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mardi 7 août 2018

Karl Fagerström teste la dépendance à différents produits de nicotine et au café des suédois

En s'inspirant de son fameux test de dépendance à la cigarette - traduit en français par UnAirNeuf.org -, le Dr Karl Fagerström a tenté de comparer les niveaux de dépendance chez des utilisateurs de différents produits de nicotine et du café. Le vapotage devait faire partie de l'enquête, mais sa prévalence d'usage quotidien était si faible (0,6%) parmi les 3'001 suédois interrogés par le cabinet Ipsos que le scientifique a préféré écarter l'échantillon trop faible pour être statistiquement fiable et pertinent. Aucune question n'a été demandée sur les autres produits caféinés (sodas p.ex.) que la café.  Dans les réponses retenues, l'utilisation quotidienne est de 9,9% pour le Snus, 6,8% de fumeurs de cigarettes, 1,5% de consommateurs de produits de remplacement de nicotine (gommes nicotinées et/ou patchs) tandis que 71% du panel de suédois boivent chaque jour du café. 

La cigarette et le snus plus dépendogènes que le café et les nicorettes

"Les indicateurs de dépendance utilisés ont tous été tirés du test de Fagerstrom pour la dépendance à la cigarette, sauf en ce qui concerne la difficulté d’arrêter les habitudes liées au tabac et au café", précise l'article publié ce 30 juillet en accès libre dans l'International Journal of Environnemental Research on Public Health (IJERPH). Indice de tabagisme lourd (HSI), utilisation dans les 30 minutes après le réveil, estimer importante la première utilisation et affirmer qu'il serait très difficile d'arrêter complètement l'usage ont été les facteurs pris en compte.

Signe que le café est moins dépendogène que les produits nicotinés, "beaucoup moins de buveurs de café ont commencé à utiliser le produit dans les 30 mn suivant leur réveil que tous les autres produits", précise le scientifique, dont la recherche a reçu le soutien financier de la Commission Snus. Mais l'importance aux yeux des consommateurs de la première utilisation de la journée place le café (67%) et la cigarette (65%) au-dessus du snus (55%) et des produits nicotinés (46%). En terme de dépendance forte au tabac, l'indice HSI montre une dépendance similaire entre fumeurs de cigarettes et utilisateurs de Snus. Globalement, les sondés suédois montrent une dépendance plus faible au café qu'aux produits du tabac. L'auto-évaluation de la difficulté d'un sevrage du produit indique que 36% des fumeurs et 34% des usagers de snus pensent qu'il serait très difficile d'arrêter, contre 21% des consommateurs de produits nicotinés et 18% des buveurs de café.

En Suède, plus de caféïnomanes que de nicotinomanes

"De manière surprenante, il peut y avoir plus d’utilisateurs de café fortement dépendants que d'utilisateurs de produits de tabac ou nicotine dans la population générale, en raison du nombre beaucoup plus élevé d’utilisateurs de café (2139 buveurs de café contre 545 usagers de produits de tabac ou de nicotine sur les 3001 sondés)", souligne le chercheur. Les résultats soulèvent une question de fond sur les objectifs de santé publique, que le Dr Karl Fagerström avait déjà évoqué dans un article pour le bulletin de l'association Sovape en mai.

Problème de santé ou problème moral?

"Si une proportion significative de la population dépendante du café n'est pas considérée comme problématique, pourquoi notre vision est-elle si différente concernant la nicotine?", interroge ouvertement le Dr Fagerström. Avant de livrer: "Probablement parce que traditionnellement la consommation de nicotine a été faite avec du tabac fumé, avec les conséquences négatives sur la santé bien connues. Mais à quel point la dépendance au snus et aux produits de remplacement nicotinés, avec une fraction des dangers de la cigarette, est-elle problématique?"


lundi 2 juillet 2018

Depuis le 1er juillet, une taxe anti-vape en Suède basée sur une équivalence ridicule

C'est au tour des vapoteurs suédois de se prendre 1,90 € de surtaxe dans la fiole depuis ce 1er juillet. Deux couronnes (SEK) par mL de liquide, ainsi que sur la base nicotinée sans arôme au statut différent dans la réglementation suédoise, seront prélevés. Soit 1,90€ par fiole de 10 mL. Lors de l'élaboration de la loi, des parties prenantes ont tenté d'alerter de son absurdité. La New Nicotine Alliance, association des usagers de produits nicotinés à risque réduit, notamment a fait parvenir ses remarques. "La NNA (Suède) voit de graves lacunes dans l'analyse d'impact sous-jacente à la proposition du ministère des Finances", explique l'association à l'époque. "La protection de la santé publique est définie comme l'objectif principal de cette taxe. Néanmoins, l'enquête manque d'information sur la manière dont d'autres États utilisent le vapotage pour réduire les dommages du tabagisme. Ici, nous voulons accorder une attention particulière à la Grande-Bretagne, qui est particulièrement progressiste dans l'intégration du vapotage pour l'arrêt tabagique et la minimisation des dommages", souligne alors sur le fond l'association.

