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lundi 18 juin 2018

[Flou] Le Grand Conseil valaisan interdirait aux mineurs d'arrêter de fumer avec la vape, selon la RTS

On ne trouve rien de clair et précis concernant cette décision sur le site du parlement valaisan pour le moment. Mais d'après la télévision nationale RTS, le Grand Conseil valaisan a adopté jeudi dernier une interdiction de vapotage pour les mineurs. La "cigarette électronique", selon les termes de la télévision, est interdite de vente aux moins de 18 ans en Valais à partir du 1er janvier prochain. "En cas de non-respect, l'amende pourra atteindre jusqu'à 50'000 francs pour les vendeurs", prévient la RTS. Aucun détail sur la portée de cette prohibition n'est donné par l'organe de télévision. Par ailleurs, le Grand Conseil valaisan repousse l'âge légal de vente des cigarettes ainsi que de l'herbe faible en THC à 18 ans.

La notion de "cigarette électronique" n'étant qu'une appellation impropre, difficile de savoir ce que cette décision recouvre sur la base des propos de la télévision nationale. Le Tribunal Administratif Fédéral (TAF) a rappelé récemment sur le sujet que les autorités ont un devoir de clarté dans sa décision. Le flou volontairement entretenu par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) avec des termes approximatif et abstraits, tels que "cigarette-électronique", utilisés pour recouvrir un ensemble de produits distincts a été jugé un "vice de forme" et "une erreur grave" par le tribunal. Justifiant de casser la décision administrative de prohibition.

Le député PS Valentin Aymon ment et nuit

Le soucis de clarté et d'honnêteté ne semble pas animer particulièrement le socialiste Valentin Aymon, Face caméras, le parlementaire valaisan s'est permis de mentir, et de nuire potentiellement à la santé de ses concitoyens, en affirmant que le vapotage "n'est pas moins dangereux que de fumer". Valentin Aymon a ainsi implicitement encourager les 38% de jeunes romands de 15 à 24 ans fumeurs à continuer de fumer et de ne pas essayer de passer au vapotage pour éliminer le monoxyde de carbone et les goudrons. :Gerbe: 

Le niveau de tabagisme stagne chez les jeunes adultes en Suisse tandis qu'en comparaison, le tabagisme des jeunes adultes anglais a chuté de 16% à 19% depuis 2010 sous l'impact du vapotage. En France, les enquêtes de Paris Sans Tabac montrent une chute sans précédent du tabagisme des adolescents. "Le vapotage a rendu ringard la cigarette et amplifié les effets du PNRT. (...) L’évolution actuelle rend très optimiste sur l’extinction du tabagisme", estime le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et spécialiste de la question du tabagisme en France.

Dans la tranche d'âge de 15 à 17 ans, les jeunes suisses sont 15,8% à fumer selon les statistiques officielles. Un taux qui semble avoir sensiblement décroché depuis 2014 (20,7%). Le Valais serait le premier canton a interdire à ses mineurs l'accès au moyen de réduction des risques qu'est le vapotage. Affaire à suivre en espérant avoir des informations accessibles plus claires et précises que cette bouillie...



lundi 11 juin 2018

USA: le tabagisme adolescent continue de s'écrouler en 2017, tandis que le vapotage fréquent est minime selon les données de 2015

National Youth Tobacco Survey 2005 - 2017
Depuis 2011, le tabagisme adolescent a chuté de plus de moitié aux Etats-Unis. En 2017, les lycéens sont 7,6% à avoir fumé, ne serait-ce qu'une bouffée, dans les trente jours précédents l'enquête National Youth Tobacco Survey (NYTS), contre 16% six ans auparavant. Dans la même période, le vapotage, selon un critère équivalent d'usage, a pris son envol passant de moins de 2% en 2011 à 11,7% l'an passé. Mais contrairement à ce que l'hystérie médiatique contre la vaporette Juul laissait croire, ce taux est stable par rapport à 2016 (11,4%) et même nettement inférieur aux 15,8% de 2015. "Mais où sont donc passé les ados 'juulers' ?", ironise le site Vaping 360 à la lecture du rapport du Center of Disease Control (CDC) sur l'enquête NYTS. Chez les collégiens aussi, le tabagisme continue de chuter avec seulement 2,1% qui déclarent avoir fumé dans les trente jours précédents l'enquête. Tandis que le vapotage dans les trente derniers jours diminue à 3,3% en 2017, contre 4,3% en 2016. 

