre les groupes d'entraide sur internet, les belges fuient en masse le tabagisme à l'aide de la vape

Conseiller des fumeurs sur le matériel de vapotage pour les aider à arrêter de fumer est un délit selon le Ministère de la santé belge. Ainsi plusieurs groupes d'entraide autogérés sur internet se sont vus menacés de poursuites et d'amende s'ils ne stoppent pas immédiatement leur activité. "Le Service Publique Fédéral de la santé (SPF) m'a interdit de continuer cette page Facebook en me menaçant d'une amende", explique le dernier message de Dimi Crazy Damper Schuermans. "Je vais arrêter d'utiliser cette page Facebook pour le moment. Mais je n'abandonne pas. Ils ne nous forceront pas à retourner aux cigarettes pour remplir les caisses de leur Etat", précise le reviewer connu depuis 2012 de la communauté flamande. Après les traques contre les magasins de vapotage, que nous relations en mars dernier, les vapoteurs sur internet sont donc la nouvelle cible des services de Maggie de Block. 

"Ce groupe va fermer"


La même lettre de menace du SPF Santé a été envoyé à un groupe de troc et vente entre particuliers de produits de vape en Flandres. "Ce groupe va fermer dans quelques jours. Si vous avez des questions ou des problèmes, contactez-moi par message privé. Je vais toujours essayer d'aider du mieux possible. Grâce au vapotage, j'ai arrêté de fumer depuis trois ans et je ne recommencerais jamais les cigarettes", explique Nicky B., administrateur du groupe en question. Simple vapoteur, le chauffeur de camion n'a pas les moyens de s'opposer au glaive fédéral. Les vapoteuses à bas prix, les dons et les échanges entre usagers de la région disparaîtront sous peu de cette page facebook, sauf solution alternative de dernière minute.

Guy Vanhengel vapote

Pourtant, le vapotage continue de faire sortir en masse du tabagisme les fumeurs belges depuis que le Conseil d'Etat a invalidé la prohibition de vente des liquides nicotinés début 2016. Signe des temps, même un Ministre de la région bruxelloise s'y est mis. Hier, lors du défilé officiel de la fête nationale, Guy Vanhengel vapote ostensiblement dans la tribune Royale aux côtés de Charles Michel, le chef du Gouvernement fédéral, et d'autres VIP. Camarade de parti de l'Open VLD de la Ministre Maggie de Block, le libéral démocrate bruxellois osera t-il glisser quelques mots contre la chasse aux sorcières vapoteuses que le gouvernement fédéral orchestre depuis le début de l'année? Une question qui vaut quelques centaines de millions d'euros de taxes tabac évaporées des caisses de l'Etat belge.

Sortie en masse du tabagisme malgré l'Etat

Une qui n'a pas eu peur de dire quelques mots, c'est Véronique. "Grâce aux bonnes explications des professionnels de la vape et des vapoteurs, je suis à un an sans clope grâce à la vapote", explique cette ex-fumeuse de 49 ans. Courageux aussi, le site de Tabac Stop Belgique de publier son témoignage en dépit du Maccarthysme ambiant. "Dire que l'Europe et notre Ministre de la santé mettent des bâtons dans les roues [aux vapoteurs]. Inadmissible", tempête la choriste belge qui assure avoir retrouver son souffle avec plaisir et enthousiasme. Mais les prochaines "Véronique" pourront-elles encore bénéficier des conseils et de l'aide de la part de vapoteurs désormais muselés sous la menace des amendes du SPF Santé? De leur côté, les médias belges s'en tiennent au silence...


mardi 20 juin 2017

[Invité] Belgique: Lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape à la députée Renate Hufkens (N-VA)

Publiée le 15 juin en néerlandais, nous publions cette lettre ouverte de l'Union Belge pour la Vape (UBV-BDB) adressée à la députée Renate Hufkens, de l'Alliance néo-flamande (N-VA). Elle suit de l'annonce de sa résolution au parlement pour taxer les produits de vapotage, en interdire la promotion et interdire les arômes dans les liquides nicotinés, au prétexte de la protection des jeunes. Dans le même temps, Johan Van Overtveltd, Ministre des finances appartenant au même parti N-VA, aurait fait part, selon le quotidien le Soir, de sa volonté de relancer la consommation de tabac pour améliorer les rentrées fiscales, jusqu'à envisager une baisse du prix des cigarettes. Ceci tombe à peine six mois après l'entrée en vigueur de l'Arrêté Royal particulièrement dur contre le vapotage. A notre connaissance, aucune réponse de la députée n'est parvenue à l'association des usagers belges...


