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jeudi 15 octobre 2020

A Zurich, 0,06% des adolescents vapotent quotidiennement, la NZZ hurle à la catastrophe

Hier, la NZZ a titré « le boom de la nicotine dans les écoles à Zurich ». L’article repose sur une étude, publiée en juillet dans Pediatric Pulmonology, de qualité si médiocre que j’avais abandonné le projet d’en parler. Mais même de faible qualité, l’enquête LuftiBus in the school (LUIS), menée de 2013 à 2016 dans 37 écoles du canton de Zurich, ne livre pas du tout des données validant le message de la NZZ. Cependant, il faut farfouiller dans les données complémentaires de la publication pour en savoir un peu plus que l’attrape clic mis en avant par les auteurs et la NZZ.

L’enquête n’a pas discriminé vapotage avec ou sans nicotine

L’enquête a interrogé 3488 écoliers, dont 1905 de 6 et 12 ans et 1583 de 13 à 17 ans. Le questionnaire a notamment demandé aux adolescents s’ils ont au moins une fois dans leur vie « fumé une e-cigarette ou une e-chicha (avec ou sans nicotine) ». Outre le terme ambigu de « fumer » (geraucht), la question vise l’expérimentation et, surtout, le contenu de la parenthèse est important. Sa précision interdit de conclure que les réponses correspondent à une consommation de nicotine comme le titre la NZZ. 
Quiconque a contact avec des adolescents sait qu’une part importante expérimente le vapotage par curiosité, pour donner le change face à leurs amis, ou par inclinaison à tester l’interdit. L’extrême majorité le fait ponctuellement et sans nicotine. Amalgamer cette expérimentation du vapotage à une consommation dépendante de nicotine est au mieux une erreur stupide, ou un mensonge malveillant. C’est pourtant ce qu’a fait la NZZ, une vieille habitude chez eux.

Un seul jeune déclare vapoter au quotidien dans toute l’enquête

Malgré la publication très partielle des données, on peut trouver deux éléments plus éclairants dans l’étude, et ses données complémentaires (en particulier l’E-Table 3), pour déchiffrer ce qui se passe réellement. Le premier concerne l’usage fréquent. Parmi les 1583 adolescents de 13 à 17 ans sondés, il y a 10 jeunes qui vapotent au moins une fois par semaine, soit 0,69 % des 13 à 17 ans. Et parmi eux, un seul déclare vapoter quotidiennement, soit 0,06 % des 13 à 17 ans. (Précisons, il n’y en a aucun chez les moins de 13 ans) 

L’enquête a malheureusement un panel extrêmement réduit du groupe d’âge de 17 ans. Ce qui a obligé les chercheurs à regrouper les 93 adolescents de 16 et 17 ans pour avoir un chiffre statistique. Un nombre qui ne permet pas de conclusions solides. Il y a là un gros problème de conception de la recherche. 

Avec la prudence qui s’impose, les données sur les 16-17 ans montrent :
  • 25 % ont essayé la cigarette, 14 % fument occasionnellement et 15 % fument quotidiennement ;
  • 35 % ont essayé la vape, 8 % vapotent occasionnellement et 0 % vapotent au quotidien (Note : le seul vapoteur au quotidien de toute l’enquête était âgé de 15 ans).
Il est surprenant que les chercheurs et la NZZ sonnent l’alarme sur le vapotage, sans savoir s’il  contient ou non de la nicotine, et alors que son usage quotidien est quasi nul. Tandis qu’ils ne semblent pas très inquiets des 29 % de 16-17 ans qui fument. Qui fument de « vraies » cigarettes, avec le monoxyde carbone et les goudrons. Et dont 69 % des jeunes qui en essaient une deviennent consommateurs à long terme. Allô ?!

Le discours de la passerelle, mais des indices de détournement

Pourtant, l’essentiel du papier publié par les chercheurs et le message repris par la NZZ est consacré à la terrible menace du vapotage et en particulier d’un présumé effet passerelle vers le tabagisme adolescent. Le problème à la lecture du papier, c’est que la très longue et laborieuse litanie des auteurs sur ce soi-disant effet passerelle n’est pas illustrée par leurs propres données. 

En premier lieu, leur étude n’est pas un suivi longitudinal des élèves. Mais plus que cela, on peut voir que 41 % des 15-17 ans qui ont expérimenté le vapotage n’ont jamais essayé de fumer une cigarette. Cela représente 16 % de l’ensemble des 15 à 17 ans de l’enquête. Ce n’est pas conclusif, mais c’est un sacré indice pour prospecter sur un possible effet de détournement de la cigarette grâce au vapotage chez les adolescents. A l’opposé de l’idéologie préétablie à laquelle s’accrochent les auteurs et la NZZ.

Presque failli être intéressant

La recherche est médiocrement conçue et l’interprétation inepte. Point qui aurait pu être positif, les auteurs ont tenté d’évaluer le facteur du tabagisme parental (mais pas celui des amis). Un facteur de risque ignoré par les études américaines, référencées sans avoir été correctement lues par les auteurs zurichois, qui prétendent montrer l’effet passerelle du vapotage vers le tabagisme. 

On peut voir que le tabagisme fréquent du père ou de la mère augmente significativement la proportion de fumeurs ou vapoteurs occasionnels ou fréquents chez les adolescents zurichois. Mais les auteurs n’ont pas présenté les données de manière claire en distinguant les différentes catégories de consommation des adolescents, ce qui rend la donnée peu utile.

Par pitié, les jeunes : éduquez vos pédiatres !

Dans l’ensemble, le travail n’a pas pris conscience des différences de signification entre les usages. La vape occasionnelle notamment n’est pas comprise comme une possible manière d’éviter la cigarette. L’a priori de l’interprétation et de la présentation des données sont pris dans un cadre hermétique de 'tout est tabagisme', sans aucune intelligence des pratiques. La lecture du travail est assez déprimante sur l’incapacité de professionnels de santé à comprendre leurs patients adolescents.  

Une seconde partie du travail présenté analyse les ratios de risques de maladies respiratoires en fonction des données sur les consommations de cigarettes, vape et chicha. Mais comme cette première partie n’est pas maitrisée, la seconde est assez inintéressante à discuter. Elle amalgame de manière infondée les quelques vapoteurs aux statistiques concernant les fumeurs. 


jeudi 14 mai 2020

Analyse du tabagisme adolescent américain sur 20 ans: la vape détourne des jeunes de la cigarette

Une nouvelle analyse, parue dans la revue Addiction le 25 avril, montre que l’apparition du vapotage aux États-Unis a favorisé la chute du tabagisme adolescent. Entre 1999 et 2018, le taux de tabagisme établi des 12 à 17 ans américains est passé de 12 % à moins de 1 %. L’apparition du vapotage autour de 2009 a accéléré la chute du tabagisme adolescent, un phénomène qui écarte la possibilité d’un effet de passerelle du vapotage vers le tabagisme. Mais la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, de l’institut Sandord Research, vont plus loin en ayant calculé la courbe contre-factuelle de l’évolution du tabagisme adolescent si la vape n’était pas apparue. Leur analyse montre que, sans la vape, autour de 2,5 % des adolescents américains de plus seraient fumeurs établis.

