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mercredi 28 novembre 2018

[Op] France: Est-il acceptable de "sanctuariser" un fonds tabac qui exclut la réduction des risques?



En 2018, est-il encore acceptable que des fonds de lutte contre le tabagisme excluent les approches de réduction des risques? Le sujet est tabou, pourtant un débat devrait s'imposer au moment où les organisations anti-tabac traditionnelles font le forcing pour maintenir la main mise sur le "Fonds national de lutte contre le tabac" en France. Un nouveau prélèvement sur le chiffre d’affaires des fournisseurs de tabac finance ce fonds depuis 2017. Près de 590 millions € devraient être distribués d'ici 2022, dont 100 millions ont déjà été mis en jeu au printemps dernier. 

Sainte homélie


Et pourtant ces dernières semaines, les organismes traditionnels anti-tabac montent au créneau. En cause, le projet du budget de la Sécurité sociale pour 2019 (PLFSS 2019) de fusionner les fonds concernant les conduites addictives, sans privilège pour la lutte anti-tabac. Un premier communiqué d'Alliance contre le tabac le 12 octobre dernier accusait le gouvernement de chercher à "dévier la lutte contre le tabagisme vers la lutte contre l’ensemble des addictions" et faire "le jeu des lobbys industriels" (sic!). Nouveau communiqué ce 27 novembre, cette fois de la Fédération française d'addictologie (FFA) réclamant la "sanctuarisation" du fonds tabac.

A la pêche aux spécificité universelles




"On observe une spécificité du comportement tabagique en France", explique le communiqué pour justifier de "sanctuariser" le Fonds tabac afin "de développer une recherche adaptée aux besoins du pays". Problème, l'attribution des aides provenant du Fonds impose de s'inscrire dans les "préconisations de la Convention-Cadre de lutte anti-tabac (FCTC) de l'Organisation Mondiale de la Santé", précise par exemple le cahier des charges de l'appel à projets à "la société civile" de mai dernier.


Un modèle dont un article d'Aurélie Lermenier-Jeannet pour l'Office français des drogues et toxicomanie (OFDT) a montré, sans tout à fait l'assumer, l'inefficacité en France. L'exclusion stricte dans les recommandations du Secrétariat de la FCTC du principe de réduction des risques, bien qu'il soit spécifié dans l'article 1 §d de sa Convention originale (en anglais), n'est pas étrangère à cet échec.

Reproduction sociale 2.0




Le hiatus de cohérence entre la justification pour maintenir l'exception tabac et les actes liés à ce financement se cristallise autour de cette exclusion de l'approche de réduction des risques. Le cadre étroit imposé au printemps au volet de la "mobilisation de la société civile" - avec des guillemets dans le texte original -, est la "dénormalisation" du tabagisme et l'abstinence.


Outre la cage idéologique, les barrières usuelles pour préserver l'entre-soi ont été utilisées: forme bureaucratique et vocabulaire à mots-clefs, délai raccourci combinée à une diffusion choisie ont assuré à un cercle restreint d'initiés de pouvoir postuler à une part du gâteau de 100 millions € en juin. La sélection fait le reste. Le cercle se félicite de cette imperméable distribution. Et on apprécie mieux le sens ironique des guillemets à "mobilisation de la société civile".

Faut-il quitter la lutte anti-tabac pour arrêter de fumer?


Pourtant une dizaine de jours avant la date limite des soumissions, l'enquête de Santé Publique France révélait que 27% des tentatives d'arrêt tabagique en France en 2017 se sont déroulées avec le vapotage. Premier recours, en dehors de leur propre motivation, utilisé par les fumeurs qui veulent s'en sortir. Autrement dit, une large part du public n'a pas attendu les millions du Fonds tabac pour choisir une approche efficace, bienveillante et non-abstinente en nicotine. Ils avaient probablement raison de ne plus attendre.

vendredi 2 novembre 2018

#MoisSansTabac: le vapotage et l'entraide combinés offriraient le double de chances de réussir que la moyenne générale

"En 2017, 380'000 fumeurs ont arrêté de fumer à l'occasion de la campagne Mois Sans Tabac, dont 20% durablement à 6 mois", annonce François Bourdillon, directeur de Santé Publique France (SPF), au Quotidien du Médecin. Durant le Mois Sans tabac 2017, l'association Sovape avait suivi le groupe d'entraide facebook des vapoteurs: 38% de participants déclaraient ne plus fumer après cinq mois. Cette enquête, indépendante et sans aide financière (voir en fin d'article), n'est probablement pas strictement similaire à celle de Santé Publique France. Mais en comparant de manière un peu cavalière ces deux résultats, l'écart est notable: les participants utilisant le vapotage et soutenus par des usagers expérimentés seraient le double à réussir que la moyenne générale du Mois Sans Tabac. 

