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mardi 6 novembre 2018

[Bref] La RTS effrayée à l'idée que la Juul puisse faire baisser le tabagisme en Suisse

Avant même qu'elle ne soit en vente en Suisse, la Juul est l'objet de l'attention de la radio nationale RTS. Un sujet sur la matinale d'hier la présente comme l'objet qui "fait fureur chez les jeunes américains". Rien de moins. C'est faux, mais c'est une super accroche marketing pour le lancement d'une mode chez les jeunes suisses. Pour donner l'impression de s'appuyer sur des faits, la RTS référence une tribune de Scott Gottlieb, le Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA), dans le Washington Post. 

Trumpetterie

Dans le style trumpien, il avance des chiffres non-publiés, invérifiables où le propos gonfle une grenouille à coup de pourcentages à défaut de faits tangibles. A une époque où les records de trumperies quotidiennes explosent, on aurait pu s'attendre à un peu plus de sérieux et de professionnalisme des journalistes de la RTS avant de reprendre pour argent comptant cette esbroufe. Mais sur le sujet, on a déjà pu le voir à plusieurs reprises, notamment lors de la publication du rapport scientifique du Royal College of Physicians, la RTS préfère les mensonges et la calomnie que d'informer.

En réalité, 1,6% des jeunes entre 15 et 34 ans déclarent utiliser une Juul au moins 10 fois dans le mois, selon les données de la dernière recherche de Truth Initiative, une organisation hostile au vapotage. Parler d'épidémie est risible avec un tel taux à une fréquence d'usage plus basse que celle prise en considération habituellement (20 fois par mois) pour le tabagisme. Selon cette recherche publiée dans la revue Tobacco Control, en tout 6% de cette classe d'âge dit avoir utiliser la Juul, mais dont près des trois quart ne l'utilisent pas fréquemment.

De manière plus globale, le vapotage a décimé le tabagisme des jeunes américains depuis son essor en 2011. Moins de 2% de lycéens vapotent régulièrement, pour les 9/10ème avec un passé tabagique. Environ 10% d'autres lycéens vapotent occasionnellement sans nicotine. Ce sont ceux qui en expérimentant le vapotage évitent d'expérimenter la cigarette. Les conséquences sont manifestes: le tabagisme des jeunes américains dégringole comme jamais auparavant. 

Chez les 18-24 ans, qui étaient adolescents durant l'essor du vapotage, ils ne sont plus que 10,4% à fumer. 5% sont ex-fumeur, pour une bonne partie en s'aidant du vapotage, et 13% ont vapoté momentanément dans leur vie et éviter de devenir fumeur. Si cette part d'adolescents avait essayé la cigarette à la place, ce qui 7 fois sur 10 fini par du tabagisme régulier à long terme, le taux de tabagisme serait à peu près similaire à ce qu'il était avant 2011 et la popularisation du vapotage.

En promotion cette semaine, la peur

Mais tout ceci n'intéresse pas la RTS. La peur est un meilleur produit médiatique. Et ce n'est pas totalement gratuit. L'élue 'verte libérale' Graziella Schaller en profite pour placer son slogan de marketing politique: "j'espère vraiment que ce [la vape] sera assimilé à des produits du tabac pour protéger les jeunes, qui actuellement peuvent avoir un accès extrêmement facile à ces produits". C'était également la demande des cigarettiers cet été lors de la table-ronde avec l'administration fédérale. Ce dernier épisode de la RTS a le mérite de lever l'ambiguïté sur les motivations de Graziella Schaller et dans quel camp elle se trouve. Livrer les vapoteurs et la vape aux cigarettiers pour programme.

Actuellement, 38% des jeunes romands de 18 à 24 ans fument, plus du quart des 15 à 18 ans suisses aussi. Mais selon la responsable politique, le problème est donc le vapotage, pas la situation tabagique que la politique actuelle a engendré. Du Orwell version 2018: "Fumer est nocif, donc empêchons les gens d'éviter de fumer avec le vapotage". 

La Juul en Suisse bientôt, mais laquelle ?

Concernant le monstre fantasmé que serait la Juul, un petit pod avec des recharges scellées, son arrivée sur le marché Suisse se précise depuis que la firme a déposé son nom au registre du commerce de Zoug cet été. Mais rien n'indique quelle version du produit sera commercialisée le cas échéant. Deux versions de la Juul existent en dosage de nicotine très différents, une américaine et une autre européenne. 

La Juul aux Etats-Unis contient 0,7 ml de liquide concentré à 50 mg/ml de sels de nicotine. Un bon équilibre entre tirage serré et dosage de nicotine en sels, qui a attiré une part conséquente de fumeurs américains. Le cabinet financier Citi estimait en avril que la Juul est la raison la plus probable à l'effondrement des ventes de cigarettes au 1er trimestre de cette année. D'où la réaction très agressive des défenseurs des cigarettiers contre la start-up qui menace leur profit.

Mais la Juul existe aussi désormais dans une version européenne de 1,2 ml à 17 mg/ml de sels de nicotine, commercialisée depuis peu dans certaines villes anglaises. Le produit dans cette version n'apporte rien de particulier qui ne soit déjà offert sur le marché. Laquelle des deux sera en Suisse, la chose n'est pas claire à ma connaissance... 


jeudi 1 novembre 2018

Suisse: Dix ans d'incompétence politique maintiennent le tabagisme à plus de 27% de la population

Les responsables du tabagisme Suisse

Depuis dix ans, le tabagisme en Suisse stagne: 27,1% en 2017 selon les derniers chiffres de l'Enquête nationale de santé. Une méthode de recensement dont on sait qu'elle tend à sous-estimer les consommations stigmatisées, dont le tabagisme. Publiée hier par l'Office fédéral de la statistique, cette enquête effectuée tous les cinq ans recense près de 1,9 millions fumeurs chez les plus de 15 ans. Par rapport aux 28,2% de 2012, la légère baisse représente environ 80'000 personnes sorties du tabagisme.

A peu de chose près, c'est le nombre de vapoteurs au quotidien estimés à 70'000 en 2017 par le cabinet Ecig Intelligence. Bien que fortement entravé par la prohibition des liquides nicotinés jusqu'à l'été dernier, le vapotage est devenu tout de même l'aide la plus utilisée par les fumeurs helvètes pour arrêter lorsqu'ils en utilisent une. Mais la vape n'était employée que dans 6% des tentatives en 2015 car l'extrême majorité (70%) des fumeurs ont tenté l'arrêt franc sans aide, selon le monitorage d'Addiction Suisse

Quand elle peut, la vape fait dégringoler le tabagisme

Depuis 2011, les pays où le vapotage a pu se développer ont vu leur tabagisme baisser. Voire dégringoler lorsqu'il est soutenu par une politique incitative. Pendant que les autorités Suisses interdisaient les liquides à vapoter nicotinés, sans base légale comme l'a jugé le Tribunal administratif fédéral en avril dernier, les anglais ont fait chuter d'un quart la part de tabagisme sous l'essor de la vape. Près de 40% des tentatives s'appuient sur ce mode de consommation de nicotine à risque réduit: les  réussites ont bondi. Les centres stop-tabac locaux enregistrent 63% d'arrêts réussis avec le vapotage en moyenne. 

