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dimanche 10 juin 2018

[Bref] En Nouvelle-Zélande, la santé publique demande a une obscurantiste américaine de la fermer

"Laisser une personne des États-Unis, scientifique de laboratoire sans aucune expérience réelle de travail avec les gens pour les aider à arrêter de fumer, tenir ces propos est tout simplement irresponsable. Elle ne semble pas travailler avec des patients ni dans la santé publique. Pourquoi la laisser commenter ces questions ?" Lance Norman, le directeur de Hãpai Te Hauora le service de santé publique maori, ne décolère pas des propos irrationnels contre le vapotage diffusés sur TV3 à travers une interview de Michelle Peace, professeure en Médecine légale de Virginie (USA). Les acteurs de terrain néo-zélandais s'agacent de cette "ingérence américaine contre la santé publique " sur la question de l'arrêt tabagique.

A l'émission The Project mercredi dernier en prime time, l'américaine Michelle Peace déclare croire que les vapoteurs devraient "être inquiets", car le vapotage contient des "produits chimiques" (!) dont de "la nicotine" (!!). "Je pense que les scientifiques discutent encore pour déterminer si les effets sont ou non à l'échelle inoffensive. Ce n'est pas de la vapeur d'eau, et l'eau dans les poumons est appelée la noyade alors... [rires]", s'est-elle ridiculisée. Avant de refuser de débattre de l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer, en concédant qu'il ne fait "aucun doute que les gens ont besoin d'arrêter de fumer des cigarettes"

Dry dead

"Comment perdre sa crédibilité de scientifique d'un seul coup? Allez sur The Project NZ et dites que les vapoteurs 'inhalent de l'eau', et que donc 'ils seraient en train de se noyer'! Oops. S'en tenir à des sujets que l'on connait", griffe Marewa Glover, spécialiste néo-zélandaise de l'arrêt tabagique, sur Twitter. Bien qu'américain, le Pr Carl Philipps ajoute avec son sens de l'ironie que "si vous n'avez pas trace d'humidité dans les poumons, c'est que vous êtes mort en plein désert depuis quelques temps déjà".

Lance Norman aussi a bondit de son canapé en entendant le florilèges de grosses conneries de Michelle Peace à une heure de grande écoute. "Des commentaires erronés ont été émis dans cette émission à l'intention des personnes qui essayent d'arrêter de fumer. Nous sommes surpris qu'il n'y ait pas eu de contre-point", explique le communiqué de l'organisme de santé maori. "Il y a des dizaines de millions de personnes qui vapotent dans le monde entier et il n'y a encore aucun signe de problème de santé majeur, rien de comparable aux dommages immenses et irréversibles causés par les cigarettes. Parler de la maladie des ouvriers du «pop-corn» américains à cause du vapotage est de l'alarmisme infondé", insiste Lance Norman sur une des perles de l'américaine.

Ne pas nuire

Mihi Blair, directrice générale du service national de lutte contre le tabagisme, est aussi en colère contre l'obscurantiste américaine: "Si elle se souciait de nos communautés, en tant que toxicologue médico-légale, elle aurait pu mentionner la stupéfiante toxicité de fumer des cigarettes et de la fumée secondaire et que le vapotage ne présente pas". Cette volée de bois vert s'est clôt par un appel à la responsabilité sanitaire du directeur de Hāpai Te Hauora. "Nous devons être en mesure d'offrir à nos gens la meilleure chance possible d'être sans fumée", déclare Lance Norman. "Nous avons les témoignages de beaucoup de fumeurs pour qui le vapotage fonctionne pour eux. Ne rendons pas une tâche difficile encore plus dure en répandant des peurs inutiles".


vendredi 1 juin 2018

Journée Mondiale Sans Tabac en Suisse: la Ligue pulmonaire déplore, les boutiques de vape agissent [MàJ]

