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dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

samedi 3 février 2018

7,5 millions d'européens se sont libérés de la cigarette grâce à la vape selon l'Eurobaromètre 2017

A partir des données de l'Eurobaromètre n°458 menée au printemps 2017, Frank Baeyens, chercheur à l'Université de Louvain, estime que près de 7,5 millions d'européens de plus de 15 ans ont arrêté de fumer à l'aide du vapotage. Cette enquête dans les pays de l'Union Européenne permet aussi de dénombrer 9 millions de fumeurs ayant réduit leur consommation de cigarettes en se mettant à vapoter. Frank Baeyens a calculé ces chiffres à partir des pourcentages présentés dans le document publié en mai 2017, comme il l'avait fait pour la précédente édition 2014. Son estimation d'alors de 6 millions d'européens ayant cessé de fumer à l'aide du vapotage en 2014 avait été confirmée ensuite par l'analyse détaillée menée par le Pr Konstantinos Farsalinos. En passant de 6 millions à 7,5 millions d'européens libérés de la cigarette en deux ans, le vapotage confirme son rôle disruptif, en dépit des entraves des fonctionnaires européens à l'image du Commissaire à la santé, le lituanien Andriukaitis, et des lobbys bénéficiant du tabagisme.


7,5 millions d'européens sevrés des cigarettes à l'aide de la vape

Selon les données de l'Eurobaromètre, 15% des répondants ont essayé, au moins une fois, de vapoter. Parmi eux, 14% déclarent avoir arrêté définitivement de fumer grâce au vapotage. Cela ferait 7,5 millions de résidents de l'Union Européenne à avoir stoppé les cigarettes grâce au vapotage. 17% déclarent avoir réduit leur consommation de cigarettes. Soit 9 millions de fumeurs à s'aider du vapotage pour moins fumer. Les données restreintes communiquées publiquement ne permettent pas de savoir dans quelle proportion se mesure cette réduction.

Mais l'analyse à partir des données brutes du précédent Eurobaromètre 2014, menée par K. Farsalinos, K. Poulas, V. Voudris et J. le Houezec et publiée dans la revue Addiction, avait montré une réduction en moyenne de 9 cigarettes évitées chaque jours par ces fumeurs. Lors de l'Eurobaromètre 2017, les fumeurs européens déclarent consommer en moyenne 13,7 cigarettes quotidiennement.

Aujourd'hui, l'Europe a peur

Selon la nouvelle enquête de 2017, un dixième de ceux qui ont utilisé le vapotage avaient réussi à arrêter de fumer mais ont rechuté dans la cigarette. Sans que les données publiées ne permettent de savoir si cette parenthèse vapoteuse leur a permis de réduire le nombre de cigarettes fumées entre les deux périodes tabagiques. En parallèle, on constate une inquiétante augmentation de la peur du vapotage dans la population européenne soumise aux multiples campagnes des médias contre cet outil d'arrêt du tabac.


Pourtant, 41% des européens utilisant ou ayant utilisé le vapotage déclarent que celui-ci les a aidé dans leur objectif d'arrêt ou de réduction tabagique. Ce sont désormais 10% de toutes les tentatives d'arrêt qui s'appuient sur la vape, tandis que l'ensemble des substituts nicotiniques (gommes, patchs, pastilles, inhalateurs...) sont utilisés dans 11% des cas. Le recours au vapotage dans les tentatives de quitter le tabagisme varie fortement selon les pays et l'environnement plus ou moins amical ou hostile à cet outil de minimisation des méfaits.

Variations entre aide et abandon des fumeurs par les pouvoirs publics

Dans les pays abandonnant les fumeurs à eux-mêmes, le taux de tentatives avec l'aide du vapotage oscille de 2% en Roumanie à 5% dans la Lituanie de Philip Morris. A l'opposé, au Royaume-Uni, 22% des fumeurs tentant d'arrêter bénéficient de l'assistance du vapotage, désormais intégré aux conseils des Services stop-tabac. Signe de l'efficacité de cette politique intelligente et respectueuse des droits des personnes, le tabagisme britannique a chuté à 16%, tandis que les suédois approchent de l'élimination de la fumée grâce au snus. La France fait un peu figure d'exception sur cette question. Une grande part des tentatives se font avec l'aide de substituts, pour 18% des cas, ou du vapotage dans 17% des essais d'arrêt du tabac, mais la France reste pourtant un des pays les plus fumeurs de l'Union Européenne.

Plus de 1,7 millions de français auraient arrêté de fumer grâce à la vape

[Edit 14H: en note, l'Eurobaromètre se réfère à une évaluation de la population en France de la Sofres excluant les étrangers et comptant 48 millions de plus de 15 ans, différente du chiffre de l'Insee que j'avais utilisé de 54 millions de résidents en France de plus de 15 ans, ce qui donnerait 1,7 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage... j'ai refait les calculs à partir de ce chiffre, même si cela semble discutable d'exclure une partie des résidents]

Les données par pays indiquent que les français seraient un peu au dessus de la moyenne européenne sur la question du vapotage. Sur les 48 millions de français de plus de 15 ans, un quart a au moins essayé la vape.   Sur ces quelques 12 millions, 13% déclarent avoir réussi à arrêter de fumer à l'aide du vapotage. Plus de 1,5 millions de français auraient réussi à arrêter de fumer à l'aide du vapotage selon ces données datant de mars 2017.