Les adolescents britanniques ont suivi le mouvement de leurs aînés à la baisse. L'Islande a vu près de 40% de ses fumeurs passer totalement au vapotage depuis 2014, tandis que le tabagisme des adolescents est en voie de disparition. Dans l'Union Européenne, ce sont près de 7,5 millions de personnes libérées de la cigarette à l'aide du vapotage. Aux Etats-Unis, le tabagisme s'écroule dans toutes les classes d'âge sous l'impact de la vape.

La prohibition a maintenu le tabagisme en Suisse

En contraste de ces multiples exemples, la prohibition du vapotage nicotiné a assuré le maintien du tabagisme en Suisse durant cette période. Principale action des autorités sur le sujet: un projet de loi tabac (LPTab) bancal, cherchant avant tout à condamner la réduction des risques en assimilant le vapotage au tabagisme. Présenté en 2016, il a réussi à rallier une majorité du parlement contre lui, à cause de son rejet de la réduction des risques pour une part, et pour d'autres en vue de défendre la publicité des produits du tabac. Depuis, le Conseiller fédéral Alain Berset et son administration de l'Office de la santé publique (OFSP), ont bachoté un nouvel avant-projet au moins aussi incohérent que le précédent. Ils espèrent le faire avaliser au parlement pour une entrée en vigueur d'ici 2023.

61% des fumeurs veulent arrêter, mais où est l'aide?

Qu'en est-il de l'aide? 61% des fumeurs en auraient besoin, selon la nouvelle enquête nationale de santé. C'est la part des fumeurs qui voudraient arrêter de fumer. Mais là non plus, rien, pas un geste des autorités politiques. Elles interdisaient le vapotage nicotiné jusqu'à ce que la Justice remette les choses à plat fin avril. Du côté des professionnels de santé, l'idée d'une nouvelle approche sortant de la stérilité du dogme actuel évolue vraiment très lentement. Le Pr Jean-François Etter, directeur de Stop-Tabac.ch, a longtemps été seul à défendre un aggiornamento. Cependant fin 2017, la Fédération des professionnels socio-sanitaires du domaine des addictions (GREA, Fachverband Sucht, Addiction Ticino) a pris ses responsabilités, laissant espérer du mouvement. 

Explosion des inégalités sociales de santé

En dehors de la vape, les substituts nicotiniques ne sont tout simplement pas remboursés par l'assurance-maladie de base. Bien que livrés au monopole des pharmaceutiques ce qui leur assure des marges bénéficiaires à faire pâlir de jalousie tout dealer de coke. Force est de constater que les élites de santé publique se soucient peu [euphémisme] de ses tracas de fumeurs. Une raison évidente, le problème concerne avant tout les classes populaires. En proportion, les chômeurs sont, par exemple, cinq fois plus nombreux à fumer que les plus aisés.

Les personnes souffrant de troubles psychiques, les groupes stigmatisés, les groupes sociaux soumis à d'important stress, y compris celui de l'échec scolaire, ont tous des taux de tabagisme nettement supérieur à la moyenne générale. Concernant les chances de réussir à arrêter aussi les inégalités sociales sont au rendez-vous. Une personne peu diplômée a trois moins de chances de réussite qu'un membre de l'élite Suisse, selon le suivi Salpadia en 2011. Alors que ce ratio n'était que de 1,3 en 1991. Une évolution qui n'a pas attiré l'attention même des auteurs de l'étude (sic!).

Ces groupes sociaux sont exclus méticuleusement des cercles consultés par la bureaucratie dirigeante qui n'a guère d'autre chose que son mépris à leur proposer. Les quelques campagnes "de sensibilisation" à sens unique s'appuient sur des injonctions paradoxales appelant à arrêter de fumer tout en privant les fumeurs des moyens concrets pour y arriver.

Qui gagne des milliards ?

La Confédération, et précisément le Département de l'Intérieur dont Alain Berset a la charge, encaisse près de 2,2 milliards Fs annuels de taxes tabac. Les organismes de prévention récoltent 0,3% du chiffre d'affaires des cigarettes, soit environ 14 millions Fs par an ces dernières années de tabagisme stable. De son côté, la société civile dans son ensemble, et parmi elle les fumeurs en particulier, supporte des coûts liés aux maladies provoquées par le tabagisme de l'ordre de 4,6 milliards Fs par an, selon l'estimation de l'Université de Zurich en 2014 sur les maladies non-transmissibles.

Des gains pour l'Etat, les cigarettiers et les firmes pharmaceutiques, des dépenses pour les fumeurs, leur entourage et des pertes de productivité pour leurs employeurs: les intérêts en jeu des divers groupes socio-économiques sur le tabagisme sont assez clairs. Bien que les médias préfèrent le réduire à la seule figure du méchant cigarettier pour occulter les autres groupes d'intérêt. En terme de classe aussi, le tabagisme finance les retraites des non-fumeurs tandis que les groupes sociaux victimes du tabagisme en sont pour une bonne part exclus par mort prématurée. 

Le retour de la vieille alliance des puritains et des cigarettiers

Quelque chose va t-il changer ? La levée de l'interdiction d'accès local aux liquides nicotinés, gagnée de haute lutte par les usagers et la vape indépendante pourrait donner un souffle nouveau à la sortie du tabagisme avec l'aide du vapotage. A la société civile de saisir l'opportunité offerte par cette victoire. Mais l'hostilité ou le faible soutien du milieu de la santé ces dernières années en Suisse a provoqué une forte tendance au désengagement social du milieu des vapoteurs. L'enthousiasme prévalant il y a 4 ou 5 ans à participer à des initiatives d'aide à la sortie du tabagisme a été froidement douché par l'attitude des organisations de santé.

Au niveau national, peu de choses sont susceptibles de bouger à court terme. Le parlement devra traiter le projet de loi tabac lorsqu'il lui sera soumis par Alain Berset, pour peut-être une loi tabac en vigueur d'ici 2023. En attendant, cigarettiers et organisations sponsorisées par la pharmaceutique s'entendent pour faire barrage à la vape. Dernier exemple en date, cet été où ils se sont arrangés pour continuer la vente de cigarettes et interdire aux mineurs l'opportunité de sortir ou d'éviter le tabagisme à l'aide du vapotage. Signe du bon état de santé de la vieille alliance entre puritains et cigarettiers

Combien de personnes condamnées à être malades par Alain Berset ?

Au niveau cantonal, les même lobbys essaient aussi de faire passer des restrictions anti-vapotage. C'est le cas notamment à Genève, où sous couvert de projet de loi (PL 12385) sur l'interdiction de vente de tabac aux mineurs, le Conseil d'Etat tente d'assimiler le vapotage au tabagisme et appliquer l'ensemble des interdictions en vigueur contre les fumeurs aux vapoteurs adultes. Les batailles les prochains mois pour le droit à éviter de fumer à l'aide de la vape seront probablement locales.

