Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)

S'abonner par Email

Affichage des articles dont le libellé est adolescent. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est adolescent. Afficher tous les articles

mercredi 19 septembre 2018

Soutenu par l'administration et les anti-tabac, Big Tobacco s'engage officiellement à vendre des cigarettes mais pas de vape aux mineurs en Suisse

Les cigarettiers ne se sont jamais engagés à ne pas vendre de cigarettes aux mineurs et les autorités fédérales n'ont jamais fixé d'âge limite aux vente de tabac en Suisse. Par contre, les trois principaux cigarettiers et quatre chaînes de distribution (kiosques et supermarchés) viennent de signer, sous le patronage de l'administration fédérale, un code de conduite où ils assurent qu'ils ne vendront aucun produit de vapotage à des mineurs, ni ne leur en feront la promotion, dés ce 1er octobre.  On peut les croire. En cumulés, les Big Tobacco culminent à moins de 5% du marché de la vape dans les pays occidentaux. Alors que près de 18% des jeunes américains entre 18 et 24 ans ont évité le tabagisme en utilisant temporairement le vapotage, le tabagisme a chuté à 10% chez ces jeunes Une sacré perte pour le tabac. En Suisse, ils sont 37% à fumer au même âge. 

Des cigarettes, mais pas de vape

A 16 ans, ils sont déjà plus de 14% à être fumeurs. Une majorité des cantons suisses n'interdisent pas la vente aux mineurs. Douze en limitent l'accès légal à 16 ans, tandis que trois suivent la loi fédérale, c'est-à-dire aucune limite d'âge. Jusque-là, un enfant peut acheter des cigarettes à Genève tandis qu'un zurichois doit avoir au moins 16 ans. Dans les supermarchés et chaînes de kiosques distribuant les produits des grands cigarettiers, les jeunes fumeurs de quinze cantons auront donc accès aux cigarettes mais à aucun produit de vapotage y compris sans nicotine à partir du 1er octobre. Les cigarettiers s'engagent aussi s’abstenir "de faire de la publicité pour les appareils de vapotage et les liquides aux mineurs", selon leur codex
liste officielle des limites d'âge pour la vente de tabac selon les cantons

Une mince voie de réduction des risques

Une politique de protection du tabagisme adolescent dont s'est distanciée la filière indépendante de la vape Suisse. L'association professionnelle de la vape (SVTA) a réuni 38 entreprises de vape sur son propre code de conduite en faveur de la réduction des risques. Après que le bloc pro-tabagisme ait refusé de s'engager à ne plus vendre de cigarettes aux mineurs, la SVTA a signifié qu'elle viendrait en aide aux jeunes fumeurs dés 16 ans en s'autorisant à leur vendre des vaporettes sans nicotine dans une logique de réduction des risques. Les ados, livrés de facto aux cigarettiers par les autorités, auront ce mince recours pour essayer de s'en sortir.

Les anti-tabac soutiennent Big Tobacco

L'administration fédérale s'est félicité de cet accord tabac anti-vape, en attendant la loi LPTab où elle espère assimiler le vapotage au domaine des cigarettiers. De son côté, le milieu anti-tabac soutient ouvertement l'initiative des Big Tobacco. Le Conseiller aux Etats Joachim Eder a qualifié "d'attitude responsable" la volonté des cigarettiers de continuer de vendre des cigarettes et d'interdire le vapotage aux mineurs, dans le 20 Minuten du 7 juin dernier. L'ex-Ministre de la santé du gouvernement cantonal de Zoug confirme ses propos cette semaine dans les colonnes de la NZZ. Joachim Eder y accuse l'industrie indépendante du vapotage d'être "inconsciente". Le journal zurichois n'a pas donné la parole à quiconque de la filière pour répondre à cette accusation. 

Les banques aussi

Par contre le surnommé "journal des banques"  s'inquiète fortement de la menace du vapotage, et en particulier de la possible arrivée en Suisse de la Juul, dans sa version européenne ultra-light. Ceci alors que l'action de Philip Morris a dégringolé de plus de 30% en un an. Une valeur boursière sur laquelle le Crédit Suisse conseillait à ses clients de prendre position il y encore quelques mois.

Les cours boursiers depuis un an des trois Big Tobacco

mardi 11 septembre 2018

Suisse: les autorités et les cigarettiers veulent interdire la vape aux fumeurs mineurs pour continuer de leur vendre des cigarettes

Interdire la vape aux mineurs pour mieux continuer de leur vendre des cigarettes. L'accord de dupes de la table-ronde des autorités et des cigarettiers a été rejeté par l'Association Suisse des professionnels indépendants de la vape (SVTA). Elle annonce réviser son code de conduite pour autoriser la vente aux fumeurs de plus de 16 ans de produits de vapotage sans nicotine afin de leur donner une chance de quitter les cigarettes.

Edit 14H pour préciser: Visiblement beaucoup de lecteurs suisses ne savent pas qu'aucune législation fédérale n'interdit la vente de cigarettes aux mineurs. Certains cantons fixé un âge limite de vente à 16 ans, d'autres à 18 ans et certains aucune. Genève est dans ce dernier cas, le Conseiller d'Etat Mauro Poggia a annoncé préparer une loi cantonale pour cela, non pas contre le tabagisme adolescent galopant, mais en raison de l'arrivée du vapotage et de la vente légale de cdb. Sic ! 

L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a pris grand soin d'exclure les usagers de sa table-ronde sur le vapotage en juin. Organisée sous la pression conjointe du lobby cigarettier et de l'anti-tabac Joachim Eder,  l'administration avait convié cigarettiers, grande distribution et aussi des professionnels de la vape indépendants. Rien n'avait filtré jusque-là de cette rencontre dont le but avoué était d'imposer un âge limite de vente des produits de vapotage.

La table-ronde est un échec

Suite à l'abrogation de sa prohibition illégale par le Tribunal administratif fédéral (TAF) fin avril, l'administration est dépassée par une situation qu'elle a pourtant provoqué par dix ans d'incompétence sur le sujet. Son unique obsession est d'assimiler le vapotage au tabac dans sa future loi LPTab. Mais trois mois après la table-ronde, son échec est consumé. "Aucun accord n'a pu être trouvé avec l’industrie du tabac", révèle le communiqué de la Swiss Vape Trade Association (SVTA).

Interdire la vape pour mieux vendre des cigarettes

"Afin de renforcer et d’étendre la protection des mineurs, la SVTA a demandé à la table ronde de l’OSAV qu’une limite d’âge de 18 ans soit également introduite pour les produits du tabac (cigarettes, cigares, etc …). Malheureusement, nous nous sommes trouvés en opposition avec l’industrie du tabac sur le sujet", explique l’association des professionnels de la vape. En dehors de la vape indépendante, seule la chaîne de détaillants Coop a appuyé la proposition. En version décryptée: les cigarettiers et leurs alliés veulent interdire la vente des produits de vapotage pour mieux continuer de vendre des cigarettes aux ados.

