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samedi 4 août 2018

Consultation publique inaccessible ? La Commission Européenne nous répond ne rien savoir

Pourquoi la consultation publique ouverte par la Commission européenne (EC) était inaccessible? Dans sa réponse que nous publions, Annerie Bouw, Conseillère juridique de la Commission, n'a pas été en mesure de donner de réponse. Pourtant, au moins les 6, 7 et 8 juillet, il était difficile, si ce n'est impossible, de répondre au questionnaire sur les accises tabac. Cette consultation publique propose de surtaxer le vapotage dans tous les pays de l'Union Européenne (UE). Seize associations de vapoteurs et de réduction des risques appellent à se mobiliser contre ce projet en y répondant et en signant une pétition à part. La pétition a rassemblé plus de 30'000 paraphes à ce jour. A l'opposé, le lobby anti-vape s'organise dans son réseau.

Une autre spams attack anti-vape ?

L’indisponibilité de la Consultation a de quoi éveiller les soupçons. Début juin, la même situation de déni de service du serveur d'une consultation publique de la Food and Drug Administration (FDA) américaine a été provoquée par une attaque massive de spams revendiquant la prohibition des arômes de vapotage. La ressemblance mériterait attention. Tout comme le problème de biais de confirmation par les filtres a priori des outils informatiques que la Commission utilise.

De manière 'surprenante', on apprend que la Commission n'a pas tenu compte de sa précédente consultation publique de 2016, où 89,88% des répondants s'opposaient à toute taxe punitive contre les vapoteurs. Pourtant le rapport conclusif de la Commission avait alors annoncé vouloir remettre la question sur le tapis. Pour faciliter la lisibilité, nous avons mis en page nos questions, envoyées le 12 juillet avec une relance le 27, et les réponses, reçues le 3 août, de la porte-parole de la Commission Européenne.

Bonjour, en vue d'un article sur le blog indépendant Vapolitique, qui traite de la réduction des risques grâce au vapotage. Plusieurs citoyens européens ont constaté que la Consultation publique de la Commission européenne sur les taxes du tabac et le projet de taxe sur le vapotage était indisponible, ou difficile d'accès et d'usage (ralentie) durant plusieurs jours. Au moins les 7 et 8 juillet.

Parallèlement, le média indépendant  Reg Watch a révélé que le lobby anti-vape a attaqué la consultation publique américaine de la FDA par un spamming massif déclenché par des bots ayant inondé la consultation de faux avis en faveur de la prohibition des arômes du vapotage début juin (du 8 au 11 juin inclus). De nombreux citoyens nous signalent leur inquiétude qu'une opération de fraude similaire ne soit en cours concernant la consultation européenne. C'est pourquoi, je sollicite des éclaircissements sur les questions suivantes en vue d'un article :

1) Y a t-il une enquête concernant les indisponibilités et ses causes du site de la consultation publique?

Monsieur Poirson, 
J’ai le plaisir d’accuser la réception de vos emails des 12 et 27 juillet. Je vous remercie de votre intérêt pour la Consultation publique sur les accises applicables aux tabacs manufacturés et la taxation éventuelle des nouveaux types de produits. 
Nous avons vérifié la disponibilité du site de la consultation publique et n’avons pas remarqué de problème particulier pour y accéder. Vous êtes la première personne à nous en avertir et vous en remercions. N’hésitez pas à nous contacter si un nouveau problème survenait.

2) Y a t-il de premiers éléments ?

3) En cas de tentative de fraude visant à pervertir la démarche consultative, quelles mesures la Commission a t-elle pour protéger la démarche ?
Concernant votre question de possibles tentatives de fraude, je peux vous informer de ce qui suit : après la consultation, toutes les contributions seront soigneusement analysées à l'aide d'outils informatiques afin de filtrer les contributions identiques ou les doublons. Ces outils utilisent des techniques avancées qui permettent également l'agrégation des contributions, fondée sur les commentaires reçus.
4) Lors de la consultation précédente similaire, 89,88% des avis exprimés s'opposaient à toute surtaxe punitive du vapotage. Pourtant la nouvelle consultation n'a pas intégré d'option en ce sens ; telle qu'une exemption de taxe pour les produits à risque réduit, ou une taxe négative incitative pour les consommateurs, ou une rétribution légitime d'une part des taxes tabac aux organisations de réduction des risques d'usagers, etc. 
La mise à l'écart de telles options est-elle la conséquence du triage informatique, excluant les avis disruptifs par rapport à la matrice de la Commission Européenne, ou est-ce un choix délibérée de la Commission d'exclure toute politique favorable à la réduction des risques dans ce domaine ?
Pour ce qui concerne votre question de la consultation précédente en 2016, la Commission Européenne considère la possibilité de taxer de nouveaux produits (cigarettes électroniques et produits à base de tabac chauffé) suite à l’introduction d’une taxe nationale dans plusieurs Etats membres. C'est après ces actions nationales que la question s'est posée de savoir s'il fallait introduire une taxe harmonisée pour garantir le fonctionnement du marché intérieur.   
5) Etant donné l'indisponibilité de la consultation durant plusieurs jours, alors que celle-ci a été agendée en plein été, période de vacances pour de nombreux citoyens européens, une prolongation d'accès à la consultation est-elle envisagée par la Commission ?

Généralement, les consultations publiques seront ouvertes durant 12 semaines. Toutefois, en raison de la période des vacances, notre consultation est ouverte pendant 15 semaines. Il reste dont encore un mois (jusqu'à 3 septembre) pour contribuer à la consultation.

Nous espérons avoir répondu à vos préoccupations et vous saurions gré de continuer à partager l’information selon laquelle notre consultation publique est ouverte et d’inviter toutes les personnes intéressées à soumettre leurs contributions via notre site.  

