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mardi 11 septembre 2018

Suisse: les autorités et les cigarettiers veulent interdire la vape aux fumeurs mineurs pour continuer de leur vendre des cigarettes

Interdire la vape aux mineurs pour mieux continuer de leur vendre des cigarettes. L'accord de dupes de la table-ronde des autorités et des cigarettiers a été rejeté par l'Association Suisse des professionnels indépendants de la vape (SVTA). Elle annonce réviser son code de conduite pour autoriser la vente aux fumeurs de plus de 16 ans de produits de vapotage sans nicotine afin de leur donner une chance de quitter les cigarettes.

Edit 14H pour préciser: Visiblement beaucoup de lecteurs suisses ne savent pas qu'aucune législation fédérale n'interdit la vente de cigarettes aux mineurs. Certains cantons fixé un âge limite de vente à 16 ans, d'autres à 18 ans et certains aucune. Genève est dans ce dernier cas, le Conseiller d'Etat Mauro Poggia a annoncé préparer une loi cantonale pour cela, non pas contre le tabagisme adolescent galopant, mais en raison de l'arrivée du vapotage et de la vente légale de cdb. Sic ! 

L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a pris grand soin d'exclure les usagers de sa table-ronde sur le vapotage en juin. Organisée sous la pression conjointe du lobby cigarettier et de l'anti-tabac Joachim Eder,  l'administration avait convié cigarettiers, grande distribution et aussi des professionnels de la vape indépendants. Rien n'avait filtré jusque-là de cette rencontre dont le but avoué était d'imposer un âge limite de vente des produits de vapotage.

La table-ronde est un échec

Suite à l'abrogation de sa prohibition illégale par le Tribunal administratif fédéral (TAF) fin avril, l'administration est dépassée par une situation qu'elle a pourtant provoqué par dix ans d'incompétence sur le sujet. Son unique obsession est d'assimiler le vapotage au tabac dans sa future loi LPTab. Mais trois mois après la table-ronde, son échec est consumé. "Aucun accord n'a pu être trouvé avec l’industrie du tabac", révèle le communiqué de la Swiss Vape Trade Association (SVTA).

Interdire la vape pour mieux vendre des cigarettes

"Afin de renforcer et d’étendre la protection des mineurs, la SVTA a demandé à la table ronde de l’OSAV qu’une limite d’âge de 18 ans soit également introduite pour les produits du tabac (cigarettes, cigares, etc …). Malheureusement, nous nous sommes trouvés en opposition avec l’industrie du tabac sur le sujet", explique l’association des professionnels de la vape. En dehors de la vape indépendante, seule la chaîne de détaillants Coop a appuyé la proposition. En version décryptée: les cigarettiers et leurs alliés veulent interdire la vente des produits de vapotage pour mieux continuer de vendre des cigarettes aux ados.

Ou donner une chance aux fumeurs

"Par conséquent, un consensus à la table ronde n’est pas possible", déclare Rachel Jossen, membre du comité de la SVTA. L'association annonce donc réviser son code de conduite de manière unilatérale. Elle engage ses membres à ne pas vendre de produits de vapotage nicotinés aux moins de 18 ans, mais autorise la remise "de liquides exempts de nicotine aux fumeurs de plus de 16 ans dans un but de réduction des risques", explique Rachel Jossen. 

Objectif clair de la filière du vapotage, donner une chance aux mineurs, à qui les cigarettiers vendent des cigarettes, de pouvoir sortir du tabagisme"L’objectif est de donner aux adolescents le choix entre consommer des cigarettes mortelles et le vapotage au moins 95% moins nocif".

Génération sacrifiée

En Suisse, 14,3% des adolescents de 16 ans sont déjà fumeurs, dont la moitié au quotidien, selon le monitorage officiel de 2016. Un taux qui explose à près de 40% pour la génération des jeunes adultes de 18-25 ans actuels ayant grandi dans les années de prohibition du vapotage nicotiné. Tandis que le tabagisme des jeunes adultes a chuté à 10% aux Etats-Unis, invalidant sans discussion possible la réalité de la théorie de la passerelle. Les exemples britannique et parisien confirment que le vapotage provoque plutôt une chute accélérée du tabagisme des jeunes. Ce qui n'empêche pas les médias de vendre du sensationnalisme bidonné sur la question.


dimanche 9 septembre 2018

[bref] Effet vape ? Le tabagisme des 18-24 ans américains chute à 10%

Ils avaient entre 12 et 18 ans en 2011 au moment de l'apparition massive du vapotage. Six ans plus tard, les jeunes adultes, issus de la première génération d'adolescents de l'ère de la vape, sont à 90% non-fumeurs. Selon les derniers chiffres de l'enquête nationale de santé (NHIS), le tabagisme des 18 à 24 ans américains a chuté à 10,4% en 2017. Presque moitié moins qu'en 2011. Spécialiste attentif à la question, le Pr Brad Rodu, de l'Université de Louisville (USA), met en lumière que 85,7% des jeunes adultes n'ont jamais fumé. Y a t-il un effet préventif  de la vape? En tout cas, 13% des jeunes ont essayé ou utilisé un moment le vapotage, sans devenir vapoteur au long cours et encore moins fumeur. Tandis que 2,7% sont actuellement vapoteurs exclusifs. 5,1% des jeunes adultes sont déjà ex-fumeurs : 0,8% vapotent et 2,1% ont vapoté. 
Les données de l'enquête NHIS sur les 18-24 ans américains analysées par le Pr Brad Rodu

Quatre fois moins de jeunes fumeurs aux US qu'en Suisse

Pour le Pr Brad Rodu, le vapotage joue un rôle indéniable dans la chute du tabagisme des jeunes américains. Ces données contredisent une nouvelle fois l'hystérie médiatique affirmant sans fondement que le vapotage encourage le tabagisme chez les jeunes. La chute du tabagisme des adolescents et des jeunes adultes américains est incompatible avec un hypothétique soi-disant effet passerelle du vapotage vers le tabagisme. Au contraire, cette dégringolade semble plutôt indiquer un effet préventif de l'expérimentation du vapotage qui évite à des jeunes d'expérimenter les cigarettes. En contraste, chez les jeunes Suisses de 18-25 ans, ayant grandi dans le contexte de prohibition et de dénigrement du vapotage (2009-2018), le tabagisme s'est maintenu à plus de 36,5%, selon les données officielles de 2016


lundi 3 septembre 2018

[bref] Arrêter de fumer à l'aide de la vape: la plus grande étude clinique au monde a démarré en Suisse