L’usage établi comme critère d’inclusion

Les deux chercheurs universitaires se sont appuyées sur les données de 1999 à 2018 de l’enquête annuelle nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), qui ont interrogé de 12 500 à 31 000 jeunes de 12 à 17 ans chaque année. Ils ont pris en compte les jeunes qui avaient fumé au moins 100 cigarettes ou vapoté au moins 100 jours dans leur vie. Ce choix de critère « est motivé par le fait que l’usage établi, plutôt que l’initiation ou expérimentation ponctuelle, est pertinent pour les risques sanitaires au niveau de la population », expliquent les auteurs. 

Ils se démarquent ainsi des études prenant en compte toute utilisation, même d’une seule taffe. Prendre en compte l’exposition cumulative à vie a aussi permis aux chercheuses de contourner une erreur du questionnaire aux adolescents concernant leur expérimentation du vapotage, qui n’a été corrigée qu’en 2014.

L’écroulement du tabagisme adolescent

À partir de ces données, la Dre Arielle Selya et Floe Foxon ont analysé les taux de fumeurs, vapoteurs et double-usagers (à la fois fumeurs et vapoteurs) au fil des années depuis 1999. Traçant ainsi leurs évolutions à travers une courbe tendancielle. Le tabagisme établi a fortement diminué chez les adolescents américains au cours des deux décennies. L’apparition du vapotage autour de 2009 a progressé au fil du temps, ainsi que le double-usage cigarettes et vape.


Le détournement de la cigarette par le vapotage est en soi un bénéfice de santé publique, par la diminution du risque individuel estimée à au moins 95 % par le Royal College of Physicians britannique et le Public Health England. Les auteurs soulignent également qu’en additionnant les différentes consommations établies, le total des consommateurs de nicotine a continué de baisser après l’arrivée du vapotage. « L’introduction du vapotage n’apparaît pas avoir provoqué de changement de tendance de la prévalence totale des consommateurs de nicotine », soulignent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.
« L’examen de la consommation de nicotine des adolescents montre que l’apparition du vapotage ne semble pas avoir augmenté la prévalence totale des adolescents consommateurs de nicotine, ni servi de passerelle vers la consommation de cigarettes. En fait, les résultats sont plus cohérents avec un effet de détournement des adolescents de la consommation de cigarettes par le vapotage », résument les deux chercheuses. 

Que ce serait-il passé sans la vape ?

Leur analyse contre-factuelle montre que, si la vape n’était pas apparue, de 0,5 % à 4,5 % de l’ensemble des 12 à 17 ans américains supplémentaires seraient devenus fumeurs établis par rapport au taux de fumeurs, y compris les doubles-usagers, dans la situation actuelle avec la vape. 


Une initiation au vapotage près de deux ans après celle du tabagisme

Les chercheurs ont également analysé les évolutions de l’âge d’initiation des différents usages. « Des études antérieures ont montré qu’une initiation plus jeune est un facteur de risque de consommation ultérieure de nicotine », précisent-ils. Depuis l’apparition du vapotage, l’âge d’initiation aux cigarettes (fumées) a augmenté, passant d’une première cigarette dans la 11e année à une première expérience dans la 12e. La première initiation au vapotage se situe en moyenne plus tard, au cours de la 13e année. Cet âge moyen ne semble pas avoir évolué. 

Par contre, l’entrée en double-usage s’est abaissée au fil des années. L’interprétation a donner à cette évolution n’est pas discutée par les auteures. On peut imaginer que les jeunes ont intégré de tenter de passer au vapotage pour se défaire du tabagisme plus tôt, ou dans une approche négative, que la consommation des deux produits devient courante plus jeune. Des enquêtes qualitatives pourraient aider à explorer la question.
« Le marketing du vapotage ne semble pas avoir abaissé l’âge de la première exposition à la nicotine des jeunes adolescents. Toutefois, l’âge de l’initiation au double usage tend à un certain déclin, tout en restant à un âge nettement plus élevé que celle aux cigarettes. Ce point demande une étude plus approfondie avec les données à venir », synthétisent la Dre Arielle Selya et Floe Foxon.

Un effet de détournement connu et confirmé, mais tabou

La démonstration du phénomène de la réduction accélérée du tabagisme sous l’impact du vapotage n’est pas à proprement nouvelle. Notamment aux États-Unis, le Pr David Levy, de l’Université de Georgetown (Washington, USA) avait montré une accélération par trois de la chute du tabagisme adolescent dans une étude que nous avions relatée en 2018, et qu’il a présentée au Sommet de la vape 2019 à Paris dont la vidéo (20 min) est en accès libre en anglais et en version doublée en français.

Un point fort de la nouvelle étude de la Dre Arielle Selya et Floe Foxon, en plus du nombre d’années prises en compte dans l’évaluation, est de présenter le calcul de la situation contre-factuelle. Cette projection réduit de facto à néant les études biaisées prétendant illustrer la théorie fumeuse de l’effet passerelle vers le tabagisme du vapotage.

Le point aveugle du poids réglementaire

Un point faible de l’étude est la mise sur le côté de l’influence des réglementations. Sur le vapotage notamment, les États ont suivi des politiques différentes. L’interdiction de vente des produits de vapotage aux mineurs est entrée en vigueur au niveau fédéral en 2016. La réglementation de la publicité varie entre les États et parfois même au sein de ceux-ci. Aussi, le Family smoking prevention and tobacco control act (FSPTC) a donné autorité sur les produits du tabac à la Food and Drug Administration (FDA) en 2010. 
« Étant donné que la mise en œuvre de cette loi par la FDA a fait l’objet de critiques et que peu de recherches ont examiné son efficacité, l’effet réel du FSPTC sur la prévalence de l’usage de nicotine reste ambigu. (...) Ayant trouvé des preuves d’un possible effet de détournement en utilisant la modélisation des tendances contre-factuelles, de futures recherches devraient examiner d’autres facteurs de confusion au niveau de la population, tels que les réglementations », précisent les chercheurs.

mardi 17 mars 2020

Bloomberg enrôle des trolls à 250$ pour une campagne de parents anti-vape

En pleine crise du coronavirus, le philanthro-bizness suit son agenda politique. Une campagne en trois volets sera lancée ce mercredi 18 mars pour se poursuivre jusqu’au 30 avril sur les réseaux sociaux. En apparence, des parents américains inquiets alerteront des dangers du vapotage pour les adolescents et la nécessité d’interdire toute vape aromatisée et sa vente sur internet. En réalité, ces influenceurs ont été recrutés 250 $ pour poster trois messages sur les réseaux sociaux par l’entreprise de marketing WomenOnline. L’opération fait partie d’une campagne disposant d’un budget de 160 millions $ pour viser l’interdiction totale des liquides aromatisés de vapotage aux États-Unis.