Bien cordialement,
Annerie Bouw





jeudi 5 juillet 2018

Consultation européenne sur le projet de taxe anti-vapoteurs: quelques infos [MàJ]

Lancée vendredi dernier, la mobilisation contre le projet de taxe anti-vapoteurs de la Commission Européenne prend de l'ampleur. Du côté italien, où une surtaxe de 4€ par fiole a déclenché une baisse du nombre de vapoteurs accompagnée d'une hausse des fumeurs, la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) relaie l'appel des 16 associations d'utilisateurs. De même en France, la Fédération Addiction, des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions, soutient également le refus de taxation punitive contre les personnes évitant de fumer à l'aide du vapotage. L'appel des 16 associations européennes est désormais aussi traduit en hollandais, allemand et espagnol, s'ajoutant à l'anglais, l'estonien, le français et l'italien.
PS : Sovape a édité un flyer à télécharger, imprimer et diffuser pour ceux qui en ont la possibilité:
https://www.sovape.fr/wp-content/uploads/2018/06/NOTAX-Flyer-UE.pdf

Filtrage informatique des contributions

Une autre information nous vient d'une cadre de la Commission Européenne. "Après la consultation, toutes les contributions seront soigneusement analysées à l'aide d'outils informatiques afin de filtrer les contributions identiques ou les contributions en double. Ces outils utilisent des techniques avancées qui permettent également l’agrégation des contributions à partir des commentaires reçus", explique cette Conseillère juridique et fiscal de la Commission Européenne dans un courrier électronique à un citoyen. Ces précisions viennent en réponse à une remarque concernant la possibilité de soumettre plusieurs contributions, que la Commission n'encourage pas mais contre laquelle elle ne veut pas mettre en place de système qui risquerait de décourager d'autres participants, selon les explications de la bureaucrate européenne.

Une conséquence pratique à retenir de cette information est que l'envoi de commentaires 'copiés/collés' n'est pas très utile. Comme l'indique Sovape dans sa petite aide, mieux vaut expliquer son analyse dans ses propres termes. A noter que l'Aiduce a ouvert une discussion avec ses membres sur le sujet. Mais au-delà des réponses, leur traitement pose question. Quelle grille d'analyse sera utilisée par les logiciels informatiques de la Commission européenne pour faire ce tri "mécanique" préalable? A la lecture de la consultation apparaît clairement que l'option d'une politique de réduction des risques cohérente est totalement absente des postulats idéologiques de la sphère dirigeante européenne. Comment les outils informatiques pourraient découvrir les expressions de cette option si les programmeurs européens ne l'ont pas même prise en considération* ? 

Faire entendre la réduction des risques

Au vu de l'incompréhension par la Commission des résultats de la consultation précédente, où 89,88 % des contributions exprimaient le besoin d'une stratégie cohérente de réduction des risque sur le sujet, on peut s’inquiéter du mur de surdité qui entoure les bureaucrates européens. A ce titre, la pétition lancée par les associations d'utilisateurs prend tout son sens pour faire surgir publiquement cet angle mort de la consultation.

PS à 19h le 5-07-2018: le site pour la consultation de la Commission Européenne semble en rade actuellement...

*Pour les amateurs de philosophie, le problème est similaire à "la chambre chinoise" de John Searle. Un programme peut simuler la compréhension, mais il n'en comprend pas la signification. Corollaire, si un champ de sens n'a pas été implanté par le programmeur, il ne sera pas pris en considération par le logiciel.

dimanche 1 juillet 2018

Malgré l'été, les associations européennes sonnent la révolte contre les taxes punitives anti-vapoteurs

La Commission européenne aurait voulu éviter une participation trop importante, qu'elle aurait placé la consultation publique sur le projet de taxe tabac anti-vape en plein été. C'est ce qu'elle a fait. Les défenseurs d'approches de réduction des risques face au tabagisme se laisseront t-ils griller par l'astuce estivale ?

Ils ont jusqu'au 3 septembre pour donner leur réponse à la consultation. En français, l'association Sovape diffuse une aide en ce sens. Avec 15 autres organisations européennes*, elle lance également une pétition en ligne pour dire stop au projet de taxe anti-vape, qui pourrait en augmenter de 20%, 50% ou 100% le prix de vente. Ce même projet à l'échelle européenne avait déjà essuyé un refus clair et net de 89,9% des participants en 2017. Cette fois, les organisations se sont associées, première petite victoire, et elles ne se limitent pas à rejeter une taxe plancher minimale. Les défenseurs des droits des usagers de produits nicotinés à risque réduit suggèrent "de bannir toute accise sur le vapotage dans l’Union Européenne".

Bannir toute surtaxe de la vape en Europe

"La vape ne contient pas de tabac et surtout ne se consume pas. Le vapotage ne produit pas de fumée, pas de monoxyde de carbone, pas de goudrons ; vapoter réduit d’au moins 95 % les dommages à la santé par rapport à fumer des cigarettes. Les produits de vapotage ne sont pas des produits du tabac, ses usagers ne doivent pas subir de taxe punitive injustifiée", argumente le texte de la pétition lancée en plusieurs langues (anglais, estonien, français, italien pour le moment...). Au lieu de rester défensives et d'abandonner la population des pays hostiles au "droit à l’accès aux outils de réduction des risques, y compris pour les plus défavorisés", les groupes de défense des usagers ont choisi de contre-attaquer.

"La fiscalité anti-vape protège in fine le tabagisme, comme le montrent les effets sur la population des pays ayant déjà mis en place une telle taxe : Italie, Portugal, Grèce, Hongrie", énumèrent les associations. Pays précurseurs de fiscalité anti-vapoteurs en Europe, l'Italie a relancé son tabagisme, avec une nette baisse du vapotage à coup de 4€ de surtaxe par fiole, tandis que le Portugal conserve un taux de 26% de fumeurs depuis une décennie, avec une vape d'abord surtaxée de 6 € pour 10 mL, révisée à 3 € depuis 2017. Le constat des effets favorisant le tabagisme de ces politiques de taxation punitive contre les vapoteurs est affligeant. Ayant aussi suivi cette voie de répression taxative contre les vapoteurs, la Grèce et ses 37% de fumeurs ou la Hongrie et son explosion de vente de tabac à rouler le confirment.

Épidémie européenne de taxes contre la sortie du tabagisme

Ces exemples cancérigènes n'ont pas empêché une épidémie de taxation ces derniers mois, touchant désormais quatorze pays de l'Union Européenne. Pour la plupart, trop récents pour avoir des retours statistiques sur leurs effets. Pourtant, à l'opposé et de manière exemplaire, les britanniques et, depuis 2016, les français réussissent à faire reculer leur tabagisme sous l'impact du vapotage, bien que freiné par certaines limitations européennes. Ajouter un frein financier supplémentaire signifierait le sabotage de ce mouvement de réduction du tabagisme pour se calquer sur les fumeux modèles italiens et grecs.