Présentation étrangement anxiogène

Cependant, la manière de présenter les résultats du CDC étonne. Puisque l'organisme non seulement assimile le fait de vapoter, y compris sans nicotine, à du tabagisme. Mais il prend surtout pour critère de fumer et de vapoter "couramment", la prise ne serait-ce qu'une bouffée dans les trente jours précédents l'enquête devenant ainsi, l'une ou l'autre, du tabagisme caractérisé. De plus, le CDC présente ses résultats en extrapolant les pourcentages de déclarations de son échantillon en nombres de jeunes à l'échelle nationale. Or, contrairement à ce qui est écrit dans son communiqué, le CDC n'a pas interrogé les "3,6 millions d'élève des collèges (middle school) et lycées (high school) qui déclarent être usagers courants de produits du tabac, y compris de produits de vapotage". En réalité, l'enquête porte sur un échantillon de 17'872 élèves en 2017. La sociologue canadienne Amelia Howard, de l'Université de Waterloo, a relevé cette incongruité dans une série de tweets.

1,7% de vapotage fréquent en 2015

Une présentation plus claire et honnête serait probablement moins anxiogène pour le public. Notamment sur le chapitre du vapotage, où des usages très différents sont masqués derrière le chiffre présenté de vapotage dans les trente derniers jours. Pourtant. ces données sont collectées par l'enquête NYTS. Sur celle de 2015, au moment du pic de consommation de vape annoncé par le CDC, une analyse plus détaillée des données, menée par le Dr Konstantinos Farsalinos, les Prs Riccardo Polosa et Venera Tomaselli, montre que seuls 1,1% des adolescents vapotaient au quotidien, 0,6% fréquemment (entre 20 et 30 fois dans le mois) et encore 1,1% entre 10 et 19 fois dans le mois. L'étude, en voie de publication dans l'American Journal of Preventive Medicine (AJPM), met aussi en relief que ce vapotage fréquent est très largement le fait de fumeurs ou ex-fumeurs.

K. Farsalinos, R. Polosa, V. Tomaselli dans American Journal of Preventive Medicine juin 2018

"Un non-fumeur qui essaie une seule bouffée de vape est massivement différent d'un vapotage quotidien. L'utilisation chaque jour, peut être potentiellement un problème, une seule bouffée est probablement juste de la curiosité et mérite à peine d'être mentionnée", souligne Lee Johnson, journaliste spécialisé du domaine, dans son compte-rendu de l'analyse. Parmi les lycéens n'ayant jamais fumé, seuls 0,3% vapotaient fréquemment. "Bien que l'augmentation récente de l'utilisation du vapotage à 30 jours chez les jeunes américains suscite des préoccupations raisonnables, les données présentées ici montrent que la majorité de cette consommation de vapotage est expérimentale ou peu fréquente, alors que l'utilisation régulière est minime chez les non-fumeurs", conclue l'étude publiée dans l'AJPM.

American Journal of Prventive Medicine juin 2018

Une vérité dérangeante pour le CDC

Lee Johnson pointe le problème de catégorisation des autorités américaines. "Le choix du CDC de définir "l'utilisation courante" comme tout vapotage au cours du mois passé, en ignorant complètement la fréquence d'utilisation, a contribué à beaucoup de confusion autour du sujet. Le vapotage est souvent dépeint comme une épidémie de toxicomanie et de comportements compulsifs, mais les données montrent qu'il s'agit principalement d'une épidémie d'expérimentation - mis à part dans le groupe à qui il bénéficie: les fumeurs réguliers", avant d'insister: "La vérité dérangeante pour le CDC est que si la plupart des vapoteurs réguliers sont des fumeurs et des ex-fumeurs - et c'est le cas - la hausse du vapotage peut être une bonne chose pour les adolescents de la même manière que cela l'est pour les adultes. Le vapotage est un allié de la santé publique, que la santé publique choisisse de l'accepter ou non".

lundi 14 mai 2018

Suisse & LOL: Après neuf ans de prohibition illégale à mépriser les usagers, les élites de santé se disent "prises de court par la situation"!

Article tissé de fil blanc dans le Matin de ce matin. Après neuf ans à maintenir illégalement la prohibition contre le vapotage nicotiné et à mépriser les propositions des usagers pour réguler la question, des responsables de santé et des politiciens jouent la carte de l'affolement dans les médias. Selon eux, il faut de toute urgence assimiler le vapotage, produit sans combustion et sans tabac, au tabagisme. Tant qu'il s'agissait de laisser crever sans accès au moyen de sortir du tabagisme les plus de deux millions de fumeurs en Suisse payant pour 2,2 milliards de taxes annuelles, dont 14 millions pour les organisations anti-tabac, et quelques autres milliards en médicaments aux entreprises de la pharmaceutique, rien ne pressait. A présent il s'agit de faire bon usage de la peur et de la panique pour imposer leur loi anti-vape. La doctrine du choc est une vieille recette autoritaire éprouvée.

