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dimanche 1 juillet 2018

Malgré l'été, les associations européennes sonnent la révolte contre les taxes punitives anti-vapoteurs

La Commission européenne aurait voulu éviter une participation trop importante, qu'elle aurait placé la consultation publique sur le projet de taxe tabac anti-vape en plein été. C'est ce qu'elle a fait. Les défenseurs d'approches de réduction des risques face au tabagisme se laisseront t-ils griller par l'astuce estivale ?

Ils ont jusqu'au 3 septembre pour donner leur réponse à la consultation. En français, l'association Sovape diffuse une aide en ce sens. Avec 15 autres organisations européennes*, elle lance également une pétition en ligne pour dire stop au projet de taxe anti-vape, qui pourrait en augmenter de 20%, 50% ou 100% le prix de vente. Ce même projet à l'échelle européenne avait déjà essuyé un refus clair et net de 89,9% des participants en 2017. Cette fois, les organisations se sont associées, première petite victoire, et elles ne se limitent pas à rejeter une taxe plancher minimale. Les défenseurs des droits des usagers de produits nicotinés à risque réduit suggèrent "de bannir toute accise sur le vapotage dans l’Union Européenne".

Bannir toute surtaxe de la vape en Europe

"La vape ne contient pas de tabac et surtout ne se consume pas. Le vapotage ne produit pas de fumée, pas de monoxyde de carbone, pas de goudrons ; vapoter réduit d’au moins 95 % les dommages à la santé par rapport à fumer des cigarettes. Les produits de vapotage ne sont pas des produits du tabac, ses usagers ne doivent pas subir de taxe punitive injustifiée", argumente le texte de la pétition lancée en plusieurs langues (anglais, estonien, français, italien pour le moment...). Au lieu de rester défensives et d'abandonner la population des pays hostiles au "droit à l’accès aux outils de réduction des risques, y compris pour les plus défavorisés", les groupes de défense des usagers ont choisi de contre-attaquer.

"La fiscalité anti-vape protège in fine le tabagisme, comme le montrent les effets sur la population des pays ayant déjà mis en place une telle taxe : Italie, Portugal, Grèce, Hongrie", énumèrent les associations. Pays précurseurs de fiscalité anti-vapoteurs en Europe, l'Italie a relancé son tabagisme, avec une nette baisse du vapotage à coup de 4€ de surtaxe par fiole, tandis que le Portugal conserve un taux de 26% de fumeurs depuis une décennie, avec une vape d'abord surtaxée de 6 € pour 10 mL, révisée à 3 € depuis 2017. Le constat des effets favorisant le tabagisme de ces politiques de taxation punitive contre les vapoteurs est affligeant. Ayant aussi suivi cette voie de répression taxative contre les vapoteurs, la Grèce et ses 37% de fumeurs ou la Hongrie et son explosion de vente de tabac à rouler le confirment.

Épidémie européenne de taxes contre la sortie du tabagisme

Ces exemples cancérigènes n'ont pas empêché une épidémie de taxation ces derniers mois, touchant désormais quatorze pays de l'Union Européenne. Pour la plupart, trop récents pour avoir des retours statistiques sur leurs effets. Pourtant, à l'opposé et de manière exemplaire, les britanniques et, depuis 2016, les français réussissent à faire reculer leur tabagisme sous l'impact du vapotage, bien que freiné par certaines limitations européennes. Ajouter un frein financier supplémentaire signifierait le sabotage de ce mouvement de réduction du tabagisme pour se calquer sur les fumeux modèles italiens et grecs.

Dans ces conditions, l'enjeu politique de la consultation devient clair: la Commission va t-elle niveler par le bas l'Europe vers une politique régressive, au mépris de la santé publique en privilégiant une taxation inique et favoriser le maintien du tabagisme? Ou veut-elle porter un projet progressiste tirant les pays les plus rétrogrades vers une politique de réduction des risques et de recul du tabagisme ? Taxe anti-vape ou politique de réduction des risques cohérente ?
Les citoyens vont-ils réagir aux projets de taxe de la Commission Européenne
contre ceux qui évitent de fumer avec la vape ?


Santé publique ou fric ?

Une des options à la question 29 de la consultation illustre une orientation envisagée par la Commission: "Les cigarettes électroniques sont essentiellement des produits de substitution aux cigarettes traditionnelles et devraient donc être traitées de la même manière afin de garantir une concurrence loyale". En clair, protéger le tabagisme et ses faramineux gains financiers pour les Etats, les cigarettiers et les pharmaceutiques, de la concurrence du moyen d'en sortir. Les Etats doivent-ils capitaliser sur les cadavres des 700'000 décès annuels liés au tabagisme estimés en Europe ou donner leur chance aux fumeurs avec un accès le plus libre possible à un moyen à risque réduit? Une question sur laquelle les citoyens vont devoir se mobiliser cet été s'ils ne veulent pas être condamnés à l'empire du cancer européen.

En plus de la relance du tabagisme à court terme, un autre effet, constaté dans les pays ayant adopté une taxe anti-vape, est la destruction de la filière spécialisée indépendante. Les sites et boutiques dédiées en premier lieu, les PME de vape dans la foulée. Adopter un tel régime permet non seulement de maintenir à bout de bras encore quelques années le tabagisme, mais prépare aussi le terrain à une reprise en main du marché de la vape par des multinationales. On laissera le lecteur imaginer qui sont les candidats susceptibles. Cela donne peut-être une idée pour qui roulent réellement les pro-taxes anti-vape, y compris lorsqu'ils habillent leurs discours de pseudo arguments sanitaires. 

Répression taxative, régression sociale

Les taxes sur le tabac sont connues pour être régressives. Autrement dit, elles frappent plus durement les pauvres que les classes aisées. Et ceci de manière redoublée. D'une part, la taxe perçue n'est pas proportionnelle aux revenus mais se fixe sur une consommation captive. D'autre part, le tabagisme est une pratique devenue au fil des années, un marqueur social des groupes défavorisés. Les ouvriers et employés ont des proportions de fumeurs deux fois plus importantes que les cadres supérieurs. Le taux de fumeurs chez les chômeurs est encore plus élevé, ainsi que les personnes souffrant de troubles psychiques. Les groupes stigmatisés, par exemple pour leur orientation sexuelle, ont également des parts significativement plus importantes que la moyenne.

Les effets de régulation de l'humeur de la nicotine expliquent, au moins en partie, cette tendance des groupes sociaux soumis à des stress liés à leurs condition de vie. Sans outil efficace de réduction des risques à disposition, la part de fumeurs des groupes défavorisés économiquement est aussi nombreuse à tenter d'arrêter que celle des classes favorisées, mais échouent deux fois plus souvent. Le suivi du Smoking Toolkit Survey (STS) montre que l'essor du vapotage, utilisé désormais par environ 35% des fumeurs qui tentent d'arrêter de fumer en Angleterre, a augmenté globalement les réussites de ces tentatives, passées en moyenne de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017. Cette augmentation concerne en priorité les personnes avec un statut socio-économique plus bas, dont le taux de succès à été multiplié par 1,66, selon le calcul des Prs Robert West et Jamie Brown.