Dans ces conditions, l'enjeu politique de la consultation devient clair: la Commission va t-elle niveler par le bas l'Europe vers une politique régressive, au mépris de la santé publique en privilégiant une taxation inique et favoriser le maintien du tabagisme? Ou veut-elle porter un projet progressiste tirant les pays les plus rétrogrades vers une politique de réduction des risques et de recul du tabagisme ? Taxe anti-vape ou politique de réduction des risques cohérente ?
Les citoyens vont-ils réagir aux projets de taxe de la Commission Européenne
contre ceux qui évitent de fumer avec la vape ?


Santé publique ou fric ?

Une des options à la question 29 de la consultation illustre une orientation envisagée par la Commission: "Les cigarettes électroniques sont essentiellement des produits de substitution aux cigarettes traditionnelles et devraient donc être traitées de la même manière afin de garantir une concurrence loyale". En clair, protéger le tabagisme et ses faramineux gains financiers pour les Etats, les cigarettiers et les pharmaceutiques, de la concurrence du moyen d'en sortir. Les Etats doivent-ils capitaliser sur les cadavres des 700'000 décès annuels liés au tabagisme estimés en Europe ou donner leur chance aux fumeurs avec un accès le plus libre possible à un moyen à risque réduit? Une question sur laquelle les citoyens vont devoir se mobiliser cet été s'ils ne veulent pas être condamnés à l'empire du cancer européen.

En plus de la relance du tabagisme à court terme, un autre effet, constaté dans les pays ayant adopté une taxe anti-vape, est la destruction de la filière spécialisée indépendante. Les sites et boutiques dédiées en premier lieu, les PME de vape dans la foulée. Adopter un tel régime permet non seulement de maintenir à bout de bras encore quelques années le tabagisme, mais prépare aussi le terrain à une reprise en main du marché de la vape par des multinationales. On laissera le lecteur imaginer qui sont les candidats susceptibles. Cela donne peut-être une idée pour qui roulent réellement les pro-taxes anti-vape, y compris lorsqu'ils habillent leurs discours de pseudo arguments sanitaires. 

Répression taxative, régression sociale

Les taxes sur le tabac sont connues pour être régressives. Autrement dit, elles frappent plus durement les pauvres que les classes aisées. Et ceci de manière redoublée. D'une part, la taxe perçue n'est pas proportionnelle aux revenus mais se fixe sur une consommation captive. D'autre part, le tabagisme est une pratique devenue au fil des années, un marqueur social des groupes défavorisés. Les ouvriers et employés ont des proportions de fumeurs deux fois plus importantes que les cadres supérieurs. Le taux de fumeurs chez les chômeurs est encore plus élevé, ainsi que les personnes souffrant de troubles psychiques. Les groupes stigmatisés, par exemple pour leur orientation sexuelle, ont également des parts significativement plus importantes que la moyenne.

Les effets de régulation de l'humeur de la nicotine expliquent, au moins en partie, cette tendance des groupes sociaux soumis à des stress liés à leurs condition de vie. Sans outil efficace de réduction des risques à disposition, la part de fumeurs des groupes défavorisés économiquement est aussi nombreuse à tenter d'arrêter que celle des classes favorisées, mais échouent deux fois plus souvent. Le suivi du Smoking Toolkit Survey (STS) montre que l'essor du vapotage, utilisé désormais par environ 35% des fumeurs qui tentent d'arrêter de fumer en Angleterre, a augmenté globalement les réussites de ces tentatives, passées en moyenne de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017. Cette augmentation concerne en priorité les personnes avec un statut socio-économique plus bas, dont le taux de succès à été multiplié par 1,66, selon le calcul des Prs Robert West et Jamie Brown.

Environ 35% des tentatives d'arrêts tabagiques anglaises se font avec la vape et 27% en France, impulsant dans les deux pays des chutes du tabagisme. La moyenne globale des tentatives à l'aide de la vape est passée de 3,7% à 9,7% dans l'Union Européenne entre 2012 et 2017. Ceci montre à la fois une marge de progression importante pour aider les fumeurs européens qui désirent arrêter, mais aussi que le mouvement prend de l'ampleur inexorablement. D'où probablement la réaction d'une série de gouvernements pour le freiner et compenser les baisses de revenu des taxes tabac. La démonstration de l'avidité des bureaucraties européennes, qui n'envisagent que de taxer sans même songer à des options de soutien, risque de nourrir la méfiance et le décrédibilisation de ses instances sur le dossier du tabagisme.

* Les seize organisations signataires de l'appel à la mobilisation contre le projet de taxe européen: Acvoda (Netherlands), Aiduce (France), Anesvape (Spain), ANPVU (Italy), Cyprus Vaping Association (Cyprus), DADAFO (Denmark), IG-ED (Germany), Initiativ Fräien Damp Lëtzebuerg (Luxembourg), La vape du Cœur (France), NNA Suitsuvaba Eesti (Estonia), NNA Sweden (Sweden), NNA UK (United Kingdom), ÖDC (Austria), Sovape (France), UBV-BDB (Belgium), Villanypára Egyesület (Hungary)


16 organisations européennes appellent à se mobiliser contre le projet de taxe anti-vapoteurs, notamment par une pétition

jeudi 28 juin 2018

INNCO autorisé par l'ONU à participer aux réunions de haut-niveau sur les maladies non transmissibles

INNCO fait partie de la liste des 181 organisations autorisées à assister et à participer aux auditions interactives de la société civile de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et à ses réunions de haut-niveau sur les maladies non transmissibles (MNT). La liste publiée le 1er juin par Miroslav Lajčák, président de l'Assemblée générale de l'ONU, anticipe la préparation de la troisième réunion de haut-niveau sur la prévention et la maîtrise des maladies non transmissibles (MNT) le 27 septembre prochain.

De Bloomberg à Helvetic Vape

Le choix des organisations autorisées par l'ONU est censé refléter la diversité des parties prenantes sur le sujet. On y trouve aussi bien l'organisation de lobbyisme de l'oligarque Michael Bloomberg que des organismes de santé comme le Cancer Research UK, ou des entreprises pharmaceutiques. On peut douter, pour le dire avec un euphémisme, de l'équilibre entre le poids des lobbys pharmaceutiques, de manière directe ou indirecte par financement, et celui des représentants d'usagers dans cette liste. Cependant, la validation de la participation d'INNCO est un premier pas pour une représentation d'utilisateurs de produits à risque réduit dans ce cadre.

