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vendredi 3 juillet 2020

Confinement en Belgique : près de 55 000 vapoteurs auraient été repoussés dans le tabagisme

Près de 14 % des vapoteurs exclusifs belges interrogés déclarent être retombés dans le tabagisme durant le confinement lié à la Covid-19. C’est l’un des résultats de l’enquête dirigée par la Pr Karolien Adriaens, de l’Université de Louvain. Le preprint de l’étude intitulée Vaping during the Covid-19 lockdown period in Belgium vient d’être publié sur le réseau Qeios. Bien que l’enquête est d’ampleur restreinte, une extrapolation donne une idée du désastre. Selon les données d’Ipsos pour la Fondation contre le cancer, il y avait près de 389 500 vapoteurs exclusifs en 2019. En s'appuyant sur ces données et leur enquête, les chercheurs esquissent que près de 55 000 vapoteurs exclusifs avant confinement pourraient avoir rechuté dans la cigarette au terme de celui-ci. Ce qui fait écho à l'explosion de tabagisme en Belgique mesurée par l'institut Sciensano en mai.

Les mesures de confinement en Belgique se sont étendues du 18 mars au 10 mai, période durant laquelle les magasins de vape avaient l’interdiction d’ouvrir tandis que l'interdiction de vente à distance a été maintenue. En revanche, les cigarettes se trouvaient facilement dans les magasins d'alimentation et les kiosques à journaux. Parmi le panel de plus de 200 personnes interrogées, les « principales raisons de changement de comportement lié au vapotage ou au tabagisme ont été l’indisponibilité d’e-liquide avec nicotine, l’indisponibilité de matériel et le stress et les inquiétudes concernant l’épisode de COVID-19 », soulignent les chercheurs Karolien Adriaens, Dinska Van Gucht, Sven Van Lommel et Frank Baeyens. 

Une augmentation de 19,8 % à 21,9 % de fumeurs en Belgique

« Un septième des vapoteurs exclusifs ont recommencé de fumer à côté du vapotage (dont 60 % étaient en manque d’e-liquide, mais avec une vaporette en état de marche) ou sont repassés exclusivement à la cigarette (parmi eux, tous étaient à court d’e-liquide et 90 % manquaient d’une e-cigarette fonctionnant correctement) », détaille l’étude. Un seul vapoteur de l’enquête a arrêté la vape sans rechuter dans le tabagisme.

Ce résultat résonne avec l’enquête de santé (HIS) de l'institut Sciensano qui montre une forte augmentation du tabagisme. De 19,8 % en 2018, la part de fumeurs est passée à 21,9 % à la fin avril en Belgique. « Parmi ceux-ci 37 % disent avoir augmenté leur consommation de tabac alors que 16 % seulement l’ont diminuée », précise le rapport publié en mai. L’institut n’apporte cependant aucune donnée sur les vapoteurs ni d’éclairage précis aux raisons de ce bond de plus de 10 % du nombre de fumeurs. Cette hausse rompt une tendance à la baisse lente, mais régulière depuis 1997.

Près de 20 % des doubles utilisateurs sont devenus vapoteurs exclusifs

Dans l’enquête sur les vapoteurs, une majorité des doubles-utilisateurs, cigarettes et vape avant le confinement, a continué d’utiliser les deux produits « mais en fumant plus que d’habitude ». Cependant, près d’un cinquième de ces doubles usagers s’est converti au vapotage exclusif durant cette période. 

Certaines opinions en lien avec l'épidémie ont pu jouer un rôle. Ainsi 14 % des répondants indiquent penser que la nicotine offre une protection face à la Covid-19, en particulier le vapotage pour 10 %, tandis que 8 % pensent que le tabagisme aggrave l’infection par le virus.

L’autorisation temporaire de vente à distance annulée

L’enquête s’est penchée sur le sujet alors qu’en Belgique, les boutiques de vape ont eu l’interdiction d’ouvrir à partir du 18 mars. Tandis que depuis 2016, les ventes à distance sont interdites par un arrêté royal. Le Service public Santé avait pourtant prévu d’autoriser temporairement les ventes de vape par internet pendant le confinement. Le 24 mars, le site RTL Info l’a même annoncé avant qu’un contre-ordre n’annule l’autorisation dans la foulée. 

Des myriades de témoignages sur les réseaux sociaux ont fait état de la situation dramatique vécue par des vapoteurs belges. Mais RTL Info semble avoir été le seul média à en rendre compte en Belgique. 
 « Mon magasin habituel de vape est fermé. Je travaille à l’hôpital et quand je rentre chez moi, je ne peux plus acheter de liquide. Je ne veux pas refumer. Laissez, s’il vous plait, les magasins de vape vendre en ligne ou avec un client à la fois dans le magasin », implore Sylvie au Service public fédéral Santé le 24 mars, en pleine tempête de Covid-19. Demande restée sans réponse.