Environ 35% des tentatives d'arrêts tabagiques anglaises se font avec la vape et 27% en France, impulsant dans les deux pays des chutes du tabagisme. La moyenne globale des tentatives à l'aide de la vape est passée de 3,7% à 9,7% dans l'Union Européenne entre 2012 et 2017. Ceci montre à la fois une marge de progression importante pour aider les fumeurs européens qui désirent arrêter, mais aussi que le mouvement prend de l'ampleur inexorablement. D'où probablement la réaction d'une série de gouvernements pour le freiner et compenser les baisses de revenu des taxes tabac. La démonstration de l'avidité des bureaucraties européennes, qui n'envisagent que de taxer sans même songer à des options de soutien, risque de nourrir la méfiance et le décrédibilisation de ses instances sur le dossier du tabagisme.

* Les seize organisations signataires de l'appel à la mobilisation contre le projet de taxe européen: Acvoda (Netherlands), Aiduce (France), Anesvape (Spain), ANPVU (Italy), Cyprus Vaping Association (Cyprus), DADAFO (Denmark), IG-ED (Germany), Initiativ Fräien Damp Lëtzebuerg (Luxembourg), La vape du Cœur (France), NNA Suitsuvaba Eesti (Estonia), NNA Sweden (Sweden), NNA UK (United Kingdom), ÖDC (Austria), Sovape (France), UBV-BDB (Belgium), Villanypára Egyesület (Hungary)


16 organisations européennes appellent à se mobiliser contre le projet de taxe anti-vapoteurs, notamment par une pétition

mercredi 30 mai 2018

Maladies Non-Transmissibles: l'OMS refuse le dialogue avec l'association indépendante d'usagers NNA

Le projet de rapport sur les maladies non-transmissibles (MNT) de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) continue de soulever la polémique. Outre l'association des usagers du vapotage en Allemagne IG-ED, une autre association d'usagers de produits nicotinés à risque réduit a proposé une contribution à la consultation publique ouverte par l'OMS: la New Nicotine Alliance britannique (NNA). Organisme de bienfaisance, la NNA publie ses comptes à la Charity Commission, fonctionne sur le bénévolat et stipule dans ses statuts n'accepter aucun financement de l'industrie du tabac ni même des dons de personnes liées d'intérêt avec le commerce de produits nicotinés. Et pourtant, l'OMS a rejeté sa contribution dans la catégorie "Commentaires reçus des entités avec lesquelles l'OMS ne s'engage pas". Sans autre explication. Le courrier de la NNA du 22 mai en demandant n'a pas reçu de réponse à ce jour de l'organisation onusienne.

Abus d'autorité injustifié

"Il est honteux que l'OMS ait décidé d'ignorer la voix de consommateurs tels que nous, et nous allons soulever cette question avec la communauté de santé publique au Royaume-Uni et les législateurs chargés d'approuver le financement de l'OMS. Nous estimons qu'il s'agit d'un abus d'autorité flagrant de la part de l'OMS et qu'ils devraient rapidement revenir sur ce point", dénonce un communiqué de la NNA ce matin. L'organisation rappelle que l'OMS adhère en principe à ses propres chartes d'Ottawa de 1986 et de Jakarta de 1997, qui prévoient d'inclure les usagers dans l'élaboration des décisions les concernant. 

Violations de la Convention-cadre anti-tabac par l'OMS

Mais le point sensible semble surtout que la NNA insiste sur le respect de l'approche de réduction des dommages stipulé à l'Article 1 d. de la Convention cadre de lutte anti-tabac de l'OMS, que le bureau anti-tabac de l'OMS censé administrer cette convention, viole et ignore totalement. "Les stratégies de réduction des risques doivent se concentrer sur l'élimination ou la réduction de l'exposition au tabac fumé en substituant le fumer par d'autres forme non-brûlée de nicotine, quelle que soit la source de la nicotine "propre"", propose la contribution de la NNA au projet de rapport de l'OMS sur les maladies non-transmissibles. L'organisation s'appuie pour défendre l'intégration de moyens de réductions des dommages à la politique anti-tabac sur un corpus scientifique allant des rapports du Royal College of Physicians (UK), du Public Health England, des statistiques européennes et même des rapports de l'OMS. On est assez loin de documents de l'industrie cigarettière. 

Mais le propos ne sied pas au bureau anti-tabac de l'OMS. Ce n'est pas vraiment un secret, celui-ci privilégie la guerre au vapotage et appelle à la criminalisation des vapoteurs sur le modèle Nord-Coréen et de la junte militaire Thaïlandaise, détentrice elle-même du Monopole du tabac dans son pays, et avec qui le bureau dirigé par Vera Da Costa a passé un partenariat financier. A strictement parler, le bureau censé faire appliquer la Convention cadre anti-tabac viole ainsi un autre de ses articles: celui de l'indépendance envers les intérêts financier de l'industrie du tabac.


mercredi 28 février 2018

Australie: une leçon de journalisme lors de l'interview du Ministre de la santé sur la radio 2GB

Une leçon de ténacité journalistique. La manière dont Ben Fordham a mené l'entretien ce 23 février de Brad Hazzard, Ministre de la santé de la province de New South Wales, à propos de la prohibition du vapotage nicotiné en Australie est un modèle de courage opiniâtre. L'animateur de Sydney Live sur 2GB, la radio n°1 de la plus grande ville australienne, insiste près de dix minutes pour que le Ministre explique les raisons de la politique répressive contre les vapoteurs. "Il y a une demande du public envers les législateurs pour qu'ils cessent d'ignorer les preuves scientifiques sur le vapotage", souligne Ben Fordham s'appuyant sur la récente mise à jour du rapport scientifique du Public Health England, tandis que le bus "Vape Force One" a sillonné le sud de l'Australie pour informer et mobiliser sur la question ces dernières semaines

Bafouillage et langue de bois, le Ministre Brad Hazzard fuit la question. Le journaliste ne lâche pas l'affaire. Il insiste et diffuse les témoignages de vapoteurs ayant ainsi arrêté de fumer. Le Ministre répète qu'il n'empêche pas le vapotage, qu'il ne peut pas le faire d'ailleurs. Mais qu'il interdit "seulement" de vapoter en public. Esquivant lâchement le fond du rejet de l'approche de réduction des risques, et dans le détail, la question cruciale de l'interdiction de vente de liquide nicotiné. 
Le roi est nu


Une interdiction des liquides nicotinés qui revient de fait à la prohibition de l'outil de réduction des méfaits alors que les cigarettes sont en vente libre, certes au prix le plus élevé au monde. Ce refus de l'approche de réduction des méfaits est "à l'envers. Nos ministres ont la tête dans le sable", persifle Ben Fordham. Le Ministre s'en tire sans répondre. Mais le roi est apparu singulièrement nu, semblant ne rien connaitre du dossier d'autre que ce dont l'ont "informé les avis de toute une gamme de spécialistes ici en Australie", selon ses propres termes

En Australie, l'idéologie puritaine "pro-abstinence only" règne sur le domaine. Au moins, les australiens ont des journalistes. En Suisse, la même prohibition du vapotage nicotiné au bénéfice du tabagisme n'a pas soulevé de telle velléité chez les animateurs médiatiques romands.