INNCO, pour International Network of Nicotine Consumers Organisations, est le réseau international regroupant les organisations d'utilisateurs de produits nicotinés à risque réduit. Pour le moment, le réseau recueille au moins 34 associations de vapoteurs, de consommateurs de snus ou plus largement en faveur des produits de réduction des risques face aux produits fumés. Après son assemblée générale à Varsovie le 14 juin, quelques nouvelles adhésions sont en voie de finalisation. Des membres des cinq continents sont représentés en son sein. Au niveau francophone, les vapoteurs français par l'Aiduce, belges par l'UBV-BDB, tunisiens de l'ACEAF, suisses avec Helvetic Vape et luxembourgeois de l'IFDL participent, ainsi que la plateforme pour le dialogue et une culture de réduction des risques Sovape et les canadiens de la THRA.


samedi 23 juin 2018

"20%, 50% ou 100% d'augmentation": les associations doivent-elles collaborer à la taxe anti-vapoteurs européenne ?

Bien que déjà rejeté par 89,9% des participants en 2017, la Commission européenne DG Taxud revient à la charge cette année pour un projet de taxe anti-vapoteurs dans le cadre de sa révision des taxes tabac. Une consultation publique de quatre pages a été ouverte sur laquelle nous reviendrons prochainement. En parallèle, la Commission a mandaté un cabinet italien d'économistes pour évaluer la réaction des consommateurs face aux divers taux de taxes envisagées sur la vape. "Ce bref questionnaire sert à recueillir des informations pour une analyse du marché de l'e-cigarette et le possible impact d'un hypothétique régime de taxe harmonisé au niveau européen", explique la lettre d'Economisti Associati. Parmi les associations contactés pour servir de sondeurs bénévoles envers leurs membres, l'association Sovape, dont je suis membre, a signifié dans une réponse publique son refus de collaborer.

Questionnaire à sens unique

"Les orientations paradigmatiques qui sous-tendent votre questionnaire ne nous semblent pas appropriées pour permettre l’expression la plus précise et intelligente des intérêts de défenseurs d’une approche globale de réduction des risques qui caractérise notre association. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas répondre aux questions posées et de vous exposer nos motivations", fixe Sovape, dont le but annoncé est "développer, défendre et promouvoir une culture de réduction des risques et des dommages associés aux usages des produits fumés". Comment exprimer cette approche à travers un questionnaire dont le seul soucis est de trouver le point d'optimisation fiscale pour les recettes des Etats sur le dos des usagers?  

Le questionnaire d'Economisti Associati propose ainsi trois scénarios aux vapoteurs: 20% d'augmentation des prix par la taxation, 50% ou 100%. Mais sur quelle base infliger une surtaxe, en plus de la TVA déjà en place, aux vapoteurs? "Nous ne comprenons pas l’origine des taux de taxation évoqués pour un produit de consommation courante, ne contenant pas de tabac et n’ayant pas l’impact sanitaire négatif des cigarettes", s'étonne Sovape. Les taxes "comportementales", qui visent à punir les mauvais comportements, sont justifiées en économie par les conséquences négatives de la consommation des produits visés, comme par exemple le tabac. Mais quand le produit permet d'améliorer la situation sanitaire et souvent sociale du consommateur, le punir se justifie t-il ? Le sujet n'est pas même évoqué par le questionnaire.

Une Europe à l'italienne?

L'association relève que le questionnaire ne permet aucune évaluation de l'impact social de l'introduction envisagée de taxe contre le vapotage. Le niveau de revenu ou même celui d'étude ne sont pas même demandé aux participants. "Évaluer les effets d’une répression taxative d’une alternative à risque réduit devrait prendre en considération son impact en termes de justice sociale", remarque l'association. "Des situations dramatiques qui nous ont été rapportées de pays ayant mis en place des taxations anti-vape, nous inquiètent", insiste Sovape. Les effets bénéfiques sur la santé, et les coûts qui sont liés, de l'arrêt du tabagisme en passant au vapotage sont tout autant ignorés par le sondage destiné aux vapoteurs. 

"La population et l’économie de l’Union Européenne souffrent de maladies, parfois lourdement incapacitantes, liées au tabagisme. Elles souffrent également d’un ensemble de troubles psychiques, de manière plus ou moins prononcée, dont une partie peut être soulagée par la consommation de nicotine. A commencer par le plaisir et la détente que procurent sa consommation. Ce sont des aspects qui nous paraissent incontournables pour évaluer avec rigueur ce dossier. Leur absence nous surprend", récapitule l'organisation qui édite un bulletin auquel contribuent des scientifiques, des acteurs de santé, des professionnels indépendants et des usagers.

L'Union Européenne veut-elle protéger son tabagisme ?

"Le risque d’une perte de confiance du public sur les motivations des autorités à introduire des taxes comportementales devrait également être évalué en cas de taxe punitive contre un produit considéré par beaucoup comme une aide à la sortie du tabagisme", pique Sovape. L'association s'étonne aussi que le message implicite d'une taxation assimilant le vapotage aux produits du tabac ne soit pas évalué. "Une telle mesure risque fortement de brouiller une compréhension claire des niveaux de risques relatifs entre les produits, et de tromper le public en assimilant le vapotage aux véritables produits du tabac. Les messages de santé publique concernant le tabagisme pourraient s’en trouver minés"

En définitive, Sovape préfére ne pas jouer le rôle d'Huggy 'les bons tuyaux' pour la Commission européenne et regrette l'absence de thématisation de mesures "pour soutenir le report modal du tabagisme vers des solutions à risque réduit dans une logique d’empowerment des usagers par les usagers, à travers leurs organisations de réduction des risques". Les élites de l'Union Européenne semblent loin, très loin, de saisir la lame de fond qui anime le mouvement de réduction des risques qui parcourt leurs populations. Des lacunes inquiétantes avant la révision de la directive sur la taxation mais aussi à quelques mois du lancement de la révision de la directive sur les produits du tabac et connexes (TPD), dans laquelle le vapotage a été mis de force en 2014.