Lettre ouverte à la députée Renate Hufkens (N-VA)
suite à sa proposition de taxe et d'interdiction des arômes du vapotage


C'est avec grand regret que nous avons appris que vous étiez en train de déposer une résolution au parlement pour des droits d'accises contre le vapotage et d'autres restrictions, telles que l'interdiction des arômes des liquides nicotinés.

Une nouvelle fois, vous démontrez n'avoir absolument rien compris à ce produit. Les vapoteurs ne fument pas! Le vapotagest l'outil parfait pour aider les fumeurs à faire le switch. Ce que vous faites revient à mettre l'eau au même niveau que le whisky. À l'heure actuelle, aucune étude sérieuse n'a pu identifier un risque éventuel. De plus, le prétendu effet "passerelledes jeunes vers le tabagisme via le vapotage n'existe pas.

Permettez-nous de vous rappeler la réalité. En Belgique, 77 personnes meurent chaque jour des suites du tabagisme. Tandis que, depuis 10 ans, aucun vapoteur n'est tombé malade à cause du vapotage. Le vapotage est essentiellement une alternative au tabagisme qui s'inscrit comme solution de réduction des risques et des méfaits.

L'Arrêté Royal publié par votre gouvernement manque complètement son objectif. Mais plus encore, il laisse des non-professionnels vendre des produits de vape à des mineurs [à partir de 16 ans]Savez-vous que trois procédures sont actuellement déposées au Conseil d'Etat contre cet Arrêté Royal ? Il est temps de vous reprendreAu lieu d'aider les citoyens, votre initiative risque de pousser des fumeurs vers la mort.

Le vapotagest au moins 95% moins nocif que les cigarettes selon les scientifiques. Le Pr Dautzenberg estime même que ce chiffre est très conservateur et il parle d'une réduction des risques de l'ordre de 99,9 %.

Ce que vous prévoyez de faire risque tout simplement d'être criminel. Vous devriez rassembler des informations fiables et éclairées auprès des organisations d'usagers, des professionnels de santé indépendants et des professionnels du secteur. Persévérer dans cette attitude vous coûterait des votes en plus d'être totalement inadéquate.

Si vous avez besoin de plus d'informations, n'hésitez pas à prendre contact avec 

En référence complémentaires:

vendredi 16 juin 2017

[Expresso] Pour relancer le tabagisme en Belgique, le N-VA veut taxer la vape, interdire ses arômes et baisser le prix du tabac [MàJ]

[ajout en fin article le 17-06-2017 à 10h30]
La Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) - l'Alliance néo-flamande - coordonne une nouvelle offensive pour relancer le tabagisme en Belgique. Renate Hufkens, cheffe du groupe N-VA au parlement, a déposé une résolution à la Chambre pour interdire les arômes dans les liquides nicotinés, interdire la promotion et surtaxer tous les produits de vape. En parallèle,  Johan Van Overtveltd, Ministre des Finances du même parti flamand, revient à la charge pour baisser les accises du tabac. Il a confié au Soir son souhait de "diminuer les prix du tabac pour moduler la baisse des ventes"

En janvier, le Ministre du budget s'était déjà ému d'un manque à gagner de plus de € 150 millions de taxes sur le tabac en 2016. "Les quatre premiers mois de 2017 s’annoncent pires encore. Selon le cabinet du ministre, les chiffres pour la période janvier-avril 2017 comparée à la même période de 2016 montrent des chutes de € 53,46 millions (-7,93%) de recettes, le volume de cigarettes chutant de 10%, celui du tabac à fumer de 25%", explique le journal bruxellois. "En Israël, ils ont abaissé l’an dernier les accises sur l’alcool et cela a généré une hausse considérable des recettes", argumente Johan Van Overtveldt à la sortie d'une rencontre avec son homologue israélien Moshe Kahlon cette semaine à Tel-Aviv.

Publié dans le Soir du 16 juin 2017
Explosion du nombre de vapoteurs, effondrement du tabagisme

La conjonction de cette annonce avec l'offensive parlementaire anti-vape de la leader du N-VA à la Chambre "interpelle" selon le Soir, tandis que le Cabinet Van Overtveldt confirme évidemment travailler sur le projet de sa camarade de parti. Une infographie du quotidien belge rappelle que 61% des vapoteurs belges ont pour principale raison de passer à la vape la volonté d'arrêter ou diminuer le tabac. Avec déjà plus de 150'000 vapoteurs en 2015 selon les statistiques officielles, le nombre de vapoteurs belges avaient explosé en 2016, suite à une décision du Conseil d'Etat légalisant la vente de liquides avec nicotine auparavant interdite, entraînant cette chute massive du tabagisme. 