L'émission d'actualité 10 vor 10 de la télévision suisse-alémanique (SRF) l'a annoncé ce 31 août. La plus vaste étude sur l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage à ce jour est lancée en Suisse. Depuis juillet, les premiers volontaires sont reçus à l'Institut de médecine de premiers recours de Berne. A l'automne, des romands commenceront. En tout, plus de 1'200 fumeurs volontaires tentant d'arrêter de fumer seront suivis durant six mois. L'étude ESTxENDS - pour Efficacy, Safety and Toxicology of Electronic Nicotine Delivery Systems -  va comparer un groupe "témoin", recevant des conseils de professionnels de santé, aux participants munis d'une vapoteuse rechargeable, de liquides nicotinés et également conseillés. Des check-up et des analyses de sang et d'urines traceront l'évolution des niveaux toxicologiques des différents participants sur la durée. "De plus en plus de patients passent de la cigarette au vapotage", déclare le Dr Reto Auer, qui avait présenté le projet d'étude à la dernière VapeCon de Bienne en mai dernier.

Etude indépendante

Le professeur de médecine familiale a lancé l'étude pour lever les doutes sur deux aspects. "Actuellement, comme médecins généralistes, nous pouvons difficilement donner des réponses précises à nos patients sur la dangerosité du vapotage et sa capacité pour aider à arrêter de fumer. Nous voulons examiner cela attentivement", explique le Dr Reto Auer au micro de la SRF. Les résultats de l'étude, financée par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) en toute indépendance des industries du tabac et de la pharmaceutique, devraient être publiés d'ici deux ans. De son côté, le Dr Karl Klinger semble vouloir nier le principe même de la réduction des risques qui pourrait être mesurée sur les vapoteurs ayant arrêté de fumer dans l'étude.

La fin de la prohibition amène des fumeurs au vapotage

En parallèle à cette recherche scientifique, 10 vor 10 fait état de l'essor rapide du vapotage en Suisse depuis la fin de la prohibition de vente des liquides nicotinés. Au printemps, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé cette mesure arbitraire et infondée de l'administration. "Comme les liquides contenant de la nicotine sont désormais légaux, de nouveaux clients osent venir. La stigmatisation de la clandestinité s'est envolée", explique Tiziana Puppo, du magasin Vape-Heaven d'Uster dans le canton de Zurich. 

Le Dr Reto Auer le 19 mai 2018 à Bienne sur l'étude ESTxENDS:


mercredi 15 août 2018

Non, il n'y a aucune décision administrative pour interdire les liquides non "TPD ready" en Suisse

Une étrange rumeur circule dans les réseaux de vapoteurs romands ces derniers jours. En dépit de l'absence de décision administrative valide sur le sujet, elle prétend que les liquides autres que ceux homologués par l'Union Européenne (UE) seraient illégaux à la vente en Suisse. Difficile de saisir la base légale qui pourrait prohiber les liquides à plus de 20mg/mL de nicotine et en fiole de plus de 10 ml. Selon une source, ce bruit aurait pour origine l'administration elle-même. Pourtant en avril dernier, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé la décision de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) de prohibition de vente des liquides nicotinés. "Une décision de justice n'entraînera la nullité que dans des cas exceptionnels et s'ils sont graves. En raison de sa défectuosité, la décision générale doit être révoquée", explique le TAF dans son jugement C-76347/2015 du 24 avril 2018.

Le verdict précise qu'étant donné que "la décision administrative de l'OSAV du 12 novembre 2015 doit être abrogée, il n'est pas nécessaire de poursuivre l'examen des objections du plaignant et de répondre à sa demande de jugement déclaratoire". Autrement dit, les arguments des recours des deux professionnels de vape, Insmoke et E-Smoking, s'appuyant sur le principe du cassis de Dijon n'ont pas été pris en compte. Précision peut-être utile pour dissiper le malentendu qui parcourt le milieu de la vape suisse.

Retour à l'absence de décision administrative valide

Helvetic Vape
En l'état, la situation est similaire à ce qu'elle était lors de la Vape Mob' de mai 2015, où Helvetic Vape avait présenté l'avis de droit de Me Denis Roulet et distribué des liquides nicotinés à Berne. Inspiré de l'action de l'association des usagers, Stefan Meile, d'Insmoke, avait mis en vente des liquides nicotinés durant l'été 2015. Il a été contrôlé par les services sanitaires de son canton. Mais il n'a pas subi de contravention car aucune base légale ne le permettait. Le chimiste cantonal a analysé les liquides et il a ensuite demandé à l'administration fédérale de prendre une décision officielle

Avant cette décision, il n'y avait aucune base légale à laquelle se conformer et il n'était pas illégal de vendre des liquides nicotinés. Même si l'administration faisait courir la rumeur inverse depuis 2009. A partir de cette décision en novembre 2015, il a été possible de déposer recours contre celle-ci. Recours qui a aboutit à l'invalidation pour vice de forme par le TAF en avril dernier.

Abrogée veut dire abrogée !

Nous somme revenu à la même situation depuis l'abrogation de cette décision administrative par le TAF. Il n'y a de fait aucune décision administrative sur le sujet. Les indications de l'administration ne sont que des indications de l'interprétation que voudraient imposer les fonctionnaires bernois. Mais sans décision administrative dûment déposée, elles n'ont pas de force contraignante à laquelle les professionnels doivent se conformer. Si les services fédéraux publient une décision administrative dans les formes, il sera alors possible de recourir à s'en encontre. Politiquement, que les citoyens puissent recourir en justice contre les décisions de l'administration est une des différences entre démocratie et régime totalitaire. Un recours pourrait demander un éventuel effet suspensif, sur lequel le TAF se prononcerait, puis la procédure judiciaire se déroulerait.