Le gâchis de santé publique de cette décennie est immense. En regard de ce qui s'est passé au Royaume-Uni ou en Islande, ce sont de 500'000 à 800'000 fumeurs empêchés d'en sortir à l'aide du vapotage par la politique menée par le Conseiller fédéral Alain Berset et le Directeur de l'OFSP Pascal Strupler. Au-delà de sa condamnation au tabagisme et ses conséquences, c'est la confiance du public dans la probité des institutions et du monde de la santé qui est minée en soubassement de ce scandale. Durant cette période, plus d'un million de fumeurs ont essayé le vapotage sans avoir accès aux liquides nicotinés. Combien d'entre eux peuvent-ils encore croire au discours hypocrite des organismes de santé au sujet du tabagisme?



mardi 16 octobre 2018

[Bref] Suisse: Les HUG recherchent des fumeurs motivés à arrêter pour l'étude sur le vapotage

"Nous recherchons des personnes âgées de 18 ans ou plus qui fument 5 cigarettes ou plus par jour dans les 12 derniers mois, qui sont motivé(e)s à arrêter de fumer et qui résident en Suisse". Dans le cadre de l'étude clinique ESTxENDS, qui va mesurer l'efficacité, la sécurité et la toxicologie du vapotage pour faciliter l'arrêt du tabac, les Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) lance cet appel à participants (voir plus bas). 

L'étude se déroule sur six mois, avec deux visites cliniques d'environ une heure, et des entretiens téléphoniques réguliers pour soutenir et conseiller les participants. Par tirage au sort, la moitié recevra une vaporette avec des liquides nicotinés (choix parmi quelques goût et taux de nicotine proposés), tandis que l'autre moitié ne recevra que les conseils et soutiens à l'aide à l'arrêt. Ce groupe aura une petite compensation financière pour son suivi à la fin des six mois de 30 Fs, à défaut d'avoir eu une vaporette.

L'équipe de l'étude menée sur Genève par le Dr Jean-Paul Humair, du Service de Médecine de Premier Recours des HUG, peut être contactée par mail à  etudetabac@hcuge.ch ou au : +41(0) 79 553 09 44. Si vous connaissez des fumeurs susceptibles d'être intéressés et motivés dans la région, faites leur passer le mot...

samedi 13 octobre 2018

Helvetic Vape, cinq ans de lutte et des succès (1): la bataille pour la libération des liquides nicotinés

Bien que la nicotine améliore sensiblement la mémoire, au moins à court terme, le monde de la vape subi aussi ses oublis sous la patine du temps. Pour raviver les couleurs des actions de l'association des vapoteurs en Suisse, nous allons retracer en quelques articles les grands traits de ses cinq ans d'histoire. Helvetic Vape est née en novembre 2013, inspirée de l'exemple d'Aiduce créée quelques mois plus tôt de l'autre côté du Jura. Même objectif de défense des intérêts des usagers des produits de vape, mais dans une situation résolument différente. 

Notamment parce qu'en Suisse, l'administration avait décrété dés 2009 la prohibition de vente des liquides nicotinés. Premier objectif désigné d'évidence pour l'association des vapoteurs: faire tomber cette interdiction. Voici comment Helvetic Vape a gagné la bataille des liquides nicotinés après plus de quatre ans de péripéties.

La libération des liquides nicotinés en Suisse en quelques dates-clefs:
  • 2009: l'administration (OFSP) publie une simple lettre (n°146) interdisant la vente de vape nicotinée en Suisse et limite son importation à titre personnel (révisée en 2010)
  • 8 novembre 2013: fondation de l'association Helvetic Vape
  • 2014: la prohibition règne sans discussion possible en Suisse
  • 24 avril 2015: Helvetic Vape publie un avis de droit du cabinet d'avocats BRS
  • 30 mai 2015: Helvetic Vape distribue des liquides nicotinés à Berne lors de la Vape Mob'. Durant l'été, Insmoke suit son exemple et met en vente des liquides nicotinés
  • 12 novembre 2015: l'administration (OSAV) est forcée de publier une décision administrative concernant son interdiction de vente de liquides nicotinés
  • Décembre 2015: trois recours sont déposés devant le Tribunal administratif fédéral. Celui d'Helvetic Vape est rejeté en raison de son statut d'association de consommateurs
  • 24 avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition en révoquant la décision administrative, jugée gravement défectueuse

Boardwalk empire sur Léman

Début 2014, la vape se popularise aussi en Suisse. Mais la presse raconte alors comment les vapoteurs doivent recourir au marché noir et aux astuces pour passer des liquides nicotinés aux douanes. "Certains en vendent sous le manteau, d’autres font des achats groupés. Dans mon cas, j’avais passé une commande qui faisait 180 ml. Je m’étais trompé, c’est vrai, et la douane a détruit mon paquet", explique Alain Vaucher, premier président d'Helvetic Vape, au journal le Matin en février 2014

Le quotidien vaudois promet que la prohibition va durer encore longtemps. "La législation ne va pas changer de sitôt. Le Conseil fédéral a promis une nouvelle loi sur les produits du tabac, qui sera mise en consultation cet été. Mais déjà, la très influente Commission fédérale pour la prévention du tabagisme veut maintenir l’interdiction de la vente de nicotine en Suisse pour les cigarettes électroniques", assure le même article du Matin en 2014. 

Lutter pour une réduction des risques sans entrave

A Helvetic Vape, on ne l'entend pas de cette oreille. "Je veux me battre pour faciliter au maximum l’accès à la vape. Pour que vaper soit plus facile que fumer. Pour que cela soit diffusé au maximum, sans entraves, sans taxes. Pour que la vape soit reconnue comme une chance formidable d’arrêter l’hécatombe", annonce Alain Vaucher en guise de programme pour l'association. Le premier obstacle à l'accès à l'outil de réduction des risques en Suisse est d'évidence la prohibition. 

De premières tentatives conciliantes de l'association tentent de nouer le dialogue avec les autorités et des organisations du domaine. Réponses paternalistes et condescendantes de la part des autorités sanitaires fédérales. Tandis que des organisations "de santé" se montrent à la limite de l'insulte en refusant de s'abaisser à discuter avec des junkies à la nicotine (sic!). 

L'absence de loi, c'est pas la loi

Du côté des professionnels de la vape, on se montre persuadés des affirmations des journalistes: rien ne peut changer, la loi c'est la loi. Mais les militants de Helvetic Vape ont beau tourner et retourner dans tous les sens les textes de loi, ils ne trouvent pas trace d'une base à cette prohibition décrétée depuis 2009 par une simple lettre n°146 sans valeur juridique de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). 

Pour en avoir le cœur net, l'association mandate le cabinet d'avocat genevois BRS pour un avis de droit sur le sujet. Le détail de l'avis juridique de Maître Jacques Roulet est évidemment complexe, mais la conclusion en est assez simple: cette prohibition n'a pas de base légale. Armée de cet avis de droit, qu'elle a financé seule, et de centaines de fioles de liquide nicotiné confectionnées pour l'occasion, Helvetic Vape provoque les autorités en place publique à Berne en distribuant ouvertement ces fioles lors de la Vape Mob' le 30 mai 2015. 