A écouter en anglais, l'interview du Ministre Brad Hazzard par Ben Fordham :



Add 28-02-2018 à 11h30: Ben Fordham poursuit le thème du vapotage cette semaine avec l'interview ce matin du Dr Colin Mendelsohn, favorable à une approche de réduction des méfaits contre le tabagisme:

lundi 18 décembre 2017

La panne du modèle anti-tabac australien fait le bonheur de la mafia (1) [MàJ]

"Il faut avoir la loi la plus dure possible. Il faut faire que les fumeurs se sentent comme des lépreux. Il faut rendre leurs vies horribles". La déclaration du député Craig Kelly à l'hebdomadaire Saturday Paper en septembre ne parait même plus outrancière dans le contexte australien. Le Président de la Commission parlementaire sur le tabac illicite exprime l'idéologie prédominante des autorités aussies sur le tabagisme. Pionnière du paquet neutre depuis 2012, pratiquant les prix de cigarettes les plus élevés au monde en plus d'une propagande agressive contre les fumeurs, l'Australie ne réussit pourtant plus à faire baisser son tabagisme. Depuis 2013, la part de fumeurs est stable selon les statistiques officielles de l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW)"Pour la première fois, il n'y a pas eu de réduction statistique significative du taux de tabagisme, et même une légère hausse du nombre de fumeurs", déclare le Pr Colin Mendelsohn, expert en santé publique à l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian.

En 2016, l'Australie est repassée au dessus des 2,4 millions de fumeurs sur une population de 18,7 millions d'adultes. En parallèle, le marché noir de tabac explose et les affaires de corruption des forces de police des frontières se multiplient. Réflexe répressif, le budget dédié contre le trafic de tabac prend l'ascenseur. En dépit des signes de panne de leur modèle, dont nous dressons le constat à grand traits ici, les ultras de la la lutte anti-tabac australiens ne se départissent pas d'une ligne hostile à toute aide aux fumeurs à s'en sortir. Symptôme de ce dogmatisme, leur forcing pour maintenir l'interdiction de vente de liquides de vapotage nicotinés, jusqu'à faire des déclarations trompeuses au parlement. Nous essaierons d'écrire un second volet sur l'impasse dans laquelle se trouvent bloqués les australiens.

Tabagisme en stagnation depuis 2013

Publiées le 28 septembre, les dernières statistiques gouvernementales recensent 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016. Ce chiffre exclue les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes n'est mentionné que dans les données brutes de l'enquête. Laissant de côté les étranges pratiques statistiques australiennes - exclusion des indigènes mais aussi fixation d'un inhabituel âge de 14 ans pour le taux général de 12,2% mis en avant dans les médias -, le débat local se focalise sur la panne de la dynamique de réduction du tabagisme. "L'analyse révèle que le nombre de fumeurs a diminué entre 2010 et 2013 de 317'000 personnes, mais il a ensuite augmenté de 21'000 fumeurs supplémentaires entre 2013 et 2016", explique Adam Creighton, journaliste de l'Australian.


Baisse chez les ados, légère hausse chez les quadras

Bien que la stratégie actuelle combinant paquet neutre et hausses de prix semble avoir un effet positif de réduction du tabagisme chez les jeunes, elle se révèle inopérante pour les fumeurs établis, notamment d'âge moyen. Entre 2013 et 2016, la part de fumeurs non-indigènes des 12 à 17 ans aurait été divisée de moitié, portant l'âge moyen d'initiation tabagique à plus de 16 ans. Ce chiffre est cependant annoncé avec l'avertissement d'une importante marge d'erreur possible par l'AIHW. Tandis que les taux de fumeurs non-indigènes des 30 à 49 ans ont augmenté entre 3% et 4%.

Cette légère hausse du nombre de fumeurs australiens semble se confirmer avec les résultats du monitorage des eaux usées. Initié en 2016, les données n'ont pas assez de profondeur temporelle pour en tirer des conclusions solides. Mais entre août 2016 et février 2017, "dans le territoire de la capitale australienne et la plupart des Etats, les relevés sur les quatre périodes montrent une légère hausse de la consommation de tabac", explique le second rapport national de monitorage des eaux-usées australien publié en juillet dernier. Ce suivi mesure le taux de cotinine, la métabolite de la nicotine, dans les eaux-usés. En février dernier, il évaluait la consommation à environ 1'200 cigarettes quotidiennes pour 1'000 habitants en moyenne.

En plus du paquet neutre, l'Australie utilise lourdement l'arme des taxes contre le tabac. Depuis septembre, un paquet de cigarettes courant coûte 35 $aus (environ 22€ ou 25Fs). Les prix vont continuer de grimper, à raison de 12,5% par an, pour que le paquet le moins cher atteigne plus de 40 $aus (environ 27€ ou 30Fs) d'ici 2021. Les prix des cigarettes en Australie sont les plus élevés au monde, et le tabagisme stagne. Une opportunité saisie par les trafiquants d'offrir du tabac illicite qui, sans taxe, se négocie à environ moitié moins cher sur le marché noir. 

De 8% à 30% du tabac vendu au marché noir

Le trafic atteindrait l'équivalent d'un milliard $aus selon l'Australian Border Forces (ABF), la police des frontières australienne. Un chiffre contesté par Rohan Pike qui évalue la contrebande de tabac à quatre fois plus dans son rapport à la Commission parlementaire sur le tabac illicite, selon le Sydney Morning Herald"Le prix actuel du tabac, conjugué à la perception publique que les seules victimes du trafic illicite de tabac sont les gouvernements inefficaces et corrompus ainsi que les fabricants de cigarettes, a amené les fumeurs vers les produits de contrebande", explique Rohan Pike, fondateur du groupe spécial anti-tabac de l'ABF et désormais consultant sur le commerce illicite de tabac.

[MàJ- 19-12-2017] La nouvelle évaluation de l'ABF, annoncée fin octobre (mais que j'avais raté au moment de la rédaction), évoque une part de 15% de tabac illicite sur le total du tabac consommé sur l'île. Le rapport annuel des douanes fait état que les saisies de tabac ont doublé en 2016-207, par rapport aux années précédentes. Ceci peut être un indice d'une augmentation du volume du trafic.