Il faut évidemment mettre une bonne dose de peur irrationnelle. Selon ces voix autorisées, les enfants seraient en danger. "L’usage de cigarettes électroniques augmente le risque de devenir fumeur de cigarettes traditionnelles", invente, contre les preuves des études sérieuses sur le sujet, Graziella Schaller, députée Vert'libérale vaudoise dans le journal lausannois. Par contre, j'ai pu le constater,  le buzz monté de toute pièces par le journal la Liberté et la RTS en janvier dernier a ramené sur le moment quelques adolescents dans des magasins de vape. Avertis par le reportage bidon de la TV qu'ils avaient légalement le droit d'acheter des produits de vapotage, les jeunes sont venus essayé. Dans le cas dont j'ai été témoin, bien que l'ado a précisé vouloir du vapotage sans nicotine, le vendeur a refusé, indiquant au mineur de revenir avec un de ses parents. 

Reste qu'en sortant, cet ado genevois a pu sans difficulté s'acheter un paquet de cigarettes au premier automate venu. Et inhaler monoxyde de carbone, goudrons et les plus de 5'000 toxiques dégagées par la fumée. Mais il a ainsi payé des taxes. C'est ce qui parait compter avant tout pour les responsables moins prompts à agir pour les 38% de jeunes romands fumeurs que contre leur peur que certains d'entre eux puissent y échapper à l'aide du vapotage.


mardi 8 mai 2018

[Bref] A Taïwan: le vapotage augmente, le tabagisme adolescent chute au plus bas

Le tabagisme adolescent est au plus bas à Taïwan, tandis que le vapotage progresse légèrement. La part de fumeurs chez les lycéens (15-18 ans) a chuté de 11,51% à 8,26% entre 2014 et 2017. Chez les élèves des junior high school (12-15 ans), ils sont 2,66% à fumer en 2017 contre 5% trois ans plus tôt. "Ces deux groupes ont atteints les niveaux les plus bas historiquement", précise une étude publiée dans Asia Pacific Journal of Public Health. Dans le même temps, les adolescents qui déclarent avoir vapoté au moins une fois dans le mois précédent l'enquête sont passés de 2,01% à 3,54%, constatent les chercheurs de la Taipei Medical University qui se sont appuyés sur les données de la Global Youth Tobacco Survey (GYTS)

Liquides nicotinés prohibés à la vente

La législation locale actuelle soumet les liquides de vapotage avec nicotine à la réglementation des médicaments, mais aucun produit n'a été homologué. Le vapotage nicotiné est en conséquence de fait un produit illégal à Taïwan. L'étude ne précise pas quel type de vapotage, avec ou sans nicotine, est utilisé par les personnes, jeunes ou âgés, déclarant vapoter. 

"À Taiwan, les politiques restrictives actuelles et les campagnes contre le vapotage ont pu prévenir leur prolifération, en particulier chez les adultes. L'usage du vapotage y est beaucoup plus répandu chez les jeunes que chez les adultes, dont le taux de tabagisme conventionnel est 3 à 5 fois plus élevé que chez les jeunes. Bien que la consommation de vapotage ait augmenté plus significativement chez les jeunes que chez les adultes, les données actuelles montrent peu d'indice d'une contribution à une renormalisation du tabagisme plus importante chez les jeunes", expliquent les chercheurs dirigés par le Pr Wayne Gao. Malgré ces données, ils répètent leur peur de renormalisation du tabagisme par le vapotage chez les jeunes.

Projet d'interdiction totale de l'usage de la vape

Reprenant l'appel de Jagdish Kaur, cadre indienne du bureau anti-tabac de l'OMS, à suivre l'exemple des dictatures Nord-Coréenne et Thaïlandaise, une proposition d'interdiction totale de la production, de la distribution, de la vente et de l'usage du vapotage à Taïwan a été faite au Législatif Yuan en décembre dernier. 

Malgré cette orientation anti-vape, la délégation taïwanaise avait été exfiltrée discrêtement du Sommet 'Tabac ou santé' au Cap (Afrique du Sud) organisé par l'affairiste milliardaire anti-réduction des risques Michael Bloomberg pour ne pas gêner ses discussions business avec la Chine à cette occasion, les deux pays étant passablement brouillés.