Des liquides nicotinés à la Vape Mob' 2015

"Selon cet avis de droit, les liquides à vaper contenant de la nicotine peuvent donc être librement importés et distribués en Suisse contrairement à ce que prétend l’OFSP depuis des années. C’est pourquoi Helvetic Vape a décidé de mettre ouvertement en vente, le 30 mai 2015, le premier liquide suisse contenant de la nicotine", déclare Olivier Théraulaz, second président d'Helvetic Vape, sur la Kornhausplatz. La presse en parle, mais les autorités font semblant de rien. L'association n'ayant évidemment pas vocation a devenir une entreprise de vente de liquides de vapotage, le coup semble un one-shot sans lendemain. 

C'est là où il faut saluer l'intelligence et le courage de Stefan Meile, président de la Swiss Vape Trade Association (SVTA) et patron d'InSmoke. Il comprend l'argumentation de l'association des usagers et va s'engouffrer dans la brèche. Il met ouvertement en vente sur son site des liquides nicotinés, forçant ainsi les autorités à réagir. Le chimiste cantonal procède à une vérification et demande une décision en bonne et due forme à l'administration.

Quand il y a une décision administrative, on peut faire recours

L'Office de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV) est forcé de publier une décision administrative le 12 novembre 2015. Ouvrant ainsi la possibilité de recourir, dans le délai d'un mois après sa publication. Trois recours sont déposés. Deux par des professionnels, Stefan Meile évidemment et aussi Daniel Rico, de l'entreprise Zodiak. Helvetic Vape en dépose un également

Celui-ci est rejeté par le Tribunal administratif fédéral pour absence d'intérêt digne, tout en précisant l'avoir lu avec attention. Autrement dit, les usagers ne subissant pas d'interdiction de consommer, seuls les vendeurs ont un intérêt à défendre. J'avais trouvé cela contestable, mais l'association a préféré ne pas se lancer dans une bataille juridique coûteuse à l'issue incertaine.

Avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition

Deux ans et demi après le dépôt de ces recours, le Tribunal administratif fédéral (TAF) rend son jugement C-76347/2015 le 24 avril 2018. Il abroge la prohibition de vente des liquides nicotinés, jugée être une "erreur grave" de l'administration. Le TAF n'a pas tenu compte de la défense des deux recourants professionnels, qui s'appuyaient sur le principe du Cassis de Dijon pour demander la légalisation des liquides nicotinés. La raison de l'abrogation de la prohibition est un vice de forme dans la définition du terme de "cigarette-électronique" donnée par l'administration. 

C'est exactement l'argument principal que donnait Helvetic Vape lors de sa conférence de presse du 30 mai 2015. "L’OFSP se fourvoie en considérant que les vaporisateurs personnels et les liquides à vaper constituent une « unité fonctionnelle ». Sur la base de cette considération erronée, cette administration outrepasse ses compétences en créant des règles de droit primaires qui, d’une part interdisent l’importation à titre professionnel et la vente des liquides contenant de la nicotine et, d’autre part limitent les droits des consommateurs à importer ces liquides à titre personnel", détaillait alors Olivier Théraulaz. Trois ans plus tard, le verdict du TAF confirme ce que clamait l'association des usagers.

Un succès pour le droit à la réduction des risques contre le système tabagique

Helvetic Vape n'a pas seulement été initiatrice et moteur de la lutte contre la prohibition des liquides nicotinés en Suisse, elle a également porté l'argument décisif pour son abrogation. Il est regrettable que les autorités se soient montrées incapables d'entendre, de tenir compte et d'avoir simplement l'humanité de prendre en considération la demande de l'association des usagers avant d'être poussées à respecter la loi par le Tribunal administratif fédéral. Mais Helvetic Vape a démontré que la résignation n'est pas la seule option possible face au système tabagique, même en Suisse.


mercredi 19 septembre 2018

Soutenu par l'administration et les anti-tabac, Big Tobacco s'engage officiellement à vendre des cigarettes mais pas de vape aux mineurs en Suisse

Les cigarettiers ne se sont jamais engagés à ne pas vendre de cigarettes aux mineurs et les autorités fédérales n'ont jamais fixé d'âge limite aux vente de tabac en Suisse. Par contre, les trois principaux cigarettiers et quatre chaînes de distribution (kiosques et supermarchés) viennent de signer, sous le patronage de l'administration fédérale, un code de conduite où ils assurent qu'ils ne vendront aucun produit de vapotage à des mineurs, ni ne leur en feront la promotion, dés ce 1er octobre.  On peut les croire. En cumulés, les Big Tobacco culminent à moins de 5% du marché de la vape dans les pays occidentaux. Alors que près de 18% des jeunes américains entre 18 et 24 ans ont évité le tabagisme en utilisant temporairement le vapotage, le tabagisme a chuté à 10% chez ces jeunes Une sacré perte pour le tabac. En Suisse, ils sont 37% à fumer au même âge. 

Des cigarettes, mais pas de vape

A 16 ans, ils sont déjà plus de 14% à être fumeurs. Une majorité des cantons suisses n'interdisent pas la vente aux mineurs. Douze en limitent l'accès légal à 16 ans, tandis que trois suivent la loi fédérale, c'est-à-dire aucune limite d'âge. Jusque-là, un enfant peut acheter des cigarettes à Genève tandis qu'un zurichois doit avoir au moins 16 ans. Dans les supermarchés et chaînes de kiosques distribuant les produits des grands cigarettiers, les jeunes fumeurs de quinze cantons auront donc accès aux cigarettes mais à aucun produit de vapotage y compris sans nicotine à partir du 1er octobre. Les cigarettiers s'engagent aussi s’abstenir "de faire de la publicité pour les appareils de vapotage et les liquides aux mineurs", selon leur codex
liste officielle des limites d'âge pour la vente de tabac selon les cantons

Une mince voie de réduction des risques

Une politique de protection du tabagisme adolescent dont s'est distanciée la filière indépendante de la vape Suisse. L'association professionnelle de la vape (SVTA) a réuni 38 entreprises de vape sur son propre code de conduite en faveur de la réduction des risques. Après que le bloc pro-tabagisme ait refusé de s'engager à ne plus vendre de cigarettes aux mineurs, la SVTA a signifié qu'elle viendrait en aide aux jeunes fumeurs dés 16 ans en s'autorisant à leur vendre des vaporettes sans nicotine dans une logique de réduction des risques. Les ados, livrés de facto aux cigarettiers par les autorités, auront ce mince recours pour essayer de s'en sortir.