Des parents trolls

» Nous créons des programmes marketing percutants (...). Nous aidons les clients à se connecter avec les influenceurs qui propulseront véritablement la marque ou le message du client », explique le site WomenOnline. Malgré des campagnes médiatiques intenses depuis trois ans, manipulant les chiffres entre expérimentations et usages fréquents du vapotage chez les adolescents, les parents sont rares à s’engager dans les campagnes anti-vape. La firme de marketing est donc partie à la chasse aux participants avec 250 $ de prime pour chacun. Parmi les conditions d’éligibilité : avoir au moins 4 000 abonnés sur un réseau social et n’avoir « jamais recommandé d’arrêter de fumer à l’aide du vapotage » (sic!).

Les influenceurs devront poster trois messages. Le premier s’attaquera à Big Tobacco, avant d’y amalgamer la vape aux deuxièmes et troisièmes vagues, au nom de la protection des adolescents avec le hashtag #ProtectKids. Aux États-Unis, la vente de produits de vapotage est interdite aux moins de 21 ans depuis février. Les pods ne sont plus disponibles que dans les goûts tabac et menthol. Seules les fioles de liquide aromatisé restent disponibles légalement.

Le tabagisme des lycéens américains divisé par trois depuis 2011

Cette campagne prend place alors que le tabagisme des lycéens américains s'est écroulé de 15,8 % en 2011 à 5,7 % en 2019. Une analyse en détail sur le vapotage, à partir des données 2018 de l’enquête NYTS, montre que 20,8 % des lycéens disent avoir vapoté au moins une fois au cours du dernier mois, mais près des trois quarts d’entre eux de manière occasionnelle. Parmi les 5,8 % de lycéens vapoteurs fréquents (usage au moins 20 jours dans le mois), l’extrême majorité avait précédemment déjà fumé. Reste que la part de vapoteurs chez les lycéens américains augmente sensiblement depuis 2017 selon ce suivi.

Campagnes perverses

Plusieurs études pointent des effets contre-productifs des campagnes anti-vape ciblant les ados depuis 2016. Des clips, dont celui de Darren Aronofsky en 2018, ont suscité des jeux d’attraction-répulsion, tandis que les mots d’ordre d’abstinence provoquent l'attendue réactance. Une analyse de leur impact sur les jeunes à travers Instagram, publiée dans Frontiers in communication en janvier, montre l’échec de ces campagnes.
« Je ne pense pas que ce message soit efficace. C’est une façon super sophistiquée de nous rappeler que la nicotine crée une dépendance. Je m’imagine en train de scroller sur mon téléphone cherchant à m’amuser, et là, le clip anti-vape de la FDA veut me dire ce que je dois faire », un adolescent américain à propos du clip d’Aronofsky dans l’étude de Frontiers in communication
De même, le matraquage médiatique du terme « épidémie » a généralisé l’idée d’une mode. « Si l’objectif est de décourager un comportement, le pire message qu’une annonce de service public puisse envoyer est que “tout le monde le fait” », souligne l’analyse de Michelle Minton, du Competitive Enterprise Institute.

Philanthro-bizness

Pour beaucoup, cet effet contre-productif chez les jeunes était prévisible. Mais la cible réelle des campagnes n’est-elle pas plutôt l’adhésion inquiète des parents? Le recrutement des parents trolls par WomenOnline semble donner corps à cette lecture. L'opération sur les réseaux sociaux est commanditée par l’organisation Campaign for tobacco-free kids (CTFK), qui dispose de 160 millions $ spécialement dédiés à l’interdiction des liquides aromatisés de vape. En cherchant le bailleur de fonds initial dans l’enchevêtrement de poupées russes financières, on aboutit à l’entreprise Bloomberg Philanthropies LLC, propriété du multimilliardaire Michael Bloomberg.


Bloomberg Philanthropies LLC a le statut de Limited Liability Company (LLC), société à responsabilité limitée américaine. La compagnie de « philanthropie » a bien un but lucratif. L’entreprise peut s’adonner au lobbying et à des actions politiques. Elle n’est pas soumise aux restrictions concernant les délits d’initiés ni à l’obligation d’un quota d’aide à des causes caritatives, contrairement aux fondations.

Opacité financière

« Une LLC ne nécessite pas non plus les mêmes types de divulgation de documents fiscaux publics, et le couple [Zuckerberg-Chan] peut choisir de débourser tout profit de la LLC comme bon lui semble. À tous ces égards, la LLC agit davantage comme un véhicule d’investissement privé », expliquait le New York Times à propos de la création de la Chan Zuckerberg Initiative LLC au Delaware en décembre 2015.

Sarah Reckhow, de l’Université du Michigan, estime dans son livre Follow the money que les LLC en « philanthropie » constituent une évolution antidémocratique rendant toute recherche indépendante impossible à leur propos. Par ailleurs, lors de sa très brève campagne aux primaires démocrates, Michael Bloomberg a refusé de présenter sa déclaration de revenus. Ne levant aucun des doutes que l’on peut légitimement nourrir  sur ses activités.

En lien avec les rumeurs conspis ?

On peut se demander les éventuels liens entre cette campagne, les rumeurs conspirationnistes liant coronavirus et vapotage, nées sur les sites chinois puis répandues aux Etats-Unis, et enfin l'intensification ces dernières heures de la diffusion de fausses informations sur le vapotage et les risques de contamination. Les diffuseurs semblent liés au cercle d'influence de Michael Bloomberg. Mais cela pourrait n'être qu'un effet de halo... (?)

Philanthropie Potemkine

Pour résumer, la campagne sur les réseaux sociaux à l’apparence de parents inquiets sera en réalité une opération de trolls recrutés par un cabinet de marketing. Le prétexte d’une épidémie de vapotage chez les ados ressemble plus à mouvement d’évitement du tabagisme qu’à un coronavirus. Des activités autoproclamées de philanthropies sont le fait d’entreprises à but lucratif aux finances opaques. Tout cela prenant pied dans un contexte d’élection, de jeux d’écritures comptables et d’effets contre-productifs établis chez les jeunes des campagnes menées par ces lobbys.

[Mise à Jour 18-03-2020 à 14h30] WomenOnline a annulé l'opération rémunérée en dernière minute, officiellement en raison de l'épidémie de Covid-19. "Comme nous l'avons mentionné dans nos e-mails de notification concernant la campagne suspendue, nous ne faisons rien officiellement en tant qu'agence aujourd'hui", explique un mail de l'agence de marketing. [/]

D’autres éléments de la nébuleuse toile d’entreprises « philanthropiques » de Michael Bloomberg sur le terrain du tabac me semblent étranges. Mais ce sera pour de prochains billets...