Où sont les femmes ?

Autre fait notable, la participation féminine très élevée au groupe d'entraide, alors que Santé Publique France alerte ces jours sur le fort tabagisme des femmes. Près de 80% des participants sont des femmes, relève le rapport de Sovape (auquel j'ai contribué) publié fin mai. "Le caractère de groupe “fermé” pourrait être plus propice à l’engagement des femmes que les groupes ou forums ouverts", se demande Sovape, avant d'avancer une hypothèse plus spécifique à la démarche d’arrêt tabagique: "la difficulté pour les femmes de classe populaire de pouvoir consacrer temps, énergie et attention aux tentatives d’arrêts". Un aspect mis en relief dans les enquêtes de l’ethnologue anglaise France Thirlway, que nous avions interviewé.

52% de réussites supplémentaires pour les femmes anglaises depuis l'essor de la vape

"Les résultats de notre enquête suggèrent que le double soutien du vapotage et d’un groupe d’entraide pourraient constituer une opportunité particulièrement adaptée pour les femmes, souvent astreintes au double-emploi de leur travail salarié et du travail au foyer, avec la charge mentale afférente. Si nous n’avons pas trouvé d’études spécifiques sur la question en France, l’analyse des statistiques anglaises a montré l’augmentation importante (52% de réussites supplémentaires) du taux de réussite des sevrages tabagiques chez les femmes depuis l’essor du vapotage", souligne le rapport de l'association Sovape (p. 28).

Le point mérite attention a fortiori après la publication du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) sur l'évolution et les conséquences du tabagisme féminin en France. "Au début des années 1970, la prévalence du tabagisme féminin a augmenté. En 2017, elle se rapprochait de celle observée chez les hommes : 24% des femmes de 15 à 75 ans fumaient quotidiennement pour 30% des hommes", explique François Bourdillon, cette fois-ci en éditorial du BEH.

Augmentation du tabagisme des femmes de plus de 45 ans en France

Ce chiffre global du tabagisme féminin recouvre des évolutions contrastées selon les classes d’âges. Le tabagisme des femmes de 45 à 64 ans a augmenté de 21,5% en 2000 à 30,8% en 2017, selon les données de Santé Publique France. Cette hausse correspond "à l’arrivée dans ces tranches d’âge des femmes nées entre 1950 et 1960, premières générations parmi lesquelles le tabagisme s’est répandu dans les années 1970", détaille l'étude menée par Valérie Olié. Les maladies liées à la consommation tabagique ont pris l'ascenseur chez les femmes.

Et explosion du nombre de maladies liées

Elles sont 31% des 65'300 hospitalisés pour un infarctus du myocarde, avec un nombre de cas qui a augmenté de 50% entre 2002 et 2015. Le double de femmes sont hospitalisées pour une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) exacerbée en 2015 (plus de 29'000) qu'en 2002. Entre 2002 et 2012, le nombre de cancers du poumon chez les femmes a bondi de 72% pour dépasser 11'000 cas annuels. La dynamique est "inquiétante", alerte Santé Publique France. "Néanmoins, la diminution [du tabagisme] chez les femmes les plus jeunes (18-35 ans) constitue un signal positif. Si celle-ci perdurait, elle pourrait avoir un effet  bénéfique sur l’incidence de  l’infarctus du myocarde à relativement court terme et sur l’incidence du cancer du poumon et de la BPCO à long terme", souligne l'étude.

Il est à noter que Santé Publique France a accordé un soutien financier à Sovape pour organiser la formation des aidants du groupe facebook d'entraide Vape Info Service et le défraiement  du déplacement des bénévoles de l'association Aiduce sur les fanzones du Mois Sans Tabac 2018. Cependant, Tabac Info Service refuse de signaler l'existence au public concerné du groupe d'entraide sur facebook et lui interdit l'utilisation de la charte graphique du Mois Sans Tabac.



dimanche 28 octobre 2018

Nouveau jeu #******* pour arrêter de fumer: découvre où se trouve le groupe facebook Vape Info Service !