Les anti-tabac soutiennent Big Tobacco

L'administration fédérale s'est félicité de cet accord tabac anti-vape, en attendant la loi LPTab où elle espère assimiler le vapotage au domaine des cigarettiers. De son côté, le milieu anti-tabac soutient ouvertement l'initiative des Big Tobacco. Le Conseiller aux Etats Joachim Eder a qualifié "d'attitude responsable" la volonté des cigarettiers de continuer de vendre des cigarettes et d'interdire le vapotage aux mineurs, dans le 20 Minuten du 7 juin dernier. L'ex-Ministre de la santé du gouvernement cantonal de Zoug confirme ses propos cette semaine dans les colonnes de la NZZ. Joachim Eder y accuse l'industrie indépendante du vapotage d'être "inconsciente". Le journal zurichois n'a pas donné la parole à quiconque de la filière pour répondre à cette accusation. 

Les banques aussi

Par contre le surnommé "journal des banques"  s'inquiète fortement de la menace du vapotage, et en particulier de la possible arrivée en Suisse de la Juul, dans sa version européenne ultra-light. Ceci alors que l'action de Philip Morris a dégringolé de plus de 30% en un an. Une valeur boursière sur laquelle le Crédit Suisse conseillait à ses clients de prendre position il y encore quelques mois.

Les cours boursiers depuis un an des trois Big Tobacco

mardi 11 septembre 2018

Suisse: les autorités et les cigarettiers veulent interdire la vape aux fumeurs mineurs pour continuer de leur vendre des cigarettes

Interdire la vape aux mineurs pour mieux continuer de leur vendre des cigarettes. L'accord de dupes de la table-ronde des autorités et des cigarettiers a été rejeté par l'Association Suisse des professionnels indépendants de la vape (SVTA). Elle annonce réviser son code de conduite pour autoriser la vente aux fumeurs de plus de 16 ans de produits de vapotage sans nicotine afin de leur donner une chance de quitter les cigarettes.

Edit 14H pour préciser: Visiblement beaucoup de lecteurs suisses ne savent pas qu'aucune législation fédérale n'interdit la vente de cigarettes aux mineurs. Certains cantons fixé un âge limite de vente à 16 ans, d'autres à 18 ans et certains aucune. Genève est dans ce dernier cas, le Conseiller d'Etat Mauro Poggia a annoncé préparer une loi cantonale pour cela, non pas contre le tabagisme adolescent galopant, mais en raison de l'arrivée du vapotage et de la vente légale de cdb. Sic ! 

L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a pris grand soin d'exclure les usagers de sa table-ronde sur le vapotage en juin. Organisée sous la pression conjointe du lobby cigarettier et de l'anti-tabac Joachim Eder,  l'administration avait convié cigarettiers, grande distribution et aussi des professionnels de la vape indépendants. Rien n'avait filtré jusque-là de cette rencontre dont le but avoué était d'imposer un âge limite de vente des produits de vapotage.

La table-ronde est un échec

Suite à l'abrogation de sa prohibition illégale par le Tribunal administratif fédéral (TAF) fin avril, l'administration est dépassée par une situation qu'elle a pourtant provoqué par dix ans d'incompétence sur le sujet. Son unique obsession est d'assimiler le vapotage au tabac dans sa future loi LPTab. Mais trois mois après la table-ronde, son échec est consumé. "Aucun accord n'a pu être trouvé avec l’industrie du tabac", révèle le communiqué de la Swiss Vape Trade Association (SVTA).

Interdire la vape pour mieux vendre des cigarettes

"Afin de renforcer et d’étendre la protection des mineurs, la SVTA a demandé à la table ronde de l’OSAV qu’une limite d’âge de 18 ans soit également introduite pour les produits du tabac (cigarettes, cigares, etc …). Malheureusement, nous nous sommes trouvés en opposition avec l’industrie du tabac sur le sujet", explique l’association des professionnels de la vape. En dehors de la vape indépendante, seule la chaîne de détaillants Coop a appuyé la proposition. En version décryptée: les cigarettiers et leurs alliés veulent interdire la vente des produits de vapotage pour mieux continuer de vendre des cigarettes aux ados.

Ou donner une chance aux fumeurs

"Par conséquent, un consensus à la table ronde n’est pas possible", déclare Rachel Jossen, membre du comité de la SVTA. L'association annonce donc réviser son code de conduite de manière unilatérale. Elle engage ses membres à ne pas vendre de produits de vapotage nicotinés aux moins de 18 ans, mais autorise la remise "de liquides exempts de nicotine aux fumeurs de plus de 16 ans dans un but de réduction des risques", explique Rachel Jossen. 

Objectif clair de la filière du vapotage, donner une chance aux mineurs, à qui les cigarettiers vendent des cigarettes, de pouvoir sortir du tabagisme"L’objectif est de donner aux adolescents le choix entre consommer des cigarettes mortelles et le vapotage au moins 95% moins nocif".

Génération sacrifiée

En Suisse, 14,3% des adolescents de 16 ans sont déjà fumeurs, dont la moitié au quotidien, selon le monitorage officiel de 2016. Un taux qui explose à près de 40% pour la génération des jeunes adultes de 18-25 ans actuels ayant grandi dans les années de prohibition du vapotage nicotiné. Tandis que le tabagisme des jeunes adultes a chuté à 10% aux Etats-Unis, invalidant sans discussion possible la réalité de la théorie de la passerelle. Les exemples britannique et parisien confirment que le vapotage provoque plutôt une chute accélérée du tabagisme des jeunes. Ce qui n'empêche pas les médias de vendre du sensationnalisme bidonné sur la question.


dimanche 9 septembre 2018

[bref] Effet vape ? Le tabagisme des 18-24 ans américains chute à 10%

Ils avaient entre 12 et 18 ans en 2011 au moment de l'apparition massive du vapotage. Six ans plus tard, les jeunes adultes, issus de la première génération d'adolescents de l'ère de la vape, sont à 90% non-fumeurs. Selon les derniers chiffres de l'enquête nationale de santé (NHIS), le tabagisme des 18 à 24 ans américains a chuté à 10,4% en 2017. Presque moitié moins qu'en 2011. Spécialiste attentif à la question, le Pr Brad Rodu, de l'Université de Louisville (USA), met en lumière que 85,7% des jeunes adultes n'ont jamais fumé. Y a t-il un effet préventif  de la vape? En tout cas, 13% des jeunes ont essayé ou utilisé un moment le vapotage, sans devenir vapoteur au long cours et encore moins fumeur. Tandis que 2,7% sont actuellement vapoteurs exclusifs. 5,1% des jeunes adultes sont déjà ex-fumeurs : 0,8% vapotent et 2,1% ont vapoté. 
Les données de l'enquête NHIS sur les 18-24 ans américains analysées par le Pr Brad Rodu

Quatre fois moins de jeunes fumeurs aux US qu'en Suisse

Pour le Pr Brad Rodu, le vapotage joue un rôle indéniable dans la chute du tabagisme des jeunes américains. Ces données contredisent une nouvelle fois l'hystérie médiatique affirmant sans fondement que le vapotage encourage le tabagisme chez les jeunes. La chute du tabagisme des adolescents et des jeunes adultes américains est incompatible avec un hypothétique soi-disant effet passerelle du vapotage vers le tabagisme. Au contraire, cette dégringolade semble plutôt indiquer un effet préventif de l'expérimentation du vapotage qui évite à des jeunes d'expérimenter les cigarettes. En contraste, chez les jeunes Suisses de 18-25 ans, ayant grandi dans le contexte de prohibition et de dénigrement du vapotage (2009-2018), le tabagisme s'est maintenu à plus de 36,5%, selon les données officielles de 2016


lundi 3 septembre 2018

[bref] Arrêter de fumer à l'aide de la vape: la plus grande étude clinique au monde a démarré en Suisse