Deux attitudes très contrastées durant la Journée mondiale sans tabac hier en Suisse romande. D'un côté, Virginie Bréhier, de la Ligue pulmonaire vaudoise dans les studio de la radio LFM, exprime sa déception du peu de mesures "structurelles, comme la possibilité de le consommer, le prix, les mesures autour de la publicité et à quel âge on peut s'en procurer" pour lutter contre le tabagisme en Suisse. De l'autre, serpentant en tricycles dans les rues genevoises et fribourgeoises ou postés sur des places populaires de Lausanne, Vevey et Yverdon, des employés d'une boutique romande historique proposent aux fumeurs d'essayer la vape. La fin de neuf ans de prohibition de vente des liquides nicotinés offre un souffle nouveau au vapotage pour s'attaquer au tabagisme. "J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique" est le nom de cette opération de street marketing où se propose un kit pour débuter. 

Aide concrète dans la rue

Essai du matériel autour d'un guéridon et discussion en petit groupe sur le vapotage naissent le temps de cette journée qui se voudrait sans tabac. Une action pour aller chercher les fumeurs dans la rue qui deviendrait impossible si le vapotage était assimilé au tabagisme et l'interdiction totale de publicité des produits du tabac entérinée comme l'espère la porte-parole de la ligue pulmonaire en plateau radio. A ses côtés, Isabelle Jacot-Sadowski, tabacologue de la policlinique de Lausanne, non plus ne dit mot sur la possibilité d'arrêter de fumer à l'aide de la vape. Nous avons pourtant déjà eu l'occasion d'échanger sur le sujet. Bien qu'il soit déjà le moyen le plus utilisé par les fumeurs suisses pour s'en sortir, le sujet du vapotage est resté tabou en l'absence d'usager au micro de Morax sur LFM. Mais au même moment, l'aide concrète pour donner une opportunité de sortir du tabagisme aux fumeurs se déroulait dans les rues.

Add 17h20: La page Facebook de J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique, où l'on trouve aussi d'autres photos, annonce quelques chiffres: "Hier, ce sont 2'400 contacts qui sont venus tester et essayer la vape lors de la journée mondiale sans tabac avec notre opération de Street Marketing. (...) 12 promoteurs pour 64 heures de présence dans 9 villes. Pour nous, c'est un succès complet !!! Bravo à chaque passant qui s'est arrêté quelques minutes auprès de nos promoteurs vapoteurs".


jeudi 31 mai 2018

[Bref] Le crépuscule du tabagisme: plus de 40 millions de vapoteurs dans le monde selon la BBC

Après le Royaume-Uni, les récents chiffres officiels en France le confirment: le vapotage est l'outil de sortie du tabagisme de masse dont s'emparent les fumeurs pour ne plus l'être. Sa répression permet encore aux ventes de tabac, et des médicaments liés aux maladies déclenchées par le tabagisme, de prospérer dans certains pays, tel que la Suisse. En cette Journée mondiale sans tabac, la BBC a mis en avant un récapitulatif chiffré de l'essor du vapotage. Le cabinet Euromonitor estime qu'on a dépassé le seuil de 40 millions de vapoteurs dans le monde. De 7 millions en 2011, le vapotage a été embrassé par 35 millions d'usagers en 2016, Euromonitor prévoit que plus de 55 millions d'utilisateurs en 2021. Edit 21h: Comme l'a fait remarqué Jacques Le Houezec, l'estimation d'Euromonitor agrège aussi les usagers de tabac chauffé... /

Extrait de C dans l'air (France 5) hier, avec François Bourdillon, directeur de Santé Publique France:


Systèmes ouverts majoritaires

BBC selon Euromonitor
Les vapoteurs sont avant tout tournés vers les systèmes dits ouverts, permettant de conjuguer atomiseurs et box selon les besoins et de choisir les liquides de remplissages dans l'énorme variété du marché. Cette orientation s'oppose aux systèmes fermés propriétaires, imposant de racheter des capsules de liquides scellées à la marque du modèle, rendant captif le consommateur. Néanmoins, l'essor fulgurant de la Juul aux Etats-Unis ces derniers mois, qui avale à grande vitesse des parts de marché des cigarettes (de tabac), incite à ne pas condamner la possibilité d'un développement de ce type de produit.