[Titre édité et illustration retirée pour des raisons de blocages - l'humour n'est pas universellement partagé...]

Origami, jeu de la paille et design Castor & Pollux. Volontairement ou non, le ludique s'invite chaque année au Mois Sans Tabac français. Original, novembre 2018 se place sous le signe du jeu de piste. On sent déjà renaître le cœur d'adolescent des aspirants à se libérer de la clope. Leur première mission: découvrir où se trouve le groupe facebook d'entraide à l'arrêt du tabac VAPE INFO SERVICE. Le réseau compte plus de 2'000 inscrits, dont une équipe de modérateurs formés par le tabacologue Jacques Le Houezec. Le neuroscientifique s'est fait une spécialité d'instruire professionnels de santé et de vape à l'accompagnement au sevrage tabagique et spécifiquement l'art du bon usage de la nicotine. Une formation solide financée grâce à une subvention de Santé Publique France.

Le plagiat autorisé, l'information pas trop

Mais pour autant la quête des fumeurs espérant bénéficier de l'entraide de leurs pairs, des professionnels de santé soutenant le groupe et de l'équipe de vapoteurs expérimentés et formés sera moins simple qu'il n'y paraît. Les participants n'auront droit à aucune indication sur le site de Tabac Info Service à propos ni de l'emplacement ni même de l'existence du groupe. Pour corser l'affaire, Vape Info Service ne doit pas même se signaler avec la charte graphique du Mois Sans Tabac. Celle-la même qui a copié le logo de l'action Vapin'Liberty de 2013.

Alors comment les fumeurs espérant de l'aide peuvent-ils s'y retrouver ? Le bouche à oreille, quelques mots chuchotés au détour d'une rencontre fortuite, quelques flyers mauves déposés au coin d'un comptoir de vapeshop ou un post partagé sur les réseaux sociaux. Les indices seront à dénicher à la loupe. Pourtant le groupe Vape Info Service a déjà fait ses preuves. L'an passé, son ancêtre avait pris en charge plus de 4'000 fumeurs, dont la moitié ne fumaient plus à la fin novembre. Cinq mois plus tard ils étaient encore 38% a déclarer ne pas fumer au suivi organisé par l'association Sovape.

Des milliers de fumeurs libérés l'an passé, combien trouveront le chemin cette année ?

Le rapport de Sovape, auquel j'ai participé, insistait tout particulièrement sur la nécessité de "renforcer significativement la place du vapotage dans le Mois Sans Tabac". Une méthode embrassée par un tiers des participants selon François Bourdillon, directeur de Santé Publique France, qui avait été interrogé par France télévision. Six mois après, l'étrange jeu auquel se livrent les autorités françaises, donnant d'une main quelques billets pour former les cadres de l'opération et enlevant, de l'autre, la possibilité de faire connaitre son existence est déconcertant. Signe que le #MoisSansTabac n'est pas le #MoisSansKafka.




vendredi 27 juillet 2018

Dogmes de l'OMS en échec en France: l'OFDT loupe l'éléphant de la réduction des risques dans la chambre du tabagisme

Pourquoi y a t-il tant de fumeurs en France alors que ce pays applique toute la batterie de mesures anti-tabac préconisée par l'Organisation Mondiale de la Santé ? C'est la question qui reste sur les bras de l'Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie (OFDT) au terme de son rapport sur les prévalences d'usage et les prix du tabac en Europe. "Relativement aux pays de l’UE, tout particulièrement ceux de l’Europe de l’Ouest, ainsi qu’aux autres pays développés (anglo-saxons), la consommation de tabac apparaît particulièrement importante en France, et ce dès l’adolescence", constate le document signé Aurélie Lermenier-Jeannet et publié hier par l'OFDT.  

"Sorte de paradoxe français"

"Au vu de l’analyse menée, il semble donc subsister une sorte de paradoxe français en matière de tabagisme. Malgré une législation de plus en plus contraignante, conforme quasiment en tous points aux exigences de la Convention-cadre de lutte contre le tabac (CCLAT) [ndr. de l'OMS] que le pays a ratifiée en 2004, avec de nombreuses restrictions d’usage, de publicité et d’accès (aux mineurs) ainsi que des prix élevés, la France n’est jusqu'en 2016 pas parvenue à infléchir durablement sa consommation de tabac", énonce sous forme d'énigme la conclusion du rapport.