De son côté, John Silvester, dans le Sydney Morning Herald du 16 décembre, explique que les hausses de prix des cigarettes ont fait exploser le trafic de tabac pour la raison assez simple du niveau de retour sur investissement. "En investissant 200'000 $ dans la cocaïne, on peut espérer un rendement de 1,6 million de dollars. Investir le même montant dans les cigarettes de contrebande en provenance de Chine et le retour serait de 10 millions de dollars", explique le journaliste spécialisé sur la criminalité. Il évoque également l'explosion de braquages visant les cigarettes pour les revendre au marché noir australien. [/]

Entre ces deux évaluations, le cabinet KPMG avance un taux de 14%, équivalent à 1,7 milliards $aus, de tabac illicite consommé sur l'ensemble du marché australien. Mandaté par les trois grands cigarettiers, les enquêteurs de KPMG ont le mérite de livrer leur méthodologie basée notamment sur le ramassage de paquets de cigarettes et de feuilles à rouler usités. Difficile de trancher entre ces évaluation allant de 8% à 30% du marché aux mains de la contrebande, estime le Dr Colin Mendelsohn sur les ondes de Tasmania Talks. Par définition, le marché souterrain échappe aux mesures précises.

Pas de marché noir ?

Artisan de la politique anti-tabac actuelle, le Pr Simon Chapman se mure dans le déni sur la question. "Il doit y avoir des centaines de milliers de touristes fumeurs qui viennent en Australie chaque année", évacue le titulaire d'un doctorat en communication en réaction au rapport de KPMG fin 2013. Fin 2015, plutôt que d'accuser les fumeurs étrangers, Simon Chapman nie cette fois l'existence d'un marché noir de tabac, du moins d'un volume conséquent. "Comment les fumeurs ordinaires pourraient trouver [du tabac illicite] avec cette soi-disant facilitée consommée, alors qu'avec toutes leurs ressources la police fédérale et les inspecteurs des impôts ne parviennent pas souvent à le faire?", questionne t-il de manière rhétorique dans the Conversation.

Le démantèlement d'un réseau de trafiquants début août parait infirmé les propos du Pr Chapman. Dans le sillage du coup de filet coordonné par Interpol, deux agents de l'ABF sont limogés. La police des frontières se retrouve sur le grill après la publication, par Fairfax Media, de documents confidentiels liés à l'affaire. D'une part, l'existence d'un réseau de plus de 350 points de vente de tabac illicite est mise à jour. Autre révélation, les forces de la police des frontières étaient infiltrées, au moins depuis 2008, par des agents du réseau démantelé. Au travers des affaires révélées, on comprend que le tabac est devenu un business intégré par les trafiquants.

"La réglementation a créé un environnement à faible risque et à grands bénéfices pour le crime organisé", insiste pour sa part Rohan Pike. Cigarettes de marques en contrebande, contrefaçons et marques "blanches" côtoient le tabac en vrac, surnommé chop chop par les Australiens, sous les comptoirs des épiciers ou sur des zones de marché noir.

225 tonnes de tabac illicite saisies en deux ans


Pourtant en juin 2015, la police des frontières se flattait d'une saisie record de 71 tonnes de tabac de contrebande. Mais aucune poursuite n'e s'en est suivie. Selon le Sydney Morning Herald, cette affaire, que le quotidien qualifie de "farce", illustre l'impuissance des forces de police débordées par le trafic malgré son budget augmenté de 7,7$aus millions par le Ministre Peter Dutton. Pour sa défense, l'ABF affirme ne pas chômer. Ces deux dernières années, 225 tonnes de tabac ont été saisies et une centaine de personnes impliquées dans le trafic de tabac poursuivies, selon les déclarations du porte-parole de l'ABF au Financial Review. Une saisie qui reste marginale en regard des estimations oscillant entre 1'300 et 5'000 tonnes de tabac illégal vendues par an en Australie.

Autre source de tabac illicite, des plantations locales ont émergées malgré l'interdiction d'en cultiver depuis 2006. En mars dernier, l'Australian Tax Office (ATO) mettait la main sur deux lieux de production dans les New South Wales et à Victoria. "Le marché noir est assez important. Il y a un véritable engouement dans la communauté avec les prix élevés actuels des cigarettes légales", déclare alors Peter Vujanic, Commissaire de l'ATO au journal ABC.

L'émeute des patchs nicotinés

Autre manière de contourner la prohibition du tabac en vigueur en prison depuis 2015, on y fume des cigarettes roulées de thé aspergé de nicotine dans des feuilles arrachées à la bible. Méthode catastrophique pour les poumons, selon un témoignage publié par Vice. Une émeute se déclenche à la prison de Risdon du 9 août"Le Service pénitentiaire de Tasmanie a décidé de reconsidérer son programme de thérapie de substituts de nicotine après une émeute des prisonniers durant huit heures à Risdon le mois dernier, apparemment en réaction à la fin progressive planifiée de l'accès aux patchs nicotinés", rapporte le Mercury début septembre.
L'alternative du vapotage interdite

L'Australie n'a jamais connu un tabagisme aussi omniprésent qu'en Europe, où les troupes américaines ont largement distribué des Lucky Strike au "goût de liberté" après la 2ème guerre mondiale. Selon les statistiques officielles, le tabagisme australien était de "seulement" 25% en 1990. Depuis, la politique anti-tabac a réussi à réduire de moitié le tabagisme. Une tendance générale aux pays occidentaux sur cette période. Les britanniques ont même réduit plutôt plus fortement leur tabagisme, en suivant certaines mesures communes avec les australiens.

Alors que les britanniques se sont ouverts à l'intégration de l'approche de la réduction des méfaits depuis cinq ans, l'Australie reste sur une ligne puritaine d'harcèlement des fumeurs. Cette approche unilatérale n'est-elle pas en train de devenir contre-productive? L'essor du marché noir semble en train de créer une offre de tabac hors de tout contrôle des autorités. Ouvrant une logique de gonflement à l'infini des budgets policiers que l'on connait déjà pour d'autres substances, telles que le cannabis.

Faire quelque chose pour aider les fumeurs?

Pointée comme une des causes de ce maintien du tabagisme établi, l'absence d'aide aux fumeurs, symbolisée par l'interdiction de vente des liquides de vapotage nicotinés. "Il est temps d'en finir avec cette interdiction ridicule du vapotage et de commencer de faire quelque chose pratique pour aider les fumeurs à sortir des cigarettes", tranche le Senateur David Leyonhjelm, leader du Parti libéral démocrate. L'Australie est le dernier pays occidental, avec la très tabaco-pharmaceutique Suisse, à maintenir la prohibition des liquides de vapotage nicotinés. Pour une dynamique similaire, même si les niveaux y sont sensiblement différents, de maintien du tabagisme. La Nouvelle-Zélande, jusque-là sur un modèle identique à ses voisins australiens, a perçu les limites de l'approche "abstinence only", notamment en matière d'inégalités sociales. Elle a opté pour une politique anti-combustion intégrant la réduction des méfaits avec le vapotage.