Parmi eux, une partie a arrêté de vapoter après avoir arrêté de fumer. Ces ex-fumeurs et ex-vapoteurs sont environ un cinquième des 9% (4,3 millions) de français qui ont utilisé puis arrêté le vapotage, soit environ 800'000 français. Dans les 4% de vapoteurs actifs, soit 1,9 millions de français, près de 4/10 a arrêté de fumer. Par ailleurs 11% des français déclarent avoir essayé une ou deux fois seulement le vapotage, soit à peine moins de la moitié des français qui ont essayé la vape. En laissant de côté ces expérimentations de curiosité, les français ayant réussi à arrêté de fumer avec le vapotage représente 59% de ceux qui ont tenté sérieusement la démarche.

Combien la vape coûte aux cigarettiers ?

16% des 12 millions de français utilisant ou ayant utilisé le vapotage ont réduit grâce à cela leur consommation de cigarettes. Ce serait près de 2 millions de fumeurs français à moins fumer grâce au vapotage. En extrapolant à la hache, sans prétention de rigueur scientifique de ma part, cela représenterait une baisse des ventes d'un million de paquets quotidiennement. Ajouté aux 1,5 millions a avoir stoppé totalement de fumer à l'aide de la vape, ce sont probablement plus de 2,5 millions de paquets non vendus chaque jour en France sous l'impact de la vape.

A défaut d'une analyse plus poussée, en ayant accès aux données brutes non communiquées de l'Eurobaromètre, ce bref survol permet de saisir l'impact du vapotage contre le tabagisme. De quoi expliquer les manœuvres en cour des buralistes français pour rattraper le train à vapeur. La France ne s'étant jamais dotée d'un outil sérieux de monitorage, tel que les anglais avec le Smoking Toolkit Study depuis dix ans, ces données représentent un indice intéressant de la situation française.

En résumé:

  • en mars 2017, 7,5 millions d'européens avaient arrêté de fumer à l'aide du vapotage et 9 millions ont réduit leur consommation de cigarettes, selon le calcul de Frank Baeyens d'après les données de l'Eurobaromètre 458.
  • En s'inspirant de sa démarche, on peut estimer qu'en France, 1,5 millions ex-fumeurs ont arrêté grâce à la vape, dont environ 800'000 ne vapotent plus. Sur les 1,9 millions de vapoteurs actifs, plus de 700'000 seraient vapoteurs exclusifs. 
  • Si l'on met de côté les essais par curiosité, près de 60% des français utilisant ou ayant utilisé le vapotage déclarent avoir atteint leur objectif d'arrêt ou de réduction tabagique.

edit. le baromètre à été mené début mars 2017, et non en 2016 comme je l'avais écrit dans un premier temps. Désolé ;)

vendredi 10 novembre 2017

[Express'] Au Tennessee, les fumeurs utilisent le vapotage pour arrêter de fumer

"C'est la première fois que nous voyons cela". Ransom Wise, spécialiste de Santé publique de l'Etat du Tennessee, présentait en avant-première les résultats de son enquête au Congrès annuel 2017 de l'American Public Health Association (APHA). "Ce sont là des preuves que les fumeurs du Tennessee utilisent le vapotage comme aide pour arrêter de fumer", explique le chercheur de Nashville à la revue Medscape Medical News. "Les fumeurs qui utilisent le vapotage ont été 3,6 fois plus susceptibles que les fumeurs non-vapoteurs à déclarer avoir essayé d'arrêter de fumer au cours des 12 derniers mois", précise le résumé de la conférence sur le site de l'APHA. Ajusté aux covariables de revenu et de fréquence de tabagisme, le ratio reste de 3,5 fois plus de chances de tenter un sevrage tabagique pour les fumeurs aussi vapoteurs que pour les fumeurs exclusifs. 

Les preuves, présentées à la conférence à Atlanta ce 5 novembre, ont été dénichées dans les données 2016 du Tennessee Behavorial Risk Factor Surveillance System (TN BRFSS) - le système de suivi des facteurs de risques comportementaux au Tennessee -. Sur les 6167 répondants, 22,1% (1178 personnes) se déclarent fumeurs réguliers. 22,8% de ces fumeurs avouent également utiliser le vapotage.  Dans l'ensemble des fumeurs réguliers adultes, 60% ont tenté dans l'année précédente d'arrêter. Le suivi ne demandait pas directement aux utilisateurs de vapotage s'ils l'utilisaient pour arrêter de fumer. C'est en comparant les réponses sur les tentatives d'arrêt entre groupes que le chercheurs a mis en lumière cet usage. "Les futures enquêtes bénéficieraient d'une question spécifique qui demande pourquoi un fumeur actuel utilise des cigarettes électroniques pour vérifier si les comportements observés dans cette étude sont exacts", précise le résumé de la conférence.

Ransom Wise est resté prudent sur une généralisation de ce résultat à la population américaine, bien que les statistiques du Tennessee sont généralement congruentes aux résultats nationaux. Le chercheur espère un "message fort de santé publique" sur le sujet de la part de la Food and Drug Administration (FDA). "Si la FDA pense vraiment que c'est une alternative à moindre risque, il serait très efficace de dire d'utiliser le vapotage comme aide au sevrage tabagique", déclare t-il à Maureen Salamon, la journaliste de Medscape. 

Appelé à commenter ces résultats à la conférence de l'APHA, Tom Eckstein, de la firme Arundel Metrics, estime ces données comme un premier grand pas. "Ces données montrent, à mon sens, que nous commençons à percevoir les effets du vapotage sur le problème du tabagisme, en particulier au Tennessee. Et la manière dont il agit pour aider les gens à se débarrasser de cette addiction", explique l'épidémiologiste à Medscape. Egalement présente, Shirley Cramer, de la Royal Society for Public Health de Londres (RSPH), souligne que l'utilisation de la vape est déjà activement encouragée au Royaume-Uni pour l'arrêt des cigarettes. "Pour nous, il est très clair que le vapotage est un outil très utile pour arrêter de fumer".


mardi 7 novembre 2017

Comment l'étude de Santé Publique France a éliminé les arrêts à l'aide du vapotage de son étude?