Les prix des cigarettes y sont parmi les plus élevés d'Europe, a fortiori rapporté au pouvoir d'achat. Les interdictions de publicités, de vente aux mineurs, et même le paquet neutre sont de rigueur. Malgré tout cela, l'Eurobaromètre a recensé 33% de fumeurs en France contre 5% en Suède et moins de 16% au Royaume-Uni au printemps 2017. Les services français ont évalué à la même période un tabagisme de l'ordre de 27%, soit sensiblement moins que l'enquête européenne. Note d'optimisme, cette prévalence a baissé de 2 points par rapport à l'année précédente, "peut-être le signe que la France initie une dynamique de baisse"

Circulez, il n'y a rien à observer

Mais ni la baisse enregistrée par Santé Publique France, ni la chute britannique de plus d'un quart de sa prévalence tabagique depuis 2011, ni l'exemple frappant de la Suède qui a atteint 5% de fumeurs, ne sont analysés. Le traitement de la question du Snus suédois est affolant: "Dans le cas de la Suède, il s’agit d’un artefact puisque les données concernent uniquement le tabac à fumer et que ce pays consomme, pour des raisons culturelles, plutôt du tabac oral (le « snus »), interdit dans le reste de l’UE". La réduction à 5% de sa part de fumeurs ainsi que des maladies liées au tabagisme correspondantes en Suède est évacuée au titre de simple "artefact" par l'OFDT !

Au moins le Snus a t-il le privilège d'être cité, car le terme de vapotage n'est simplement pas mentionné. L'outil sur lequel s'appuie les services de santé publique britanniques pour faire dégringoler le tabagisme n'est pas même évoqué. Le rapport discute de l'Islande. Mais sans dire un mot du rôle du Snus et de la vape dans l'île. Le premier, en multipliant ses ventes par quatre dans cette période, a participé à la réduction de moitié du tabagisme entre 2001 et 2014. Tandis que le vapotage a sorti 40% des fumeurs depuis 2014.

Régime pfizerien

L'OFDT cite également l'Australie, sans préciser que sa politique ultra-dogmatique est en panne depuis cinq ans. Et la Nouvelle-Zélande, en ignorant qu'elle a justement décidé de sortir de l'ornière des dogmes de l'OMS en intégrant la réduction des risques à sa politique sur le tabac. [add, oubli] Le rôle du vapotage dans l'accélération de la chute du tabagisme aux Etats-Unis - qui n'ont d'ailleurs jamais ratifié la charte anti-tabac de l'OMS -, aussi bien chez les adultes que les jeunes est également passé sous silence./ Principal trait marquant de ce rapport de l'OFDT: le grand soin pris à ne pas observer l'éléphant de la réduction des risques qui chamboule la chambre du tabagisme dans le monde. Une l'ignorance cultivée qui semble la marque de l'actuel régime pfizerien de la santé publique française.

Les prix des cigarettes n'expliquent pas grand chose

Le rapport s'attarde sur le volume de vente légale de cigarettes, nettement décorrélée du niveau de prévalence en France. En clair, un grand nombre de fumeurs s'approvisionnent hors du marché des buralistes. Au niveau européen, le rapport note de manière intéressante que les niveaux de prix des cigarettes n'expliquent que marginalement les différences de prévalence du tabagisme. Mais toujours en gardant tabou le rôle du recours plus ou moins prononcé selon les pays aux moyens de réduction des risques.

Œillères obscurantistes

Bien que le rapport expose l'échec des dogmes de l'OMS appliqués avec ferveur en France, il prophétise sur la future réussite de ceux-ci. "Le paquet neutre standardisé, et les hausses de prix prévues (...) pourraient entraîner un repli du tabagisme à long terme". La véritable tendance de l'essor de la réduction des risques est tout simplement ignorée de ce rapport, tout comme des autorités françaises. Après un repli en 2015, l'aspiration retrouvée du vapotage en France est plus probablement en train de réussir à sortir une part significative de français du tabagisme. 



jeudi 31 mai 2018

[Bref] Le crépuscule du tabagisme: plus de 40 millions de vapoteurs dans le monde selon la BBC