Aujourd'hui il n'y a rien de cela. Helvetic Vape, rompu aux astuces de la bureaucratie bernoise, a d'ailleurs demandé des précisions sur la question à l'OSAV. L'association signale que l'administration fédérale a proposé une rencontre en réponse. Pour sa part, le site de l'administration est, à moins qu'il n'ait été hacké par un humoriste, passablement surréaliste en dépit de multiples éditions pour en gommer les absurdités les plus grossières. En l'absence de décision administrative valide, on ne voit pas ce qui rendrait illégal de vendre des liquides à plus de 20 mg/mL de nicotine, ou en conditionnement de plus de 10 mL, dans la mesure où ces produits sont fiables. Ce à quoi les commerçants sont tenus en raison du principe d'auto-contrôle de la Loi sur le denrées alimentaires et produits usuels (LDAI).

En l'état, cela offre une meilleure protection aux consommateurs qu'une hypothétique assimilation des produits de vapotage au projet de future loi tabac (LPTab), les condamnant au même type de sécurité que les produits du tabac, dans laquelle les bureaucrates bernois veulent à tout prix les mettre. Raison pour laquelle, ils refusent depuis 2013 de faire une réglementation simple et intelligente sur le sujet malgré les demandes et propositions répétées de l'association d'usagers Helvetic Vape. Pour indication, l'administration juge inutile dans le projet de loi tabac (LPTab) une déclaration aux consommateurs des additifs des produits de tabac, estimant qu'ils sont si dangereux que cela importe peu. Voilà à quoi pourrait être assimilé le vapotage avec la LPTab et ce qu'il en est du soucis de sécurité et de santé publique à Berne.

Des limites néfastes

De manière plus immédiate que l'enjeu politique du projet d'amalgame du vapotage au tabagisme, l'enjeu pratique d'une limite exagérément basse du taux de nicotine concerne au premier chef les 30% des fumeurs exclus d'arrêter de fumer avec les liquides européens à cause de leur sous-dosage en nicotine. Une limite adoptée par l'UE sans base scientifique comme l'a rappelé la Dr Lynne Dawkins devant la Commission parlementaire britannique. Mais l'enjeu peut concerner également des vapoteurs au long cours qui, comme moi, utilisent des liquides plus concentrés pour réduire significativement leur consommation de liquide. Une étude, publiée dans la revue Addiction en juin, montre que des liquides sous-dosés en nicotine poussent les vapoteurs à une surconsommation évitable de liquide

Enfin, la directive européenne (TPD) impose une limite de contenance des fioles nicotinées de 10 mL et évoque, de manière floue, une limitation de contenance des atomiseurs à 2 mL (non appliquée en France). Deux mesures qualifiées de dépassées dans le rapport explicatif au projet de loi tabac (notamment p. 42-43) présenté en décembre par le Conseil fédéral. Il semblerait un comble que les usagers soient poussés de force à des astuces inconfortables et moins sûres à cause de limites européennes que tous les connaisseurs du domaine estiment absurdes, sans base scientifique et contre-productives.

VIDEO: le Pr Jean-François Etter, de l'Université de Genève, sur la directive européenne (TPD) à Paris en 2015



jeudi 9 août 2018

[Bref] Bataille serrée entre Philip Morris et l'Association de prévention du Tabagisme Suisse pour l'Hypocrisy Award de la décennie

L'Association de prévention du Tabagisme en Suisse (AT-Suisse) a publié un communiqué de presse dans la lignée des articles sponsorisés par l'oligarque Michael Bloomberg un peu partout dans le monde ces derniers jours. "Il y a un an, Philip Morris se déclarait en faveur de l'arrêt du tabagisme, une profession de foi aussi opportuniste qu'hypocrite", révèle l'organisation. Ah?!? AT-Suisse a soutenu durant ces dernières années la prohibition du vapotage nicotiné en Suisse. Un élément crucial pour faire place nette au lancement de la cigarette de tabac chauffé de Philip Morris. Jusque-là, l'organisme n'avait d'ailleurs jugé problématique que l'absence de sa prime sur les ventes d'Iqos.

"D'une manière générale, la cigarette a mauvaise réputation Pas besoin donc d'être devin pour prévoir qu'à long terme, la cigarette ne sera plus un produit très lucratif en Europe", explique AT-Suisse. Alors que le tabagisme helvétique se maintient depuis dix ans sans évolution à plus de 25% de la population adulte. Et plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans, une part en augmentation. En contraste, depuis 2011 et l'essor du vapotage, l'Angleterre a réduit d'un quart sa part de fumeurs adultes et adolescents. Qualifiant le discours de Philip Morris de "saugrenu", AT-Suisse semble avoir quelque chose dans l'oeil. De longue date, l'organisation méprise ouvertement les usagers et s'oppose à l'approche de réduction des risques. Enjeu manifeste, les dividendes perçues sur les ventes de cigarettes par les anti-tabac suisses, ainsi que le sponsoring pléthorique des vendeurs d'anti-cancéreux.

Deux faces de la même pièce

Pourtant, une politique de réduction des risques similaire à celle britannique aurait permis à un quart des fumeurs suisses, soit de 500'000 à 600'000 personnes de sortir du tabagisme depuis 2011. En Islande, ce sont 40% des fumeurs de 2014 qui, en 2017, avaient arrêté grâce au vapotage. A l'échelle Suisse, cela ferait environ un million de fumeurs sauvés du tabagisme. Qui professe un discours hypocrite en prétendant lutter contre le tabagisme? Vraiment, est-ce le cigarettier vaudois Philip Morris ou son alter ego AT-Suisse

Les victimes du duo peu comique, on les connait. Plus de deux millions de fumeurs en Suisse qui ont été privés illégalement d'accès local au vapotage nicotiné jusqu'à ce printemps et la décision d'invalider la prohibition administrative par le Tribunal administratif fédéral. Les bénéficiaires du fumeux business sont plus nombreux que les seuls cigarettiers. Des milliards de dépenses à cause des maladies liées au tabagisme engraissent l'industrie pharmaceutique. Tandis que le Département fédéral de l'intérieur encaisse près de 2,5 milliards Fs par an grâce aux ventes de tabac. Il est sensé s'occuper de la lutte anti-tabac aussi. Il n'a fait que lutter contre l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage ces dernières années. 