L’émission Spreaker du 10 février dernier sur Bloomberg :


mardi 14 janvier 2020

Les ados français qui vapotent ont près de 40% de risques en moins de devenir fumeurs quotidiens

L'étude est extrait du suivi Escapad réalisé en 2017 par l'Observatoire Français sur les drogues et toxicomanies (OFDT) sur près de 39'000 adolescents de 17 ans. Le suivi recense 34,1% de 17 ans ayant fumé au moins une cigarette le mois précédent et 25,1% à fumer chaque jours. En regard, 16,8% ont vapoté au moins une fois dans le mois, mais seuls 1,9% vapotent quotidiennement. A l'origine de l'étude, l'interrogation inquiète sur le soi-disant "effet passerelle" du vapotage vers le tabagisme chez les jeunes. "À l'aide d'une approche de traitement pondéré de probabilité inverse (IPTW) et de données de cohortes rétrospectives, nous avons analysé si un usage quelconque d'e-cigarette a eu un impact sur la transition vers le tabagisme quotidien chez les Français de 17 ans ayant déjà fumé, en utilisant une grande enquête nationale représentative", explique le papier publié dans la revue Drug and Acohol Dependence

Le vapotage corrélé à un risque fortement réduit de devenir fumeur quotidien

Les résultats montrent que non seulement "aucune preuve d'un risque accru de transition vers le tabagisme quotidien", mais même que ce risque est significativement réduit. Parmi les plus de 23'000 qui ont déjà fumé au moins une cigarette dans leur vie, les adolescents qui ont utilisé le vapotage étaient moins susceptibles de 38% que ceux qui n'ont jamais vapoté de devenir fumeur quotidien à 17 ans (Risk Ratio=0,62 - IC à 95 %). Des résultats similaires concernent les jeunes qui ont essayé le vapotage avant toute cigarette (RR=0,76 IC à 95 %). Les chercheurs se sont concentrés sur la recherche d'un éventuel rôle passerelle du vapotage vers le tabagisme. Pour conclure à son absence en France.

Les chercheurs évoquent des pistes de différences entre la France et les Etats-Unis pour expliquer la différence de résultats entre leur étude et celles prises en compte par la méta-analyse de Soneji et coll. Une considération sur les biais méthodologiques des études américaines, qui corrigent leurs données par des facteurs sans prendre en compte le principal, à savoir le tabagisme des proches, aurait probablement permis d'économiser cette partie du texte. 

Concurrence, évitement, substitution

Parmi les plus de 7'000 jeunes fumeurs quotidiens qui ont essayé le vapotage, "40,2 % (n=2'870) l'ont essayé après la transition au tabagisme quotidien", tandis que "27,2 % (n=1'882) avant et 32,7 % (n=2'302) la même année", précisent les chercheurs, dont Stanislas Spilka de l'OFDT qui avait évoqué en primeur, mais sans rentrer dans les détails, cette étude lors de sa présentation au Sommet de la vape le 14 octobre à Paris. Des proportions qui laissent ouverte la possibilité de rôles distincts entre évitement avant ou en même temps que le passage à la cigarette, mais aussi des tentatives de substitution, comme il est connu et fréquent chez les fumeurs adultes.

Même si les chercheurs contournent le sujet, les résultats de cette étude financée par la Ligue contre le cancer française nourrissent l'hypothèse d'un effet de "concurrence", si ce n'est de rempart, du vapotage contre le tabagisme adolescent. L'hypothèse a déjà été évoquée par le Pr Bertrand Dautzenberg sur la base du suivi Paris Sans Tabac. Cet effet pourrait expliquer la chute sans précédent du tabagisme adolescent dans les pays où le vapotage s'est développé. Notamment aux Etats-Unis, comme l'a présenté, aussi au Sommet de la vape, le Pr David Levy de l'Université de Georgetown (Washington, USA). Ces résultats correspondent également aux constats britanniques, notamment ceux issus du suivi le plus important de jeunes au monde, qui montrent une baisse accélérée du tabagisme des jeunes sous l'impact du vapotage.

A Genève, le principe de précaution en faveur du tabagisme

Malgré ma tentative d'explication en Commission (voir p.11 à 20 + annexes 2 et 3 du mémorandum), à la fin de la semaine le Grand Conseil genevois va, selon toute probabilité, promulguer au nom de la protection des jeunes, l'interdiction du vapotage dans tout lieu public, y compris les magasins, et de la vente de tout produit de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs. De quoi prolonger d'au moins quelques années le tabagisme, actuellement à un niveau similaire à la France avec un quart des adolescents qui fument, dans la population genevoise. Par "principe de précaution" et pour le plaisir des cigarettiers et de l'industrie pharmaceutique. Mais au nom de la protection des jeunes, évidemment...


vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

jeudi 3 octobre 2019

Une analyse invalide la thèse d'une épidémie de dépendance à la nicotine chez les lycéens américains

C'est le prétexte aux projets d'interdiction d'arômes, de prohibition totale et aux taxes contre le vapotage. Mais c'est un prétexte sans fondement. La peur entretenue d'une épidémie de dépendance à la nicotine à cause du vapotage chez les lycéens américains se révèle creuse à l'analyse. A partir des données de l'enquête nationale sur les jeunes et le tabac (NYTS), une équipe de chercheurs de renommée mondiale montre que moins de 1% des jeunes non-fumeurs ont utilisé fréquemment des produits de vapotage en 2018. "Les données de l'enquête NYTS ne corroborent pas l'affirmation selon laquelle une nouvelle épidémie de dépendance à la nicotine serait liée à l'utilisation du vapotage, pas plus qu'elles ne soutiennent une inquiétude de voir le recul du tabagisme chez les jeunes se résorber après des années de progrès", concluent les Pr Martin Jarvis, Robert West et Jamie Brown de l'University College of London. 

Publiée sur la plateforme d'open-science Qeios, l'analyse a repris les données brutes de l'enquête NYTS de 2018 rendues accessibles seulement en mars 2019, en les recoupant avec les données des années précédentes (de 2014 à 2017) pour vérifier les antécédents d'usages des différents produits nicotinés. L'expérimentation a augmenté en 2018 et 20,8% des lycéens ont déclaré avoir vapoté le mois précédent l'enquête mais seulement un quart de ces utilisateurs ont vapoté de manière fréquente. Tandis que 61,8% d'entre eux n'ont fait qu'essayer moins de 10 fois dans leur vie de tirer sur une vaporette.

Utilisation fréquente essentiellement chez des jeunes déjà fumeurs

"Notre analyse des données de NYTS de 2018 et des années précédentes montre une forte association entre la consommation de produits du tabac et le vapotage au cours de la vie: en 2018, les lycéens qui avaient fumé plus de 100 cigarettes au cours de leur vie étaient environ 27 fois plus susceptibles d'avoir vapoté au cours des 30 derniers jours par rapport aux étudiants qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac. L'utilisation de cigarettes électroniques au moins 20 jours au cours du dernier mois n'a été observée que chez 1,0% de ceux qui n'avaient jamais essayé de produits de tabac en 2018", énumère l'équipe d'épidémiologues.

"Parmi les lycéens, nous avons constaté que, pour la grande majorité de ceux qui avaient déjà fumé, les cigarettes ont été le premier produit de tabac essayé, avant toute utilisation de vapotage. Il est clair que pour ces étudiants, leur consommation de cigarettes et le développement d’une dépendance caractéristique à la nicotine doivent être attribués à la consommation de cigarettes, plutôt qu’au vapotage", précisent les chercheurs. En version courte, le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent. Au contraire, la chute du tabagisme des lycéens américains se poursuit, étant passé de 28,5% en 1999 à 8,1% en 2018. "Le déclin rapide observé des essais de produits combustibles et de la prévalence de l'usage de la cigarette depuis 1999 n'a donné aucun signe de renversement depuis l'essor de l'utilisation de la vape en 2011".