Après le Royaume-Uni, les récents chiffres officiels en France le confirment: le vapotage est l'outil de sortie du tabagisme de masse dont s'emparent les fumeurs pour ne plus l'être. Sa répression permet encore aux ventes de tabac, et des médicaments liés aux maladies déclenchées par le tabagisme, de prospérer dans certains pays, tel que la Suisse. En cette Journée mondiale sans tabac, la BBC a mis en avant un récapitulatif chiffré de l'essor du vapotage. Le cabinet Euromonitor estime qu'on a dépassé le seuil de 40 millions de vapoteurs dans le monde. De 7 millions en 2011, le vapotage a été embrassé par 35 millions d'usagers en 2016, Euromonitor prévoit que plus de 55 millions d'utilisateurs en 2021. Edit 21h: Comme l'a fait remarqué Jacques Le Houezec, l'estimation d'Euromonitor agrège aussi les usagers de tabac chauffé... /

Extrait de C dans l'air (France 5) hier, avec François Bourdillon, directeur de Santé Publique France:


Systèmes ouverts majoritaires

BBC selon Euromonitor
Les vapoteurs sont avant tout tournés vers les systèmes dits ouverts, permettant de conjuguer atomiseurs et box selon les besoins et de choisir les liquides de remplissages dans l'énorme variété du marché. Cette orientation s'oppose aux systèmes fermés propriétaires, imposant de racheter des capsules de liquides scellées à la marque du modèle, rendant captif le consommateur. Néanmoins, l'essor fulgurant de la Juul aux Etats-Unis ces derniers mois, qui avale à grande vitesse des parts de marché des cigarettes (de tabac), incite à ne pas condamner la possibilité d'un développement de ce type de produit.

Les vapeshops en première ligne

Les boutiques spécialisées sont en première ligne de cet exil des fumeurs à l'aide de l'outil de réduction des dommages. Elles offrent les conseils techniques nécessaires, du choix et bien souvent un soutien humain dans la démarche d'arrêt tabagique, comme le relate les témoignages de terrain dans le dernier Bulletin de Sovape. Une enquête d'Ernst & Young, menée en 2015 au Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne, Italie, Russie et Corée du Sud, montre clairement le recours privilégié à ce canal par les usagers. Leurs motifs de se convertir au vapotage n'y sont probablement pas étrangers. 

Mouvement publique de santé

Arrêter ou moins fumer pour arrêter l'impact néfaste sur sa santé des cigarettes, tout en conservant le plaisir de la nicotine, d'un geste et de nouvelles sensations olfactives expliquent l'engouement massif. Un soutien des autorités permettrait sans aucun doute d'accélérer cette révolution technique et sanitaire. Mais à part les britanniques, les autres pays semblent plus intéressés à endiguer la perte de revenu fiscaux liées à la sortie du tabagisme des plus de quarante millions de vapoteurs. A défaut des usagers diffusent conseils et soutiens aux fumeurs cherchant à se libérer des cigarettes, comme par exemple l'excellente brochure de l'association Helvetic Vape sur le sujet en Suisse, ou des groupes d'entraide à l'arrêt des cigarette avec le vapotage dont nous avons, avec l'association Sovape, fait une analyse publiée cette semaine.

Sur RTL, le Dr William Lowenstein, de SOS Addiction, et Dominique Laverge, de la Société française de pneumologie, au micro d'Yves Calvi:



lundi 28 mai 2018

Santé Publique France: nette baisse du tabagisme et 27% des tentatives d'arrêt à l'aide de la vape

Selon une enquête mandatée par Santé Publique France, le tabagisme recule significativement avec 32% de fumeurs, dont 27% au quotidien en 2017. "Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", précise l'article dirigé par Anne Pasquereau. Une baisse du tabagisme qui est très prononcée dans la catégorie des jeunes hommes et relativement homogène entre les classes sociales. "C’est la première fois depuis 2000 que la prévalence du tabagisme quotidien diminue parmi les fumeurs les plus défavorisés : de 38,8% en 2016 à 34,0% en 2017 parmi les personnes aux revenus les plus faibles, de 49,7% à 43,5% parmi les personnes au chômage", souligne le même article du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) n°14-15, qui sera publié demain. Intérêt pour l'approche de réduction des dommages, une mesure inédite évalue à 27% les tentatives d'arrêt tabagique s'étant emparées du vapotage au dernier trimestre 2016, autour de l'opération Mois Sans Tabac de novembre. 