Hypocrisy Award

Près des deux-tiers des fumeurs en Suisse, déclarent espérer arrêter de fumer. Mais aucune solution sérieuse ne leur est facilement accessible. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix prohibitifs sous le monopole pharmaceutique. Jusqu'à ce printemps, les liquides nicotinés étaient illégaux. Aucune information n'est dispensée sur la réduction des risques par le vapotage. Seules véritables sources d'aide à l'arrêt efficace, les groupes d'entraide de vapoteurs et les boutiques spécialisées

Au contraire, les médias d'Etat, liés au tabac, à la pharma ou à la finance multiplient les fake news sur le sujet. Entre silence complice et désinformation active sur le sujet de la réduction des risques, les actions d'AT-Suisse ressemblent à s'y méprendre à une banale hypocrisie. A ce titre, il est vraiment difficile de départager Philip Morris de l'AT-Suisse en la matière. 

Accordons-leur l'Hypocrisy Award pour leur oeuvre conjointe en faveur du maintien du tabagisme en Suisse.


dimanche 15 juillet 2018

[Bref] Le Tages Anzeiger anticipe un développement du vapotage en Suisse

L'édition dominicale du Tages anzeiger consacre une page à la prochaine expansion du vapotage en Suisse. Fin avril, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a cassé la prohibition illégale imposée par l'administration fédérale. "Jusqu'à présent, principalement les petits fournisseurs du secteur du vapotage étaient actifs. La nicotine pour les liquides était disponible dans les boutiques en ligne étrangères ou sous le comptoir de vente. Mais avec la nouvelle situation juridique, les gros commerçants flairent la bonne affaire", annonce Eric Bürgler du Tagi.  

"Nous prévoyons d'inclure des cigarettes-électroniques et des liquides contenant de la nicotine dans notre gamme", confirme un porte-parole de la chaîne de supermarchés Coop. Les concurrents de Denner observe la situation attentivement. Valora, qui déteint la chaîne de kiosques Naville, a déjà franchi le pas avec des produits de l'entreprise suisse Insmoke. En Allemagne, la chaîne offre des produits de vapotage depuis plusieurs années. Au hit-parade des liquides, ce sont les arômes After-eight et cheesecake les plus populaires. 

Près de deux millions de fumeurs à sortir du tabagisme

Le Tages Anzeiger anticipe une belle croissance du secteur. Avec plus de 25% de fumeurs, la Suisse a réussi à maintenir son taux de tabagisme avec la prohibition arbitraire du vapotage nicotiné depuis 2009. Tandis qu'au Royaume-Uni, près de 6% de la population est passé de la cigarette au vapotage observe le quotidien zurichois. "Le secteur bénéficie des recommandations du ministère de la Santé britannique. Celui-ci conseille fortement aux fumeurs de passer au vapotage car il est significativement moins nocif que les cigarettes traditionnelles", souligne le journal. 

Une situation qui contraste fortement avec la protection de la situation actuelle par les lobbys anti-vape en Suisse. "Selon Thomas Beutler de l'Association de prévention du tabagisme en Suisse (AT-Suisse), il n'existe pas d'étude significative à long terme sur les effets négatifs du vapotage sur la santé", mentionne la Tages Anzeiger.

Que va faire Big Tobacco ?

Du côté d'Insmoke, Stefan Meile se réjouit des perspectives de développement. Mais il reste sur ses gardes. "Les grandes compagnies de tabac vont bientôt apporter leurs e-cigarettes sur le marché suisse, avec un budget marketing élevé", prévient le président de l'Association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA). Un porte-parole de Japan Tobacco confirme travailler sur le dossier. En Allemagne, le cigarettier genevois a opté pour une stratégie de dénigrement contre le vapotage, y compris par campagnes publicitaires.

Alors qu'aucune restriction sur l'âge de vente des cigarettes n'existe au niveau fédéral, l'administration a convoqué une table-ronde le 6 juillet dernier pour restreindre la vente des produits de vapotage. Les professionnels indépendants de la vape étaient bien isolés au milieu des lobbyistes des cigarettiers à ce meeting de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV), qui a évité d'y convier les représentants des vapoteurs. Selon le Tages Anzeiger, aucun résultat n'est ressorti de la réunion. "Ils veulent se revoir en septembre".


vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


vendredi 6 juillet 2018

24 Heures refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant, pour servir le Sommet Etat & Tabac contre la vape

Le jour même où l'administration convie l'industrie cigarettière pour "réguler" le vapotage en Suisse, le quotidien lausannois 24 Heures nous refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant. Six mois après le bidonnage de la Liberté, le quotidien de Tamedia annonce en titre de Une qu'un garçon de 10 ans a acheté "une vapoteuse en toute légalité". Le journaliste s'appuie sur le récit d'un papa anonyme sans jamais aller vérifier ses dires auprès du vendeur indélicat soi-disant de Morges. Pourtant le journaliste précise que l'enfant aurait indiquer l'endroit de l'achat. Je n'ai jamais vu un journaliste agir de cette manière: enregistrer un témoignage accusant une partie et ne pas essayer de contacter cette partie accusée. Or, comme lors de l'affaire de la pseudo-vente à Fribourg de la Liberté, aucune vérification n'est faite. Sic ! Pourtant, le code de déontologie du Conseil de la presse Suisse précise en directive (3.1) que "l‘acte premier de la diligence journalistique consiste à s‘assurer de l‘origine d‘une information et de son authenticité".

Lors du précédent buzz, la Liberté avait été incapable de me confirmer l'existence d'un vendeur et une équipe, dépêchée spécialement à Fribourg dans ce but et très motivée, de la RTS n'avait pas réussi à retrouver ce mystérieux vendeur fantôme. Cela n'avait pas empêché la chaîne nationale de diffuser un reportage à charge sur "cette histoire" sans sujet. D'autres opérations médiatiques similaires de "vente fantôme" laissent à penser à un nouvel épisode d'une technique de communication bien éprouvée. 24 Heures y ajoute le buzz de la pseudo étude mensongère sur les souris et quelques assertions sans fondement de lobbyistes pour livrer son article à sens unique.

24 Heures au service du Yalta Etat-Tabac

L'article du jour, à sens unique, prend une saveur particulière puisqu'il est publié le jour même que l'administration fédérale organise son Yalta de la vape, sous l'impulsion de lobbyistes de la pharmaceutique, de connivence avec les grands cigarettiers conviés et quelques représentants isolés de l'industrie indépendante du vapotage. Aucun représentant des usagers n'a été contacté. L'objectif de ce sommet de l'Etat et du tabac: restreindre les ventes de vapotage. Le prétexte: le risque de vente à des mineurs. alors que près de 16% sont fumeurs en Suisse. Un taux stable durant les années de prohibition du vapotage commencée en 2009 (et non 2015 comme l'invente le journal vaudois). 