Signes de dépendance rares chez les vapoteurs

"Les symptômes de dépendance étaient rares chez les étudiants qui utilisaient le vapotage sans avoir utilisé d'autres produits du tabac", synthétise l'étude. 3,8% des vapoteurs exclusifs ont déclaré sentir du manque, contre 74,5% des fumeurs. Par ailleurs, la catégorisation controversée du vapotage comme produit de tabac par les autorités américaines ne remporte pas l'adhésion de tous les lycéens. La moitié des vapoteurs exclusifs nient avoir consommé un produit de tabac. "À tout le moins, cela suggère que leur image de soi n'est pas celle d'un consommateur de produits de tabac. Cette perception du vapotage comme quelque chose de différent et distinct du tabac pourrait servir à réduire leurs chances de devenir consommateurs de produits de tabac conventionnels", souligne l'équipe menée par le Pr Jarvis.

Un gouffre béant entre les données et la communication

L'étude se conclut avec une touche de diplomatie très britannique. "Le présent document n’est pas destiné à remettre en cause l’orientation actuelle de la politique de la FDA en matière de réglementation du vapotage. Ce serait présomptueux de notre part. Nous avons plutôt cherché à examiner les preuves présentées pour appuyer les nouvelles initiatives réglementaires. Nous trouvons un gouffre béant entre la vision d’une épidémie d’usages de vapotage menaçant d’engouffrer une nouvelle génération dans la dépendance à la nicotine et la réalité des preuves contenues dans l'enquête NYTS". 

Les médias donneront-ils autant de couverture à cette analyse qu'aux déclarations de Scott Gottlieb sur cette enquête en décembre? L'ex-Commissaire de la FDA, depuis passé au Conseil d'administration du géant pharmaceutique Pfizer, avait alors parlé d'une inquiétante épidémie de vapotage chez les jeunes qui risquait d'entraîner une génération dans la dépendance à la nicotine. L'onde de choc de l'annonce a permis des mesures réglementaires contre le vapotage. Cette nouvelle analyse, qui confirme les chiffres et les tendances analysés d'autres études notamment celle sur les données de 2015, devrait remettre en cause ces décisions. Mais on peut en douter...



jeudi 20 juin 2019

Etude: 65,3% des fumeurs de 15-16 ans passés à la vape ont réduit ou stoppé les cigarettes

La vape "chez les adolescents non-fumeurs ne semble pas constituer un mode d'entrée majeur dans le tabagisme à l'âge spécifique de 15-16 ans", souligne une étude publiée cette semaine dans la Revue des Maladies Respiratoires*. La moitié des 1435 élèves de seconde stéphanois interrogés ont essayé le vapotage, mais seuls 3,6% vapotent au quotidien. Concernant le tabagisme, également la moitié de ces jeunes de 15-16 ans ont essayé une cigarette, mais 9,4% fument chaque jour. L'enquête d'une équipe de chercheurs pluridisciplinaires de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Initiation au tabagisme au collège, essai du vapotage au lycée

"Concernant le cas particulier des élèves qui sont à la fois vapoteurs et fumeurs, les résultats de l'enquête en matière de prévalence temporelle entre tabagisme et vapotage indiquent que les adolescents ont plutôt tendance à débuter par un usage du tabac, qui s'est ensuite transformé en un usage dual des produits de tabac fumé et du vapotage", soulignent les chercheurs. Ce constat est cohérent avec d'autres enquêtes françaises montrant que l'initiation aux cigarettes se situe au collège, tandis que l'expérimentation du vapotage se passe plus tard au lycée.

Objet parmi d'autres objectifs de la recherche, la fameuse 'théorie de la passerelle' ne se voit donc de nouveau pas confirmée. "Parmi les 229 élèves qui n'avaient jamais fumé avant de vapoter, uniquement 15,7% (soit 36 élèves [ndr. 2,5% du panel total des élèves]) déclarent au jour de l'enquête consommer [ndr. au moins occasionnellement] du tabac fumé", relève l'enquête. Tandis que le taux de conversion de l'expérimentation du tabac (avant, après ou sans avoir essayé le vapotage) atteint 56%, soit plus de 3,5 fois plus. De quoi inviter les chercheurs à évaluer à l'avenir l'hypothèse inverse, à savoir un possible effet préventif du vapotage contre le tabagisme chez les jeunes.

Les ratios de risques corrigés par d'autres facteurs prévalant au tabagisme ne sont pas présentés dans l'étude. Celle-ci précise d'ailleurs qu'étant transversale, elle ne peut définitivement "réfuter l'existence potentielle de l'effet passerelle" dans la suite du parcours de vie des élèves. Evidemment, tout peut toujours arriver, surtout à 16 ans. Cependant, les chercheurs insistent sur la mise en lumière d'un facteur confondant de première importance étrangement ignoré par les études américaines militant pour la théorie de 'l'effet passerelle'.

Les usages des proches: le facteur confondant ignoré des études américaines


L'analyse des questionnaires des élèves stéphanois met en relief un élément majeur: les usages des proches. "Nous constatons que leurs usages sont très fortement influencés par l'entourage des adolescents (amis, famille) avec un risque multiplié par huit quand plusieurs personnes de l'entourage fument par rapport à un jeune dont aucun des membres de l'entourage ne fume. Étonnamment, à notre connaissance aucune étude dans la littérature n'avait recherché spécifiquement ce facteur de risque", note l'étude. En clair, les chercheurs pointent ici une énorme lacune des études américaines prétendant documenter l'effet passerelle. 

En occultant le facteur, que cette recherche montre extrêmement influent, du tabagisme des parents et amis, les études américaines sur les ratio de risques du tabagisme des jeunes lié au vapotage ont manifestement biaisé leurs calculs. Faut-il rappeler que le vapotage n'a pas inventé le tabagisme adolescent? Tenir compte des facteurs psycho-sociaux prévalant au tabagisme, parait incontournable pour les études qui cherchent à déterminer l'impact du vapotage sur le tabagisme des ados.

Le bien-fondé de "l'effet passerelle" s'écroule aussi vite que le taux de tabagisme des ados

Pour préciser la problématique par une analogie, on pourrait montrer une corrélation entre avoir fait du vélo à l'adolescence et devenir automobiliste. Mais avant de conclure à la nécessité d'interdire le vélo aux ados pour réduire la pollution de l'air ou les embouteillages, vérifier des caractéristiques des automobilistes telles que par exemple la distance entre leur habitat et leur lieux de travail, éventuellement corrélée à la qualité du réseau de transport public, pourrait montrer que le cyclisme adolescent n'est pas un facteur de risque pertinent sur le sujet. Bien que le vélo soit un moyen de consommer du déplacement tout comme les voitures.