Ou donner une chance aux fumeurs

"Par conséquent, un consensus à la table ronde n’est pas possible", déclare Rachel Jossen, membre du comité de la SVTA. L'association annonce donc réviser son code de conduite de manière unilatérale. Elle engage ses membres à ne pas vendre de produits de vapotage nicotinés aux moins de 18 ans, mais autorise la remise "de liquides exempts de nicotine aux fumeurs de plus de 16 ans dans un but de réduction des risques", explique Rachel Jossen. 

Objectif clair de la filière du vapotage, donner une chance aux mineurs, à qui les cigarettiers vendent des cigarettes, de pouvoir sortir du tabagisme"L’objectif est de donner aux adolescents le choix entre consommer des cigarettes mortelles et le vapotage au moins 95% moins nocif".

Génération sacrifiée

En Suisse, 14,3% des adolescents de 16 ans sont déjà fumeurs, dont la moitié au quotidien, selon le monitorage officiel de 2016. Un taux qui explose à près de 40% pour la génération des jeunes adultes de 18-25 ans actuels ayant grandi dans les années de prohibition du vapotage nicotiné. Tandis que le tabagisme des jeunes adultes a chuté à 10% aux Etats-Unis, invalidant sans discussion possible la réalité de la théorie de la passerelle. Les exemples britannique et parisien confirment que le vapotage provoque plutôt une chute accélérée du tabagisme des jeunes. Ce qui n'empêche pas les médias de vendre du sensationnalisme bidonné sur la question.


dimanche 9 septembre 2018

[bref] Effet vape ? Le tabagisme des 18-24 ans américains chute à 10%

Ils avaient entre 12 et 18 ans en 2011 au moment de l'apparition massive du vapotage. Six ans plus tard, les jeunes adultes, issus de la première génération d'adolescents de l'ère de la vape, sont à 90% non-fumeurs. Selon les derniers chiffres de l'enquête nationale de santé (NHIS), le tabagisme des 18 à 24 ans américains a chuté à 10,4% en 2017. Presque moitié moins qu'en 2011. Spécialiste attentif à la question, le Pr Brad Rodu, de l'Université de Louisville (USA), met en lumière que 85,7% des jeunes adultes n'ont jamais fumé. Y a t-il un effet préventif  de la vape? En tout cas, 13% des jeunes ont essayé ou utilisé un moment le vapotage, sans devenir vapoteur au long cours et encore moins fumeur. Tandis que 2,7% sont actuellement vapoteurs exclusifs. 5,1% des jeunes adultes sont déjà ex-fumeurs : 0,8% vapotent et 2,1% ont vapoté. 
Les données de l'enquête NHIS sur les 18-24 ans américains analysées par le Pr Brad Rodu

Quatre fois moins de jeunes fumeurs aux US qu'en Suisse

Pour le Pr Brad Rodu, le vapotage joue un rôle indéniable dans la chute du tabagisme des jeunes américains. Ces données contredisent une nouvelle fois l'hystérie médiatique affirmant sans fondement que le vapotage encourage le tabagisme chez les jeunes. La chute du tabagisme des adolescents et des jeunes adultes américains est incompatible avec un hypothétique soi-disant effet passerelle du vapotage vers le tabagisme. Au contraire, cette dégringolade semble plutôt indiquer un effet préventif de l'expérimentation du vapotage qui évite à des jeunes d'expérimenter les cigarettes. En contraste, chez les jeunes Suisses de 18-25 ans, ayant grandi dans le contexte de prohibition et de dénigrement du vapotage (2009-2018), le tabagisme s'est maintenu à plus de 36,5%, selon les données officielles de 2016


vendredi 13 juillet 2018

Valais: servir patates, tomates ou aubergines aux mineurs sera t-il bientôt interdit ?

Le mélange entre influence et incompétence peut engendrer des situation cocasses. En modifiant la loi pour interdire "la vente et la remise de produits nicotinés" aux moins de 18 ans, le 14 juin dernier, le Grand Conseil valaisan ne semble pas s'être inquiété de la question des légumes de la famille des solanacées. Patates, tomates, aubergines, poivrons et piments notamment sont des solanacées. Particularité? Toutes les plantes de cette famille, y compris ces légumes, contiennent naturellement de la nicotine. En concentration plus faible que dans le tabac, mais ils en contiennent. Suffisamment pour qu'on détecte un effet bénéfique d'un régime alimentaire riche en solanacées, notamment en poivrons, pour prévenir le risque de maladie de Parkinson par exemple.

50'000 FS d'amende si l'on sert des tomates à un ado ?

En interdisant de donner ou vendre des produits nicotinés à des mineurs, les autorités valaisannes semblent, au moins de manière formelle, avoir interdit aux parents, cantines, restaurants, etc. de servir ces légumes aux enfants et adolescents à partir du 1er janvier prochain. En cas d'infraction, les personnes ayant remis des produits nicotinés à des mineurs risqueraient une amende allant jusqu'à 50'000 Fs. Avec la même perspicacité, cette modification de loi interdit aussi la vente et la remise de "cigarette-électronique" aux mineurs, sans que l'on sache ici non plus ce que cela recouvre précisément.

Une politique pour conserver le tabagisme adolescent

En Suisse, le tabagisme adolescent stagne à près de 16%, tandis que dans les pays où le vapotage a pu se développer, il s'est écroulé. Aux Etats-Unis, de 15,8% en 2011, il ne touche plus que 7,6% des adolescent en 2017. Dans la région parisienne, le suivi de Paris Sans Tabac montre la même évolution. Au Royaume-Uni, la vape a aussi accéléré la dénormalisation du tabagisme chez les jeunes. La très large majeure partie des adolescents qui expérimentent le vapotage, le font sans nicotine. La part qui vapotent régulièrement avec nicotine est quasi-exclusivement déjà fumeurs.

Les autorités valaisannes s'apprêtent donc à priver au niveau légal leurs adolescents d'un moyen d'éviter de fumer et, avec surréalisme, d'une série de légumes très courants tels que les patates, les tomates et les aubergines. Tout cela sur la base de mauvais conseils de lobbyistes puritains préférant conserver le vieux tabagisme, tout en prétendant l'inverse, que donner une quelconque marge de manœuvre à une approche de réduction des risques.

La transgression des ados pour sortir de la société tabagique?