Les comptes du tabagisme adolescent caché en Suisse

Dans la même période, les parts de fumeurs chez les adolescents américains et britanniques a été divisé de moitié sous l'impact du vapotage. En France, le suivi Paris Sans Tabac rapporte le même phénomène de ringardisation du tabagisme sous l'effet des vaporettes. Sur les données récoltés avant les législations en interdisant la vente aux mineurs, les trois quarts des quelques 20% d'adolescents expérimentant le vapotage le faisaient sans nicotine. Un moyen d'essayer, de "jouer à", pour les ados sans risque de dépendance. Le 1,7% des ados américains vapotant régulièrement avec nicotine étaient pour la quasi totalité (9/10) déjà fumeurs. En bref, là où le vapotage s'est développé, le tabagisme des jeunes a dégringolé. En Suisse, il s'est maintenu. 

Conserver la situation propice au tabagisme est bien l'objectif de la plupart des acteurs poussant à ce sommet anti-vape Suisse, alors même que la vente de cigarettes est autorisée aux mineurs au niveau fédéral. On y retrouve donc une administration encaissant plus de 2,2 milliards Fs par an en taxe tabac, et faisant l'économie de plus de 15% de retraites non versées aux morts prématurées du tabac, l'industrie cigarettière, et la pression des petits soldats du lobby du cancer qui veulent "soumettre la cigarette électronique au même cadre légal que les produits du tabac". Aujourd'hui les jeunes qui avaient 16 ans au moment de la prohibition du vapotage en Suisse en 2009, ont 25 ans. Ils sont 38% de fumeurs en suisse romande, selon les statistiques officielles. C'est la défense de ce statu-quo, favorable au tabac, à la pharma et à l'Etat, au détriment de la population qui se joue aujourd'hui et pour lequel le journal vaudois a déployé ce grossier enfumage émotionnel.


samedi 23 juin 2018

L'administration Suisse prépare son Yalta du vapotage avec les cigarettiers sans les usagers

Au nom de la protection des jeunes, les services d'Alain Berset s'apprêtent à livrer les vapoteurs helvétiques aux cigarettiers dans une sorte de Yalta Suisse de la vape. L'Office fédéral de la Sécurité Alimentaire et des affaires Vétérinaires (OSAV) annonce, dans une mise à jour du 18 juin de sa page consacrée au vapotage, inviter "les acteurs de la branche à une table ronde début juillet". D'après nos renseignements, seuls sont conviés à ce rendez-vous pour s'entendre sur le vapotage: les grands cigarettiers et quelques professionnels indépendants. L'initiative des bureaucrates bernois suit, en en reprenant les termes, l’interpellation au début du mois du Conseiller aux Etats Joachim Eder.

Le Conseil Fédéral "est-il disposé à organiser une table ronde avec l'industrie du tabac et le commerce des produits du tabac en vue d'étendre l'autorégulation de la branche aux nouveaux produits et de convenir avec le commerce d'un âge minimal de 18 ans pour la remise de produits du tabac et de cigarettes électroniques?", demande Joachim Eder au Conseiller fédéral Alain Berset, en charge du domaine de la santé. Celui-ci n'aura pas eu le temps de répondre officiellement que son administration s’exécute déjà. Promptitude exceptionnelle dans la capitale helvétique.

L'alliance des anti-tabac et des cigarettiers

Joachim Eder, qui siège au Conseil d'administration d'une entreprise pharmaceutique avec la Conseillère nationale ultra anti-vape Ruth Humbel, cache à peine avoir préparé son interpellation en bonne intelligence avec les cigarettiers. Japan Tobacco se déclare évidemment enthousiaste. "Nous sommes tout à fait ouvert à un tel dialogue et un régime de protection des jeunes intra-industrie", affirme Kevin Suter chargé de communication de Japon Tobacco International (JTI) au quotidien gratuit suisse-allemand 20 Minuten"Voici une entreprise responsable envers la protection des mineurs", commente Joachim Eder, dans le même article. Le tout est d'avaler que le vapotage est un danger pour les jeunes tandis que la vente de cigarettes, sans restriction d'âge au niveau fédéral et fumées par un tiers des 15-24 ans, est un acte "responsable envers la protection des mineurs".

Les usagers écartés par les autorités

La couleuvre est grosse, mais l'entente entre lobby du tabac et soi-disant anti-tabac sur le dos des vapoteurs, bien assaisonnée d'enfumage par les médias mainstreams, semble réussir à la faire passer. L'OSAV va donc orchestrer le partage de la vape avec les grands cigarettiers et, pour faire bonne figure, quelques représentant de l'association des professionnels du vapotage indépendants (SVTA). Les usagers, eux, semblent avoir tout loisir d'attendre un hypothétique rendez-vous. Dialoguer avec les principaux concernés ne semble pas une priorité de l'administration Suisse. Ah oui, n'oublions, tout ça se fait au nom de la défen$e des jeunes en voulant les priver d'un moyen d'éviter de fumer... 



jeudi 21 juin 2018

Comment consommer du cannabis sans le fumer

En Suisse, le cannabis à faible taux (moins de 1%) de Tétra-Hydro-Cannabinol (THC) fait désormais partie des produits facilement accessibles. En kiosque, dans certains supermarchés, en boutique spécialisée ou sur des sites en ligne, on le trouve sous différentes formes y compris en herbe. Grand raté des services de santé suisses, aucune information sur les modes de consommation évitant la combustion n'a été délivrée au public. En France, la Ministre de la santé Agnès Buzyn voudrait mettre un terme à la vente de cannabis à moins de 0,2% de THC apparue ces dernières semaines. "On n'est pas en train de lutter comme des fous pour faire en sorte que les français arrêtent de fumer pour qu'il se mettent à fumer du cannabis!", a t-elle invoqué entre autres raisons au micro de RTL ce 17 juin. Oubliant semble t-il qu'il y a déjà près de 5 millions d'usagers de cannabis en France, dont 9/10 le fument. Il est pourtant tout à fait possible de consommer du cannabis sans le fumer. Petit tour d'horizon de solutions à risque réduit.
"Comme pour le tabac, les goudrons issus de la combustion du chanvre sont riches en composés cancérogènes (...). Cependant, les cannabinoïdes eux-mêmes ne sont pas cancérogènes. Une manière évidente de protéger la santé des fumeurs est donc de réduire au minimum la teneur en substances toxiques relatives à la fumée, sans diminuer la teneur en cannabinoïdes", Dale Gieringer, coordinateur de l'association NORML California en 1996.
Vapotage, vaporisation, gouttes sublinguales ou trans cutanées, ingestion... les voies d'assimilation de cannabinoïdes sont pénétrables. Elles évitent d'ailleurs le gâchis d'une très large part du produit lorsqu'il est fumé par le sidestream, le moment où le joint se consume dans l'air ambiant entre deux bouffées.