L'émission d'actualité 10 vor 10 de la télévision suisse-alémanique (SRF) l'a annoncé ce 31 août. La plus vaste étude sur l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage à ce jour est lancée en Suisse. Depuis juillet, les premiers volontaires sont reçus à l'Institut de médecine de premiers recours de Berne. A l'automne, des romands commenceront. En tout, plus de 1'200 fumeurs volontaires tentant d'arrêter de fumer seront suivis durant six mois. L'étude ESTxENDS - pour Efficacy, Safety and Toxicology of Electronic Nicotine Delivery Systems -  va comparer un groupe "témoin", recevant des conseils de professionnels de santé, aux participants munis d'une vapoteuse rechargeable, de liquides nicotinés et également conseillés. Des check-up et des analyses de sang et d'urines traceront l'évolution des niveaux toxicologiques des différents participants sur la durée. "De plus en plus de patients passent de la cigarette au vapotage", déclare le Dr Reto Auer, qui avait présenté le projet d'étude à la dernière VapeCon de Bienne en mai dernier.

Etude indépendante

Le professeur de médecine familiale a lancé l'étude pour lever les doutes sur deux aspects. "Actuellement, comme médecins généralistes, nous pouvons difficilement donner des réponses précises à nos patients sur la dangerosité du vapotage et sa capacité pour aider à arrêter de fumer. Nous voulons examiner cela attentivement", explique le Dr Reto Auer au micro de la SRF. Les résultats de l'étude, financée par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique (FNS) en toute indépendance des industries du tabac et de la pharmaceutique, devraient être publiés d'ici deux ans. De son côté, le Dr Karl Klinger semble vouloir nier le principe même de la réduction des risques qui pourrait être mesurée sur les vapoteurs ayant arrêté de fumer dans l'étude.

La fin de la prohibition amène des fumeurs au vapotage

En parallèle à cette recherche scientifique, 10 vor 10 fait état de l'essor rapide du vapotage en Suisse depuis la fin de la prohibition de vente des liquides nicotinés. Au printemps, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé cette mesure arbitraire et infondée de l'administration. "Comme les liquides contenant de la nicotine sont désormais légaux, de nouveaux clients osent venir. La stigmatisation de la clandestinité s'est envolée", explique Tiziana Puppo, du magasin Vape-Heaven d'Uster dans le canton de Zurich. 

Le Dr Reto Auer le 19 mai 2018 à Bienne sur l'étude ESTxENDS:


mercredi 15 août 2018

Non, il n'y a aucune décision administrative pour interdire les liquides non "TPD ready" en Suisse

Une étrange rumeur circule dans les réseaux de vapoteurs romands ces derniers jours. En dépit de l'absence de décision administrative valide sur le sujet, elle prétend que les liquides autres que ceux homologués par l'Union Européenne (UE) seraient illégaux à la vente en Suisse. Difficile de saisir la base légale qui pourrait prohiber les liquides à plus de 20mg/mL de nicotine et en fiole de plus de 10 ml. Selon une source, ce bruit aurait pour origine l'administration elle-même. Pourtant en avril dernier, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a invalidé la décision de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) de prohibition de vente des liquides nicotinés. "Une décision de justice n'entraînera la nullité que dans des cas exceptionnels et s'ils sont graves. En raison de sa défectuosité, la décision générale doit être révoquée", explique le TAF dans son jugement C-76347/2015 du 24 avril 2018.

Le verdict précise qu'étant donné que "la décision administrative de l'OSAV du 12 novembre 2015 doit être abrogée, il n'est pas nécessaire de poursuivre l'examen des objections du plaignant et de répondre à sa demande de jugement déclaratoire". Autrement dit, les arguments des recours des deux professionnels de vape, Insmoke et E-Smoking, s'appuyant sur le principe du cassis de Dijon n'ont pas été pris en compte. Précision peut-être utile pour dissiper le malentendu qui parcourt le milieu de la vape suisse.

Retour à l'absence de décision administrative valide

Helvetic Vape
En l'état, la situation est similaire à ce qu'elle était lors de la Vape Mob' de mai 2015, où Helvetic Vape avait présenté l'avis de droit de Me Denis Roulet et distribué des liquides nicotinés à Berne. Inspiré de l'action de l'association des usagers, Stefan Meile, d'Insmoke, avait mis en vente des liquides nicotinés durant l'été 2015. Il a été contrôlé par les services sanitaires de son canton. Mais il n'a pas subi de contravention car aucune base légale ne le permettait. Le chimiste cantonal a analysé les liquides et il a ensuite demandé à l'administration fédérale de prendre une décision officielle

Avant cette décision, il n'y avait aucune base légale à laquelle se conformer et il n'était pas illégal de vendre des liquides nicotinés. Même si l'administration faisait courir la rumeur inverse depuis 2009. A partir de cette décision en novembre 2015, il a été possible de déposer recours contre celle-ci. Recours qui a aboutit à l'invalidation pour vice de forme par le TAF en avril dernier.

Abrogée veut dire abrogée !

Nous somme revenu à la même situation depuis l'abrogation de cette décision administrative par le TAF. Il n'y a de fait aucune décision administrative sur le sujet. Les indications de l'administration ne sont que des indications de l'interprétation que voudraient imposer les fonctionnaires bernois. Mais sans décision administrative dûment déposée, elles n'ont pas de force contraignante à laquelle les professionnels doivent se conformer. Si les services fédéraux publient une décision administrative dans les formes, il sera alors possible de recourir à s'en encontre. Politiquement, que les citoyens puissent recourir en justice contre les décisions de l'administration est une des différences entre démocratie et régime totalitaire. Un recours pourrait demander un éventuel effet suspensif, sur lequel le TAF se prononcerait, puis la procédure judiciaire se déroulerait.

Aujourd'hui il n'y a rien de cela. Helvetic Vape, rompu aux astuces de la bureaucratie bernoise, a d'ailleurs demandé des précisions sur la question à l'OSAV. L'association signale que l'administration fédérale a proposé une rencontre en réponse. Pour sa part, le site de l'administration est, à moins qu'il n'ait été hacké par un humoriste, passablement surréaliste en dépit de multiples éditions pour en gommer les absurdités les plus grossières. En l'absence de décision administrative valide, on ne voit pas ce qui rendrait illégal de vendre des liquides à plus de 20 mg/mL de nicotine, ou en conditionnement de plus de 10 mL, dans la mesure où ces produits sont fiables. Ce à quoi les commerçants sont tenus en raison du principe d'auto-contrôle de la Loi sur le denrées alimentaires et produits usuels (LDAI).