"Parmi les personnes qui fument, celles qui utilisent aussi le vapotage régulièrement sont plus susceptibles d'essayer d'arrêter de fumer et réduisent leur consommation de cigarettes dans les six mois". Au terme d'un suivi sur six mois de 2057 fumeurs, dont 252 utilisant aussi le vapotage régulièrement au départ, une étude de Santé Publique France montre la multiplication par 2,6 fois des chances de réduire d'au moins de moitié la consommation de cigarettes pour les fumeurs utilisant aussi le vapotage. Par contre l'article, publié dans Addiction, reste évasif sur l'aide à l'arrêt du tabagisme que pourrait procurer le double usage. "Il reste pas clair si les usagers réguliers de vapotage sont aussi plus susceptibles d'arrêter de fumer", conclut l'étude dirigée par Anne Pasquereau. Mais à lire les données brutes de la recherche menée entre septembre 2014 et mars 2015, on peut s'interroger sur une autre interprétation que celle communiquée par Santé Publique France, sur son site en mai et de nouveau hier dans le Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) et les médias grand public, par exemple 20 Minutes. Seul contrepoint, l'interview sur France Info de Sébastien Béziaux, vice-président de l'association Sovape, par Bruce Toussaint. Add: Le Vaping Post a aussi publié un article critique (que je n'avais pas vu ;) )

Identifier ou liquider les interventions efficaces ?

"L'une des missions de Santé Publique France est de contribuer à identifier les interventions efficaces pour aider les fumeurs à arrêter de fumer", explique Anne Pasquereau, la chercheuse référente, sur le site de l'agence gouvernementale française le 30 mai dernier. Avant d'insister que cette étude "n'apporte pas de preuve quant à son efficacité en termes d'aide à l'arrêt du tabac". Mais l'étude se donne t-elle vraiment les moyens de juger de l'efficacité du vapotage face au tabagisme? Un premier écueil semble l'évident biais de sélection de l'étude qui exclut a priori les fumeurs qui se sont sevrés avec le vapotage, en jouant sur une double temporalité entre vapotage et tabagisme. Seuls les vapoteurs depuis au moins un mois, mais n'ayant pas arrêté de fumer depuis qu'ils ont essayé, sont retenus dans l'étude.


Des études, en plus de fréquents témoignages, ont pourtant montré qu'une large majorité des arrêts des cigarettes réussis à l'aide du vapotage interviennent dans les premières semaines (exemple récent). Le Pr Bertrand Dautzenberg avait d'ailleurs souligné ce biais de l'étude en juin sur son compte twitter. 

Perdus de vue

En plus de cette sélection qui limite fortement [euphémisme] la portée de l'étude, son traitement des résultats est troublant. En effet, les chercheurs ont décidé de comptabiliser comme fumeurs les personnes ayant été perdues de vues entre le début et le contrôle à six mois. Or ceux-ci représentent 31,4% de l'échantillon initial de 3'000 personnes, qui s'est réduit réellement à 2'057 personnes à la fin. Je ne sais pas quelle peut être la justification rationnelle à ce jeu d'écriture consistant à intégrer aux résultats finaux comme fumeurs les personnes sorties de l'étude sans que l'on sache ce qu'il est advenu de leur statut de fumeur et/ou de vapoteur. Sérieusement, comment peut-on faire ça...?!?

Trafic d'OR


En faisant ainsi, le ratio entre fumeurs exclusifs initiaux et vapofumeurs initiaux ayant arrêté de fumer au final est amoindri à 1,2 fois plus de chances pour les vapoteurs. Mais si l'on s'en tient aux chiffres des personnes réellement contrôlées, les doubles usagers initiaux ont été 14,5% à arrêter de fumer, depuis un mois au terme du suivi, contre 10,3% des fumeurs exclusifs initiaux. 20% de chances supplémentaires d'arrêt du tabac a pu être jugées non significatif par Santé Publique France. Avec 40% de chances supplémentaires, le jugement de valeur communiqué aurait peut-être dû être différent...

Un quart du total des sevrages liés au vapotage

Outre les vapofumeurs initiaux, on peut noter que 8,5% des fumeurs exclusifs initiaux se sont convertis au vapotage exclusif, arrêtant de fumer avec la vape mais sans être comptabilisés dans les groupe initial de double-usagers. Les double-usagers ayant tout arrêté (vape et cigarette), ceux ayant arrêté de fumer et les fumeurs exclusifs finalement convertis au vapotage exclusif, autrement dit l'ensemble des fumeurs sevrés dont on peut retracer un usage du vapotage représentent 23,3% de l'ensemble des fumeurs sevrés au terme des six mois de suivi. Augmenter d'un tiers la part de fumeurs réussissant a arrêter de fumer est-il vraiment non significatif ?

La recherche montre l'augmentation du nombre de tentatives d'arrêt des cigarettes chez les co-usagers de vapotage initiaux. "Parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer et réduit leur consommation de cigarettes au suivi à 6 mois", concèdent les auteurs. Pour autant, ils concluent que "l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat". En ayant donc: 1) éliminé les vapoteurs qui avaient réussi rapidement à arrêter de fumer par un jeu de questions déphasées sur leur temporalité 2) intégré des personnes perdues de vue aux échecs finaux afin d'amoindrir le ratio d’efficacité et 3) catégorisé des personnes ayant arrêté de fumer à l'aide du vapotage dans ceux qui s'étaient sevrés sans vapotage. 