On peut imaginer que l'interdiction valaisanne de légumes nicotinés aux mineurs sera de facto impossible d'application. Les interdictions contre le vapotage auront peut-être le mérite paradoxal d’exciter curiosité et envie de transgression des adolescents valaisans. Avec des lois aussi ridicules et arriérées, il y a peu de chance que les messages de santé publique ne regagnent quelconque crédibilité aux yeux des jeunes.


lundi 18 juin 2018

[Flou] Le Grand Conseil valaisan interdirait aux mineurs d'arrêter de fumer avec la vape, selon la RTS [MàJ]

On ne trouve rien de clair et précis concernant cette décision sur le site du parlement valaisan pour le moment. Mais d'après la télévision nationale RTS, le Grand Conseil valaisan a adopté jeudi dernier une interdiction de vapotage pour les mineurs. La "cigarette électronique", selon les termes de la télévision, est interdite de vente aux moins de 18 ans en Valais à partir du 1er janvier prochain. "En cas de non-respect, l'amende pourra atteindre jusqu'à 50'000 francs pour les vendeurs", prévient la RTS. Aucun détail sur la portée de cette prohibition n'est donné par l'organe de télévision. Par ailleurs, le Grand Conseil valaisan repousse l'âge légal de vente des cigarettes ainsi que de l'herbe faible en THC à 18 ans.

Add 19-06-2018 : Voici le texte de la modification de loi.
/

La notion de "cigarette électronique" n'étant qu'une appellation impropre, difficile de savoir ce que cette décision recouvre sur la base des propos de la télévision nationale. Le Tribunal Administratif Fédéral (TAF) a rappelé récemment sur le sujet que les autorités ont un devoir de clarté dans sa décision. Le flou volontairement entretenu par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) avec des termes approximatif et abstraits, tels que "cigarette-électronique", utilisés pour recouvrir un ensemble de produits distincts a été jugé un "vice de forme" et "une erreur grave" par le tribunal. Justifiant de casser la décision administrative de prohibition.

Le député PS Valentin Aymon ment et nuit

Le soucis de clarté et d'honnêteté ne semble pas animer particulièrement le socialiste Valentin Aymon, Face caméras, le parlementaire valaisan s'est permis de mentir, et de nuire potentiellement à la santé de ses concitoyens, en affirmant que le vapotage "n'est pas moins dangereux que de fumer". Valentin Aymon a ainsi implicitement encourager les 38% de jeunes romands de 15 à 24 ans fumeurs à continuer de fumer et de ne pas essayer de passer au vapotage pour éliminer le monoxyde de carbone et les goudrons. :Gerbe: 

Le niveau de tabagisme stagne chez les jeunes adultes en Suisse tandis qu'en comparaison, le tabagisme des jeunes adultes anglais a chuté de 16% à 19% depuis 2010 sous l'impact du vapotage. En France, les enquêtes de Paris Sans Tabac montrent une chute sans précédent du tabagisme des adolescents. "Le vapotage a rendu ringard la cigarette et amplifié les effets du PNRT. (...) L’évolution actuelle rend très optimiste sur l’extinction du tabagisme", estime le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et spécialiste de la question du tabagisme en France.

Dans la tranche d'âge de 15 à 17 ans, les jeunes suisses sont 15,8% à fumer selon les statistiques officielles. Un taux qui semble avoir sensiblement décroché depuis 2014 (20,7%). Le Valais serait le premier canton a interdire à ses mineurs l'accès au moyen de réduction des risques qu'est le vapotage. Affaire à suivre en espérant avoir des informations accessibles plus claires et précises que cette bouillie...



lundi 11 juin 2018

USA: le tabagisme adolescent continue de s'écrouler en 2017, tandis que le vapotage fréquent est minime selon les données de 2015

National Youth Tobacco Survey 2005 - 2017
Depuis 2011, le tabagisme adolescent a chuté de plus de moitié aux Etats-Unis. En 2017, les lycéens sont 7,6% à avoir fumé, ne serait-ce qu'une bouffée, dans les trente jours précédents l'enquête National Youth Tobacco Survey (NYTS), contre 16% six ans auparavant. Dans la même période, le vapotage, selon un critère équivalent d'usage, a pris son envol passant de moins de 2% en 2011 à 11,7% l'an passé. Mais contrairement à ce que l'hystérie médiatique contre la vaporette Juul laissait croire, ce taux est stable par rapport à 2016 (11,4%) et même nettement inférieur aux 15,8% de 2015. "Mais où sont donc passé les ados 'juulers' ?", ironise le site Vaping 360 à la lecture du rapport du Center of Disease Control (CDC) sur l'enquête NYTS. Chez les collégiens aussi, le tabagisme continue de chuter avec seulement 2,1% qui déclarent avoir fumé dans les trente jours précédents l'enquête. Tandis que le vapotage dans les trente derniers jours diminue à 3,3% en 2017, contre 4,3% en 2016. 

Présentation étrangement anxiogène

Cependant, la manière de présenter les résultats du CDC étonne. Puisque l'organisme non seulement assimile le fait de vapoter, y compris sans nicotine, à du tabagisme. Mais il prend surtout pour critère de fumer et de vapoter "couramment", la prise ne serait-ce qu'une bouffée dans les trente jours précédents l'enquête devenant ainsi, l'une ou l'autre, du tabagisme caractérisé. De plus, le CDC présente ses résultats en extrapolant les pourcentages de déclarations de son échantillon en nombres de jeunes à l'échelle nationale. Or, contrairement à ce qui est écrit dans son communiqué, le CDC n'a pas interrogé les "3,6 millions d'élève des collèges (middle school) et lycées (high school) qui déclarent être usagers courants de produits du tabac, y compris de produits de vapotage". En réalité, l'enquête porte sur un échantillon de 17'872 élèves en 2017. La sociologue canadienne Amelia Howard, de l'Université de Waterloo, a relevé cette incongruité dans une série de tweets.

1,7% de vapotage fréquent en 2015

Une présentation plus claire et honnête serait probablement moins anxiogène pour le public. Notamment sur le chapitre du vapotage, où des usages très différents sont masqués derrière le chiffre présenté de vapotage dans les trente derniers jours. Pourtant. ces données sont collectées par l'enquête NYTS. Sur celle de 2015, au moment du pic de consommation de vape annoncé par le CDC, une analyse plus détaillée des données, menée par le Dr Konstantinos Farsalinos, les Prs Riccardo Polosa et Venera Tomaselli, montre que seuls 1,1% des adolescents vapotaient au quotidien, 0,6% fréquemment (entre 20 et 30 fois dans le mois) et encore 1,1% entre 10 et 19 fois dans le mois. L'étude, en voie de publication dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM), met aussi en relief que ce vapotage fréquent est très largement le fait de fumeurs ou ex-fumeurs.

K. Farsalinos, R. Polosa, V. Tomaselli dans American Journal of Preventive Medicine juin 2018

"Un non-fumeur qui essaie une seule bouffée de vape est massivement différent d'un vapotage quotidien. L'utilisation chaque jour, peut être potentiellement un problème, une seule bouffée est probablement juste de la curiosité et mérite à peine d'être mentionnée", souligne Lee Johnson, journaliste spécialisé du domaine, dans son compte-rendu de l'analyse. Parmi les lycéens n'ayant jamais fumé, seuls 0,3% vapotaient fréquemment. "Bien que l'augmentation récente de l'utilisation du vapotage à 30 jours chez les jeunes américains suscite des préoccupations raisonnables, les données présentées ici montrent que la majorité de cette consommation de vapotage est expérimentale ou peu fréquente, alors que l'utilisation régulière est minime chez les non-fumeurs", conclue l'étude publiée dans l'AJPM.