Un dossier à suivre de près...
Résultats de la précédente consultation publique en 2017 de la Commission DG Taxud sur une taxe anti-vapoteurs



jeudi 31 mai 2018

[Bref] Le crépuscule du tabagisme: plus de 40 millions de vapoteurs dans le monde selon la BBC

Après le Royaume-Uni, les récents chiffres officiels en France le confirment: le vapotage est l'outil de sortie du tabagisme de masse dont s'emparent les fumeurs pour ne plus l'être. Sa répression permet encore aux ventes de tabac, et des médicaments liés aux maladies déclenchées par le tabagisme, de prospérer dans certains pays, tel que la Suisse. En cette Journée mondiale sans tabac, la BBC a mis en avant un récapitulatif chiffré de l'essor du vapotage. Le cabinet Euromonitor estime qu'on a dépassé le seuil de 40 millions de vapoteurs dans le monde. De 7 millions en 2011, le vapotage a été embrassé par 35 millions d'usagers en 2016, Euromonitor prévoit que plus de 55 millions d'utilisateurs en 2021. Edit 21h: Comme l'a fait remarqué Jacques Le Houezec, l'estimation d'Euromonitor agrège aussi les usagers de tabac chauffé... /

Extrait de C dans l'air (France 5) hier, avec François Bourdillon, directeur de Santé Publique France:


Systèmes ouverts majoritaires

BBC selon Euromonitor
Les vapoteurs sont avant tout tournés vers les systèmes dits ouverts, permettant de conjuguer atomiseurs et box selon les besoins et de choisir les liquides de remplissages dans l'énorme variété du marché. Cette orientation s'oppose aux systèmes fermés propriétaires, imposant de racheter des capsules de liquides scellées à la marque du modèle, rendant captif le consommateur. Néanmoins, l'essor fulgurant de la Juul aux Etats-Unis ces derniers mois, qui avale à grande vitesse des parts de marché des cigarettes (de tabac), incite à ne pas condamner la possibilité d'un développement de ce type de produit.

Les vapeshops en première ligne

Les boutiques spécialisées sont en première ligne de cet exil des fumeurs à l'aide de l'outil de réduction des dommages. Elles offrent les conseils techniques nécessaires, du choix et bien souvent un soutien humain dans la démarche d'arrêt tabagique, comme le relate les témoignages de terrain dans le dernier Bulletin de Sovape. Une enquête d'Ernst & Young, menée en 2015 au Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne, Italie, Russie et Corée du Sud, montre clairement le recours privilégié à ce canal par les usagers. Leurs motifs de se convertir au vapotage n'y sont probablement pas étrangers. 

Mouvement publique de santé

Arrêter ou moins fumer pour arrêter l'impact néfaste sur sa santé des cigarettes, tout en conservant le plaisir de la nicotine, d'un geste et de nouvelles sensations olfactives expliquent l'engouement massif. Un soutien des autorités permettrait sans aucun doute d'accélérer cette révolution technique et sanitaire. Mais à part les britanniques, les autres pays semblent plus intéressés à endiguer la perte de revenu fiscaux liées à la sortie du tabagisme des plus de quarante millions de vapoteurs. A défaut des usagers diffusent conseils et soutiens aux fumeurs cherchant à se libérer des cigarettes, comme par exemple l'excellente brochure de l'association Helvetic Vape sur le sujet en Suisse, ou des groupes d'entraide à l'arrêt des cigarette avec le vapotage dont nous avons, avec l'association Sovape, fait une analyse publiée cette semaine.

Sur RTL, le Dr William Lowenstein, de SOS Addiction, et Dominique Laverge, de la Société française de pneumologie, au micro d'Yves Calvi:



lundi 28 mai 2018

Santé Publique France: nette baisse du tabagisme et 27% des tentatives d'arrêt à l'aide de la vape

Selon une enquête mandatée par Santé Publique France, le tabagisme recule significativement avec 32% de fumeurs, dont 27% au quotidien en 2017. "Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", précise l'article dirigé par Anne Pasquereau. Une baisse du tabagisme qui est très prononcée dans la catégorie des jeunes hommes et relativement homogène entre les classes sociales. "C’est la première fois depuis 2000 que la prévalence du tabagisme quotidien diminue parmi les fumeurs les plus défavorisés : de 38,8% en 2016 à 34,0% en 2017 parmi les personnes aux revenus les plus faibles, de 49,7% à 43,5% parmi les personnes au chômage", souligne le même article du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) n°14-15, qui sera publié demain. Intérêt pour l'approche de réduction des dommages, une mesure inédite évalue à 27% les tentatives d'arrêt tabagique s'étant emparées du vapotage au dernier trimestre 2016, autour de l'opération Mois Sans Tabac de novembre. 

Par ailleurs, l'association Sovape diffuse ce matin un document analysant le groupe d'entraide par les pairs sur facebook Les Vapoteurs #MoisSansTabac 2017. Ayant participé à la rédaction de ce rapport avec Nathalie Dunand, Sébastien Béziaux et Thierry Pelé, je m'abstiens de le commenter (mais je vous encourage à le lire ;) ). Les deux travaux n'évaluent pas la même édition de l'opération - 2016 pour le BEH, 2017 pour Sovape -, ni sur le même angle - évaluation de l'opération globale du BEH, focus sur l'initiative de l'entraide avec le vapotage sur facebook pour Sovape -.

Baisse significative du tabagisme selon SPF

L'enquête de Santé Publique France (SPF) a fait sonder par le cabinet Ipsos 25'319 personnes via téléphone entre janvier et juillet 2017 à propos de leur statut tabagique et d'éventuelles tentatives d'arrêt tabagiques dans le dernier trimestre 2016. "En 2017, 31,9% des personnes de 18-75 ans interrogées ont déclaré qu’elles fumaient au moins occasionnellement et 26,9% quotidiennement. Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", souligne le BEH (p. 265). Une diminution d'ampleur inédite depuis une dizaine d'années insistent les auteurs.

"Sur l’ensemble des fumeurs quotidiens au lancement de Mois sans tabac, 15,9% ont fait une tentative d'arrêt (TA) d’au moins 24 heures au dernier trimestre 2016, ce qui représente environ 2 millions d’individus. De plus, 18,4% d’entre eux déclaraient avoir fait cette tentative en lien avec Mois sans tabac. Cela représente 2,9% de l’ensemble des fumeurs quotidiens soit près de 380 000 TA liées à Mois sans tabac", estiment les auteurs du groupe Baromètre Santé 2017 du SPF (p. 300). Parmi ces fumeurs déclarant une tentative d'arrêt durant le dernier trimestre 2016, 30,8% ont arrêté de fumer au moins 30 jours [à mettre en regard avec prudence de la mesure du rapport Sovape de 48% d'arrêts à la fin du Mois Sans Tabac 2017, début décembre, dans le groupe d'entraide sur facebook avec la vape]. 