Les vapeshops en première ligne

Les boutiques spécialisées sont en première ligne de cet exil des fumeurs à l'aide de l'outil de réduction des dommages. Elles offrent les conseils techniques nécessaires, du choix et bien souvent un soutien humain dans la démarche d'arrêt tabagique, comme le relate les témoignages de terrain dans le dernier Bulletin de Sovape. Une enquête d'Ernst & Young, menée en 2015 au Royaume-Uni, France, Allemagne, Pologne, Italie, Russie et Corée du Sud, montre clairement le recours privilégié à ce canal par les usagers. Leurs motifs de se convertir au vapotage n'y sont probablement pas étrangers. 

Mouvement publique de santé

Arrêter ou moins fumer pour arrêter l'impact néfaste sur sa santé des cigarettes, tout en conservant le plaisir de la nicotine, d'un geste et de nouvelles sensations olfactives expliquent l'engouement massif. Un soutien des autorités permettrait sans aucun doute d'accélérer cette révolution technique et sanitaire. Mais à part les britanniques, les autres pays semblent plus intéressés à endiguer la perte de revenu fiscaux liées à la sortie du tabagisme des plus de quarante millions de vapoteurs. A défaut des usagers diffusent conseils et soutiens aux fumeurs cherchant à se libérer des cigarettes, comme par exemple l'excellente brochure de l'association Helvetic Vape sur le sujet en Suisse, ou des groupes d'entraide à l'arrêt des cigarette avec le vapotage dont nous avons, avec l'association Sovape, fait une analyse publiée cette semaine.

Sur RTL, le Dr William Lowenstein, de SOS Addiction, et Dominique Laverge, de la Société française de pneumologie, au micro d'Yves Calvi:



lundi 28 mai 2018

Santé Publique France: nette baisse du tabagisme et 27% des tentatives d'arrêt à l'aide de la vape

Selon une enquête mandatée par Santé Publique France, le tabagisme recule significativement avec 32% de fumeurs, dont 27% au quotidien en 2017. "Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", précise l'article dirigé par Anne Pasquereau. Une baisse du tabagisme qui est très prononcée dans la catégorie des jeunes hommes et relativement homogène entre les classes sociales. "C’est la première fois depuis 2000 que la prévalence du tabagisme quotidien diminue parmi les fumeurs les plus défavorisés : de 38,8% en 2016 à 34,0% en 2017 parmi les personnes aux revenus les plus faibles, de 49,7% à 43,5% parmi les personnes au chômage", souligne le même article du Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) n°14-15, qui sera publié demain. Intérêt pour l'approche de réduction des dommages, une mesure inédite évalue à 27% les tentatives d'arrêt tabagique s'étant emparées du vapotage au dernier trimestre 2016, autour de l'opération Mois Sans Tabac de novembre. 

Par ailleurs, l'association Sovape diffuse ce matin un document analysant le groupe d'entraide par les pairs sur facebook Les Vapoteurs #MoisSansTabac 2017. Ayant participé à la rédaction de ce rapport avec Nathalie Dunand, Sébastien Béziaux et Thierry Pelé, je m'abstiens de le commenter (mais je vous encourage à le lire ;) ). Les deux travaux n'évaluent pas la même édition de l'opération - 2016 pour le BEH, 2017 pour Sovape -, ni sur le même angle - évaluation de l'opération globale du BEH, focus sur l'initiative de l'entraide avec le vapotage sur facebook pour Sovape -.