En l'état, cela offre une meilleure protection aux consommateurs qu'une hypothétique assimilation des produits de vapotage au projet de future loi tabac (LPTab), les condamnant au même type de sécurité que les produits du tabac, dans laquelle les bureaucrates bernois veulent à tout prix les mettre. Raison pour laquelle, ils refusent depuis 2013 de faire une réglementation simple et intelligente sur le sujet malgré les demandes et propositions répétées de l'association d'usagers Helvetic Vape. Pour indication, l'administration juge inutile dans le projet de loi tabac (LPTab) une déclaration aux consommateurs des additifs des produits de tabac, estimant qu'ils sont si dangereux que cela importe peu. Voilà à quoi pourrait être assimilé le vapotage avec la LPTab et ce qu'il en est du soucis de sécurité et de santé publique à Berne.

Des limites néfastes

De manière plus immédiate que l'enjeu politique du projet d'amalgame du vapotage au tabagisme, l'enjeu pratique d'une limite exagérément basse du taux de nicotine concerne au premier chef les 30% des fumeurs exclus d'arrêter de fumer avec les liquides européens à cause de leur sous-dosage en nicotine. Une limite adoptée par l'UE sans base scientifique comme l'a rappelé la Dr Lynne Dawkins devant la Commission parlementaire britannique. Mais l'enjeu peut concerner également des vapoteurs au long cours qui, comme moi, utilisent des liquides plus concentrés pour réduire significativement leur consommation de liquide. Une étude, publiée dans la revue Addiction en juin, montre que des liquides sous-dosés en nicotine poussent les vapoteurs à une surconsommation évitable de liquide

Enfin, la directive européenne (TPD) impose une limite de contenance des fioles nicotinées de 10 mL et évoque, de manière floue, une limitation de contenance des atomiseurs à 2 mL (non appliquée en France). Deux mesures qualifiées de dépassées dans le rapport explicatif au projet de loi tabac (notamment p. 42-43) présenté en décembre par le Conseil fédéral. Il semblerait un comble que les usagers soient poussés de force à des astuces inconfortables et moins sûres à cause de limites européennes que tous les connaisseurs du domaine estiment absurdes, sans base scientifique et contre-productives.

VIDEO: le Pr Jean-François Etter, de l'Université de Genève, sur la directive européenne (TPD) à Paris en 2015



jeudi 9 août 2018

[Bref] Bataille serrée entre Philip Morris et l'Association de prévention du Tabagisme Suisse pour l'Hypocrisy Award de la décennie

L'Association de prévention du Tabagisme en Suisse (AT-Suisse) a publié un communiqué de presse dans la lignée des articles sponsorisés par l'oligarque Michael Bloomberg un peu partout dans le monde ces derniers jours. "Il y a un an, Philip Morris se déclarait en faveur de l'arrêt du tabagisme, une profession de foi aussi opportuniste qu'hypocrite", révèle l'organisation. Ah?!? AT-Suisse a soutenu durant ces dernières années la prohibition du vapotage nicotiné en Suisse. Un élément crucial pour faire place nette au lancement de la cigarette de tabac chauffé de Philip Morris. Jusque-là, l'organisme n'avait d'ailleurs jugé problématique que l'absence de sa prime sur les ventes d'Iqos.

"D'une manière générale, la cigarette a mauvaise réputation Pas besoin donc d'être devin pour prévoir qu'à long terme, la cigarette ne sera plus un produit très lucratif en Europe", explique AT-Suisse. Alors que le tabagisme helvétique se maintient depuis dix ans sans évolution à plus de 25% de la population adulte. Et plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans, une part en augmentation. En contraste, depuis 2011 et l'essor du vapotage, l'Angleterre a réduit d'un quart sa part de fumeurs adultes et adolescents. Qualifiant le discours de Philip Morris de "saugrenu", AT-Suisse semble avoir quelque chose dans l'oeil. De longue date, l'organisation méprise ouvertement les usagers et s'oppose à l'approche de réduction des risques. Enjeu manifeste, les dividendes perçues sur les ventes de cigarettes par les anti-tabac suisses, ainsi que le sponsoring pléthorique des vendeurs d'anti-cancéreux.

Deux faces de la même pièce

Pourtant, une politique de réduction des risques similaire à celle britannique aurait permis à un quart des fumeurs suisses, soit de 500'000 à 600'000 personnes de sortir du tabagisme depuis 2011. En Islande, ce sont 40% des fumeurs de 2014 qui, en 2017, avaient arrêté grâce au vapotage. A l'échelle Suisse, cela ferait environ un million de fumeurs sauvés du tabagisme. Qui professe un discours hypocrite en prétendant lutter contre le tabagisme? Vraiment, est-ce le cigarettier vaudois Philip Morris ou son alter ego AT-Suisse

Les victimes du duo peu comique, on les connait. Plus de deux millions de fumeurs en Suisse qui ont été privés illégalement d'accès local au vapotage nicotiné jusqu'à ce printemps et la décision d'invalider la prohibition administrative par le Tribunal administratif fédéral. Les bénéficiaires du fumeux business sont plus nombreux que les seuls cigarettiers. Des milliards de dépenses à cause des maladies liées au tabagisme engraissent l'industrie pharmaceutique. Tandis que le Département fédéral de l'intérieur encaisse près de 2,5 milliards Fs par an grâce aux ventes de tabac. Il est sensé s'occuper de la lutte anti-tabac aussi. Il n'a fait que lutter contre l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage ces dernières années. 

Hypocrisy Award

Près des deux-tiers des fumeurs en Suisse, déclarent espérer arrêter de fumer. Mais aucune solution sérieuse ne leur est facilement accessible. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix prohibitifs sous le monopole pharmaceutique. Jusqu'à ce printemps, les liquides nicotinés étaient illégaux. Aucune information n'est dispensée sur la réduction des risques par le vapotage. Seules véritables sources d'aide à l'arrêt efficace, les groupes d'entraide de vapoteurs et les boutiques spécialisées

Au contraire, les médias d'Etat, liés au tabac, à la pharma ou à la finance multiplient les fake news sur le sujet. Entre silence complice et désinformation active sur le sujet de la réduction des risques, les actions d'AT-Suisse ressemblent à s'y méprendre à une banale hypocrisie. A ce titre, il est vraiment difficile de départager Philip Morris de l'AT-Suisse en la matière. 

Accordons-leur l'Hypocrisy Award pour leur oeuvre conjointe en faveur du maintien du tabagisme en Suisse.


dimanche 15 juillet 2018

[Bref] Le Tages Anzeiger anticipe un développement du vapotage en Suisse

L'édition dominicale du Tages anzeiger consacre une page à la prochaine expansion du vapotage en Suisse. Fin avril, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a cassé la prohibition illégale imposée par l'administration fédérale. "Jusqu'à présent, principalement les petits fournisseurs du secteur du vapotage étaient actifs. La nicotine pour les liquides était disponible dans les boutiques en ligne étrangères ou sous le comptoir de vente. Mais avec la nouvelle situation juridique, les gros commerçants flairent la bonne affaire", annonce Eric Bürgler du Tagi.  