American Journal of Prventive Medicine juin 2018

Une vérité dérangeante pour le CDC

Lee Johnson pointe le problème de catégorisation des autorités américaines. "Le choix du CDC de définir "l'utilisation courante" comme tout vapotage au cours du mois passé, en ignorant complètement la fréquence d'utilisation, a contribué à beaucoup de confusion autour du sujet. Le vapotage est souvent dépeint comme une épidémie de toxicomanie et de comportements compulsifs, mais les données montrent qu'il s'agit principalement d'une épidémie d'expérimentation - mis à part dans le groupe à qui il bénéficie: les fumeurs réguliers", avant d'insister: "La vérité dérangeante pour le CDC est que si la plupart des vapoteurs réguliers sont des fumeurs et des ex-fumeurs - et c'est le cas - la hausse du vapotage peut être une bonne chose pour les adolescents de la même manière que cela l'est pour les adultes. Le vapotage est un allié de la santé publique, que la santé publique choisisse de l'accepter ou non".

lundi 14 mai 2018

Suisse & LOL: Après neuf ans de prohibition illégale à mépriser les usagers, les élites de santé se disent "prises de court par la situation"!

Article tissé de fil blanc dans le Matin de ce matin. Après neuf ans à maintenir illégalement la prohibition contre le vapotage nicotiné et à mépriser les propositions des usagers pour réguler la question, des responsables de santé et des politiciens jouent la carte de l'affolement dans les médias. Selon eux, il faut de toute urgence assimiler le vapotage, produit sans combustion et sans tabac, au tabagisme. Tant qu'il s'agissait de laisser crever sans accès au moyen de sortir du tabagisme les plus de deux millions de fumeurs en Suisse payant pour 2,2 milliards de taxes annuelles, dont 14 millions pour les organisations anti-tabac, et quelques autres milliards en médicaments aux entreprises de la pharmaceutique, rien ne pressait. A présent il s'agit de faire bon usage de la peur et de la panique pour imposer leur loi anti-vape. La doctrine du choc est une vieille recette autoritaire éprouvée.

Il faut évidemment mettre une bonne dose de peur irrationnelle. Selon ces voix autorisées, les enfants seraient en danger. "L’usage de cigarettes électroniques augmente le risque de devenir fumeur de cigarettes traditionnelles", invente, contre les preuves des études sérieuses sur le sujet, Graziella Schaller, députée Vert'libérale vaudoise dans le journal lausannois. Par contre, j'ai pu le constater,  le buzz monté de toute pièces par le journal la Liberté et la RTS en janvier dernier a ramené sur le moment quelques adolescents dans des magasins de vape. Avertis par le reportage bidon de la TV qu'ils avaient légalement le droit d'acheter des produits de vapotage, les jeunes sont venus essayé. Dans le cas dont j'ai été témoin, bien que l'ado a précisé vouloir du vapotage sans nicotine, le vendeur a refusé, indiquant au mineur de revenir avec un de ses parents. 

Reste qu'en sortant, cet ado genevois a pu sans difficulté s'acheter un paquet de cigarettes au premier automate venu. Et inhaler monoxyde de carbone, goudrons et les plus de 5'000 toxiques dégagées par la fumée. Mais il a ainsi payé des taxes. C'est ce qui parait compter avant tout pour les responsables moins prompts à agir pour les 38% de jeunes romands fumeurs que contre leur peur que certains d'entre eux puissent y échapper à l'aide du vapotage.


mardi 8 mai 2018

[Bref] A Taïwan: le vapotage augmente, le tabagisme adolescent chute au plus bas

Le tabagisme adolescent est au plus bas à Taïwan, tandis que le vapotage progresse légèrement. La part de fumeurs chez les lycéens (15-18 ans) a chuté de 11,51% à 8,26% entre 2014 et 2017. Chez les élèves des junior high school (12-15 ans), ils sont 2,66% à fumer en 2017 contre 5% trois ans plus tôt. "Ces deux groupes ont atteints les niveaux les plus bas historiquement", précise une étude publiée dans Asia Pacific Journal of Public Health. Dans le même temps, les adolescents qui déclarent avoir vapoté au moins une fois dans le mois précédent l'enquête sont passés de 2,01% à 3,54%, constatent les chercheurs de la Taipei Medical University qui se sont appuyés sur les données de la Global Youth Tobacco Survey (GYTS)

Liquides nicotinés prohibés à la vente

La législation locale actuelle soumet les liquides de vapotage avec nicotine à la réglementation des médicaments, mais aucun produit n'a été homologué. Le vapotage nicotiné est en conséquence de fait un produit illégal à Taïwan. L'étude ne précise pas quel type de vapotage, avec ou sans nicotine, est utilisé par les personnes, jeunes ou âgés, déclarant vapoter. 

"À Taiwan, les politiques restrictives actuelles et les campagnes contre le vapotage ont pu prévenir leur prolifération, en particulier chez les adultes. L'usage du vapotage y est beaucoup plus répandu chez les jeunes que chez les adultes, dont le taux de tabagisme conventionnel est 3 à 5 fois plus élevé que chez les jeunes. Bien que la consommation de vapotage ait augmenté plus significativement chez les jeunes que chez les adultes, les données actuelles montrent peu d'indice d'une contribution à une renormalisation du tabagisme plus importante chez les jeunes", expliquent les chercheurs dirigés par le Pr Wayne Gao. Malgré ces données, ils répètent leur peur de renormalisation du tabagisme par le vapotage chez les jeunes.

Projet d'interdiction totale de l'usage de la vape

Reprenant l'appel de Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'OMS, à suivre l'exemple des dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise, une proposition d'interdiction totale de la production, de la distribution, de la vente et de l'usage du vapotage à Taïwan a été faite au Législatif Yuan en décembre dernier. 

Malgré cette orientation anti-vape, la délégation taïwanaise avait été exfiltrée discrêtement du Sommet 'Tabac ou santé' au Cap (Afrique du Sud) organisé par l'affairiste milliardaire anti-réduction des risques Michael Bloomberg pour ne pas gêner ses discussions business avec la Chine à cette occasion, les deux pays étant passablement brouillés.

Appel à la répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage par l'OMS


dimanche 10 septembre 2017

L'étrange histoire de "vente d'e-shisha à une enfant" de l'Aargauer Zeitung

Une étrange histoire. Ou peut-être, plutôt une histoire étrangement rapportée par l'Aargauer Zeitung dans son édition de vendredi. Selon le journal d'Aarau, une maman dénonce la vente d'une "e-shisha" à sa fille de 11 ans par un kiosque. Sennur Sümer, la mère en question, pose avec l'objet du délit en main. Cependant, elle ne révèle pas le nom du vendeur indélicat et peu professionnel. Et visiblement, Andrea Weibel, la journaliste de l'Aargauer Zeitung, n'a pas estimé nécessaire de vérifier cela, ni de contacter ce présumé vendeur pour avoir sa version des faits. Combien de sources faut-il pour considérer une information comme confirmée en journalisme? Une seule me parait une réponse douteuse...