Comment peut-on oser signer un truc comme celui-là? Comment peut-on oser le relancer dans les médias en plein 'Mois Sans Tabac' ? Difficile de saisir la republication de résultats aussi honteux pour leurs auteurs en ce moment sans tomber dans une interprétation tendant à la paranoïa...


jeudi 21 septembre 2017

Royaume-Uni: La vape nouvel élément clef de la campagne Stoptober pour arrêter de fumer

La vape à l'honneur au Royaume-Uni. En Angleterre, la campagne Stoptober va s'appuyer sur le vapotage qui devient ainsi "un élément clef pour aider les fumeurs à arrêter la cigarette", selon la BBC. Le spot télé de la campagne met en avant divers moyens d'aide à l'arrêt dont le vapotage. Désormais, la vape est un outil pleinement considéré et intégré aux conseils délivrés par les tabacologues. "Le vapotage est particulièrement efficace lorsqu'il est combiné au soutien d'un centre stop-tabac local. Les gens qui choisissent ce moyen ont un des taux de réussite à l'arrêt les plus élevés", précise le site de la campagne du National Health Service (NHS).  Les Centres stop-tabac anglais suivent ainsi l'exemple précurseur du Stop-Smoking Service de Leicester.


Plus de succès d'arrêt depuis l'essor de la vape

En dehors des centres d'aide spécialisés aussi, le vapotage a boosté les succès à se libérer des cigarettes. Une étude de l'University College de Londres (UCL) montre que le taux de réussite a bondi depuis l'essor du vapotage. "Début 2017, plus de 20% des tentatives ont réussi à arrêter de fumer [pendant au moins un an], indique un rapport de l'UCL. Tandis qu'au cours de la décennie précédente, la moyenne de succès était de 15,7%", explique le Guardian du jour. Ce nouvel outil pour se libérer du tabac fumé semble bénéficier particulièrement aux bas revenus, habituellement défavorisés par les campagnes anti-tabac. "Le taux de réussite chez les personnes les plus pauvres était historiquement faible. Mais pour la première fois, les fumeurs ayant un emploi manuel ont presque autant de chance de succès que les cols blancs", souligne le Guardian.

La chute de la cigarette

Méthode désormais la plus populaire au Royaume-Uni pour arrêter de fumer, le vapotage avait déjà été utilisé par 53% des participants à Stoptober l'an passé. Depuis son essor en 2011, plus d'un cinquième des fumeurs anglais sont devenus ex-fumeurs, le taux de tabagisme chutant à 15,5% des adultes en 2016. Un résultat enthousiasmant qui contraste avec le pitoyable maintien du tabagisme dans les pays répressifs comme la Suisse (25% officiellement, mais plus de 30% réellement) ou la junte militaire de Thaïlande (42%). A raison, l'exemple du voisin anglais inspire les écossais. 

Les écossais inspirés

Ce matin, le National Health Service (NHS) d'Ecosse, regroupant plus de vingt organismes de santé, a officiellement déclaré le vapotage un outil de réduction des méfaits "définitivement beaucoup plus sûr" que les cigarettes, rapporte un autre article de la BBC. "Si nous essayons d'aider les gens à se décisder à arrêter de fumer alors le vapotage est une bonne option à prendre en considération", explique le Dr Andrew Fraser, directeur scientifique du NHS Ecosse. Sheila Duffy, directrice de l'Action on Smoking and Health (ASH) locale, abonde: "Le tabac est mortel et j'encourage toute personne qui fume à trouver un moyen d'arrêter qui marche pour elle. Cela peut inclure l'utilisation du vapotage et le recours au soutien gratuit à l'arrêt du NHS".


vendredi 11 août 2017

[Expresso] 75% d'arrêt de la cigarette avec la vape selon une thèse de l'Université de Louvain

Au terme de trois mois de suivi, 75% des personnes ayant opté pour le vapotage avaient réussi à ne plus fumer. La presse belge, avec quelques petits contresens en français et plus précisément en flamand, relate les résultats de la soutenance de thèse de Brent Boermans en faculté de psychologie comportementale à l'Université de Louvain.  Il a observé le sevrage et son évolution sur quatre mois de 53 fumeurs désirant arrêter avec différents moyens d'aide et soutenus par un tabacologue. Si sur un mois, les drogues pharmaceutiques (comme le Champix) sont les plus efficaces avec 100% de réussite, leur taux de rechute est de plus de la moitié après 3 mois. Contrairement au vapotage qui s'avère au final l'aide la plus efficace multipliant les chances d'arrêt du tabac par 1,69 fois par rapport à l'ensemble des autres options, et fait plus que doubler les chances par rapport aux substituts nicotiniques. 

La vape plus efficace dans la durée

On attendra la publication de la thèse elle-même pour avoir les détails, mais il est remarquable que les échecs avec la vape arrivent dans les toutes premières semaines, tandis que les autres moyens d'arrêts échouent à maintenir le taux de réussite de sevrage sur la durée. Ceci pourrait souligner l'importance des premiers conseils aux fumeurs essayant le vapotage. Cela confirmerait aussi le bien fondé du peu de confiance qu'une large partie des fumeurs accordent aux aides pharmaceutiques à long terme. Même si l'échantillon est réduit, il est à noter que ses résultats d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage sont cohérents avec ceux rapportés par le Dr Jean-Paul Humair de l'Hôpital Universitaire de Genève (HUG) dont nous avions fait état (ce qui est un quasi scoop tant les médias suisses boycottent les informations positives sur le vapotage!).