"L'Australie fait tout ce qu'elle peut en terme de lutte anti-tabac, mais la différence clef avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis où les taux de fumeurs ont dégringolé ces dernières années, c'est la forte hostilité australienne au vapotage", explique Alex Wodak, Directeur de l'Australian Drug Law Reform Foundation. L'Australie va t-elle savoir réformer son modèle ? 
A suivre...

Mise à jour 12 mars 2018 : les ventes légales de tabac ont augmenté durant les quatre trimestres de 2017, pour la première fois depuis 2004. Elles atteignent près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) sur l'année. "Une inversion de tendance de fond inquiétante", selon le Pr Mendelsohn. Voir notre brève plus détaillée.

dimanche 19 novembre 2017

"L'engagement réciproque entre vapoteurs et santé publique est primordiale" insiste Sarah Jakes de la NNA à l'E-Cig Summit


Sarah Jakes est la Présidente de la New Nicotine Alliance (NNA) britannique. Hier, la défenseure des usagers de moyens de consommer de la nicotine à méfaits réduits intervenait au 6ème E-cig Summit. Le Sommet sur le vapotage organisé à la Royal Society de Londres. Scientifiques, tabacologues, organismes de santé publiques et défenseurs des usagers s'y rencontrent chaque année depuis 5 ans. Nous avons traduit, avec un énorme coup de main d'Olivier, les notes de l'intervention de Sarah Jakes, mises en ligne par la NNA sur leur site. En attendant la vidéo qui sera probablement mise en ligne d'ici quelques semaines. Les thèmes abordés par cette voix des usagers nous ont paru essentiels à partager.


«  Il y a quatre ans, presque jour pour jour, j'étais assise au fond de cette pièce. J'essayais autant que possible d'être invisible, en vapotant discrètement comme demandé. Je ne vapotais que depuis environ 6 mois, mais j'étais déjà une participante active au mouvement massif de consommateurs contre les règlements de l'Union Européenne, qui étaient à l'origine médicaux sous tous les aspects sauf le nom.



Un mois à peine avant ce premier sommet, les vapoteurs avaient réussi à renverser cette réglementation qui devait être imminente. Ils l'ont fait simplement avec leurs témoignages. Des milliers de personnes ont écrit à leurs représentants au Parlement européen pour leur parler de leur passage du tabagisme au vapotage et des améliorations apportées à leur santé et à leur vie.

À cette époque, nous avions l'impression d'avoir peu, si ce n'est pas, d'alliés. D'énormes industries multinationales ayant des intérêts directs dans le tabagisme ou la cessation tabagique exerçaient des pressions contre nous. Les membres de la communauté de santé publique, s'exprimant à haute voix, niaient la vérité de nos expériences et même notre existence, ainsi que les choses que nous avions vues de nos propres yeux jour après jour.


Et alors, j'étais là, assis dans une salle avec des centaines d'autres, à regarder des universitaires et d'autres experts venir sur cette scène et dire ce que nous, nous savions déjà. Le vapotage devrait être soutenu et non pas craint, il a le potentiel de changer la vie de millions de personnes.

Les vapoteurs passionnés constituent une foule très diverse, mais nous avons tous certaines choses en commun. Nous voulons partager nos expériences et protéger quelque chose que nous aimons. Nous voulons également veiller à ce que d'autres personnes aient l'occasion de faire les choix que nous avons faits, au moment qui leur convient.

Nous voulons que les législateurs comprennent pourquoi la réglementation qu'ils jugent si merveilleuse n'est vraiment pas une bonne idée. Nous le comprenons parce que nous avons créé le vapotage. Ce sont les vapoteurs qui ont pris la cigarette électronique originale, l'ont démontée et l'ont transformée en quelque chose qui fonctionne. Grâce à des milliers de canaux informels tels que les forums ou les revues sur YouTube, nous avons poussé l'industrie à améliorer la conception et les options. Et nous continuons à le faire aujourd'hui.

L'industrie indépendante du vapotage a toujours été très sensible aux besoins des consommateurs. Vous savez pourquoi ? Parce que la plupart d'entre eux sont issus de nos rangs. La seule différence avec nous, c'est que leur enthousiasme leur a fait franchir l'étape supplémentaire de la création d'une entreprise.

Donc, quand vous voyez notre révolution chaotique, rappelez-vous que ce que vous voyez, ce sont des gens qui essaient de vous empêcher de tout foutre en l'air. Pour ce faire, certains d'entre nous ont également dû franchir un pas supplémentaire - pour devenir des militants presque à temps plein.

Les défis pour les défenseurs des consommateurs dans ce domaine ont été énormes et souvent écrasants. Nous sommes tous d'anciens fumeurs et, permettez-moi de le préciser, nous sommes tous irrités par la façon dont les fumeurs sont traités. Nous nous opposons naturellement aux méthodes coercitives qui forcent les fumeurs à cesser de fumer et nous détestons la stigmatisation des fumeurs qui va toujours de pair avec ces méthodes.

Et pourtant, nous félicitons et soutenons ceux qui passent du tabagisme au vapotage, tout comme la santé publique pourrait bien le faire pour tous ceux qui réussissent à cesser de fumer. On pourrait dire que nos objectifs sont les mêmes - mais nos idées sur la façon d'y arriver sont souvent très différentes.

En raison de ces différences, il a souvent été difficile de s'asseoir à la table de discussion. Au Royaume-Uni, la New Nicotine Alliance a eu la chance d'avoir le soutien de Public Health England, qui nous a ouvert un grand nombre de portes, mais a également suscité des soupçons au sein de la communauté du vapotage. Depuis que je milite, on m'a traité de "troll", de complice de l'industrie du tabac, de toxicomane atteint de lésions cérébrales, et ça, ce n'est que par des gens de la santé publique. Dans le même temps, j'ai été accusée d'être vendue à la lutte antitabac par des gens de mon propre bord. Rien de tout cela n'est vrai, mais ça met du piquant dans la vie...

De nombreuses campagnes de consommateurs sont par nature libertaire et pro-choix. Le vapotage ne fait pas exception. La phrase "foutez-le camp et laissez-nous tranquilles" résonne souvent dans ma tête. La liberté de choisir ce que nous voulons faire de notre propre corps est vitale pour nous. Et cette liberté s'érode.