Parmi ses incohérences, cette taxe "nicotine" frappe indistinctement tout liquide nicotiné quel que soit son taux. Effet probable, elle va inciter les vapoteurs à acheter des liquides sans nicotine, pour les renicotiner ensuite. L'astuce a été largement utilisé par les citoyens suisses face à la prohibition et, d'après un témoignage, se généralise au Portugal pour lutter contre la taxe prohibitive anti-vape. La méthode permet de contourner les incitations d'Etat au maintien dans le tabagisme, mais évidemment elle n'est pas la plus confortable ni la plus sûre. En matière de protection de la santé, on a vu plus intelligent qu'une taxe incitant à fumer ou à bricoler soi-même ses produits.

10 mL = 100 cigarettes !?!

Mais le plus point le plus ridicule de l'élaboration de la taxe est l'équivalence aberrante qui a présidé à la fixation du montant de la taxe anti-vape. "Le bouquet", explique un magasin de vape de Malmö, "c'est que le projet de loi considère que 10 mL de liquide de vapotage correspond à 100 cigarettes". Une équivalence aussi ridicule et malveillante que celle en vigueur en Italie. "Cette affirmation manque à la fois de réalisme et de quelconque base scientifique. Nous n'avons rien compris, mais nous avons finalement réalisé que depuis que ce projet de loi a été produit par le ministère des finances, ils n'ont vu que des chiffres, et ont fait leur propre correspondance de nicotine: - 100 cigarettes à 1 mg de nicotine par cigarette = 100 mg de nicotine - 10ml de liquide à 10mg/mL = 100 mg de nicotine", décryptent les vapoteurs désabusés.

A savoir que ce chiffre de 1 mg de nicotine par cigarette, obtenu avec des 'machines à fumer', est un mensonge. En réalité, une cigarette contient de 8 à 20 mg de nicotine. Le fumeur en extrait plus ou moins selon sa manière de fumer ensuite. La taxe "nicotine" suédoise ne tenant pas compte du taux de nicotine des liquides taxés, la cohérence de cette justification par une équivalence est passablement abscons. Ou un prétexte grossier pour taxer sans aucune raison de santé publique. Malgré les remarques lors de la consultation publique, les autorités suédoises n'ont rien modifié. "Nous avons supposé que le Ministère des finances allait corriger son erreur. Que s'est-il passé ? Absolument rien...", déplore le message sur facebook du magasin suédois. 

Abolir les taxes qui punissent ceux qui évitent de fumer ?

Dés le 1er juillet, les vapoteurs suédois paieront donc 1,90 € de surtaxe sur leur fiole de liquide nicotiné. Un espoir leur reste lors de la révision de la loi prévue à la fin de l'année... A moins qu'une mobilisation force une exemption de taxe pour les produits de vapotage à l'échelle européenne. La question est pressante d'autant plus, qu'après la taxe anti-vapoteurs les ligues puritaines visent à présent aussi le Snus, un produit de tabac oral traditionnel local dont la préparation par étuvage inhibe le développement des nitrosamines spécifiques au tabac. Dans le quotidien suédois GP le 29 juin, Helen Stjerna, secrétaire générale de génération non-fumeur, exige l'interdiction des arômes pour la vape et le snus et l'augmentation des taxes contre les vapoteurs et les utilisateurs de snus, amalgamant ces produits à risque réduit aux cigarettes.

En réaction, Patrick Strömer, secrétaire général de l'Association professionnelle du snus suédois, s'interroge sur le sens des responsabilités d'Helen Stjerna. "La stratégie de répandre des mythes et d'ignorer les faits avérés renforce peut-être sa propre conviction, mais cela contribue peu à un débat constructif sur les alternatives aux cigarettes pour encourager les 800.000 Suédois qui fument encore à examiner leur choix", s'agace t-il en réponse dans GP. Les suédois ont réussi à baisser massivement leur tabagisme depuis les années 1990', pour atteindre 5% de fumeurs au quotidien en 2017 selon l'Eurobaromètre. Les courbes de maladies liées au tabagisme ont suivi la chute de la consommation de cigarettes, tandis que la part d'usagers de Snus atteint environ 15% de la population adulte actuelle. Le mouvement de la population suédoise est remarquable. Après cette taxe anti-vapoteurs, le Snus paiera t-il à son tour son efficacité à réduire le tabagisme?