Par ailleurs, l'association Sovape diffuse ce matin un document analysant le groupe d'entraide par les pairs sur facebook Les Vapoteurs #MoisSansTabac 2017. Ayant participé à la rédaction de ce rapport avec Nathalie Dunand, Sébastien Béziaux et Thierry Pelé, je m'abstiens de le commenter (mais je vous encourage à le lire ;) ). Les deux travaux n'évaluent pas la même édition de l'opération - 2016 pour le BEH, 2017 pour Sovape -, ni sur le même angle - évaluation de l'opération globale du BEH, focus sur l'initiative de l'entraide avec le vapotage sur facebook pour Sovape -.

Baisse significative du tabagisme selon SPF

L'enquête de Santé Publique France (SPF) a fait sonder par le cabinet Ipsos 25'319 personnes via téléphone entre janvier et juillet 2017 à propos de leur statut tabagique et d'éventuelles tentatives d'arrêt tabagiques dans le dernier trimestre 2016. "En 2017, 31,9% des personnes de 18-75 ans interrogées ont déclaré qu’elles fumaient au moins occasionnellement et 26,9% quotidiennement. Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", souligne le BEH (p. 265). Une diminution d'ampleur inédite depuis une dizaine d'années insistent les auteurs.

"Sur l’ensemble des fumeurs quotidiens au lancement de Mois sans tabac, 15,9% ont fait une tentative d'arrêt (TA) d’au moins 24 heures au dernier trimestre 2016, ce qui représente environ 2 millions d’individus. De plus, 18,4% d’entre eux déclaraient avoir fait cette tentative en lien avec Mois sans tabac. Cela représente 2,9% de l’ensemble des fumeurs quotidiens soit près de 380 000 TA liées à Mois sans tabac", estiment les auteurs du groupe Baromètre Santé 2017 du SPF (p. 300). Parmi ces fumeurs déclarant une tentative d'arrêt durant le dernier trimestre 2016, 30,8% ont arrêté de fumer au moins 30 jours [à mettre en regard avec prudence de la mesure du rapport Sovape de 48% d'arrêts à la fin du Mois Sans Tabac 2017, début décembre, dans le groupe d'entraide sur facebook avec la vape]. 

27% des tentatives d'arrêt s'aident de la vape

Selon l'enquête du SPF, un peu moins de la moitié (47,7%) des tentatives sur le dernier trimestre 2016 se sont passées avec une ou des aides. 67,1% chez ceux qui ont fait une tentative liée à l'opération Mois Sans Tabac. La principale aide est la vape pour 26,9% de l'ensemble des tentatives (soit 56,4% des tentatives avec une aide était avec la vape), puis les substituts nicotiniques pour 18,3%. L'enquête mentionne aussi des aides de type accompagnement: médecin, site TIS, appels... D'après mon calcul, en moyenne les personnes ayant eu recours à de l'aide en ont utilisé 1,67. La ligne 3989 n'a été utilisée que par 0,9% des répondants. "Des analyses sont prévues à partir des données du Baromètre santé 2017 pour étudier de manière plus globale les aides utilisées lors d’une tentative de sevrage tabagique et les différences éventuelles observées en matière d’abstinence", promettent les auteurs (p. 302).

Plus de tentatives avec la vape, moins de tentatives sans aide et plus de succès ?

Il est intéressant de comparer cette part de tentatives d'arrêt à l'aide de la vape en France avec d'autres pays et en miroir, la part des fumeurs qui tentent sans aide. Aux 27% de tentatives avec la vape relatés par cette enquête, correspondent plus de 38% en Angleterre, mais moins de 10% en moyenne dans l'Union Européenne, un peu plus de 9% en Allemagne et moins de 6% en Suisse. On peut voir que la part des tentatives sans aide, supposées avoir moins de réussites au moins à court terme, répond en miroir à ces différences: une minorité en Angleterre, près de 53% en France, 59% en Allemagne, et un niveau extravaguant dépassant 70% en Suisse en 2015 dans le contexte de répression du vapotage nicotiné. Les français se situent ainsi entre pays enthousiastes et frileux - si ce n'est protecteur de leur industrie tabagique et pharmaceutique - dans leur relation à l'outil de réduction des dommages. 