Mais le vapotage est plus qu'une campagne pro-choix. Alors que de nombreux fumeurs le considèrent simplement comme une alternative plus agréable au tabagisme, beaucoup d'autres accordent plus d'importance à la réduction des risques pour leur santé ou à la possibilité d'utiliser le vapotage pour arrêter de fumer. Il n'est pas facile de représenter tous ces points de vue sans s'attirer les critiques d'un côté ou de l'autre.

Mais ces éléments ne s'excluent pas mutuellement. Si le vapotage est une alternative agréable au tabagisme, les gens qui choisissent de changer ou d'adopter le vapotage au lieu de fumer minimisent le mal qu'ils se font à eux-mêmes, que ce soit ou non leur intention.

C'est pourquoi l'engagement entre les vapoteurs et la santé publique est important pour les deux parties. Pour la santé publique, le vapotage devrait être un outil important de réduction des méfaits. Mais comme tout outil, il ne fonctionnera pas si vous ne comprenez pas comment et quand l'utiliser. Et cela ne fonctionnera pas pour nous si la santé publique tente d'en faire quelque chose qu'il n'est pas. Alors qu'est-ce que ce n'est pas ?

Le mot "plaisir" semble être une sorte d'anathème pour certaines personnes dans la santé publique. L'un des plus grands défis pour les consommateurs est d'obtenir des organismes de réglementation, et de ceux qui les conseillent, qu'ils comprennent que pour un grand nombre de gens, le vapotage n'est pas un médicament ni simplement une intervention de désaccoutumance au tabac. Le vapotage fonctionne pour arrêter de fumer précisément parce que ce n'est pas ces choses-là. Ça marche parce qu'ils aiment ça.

Ils adorent la personnalisation rendue possible par la diversité du marché des appareils et les milliers de saveurs disponibles. Ils aiment l'identité de vapoteur et le sens de la communauté que cela implique. Ils aiment que le vapotage soit semblable au fait de fumer, mais en même temps à un million de kilomètres de la fumée.

Mais il est important aussi de se rappeler que pour beaucoup de gens le vapotage est purement fonctionnel. Ils ne peuvent pas ou ne veulent pas dépenser beaucoup d'argent dans les appareils, ils ne sont pas forcément intéressés par la personnalisation ou de faire partie d'une communauté. Ils veulent juste quelque chose qui fonctionne. Pour eux, trop de choix peut être une perspective décourageante, et ils peuvent trouver toute la culture du vapotage intimidante. Moi aussi, ça m'impressionne parfois.

Pour certaines de ces personnes, un bon magasin de produits de vapotage peut faire toute la différence. Parce qu'elles peuvent essayer des produits avec l'aide d'une expertise et d'un soutien dans le monde réel. Pour d'autres, la réponse peut être la confiance qu'un Service d'arrêt du tabac pro-vapotage peut leur offrir, où ils peuvent recevoir des conseils impartiaux et un soutien comportemental.

Si la santé publique veut vraiment maximiser les avantages du vapotage, elle doit reconnaître que toutes ces expériences sont toutes aussi valides et valables. Tout comme l'industrie. Les deux devraient se demander "que pouvons-nous ajouter", et non pas "qu'est-ce que nous pouvons restreindre". Poser les bonnes questions - non pas "est-ce que cela fonctionne?", mais "pourquoi est-ce que cela fonctionne?" et surtout "comment pouvons-nous aider encore plus de gens à faire en sorte que cela fonctionne pour eux?".

Parlez aux vapoteurs. Écoutez et apprenez de leurs expériences. Mieux comprendre ce qui motive les gens à fumer et à vapoter (un indice : ce n'est pas seulement, ou même la plupart du temps, une question d’addiction). Parlez aux fumeurs et renseignez-vous sur les obstacles à leur transition, et trouvez des moyens de les aider à les surmonter, si c'est ce qu'ils veulent faire.

Des chercheurs travaillent déjà dans ces domaines, mais leurs voix se perdent dans la cacophonie des communiqués de presse politisés qui font la une des journaux tous les jours.

L'un des domaines où la santé publique doit vraiment s'améliorer est celui de la perception du public. Et je ne parle pas seulement des risques relatifs. Les politiques de lutte contre le tabagisme ont conduit à la stigmatisation des fumeurs sur une échelle qui ne serait pas acceptée contre toute autre minorité.

Le public déteste les fumeurs, et maintenant il déteste les vapoteurs - non pas parce qu'ils croient que la vapeur est nocive, mais parce qu'à leurs yeux, les vapoteurs ne sont que d'horribles fumeurs qui contournent les règles. "Ils sont en train de vapoter là où ils ne devraient pas. En plus, ils n'ont même pas d'horribles maladies  pour les punir de leurs sales habitudes".

Ce genre de préjugé a entraîné des restrictions étendues sur le vapotage, malgré le fait qu'il n'y a pas d'interdiction légale dans ce pays. Beaucoup de vapoteurs ne veulent pas de la sympathie du public, au titre d'avoir arrêté de fumer ou qui essaient de le faire. Nous sommes habitués au fait que le public n'a aucune sympathie pour les fumeurs, ex- ou autres. Ce que les vapoteurs veulent, c'est beaucoup plus de tolérance à l'égard de quelque chose qui n'affecte presque pas autrui.

Les vapoteurs sont, dans l'ensemble, parfaitement capables de déterminer où le vapotage est ou n'est pas approprié, et aussi d'être attentionnés. Mais pourquoi devraient-ils avoir du respect pour des organisations comme les nombreuses organisations de santé qui, bien qu'elles aient apparemment soutenu la récente campagne Stoptober [équivalente au Mois sans tabac en Angleterre] qui incluait l'option du vapotage, interdisent de manière générale de vapoter même à l'extérieur ?

Ne me lancez même pas sur les autorités locales [anglaises], vous pouvez lire leurs efforts épouvantables dans un nouveau rapport publié il y a deux jours de la Freedom Association.

Quel message ces politiques transmettent-elles aux fumeurs ? Pourquoi ceux-ci devraient-ils croire que le vapotage est moins nocif que le tabagisme alors que le vapotage est traité de la même façon ? Pourquoi un fumeur envisagerait-il de passer d'une activité restreinte et méprisée à une autre tout autant ? Autant continuer à fumer...

L'une des plus grandes divisions entre les consommateurs et la santé publique, ainsi qu'au sein même de la santé publique, est le jeu entre la réduction des méfaits pour les fumeurs actuels et les anciens fumeurs et la prévention d'une nouvelle génération d'utilisateurs de nicotine.

Trop souvent, il est clair que les choix que les adultes peuvent faire, que ce soit pour des raisons de santé, de richesse ou de plaisir, sont considérés comme moins importants que les risques théoriques et très probablement minimes pour les futurs enfants théoriques qui, théoriquement, peuvent se mettre à vapoter.

De nombreux consommateurs se demandent pourquoi une nouvelle génération d'utilisateurs de nicotine est-elle même un problème. Etant donné qu'il n'existe aucune preuve crédible de l'existence d'un effet passerelle, et que le monde ne semble pas avoir de problème avec une nouvelle utilisation de stimulants semblables comme la caféine.