Les autorités avaient réagi par un arrêté royal durcissant le régime du vapotage, contre lequel recourt notamment l'Union Belge de la Vape (UBV-BDB), et une politique de contrôles digne d'Eliott Ness contre les magasins de vape. Visiblement, malgré cette orchestration, le mouvement de sortie du tabagisme à l'aide du vapotage n'a pas été étouffé au plat pays. Cette nouvelle offensive concertée du parti flamand aura t-il la peau des libérés du tabagisme ou fera t-elle de nouveau long feu? ...

Edit 17 juin 2017 à 10h30 : Le Ministre Johan Van Overtveldt a démenti l'article du Soir par un tweet le qualifiant de "fake news". Il estime avoir parlé d'optimisation des rentrées de taxes, pas de baisse du prix du tabac. De son côté, le Soir confirme avoir recoupé les propos rapportés auprès de son cabinet.




lundi 13 mars 2017

Belgique: Les troupes de Maggie De Block vont-elles passer à tabac les vapoteurs ?

L'élan belge de libération du tabagisme va t-il être étouffé dans l’œuf par les services de la Ministre de la santé Maggie De Block ? Depuis février, les agents du Service public fédéral Santé publique (SPF) contrôlent les points de vente de produits de vapotage. "Tous les points de vente de cigarettes-électroniques sont visés. Nos agents travaillent tous les jours et à n'importe quelle heure", prévient Vinciane Charlier, porte-parole du SPF dans le quotidien la Meuse. Des dizaines d'agents auraient été recrutés spécialement pour ces brigades anti-vape. 

Des millions en fumée

Les troupes du SPF ont déjà saisi du matériel et même surpris des clients essayant des produits en magasin. Des boutiques ont dû faire détruire des produits jugés non-conformes par des entreprises spécialisées et en fournir la preuve au SPF. Des millions sont ainsi partis en fumée. Certains commerçants ont opté pour la mise en faillite devant les frais. A présent, le SPF veut passer au cran supérieur. "Les marchands risqueront alors des amendes, des saisies et la fermeture de leur commerce", menace la porte-parole du SPF. Parmi les lieux déjà contrôlés, de tout genre aussi bien vape-shops que kiosques, la moitié serait en infraction selon la fonctionnaire du SPF. 

Le tort éventuel des commerçants? Ne pas observer à la lettre l'interprétation du SPF de la nouvelle réglementation sur les produits de vapotage en Belgique, qui va au-delà de la directive européenne (TPD). Problème, l'interprétation du SPF de l'Arrêté Royal, entré en vigueur le 17 janvier, est difficile à cerner. Selon certains agents fédéraux, la nouvelle réglementation imposerait notamment aux commerçants:

  • l'interdiction de toute vente à distance (aussi via internet) ;
  • l'interdiction de faire essayer le matériel, y compris aux néophytes, geste qui serait assimilé à une promotion désormais interdite ; 
  • l'interdiction de vente de tout produit non notifié et homologué ; 
  • l'interdiction de vente aux moins de 16 ans, comme pour le tabac ;
  • l'interdiction de vendre des fioles de liquides nicotinés de plus de 10 ml et/ou à une concentration de plus de 20 mg/ml ; 
  • l'interdiction de vente de vaporisateurs avec un réservoir supérieur à 2 ml, ainsi que de ceux sans réservoir (dripper) ;
  • l'interdiction de publicité, d'affiches ou de films, d'information de santé et de toute promotion de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage ; 
  • l'interdiction de proposer des réductions ;
  • l'obligation d'étiquetage des produits reproduisant trois fois (sur l'emballage, le produit et sur une notice) et dans les trois langues nationales l'avertissement sur la présence de nicotine, y compris pour le matériel qui n'en contient pas, et de son caractère addictif, tel que voulu par l'Union Européenne.


Plainte contre le SPF ?

Cependant, d'un responsable fédéral à l'autre, les avis et les évaluations ne concordent pas. Les magasins remarquent l'arbitraire des exigences lors des contrôles. Aussi une entreprise ayant produit des stocks, après avoir pris des renseignements auprès du SPF, se retrouve finalement sur la brèche. Avec en jeu des investissements conséquents pouvant précipiter l'entreprise dans des difficultés financières. Le SPF serait déjà l'objet de poursuites judiciaires. L'interdiction de liberté d'expression du secteur du vapotage n'aide pas à rendre public les problèmes sans risque pour les protagonistes. D'où le silence radio des médias belges sur les manquements et errements problématiques du SPF sur ce dossier.