Sevrage tabagique maintenu après trois mois / un mois (n=53), thèse de Brent Boersman (Université de Louvain):

  •  50,9% de tous les participants restaient sevrés / après un mois ils étaient 75% 
  • Avec vapotage: 75% /déjà 75% après un mois
  • Avec vape + substituts nicotiniques combinés: 66% / déjà 66% après un mois
  • Drogue pharmaceutique: 42,8% /alors qu'ils étaient 100% après un mois
  • Substituts nicotiniques seuls: 30% au final / contre 70% après un mois


vendredi 9 juin 2017

[Expresso] Suivi à long terme: la vape outil contre le tabac et créature de plaisir


La vape est à la fois outil contre le tabagisme et créature de jouissance. C'est un des enseignements qui ressort d'une étude des motivations des vapoteurs à long terme du Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève. Publiée en accès libre dans Nicotine & Tobacco Research, revue de l'Université d'Oxford, l'enquête a sondé via internet 3868 vapoteurs réguliers entre 2012 et 2015. Plus des trois-quarts (77%) étaient ex-fumeurs, n'ayant plus fumé en moyenne depuis 3 mois au départ. Au cours du suivi, une tendance forte au plaisir de vapoter émerge, pour devenir progressivement la raison la plus citée de cet usage après une année pour 93% des vapoteurs. Tenir le tabagisme au loin reste l'autre grande motivation, mais son évocation se réduit de 87% au début à 56% des répondants après un an. "Même chez les vapoteurs établis, le comportement et les motifs de vapoter changent avec le temps", souligne le Pr Etter.

28% de fumeurs en moins chez les vapoteurs après un an

La consommation des vapoteurs réguliers et exclusifs reste stable en nombre de bouffées (env. 200/j) mais la concentration en nicotine de leurs liquides se réduit de 12 à 9 mg/ml en moyenne. Sur les 893 répondants après une année de suivi, 9% des 687 ex-fumeurs avaient rechuté dans le tabagisme, tandis que 28% des 64 qui étaient encore fumeurs (double-usagers) au début ont abandonné le tabac.

Mais rechute importante dans le tabagisme chez ceux qui arrêtent la vape

Après un an, l'arrêt du vapotage est corrélé à plus de rechute dans le tabagisme que le vapotage à long terme. Alors que la part de fumeurs au quotidien s'est réduit de 2% parmi ceux qui vapotent encore après un an, elle a augmenté de 18% chez ceux ayant lâché leur vapoteuse. Le chercheur note que les femmes semblent plus enclines à arrêter de vapoter que les hommes. "Le risque de rechuter dans le tabagisme après l'arrêt du vapotage devrait rester à l'esprit des vapoteurs, même par ceux qui ont arrêté de fumer depuis plusieurs mois", insiste le Directeur de Stop-Tabac.ch.

Vapoter et jouir ou surveiller et punir ?

En résumé, le chercheur genevois met l'accent sur trois points mis en relief par ce suivi de vapoteurs réguliers, et donc non représentatif de l'ensemble plus diversifié des vapoteurs. "Après 12 mois, le plaisir et la prévention de rechute sont les raisons les plus importantes de vapoter. Le taux de rechute vers le tabagisme est faible chez les ex-fumeurs et le taux d'abandon du tabagisme élevé chez les (encore) fumeurs initiaux. L'arrêt du vapotage est associé à plus de rechute dans le tabagisme".


jeudi 6 avril 2017

Etude internationale: Fort impact des réglementations sur les arrêts du tabac à l'aide de la vape

publiée dans Nicotine & Tobacco Research
Les réglementations influent-elles sur les chances de réussir son sevrage tabagique ? Cela paraît couler de source, mais aucune étude n'avait encore mesuré le poids de l'environnement législatif sur les arrêts avec la vape. Une comparaison de données recueillies entre 2010 et 2014 de deux paires de pays, la première américano-britannique alors peu restrictive, la seconde australo-canadienne avec de fortes restrictions à l'accès et l'usage des produits de vapotage, montre clairement l'impact. Tandis que 73,2% des fumeurs britanniques et américains sondés ayant tenté d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage ont réussi au moins durant un mois, seuls 31,5% de leurs homologues australiens et canadiens ont connu la même réussite. L'étude, publiée par la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, s'appuie sur les enquêtes de l'International Tobacco Control four country (ITC).

Elle montre que, dans l'environnement plus propice, les fumeurs optant pour l'aide du vapotage augmentent leur chance de sevrage à un mois par 1,95 fois [OR = odd ratio] par rapport à aucune aide. Soit un peu plus qu'avec les substituts nicotiniques (OR 1,64) et à peine moins qu'avec les drogues pharmaceutiques (OR 2,07). Mais dans les pays hostiles, utiliser le vapotage donne près de trois fois moins de chance de réussir (OR 0,36) que de se lancer sans aide. «Les raisons de l'effet de facilitation du vapotage pour cesser de fumer se trouvent uniquement dans les pays ayant un environnement moins restrictif à la vape», souligne l'étude signée de chercheurs américains, australiens, britanniques et canadiens. 

Matérialisme

USA, Royaume-Uni, Australie, Canada
Première raison invoquée par les chercheurs à cet effet bénéfique à l'arrêt du tabagisme par les réglementations les moins agressives contre la vape: la facilité d'accès aux produits. A fortiori, en offrant une palette diversifiée des appareils les plus efficaces, c'est-à-dire les systèmes à réservoir (à l'opposé des «cigalikes»), et évidemment aux liquides nicotinés qui doublent les chances d'arrêt par rapport à la vape sans nicotine selon le rapport Cochrane de 2016. Cette étude confirme d'ailleurs ces deux aspects dans les pays tolérants. Les utilisateurs de mods à réservoir ont 2,57 fois plus de chances de sevrage que les utilisateurs de cigalikes et 3,11 fois plus de réussite que les fumeurs se lançant sans aide. Tandis que les britanniques vapotant avec nicotine ont eu 3,07 fois plus de succès que ceux s'aidant de vapotage sans nicotine.