En somme, les résultats de l'enquête stéphanoise non seulement ne valide pas d'effet passerelle, au moins sur les élèves jusqu'à 16 ans, mais montre clairement un biais majeur des études adhérant à cette théorie. Le bien-fondé de l'effet passerelle semble s'écrouler aussi vite que les taux de tabagisme dans les pays concernés par le vapotage. En outre, la mise en lumière du phénomène peut donner à penser qu'une des manières les plus efficaces de protéger les jeunes pourrait être d'aider les parents à sortir du tabagisme, en place d'entraver cette sortie au prétexte de protection des jeunes.

Existe t-il un problème d'information des jeunes ?

Parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Les auteurs soulignent qu'une majorité (56,4%) déclare ne pas savoir. On peut supposer l'absence de nicotine pour la plupart de ceux-ci étant donné ses effets gustatif et psychoactif remarquables. 

Mais ce défaut de connaissance des jeunes interroge. On peut se demander si les avertissements anti-nicotine abusivement imposés sur des produits de vapotage qui n'en contiennent pas, n'ont pas brouillé la compréhension de ceux qui devraient être la cible principale de l'information. A voir ces avertissements exagérément alarmistes partout, ils semblent ne plus rien signifier.

L'interdiction de vapotage aux jeunes semble surtout leur interdire l'accès à l'information

Une autre raison à cette méconnaissance pourrait le faible niveau d'encadrement du vapotage des mineurs. Selon les réponses à l'enquête, 59,2% se sont procurés leur produits de vapotage par des amis et 5% chez un buraliste, et seulement 9,2% par la famille et 12,2% par un magasin spécialisé. Les auteurs regrettent que "la loi n'est pas toujours respectée concernant l'interdiction de vente aux mineurs des produits du tabac et du vapotage"

Il nous semble que les données de leur enquête auraient plutôt du amener les chercheurs à soulever la question d'un possible effet de mésinformation des jeunes par cette interdiction sur le produit de réduction des risques. L'enquête n'a pas sonder ceux-ci sur leur perception et leur information sur la réduction des risques. Alors que les chercheurs soulignent que "seul l'usage exclusif du vapotage est recommandé pour permettre une réduction significative des risques pour la santé [ndr. par rapport à fumer]", le niveau d'information des élèves mériterait attention.

Curiosité, sociabilité et dépression

Par contre, l'enquête a questionné les adolescents sur leurs motifs de consommer des produits de tabac ou de vapotage. Au niveau subjectif, la curiosité est la principale raison invoquée par les adolescents pour essayer les produits, à la fois de tabac et de vapotage, avant des motifs de sociabilité. "Une autre raison souvent invoquée par les adolescents interrogés est la lutte contre différentes émotions négatives, avec des réponses parfois extrêmement violentes: "ça ne me fait pas péter un câble quand ma vie est pourrie", "dépression", "pour trouver une autre solution que de se tailler les veines" ", rapportent les chercheurs. 

Concernant spécifiquement le vapotage, les jeunes se rapportent plus souvent à l'aspect ludique, notamment des 'tricks' - dans ce que la chercheuse Fiona Measham a nommé la vortex subculture -,"mais également le besoin de diminuer la consommation de tabac"

Cependant, les auteurs signalent la tendance des jeunes aux Etats-Unis de passer des 'box', plutôt orientées pour faire des nuages et des figures souvent sans nicotine, aux 'pods', petits dispositifs plus orientés vers la prise de nicotine souvent sous forme de sels. Cette évolution a démarré en 2016 au moment de l'interdiction nationale de vente des produits de vape aux mineurs, les envoyant vers des sources moins regardantes, moins informantes et avec un choix restreint aux pods nicotinés.

L'étude 2019 est lancée chez les élèves de toute la Loire

La question des différents types de vape utilisés, ainsi que de mesurer une éventuelle apparition des cigarettes chauffées, va être dans la mire de la suite des travaux stéphanois. "Il sera d'une grande importance de poursuivre ce type d'étude dans les prochaines années afin de décrire l'évolution de l'usage du vapotage par les jeunes français", estiment les chercheurs. Jérémie Pourchez nous a confirmé que l'enquête 2019 est lancée en étant élargie à l'ensemble du département de la Loire recueillant les questionnaires de près de 6'000 élèves de seconde ligériens. 

En 2020, le chercheur compte étendre l'enquête à tout le rectorat de Lyon, "tout en y incorporant un travail qualitatif d'entretiens sur les trajectoires d'usage". Osons suggérer qu'au moment où l'organisation anti-tabac anglaise Action on Smoking and Health (ASH) s'alarme de la dégradation de l'information des jeunes sur les risques relatifs entre cigarettes et vapotage, un module sur cette perception par les élèves de seconde pourrait enrichir ce travail intéressant.

Quelques chiffres issus de l'étude

  • 50,3% ont essayé de vapoter et 50,4% ont fumé au moins une fois
  • L'usage occasionnel concerne un quart des 15-16 ans: 23,6% de vapoteurs occasionnels et 28,2% de fumeurs occasionnels 
  • Mais l'utilisation au quotidien diffèrent significativement entre les deux produits: 3,6% des élèves vapotent au quotidien contre 9,4% qui fument chaque jour 
  • Globalement, 56% des 15-16 ans stéphanois qui ont essayé une cigarette sont devenus fumeurs occasionnels ou quotidien, contre 15,7% de ceux qui ont essayé le vapotage en premier 
  • Une majorité des usagers occasionnels ou quotidien sont à la fois fumeurs et vapoteurs, double-usage qui concerne 17,6% de l'ensemble des jeunes enquêtés 
  • 0,8% des 15-16 ans vapotent avec nicotine sans être actuellement fumeur (13,4% vapotent avec nicotine parmi les 6,3% vapoteurs non-fumeurs) 
* Relations entre vapotage et tabagisme chez les adolescents en classe de seconde. Résultats d’une étude observationnelle descriptive transversale et monocentrique menée dans l’agglomération stéphanoise ; C. Denis-Vatant (CHU Saint-Étienne), C. Merieux (CHU Saint-Étienne), L. Leclerc (Mines Saint-Étienne), H. Duc (Mines Saint-Étienne), C. Berton (Mines Saint-Étienne), R. Jarrige (Mines Saint-Étienne), M. Nekaa (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale Loire)d, e, J.-M. Vergnon (CHU Saint-Étienne), J. Pourchez (Mines Saint-Étienne) ; Revue des Maladies Respiratoires juin 2019 ; Doi : 10.1016/j.rmr.2019.04.002


mercredi 22 mai 2019

Bâle: le tabagisme des adolescents s'écroule, effet protecteur du vapotage?

Les adolescents évitent-ils de se mettre à fumer en essayant le vapotage à la place? La grande question tabou paraît difficile à éviter à la lecture des dernières données sur les 15-16 ans bâlois. Alors qu'il avait progressé entre 2006 et 2010, le tabagisme des lycéens et apprentis s'est écroulé de 21,8% en 2010 à 9,6% en 2017. Effondrement encore plus net, si on prend le tabagisme régulier passé de 11,5% à 3% des adolescents bâlois en sept ans. Entre ces deux dates, le vapotage a fait son apparition. 31,1% des jeunes disent avoir essayé la vape, mais seul un élève sur les 1046 interrogés en 2017 l'utilisait quotidiennement. Et moins de 1% déclarent avoir vapoté au moins trois fois dans le mois écoulé.