Appel à la répression des personnes arrêtant de fumer à l'aide du vapotage par l'OMS


dimanche 10 septembre 2017

L'étrange histoire de "vente d'e-shisha à une enfant" de l'Aargauer Zeitung

Une étrange histoire. Ou peut-être, plutôt une histoire étrangement rapportée par l'Aargauer Zeitung dans son édition de vendredi. Selon le journal d'Aarau, une maman dénonce la vente d'une "e-shisha" à sa fille de 11 ans par un kiosque. Sennur Sümer, la mère en question, pose avec l'objet du délit en main. Cependant, elle ne révèle pas le nom du vendeur indélicat et peu professionnel. Et visiblement, Andrea Weibel, la journaliste de l'Aargauer Zeitung, n'a pas estimé nécessaire de vérifier cela, ni de contacter ce présumé vendeur pour avoir sa version des faits. Combien de sources faut-il pour considérer une information comme confirmée en journalisme? Une seule me parait une réponse douteuse...

Etrange refus de recourir aux autorités

Encore plus étrange, la maman, présentée comme médiatrice sociale, ne veut pas porter réclamation au Service de la consommation alors que le chimiste cantonal argovien lui indique cette voie à suivre. "Les e-cigarettes sont considérées comme des produits de consommation, c'est le Service de la protection des consommateur qui est responsable. En cas de plainte, nous ouvririons un dossier", explique Claudius Gemperle, le Chimiste cantonal adjoint. Celui-ci précise que la mention interdit aux moins de 18 ans sur l'emballage suffit comme base légale pour en interdire la vente aux mineurs et poursuivre le cas échéant.

Sennur Sümer ne semble pas vouloir que ce mystérieux tenant de kiosque arrête de vendre des "e-shisha" aux enfants. Ce qu'elle veut est que "le public s'alerte du problème", dit-elle. Ici, peut-être faut-il préciser quelque chose que l'Aargauer Zeitung laisse dans l'ombre dans son article. Sennur Sümer est une cadre du Parti Socialiste local, dont elle a été candidate aux dernières élections à Bremgarten. Il n'y a rien de mal à ça, mais cela donne tout de même une autre coloration à sa volonté d'alerter le public et de réclamer que le vapotage soit assimilé au tabagisme dans la loi. Et ceci bien que le chimiste cantonal lui ait fait valoir qu'elle peut déjà légalement poursuivre ce vendeur mystère.

L'appel à la peur

Joliment écrit, le storytelling poursuit en donnant la parole à la Ligue Pulmonaire. L'organisation qui se réjouissait officiellement l'an dernier que le vapotage serait stagnant en Suisse selon les statistiques officielles. Phénomène synonyme de maintien du tabagisme et bonne occasion pour la Ligue Pulmonaire de rappeler que les pharmaceutiques, qui la sponsorisent, ont toute une gamme très étendue de médicaments à vendre pour les fumeurs. Dans l'Aargauer Zeitung, elle récidive dans son appel à la répression de l'outil de réduction des méfaits.

Pour la Ligue Pulmonaire, il s'agit, entre autres mesures, d'interdire la vente de produits de vape aux mineurs, prétendant que ces produits sans combustion, vendus en Suisse sans nicotine ni tabac, "causent une dépendance et/ou facilitent l'entrée dans le tabagisme". De manière remarquable, ni la Ligue, ni le journal, ni la maman socialiste Sennur Sümer, ne semblent préoccupés dans cet article du tabagisme réel, avec de vraies cigarettes fumées, qui touche les adolescents suisses. A aucun moment, une réflexion sur une prévention intégrant un outil de réduction des méfaits pour les adolescents n'est esquissée. Le seul et unique angle reste l'appel au sentiment de peur un peu névrotique des parents devant un "danger" présenté comme "inconnu" (ça fait peur l'inconnu, hein!).

Prévention primaire autogérée

Pourtant, ce que l'on sait de manière claire, mais dont aucun protagoniste de l'article ne parle, c'est que les pays où le vapotage s'est développé ont vu leur tabagisme adolescent dégringolé. Aux Etats-Unis, les Etats où les produits de vape étaient en accès aux mineurs avant 2014 ont accéléré par 1,7 la chute du tabagisme de leurs jeunes par rapport aux Etats prohibitionnistes (depuis, les USA ont interdit la vente à tous les mineurs). 

Que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou dans la région parisienne, les suivis montrent qu'une part importante - de 10% à 20% selon l'âge - d'adolescents essaient le vapotage, mais peu - moins de 3%  des britanniques à 16 ans par exemple -, l'utilisent de manière régulière ensuite. Encore moins de non-fumeurs, moins de 0,3%, l'adoptent régulièrement, et une très faible partie d'entre eux échouent malheureusement dans le tabagisme. En essayant le vapotage, pour plus des 3/4 d'entre eux sans nicotine, ils évitent pour une très grande part d'essayer de fumer. Si cela était inventé par un ponte de santé publique, on crierait au génie d'une mesure de prévention primaire. Mais comme ce sont les ados eux-même qui l'ont créé, alors les bureaucrates adultes décident que c'est mal.