Dans la même veine, l'accès plus simple à des produits encouragent non seulement les tentatives avec l'aide de ces produits, mais aussi la prolongation de l'arrêt en facilitant l'accès à de nouvelles fournitures (liquides ou matériel) durant le sevrage. «Ceci peut contribuer à leur offrir de plus grandes opportunités d'expérimenter différents appareils et liquides jusqu'à ce qu'ils trouvent la bonne combinaison», explique l'article. 

Et mentalités

La seconde série de motifs met en relief l'aide que procure un climat social plus tolérant et serein à l'égard du vapotage aux fumeurs pour sortir du tabagisme par son aide. Plus confiants, ils seraient plus susceptibles de détermination et de persévérance dans leurs tentatives. Dans les pays restrictifs, «le faible accès au produit et peut-être la réticence à vapoter en public au milieu de personnes potentiellement hostiles sont des raisons plausibles pour penser que sa dénormalisation puisse être un facteur important du haut taux d'échecs», suggèrent les chercheurs. 

Ils soulignent aussi un possible biais d'auto-sélection: la mauvaise image de la vape cultivée par les pouvoirs publics hostiles limite son recours à certains fumeurs. «Il est également possible que, dans les pays à faible disponibilité, ceux qui ont choisi d'utiliser le vapotage pour cesser de fumer étaient les plus désespérés, ceux n'ayant pas réussi auparavant en utilisant les méthodes approuvées», émettent en hypothèse les chercheurs pour expliquer le plus faible taux de réussite à l'aide du vapotage que sans aucune aide en Australie. 

Soutien ou abandon de la part des soignants?

L'étude n'a pas pu prendre en compte l'aide comportementale apportée ou non aux fumeurs. «Parce que ce que constitue le soutien comportemental était trop hétérogène entre les différents pays, nous avons décidé de ne pas le retenir comme critère», expliquent les chercheurs. Reste qu'évidemment, entre les Stop Smoking Services britanniques en dialogue constructif avec les vapoteurs et le dogme australien de leur diabolisation, les compétences des professionnels de santé sur le sujet et l'aide apportée en conséquence aux fumeurs sur cette voie ne peuvent pas être de même qualité. D'autres facteurs, comme notamment le climat de peur entretenu par les médias sensationnalistes et/ou liés d'intérêt aux lobbys du tabac et de la pharma, n'a pas été pris en compte dans la comparaison. 

Et la Suisse?

La Suisse ne fait pas partie de l'étude. Mais les principaux enseignements de cette étude donnent de l'eau au moulin de mes analyses de 2015 sur le déficit d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage en raison des entraves fédérales. Mon analyse s'appuyait sur la comparaison des statistiques de prévalence de la population, ce qui est sensiblement différent des groupes de fumeurs tentant un sevrage suivis dans cette étude. Reste que le ratio de chances de réussir son sevrage entre pays restrictifs et pays permissifs (OR 0,36 versus OR 1,95) mis en évidence résonne avec les ratio d'adoption, c'est-à-dire de l'expérimentation à l'usage régulier, du vapotage que j'avais tiré de la comparaison des statistiques helvétiques et britanniques de 2014. 

«L'interdiction de la vente de liquide nicotiné concoure ainsi à six fois plus d'échecs des tentatives de passer à la vape des fumeurs en Suisse par rapport aux britanniques», avais-je alors souligné. Le parallèle se poursuit d'ailleurs sur la faible part de vapoteurs utilisant de la nicotine en Suisse et en Australie. Selon l'enquête d'Addiction Suisse, moins de 40% des vapoteurs helvètes utilisent de la nicotine, chiffre proche des 41% relevés dans cette étude pour les australiens, contre plus des trois quarts des britanniques. 

Guerre au vapotage, guerre aux pauvres

Les inégalités sociales de santé cultivées par les réglementations de santé publique
Autre point commun, les restrictions légales semblent entraver plus fortement l'accès au vapotage aux fumeurs défavorisés socialement. «Comparés aux répondants des pays avec une réglementation plus restrictive, une plus grande proportion de ceux de pays moins restrictifs sont plus âgés, avec des revenus plus faibles, (...)», note la recherche internationale. En proportion, il y a deux fois plus de faibles revenus à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage lorsque l'environnement législatif est permissif que répressif. Les données suisses ne tiennent pas compte des niveaux de revenus, mais du niveau de formation. Les auteurs soulignaient dans le dernier rapport en commentaire que «la part d’usagers [du vapotage] au cours des 30 derniers jours augmente régulièrement avec l’augmentation du niveau de formation»

Les entraves législatives en augmentant le coût financier du vapotage, en compliquant son accès et le limitant aux personnes détenant des outils informatiques et de paiement électroniques ou aux personnes détenant un capital social leur permettant de passer par le marché gris/noir, empêchent selon toute vraisemblance des fumeurs de couches sociales défavorisées d'utiliser ce moyen d'arrêt tabagique. La stigmatisation des vapoteurs renforce cette dynamique vicieuse contre les personnes les moins outillées en terme de capital culturel pour résister aux campagnes de désinformation. Le gâchis sanitaire de la guerre au vapotage profite non seulement au tabagisme en général, mais accentue plus particulièrement les inégalités sociales de santé au profit des classes aisées. 