Bien sûr, en termes de santé absolue, il est préférable de ne rien inhaler d'autre qu'un bon air de montagne. Ou de rien boire d'autre que de l'eau de source. Ou de ne rien manger d'autre qu'un régime parfaitement équilibré qui implique probablement des smoothies de chou frisé. Mais dans le monde réel, beaucoup d'entre nous ne veulent pas vivre comme ça - nous voulons profiter du temps dont nous disposons.

Nous voulons profiter d'un bon verre bien frais de Sauvignon Blanc sans penser au cancer du sein. Nous voulons pouvoir emmener nos enfants voir le spectacle du gros camion rouge à Noël sans être qualifiés de parents irresponsables. Nous voulons être capables de faire nos propres choix à partir d'informations fiables et nous voulons que les messages de santé publique cessent de nous priver de tout ce qui, pour nous, rend la vie un peu moins ennuyeuse.

Mais il y a autre chose dans cette histoire. Dans tous les domaines que je viens de mentionner, il y a des gens dont le but ultime n'est pas d'informer ou d'éduquer le public, ni même de l'inciter à faire de meilleurs choix. Il y a des gens qui occupent des postes influents dans la lutte antitabac et qui sont tellement déterminés à détruire l'industrie du tabac plutôt que de la laisser évoluer ou s'adapter qu'ils le feront à n'importe quel prix. Y compris celui de la santé et du bien-être de ceux qui, autrement, pourraient se tourner vers des solutions alternatives plus sûres.

Il ne fait aucun doute que l'industrie du tabac mérite sa réputation, mais combattre ses mensonges avec vos propres mensonges fait des consommateurs des dommages collatéraux. Ne croyez pas une minute que vous faites des faveurs aux fumeurs si vous mentez au sujet des solutions de rechange plus sûres simplement parce que l'industrie du tabac les vend.

Toutes les grandes compagnies de tabac investissent maintenant dans des produits de réduction des méfaits. Oui, je sais, elles continuent de vendre des cigarettes et de combattre les efforts de la lutte anti-tabac partout dans le monde. Mais le changement, surtout dans des organisations aussi vastes et complexes que l'industrie du tabac, qui en répond devant ses actionnaires, prend du temps.

N'oubliez jamais que ce n'est pas seulement l'industrie qui devra faire la transition vers des produits plus sécuritaires, mais aussi et surtout les fumeurs. Et pour que la réduction des méfaits soit un succès à l'échelle que la santé publique aimerait voir, les fumeurs doivent le vouloir. Or, l'Amérique le découvrira si elle continue sur sa lancée actuelle, on ne peut pas les forcer. Vous ne devriez pas suivre ce chemin non plus.

Donc, si vous voulez combattre l'industrie du tabac, combattez-la avec la vérité. Assurez-vous que leurs clients savent qu'il existe une solution de rechange plus sûre et quand leurs clients partiront, ils devront les suivre.

Tenez-les responsables. S'ils disent qu'ils veulent que leur entreprise passe à des produits plus sûrs, assurez-vous qu'ils continuent dans cette direction. Mais soyez pragmatiques. Cela ne se produira pas pendant la nuit et cela n'arrivera pas du tout si vous les bloquez continuellement simplement à cause de qui ils sont.

Est-il donc possible de s'engager à tous les niveaux avec l'industrie du tabac et de rester crédible ? Trop souvent, nous voyons de bonnes personnes, avec des points de vue différents et valables, qui sont rejetés, non pas parce qu'il y a quelque chose de faux dans ce qu'elles disent, mais sur la base de calomnies et d'insinuations d'une influence de l'industrie du tabac.

Plus tôt cette année, Derek Yach a annoncé la création de la Smoke-free World Foundation. Une organisation qui, basiquement, prend un milliard de dollars de Philip Morris (PMI) et l'utilisera pour financer des recherches indépendantes sur les produits à risques réduits. Comme nous l'a dit plus tôt  [durant l'Ecig Summit] le professeur Etter, l'idée a été vilipendée par de nombreux intervenants de la lutte antitabac. De plus, l'idée d'un financement de PMI pour un "monde sans fumée" n'a pas été non plus bien accueillie par les groupes pro-fumeurs.

La suspicion et l'antipathie des deux côtés sont tout à fait compréhensibles et il est juste d'être prudent. Mais si cette fondation échoue, c'est encore une fois le consommateur qui perd. Il est essentiel de disposer d'études bien financées et d'une surveillance indépendante adéquate pour permettre aux consommateurs de prendre des décisions éclairées. Ils pourraient aussi attendre longtemps pour que soit contré le déluge de la science-poubelle qui fait constamment les gros titres.

Alors que des géants comme la Food and Drug Administration (FDA) américaine, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et même la Commission Européenne injectent d'énormes quantités de ressources dans le financement d'études afin de soutenir leurs politiques restrictives sur les produits de réduction des risques, d'autres bailleurs de fonds, comme Cancer Research UK, semblent poser les bonnes questions et dans les années à venir, nous devrions voir passer de très bonnes données scientifiques. Mais pour beaucoup de gens, ce sera trop peu, et trop tard. Les dommages en termes de politique et de perception du public auront déjà été causés.

Les consommateurs sont impatients d'avoir accès à des données scientifiques de bonne qualité et franchement, bon nombre d'entre nous se fichent de savoir qui paie pour cela -. Pour nous, la lutte antitabac ne s'est pas avérée plus fiable dans ce domaine que l'industrie du tabac. Songez-y une minute.

Et qu'en est-il du traitement schizophrène de la vape dans les médias - d'où vient-il ? Est-il surprenant que le public ne comprenne pas le risque que représentent le vapotage lorsque les infos alternent presque quotidiennement entre le remède miracle et l'œuvre du diable ?

Trop souvent, la raison de cette situation semble provenir de deux facteurs: l'établissement de données probantes fondées sur les politiques et les résultats de la recherche. Combinez ces deux choses avec le fait que les journalistes ont rarement le temps de regarder au-delà du communiqué de presse et que les mauvaises nouvelles vendent mieux les journaux que les bonnes nouvelles et vous avez tous les ingrédients pour bousiller la santé publique à une échelle monumentale.

Mais où est la responsabilité ? Quand quelqu'un va-t-il payer pour le mal causé par l'alarmisme qui prive les consommateurs d'une vision équilibrée et précise?

De nombreux pays, dont certains sont des chefs de file en matière de réduction des méfaits dans le domaine des drogues, semblent se débattre avec ce concept dans le domaine du tabac. De même, l'OMS, malgré le fait qu'elle s'intéresse soi-disant à la réduction des méfaits, n'accepte ni le vapotage ni quelque autre produit de réduction des méfaits du tabac que je connais.