Courte-vue

Peut-être la fille de Sennur Sümer a t-elle vraiment acheté une "e-shisha" à un kiosque d'Aarau. Ou pas... Les fils blancs du storytelling délivrée par l'Aargauer Zeitung m'en font douter... Quoiqu'il en soit, ce dont on ne peut douter, c'est la nature régressive de prendre le point de vue étroit d'une mère contrôlante pour guide de stratégie de santé publique. A ce titre, l'article de l'Aargauer Zeitung rate non seulement les bases journalistiques de la vérification d'une information, mais aussi surtout d'aider ses lecteurs à élever le niveau de compréhension de la problématique. La principale information en creux de cet article est de voir l'inquiétante mobilisation de militants politiques et associatifs pour protéger le tabagisme face à un concurrent en mesure de bouleverser la donne contre la principale source de maladies évitables actuelles en Suisse.



jeudi 23 février 2017

Accusée de tromperie scientifique, la revue Tobacco Control promulgue l'interdiction de la critique [+ P.S.]

Parfois le réel surpasse le parodique. "L'équipe éditoriale de la revue Tobacco Control a désormais établit pour politique de ne plus répondre aux messages externes de blogs ou de réseaux sociaux sur des études spécifiques [qu'elle publie]", annonce l'éditorial de la revue Tobacco Control de ce 20 février. Aux yeux des éditeurs de la revue anti-tabac du British Medical Journal (BMJ): "Les articles de blog ou les messages sur les réseaux sociaux critiquant une étude, alléguant de défauts du processus d'examen, ou faisant des attaques ad hominem sur les auteurs ou éditeurs ne font pas avancer le domaine ni ne permettent un dialogue et un débat scientifique approprié". En clair, les éditeurs refusent de débattre avec des critiques extérieurs à leur revue. Une manière à peine voilée pour le trimestriel, déjà considéré comme une référence dans le domaine, de s'auto-proclamer organe unique d'expression autorisée sur le sujet et ainsi cadenasser le débat.

Les six signataires, dont la rédactrice-en-chef californienne Pr Ruth Malone, de cet éditorial intitulé "Blog fog?" - Brouillard de blog? - ne précisent pas ce qui a déclenché cette décision. "Mais je pense qu'il est clair que ce qui a contrarié le journal a été la critique par plusieurs auteurs - dont moi-même - d'un article concluant que le vapotage est une passerelle vers le tabagisme sur la base de 4 jeunes non-fumeurs qui ont expérimenté le vapotage puis essayé de fumer une ou deux cigarettes", explique sur son blog le Pr Michael Siegel, de l'Université de Boston.

Trumperie de la post-science US

Le déclencheur du courroux des responsables de Tobacco Control serait donc les critiques à l'encontre de l'article "E-cigarette use as a predictor of cigarette smoking" signé par le Dr Richard Miech, de l'Université du Michigan. Cet article prétend avoir "prouvé" que "le vapotage est une passerelle à sens unique vers le tabagisme des jeunes". Objet central de cette "preuve": 4 jeunes.  Ils sont les 4 seuls a avoir essayé la vape puis le tabac parmi l'échantillon de 347 élèves du secondaire utilisé par l'étude. Aucun de ces 4 jeunes n'est devenu fumeur de 2014 à 2015, années durant lesquelles s'est déroulée l'enquête Monitoring the future, servant de base de données à l'article, qui a interrogé plus de 13'000 élèves en 12ème année de cycle (17-18 ans). 

La cachotterie est que l'article ne mentionne pas que sa soi-disant preuve ne repose que sur 4 élèves, qui n'ont fait qu'expérimenter le vapotage puis seulement essayé de fumer une ou deux cigarettes entre 2014 et 2015. C'est ce qu'a mis en évidence le Pr Siegel, dans un article sur son blog, en reprenant les données ayant servies à l'article. "Ce document a violé l'aspect peut-être le plus important de la publication d'un rapport scientifique, révéler la taille de l'échantillon sur laquelle est basée sa principale conclusion", souligne le professeur de santé publique de Boston, cité en français dans le Vaping Post.

Aucune justification à ce titre grossièrement trompeur

Outre le Pr Siegel, d'autres chercheurs renommés du domaine ont critiqué l'article publié dans Tobacco Control. Notamment sur le blog du Science Media Centre. "Ces résultats n'apportent aucune justification au titre grossièrement trompeur d'une "passerelle à sens unique". Il y a actuellement des preuves solides que ceci est faux et que l'effet de l'expérimentation du vapotage va dans le sens contraire, vers une réduction du tabagisme", avait réagit le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur le tabagisme à l'Université Queen Mary de Londres.