Des recours contre l'Arrêté Royal

En dehors des problèmes d'application, des recours ont été déposés contre l'Arrêté Royal lui-même. Un premier provient de la part de professionnels, à qui le Conseil d'Etat a refusé l'effet suspensif d'urgence mais dont la requête est maintenue. Si ces mesures sont présentées contre les professionnels, elles impactent évidemment aussi directement les usagers en les privant de choix, leur interdisant des produits adaptés à des besoins particuliers, et en les empêchant d'accéder à l'information et à l'essai de matériel. Des points essentiels a fortiori pour les débutants, à savoir des fumeurs qui tentent de sortir du tabagisme à l'aide de la vape et découvrent un nouvel univers. 

Des raisons qui ont motivé l'Union belge pour la vape (UBV-BDB), association d'usagers, a aussi déposé une requête en annulation de l'Arrêté Royal. L'association d'usagers a réuni les 7'000 € nécessaires par crowdfunding début janvier. "Ce sont des centaines de cotisants et de donateurs qui nous donnent aujourd'hui les moyens d'user du droit pour que la vérité éclate: la vape n'est pas du tabac!", explique l'UBV-BDB, forte de 800 membres. Un troisième recours à titre personnel soutient la démarche qui prendra probablement du temps.

Un gâchis sanitaire

Pourtant - ou peut-être, parce que -, l'année 2016 avait vu se multiplier les vapoteurs et un effondrement concomitant des ventes de tabac en Belgique. "Surtout depuis le début de l'année", s'enthousiasme le quotidien la DH en mai 2016. Principal déclic de cette prolifération d'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage: l'autorisation de vente des liquides nicotinés. Elle découle de la décision du Conseil d'Etat de suspendre la première version de l'Arrêté Royal sur les produits de vapotage, suite à un recours en urgence de professionnels. 

Deux autres choses ont concouru au passage au vapotage en masse de fumeurs. La décision de justice tombe à la même période qu'une hausse des prix du tabac, de l'ordre de 70 cts par paquet, et qu'un avis encourageant du Conseil supérieur de santé sur le vapotage. Une "petite révolution" où un rapport de l'autorité sanitaire reconnait l'utilité de la vape. "Il est normal que nous ayons changé d'avis. Plus de 200 nouvelles études sont sorties. (...) Il ne faudrait pas que la cigarette-électronique soit plus difficile à trouver que le tabac", explique à cette occasion un des 40 experts au journal le Soir.

Pour 151 millions d'euros

En 2015, l'enquête de la Fondation contre le cancer estimait déjà les vapoteurs à plus de 168'000, environ 6% des plus de 2 millions de fumeurs belges. Quasi inexistante encore en Belgique en 2012, l'essor de cette alternative à risques réduits a suivi la baisse du tabagisme, passé de 27% en 2013 à 20% en 2015 des plus de 15 ans. La corrélation entre la hausse du vapotage et la baisse du tabagisme est troublante. 

Elle a aussi troublé Johan Van Overtveldt. Mais c'est pour un autre aspect que le Ministre des finances est effondré en janvier dernier. Alors que son budget est dans le rouge, il s'aperçoit d'un manque à gagner de €151 millions sur les taxes du tabac en 2016. L'équivalent des taxes sur la consommation annuelle d'environ 100'000 fumeurs en moins. Le SPF n'a encaissé que €3 milliards au lieu des 3,2 milliards prévus. Un "trou" qui pourrait s'amplifier en 2017 si rien n'est fait pour endiguer la fuite des fumeurs. Le Ministre propose de relancer la consommation de cigarettes en abaissant leur taxe d'accise et leur prix par conséquence. Suggestion non retenue par le Gouvernement. 

La semaine suivante l'Arrêté Royal sur le vapotage entrait en vigueur. Depuis, sa mise en application par le SPF, digne d'Eliot Ness, n'est peut-être pas étrangère au soucis financier de l'Etat belge... La promesse d'un accès au vapotage au moins aussi facile qu'au tabac est d'ors et déjà parti en fumée. Les vapoteurs aguerris se débrouillent pour trouver des "plans". Mais qu'en sera t-il de l'offre pouvant attirer les fumeurs hors du tabac lorsqu'une bonne part des magasins indépendants aura rendu l'âme sous les coups du SPF ?





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