Désormais, 88% des bâlois de 15-16 ans déclarent n'avoir jamais fumé. Peut-on faire un lien avec les 31% qui ont essayé le vapotage? De fait, il est remarquable qu'une part plus importante de jeunes ont essayé le vapotage que les cigarettes. Un glissement d'expérimentation qui s'est accompagné d'une chute concomitante très impressionnante du tabagisme. La corrélation entre expérimentation du vapotage et écroulement du tabagisme ne peut pas à elle seule constituer démonstration d'un lien causal. Mais le phénomène devrait interroger... Si les autorités étaient intéressés à comprendre l'évolution de ces consommations. Du côté du Département de santé de Bâle, on estime que cette chute du tabagisme pourrait être le fruit des campagnes de prévention, qui existaient déjà avant 2009. On peut vouloir le croire. Ou pas. 

"Trop stylé"

Les données bâloises publiées ne présentent pas de données sur les co-consommations, ni sur la chronologie d'expérimentation entre cigarette et vapotage. Mais discuter avec quelques adolescents peut aider à comprendre au moins une voie possible d'explication au phénomène. L'adolescence est un âge de curiosité et de construction d'identité. Dans ce contexte, le vapotage aromatisé à gros nuages, généralement synonyme d'absence de nicotine, fait "trop stylé", pour reprendre l'expression de ma filleule âgée de 16 ans. La machine peut s'oublier dans un tiroir quelques mois plus tard. Dans le cas de l'essai de la cigarette, ils sont 70% à finir fumeurs réguliers à long terme.

La ressemblance avec le phénomène de la chute du tabagisme des adolescents américains de 2011 jusqu'à l'interdiction de vente du vapotage aux mineurs en 2016 est saisissante. Sur cette génération, qui a entre 18 et 24 ans à présent, 13% ont vapoté momentanément durant leur adolescence sans devenir ni fumeur ni vapoteur. 10% des jeunes adultes américains sont fumeurs, alors que 37% des jeunes Suisses du même âge le sont devenus dans le contexte de prohibition du vapotage en Suisse.
Source: présentation du Dr Lion Shahab (University College of London)
à Washington du 29 avril 2019 visible sur Vimeo

Des données plus intelligentes permettraient des décisions plus intelligentes

Pour évaluer plus intelligemment les possibles effets de reports de consommation, des données plus précises que celles présentées par l'enquête bâloise seraient nécessaires. Outre l'absence déjà mentionnée de données croisées entre les consommations, le Département de la santé du canton de Bâle n'a pas répondu à ma demande de précision sur les données concernant le contenu des liquides utilisés, entre vapotage seulement aromatisé, avec nicotine ou avec CBD. [edit 15h15: Le Département de santé de Bâle vient de me répondre qu'ils n'ont pas de données sur les liquides utilisés ]. Au moment de l'enquête, la vente de liquides nicotinés était encore illégale en Suisse.

Le vapotage n'est un fléau que pour ceux qui vivent du tabagisme

Malgré ces lacunes, la communication de l'enquête de la ville de Bâle contraste singulièrement avec celle de la secte calviniste la fondation indépendante Addiction Suisse. Pourtant, les données d'Addiction Suisse montrent aussi une nette chute du tabagisme des adolescents suisses. Mais l'officine lausannoise l'a passé sous silence pour mieux sur-dramatiser l'expérimentation de vapotage, bien qu'un usage régulier soit extrêmement faible et que leur enquête ne présente aucune donnée sur la consommation de nicotine. Résultat: peur et doutes pour générer une absence totale de réflexion. On appelle ça une opération d'enfumage politique

Depuis, les grands journaux d'influence, le Temps côté romand et la NZZ outre-sarine, multiplient les tribunes à pensée unique appelant à durcir les restrictions contre les vapoteurs dans la prochaine loi Tabac (LPTab) en discussion actuellement en commission parlementaire. En somme, conserver un système ayant généré 37% de fumeurs chez les 18 à 24 ans qui au nom d'une soi-disant protection des jeunes programme leur mort prématurée. Un cynisme politicien au-delà du morbide. Les nouvelles données bâloises devraient nourrir un débat sur le rôle potentiellement préventif du vapotage face au tabagisme chez les adolescents. Mais ce débat nous est interdit par les élites.

Note complémentaire: Depuis quelques mois, je subis des pressions directes ou indirectes provenant d'intérêt économique pour fermer ce blog ou au minimum censurer les sujets concernant les jeunes. 


lundi 26 novembre 2018

Suisse: à Zurich et Bâle des motions voudraient assimiler le vapotage au tabagisme


Les cantons romands ne sont pas les seuls à subir des attaques contre le vapotage. Le parlement du canton de Bâle-Ville a voté mercredi, par 53 voix contre 33, une motion demandant l'assimilation du vapotage au tabagisme. Présentée par le Parti Évangéliste, elle voudrait une interdiction de vente aux mineurs mais aussi l'assimilation du vapotage dans les lois contre le tabagisme passif et la publicité, rapporte l'agence ATS. Après son examen par le Conseil d'Etat, le Grand Conseil devra encore se prononcer s'il transforme la motion en mandat contraignant.

Le Conseil d'Etat zurichois est plus calme

A Zurich, une procédure similaire un peu plus avancée a vu le Conseil d'Etat répondre par la négative ce jeudi, explique la Tages Anzeiger. Le Gouvernement cantonal estime qu'il n'est pas nécessaire de légiférer pour le moment sur le vapotage. Il propose de transformer la motion en postulat. A savoir qu'une motion impose au gouvernement de légiférer, tandis qu'un postulat l'enjoint à en étudier l'opportunité. C'est aussi l'option qui a été choisie par la Commission du Grand Conseil vaudois face à la motion similaire de Graziella Schaller.

En attendant l'éventuelle loi tabac (LPTab), dont le second projet est en cours d'élaboration, aucun âge minimum n'est requis au niveau fédéral pour la vente de cigarette. Actuellement, la limite d'âge de vente des produits du tabac est de 16 ans à Zurich. Concernant le vapotage, l'abrogation par le Tribunal administratif fédéral de la prohibition sans base légale de l'administration, a mis les autorités face à leur neuf ans d'irresponsabilités.

Les usagers même mineurs ont-ils le droit d'éviter de fumer ?

Cet été, les cigarettiers, la grande distribution et l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont établi ensemble un code de conduite pour ne pas vendre de produits de vapotage, y compris sans nicotine, aux mineurs tout en continuant la vente de tabac à ceux-ci. De son côté, l'association des professionnels de vape (SVTA) a préféré privilégier la réduction des risques en autorisant dans son codex la vente de produits sans nicotine à des jeunes déjà fumeurs dés 16 ans. L'association des usagers Helvetic Vape était exclue de cette table-ronde.