Un des éléments clefs ayant convaincu les responsables britanniques de l'intérêt du vapotage pour l'arrêt tabagique est la progression très nette de la part de succès des tentatives depuis son essor. "Le taux de succès d'arrêt est passé de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017", soulignent Robert West et Jamie Brown du Smoking Toolkit Study. Les données présentées dans le BEH ne permettent pas de faire une comparaison stricte, les entretiens s'étant étalés de janvier à juillet. Les déclarations d'arrêts maintenus peuvent correspondre de quelques semaines à six mois d'arrêt. Malgré ce biais favorable à surestimer les résultats, le taux annoncé de 17,9% reste sensiblement en dessous des 19,8% de succès anglais, où le vapotage est ouvertement soutenu par les autorités.

En complément sur ce sujet, le nouveau Bulletin de Sovape, publié ce matin également, explore la question de l'impact de la réglementation du vapotage sur le tabagisme, et évidemment de la sortie du tabagisme à son aide. Les analyses de Jean-Pierre Couteron, de la Fédération Addiction, du Pr Bertrand Dautzenberg, de Jean-Félix Savary, du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions et d'Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, débattent du sujet.

Motiver pour aider à adopter un nouveau comportement

L'analyse de Santé Publique France de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac sur les différents groupes sociaux montre que les personnes "inactives" - étudiant, retraité, autre personne sans activité professionnelle -  ont été incitées à se lancer à travers l'opération. Au niveau du diplôme détenu, une proportion significativement plus importante au sein des personnes ayant plus que le Bac ont tenté d'arrêter de fumer durant le dernier trimestre 2016, en contraste fort avec les peu diplômés.

Les auteurs se félicitent de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac. Ils en expliquent le principe. "Le comportement adopté à un moment donné est le résultat de différents types de motivations, allant des impulsions régies par des désirs, des émotions, jusqu’à des plans personnels fondés sur des évaluations profondément réfléchies (...). Une campagne comme Mois sans tabac est donc destinée à multiplier par le plus grand nombre de canaux possibles (médias, groupes de soutien, kits d’aide à l’arrêt, etc.) les incitations à l’arrêt du tabac. En agissant sur l’ensemble du système motivationnel, les chances d’adopter un nouveau comportement (ici arrêter de fumer) sont plus importantes" (p. 299). Un principe qui pourrait s'appliquer au passage des fumeurs vers le vapotage si les autorités sanitaires françaises se convertissent elles-mêmes au bon sens de la réduction des risques. La population incline de toute évidence en ce sens...

Même si sans surprise la Dépêche du Midi, qui a visiblement un droit à ne pas respecter les délais d'embargo imposés aux autres sur l'information de Santé Publique France, imprime la parole consacrée en ne pipant mot sur le principal outil utilisé pour arrêter  par les fumeurs en France et préfère célébrer les ventes de substituts nicotiniques pharmaceutiques, dont ceux des Labo Fabre qui détiennent une part du capital du journal du Sud-Ouest. Business as usual...



mardi 7 novembre 2017

Comment l'étude de Santé Publique France a éliminé les arrêts à l'aide du vapotage de son étude?

"Parmi les personnes qui fument, celles qui utilisent aussi le vapotage régulièrement sont plus susceptibles d'essayer d'arrêter de fumer et réduisent leur consommation de cigarettes dans les six mois". Au terme d'un suivi sur six mois de 2057 fumeurs, dont 252 utilisant aussi le vapotage régulièrement au départ, une étude de Santé Publique France montre la multiplication par 2,6 fois des chances de réduire d'au moins de moitié la consommation de cigarettes pour les fumeurs utilisant aussi le vapotage. Par contre l'article, publié dans Addiction, reste évasif sur l'aide à l'arrêt du tabagisme que pourrait procurer le double usage. "Il reste pas clair si les usagers réguliers de vapotage sont aussi plus susceptibles d'arrêter de fumer", conclut l'étude dirigée par Anne Pasquereau. Mais à lire les données brutes de la recherche menée entre septembre 2014 et mars 2015, on peut s'interroger sur une autre interprétation que celle communiquée par Santé Publique France, sur son site en mai et de nouveau hier dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) et les médias grand public, par exemple 20 Minutes. Seul contrepoint, l'interview sur France Info de Sébastien Béziaux, vice-président de l'association Sovape, par Bruce Toussaint. Add: Le Vaping Post a aussi publié un article critique (que je n'avais pas vu ;) )

Identifier ou liquider les interventions efficaces ?