Etrange refus de recourir aux autorités

Encore plus étrange, la maman, présentée comme médiatrice sociale, ne veut pas porter réclamation au Service de la consommation alors que le chimiste cantonal argovien lui indique cette voie à suivre. "Les e-cigarettes sont considérées comme des produits de consommation, c'est le Service de la protection des consommateur qui est responsable. En cas de plainte, nous ouvririons un dossier", explique Claudius Gemperle, le Chimiste cantonal adjoint. Celui-ci précise que la mention interdit aux moins de 18 ans sur l'emballage suffit comme base légale pour en interdire la vente aux mineurs et poursuivre le cas échéant.

Sennur Sümer ne semble pas vouloir que ce mystérieux tenant de kiosque arrête de vendre des "e-shisha" aux enfants. Ce qu'elle veut est que "le public s'alerte du problème", dit-elle. Ici, peut-être faut-il préciser quelque chose que l'Aargauer Zeitung laisse dans l'ombre dans son article. Sennur Sümer est une cadre du Parti Socialiste local, dont elle a été candidate aux dernières élections à Bremgarten. Il n'y a rien de mal à ça, mais cela donne tout de même une autre coloration à sa volonté d'alerter le public et de réclamer que le vapotage soit assimilé au tabagisme dans la loi. Et ceci bien que le chimiste cantonal lui ait fait valoir qu'elle peut déjà légalement poursuivre ce vendeur mystère.

L'appel à la peur

Joliment écrit, le storytelling poursuit en donnant la parole à la Ligue Pulmonaire. L'organisation qui se réjouissait officiellement l'an dernier que le vapotage serait stagnant en Suisse selon les statistiques officielles. Phénomène synonyme de maintien du tabagisme et bonne occasion pour la Ligue Pulmonaire de rappeler que les pharmaceutiques, qui la sponsorisent, ont toute une gamme très étendue de médicaments à vendre pour les fumeurs. Dans l'Aargauer Zeitung, elle récidive dans son appel à la répression de l'outil de réduction des méfaits.

Pour la Ligue Pulmonaire, il s'agit, entre autres mesures, d'interdire la vente de produits de vape aux mineurs, prétendant que ces produits sans combustion, vendus en Suisse sans nicotine ni tabac, "causent une dépendance et/ou facilitent l'entrée dans le tabagisme". De manière remarquable, ni la Ligue, ni le journal, ni la maman socialiste Sennur Sümer, ne semblent préoccupés dans cet article du tabagisme réel, avec de vraies cigarettes fumées, qui touche les adolescents suisses. A aucun moment, une réflexion sur une prévention intégrant un outil de réduction des méfaits pour les adolescents n'est esquissée. Le seul et unique angle reste l'appel au sentiment de peur un peu névrotique des parents devant un "danger" présenté comme "inconnu" (ça fait peur l'inconnu, hein!).

Prévention primaire autogérée

Pourtant, ce que l'on sait de manière claire, mais dont aucun protagoniste de l'article ne parle, c'est que les pays où le vapotage s'est développé ont vu leur tabagisme adolescent dégringolé. Aux Etats-Unis, les Etats où les produits de vape étaient en accès aux mineurs avant 2014 ont accéléré par 1,7 la chute du tabagisme de leurs jeunes par rapport aux Etats prohibitionnistes (depuis, les USA ont interdit la vente à tous les mineurs). 

Que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou dans la région parisienne, les suivis montrent qu'une part importante - de 10% à 20% selon l'âge - d'adolescents essaient le vapotage, mais peu - moins de 3%  des britanniques à 16 ans par exemple -, l'utilisent de manière régulière ensuite. Encore moins de non-fumeurs, moins de 0,3%, l'adoptent régulièrement, et une très faible partie d'entre eux échouent malheureusement dans le tabagisme. En essayant le vapotage, pour plus des 3/4 d'entre eux sans nicotine, ils évitent pour une très grande part d'essayer de fumer. Si cela était inventé par un ponte de santé publique, on crierait au génie d'une mesure de prévention primaire. Mais comme ce sont les ados eux-même qui l'ont créé, alors les bureaucrates adultes décident que c'est mal.

Courte-vue

Peut-être la fille de Sennur Sümer a t-elle vraiment acheté une "e-shisha" à un kiosque d'Aarau. Ou pas... Les fils blancs du storytelling délivrée par l'Aargauer Zeitung m'en font douter... Quoiqu'il en soit, ce dont on ne peut douter, c'est la nature régressive de prendre le point de vue étroit d'une mère contrôlante pour guide de stratégie de santé publique. A ce titre, l'article de l'Aargauer Zeitung rate non seulement les bases journalistiques de la vérification d'une information, mais aussi surtout d'aider ses lecteurs à élever le niveau de compréhension de la problématique. La principale information en creux de cet article est de voir l'inquiétante mobilisation de militants politiques et associatifs pour protéger le tabagisme face à un concurrent en mesure de bouleverser la donne contre la principale source de maladies évitables actuelles en Suisse.



jeudi 23 février 2017

Accusée de tromperie scientifique, la revue Tobacco Control promulgue l'interdiction de la critique [+ P.S.]

Parfois le réel surpasse le parodique. "L'équipe éditoriale de la revue Tobacco Control a désormais établit pour politique de ne plus répondre aux messages externes de blogs ou de réseaux sociaux sur des études spécifiques [qu'elle publie]", annonce l'éditorial de la revue Tobacco Control de ce 20 février. Aux yeux des éditeurs de la revue anti-tabac du British Medical Journal (BMJ): "Les articles de blog ou les messages sur les réseaux sociaux critiquant une étude, alléguant de défauts du processus d'examen, ou faisant des attaques ad hominem sur les auteurs ou éditeurs ne font pas avancer le domaine ni ne permettent un dialogue et un débat scientifique approprié". En clair, les éditeurs refusent de débattre avec des critiques extérieurs à leur revue. Une manière à peine voilée pour le trimestriel, déjà considéré comme une référence dans le domaine, de s'auto-proclamer organe unique d'expression autorisée sur le sujet et ainsi cadenasser le débat.

Les six signataires, dont la rédactrice-en-chef californienne Pr Ruth Malone, de cet éditorial intitulé "Blog fog?" - Brouillard de blog? - ne précisent pas ce qui a déclenché cette décision. "Mais je pense qu'il est clair que ce qui a contrarié le journal a été la critique par plusieurs auteurs - dont moi-même - d'un article concluant que le vapotage est une passerelle vers le tabagisme sur la base de 4 jeunes non-fumeurs qui ont expérimenté le vapotage puis essayé de fumer une ou deux cigarettes", explique sur son blog le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston.