27% des tentatives d'arrêt s'aident de la vape

Selon l'enquête du SPF, un peu moins de la moitié (47,7%) des tentatives sur le dernier trimestre 2016 se sont passées avec une ou des aides. 67,1% chez ceux qui ont fait une tentative liée à l'opération Mois Sans Tabac. La principale aide est la vape pour 26,9% de l'ensemble des tentatives (soit 56,4% des tentatives avec une aide était avec la vape), puis les substituts nicotiniques pour 18,3%. L'enquête mentionne aussi des aides de type accompagnement: médecin, site TIS, appels... D'après mon calcul, en moyenne les personnes ayant eu recours à de l'aide en ont utilisé 1,67. La ligne 3989 n'a été utilisée que par 0,9% des répondants. "Des analyses sont prévues à partir des données du Baromètre santé 2017 pour étudier de manière plus globale les aides utilisées lors d’une tentative de sevrage tabagique et les différences éventuelles observées en matière d’abstinence", promettent les auteurs (p. 302).

Plus de tentatives avec la vape, moins de tentatives sans aide et plus de succès ?

Il est intéressant de comparer cette part de tentatives d'arrêt à l'aide de la vape en France avec d'autres pays et en miroir, la part des fumeurs qui tentent sans aide. Aux 27% de tentatives avec la vape relatés par cette enquête, correspondent plus de 38% en Angleterre, mais moins de 10% en moyenne dans l'Union Européenne, un peu plus de 9% en Allemagne et moins de 6% en Suisse. On peut voir que la part des tentatives sans aide, supposées avoir moins de réussites au moins à court terme, répond en miroir à ces différences: une minorité en Angleterre, près de 53% en France, 59% en Allemagne, et un niveau extravaguant dépassant 70% en Suisse en 2015 dans le contexte de répression du vapotage nicotiné. Les français se situent ainsi entre pays enthousiastes et frileux - si ce n'est protecteur de leur industrie tabagique et pharmaceutique - dans leur relation à l'outil de réduction des dommages. 

Un des éléments clefs ayant convaincu les responsables britanniques de l'intérêt du vapotage pour l'arrêt tabagique est la progression très nette de la part de succès des tentatives depuis son essor. "Le taux de succès d'arrêt est passé de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017", soulignent Robert West et Jamie Brown du Smoking Toolkit Study. Les données présentées dans le BEH ne permettent pas de faire une comparaison stricte, les entretiens s'étant étalés de janvier à juillet. Les déclarations d'arrêts maintenus peuvent correspondre de quelques semaines à six mois d'arrêt. Malgré ce biais favorable à surestimer les résultats, le taux annoncé de 17,9% reste sensiblement en dessous des 19,8% de succès anglais, où le vapotage est ouvertement soutenu par les autorités.

En complément sur ce sujet, le nouveau Bulletin de Sovape, publié ce matin également, explore la question de l'impact de la réglementation du vapotage sur le tabagisme, et évidemment de la sortie du tabagisme à son aide. Les analyses de Jean-Pierre Couteron, de la Fédération Addiction, du Pr Bertrand Dautzenberg, de Jean-Félix Savary, du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions et d'Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, débattent du sujet.

Motiver pour aider à adopter un nouveau comportement

L'analyse de Santé Publique France de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac sur les différents groupes sociaux montre que les personnes "inactives" - étudiant, retraité, autre personne sans activité professionnelle -  ont été incitées à se lancer à travers l'opération. Au niveau du diplôme détenu, une proportion significativement plus importante au sein des personnes ayant plus que le Bac ont tenté d'arrêter de fumer durant le dernier trimestre 2016, en contraste fort avec les peu diplômés.

Les auteurs se félicitent de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac. Ils en expliquent le principe. "Le comportement adopté à un moment donné est le résultat de différents types de motivations, allant des impulsions régies par des désirs, des émotions, jusqu’à des plans personnels fondés sur des évaluations profondément réfléchies (...). Une campagne comme Mois sans tabac est donc destinée à multiplier par le plus grand nombre de canaux possibles (médias, groupes de soutien, kits d’aide à l’arrêt, etc.) les incitations à l’arrêt du tabac. En agissant sur l’ensemble du système motivationnel, les chances d’adopter un nouveau comportement (ici arrêter de fumer) sont plus importantes" (p. 299). Un principe qui pourrait s'appliquer au passage des fumeurs vers le vapotage si les autorités sanitaires françaises se convertissent elles-mêmes au bon sens de la réduction des risques. La population incline de toute évidence en ce sens...

Même si sans surprise la Dépêche du Midi, qui a visiblement un droit à ne pas respecter les délais d'embargo imposés aux autres sur l'information de Santé Publique France, imprime la parole consacrée en ne pipant mot sur le principal outil utilisé pour arrêter  par les fumeurs en France et préfère célébrer les ventes de substituts nicotiniques pharmaceutiques, dont ceux des Labo Fabre qui détiennent une part du capital du journal du Sud-Ouest. Business as usual...



jeudi 12 octobre 2017

[Pouët] Au #ForumSanté Libération, Agnès Buzyn bloque les questions qui dérangent

Ce qui est bien dans l'entre-soi, c'est qu'on n'est jamais dérangé. Invitée hier soir au Forum Santé organisé par le quotidien Libération, Agnès Buzyn ne goûte pas les questions dérangeantes. Depuis sa prise de fonction, la Ministre de la santé négocie avec les buralistes et le Ministère du budget un agenda de hausses des cigarettes suffisamment progressif pour ne pas ébranler ce marché. Dans le même temps, elle snobe les associations sur le terrain de la réduction des méfaits à l'aide du vapotage. La Ministre a simplement méprisée une demande d'entrevue envoyée conjointement en juillet par l'Aiduce, association des usagers du vapotage, et Sovape, association favorisant le dialogue entre les différents acteurs sur cette question aux multiples aspects. 