My vapor is rich

Les températures de vaporisation, que ce soit par vapotage d'un liquide ou avec les vaporisateurs à herbe sèche, sont également plus appropriées à l'expression sans détérioration des cannabinoïdes que le processus de combustion des joints fumés. "L’emploi d’un dispositif de vaporisation a pour avantage d’optimiser sa délivrance car la totalité de la molécule contenue dans l’e-liquide se retrouve dans la vapeur. Par comparaison avec des cigarettes au cannabis, seuls 30 à 50 % du contenu en cannabinoïdes de la plante (CBD et THC) accèdent aux voies respiratoires. Le reste est dégradé thermiquement au moment de la combustion", explique le dossier d'étude du Laboratoire Français du e-Liquide (lfel) sur le vapotage et le CBD. Cette meilleure préservation et disponibilité des principes actifs ainsi que l'évitement du sidetream permet d'avoir recours à beaucoup moins de substance pour un effet similaire. Au prix du gramme, ce n'est pas négligeable.

Extrait de Cannabis smoke condensate III: the cannabinoïd content of vaporised Cannabis Sativa
in Inhalation Toxicology, 2009; 21(13)
"La vaporisation permet une récupération optimale des principes actifs d'un très grand nombre de plantes et ce, en-dessous de la température de combustion [ndr. pyrolyse] de la cellulose qui est de 236°C", explique l'association Principes Actifs, dans sa brochure sur le sujet de la vaporisation pour réduire les risques chez les utilisateurs de cannabis thérapeutique. Les cannabinoïdes se vaporisent en dessous de 230°C:  157°C pour le THC, entre 180°C à 190°C pour le cannabidiol (CBD), de 190 à 212°C pour le cannabinol (CBN), etc.

La répression pousse aux risques

Les circonstances réglementaires sur le cannabis ont malheureusement inhibé les usages de moyens de réduction des risques et amené à enkyster la pratique du joint mélangé à du tabac fumé par près de 9/10e des consommateurs en Suisse et en France, selon la Global Drug Survey. En plus d'altérer et détruire en partie les principes actifs, le fait de fumer génère du monoxyde de carbone, qui squatte la place de l'oxygène dans le sang et asphyxie partiellement l'organisme, et des goudrons nocifs pour le système respiratoire.

Pourtant, les usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques s'intéressent de longue date aux moyens alternatifs de le consommer. "Dès 1980 apparaissent des prototypes de vaporisateurs, mais il faut attendre l'an 2000 pour que soit commercialisé le premier des vaporisateurs de plantes médicinales: le Volcano", rappelle la brochure de Principes Actifs. Ce modèle a même été homologué par les services de santé allemand pour l'usage thérapeutique de cannabis, des études ayant montré une réduction de plus de 95% des toxiques dégagés par rapport au cannabis fumé.

Ces dernières années, des modèles beaucoup plus compacts et portables sont arrivés sur le marché. Il faut compter de 100 € à 300 € pour un modèle fiable. La possibilité de régler précisément la température de vaporisation permet une approche plus subtile de la consommation. "En effet, dès que l'on a des vaporisateurs équipés d'un variateur de températures fiable, il est possible d'obtenir des effets différents selon la température choisie", précise la brochure de Principes Actifs. Les dispositifs les plus récents permettent aussi de vaporiser des extraits concentrés (rosin, wax...) ou de la résine.

Système ingénieux fonctionnant sans électricité, le Vaponic est un double tube en verre qui permet de chauffer l'herbe au briquet  sans contact direct et ainsi éviter une trop forte chaleur. L'objet est fragile et implique une adaptation pour maîtriser le dosage de chaleur. Mais l'idée pourrait être porteuse dans certaines régions du monde où l'électricité est une ressource rare (et pourquoi pas avec du tabac..?).

Cannavaping

Eviter la combustion, le principe reste le même, mais la technique varie avec le vapotage. En place d'un courant d'air chaud vaporisant les principes actifs, c'est une résistance qui chauffe un liquide. En terme de réduction des toxiques en comparaison de la fumée, les résultats des deux techniques sont proches. L'élaboration des liquides peut suivre deux grandes voies: la dilution d'un concentré dans le liquide ou une forme de macération ensuite filtrée. La température assez basse, en relation avec le temps court d'une bouffée, du vapotage requiert une décarboxylation préalable, comme le montre l'étude menée par l'équipe de Vincent Varlet, de l'Université de Lausanne, publiée dans Nature.

Décarbo quoi ? 

A l'état végétal, les cannabinoïdes sous forme d'acides carboxyliques ne sont pas (ou très peu) bio-disponibles pour l'organisme humain. Pour bien les assimiler, un processus de décarboxylation doit les rendre actifs. Il s'agit de casser le groupe carboxyle COOH qui s'échappe en H₂O et CO₂. "La décarboxylation se produit naturellement avec le temps et la température, comme une fonction de séchage, mais on peut réduire la quantité de temps nécessaire considérablement en ajoutant davantage de chaleur", explique la brochure de Principes Actifs. Dans son étude, le Dr Varlet a procédé à une décarboxylation douce, laissant le concentré (BHO) durant 4 jours à 60°C, et une autre rapide en soumettant le concentré à un bain marie à 120°C durant 2 heures.