Nous sommes stupéfaits de voir cette organisation saluer les actions des différents dictateurs mondiaux notoires tout en refusant de s'engager avec les seuls acteurs qui comptent: les consommateurs.

Pour nous, beaucoup de politiques à travers le monde sur le vapotage nous paraissent insensées. Et pour les vapoteurs des pays hors du Royaume-Uni, les vapoteurs britanniques doivent paraître très chanceux - et peut-être nous leurs semblons ingrats. Croyez-moi, nous ne le sommes pas - mais nous avons travaillé dur pour cela.

On voit bien ce qui aurait pu arriver. Nous voyons le choix retiré au public par les restrictions arbitraires et contre-productives imposées aux produits à risque réduit via la directive européenne TPD. Nous voyons nos amis fumeurs être dégoûtés par l'effroyable couverture médiatique. Et lorsque des politiques sont formulées pour punir les fumeurs étant passé au vapotage, nous voyons qu'ils deviennent rancuniers et profondément retranchés.

Le Royaume-Uni est sans aucun doute un leader mondial en matière de politique sur le vapotage, mais il n'a pas encore pris en main d'autres produits de réduction des risques. Le snus est encore interdit ici, et regarder les régulateurs tourner autour des produits du tabac chauffé (HnB), c'est comme regarder un chat très méfiant mesurer sa proie.

Il y a d'autres produits de nicotine pratiquement inoffensifs vendus ailleurs dans le monde qui ne sont pas vendus ici parce que les fabricants craignent que les organismes de réglementation soient hostiles. Le paysage de la nicotine récréative évolue en faveur d'une meilleure santé publique, mais les organismes de réglementation résistent toujours.

Quel que soit votre point de vue sur Brexit, il peut, selon l'accord que nous concluerons, offrir au Royaume-Uni la possibilité de revoir ces règlements et de les remplacer par quelque chose d'approprié. Des réglementations qui protègent réellement la sécurité des consommateurs tout en encourageant l'innovation vers des produits moins nocifs, qu'ils soient à base de tabac ou de nicotine pure, plus attractifs et de meilleure qualité.

Le Royaume-Uni pourrait montrer au monde comment une politique adoptant et soutenant l'innovation du secteur privé par le biais d'une réglementation appropriée peut améliorer la vie de millions de personnes. Mais en a-t-il le courage ? Le Plan de lutte contre le tabagisme et la récente campagne Stoptober sont un bon point de départ. Mais nous sommes toujours aux prises avec les politiques coercitives du passé et la résistance idéologique à la réduction des méfaits est encore endémique dans certaines régions.

C'est le cinquième E-cig Summit. Pour la sixième, j'espère que le vapotage ne sera qu'une des nombreuses alternatives plus sûres et facilement accessibles aux consommateurs. J'espère que beaucoup plus de consommateurs les trouveront attrayantes comme alternatives au tabagisme. Cependant pour y parvenir, il faut une plus grande acceptation de la vérité, désagréable à certains, selon laquelle ces produits sont d'abord et avant tout utilisés par un grand nombre de consommateurs dans un but de plaisir, et l'abandon du tabac est un sous-produit bienvenu.

Tous ces moyens récoltent des avantages vers l'objectif d'améliorer la santé publique. Mais ne vous attendez pas à une récolte abondante si vous ignorez le facteur incontournable dans le succès du vapotage pour créer des ex-fumeurs jusqu'à présent: le plaisir.  »




samedi 15 juillet 2017

Les vapoteurs espagnols se mobilisent contre le projet d'interdiction de vente en ligne

Les vapoteurs espagnols se mobilisent, notamment par une pétition, contre un nouveau projet d'interdiction de vente online. Ceci après que les restrictions anti-vape de la directive européenne (TPD) aient déjà été transplantées en droit national. Le 9 juin dernier, le Conseil des Ministres approuvait le décret royal interdisant de vendre un atomiseur pouvant contenir plus de 2 ml et des fioles de liquide dépassant 10 ml et/ou d'une concentration de 20mg/ml de nicotine. Il impose aussi des avertissements sur 30% de la face externe du packaging, l'interdiction de vente aux mineurs, un système d'homologation a été mis en place... A peine l'encre sèche, que le Gouvernement de Mariano Rajoy prépare un nouveau décret au sujet de la loi 28/2005 du 28 décembre. La modification de l'article 10 bis §2 vise à prohiber la vente à distance des produits de vapotage. Les achats par internet deviendraient impossibles.

Au nom des 500'000 vapoteurs estimés en Espagne, l'Association des usagers de vaporisateurs personnels (AnesVap) s'oppose à ces restrictions dans ses observations envoyées au Ministère de la santé. "Cela créerait une forte discrimination contre les usagers éloignés des centres urbains", explique Angeles Muntadas-Prim Lafita, présidente d'AnesVap. Du coté médical, Carmen Escrig Llavata souligne l'absence totale "d'argument médical ou scientifique qui justifierait de telles restrictions, ou une telle égalisation" entre les produits de vapotage et le tabac. La coordinatrice du réseau international Move appuie la réduction des méfaits par le vapotage. "La transposition [de la TPD] doit se réaliser de manière à minimiser les dommages à la santé publique, en permettant à tous les fumeurs d'accéder sans entrave à la diversité des dispositifs véritablement efficaces, sûrs et de qualité pour abandonner le tabagisme", précise t-elle.

Les plus vulnérables pour cible

A côté d'une enquête auprès des vapoteurs espagnols initiée par AnesVap, des témoignages en vidéo illustrent les conséquences de telles restrictions d'accès aux produits de vapotage. Elles frapperaient de plein fouet les plus vulnérables qui ont arrêté de fumer, ou pourraient le faire à l'avenir,  à l'aide de la vape. Les personnes ayant des problèmes de mobilité, touchées par la maladie, habitants des régions excentrées et celles n'ayant pas les moyens de passer outre ces limites en se déplaçant ou via un marché noir qui fleurira probablement. "Un marché noir est la voie principale d'accès pour les jeunes et, en poussant à sa création, une mauvaise législation provoquerait ce qui devrait être évité", s'inquiète le collectif Alquimia para Vapers, une communauté hispanophone online de plus de 8'000 vapoteurs. 

La mesure pourrait aussi repousser des vapoteurs adultes dans le tabagisme et empêcher des fumeurs d'y accéder. "L'accès à la réduction des méfaits est un droit humain", ponctue Alberto Cabot, de la branche espagnole de l'European Free Vaping Initiative (EFVI). En soutien, le réseau International Network of Nicotine Consummers Organisations (INNCO), la New Nicotine Alliance (NNA), ainsi que la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) ont aussi fait part de leurs observations au Ministère de la santé espagnol, dirigé par la Ministre Dolors Montserrat depuis novembre dernier.