Autre leçon que l'on peut tirer de cette étude, aucune recherche sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage ne peut faire sérieusement l'impasse sur l'environnement législatif dans lequel la population étudiée évolue. Un point que, comme je l'avais entre autres souligné, G. Gmel et al. n'avaient pas tenu compte dans leur analyse publiée dans le Swiss Medical Weekly.


vendredi 24 mars 2017

Congrès E-ADD 2017: La Dr Anne Borgne ventile un vademecum sur la vape aux médecins

"On devrait plutôt dire vaporette ou vapoteuse, parce que cela ne ressemble pas du tout à une cigarette". D'emblée la Dr Anne Borgne, médecin addictologue, pulvérise les malentendus sur le vapotage. Invitée au e-congrès E-ADD 2017, elle présente la vape comme outil pour l'arrêt du tabac à plus de 1'400 professionnels de santé connectés. Ce premier exercice français du genre sur les addictions, diffusé ce 23 mars en direct, reste consultable en ligne jusqu'au 9 avril.

"Le grand avantage de la vape c'est d'arrêter les produits de combustion, le monoxyde de carbone, les cancérigènes... Toutes ces substances qui entraînent les maladies liées au tabac", explique la Présidente du RESPADD, le réseau de prévention des addictions. Avant de préciser que "ce n'est ni un médicament ni du tabac", mais en se substituant au tabagisme, le vapotage améliore l'état de santé des ex-fumeurs. La vape est au moins à 95% moins risquée que la cigarette selon les organismes de santé britanniques, rappelle la docteure.

Soutenir

Dans l'approche préconisée par la Dr Anne Borgne, la première mission du professionnel de santé confronté à la question d'un patient fumeur est de soutenir et renforcer sa démarche. "Augmenter la confiance pour passer à l'action, c'est le point important", insiste la tabacologue. Il faut prendre le fumeur dans sa globalité, à la fois sa dépendance physiologique, psychologique et l'accompagnement social. "Le vapotage est un outil dans la globalité de l'accompagnement d'un fumeur dans une démarche d'arrêt", souligne t-elle.

Dans la vraie vie

Jaillissant sur le marché européen il y a quelques années, la vape a été rapidement prise en main par les usagers. "Les vapoteurs se sont constitués en association, ils ont défendu ce produit et ont mené à ce que les scientifiques s'y intéressent", retrace Anne Borgne. Depuis des normes, notamment de l'AFNOR, ont été créées sur la qualité des produits. Reste en suspens, une preuve clinique solide de l'efficacité du vapotage pour l'arrêt tabagique. Mais les protocoles d'études cliniques sur le sevrage tabagique sont peu réalistes aux yeux de la tabacologue. "Dans la vraie vie, on voit bien que les vapoteurs peuvent par exemple utiliser en même temps des substituts nicotiniques", explique t-elle.

Derrière l'approche quasi pharmaceutique des études se tapie l'inébranlable dogme de "l'abstinence ou la mort". A contre-pied de cette approche générant surtout l'échec, la docteure plaide pour combiner la diversité des outils d'arrêt du tabac à l'acceptation du rythme propre au patient sur son parcours. "Ce qui est intéressant dans cette multiplicité, c'est que chacun choisisse la stratégie et les outils qui lui correspondent. Et qu'on lui laisse le choix et le temps d'avancer dans sa démarche", propose la Dr Anne Borgne.

Vape sense

Signe indirect de l'efficacité de la méthode, certaines mutuelles françaises remboursent même leurs assurés fumeurs s'engageant sur un parcours de défume avec le vapotage.  Dans le même sens, une proportion toujours plus importante de tabacologues, addictologues et médecins généralistes s'en empare. Des rencontres avec des vapoteurs ou des professionnels de santé aguerris permettent de découvrir l'outil pour ensuite pouvoir le recommander et orienter les patients fumeurs. 

Dans le petit panel de moyens à disposition, la vape se distingue des autres modes de consommation de nicotine à faible risque, comme les gommes ou les patchs, par sa sensualité. "Son intérêt, c'est qu'elle donne des sensations. Il y a le hit, cette sensation au fond de la gorge, et puis cette vapeur", décrit-elle. Ce rôle déterminant des sensations impose au novice d'aller en boutique. "On va savoir si le vendeur est bon s'il commence par écouter le fumeur et l'interroger sur combien il fume, à quel moment il fume la première cigarette le matin, s'il a déjà essayé d'arrêter, etc.", souligne Anne Borgne. En somme, le vendeur cherche à déterminer quel appareil et quel taux de nicotine des liquides sont à faire tester à son client. 

Ne pas nuire en privant les patients d'un outil

Si les inclinaisons entre les flagrances de liquides sont bohèmes, la question de l'apport de nicotine est plus technique. "La cigarette inflige un vrai shoot de nicotine en 7 secondes au cerveau. Avec la vape, cela s'apparente plus à la cinétique d'un substitut nicotinique en vaguelettes", précise la docteure bretonne, en expliquant comment le liquide, principalement constitué de glycerol et propylène glycol, est chauffé par une résistance pour générer l'aérosol inhalé. 

Un procédé simple en définitive et dont les études éclairent toujours plus l'important potentiel de réduction des méfaits contre le tabagisme. En conclusion, la docteure martèle son credo optimiste, humaniste et hippocratique. "Il faut avoir des messages positif sur le vapotage et arrêter de dire "on ne sait pas, on n'a pas de preuves". Car cela dessert cet outil et en desservant l'outil, cela dessert ceux qui pourraient l'utiliser pour arrêter de fumer".


mardi 15 novembre 2016

La vape, une aide bien accueillie par les patients à l’hôpital de Genève (HUG)


«Cette petite étude suggère que la E-cigarette pourrait être efficace à court terme pour aider les patients à réduire ou arrêter leur tabagisme dans la pratique médicale». Présentés aux Swiss Vaping Days le 22 octobre dernier, les résultats d'une étude observationnelle de 54 patients, par le Dr Jean-Paul Humair en consultation de tabacologie aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), sont réjouissants. Des médecins de premier recours ont accompagné en moyenne durant cinq mois, des fumeurs essayant le vapotage, proposé en seconde intention, pour arrêter de fumer ou réduire leur consommation tabagique. Des cas plutôt difficiles qui avaient échoué auparavant avec les aides classiques, comprenant conseils et traitements pharmaceutiques proposés par la consultation de tabacologie. 