Varlet et al. Cannavaping in Nature

Aux yeux de Vincent Varlet, un des intérêts du vapotage pour le cannabis, qu'il nomme 'cannavaping', serait de pouvoir doser les différents cannabinoïdes de manière précise et régulière. Et évidemment d'éviter les toxiques liés à la combustion comme le montrent les mesures faites dans son étude. Pour sa recherche, l'équipe de l'Université de Lausanne a utilisé un concentré obtenu en extraction par le froid, dit Butane Hash Oil (BHO). L'extraction à chaud, dite rosin, est plus simple à mettre en oeuvre en do it yourself. Avec de l'herbe, le chauffage au bain-marie permet aussi de procéder à la décarboxylation.

Les producteurs de liquides au CBD sont nombreux à utiliser des isolats quasi purs de CBD sous forme de cristaux dissous dans le liquide. Une discussion existe sur la pertinence d'isolé un cannabinoïde des autres pour les effets bénéfiques. Shimon Ben-Shabat et Raphaël Mechoulam, chercheurs  israéliens à la pointe du domaine, expliquent dés 1998 que "l'effet d'entourage" crée une synergie entre les composants du cannabis. Dans cette lignée, certains producteurs, notamment en Suisse, préfèrent créer des liquides "full spectrum" à partir d'herbe légale à faible taux de THC mais contenant l'ensemble des phyto-cannabinoïdes et terpènes de la plante.

Dabbing

Inhaler directement des concentrés est une vieille pratique, qui réduit fortement le volume de substance inhalée. Cela se faisait avec du concentré, obtenu à l'époque par extraction à l'alcool, posé sur une pointe de couteau chauffé et sous un verre sur le rebord d'une table. Il suffisait ensuite d'inhaler l'aérosol vaporisé sous le verre. Aujourd'hui des petites pipes à "dabbing" reproduisent le procédé. La méthode a le défaut d'être difficile à doser et produirait tout de même des toxiques si sa température n'est pas maîtrisée. Même si le volume est résolument moindre qu'avec un joint fumé. "Tant que l’on ne disposait que de clous en titane [pour les pipes à dabbing] qu’il fallait chauffer au chalumeau, la différence entre vaporisation et combustion n’était pas nette. On peut maintenant acheter des E-Nails, clous chauffés par électricité et à température réglable et stable. Les utilisateurs ayant des notions de réduction des risques (RDR) utiliseront ainsi un clou à chaleur réglable et choisiront la température correspondant à la vaporisation (soit 220°C 420°F)", explique le fanzine Psychoactif.

Sublinguale et transcutanée

En dehors de l'inhalation, les "huiles de soins", où un extrait de cannabis est mélangé à de l'huile généralement d'olive, permettent de les prendre en mettant quelques gouttes sous la langue ou sur la peau, notamment dans l'intérieur du poignet. L'assimilation est nettement plus rapide qu'en mangeant, mais moins qu'en inhalation. C'est une méthode très propre du point de vue réduction des risques et discrète. Le plaisir de l'inhalation est évidemment absent. Des patchs semblent également exister. 

Manger

Manger du cannabis, préparé après décarboxylation, évite tout dommage lié à l'inhalation. Mais ce mode d'administration comporte une particularité qui peut être un défaut, son temps d'assimilation. Les effets ne vont se déployer progressivement qu'à travers la digestion, ce qui peut prendre de 20 à 90 minutes. En cas de besoin rapide de l'effet, par exemple contre une douleur, c'est long. Il y a aussi le risque de mal évaluer le dosage à "l'aveugle". Enfin, les effets perdurent nettement plus longtemps, ce qui peut aussi être gênant selon son emploi du temps, ou intéressant selon l'effet recherché (par exemple antalgique pour des douleurs chroniques). Par ailleurs, l'ingestion n'est pas une voie d'assimilation très efficace en comparaison de l'inhalation. La biodisponibilité des cannabinoïdes est près de trois fois supérieure en inhalation de vaporisation que par ingestion.

L'accès aux moyens de réduction des risques est le premier pas pour éviter la fumée

La Ministre de la santé française peut donc se rassurer, les moyens existent pour consommer sans fumer le cannabis. La légalisation est une opportunité de diffuser l'information et faciliter l'usage des outils de réduction des risques évitant la combustion pour les millions d'usagers existants. Les Etats américains ayant légalisé l'herbe ont vue une augmentation de la proportion d'usage sans combustion. "Là où il est devenu légal aujourd’hui, le cannabis est plutôt consommé par vaporisation ou sous forme de produits alimentaires. On se soucie davantage de sa saveur ou de sa qualité, de savoir s’il est bio ou non", rapporte Ethan Nadelmann, de la Drug Policy Alliance, au journal le Temps à l'occasion d'une conférence en octobre 2017 à Genève. Encore faut-il que les autorités fassent l'effort de diffuser l'information au public. Ce qui n'est pas encore le cas en Suisse, et parait tenir de l'utopie en France.


Pour aller plus loin:
Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions (GREA): dossier contre la désinformation à propos du cannabis (mai 2017)

A Genève, l'association Alternative Verte, pour l'usage du cannabis pour raison thérapeutique, est en prise avec une répression incompréhensible des autorités qui soutenaient leur démarche avant de faire volte-face du jour au lendemain.

En Suisse, l'association Legalize it! espère porter au vote une initiative pour la légalisation du cannabis à plus de 1% de THC.

Principes Actifs est l'association des usagers de cannabis pour raisons thérapeutiques en France. Je les remercie chaleureusement de m'avoir envoyer leur deux brochures précises et synthétiques sur le sujet.

L'association NORML France (National Organization for the Reform of Marijuana Laws France) a un site très riche, avec notamment des pages sur la réduction des risques  

Le n°2 du fanzine Psychoactif a consacré un dossier sur les nouveaux moyens de consommer du cannabis. 

Le site du CIRC de Lyon, le Collectif d’Information et de Recherche Cannabique.