De son côté la Pr Linda Bauld, de l'Université de Stirling, relève que "rien dans l'article ne suggère que ces jeunes sont devenu fumeurs. (...) Certains des plus importants facteurs pour cette question, tels que la susceptibilité au tabagisme, le milieu familial ou le cercle d'amis, sont simplement ignorés par l'étude". Aux yeux de la chercheuse du Cancer Research UK, "le plus grave problème de cet article est qu'il reste totalement silencieux sur le contexte". A savoir notamment l'effondrement du tabagisme adolescent américain depuis l'essor du vapotage en 2011.

L'accélération de la chute du tabagisme ado depuis 2011

Avec la popularisation de la vape, la chute du tabagisme chez les adolescents américains s'est accélérée. Comme le montre le graphique établi par Clive Bates à partir des données de l'enquête Monitoring the future. De 15,8% à fumer en 2011, ils ne sont plus que 9,3% à s'adonner au tabagisme en 2015 aux USA, selon le Center for disease control (CDC). Le taux le plus bas jamais enregistré par les statistiques américaines.

Cette corrélation trouve une sérieuse piste d'explication à travers la comparaison entre Etats répressifs et Etats qui autorisaient l'accès au vapotage aux jeunes. La Pr Abigael Friedman, de Yale, a comparé les évolutions du tabagisme adolescent avant 2014. Les Etats permissifs ont alors connu une chute 1,7 fois plus rapide du tabagisme de leurs ados que les Etats répressifs, expliquait son article pour le Journal of health economics dont nous avions parlé à sa publication. 

En mars 2016, une autre étude menée par le Dr Michael Pesko, de l'Université de Cornell de New-York, a également montré que "les restrictions de vente de produits de vapotage selon l'âge sont associés à une augmentation de la consommation des cigarettes [de tabac fumées] chez les adolescents". A partir des données entre 2007 et 2013 du Youth risk behavior surveillance system (YRBSS) sur la consommation de tabac des adolescents étasuniens, l'étude "a constaté une hausse de 11,7% d'utilisation régulière de cigarettes dans les Etats après qu'ils aient imposé des limites d'âge pour l'achat de produits de vape", souligne le communiqué de presse de l'Université de Cornell.

Le vapotage sans nicotine pour éviter d'entrer dans le tabagisme ?

Les données sur les usages du vapotage chez les jeunes américains éclairent peut-être les dynamiques à l'oeuvre. Plus de 80% des jeunes utilisateurs réguliers ou occasionnels vapotent sans nicotine, selon les données de Monitoring the future. Une manière d'expérimenter l'usage sans prendre le risque de devenir dépendant ? Que ce soit conscient ou non de leur part, le phénomène est impressionnant. 

Au Royaume-Uni, la Pr Fiona Measham, du département des sciences sociales de l'Université de Durham, s'est intéressée à la manière dont les adolescents approchent le vapotage. Les jeunes ne voient pas la vape comme une forme de tabagisme explique t-elle au Guardian. C'est une autre et nouvelle pratique dans leur environnement symbolique, qui n'ouvre pas la voie à une logique linéaire de normalisation d'un tabagisme ultérieur. Son étude montre notamment que le "cloud & trick", pratiqué généralement sans nicotine, casse les codes et les liens avec la cigarette dans une sorte de "vortex culture".


Du côté de la petite part de jeunes américains qui vapotent avec nicotine, ils sont quasiment tous fumeurs ou ex-fumeurs déjà en prise avec la problématique d'arrêter ou de réduire un tabagisme qu'ils ont bien souvent débuté 5, 6 voire 7 ans auparavant. Comme le montraient des témoignages recueillis par le quotidien de St. Louis dans le Missouri et qui frappent aussi de (très) jeunes femmes enceintes, comme l'a rapporté le Vaping Post.

L'absence d'entrée significative dans le tabagisme par le vapotage a été corroborée par l'étude de l'organisation anti-tabac Truth Initiative à partir des données du National youth tobacco survey (NYTS). Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada) conclut également à l'absence de ce mythique effet passerelle, tout comme l'avaient fait auparavant les rapports britanniques du Public Health England et du Royal College of physicians.

Construction d'une déviance ?

Un point troublant dans cette controverse est que la vente aux mineurs de produits de vapotage est désormais interdite sur tout le territoire US. L'alarmisme des tenants de la doctrine de la passerelle est, en plus d'être sans fondement réel, sans objet apparent. Les autorités de la Food and drug administration (FDA) ont déjà tranché en faveur de leur approche répressive

Alors que veulent vraiment les anti-vape avec ces "démonstrations" douteuses ? Mon hypothèse serait qu'ils cherchent à créer un halo de criminalisation du vapotage pour justifier de budgets prétextant de combattre le diable qu'ils sont en train de peindre sur la muraille. En somme, ce que le courant interactionniste en sociologie a appelé la construction sociale d'une déviance, à la suite d'Outsiders d'Howard Becker.