96% d'usage au quotidien

Les 54 patients fumaient en moyenne 25 cigarettes par jour et la première moins d'un quart d'heure après leur réveil. Quinze d'entre eux (soit 29%) sont atteints d'une maladie chronique liée à leur tabagisme et 23 (44%) ont un trouble psychique, le plus souvent une dépression. La quasi totalité des patients ont accroché au vapotage, 51 (96%) d'entre eux l'utilisant au quotidien. Avant ou pendant leur essai de la vape, 36 (67%) ont pris un traitement par substitut nicotinique ou Champix (varenicline). «Il y a une bonne acceptabilité du vapotage par les patients», souligne le Dr Humair, également directeur du CIPRET Genève. Les patients ont acheté par eux-mêmes matériel de vape et liquides, dont on sait que ceux avec nicotine sont interdits de vente mais pas d'usage en Suisse.

En plus d'être bien accueillie, la vape apparaît efficace. Sur les 54 patients, 28 avaient pour objectif le sevrage total et 26 visaient une réduction de leur consommation. Au terme du suivi, 22 patients (47,9%) ne fumaient plus, dont trois n’espéraient initialement que réduire leur tabagisme. Dix-huit fumeurs (37,5%) ont réduit leur consommation de tabac, en moyenne de 40%. Sept patients (14,5%) n'ont connu aucun changement dans leur tabagisme et six ont été perdus de vue et n’ont pas été comptabilisés pour l’effet sur leur tabagisme. 

Un moyen de sevrage à proposer aux fumeurs

Malgré les quelques échecs, le tabacologue est confiant. «Des études cliniques devraient tester l'efficacité du vapotage à long terme pour avoir des preuves plus solides. Mais les cliniciens pourraient déjà le proposer à certains fumeurs pour élargir les choix de traitement du sevrage tabagique, notamment si les autres approchent ne marchent pas», conclut-il son exposé, également présenté au Congrès Suisse de Médecine interne générale en mai 2016. 

Une étude clinique du sevrage tabagique à l'aide du vapotage est en projet en Suisse, au stade d'élaboration du protocole. Question sensible pour une telle recherche: l'adhésion des patients au vapotage peut-elle être aussi bonne sans une implication de leur part dans le choix et le processus d'appropriation de l'outil engendrés en situation réelle?


mercredi 5 octobre 2016

[Expresso] Incitative, la vape à long terme multiplie par quatre les chances de lâcher le tabac, selon une étude longitudinale californienne

Utiliser le vapotage sur long-terme incite à tenter d'arrêter de fumer et donne beaucoup plus de chance de réussir. Une étude longitudinale, menée entre 2012 et 2014 par le Dr Shu-Hong Zhu du Moore Cancer Center de l'Université de San Diego, a comparé des fumeurs utilisant la vape à long terme, à court terme ou ne l'utilisant pas. Résultats sans appel publiés avant-hier dans Tobacco Control du British Medical Journal: 42,4% des vapoteurs à long terme ont quitté le tabagisme, alors qu'ils ne sont que 14,2% chez les vapoteurs épisodiques et 15,6% chez les non-vapoteurs. Après ajustement statistique, le coefficient de réussite donne 4,1 plus de chances avec un usage à long-terme que sans vapotage. La vape à court terme n'a d'influence ni positive ni négative sur les arrêts par rapport à l'absence d'utilisation. Contrairement aux récentes affirmations sur Regulator Watch du Pr Stanton Glantz, le vapotage pousse aussi à tenter d'arrêter de fumer: 72,6% des fumeurs utilisant la vape à long terme ont essayé de lâcher leur clope contre 45,5% des fumeurs dédaignant l'aide du vapotage.

vendredi 30 septembre 2016

[Expresso] Quel conseil à un fumeur qui veut arrêter? Etude de cas des Dr Polosa & Caponnetto

Quel conseil un médecin devrait donner à un jeune fumeur hypertendu et en surpoids pour lâcher la clope? Une question abordée dans un article qui vient d'être publié dans Internal and Emergency Medecine en libre accès. Les Dr Riccardo Polosa et P Caponnetto animent le Centre de prévention et soin du tabagisme de la polyclinique universitaire de Catania, où ils intègrent le vapotage à leur arsenal d'aide. Deux papiers publiés en juin dernier dans le New England Jounal of Medecine (NEJM) avaient déjà discuté cette question. 

D'un côté, le Pr Christopher Bullen, de l'Université d'Auckland, préconise de considérer l'aide au sevrage par la vape. De l'autre, le Pr Stanton Glantz, de l'Université de Californie, estime que le vapotage n'aide pas à arrêter de fumer et recommande de décourager le patient d'essayer d'arrêter de fumer de cette manière. Le très médiatique californien s'appuie sur une meta-analyse largement critiquée pour sa faiblesse méthodologique, car elle exclut les succès à l'aide du vapotage (sic!) comme expliqué par les Pr Peter Hajek et Haiden MacRobbie dans le Lancet. La star américaine se réfère également à des études douteuses, comme celle publiée dans le Swiss Medical Weekly par le Pr G. Gmel d'Addiction Suisse.

En contraste de cette position contre l'arrêt du tabagisme à l'aide du vapotage, les deux tabacologues italiens présentent une étude de cas. Autrement dit, les raisons argumentées pour lesquelles ils conseillent le vapotage pour ce profil de fumeur.