Trumperie de la post-science US

Le déclencheur du courroux des responsables de Tobacco Control serait donc les critiques à l'encontre de l'article "E-cigarette use as a predictor of cigarette smoking" signé par le Dr Richard Miech, de l'Université du Michigan. Cet article prétend avoir "prouvé" que "le vapotage est une passerelle à sens unique vers le tabagisme des jeunes". Objet central de cette "preuve": 4 jeunes.  Ils sont les 4 seuls a avoir essayé la vape puis le tabac parmi l'échantillon de 347 élèves du secondaire utilisé par l'étude. Aucun de ces 4 jeunes n'est devenu fumeur de 2014 à 2015, années durant lesquelles s'est déroulée l'enquête Monitoring the future, servant de base de données à l'article, qui a interrogé plus de 13'000 élèves en 12ème année de cycle (17-18 ans). 

La cachotterie est que l'article ne mentionne pas que sa soi-disant preuve ne repose que sur 4 élèves, qui n'ont fait qu'expérimenter le vapotage puis seulement essayé de fumer une ou deux cigarettes entre 2014 et 2015. C'est ce qu'a mis en évidence le Pr Siegel, dans un article sur son blog, en reprenant les données ayant servies à l'article. "Ce document a violé l'aspect peut-être le plus important de la publication d'un rapport scientifique, révéler la taille de l'échantillon sur laquelle est basée sa principale conclusion", souligne le professeur de santé publique de Boston, cité en français dans le Vaping Post.

Aucune justification à ce titre grossièrement trompeur

Outre le Pr Siegel, d'autres chercheurs renommés du domaine ont critiqué l'article publié dans Tobacco Control. Notamment sur le blog du Science Media Centre. "Ces résultats n'apportent aucune justification au titre grossièrement trompeur d'une "passerelle à sens unique". Il y a actuellement des preuves solides que ceci est faux et que l'effet de l'expérimentation du vapotage va dans le sens contraire, vers une réduction du tabagisme", avait réagit le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabagisme à l'Université Queen Mary de Londres.

De son côté la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, relève que "rien dans l'article ne suggère que ces jeunes sont devenu fumeurs. (...) Certains des plus importants facteurs pour cette question, tels que la susceptibilité au tabagisme, le milieu familial ou le cercle d'amis, sont simplement ignorés par l'étude". Aux yeux de la chercheuse du Cancer Research UK, "le plus grave problème de cet article est qu'il reste totalement silencieux sur le contexte". A savoir notamment l'effondrement du tabagisme adolescent américain depuis l'essor du vapotage en 2011.

L'accélération de la chute du tabagisme ado depuis 2011

Avec la popularisation de la vape, la chute du tabagisme chez les adolescents américains s'est accélérée. Comme le montre le graphique établi par Clive Bates à partir des données de l'enquête Monitoring the future. De 15,8% à fumer en 2011, ils ne sont plus que 9,3% à s'adonner au tabagisme en 2015 aux USA, selon le Center for disease control (CDC). Le taux le plus bas jamais enregistré par les statistiques américaines.

Cette corrélation trouve une sérieuse piste d'explication à travers la comparaison entre Etats répressifs et Etats qui autorisaient l'accès au vapotage aux jeunes. La Pr Abigael Friedman, de Yale, a comparé les évolutions du tabagisme adolescent avant 2014. Les Etats permissifs ont alors connu une chute 1,7 fois plus rapide du tabagisme de leurs ados que les Etats répressifs, expliquait son article pour le Journal of health economics dont nous avions parlé à sa publication. 

En mars 2016, une autre étude menée par le Dr Michael Pesko, de l'Université de Cornell de New-York, a également montré que "les restrictions de vente de produits de vapotage selon l'âge sont associés à une augmentation de la consommation des cigarettes [de tabac fumées] chez les adolescents". A partir des données entre 2007 et 2013 du Youth risk behavior surveillance system (YRBSS) sur la consommation de tabac des adolescents étasuniens, l'étude "a constaté une hausse de 11,7% d'utilisation régulière de cigarettes dans les Etats après qu'ils aient imposé des limites d'âge pour l'achat de produits de vape", souligne le communiqué de presse de l'Université de Cornell.

Le vapotage sans nicotine pour éviter d'entrer dans le tabagisme ?

Les données sur les usages du vapotage chez les jeunes américains éclairent peut-être les dynamiques à l'oeuvre. Plus de 80% des jeunes utilisateurs réguliers ou occasionnels vapotent sans nicotine, selon les données de Monitoring the future. Une manière d'expérimenter l'usage sans prendre le risque de devenir dépendant ? Que ce soit conscient ou non de leur part, le phénomène est impressionnant. 

Au Royaume-Uni, la Pr Fiona Measham, du département des sciences sociales de l'Université de Durham, s'est intéressée à la manière dont les adolescents approchent le vapotage. Les jeunes ne voient pas la vape comme une forme de tabagisme explique t-elle au Guardian. C'est une autre et nouvelle pratique dans leur environnement symbolique, qui n'ouvre pas la voie à une logique linéaire de normalisation d'un tabagisme ultérieur. Son étude montre notamment que le "cloud & trick", pratiqué généralement sans nicotine, casse les codes et les liens avec la cigarette dans une sorte de "vortex culture".


Du côté de la petite part de jeunes américains qui vapotent avec nicotine, ils sont quasiment tous fumeurs ou ex-fumeurs déjà en prise avec la problématique d'arrêter ou de réduire un tabagisme qu'ils ont bien souvent débuté 5, 6 voire 7 ans auparavant. Comme le montraient des témoignages recueillis par le quotidien de St. Louis dans le Missouri et qui frappent aussi de (très) jeunes femmes enceintes, comme l'a rapporté le Vaping Post.

L'absence d'entrée significative dans le tabagisme par le vapotage a été corroborée par l'étude de l'organisation anti-tabac Truth Initiative à partir des données du National youth tobacco survey (NYTS). Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada) conclut également à l'absence de ce mythique effet passerelle, tout comme l'avaient fait auparavant les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of physicians.

Construction d'une déviance ?

Un point troublant dans cette controverse est que la vente aux mineurs de produits de vapotage est désormais interdite sur tout le territoire US. L'alarmisme des tenants de la doctrine de la passerelle est, en plus d'être sans fondement réel, sans objet apparent. Les autorités de la Food and drug administration (FDA) ont déjà tranché en faveur de leur approche répressive

Alors que veulent vraiment les anti-vape avec ces "démonstrations" douteuses ? Mon hypothèse serait qu'ils cherchent à créer un halo de criminalisation du vapotage pour justifier de budgets prétextant de combattre le diable qu'ils sont en train de peindre sur la muraille. En somme, ce que le courant interactionniste en sociologie a appelé la construction sociale d'une déviance, à la suite d'Outsiders d'Howard Becker.