"Nous prévoyons d'inclure des cigarettes-électroniques et des liquides contenant de la nicotine dans notre gamme", confirme un porte-parole de la chaîne de supermarchés Coop. Les concurrents de Denner observe la situation attentivement. Valora, qui déteint la chaîne de kiosques Naville, a déjà franchi le pas avec des produits de l'entreprise suisse Insmoke. En Allemagne, la chaîne offre des produits de vapotage depuis plusieurs années. Au hit-parade des liquides, ce sont les arômes After-eight et cheesecake les plus populaires. 

Près de deux millions de fumeurs à sortir du tabagisme

Le Tages Anzeiger anticipe une belle croissance du secteur. Avec plus de 25% de fumeurs, la Suisse a réussi à maintenir son taux de tabagisme avec la prohibition arbitraire du vapotage nicotiné depuis 2009. Tandis qu'au Royaume-Uni, près de 6% de la population est passé de la cigarette au vapotage observe le quotidien zurichois. "Le secteur bénéficie des recommandations du ministère de la Santé britannique. Celui-ci conseille fortement aux fumeurs de passer au vapotage car il est significativement moins nocif que les cigarettes traditionnelles", souligne le journal. 

Une situation qui contraste fortement avec la protection de la situation actuelle par les lobbys anti-vape en Suisse. "Selon Thomas Beutler de l'Association de prévention du tabagisme en Suisse (AT-Suisse), il n'existe pas d'étude significative à long terme sur les effets négatifs du vapotage sur la santé", mentionne la Tages Anzeiger.

Que va faire Big Tobacco ?

Du côté d'Insmoke, Stefan Meile se réjouit des perspectives de développement. Mais il reste sur ses gardes. "Les grandes compagnies de tabac vont bientôt apporter leurs e-cigarettes sur le marché suisse, avec un budget marketing élevé", prévient le président de l'Association indépendante des professionnels de la vape suisse (SVTA). Un porte-parole de Japan Tobacco confirme travailler sur le dossier. En Allemagne, le cigarettier genevois a opté pour une stratégie de dénigrement contre le vapotage, y compris par campagnes publicitaires.

Alors qu'aucune restriction sur l'âge de vente des cigarettes n'existe au niveau fédéral, l'administration a convoqué une table-ronde le 6 juillet dernier pour restreindre la vente des produits de vapotage. Les professionnels indépendants de la vape étaient bien isolés au milieu des lobbyistes des cigarettiers à ce meeting de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV), qui a évité d'y convier les représentants des vapoteurs. Selon le Tages Anzeiger, aucun résultat n'est ressorti de la réunion. "Ils veulent se revoir en septembre".


vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


vendredi 6 juillet 2018

24 Heures refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant, pour servir le Sommet Etat & Tabac contre la vape

Le jour même où l'administration convie l'industrie cigarettière pour "réguler" le vapotage en Suisse, le quotidien lausannois 24 Heures nous refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant. Six mois après le bidonnage de la Liberté, le quotidien de Tamedia annonce en titre de Une qu'un garçon de 10 ans a acheté "une vapoteuse en toute légalité". Le journaliste s'appuie sur le récit d'un papa anonyme sans jamais aller vérifier ses dires auprès du vendeur indélicat soi-disant de Morges. Pourtant le journaliste précise que l'enfant aurait indiquer l'endroit de l'achat. Je n'ai jamais vu un journaliste agir de cette manière: enregistrer un témoignage accusant une partie et ne pas essayer de contacter cette partie accusée. Or, comme lors de l'affaire de la pseudo-vente à Fribourg de la Liberté, aucune vérification n'est faite. Sic ! Pourtant, le code de déontologie du Conseil de la presse Suisse précise en directive (3.1) que "l‘acte premier de la diligence journalistique consiste à s‘assurer de l‘origine d‘une information et de son authenticité".

Lors du précédent buzz, la Liberté avait été incapable de me confirmer l'existence d'un vendeur et une équipe, dépêchée spécialement à Fribourg dans ce but et très motivée, de la RTS n'avait pas réussi à retrouver ce mystérieux vendeur fantôme. Cela n'avait pas empêché la chaîne nationale de diffuser un reportage à charge sur "cette histoire" sans sujet. D'autres opérations médiatiques similaires de "vente fantôme" laissent à penser à un nouvel épisode d'une technique de communication bien éprouvée. 24 Heures y ajoute le buzz de la pseudo étude mensongère sur les souris et quelques assertions sans fondement de lobbyistes pour livrer son article à sens unique.

24 Heures au service du Yalta Etat-Tabac

L'article du jour, à sens unique, prend une saveur particulière puisqu'il est publié le jour même que l'administration fédérale organise son Yalta de la vape, sous l'impulsion de lobbyistes de la pharmaceutique, de connivence avec les grands cigarettiers conviés et quelques représentants isolés de l'industrie indépendante du vapotage. Aucun représentant des usagers n'a été contacté. L'objectif de ce sommet de l'Etat et du tabac: restreindre les ventes de vapotage. Le prétexte: le risque de vente à des mineurs. alors que près de 16% sont fumeurs en Suisse. Un taux stable durant les années de prohibition du vapotage commencée en 2009 (et non 2015 comme l'invente le journal vaudois). 

Les comptes du tabagisme adolescent caché en Suisse

Dans la même période, les parts de fumeurs chez les adolescents américains et britanniques a été divisé de moitié sous l'impact du vapotage. En France, le suivi Paris Sans Tabac rapporte le même phénomène de ringardisation du tabagisme sous l'effet des vaporettes. Sur les données récoltés avant les législations en interdisant la vente aux mineurs, les trois quarts des quelques 20% d'adolescents expérimentant le vapotage le faisaient sans nicotine. Un moyen d'essayer, de "jouer à", pour les ados sans risque de dépendance. Le 1,7% des ados américains vapotant régulièrement avec nicotine étaient pour la quasi totalité (9/10) déjà fumeurs. En bref, là où le vapotage s'est développé, le tabagisme des jeunes a dégringolé. En Suisse, il s'est maintenu. 

Conserver la situation propice au tabagisme est bien l'objectif de la plupart des acteurs poussant à ce sommet anti-vape Suisse, alors même que la vente de cigarettes est autorisée aux mineurs au niveau fédéral. On y retrouve donc une administration encaissant plus de 2,2 milliards Fs par an en taxe tabac, et faisant l'économie de plus de 15% de retraites non versées aux morts prématurées du tabac, l'industrie cigarettière, et la pression des petits soldats du lobby du cancer qui veulent "soumettre la cigarette électronique au même cadre légal que les produits du tabac". Aujourd'hui les jeunes qui avaient 16 ans au moment de la prohibition du vapotage en Suisse en 2009, ont 25 ans. Ils sont 38% de fumeurs en suisse romande, selon les statistiques officielles. C'est la défense de ce statu-quo, favorable au tabac, à la pharma et à l'Etat, au détriment de la population qui se joue aujourd'hui et pour lequel le journal vaudois a déployé ce grossier enfumage émotionnel.