(merci à Jennie pour ses conseils, les éventuelles erreurs m'incombent)

dimanche 10 juin 2018

[Bref] Archéologie de la réduction des risques: une boite de snus vieille de 300 ans découverte en Suède

Archéologie de la réduction des risques liés au tabac
Quand l'archéologie découvre la réduction des risques. Les fouilles du port intérieur de Norrköping, en Suède, ont mises à jour une boite en laiton de snus vieille de 300 ans. "La boite de snus a été retrouvée enfouie dans le sol de ce qui formait autrefois le lit d'une rivière, et qui est probablement tombée dans l'eau au XVIIIe siècle", raconte Elisabeth Däljemar du quotidien local NorrkopingNews ce 5 juin. La ville de Norrköping, qui signifie "le marché du nord", est connue pour avoir développé la production du snus autour des années 1740'. Ce tabac à suçoter typiquement suédois est préparé par une phase de séchage lent au soleil, puis surtout une séance d'étuvage entre 24 et 36 heures, au lieu de la fermentation des tabac oraux d'autres contrées. Ce mode de préparation inhibe le taux de nitrosamines toxiques spécifiques au tabac, tout en conférant au snus un ph relativement alcalin facilitant l'assimilation salivaire de la nicotine. 

Un outil de réduction des risques traditionnel

"Parmi les tabacs en poudre humide à sucer, le snus suédois est très pauvre en nitrosamines. Beaucoup de scandinaves abandonnent la cigarette pour l'utiliser. On n'a pas démontré qu'il soit une porte d'entrée vers la fume, ni qu'il augmente la fréquence des cancers ou des complications cardiovasculaires habituellement liés au tabac. On estime que si les fumeurs passaient au snus, leur mortalité baisserait d'au moins 90%, et cette évolution commence à se manifester en Suède. Mais à l'exception de ce pays, sa commercialisation est interdite en Europe", expliquait en 2005 le Pr Robert Molimard,  fondateur notamment de la Société de tabacologie en France, dans le Courrier des addictions (archive hébergée sur Vaping Post).

La chute du tabagisme suédois

Depuis, la Suède a atteint le taux de 7% de fumeurs, selon les données de l'Eurobaromètre 458 au printemps 2017. Moitié moins qu'en Australie, quatre fois moins qu'en Suisse ou en France. Et les courbes de maladies liées au tabagisme suivent, avec un délai lié à la détection en ce qui concerne les cancers. Malgré cela, l'Union Européenne a interdit le produit, à l'exception de la Suède. Fait éclairant, la Suisse a aussi interdit le snus à l'initiative du Conseiller national Peter Hess en 1991. Le démocrate-chrétien se présentait alors ardent défenseur de la lutte anti-tabac. En 2001, la presse révélait son mandat secret au Conseil d'administration de la filiale BATI du cigarettier British American Tobacco (BAT). En dépit de ce conflit d'intérêt manifeste, personne n'a alors demandé la levée de l'interdiction du snus.

Des analyses pour éclairer le développement de la réduction des risques?

La découverte de cette boite de snus dans le port de Noorköping ne résoudra pas les questions de réseaux d'influence traversant la question tabagique européenne et helvétique. Mais elle pourrait amener des éclairages sur la tradition de la réduction des risques. "Il est probable que la boite appartenait à Pehr Gustaf Wadström. Les initiales de cet industriel, qui possédait alors le chantier naval de Skeppsholmen, sont gravées sur la boite. Elle est à moitié remplie de snus. J'ai cru à de l'argile, mais l'absence d'oxygène dans les dépôts de boue a probablement créer de bonnes conditions de conservation", explique Karin Lindeblad, une archéologue du site de Noorköping à la presse. Les chercheurs vont procéder à des recherches sur le contenu. 

"Nous allons analyser le snus pour voir quel genre de tabac et quelles épices étaient utilisées. Ensuite, la boite sera exposée au Musée de la ville de Norrköping le 26 août pendant la journée archéologique", précise Karin Lindeblad à l'Expressen. Les personnes intéressées à la réduction des risques espèrent que les chercheurs n'oublieront pas une analyse toxicologique du snus vieux de 300 ans pour, peut-être, éclairer le processus par lequel s'est développé ce produit de tabac original par son faible impact sanitaire négatif.