Plus d'un vapoteur sur cinq a connu la pénurie

Malgré les protestations, tous les magasins de vape sont restés fermés et les ventes à distance interdites. « Cependant, certains marchands de journaux et certains magasins d’alimentation ont offert une gamme limitée d’e-liquides et de vaporettes, ou ont temporairement élargi leur gamme, parfois en coopération avec des magasins de vape fermés », rapporte l’étude menée par la Dre Adriaens. 

Près de la moitié (45 %) des personnes interrogées avait anticipé avec un stock suffisant de liquide pour passer le confinement. Une part non négligeable d’entre eux déclarent qu’ils n’auraient pas pu s’en procurer si nécessaire. Parmi les 55 % de vapoteurs qui n’avaient pas un stock suffisant, 39 % d’entre eux ont fait face à une pénurie de liquide. 

Près de 22 % des vapoteurs ont été en rade. La plupart a du suppléer la situation avec des cigarettes beaucoup plus faciles à se procurer en Belgique. Près de 14% des vapoteurs exclusifs, qui avaient arrêté de fumer avant le confinement, ont été repoussés dans le tabagisme par les mesures d'interdictions de vente à distance et d'ouverture des magasins de vape. Sans effort ni ressource particulière, ce désastre était évitable avec un brin d'humanité et de bon sens. Le bilan est honteux pour les autorités belges.

Sauvés du tabagisme par des hors-la-loi

Ceux qui ont trouvé le moyen de se ravitailler en liquide ont dû passer par des achats en ligne hors Belgique (52 %), dans une boutique de vape locale sur rendez-vous (24 %) ou sur commande (15 %), ou par des amis (7 %). Moins d’un cinquième en ont trouvé par des voies légales, chez les marchands de journaux (14 %) ou les stations-service (5 %). Le panorama sur le matériel est approximativement similaire (voir graphique).

« La majorité des vapoteurs ont réussi à maintenir leur comportement de vapotage comme d’habitude, très probablement en raison de l’achat illégal de consommables en ligne », notent les chercheurs. « Des boutiques en ligne étrangères ont vendu illégalement à des vapoteurs belges tout en prenant le risque d’être punies pour cela ». Les services douaniers semblent avoir eu « une application minimale » de l’interdiction.

En Italie avec la vape accessible, le tabagisme a légèrement baissé 

« La possibilité d’acheter des consommables en ligne a, pour de nombreux vapoteurs, servi de facteur de protection pour rester abstinents, et donc ne pas recommencer de fumer. Néanmoins, pour les vapoteurs qui ne sont pas familiers avec l’achat en ligne ou ne prennent pas de tels risques d’achat à distance, la fermeture des boutiques de vape pendant le confinement a entraîné une diminution de la disponibilité de produits »
, constate l’équipe de recherche.

En comparaison des pays qui ont autorisé les commerces de vape a ouvrir et/ou vendre en ligne, les Belges paient cher la politique de leur ministre de la santé. Par exemple, une enquête en Italie, citée par les chercheurs, montre que le tabagisme y a légèrement baissé durant le confinement. « De manière significative, les fumeurs exclusifs étaient plus enclins à vouloir arrêter de fumer, alors que les vapoteurs exclusifs n’ont pas exprimé d’intérêt à arrêter », souligne l’étude italienne menée par Pasquale Caponetto, de l’Université de Catania.  

Intégrer la réduction des risques est un bien essentiel

L’étude dirigée par la Dre Adriaens conclut sur un appel à la raison. « Il est essentiel de repenser les effets secondaires potentiels de la fermeture des boutiques de vapotage alors qu’il existe également une interdiction de la vente en ligne. Les fumeurs et les vapoteurs devraient avoir la possibilité d’acheter des alternatives à risque réduit, même pendant un confinement. Bloquer cette opportunité peut entraîner une augmentation de la prévalence du tabagisme ».

Co-auteur de la recherche, le Pr Frank Baeyens avait d’ailleurs lancé un pavé dans la mare en Belgique sous la forme d’une tribune, à lire en français dans la DH, lors de la journée mondiale sans tabac. 
« Le gouvernement doit oser promouvoir activement des alternatives attrayantes, moins nocives pour la santé, voire même promouvoir la cigarette électronique. Maintenir un cordon sanitaire autour de la consommation de nicotine, quelle qu’en soit la forme, ne fera pas progresser la santé publique. En cette journée anti-tabac, concentrons-nous sur l’objectif principal de la mission, à savoir aider les gens à arrêter de fumer », Pr Frank Baeyens, 31 mai 2020 dans la DH.
Vidéo bonus: la Pr Karolien Adriaens explique en flamand les données sur les réussites pour l'arrêt tabagique avec le vapotage https://www.facebook.com/wu.sfo/videos/2309373492692044/ 

 

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