Car au-delà de la question de la manipulation des chiffres, l'utilisation même du concept "d'effet passerelle" est hautement problématique. Le terme a été inventé par Denise Kandel, une sociologue, pour soutenir la "guerre aux drogues" (re)lancée par Richard Nixon en 1971. A la fin des années 1960', suite à la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont en proie à la fois à une vague de contestation et une explosion de l'usage d'héroïne chez les vétérans. Ceux-ci ont massivement utilisé la substance facile d'accès au Vietnam pour lever l'angoisse de leur situation sur le champ de bataille.

Ravalement de passerelle

S'inspirant d'un préjugé puritain des années 1920, Denise Kandel construit alors la thèse selon laquelle le cannabis est une "passerelle" vers la toxicomanie à l'héroïne. Arme idéologique magique: elle permet au gouvernement d'effacer sa responsabilité envers les dépendants. Et elle donne un prétexte sur un plateau à la répression des milieux opposants de la contre-culture et des droits civiques, le véritable but politique selon John Erlichman conseiller de Nixon à l'époque. Quelques écoutes téléphoniques plus tard, des millions d'incarcérés et de morts d'une guerre aux drogues à l'échec consommé, le fumeux concept n'est aujourd'hui plus en vogue pour criminaliser le cannabis.

Mais la guerre au vapotage donne une nouvelle jeunesse à la théorie de la passerelle. L'idée de faire porter la responsabilité du tabagisme à la vape fait son chemin. On assiste à un tir de barrage pour persuader l'opinion publique que la vape produit du tabagisme chez les adolescents. En dépit de ce que montrent les données quantitatives et les recherches qualitatives.

La tentation Lyssenko

C'est dans ce contexte que prend place cet éditorial de Tobacco Control pour annoncer officiellement son changement de politique, suites aux critiques de son article assurant avoir prouvé la théorie de la passerelle à sens unique, en cachant qu'il ne repose que sur 4 jeunes n'étant pas devenu fumeurs. Ce n'est pourtant pas la première controverse sur un article de la revue. Généralement (toujours?), ses responsables ne daignent ni réagir ni débattre des critiques. L'effet d'annonce de l'édito a d'ailleurs surtout suscité des moqueries. "Cette déclaration est tout simplement l'équivalent à mettre ses doigts dans les oreilles et dire "Nananère. Je ne t'entends plus"", ironise sur son blog Carl Philipps, chercheur en réduction des risques. Avant de railler les rédacteurs de Tobacco Control: "Et peu leur importe de n'avoir jamais répondu auparavant".

Mais alors de quoi cet édito est-il le symptôme ? Doit-on y voir le signe de l'importance capitale du mythe de la passerelle contre le vapotage pour les tenants de Tobacco Control ? Et ceci en dépit des faiblesses théoriques, l'inadéquation avec les données statistiques, le contre-sens humain et la misère épistémique de ce concept ? En officialisant ainsi sa rupture avec le principe fondamental à la science de la liberté d'expression, source de débat et d'argumentation, la revue Tobacco Control montre une tentation de franchir une ligne inquiétante. Celle qui sépare la société ouverte des régimes fermés dogmatiques. L'enjeu a donc plusieurs dimensions. Au delà de la défense du dogme de la passerelle, il y a aussi celui de savoir si le domaine est en mesure de se donner les moyens d'être rationnel ou s'il sombre dans un simple moralisme régressif nourrit de fantasmes post-factuels.

Malgré la volonté de Tobacco Control, le débat est loin d'être clos...

Post-Scriptum (24-02-2017 à 15H): Bémol à ma lecture des événements 
Carl Philipps me fait remarquer qu'il lui parait impossible que les éditeurs aient pu réfléchir, rédiger et mettre en page (tout ça...) leur éditorial dans le délai de deux semaines entre la publication des critiques à propos de l'article sur la passerelle et la parution de l'édito.
Coupable de "biais du bloggueur" (qui publie avec peu de contraintes), je dois avouer que je n'ai simplement pas pensé à cet aspect de timing. Cela invaliderait l'interprétation de cet édito comme une réaction spécifique suite aux critiques de l'article pour la théorie du vapotage passerelle vers le tabagisme. L'objection parait sensée et plausible, même si on ne peut pas en être certain sans clarification des rédacteurs de Tobacco Control (mais qui ne me répondront évidemment pas).
Le titre de l'édito "Blog fog" est tout de même troublant par sa connotation sous-entendant fortement viser la communauté du vapotage et des défenseurs des approches ouvertes à la réduction des risques...

jeudi 29 octobre 2015

La mise au ban de l'e-cigarette favorise le tabagisme adolescent

Pour la première fois depuis l'émergence de la vape, une étude s'est penchée sur l'impact concret de son accès aux adolescents sur leur tabagisme. Et ses conclusions, présentées dans un manuscript intitulé "How does Electronic Cigarette Access affect Adolescent Smoking?", sont inattendues. «Les résultats de cette étude montrent, qu'avant 2014, l'interdiction de l'accès à l'e-cigarette a fait augmenté le taux du tabagisme adolescent», souligne la Pr Abigail Friedman dans un article paru dans le Journal of Health Economics. L'enseignante du département de santé publique de l'université de Yale a comparé l'évolution des taux de tabagisme chez les adolescents étasuniens selon la réglementation des États où ils vivent.

Les Etats américains laissant libre la vente d'ecigs aux ados (12-17 ans) ont vu leur taux de tabagisme baisser plus rapidement que ceux qui l'interdisent. Sur deux ans, dans les États répressifs le tabagisme adolescent a baissé de 1,3 points, alors qu'il a baissé de 2,4 points dans les États autorisant l'accès au vapotage aux jeunes. Cet écart de 0,9 points représente une baisse de 70% plus forte du tabagisme adolescent dans les Etats leur autorisant l'achat d'ecig. Il est à noter que ces Etats ont en moyenne un tabagisme plus élevé de longue date que les Etats qui ont adopté l'interdiction de la vape aux mineurs. Cet article est le premier à montrer sur une base empirique une évidence causale entre l'accès à la vape et la réduction du tabagisme des ados.

Ouverture de la chasse à la vape

Selon les données utilisées du National Survey on Drug Use and Health (NSDUH), entre 2002-03 et 2012-13, le tabagisme récent (jeunes déclarant avoir fumer le mois précédent l'enquête) des 12-17 ans est passé de 13,5% à 6,7%. Tandis que celui des 18-25 ans a chuté de 42,1% à 32,8%. La vape est apparue sur le marché au milieu de cette période, en 2007, mais avec des blocages d'importation jusqu'en 2010. De 2010 à 2012, son volume de vente en général a quadruplé. 

Le New Jersey a initié l'interdiction de vente de produits de vapotage aux mineurs le 13 mars 2010. D'autres Etats ont suivis au cours des années suivantes. Au 1er janvier 2014, borne prise par l'étude, 24 états interdisaient la vente d'ecig aux mineurs. Seize autres ont prononcé la mise au ban au cours de l'année 2014. Au 1er janvier 2015, seuls 10 Etats, plus le district de Columbia, n’exercent aucune interdiction de vente. 