Car au-delà de la question de la manipulation des chiffres, l'utilisation même du concept "d'effet passerelle" est hautement problématique. Le terme a été inventé par Denise Kandel, une sociologue, pour soutenir la "guerre aux drogues" (re)lancée par Richard Nixon en 1971. A la fin des années 1960', suite à la guerre du Vietnam, les Etats-Unis sont en proie à la fois à une vague de contestation et une explosion de l'usage d'héroïne chez les vétérans. Ceux-ci ont massivement utilisé la substance facile d'accès au Vietnam pour lever l'angoisse de leur situation sur le champ de bataille.

Ravalement de passerelle

S'inspirant d'un préjugé puritain des années 1920, Denise Kandel construit alors la thèse selon laquelle le cannabis est une "passerelle" vers la toxicomanie à l'héroïne. Arme idéologique magique: elle permet au gouvernement d'effacer sa responsabilité envers les dépendants. Et elle donne un prétexte sur un plateau à la répression des milieux opposants de la contre-culture et des droits civiques, le véritable but politique selon John Erlichman conseiller de Nixon à l'époque. Quelques écoutes téléphoniques plus tard, des millions d'incarcérés et de morts d'une guerre aux drogues à l'échec consommé, le fumeux concept n'est aujourd'hui plus en vogue pour criminaliser le cannabis.

Mais la guerre au vapotage donne une nouvelle jeunesse à la théorie de la passerelle. L'idée de faire porter la responsabilité du tabagisme à la vape fait son chemin. On assiste à un tir de barrage pour persuader l'opinion publique que la vape produit du tabagisme chez les adolescents. En dépit de ce que montrent les données quantitatives et les recherches qualitatives.

La tentation Lyssenko

C'est dans ce contexte que prend place cet éditorial de Tobacco Control pour annoncer officiellement son changement de politique, suites aux critiques de son article assurant avoir prouvé la théorie de la passerelle à sens unique, en cachant qu'il ne repose que sur 4 jeunes n'étant pas devenu fumeurs. Ce n'est pourtant pas la première controverse sur un article de la revue. Généralement (toujours?), ses responsables ne daignent ni réagir ni débattre des critiques. L'effet d'annonce de l'édito a d'ailleurs surtout suscité des moqueries. "Cette déclaration est tout simplement l'équivalent à mettre ses doigts dans les oreilles et dire "Nananère. Je ne t'entends plus"", ironise sur son blog Carl Philipps, chercheur en réduction des risques. Avant de railler les rédacteurs de Tobacco Control: "Et peu leur importe de n'avoir jamais répondu auparavant".

Mais alors de quoi cet édito est-il le symptôme ? Doit-on y voir le signe de l'importance capitale du mythe de la passerelle contre le vapotage pour les tenants de Tobacco Control ? Et ceci en dépit des faiblesses théoriques, l'inadéquation avec les données statistiques, le contre-sens humain et la misère épistémique de ce concept ? En officialisant ainsi sa rupture avec le principe fondamental à la science de la liberté d'expression, source de débat et d'argumentation, la revue Tobacco Control montre une tentation de franchir une ligne inquiétante. Celle qui sépare la société ouverte des régimes fermés dogmatiques. L'enjeu a donc plusieurs dimensions. Au delà de la défense du dogme de la passerelle, il y a aussi celui de savoir si le domaine est en mesure de se donner les moyens d'être rationnel ou s'il sombre dans un simple moralisme régressif nourrit de fantasmes post-factuels.

Malgré la volonté de Tobacco Control, le débat est loin d'être clos...

Post-Scriptum (24-02-2017 à 15H): Bémol à ma lecture des événements 
Carl Philipps me fait remarquer qu'il lui parait impossible que les éditeurs aient pu réfléchir, rédiger et mettre en page (tout ça...) leur éditorial dans le délai de deux semaines entre la publication des critiques à propos de l'article sur la passerelle et la parution de l'édito.
Coupable de "biais du bloggueur" (qui publie avec peu de contraintes), je dois avouer que je n'ai simplement pas pensé à cet aspect de timing. Cela invaliderait l'interprétation de cet édito comme une réaction spécifique suite aux critiques de l'article pour la théorie du vapotage passerelle vers le tabagisme. L'objection parait sensée et plausible, même si on ne peut pas en être certain sans clarification des rédacteurs de Tobacco Control (mais qui ne me répondront évidemment pas).
Le titre de l'édito "Blog fog" est tout de même troublant par sa connotation sous-entendant fortement viser la communauté du vapotage et des défenseurs des approches ouvertes à la réduction des risques...