"L'une des missions de Santé Publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer", explique Anne Pasquereau, la chercheuse référente, sur le site de l'agence gouvernementale française le 30 mai dernier. Avant d'insister que cette étude "n'apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d'aide à l'arrêt du tabac". Mais l'étude se donne t-elle vraiment les moyens de juger de l'efficacité du vapotage face au tabagisme? Un premier écueil semble l'évident biais de sélection de l'étude qui exclut a priori les fumeurs qui se sont sevrés avec le vapotage, en jouant sur une double temporalité entre vapotage et tabagisme. Seuls les vapoteurs depuis au moins un mois, mais n'ayant pas arrêté de fumer depuis qu'ils ont essayé, sont retenus dans l'étude.


Des études, en plus de fréquents témoignages, ont pourtant montré qu'une large majorité des arrêts des cigarettes réussis à l'aide du vapotage interviennent dans les premières semaines (exemple récent). Le Pr Bertrand Dautzenberg avait d'ailleurs souligné ce biais de l'étude en juin sur son compte twitter. 

Perdus de vue

En plus de cette sélection qui limite fortement [euphémisme] la portée de l'étude, son traitement des résultats est troublant. En effet, les chercheurs ont décidé de comptabiliser comme fumeurs les personnes ayant été perdues de vues entre le début et le contrôle à six mois. Or ceux-ci représentent 31,4% de l'échantillon initial de 3'000 personnes, qui s'est réduit réellement à 2'057 personnes à la fin. Je ne sais pas quelle peut être la justification rationnelle à ce jeu d'écriture consistant à intégrer aux résultats finaux comme fumeurs les personnes sorties de l'étude sans que l'on sache ce qu'il est advenu de leur statut de fumeur et/ou de vapoteur. Sérieusement, comment peut-on faire ça...?!?

Trafic d'OR


En faisant ainsi, le ratio entre fumeurs exclusifs initiaux et vapofumeurs initiaux ayant arrêté de fumer au final est amoindri à 1,2 fois plus de chances pour les vapoteurs. Mais si l'on s'en tient aux chiffres des personnes réellement contrôlées, les doubles usagers initiaux ont été 14,5% à arrêter de fumer, depuis un mois au terme du suivi, contre 10,3% des fumeurs exclusifs initiaux. 20% de chances supplémentaires d'arrêt du tabac a pu être jugées non significatif par Santé Publique France. Avec 40% de chances supplémentaires, le jugement de valeur communiqué aurait peut-être dû être différent...

Un quart du total des sevrages liés au vapotage

Outre les vapofumeurs initiaux, on peut noter que 8,5% des fumeurs exclusifs initiaux se sont convertis au vapotage exclusif, arrêtant de fumer avec la vape mais sans être comptabilisés dans les groupe initial de double-usagers. Les double-usagers ayant tout arrêté (vape et cigarette), ceux ayant arrêté de fumer et les fumeurs exclusifs finalement convertis au vapotage exclusif, autrement dit l'ensemble des fumeurs sevrés dont on peut retracer un usage du vapotage représentent 23,3% de l'ensemble des fumeurs sevrés au terme des six mois de suivi. Augmenter d'un tiers la part de fumeurs réussissant a arrêter de fumer est-il vraiment non significatif ?

La recherche montre l'augmentation du nombre de tentatives d'arrêt des cigarettes chez les co-usagers de vapotage initiaux. "Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois", concèdent les auteurs. Pour autant, ils concluent que "l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat". En ayant donc: 1) éliminé les vapoteurs qui avaient réussi rapidement à arrêter de fumer par un jeu de questions déphasées sur leur temporalité 2) intégré des personnes perdues de vue aux échecs finaux afin d'amoindrir le ratio d’efficacité et 3) catégorisé des personnes ayant arrêté de fumer à l'aide du vapotage dans ceux qui s'étaient sevrés sans vapotage. 

Comment peut-on oser signer un truc comme celui-là? Comment peut-on oser le relancer dans les médias en plein 'Mois Sans Tabac' ? Difficile de saisir la republication de résultats aussi honteux pour leurs auteurs en ce moment sans tomber dans une interprétation tendant à la paranoïa...


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