Black box

La méthode de régression statistique employée se présente comme très robuste, avec deux tests de falsification et un test dit placebo. D'autres facteurs, pouvant jouer un rôle dans l'évolution du tabagisme adolescent (notamment les taxes sur les cigarettes, lois sur les espaces sans fumée, légalisation de la marijuana médicale, caractéristiques démographiques, taux de tabagisme des 18-25 ans), ont été pondérés dans l'évaluation. 

L'étude a des limites, soulignées par l'auteure. La principale se trouve dans les données utilisées du NSDUH qui, d'une part, ne portent que sur une période de deux ans. D'autre part, elles ne prennent pas en compte la fréquence d'usage réel de la vape. Notamment les distinctions entre différents usages réguliers et expérimentation. Des études futures pourraient dépasser ce problème avec des données de meilleures qualités et plus étendues. Si les autorités de statistiques étasuniennes en matière de santé publique se décident à pallier à leurs défauts méthodologiques ahurissants sur la vape.

"Il est cependant assez plausible que l'usage de l'e-cigarette puisse réduire le taux de tabagisme. Tant que les cigarettes électroniques représentent une alternative plus attractive aux cigarettes de tabac, elles pourraient détourner les jeunes du tabagisme en les amenant à vaper", observe le Pr Michael Siegel dans un commentaire à propos de cette étude sur son blog.

Une autre limite est inhérente à la jeunesse du marché encore instable. Abigail Friedman remarque notamment que les ados pourraient réagir aux rumeurs et controverses dans les médias, ainsi qu'à la pub des cigarettiers. «Cette analyse ne mesure pas l'usage des cigarettes électroniques, et ne peut pas se prononcer sur les évolutions de comportements et les effets à long terme. Ce qui limite sa considération en terme de coûts et bénéfices de l'accès aux e-cigarettes dans son impact sur le tabagisme», synthétise la chercheuse.

Mettre en question des interdictions délétères

L'apport principal de cette étude est la mise en évidence que l'accès de la vape aux ados accélère la baisse du tabagisme de ceux-ci. Alors que son interdiction favorise de fait l'initiation tabagique des 12-17 ans. «Jusque-là, le débat sur la e-cigarette n'a pas discuté de la hausse du tabagisme des jeunes en réponse à l'interdiction de la vape», précise la Pr Friedman. Cette conséquence mise en lumière par l'étude appelle «à remettre en cause ces interdictions», selon l'article à paraître. 

«Comme les premier pics de tabagisme régulier se trouvent à 16 ans (d'après l'étude de Lillad, Molloy et Sfekas de 2013), ces résultats suggèrent que l'interdiction de vente d'e-cigarette aux moins de 16 ans pourrait être préférable à une interdiction aux moins de 18 ans, en termes d'effet sur le tabagisme adolescent», propose son auteure.



[Au moment où nous écrivons, le fuitage d'un possible projet de réglementation ultra-stricte de la Food and Drug Administration (FDA) a été mis en ligne et suscite des remous. Le site vape.li donne quelques précisions en français]

mardi 15 septembre 2015

#NZZ : la passerelle vers la bêtise [MàJ]

Avez-vous déjà bu ne serait-ce qu'une gorgée de bière ? Si vous répondez oui, alors la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) risque de vous déclarer alcoolique. Mais si en plus, vous avez déjà auparavant bu du soda, alors le quotidien zurichois pourrait bien aussi demander l'interdiction des sodas aux mineurs en raison de « l'effet passerelle » vers l'alcool de ceux-ci. Du moins, c'est ce que s'est permis de faire à propos de la vape, au lobbying moins stressant que Coca, la NZZ sous la plume de Stephanie Lahrtz dans son édition du 12 septembre dernier. En effet, celle-ci écrit la « e-cigarette est une passerelle vers le tabagisme des adolescents », « (...) des études montrent qu'ils sont nombreux a commencer ainsi une carrière tabagique ». 

Une innombrable foule de six jeunes 

Quelles études ? La NZZ se base sur deux études récemment publiées dans le même Journal of the American Medical Association (JAMA). La première a été menée à Los Angeles sous la direction du Pr Adam Leventhal. 2500 écoliers de 14 ans ont été interrogé sur leurs rapports à la vape et au tabac à un an d'écart. Le journal suisse relate « qu'après un an, un quart des consommateurs de e-cigarette à l'origine se sont mis à fumer, mais seulement un sur dix des ex-non-fumeurs ». Pour la journaliste suisse-allemande, ce constat est confirmé par la publication de la seconde étude menée à Pittsburgh par le Pr Brian Primack. Celle-ci montrerait « que 37,5% des consommateurs de e-cigarettes sont devenus fumeurs, contre moins de 10% des anciens non-fumeurs ». 

La journaliste remarque tout de même que la cohorte de départ ne présente que 16 utilisateurs de e-cigarettes sur les 700 jeunes de 16 à 26 ans interrogés. « Néanmoins, les résultats sont statistiquement significatifs », conclut-elle sans autre forme de procès. 37,5 % de 16 jeunes, cela fait 6 concernés sur 700. De quoi faire un buzz : « de nombreux jeunes commencent une carrière tabagique ». Six, nombreux... le zürcherdeutsch a ses mesures que la raison ignore. 

Ce que cache la NZZ à ses lecteurs 

Mais le principal est occulté dans l'article de Stephanie Lahrtz. Les deux études ont les mêmes problèmes méthodologiques. Non seulement le nombre de jeunes touchés par le « fléau » n'est pas suffisant pour être sérieusement qualifié de « statistiquement significatif ». Mais surtout les questions posées par les chercheurs ne permettent pas de catégoriser les jeunes comme elle le fait.

mercredi 12 août 2015

Essayer la vape, ce n'est pas forcément l'adopter

Dans le numéro d'Août 2015 de Nicotine & Tobacco Research, les Pr. Linda Bauld, Anne Marie MacKintosh, Allison Ford et Ann McNeill publient une revue d'études sur les usages de la vape chez les jeunes britanniques. En analysant les publications scientifiques internationales sur la question (24 enquêtes recensées), elles ont constaté que la plupart ne distinguent jamais l'expérimentation de la vape de son usage régulier par les adolescents. Seules des études britanniques, dont quatre conduites sur douze mois entre 2013 et 2014, font cette distinction pour les jeunes fumeurs et non-fumeurs.

Ce graphique présente les données des quatre études.


De 8 %, en Grande-Bretagne, à 12 %, au Royaume-Uni, des jeunes britanniques ont essayé la vape. Les auteures remarquent qu'aucune étude (ni les 20 autres études recensées) n'a pensé à demander si les jeunes utilisent des liquides avec ou sans nicotine. Ce qui a plus que son importance dans la perspective d'une éventuelle addiction par la vape, à laquelle croient les tenants de la théorie de la passerelle.