jeudi 29 octobre 2015

La mise au ban de l'e-cigarette favorise le tabagisme adolescent

Pour la première fois depuis l'émergence de la vape, une étude s'est penchée sur l'impact concret de son accès aux adolescents sur leur tabagisme. Et ses conclusions, présentées dans un manuscript intitulé "How does Electronic Cigarette Access affect Adolescent Smoking?"sont inattendues. «Les résultats de cette étude montrent, qu'avant 2014, l'interdiction de l'accès à l'e-cigarette a fait augmenté le taux du tabagisme adolescent», souligne la Pr Abigail Friedman dans son article en voie de parution dans le Journal of Health Economics. L'enseignante du département de santé publique de l'université de Yale a comparé l'évolution des taux de tabagisme chez les adolescents étasuniens selon la réglementation des États où ils vivent.

mardi 15 septembre 2015

#NZZ : la passerelle vers la bêtise [MàJ]

Avez-vous déjà bu ne serait-ce qu'une gorgée de bière ? Si vous répondez oui, alors la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) risque de vous déclarer alcoolique. Mais si en plus, vous avez déjà auparavant bu du soda, alors le quotidien zurichois pourrait bien aussi demander l'interdiction des sodas aux mineurs en raison de « l'effet passerelle » vers l'alcool de ceux-ci. Du moins, c'est ce que s'est permis de faire à propos de la vape, au lobbying moins stressant que Coca, la NZZ sous la plume de Stephanie Lahrtz dans son édition du 12 septembre dernier. En effet, celle-ci écrit la « e-cigarette est une passerelle vers le tabagisme des adolescents », « (...) des études montrent qu'ils sont nombreux a commencer ainsi une carrière tabagique ». 

Une innombrable foule de six jeunes 

Quelles études ? La NZZ se base sur deux études récemment publiées dans le même Journal of the American Medical Association (JAMA). La première a été menée à Los Angeles sous la direction du Pr Adam Leventhal. 2500 écoliers de 14 ans ont été interrogé sur leurs rapports à la vape et au tabac à un an d'écart. Le journal suisse relate « qu'après un an, un quart des consommateurs de e-cigarette à l'origine se sont mis à fumer, mais seulement un sur dix des ex-non-fumeurs ». Pour la journaliste suisse-allemande, ce constat est confirmé par la publication de la seconde étude menée à Pittsburgh par le Pr Brian Primack. Celle-ci montrerait « que 37,5% des consommateurs de e-cigarettes sont devenus fumeurs, contre moins de 10% des anciens non-fumeurs ». 

La journaliste remarque tout de même que la cohorte de départ ne présente que 16 utilisateurs de e-cigarettes sur les 700 jeunes de 16 à 26 ans interrogés. « Néanmoins, les résultats sont statistiquement significatifs », conclut-elle sans autre forme de procès. 37,5 % de 16 jeunes, cela fait 6 concernés sur 700. De quoi faire un buzz : « de nombreux jeunes commencent une carrière tabagique ». Six, nombreux... le zürcherdeutsch a ses mesures que la raison ignore. 

Ce que cache la NZZ à ses lecteurs 

Mais le principal est occulté dans l'article de Stephanie Lahrtz. Les deux études ont les mêmes problèmes méthodologiques. Non seulement le nombre de jeunes touchés par le « fléau » n'est pas suffisant pour être sérieusement qualifié de « statistiquement significatif ». Mais surtout les questions posées par les chercheurs ne permettent pas de catégoriser les jeunes comme elle le fait.

mercredi 12 août 2015

Essayer la vape, ce n'est pas forcément l'adopter

Dans le numéro d'Août 2015 de Nicotine & Tobacco Research, les Pr. Linda Bauld, Anne Marie MacKintosh, Allison Ford et Ann McNeill publient une revue d'études sur les usages de la vape chez les jeunes britanniques. En analysant les publications scientifiques internationales sur la question (24 enquêtes recensées), elles ont constaté que la plupart ne distinguent jamais l'expérimentation de la vape de son usage régulier par les adolescents. Seules des études britanniques, dont quatre conduites sur douze mois entre 2013 et 2014, font cette distinction pour les jeunes fumeurs et non-fumeurs.

Ce graphique présente les données des quatre études.


De 8 %, en Grande-Bretagne, à 12 %, au Royaume-Uni, des jeunes britanniques ont essayé la vape. Les auteures remarquent qu'aucune étude (ni les 20 autres études recensées) n'a pensé à demander si les jeunes utilisent des liquides avec ou sans nicotine. Ce qui a plus que son importance dans la perspective d'une éventuelle addiction par la vape, à laquelle croient les tenants de la théorie de la passerelle.