Alors lorsque sur le fil de son compte twitter apparaît hier des questions sur le sujet, la Ministre, ou plus probablement son spin doctor, a simplement actionné la fonction blocage des importuns. Ainsi les tweets gênants ont disparu de son fil. Pourtant quelques minutes auparavant, la Ministre insiste sur l'importance d'être à l'écoute des usagers du système de santé.
Mais le ressenti d'usagers sur son étrange démarche de politique de santé concernant le tabagisme ne semble pas devoir être mieux intégré. Au moins lorsque celui-ci surgit à la manière d'un troll, cette attitude un peu désespérée face au mépris des tenants d'un débat pour tenter de faire valoir une thématique passée sous silence par l'élite communicante. Les penseurs de l'entre-soi détestent.
Les choses se précipitent et s'aggravent. Le premier troll hirsute (moi-même, si vous n'avez pas saisi ;) ) se voit relancé par une vapoteuse soulignant que la question concerne aussi des femmes.

Aux deux effrontés osant faire surgir une question concernant potentiellement 16 millions de français, dont la majorité de couches populaires, dans une discussion bornée aux mœurs de la caste mandarinale, la réponse est: rien. Le blocage. Pour l'une et l'autre (je ne sais pas dans quel ordre, mais à peu de temps près).



Levons le suspens éventé du "débat". La Ministre trouve évidemment qu'il faut faire des efforts mais que tout ne va pas si mal sur la question de la place des femmes dans les élites médicales.

Pour ce qui est du débat interdit concernant la place de la population dans la santé publique, son message implicite est plus claire. Les lobbys passent avant. Au moins en ce qui concerne le tabagisme et la pléthore de maladies engendrées pour le bonheur des vendeurs de médicaments.

A six mois de l'annonce d'un nouveau Plan national de réduction du tabagisme (PNRT), pour remplacer la fumisterie précédente de Marisol Touraine, on peut honnêtement douter que quoi que ce soit ne change au royaume de France. Les bleus n'ont pas décroché le titre de vice-champions d'Europe du tabagisme par hasard. C'est là, un art consommé et parfaitement maîtrisé de la caste dirigeante sur le sujet. Evidemment, il ne faudrait pas mettre "tout le monde dans le même sac". Mais Agnès Buzyn prend visiblement ses dispositions pour surtout ne pas en sortir de ce sac de l'entre-soi des mêmes.


lundi 2 octobre 2017

France: Le Dr Lowenstein abasourdi que la Ministre A. Buzyn n'ait pas encore reçu les associations de vapoteurs

"Je souhaite qu'Agnès Buzyn, notre Ministre de la santé, ne reçoive pas seulement les buralistes, mais aussi les différentes associations de vapoteurs. Actuellement, c'est la principale révolution dans le domaine. Plus de vies ont été sauvées par le vapotage que par toutes les méthodes qui ont existé jusque-là". C'était la seconde fois durant son entretien dans l'émission M comme Maïtena sur RMC. Cette après-midi, le Dr William Lowenstein a fortement insisté sur son incompréhension de l'attitude de la Ministre. Le Président de SOS Addiction, atterré du sinistre sanitaire à grande échelle du tabagisme, ne comprend pas le dédain de la Ministre à l'encontre des associations de vapoteurs. Les associations Aiduce et Sovape révélaient le mois dernier que leur demande d'entrevue n'avait pas reçu même une réponse polie. Depuis la Ministre n'a toujours pas réagi. Paralysée sur place. Alors qu'elle s'était empressée de rencontrer les vendeurs de cigarettes dés sa prise de pouvoir.

Choquant mépris ministériel

A l'opposé du mépris ministérielle, le Dr Lowenstein souligne l'importance des acteurs de la réduction des méfaits par la vape, participants en première ligne sur le terrain. "Promouvoir le levier incroyable de la sortie du tabac par le vapotage.(...) Je suis ravi que notre nouvelle Ministre, qui est un médecin remarquable, ait reçu les buralistes. Mais par contre qu'elle n'ait toujours pas reçu les associations de vapoteurs, qui sont en train de sauver des centaines de milliers de vies, me choque en tant que médecin", souligne t-il (à 14') .  Pourtant, arrêter de fumer, "c'est atrocement difficile", en convient Maïtena Biraben, la présentatrice et ancienne fumeuse.

Le désastre sanitaire du tabagisme et son cortège de malades et de cadavres doit enfin être pris au sérieux par les autorités. "Cela demande autre chose que des rendez-vous à six mois, une petite trousse dans le kit du Mois sans tabac avec trois dessins à colorier. Il faut que cela devienne vraiment une priorité sanitaire et plus seulement la priorité des caisses de Bercy [le Ministère du budget]", se lâche l'addictologue. Le Pr Bertrand Dautzenberg, arrivé en cours d'émission, adoube le vapotage pour arrêter de fumer. "Pour un fumeur qui passe à la vape et quitte la cigarette, c'est infiniment, infiniment, moins dangereux. Il faut encourager tous les fumeurs à quitter le tabac par la porte, par la fenêtre, avec les moyens officiels et avec le vapotage", insiste le Secrétaire général de l'Alliance contre le tabac.

De la nicotine dans les aubergines

Cependant, encore convalescent peut-être, le tabacologue de l'Hôpital de la Salpétrière bloque toujours sur le mythologique vapotage passif. "On peut retrouver de la nicotine dans les urines [dans l'entourage des vapoteurs]. Alors, pas beaucoup, pas à forte doses, de manière infiniment moins toxique que le tabagisme passif, mais il y a un petit quelque chose", souligne le Pr Dautzenberg. "La nicotine on s'en fout. La nicotine n'est pas le problème. Le problème ce sont les milliers de toxiques des cigarettes", le reprend un peu plus tard le Dr Lowenstein, ancien pneumologue. "Oui de la nicotine, il y en a même dans les aubergines", glisse Maïtena. "C'est pour cela qu'il faut sortir du déni hypocrite contre le vapotage et le soutenir à fond", insiste encore le Dr Lowenstein.