Les députés valaisans n'ont pas non plus pris la peine de consulter les usagers. Ils ont voté en juin une modification de loi pour interdire dés le 1er janvier la vente de produits de vapotage aux mineurs. Scénario pire à Genève, où le Conseil d'Etat a déposé un projet de loi proche de la motion évangéliste bâloise. Le vapotage, y compris sans nicotine, serait "assimilé" au tabagisme. Non seulement sa vente serait interdite aux mineurs, mais le PL 12385 prévoit aussi d'en interdire l'usage dans les lieux publics, sa publicité et un ensemble de contraintes similaires aux ventes de tabac pour les commerces de vape.

La chute du tabagisme des jeunes sous l'impact de la vape

Les partisans de ces mesures de restriction et d'interdiction osent prétendre le faire au nom de la lutte anti-tabac. Ceci en dépit de la chute vertigineuse du tabagisme dans les pays où le vapotage a pu se développer. Le droit à la réduction des risques des mineurs et la possibilité d'éviter d'expérimenter la cigarette par l'opportunité du vapotage notamment sans nicotine ne semblent pas pris en compte par les autorités.

Tabagisme lycéen et jeunes adultes aux Etats-Unis

Pourtant de nombreuses analyses sérieuses sur la question évaluent le phénomène au Royaume-Uni, en Allemagne, dans la région parisienne, en Islande et aux Etats-Unis, où la baisse du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois depuis l'essor de la vape. En France, le Pr Bertrand Dautzenberg parle de "ringardisation" du tabagisme par le vapotage chez les jeunes. A l'opposé de la Suisse où le tabagisme des jeunes a été maintenu ces dix dernières années, ces pays voient le vapotage le faire dégringoler.

En septembre, la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, a présenté sa revue des données internationales sur le sujet à Barcelone au THR Summit: "Il n'y a aucune données montrant que l'augmentation de l'usage du vapotage n'amène à expérimenter les cigarettes chez les jeunes britanniques. Il y a des indices que la perception des jeunes contre le tabagisme se durcit plutôt que s'affaiblit" (voir ci-dessous).

Difficile de croire que les parlementaires genevois et bâlois ne voudraient pas prendre la peine de s'informer sérieusement et de s'interroger sur le phénomène en regard de l'échec calamiteux de la politique tabac suivie cette dernière décennie. Les offensives de restrictions au nom des jeunes à Bâle et Genève ressemblent plutôt à des mesures pour protéger les ventes de cigarettes et maintenir le tabagisme, y compris des adultes, si lucratif pour toute une série d'acteurs, dont l'industrie des médicaments en tout genre. Le tabagisme est la première cause évitable de maladie en Suisse.


mercredi 21 novembre 2018

Etude USA: la chute du tabagisme des jeunes s'est accélérée par trois avec l'arrivée du vapotage

Ce n'est pas seulement une réfutation implacable par la réalité du terrain de la fumeuse théorie de la passerelle. L'étude épidémiologique de huit chercheurs de premier plan parue hier dans la revue Tobacco Control démontre que le vapotage n'a non seulement pas fait augmenter le tabagisme des jeunes américains, mais que son apparition coïncide avec une forte accélération de sa chute. Par près de trois fois pour le tabagisme quotidien chez les moins de 21 ans, et par deux chez les 22 à 25 ans. "La relation d'inversion entre vapotage et tabagisme est robuste dans les différents ensembles de données concernant les jeunes et les jeunes adultes, ainsi que pour le tabagisme actuel et établi", explique l'équipe menée par le Pr David Levy, de l'Université de Georgetown de Washington.

2014: année charnière

Les chercheurs s'appuient sur l'analyse des données de 2004 à 2017 concernant les jeunes de 15 à 25 ans de pas moins de cinq enquêtes nationales américaines - Monitoring the future (MTF), National Youth Tobacco Survey (NYTS), Youth Risk Behavior Survey (YRBS), National Survey of Drug Use and Health (NSDUH), National Health Interview Survey (NHIS) -. "Nous avons identifié 2014 comme l'année charnière où le vapotage est devenu populaire chez les jeunes et les jeunes adultes. Cependant, nous avons considéré les années précédentes comme le point de basculement dans nos analyses des tendances en matière d'usage de cigarettes", précisent-ils.

Accélération fulgurante de la chute du tabagisme des jeunes

L'analyse des tendances moyennes montre une accélération par au moins trois fois de la chute du tabagisme quotidien chez les jeunes de moins de 21 ans à partir de l'essor du vapotage. Pour les 22 à 25 ans, la réduction du tabagisme quotidien a doublé de vitesse. "La baisse à long terme de la prévalence du tabagisme chez les jeunes américains s'est accéléré à partir de 2013 lorsque le vapotage s'est généralisé. Ces résultats sont aussi observés chez les jeunes adultes américains, notamment les 18 à 21 ans. Nous avons également constaté que le tabagisme établi - tel que mesuré dans les enquêtes par le tabagisme quotidien, fumer un demi-paquet par jour ou avoir fumé au moins 100 cigarettes et fumer actuellement certains jours ou tous les jours - s'est nettement accéléré lorsque le vapotage a augmenté", résument les huit spécialistes.

Le rôle clef du vapotage

Durant la période de 2012 à 2017, les Etats-Unis ont connu peu de changement du prix des cigarettes et des réglementations contre le tabagisme dans les lieux publics. Tandis que les campagnes de prévention, qui existaient avant l'apparition du vapotage, ont pu avoir un effet, mais relativement restreint selon diverses études. "Ces analyses suggèrent que les mesures de lutte antitabac sont au plus responsables d'une petite part de l'accélération de la chute du tabagisme des jeunes et des adultes", soulignent l'article dans Tobacco Control. En somme, il est plus que difficile d'écarter le rôle du vapotage pour expliquer l'effondrement du tabagisme des jeunes sur cette période. 

La manière par laquelle le vapotage tient ce rôle contre le tabagisme chez les jeunes reste à définir. Il paraît très probable que l'expérimentation du vapotage détourne de nombreux jeunes d'essayer de fumer. Une meta-analyse, publiée la semaine dernière dans Nicotine & Tobacco Research, montre qu'essayer une cigarette amène dans 69% des cas à devenir fumeur régulier. En contraste, le vapotage permet d'expérimenter l'inhalation sans fumer, et en laissant ouverte l'option de le faire sans substance active, notamment la nicotine. Certains jeunes qui fument déjà utilisent également le vapotage pour arrêter la cigarette. 

Se calmer et réfléchir

A contrario de la vague de buzz alarmistes, les auteurs proposent de tenir compte des évolutions réelles pour décider de mesures politiques. "Travailler sur la contribution que peut jouer, le cas échéant, l'effet de diversion [du vapotage] et réfléchir au rôle des campagnes d'éducation publique et peut-être d’autres actions, sont essentiels pour prendre des décisions politiques appropriés afin de favoriser la récente tendance très encourageante en matière de consommation de cigarettes par les jeunes et les jeunes adultes", proposent les chercheurs. Avant d'insister: "si la principale préoccupation concerne les tendances du tabagisme chez les jeunes et les jeunes adultes, ce qui nous semble approprié, alors le vapotage ne montre pas devoir être un sujet d'inquiétude importante".

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