Le High Way Code spécial cannabis, le code de conduite de l’usager, a été établi à partir de la consultation des usagers de la Global Drug Survey

Un article de David Sweanor et Adam Houston sur l'importance d'intégrer la réduction des risques aux politiques sur le tabac et sur le cannabis. En anglais : Smoke’s negative effects should guide marijuana and tobacco policy

Drug vaping applied to cannabis: Is “Cannavaping” a therapeutic alternative to marijuana? - Vincent Varlet, Nicolas Concha-Lozano, Aurélie Berthet, Grégory Plateel, Bernard Favrat, Mariangela De Cesare, Estelle Lauer, Marc Augsburger, Aurélien Thomas & Christian Giroud, dans Nature - Scientific Reports volume 6 (2016)  https://doi.org/10.1038/srep25599

Le dossier d’étude: Vaporisateur personnel et CBD : un nouvel usage ? par la Dr Maud Mercury et Jérémy Sorin du Laboratoire français d'e-liquides (lfel)

Page listant les études scientifiques de la marque Storz & Bickel, producteur de vaporisateurs: https://www.vapormed.com/eu/fr/etudes/  

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lundi 18 juin 2018

[Flou] Le Grand Conseil valaisan interdirait aux mineurs d'arrêter de fumer avec la vape, selon la RTS [MàJ]

On ne trouve rien de clair et précis concernant cette décision sur le site du parlement valaisan pour le moment. Mais d'après la télévision nationale RTS, le Grand Conseil valaisan a adopté jeudi dernier une interdiction de vapotage pour les mineurs. La "cigarette électronique", selon les termes de la télévision, est interdite de vente aux moins de 18 ans en Valais à partir du 1er janvier prochain. "En cas de non-respect, l'amende pourra atteindre jusqu'à 50'000 francs pour les vendeurs", prévient la RTS. Aucun détail sur la portée de cette prohibition n'est donné par l'organe de télévision. Par ailleurs, le Grand Conseil valaisan repousse l'âge légal de vente des cigarettes ainsi que de l'herbe faible en THC à 18 ans.

Add 19-06-2018 : Voici le texte de la modification de loi.
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La notion de "cigarette électronique" n'étant qu'une appellation impropre, difficile de savoir ce que cette décision recouvre sur la base des propos de la télévision nationale. Le Tribunal Administratif Fédéral (TAF) a rappelé récemment sur le sujet que les autorités ont un devoir de clarté dans sa décision. Le flou volontairement entretenu par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) avec des termes approximatif et abstraits, tels que "cigarette-électronique", utilisés pour recouvrir un ensemble de produits distincts a été jugé un "vice de forme" et "une erreur grave" par le tribunal. Justifiant de casser la décision administrative de prohibition.

Le député PS Valentin Aymon ment et nuit

Le soucis de clarté et d'honnêteté ne semble pas animer particulièrement le socialiste Valentin Aymon, Face caméras, le parlementaire valaisan s'est permis de mentir, et de nuire potentiellement à la santé de ses concitoyens, en affirmant que le vapotage "n'est pas moins dangereux que de fumer". Valentin Aymon a ainsi implicitement encourager les 38% de jeunes romands de 15 à 24 ans fumeurs à continuer de fumer et de ne pas essayer de passer au vapotage pour éliminer le monoxyde de carbone et les goudrons. :Gerbe: 

Le niveau de tabagisme stagne chez les jeunes adultes en Suisse tandis qu'en comparaison, le tabagisme des jeunes adultes anglais a chuté de 16% à 19% depuis 2010 sous l'impact du vapotage. En France, les enquêtes de Paris Sans Tabac montrent une chute sans précédent du tabagisme des adolescents. "Le vapotage a rendu ringard la cigarette et amplifié les effets du PNRT. (...) L’évolution actuelle rend très optimiste sur l’extinction du tabagisme", estime le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et spécialiste de la question du tabagisme en France.

Dans la tranche d'âge de 15 à 17 ans, les jeunes suisses sont 15,8% à fumer selon les statistiques officielles. Un taux qui semble avoir sensiblement décroché depuis 2014 (20,7%). Le Valais serait le premier canton a interdire à ses mineurs l'accès au moyen de réduction des risques qu'est le vapotage. Affaire à suivre en espérant avoir des informations accessibles plus claires et précises que cette bouillie...



vendredi 1 juin 2018

Journée Mondiale Sans Tabac en Suisse: la Ligue pulmonaire déplore, les boutiques de vape agissent [MàJ]

Deux attitudes très contrastées durant la Journée mondiale sans tabac hier en Suisse romande. D'un côté, Virginie Bréhier, de la Ligue pulmonaire vaudoise dans les studio de la radio LFM, exprime sa déception du peu de mesures "structurelles, comme la possibilité de le consommer, le prix, les mesures autour de la publicité et à quel âge on peut s'en procurer" pour lutter contre le tabagisme en Suisse. De l'autre, serpentant en tricycles dans les rues genevoises et fribourgeoises ou postés sur des places populaires de Lausanne, Vevey et Yverdon, des employés d'une boutique romande historique proposent aux fumeurs d'essayer la vape. La fin de neuf ans de prohibition de vente des liquides nicotinés offre un souffle nouveau au vapotage pour s'attaquer au tabagisme. "J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique" est le nom de cette opération de street marketing où se propose un kit pour débuter. 

Aide concrète dans la rue

Essai du matériel autour d'un guéridon et discussion en petit groupe sur le vapotage naissent le temps de cette journée qui se voudrait sans tabac. Une action pour aller chercher les fumeurs dans la rue qui deviendrait impossible si le vapotage était assimilé au tabagisme et l'interdiction totale de publicité des produits du tabac entérinée comme l'espère la porte-parole de la ligue pulmonaire en plateau radio. A ses côtés, Isabelle Jacot-Sadowski, tabacologue de la policlinique de Lausanne, non plus ne dit mot sur la possibilité d'arrêter de fumer à l'aide de la vape. Nous avons pourtant déjà eu l'occasion d'échanger sur le sujet. Bien qu'il soit déjà le moyen le plus utilisé par les fumeurs suisses pour s'en sortir, le sujet du vapotage est resté tabou en l'absence d'usager au micro de Morax sur LFM. Mais au même moment, l'aide concrète pour donner une opportunité de sortir du tabagisme aux fumeurs se déroulait dans les rues.

Add 17h20: La page Facebook de J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique, où l'on trouve aussi d'autres photos, annonce quelques chiffres: "Hier, ce sont 2'400 contacts qui sont venus tester et essayer la vape lors de la journée mondiale sans tabac avec notre opération de Street Marketing. (...) 12 promoteurs pour 64 heures de présence dans 9 villes. Pour nous, c'est un succès complet !!! Bravo à chaque passant qui s'est arrêté quelques minutes auprès de nos promoteurs vapoteurs".