L'émission a laissé place à d'autres interventions, notamment sur le plateau de Jean-Luc Renaud, représentant de la Fédération des buralistes, ainsi que d'auditeurs. Certains témoignant de leur arrêt du tabagisme avec le vapotage, dont un intéressant exemple d'usage de la vape en "roue de secours" pour éviter la rechute. Vous pouvez retrouvez l'émission en intégralité en podcast à  http://podcast.rmc.fr/channel295/20171002_mcommemaitena_0.mp3


dimanche 24 septembre 2017

Stoptober en Angleterre: [MàJ] Un enfumage du Sun m'a foutu dedans: Pas de censure des pubs pour arrêter de fumer

[Mise à Jour 26.09.2017 à 20h40] Selon le Vaping Postl'affaire rapportée par le Sun n'existerait pas. Le Cancer Research  UK et l'Advertising Standards Authority (ASA) nient qu'il y ait eu quelconque tentative de blocage des annonces de la campagne Stoptober. Sur son blog, Clive Bates a ajouté une mise à jour : " Le Cancer Research UK déclare qu'il n'a pas été "empêché de faire quoi que ce soit par l'ASA, et rien n'explique pourquoi cette histoire est apparue". Les pubs du Public Health England passaient à la télé hier soir encore." Désolé, de nous être fait enfumer par le Sun et d'avoir colporté cette désinformation... :(

"Couldn't vape it up! Les annonces anti-tabagisme du Cancer Research interdites à cause de règles débiles de Bruxelles". Avant-hier, le Sun révèle que l'Agence de contrôle des publicités (ASA) aurait refusé d'autoriser la campagne de l'organisation de charité contre le cancer durant Stoptober. Son thème "Quit or switch" - arrête ou passe au vapotage - fait un pied-de-nez au vieux slogan obsolète et meurtrier du "quit or die" - arrête ou meurt -. Mais la campagne de santé publique serait censurée en raison de l'interdiction des bureaucrates européens"Le comité sur les pratiques publicitaires a implémenté la règle de l'Union Européenne (UE) en février qui rend illégal la promotion "indirecte" de produits nicotinés, ce qui inclut le vapotage", expliquent Harry Cole et Ben Lazarus, les auteurs de l'article. En août, l'ASA avait déjà reçu une dénonciation anonyme contre une annonce pour un produit de vapotage.

Le Cancer Research va t-il défier la censure européenne?

Cependant, l'oeuvre de bienfaisance britannique contre le cancer pourrait passer outre. "Des sources nous ont déclaré que les dirigeants du Cancer Research réfléchissent à ignorer la censure et prendre le risque d'une bataille en lançant la campagne", précisait la première version de l'article du Sun (datée du 22 septembre au soir). "Le Département de la santé a réagit aujourd'hui pour soutenir que les campagnes de santé publique devraient être exemptées des règles de Bruxelles", précise l'article mis à jour hier.

Le spot Stoptober passera t-il comme prévu à la télé anglaise en octobre?


Le règlement en voie de réforme

L'organe de contrôle ASA a finalement aussi commenté la situation. "Nos règles interdisent les pubs pour les produits de vapotage sans licence [pharmaceutique] et contenant de la nicotine dans la ligne des lois Européennes qui ont pris effet en 2016. Les annonces pour des produits et les marques sont interdites et ne sont plus diffusées à la TV ou la radio depuis l'an passé", explique un porte-parole de l'organisme. A l'écoute des plaintes contre l'absurdité de ce règlement, il souligne avoir entendu que le Public Health England estime que la prohibition devrait ne pas couvrir les campagnes de santé publique concernant "la réduction des méfaits du vapotage contre ceux des cigarettes".

L'organe de de contrôle publicitaire est justement en train de proposer une réforme de son règlement sur ce point. Une consultation publique est ouverte jusqu'au 16 octobre. La règle édictée en février avait été vertement critiquée pour ses effets absurdes et néfastes, notamment par l'Association des professionnels de la vape indépendante britannique IBVTA. La perspective du Brexit devrait aider les britanniques à s'affranchir de ces limitations délétères imposées par les bureaucrates bruxellois, malgré la pression intense du lobby pharma pour les maintenir en place.

[Mise à jour 24-09-2017 à minuit] Clive Bates, sur son blog, estime que le problème provient de la réglementation excessive de l'ASA, au-delà de ce qu'impose la Directive européenne TPD et son implémentation britannique dans le Tobacco & Related Products Regulation (TRPR). Celles-ci ne visent que les publicités commerciales ou provenant d'entreprises commerciales. "Il est important que les institutions de santé respectées puissent promouvoir des approches génériques pour arrêter de fumer, y compris l'utilisation du vapotage. Le traitement de ce type de publicité devrait être distingué des publicités "dans le cadre d'une entreprise" ou d'une communication commerciale. La faute ne réside pas dans le droit européen, du moins tel qu'il a été interprété par le Royaume-Uni. Elle incombe à la transposition incompatible de la directive dans le règlement de l'Agence de contrôle publicitaire (BCAP)", explique t-il.

En contraste, des voies de défenseurs du vapotage s'élèvent sur les réseaux sociaux pour rappeler que ce risque de censure de l'information sur la réduction des méfaits sur la base des textes de la directive européenne avaient été soulignées et ignorées en son temps. Les propos très agressifs du Commissaire européen Andriukaitis à l'encontre des vapoteurs semblent bien illustrer cette intention de la bureaucratie bruxelloise contre les personnes arrêtant de fumer.
En France, comme la capote dans les années 1980'

En France, la Loi santé Marisol Touraine a également introduit l'interdiction de publicité et propagande, directe et indirecte, à l'encontre des produits de vapotage sous peine d'une amende jusqu'à 100'000 €. Imitant ainsi la vieille loi de censure contre les préservatifs en vigueur jusqu'à son abrogation en 1986 par la Ministre Michèle Barzach. Depuis l'intronisation de la censure, les chaînes de télévisions publiques semblent évacuer ou traiter de manière négative, jusqu'à l'outrance, le sujet de l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage. Une consultation par l'association Sovape montre l'étendue du problème de liberté d'expression et du droit à l'information pour préserver sa propre santé que pose cette censure scélérate.

Si vous êtes résidents en France, ne visionnez pas cette vidéo, cela vous est interdit

En Suisse, la CFPT espère bâillonner les médecins

Hors de l'Union Européenne, la Suisse n'a pour le moment aucune règle contre l'information sur le vapotage. Un ensemble de lobbys intéressés à préserver le tabagisme et son cortège de malades friands de médicaments, réclament une censure totale dans la prochaine réglementation. La Commission Fédérale Tabac (CFPT) va jusqu'à exiger l'interdiction aux professionnels de santé d'informer les patients et le public sur le sujet.