Baisse significative du tabagisme selon SPF

L'enquête de Santé Publique France (SPF) a fait sonder par le cabinet Ipsos 25'319 personnes via téléphone entre janvier et juillet 2017 à propos de leur statut tabagique et d'éventuelles tentatives d'arrêt tabagiques dans le dernier trimestre 2016. "En 2017, 31,9% des personnes de 18-75 ans interrogées ont déclaré qu’elles fumaient au moins occasionnellement et 26,9% quotidiennement. Ces prévalences sont en baisse de respectivement 3,2 et 2,5 points par rapport à 2016", souligne le BEH (p. 265). Une diminution d'ampleur inédite depuis une dizaine d'années insistent les auteurs.

"Sur l’ensemble des fumeurs quotidiens au lancement de Mois sans tabac, 15,9% ont fait une tentative d'arrêt (TA) d’au moins 24 heures au dernier trimestre 2016, ce qui représente environ 2 millions d’individus. De plus, 18,4% d’entre eux déclaraient avoir fait cette tentative en lien avec Mois sans tabac. Cela représente 2,9% de l’ensemble des fumeurs quotidiens soit près de 380 000 TA liées à Mois sans tabac", estiment les auteurs du groupe Baromètre Santé 2017 du SPF (p. 300). Parmi ces fumeurs déclarant une tentative d'arrêt durant le dernier trimestre 2016, 30,8% ont arrêté de fumer au moins 30 jours [à mettre en regard avec prudence de la mesure du rapport Sovape de 48% d'arrêts à la fin du Mois Sans Tabac 2017, début décembre, dans le groupe d'entraide sur facebook avec la vape]. 

27% des tentatives d'arrêt s'aident de la vape

Selon l'enquête du SPF, un peu moins de la moitié (47,7%) des tentatives sur le dernier trimestre 2016 se sont passées avec une ou des aides. 67,1% chez ceux qui ont fait une tentative liée à l'opération Mois Sans Tabac. La principale aide est la vape pour 26,9% de l'ensemble des tentatives (soit 56,4% des tentatives avec une aide était avec la vape), puis les substituts nicotiniques pour 18,3%. L'enquête mentionne aussi des aides de type accompagnement: médecin, site TIS, appels... D'après mon calcul, en moyenne les personnes ayant eu recours à de l'aide en ont utilisé 1,67. La ligne 3989 n'a été utilisée que par 0,9% des répondants. "Des analyses sont prévues à partir des données du Baromètre santé 2017 pour étudier de manière plus globale les aides utilisées lors d’une tentative de sevrage tabagique et les différences éventuelles observées en matière d’abstinence", promettent les auteurs (p. 302).

Plus de tentatives avec la vape, moins de tentatives sans aide et plus de succès ?

Il est intéressant de comparer cette part de tentatives d'arrêt à l'aide de la vape en France avec d'autres pays et en miroir, la part des fumeurs qui tentent sans aide. Aux 27% de tentatives avec la vape relatés par cette enquête, correspondent plus de 38% en Angleterre, mais moins de 10% en moyenne dans l'Union Européenne, un peu plus de 9% en Allemagne et moins de 6% en Suisse. On peut voir que la part des tentatives sans aide, supposées avoir moins de réussites au moins à court terme, répond en miroir à ces différences: une minorité en Angleterre, près de 53% en France, 59% en Allemagne, et un niveau extravaguant dépassant 70% en Suisse en 2015 dans le contexte de répression du vapotage nicotiné. Les français se situent ainsi entre pays enthousiastes et frileux - si ce n'est protecteur de leur industrie tabagique et pharmaceutique - dans leur relation à l'outil de réduction des dommages. 

Un des éléments clefs ayant convaincu les responsables britanniques de l'intérêt du vapotage pour l'arrêt tabagique est la progression très nette de la part de succès des tentatives depuis son essor. "Le taux de succès d'arrêt est passé de 13,4% en 2010 à 19,8% en 2017", soulignent Robert West et Jamie Brown du Smoking Toolkit Study. Les données présentées dans le BEH ne permettent pas de faire une comparaison stricte, les entretiens s'étant étalés de janvier à juillet. Les déclarations d'arrêts maintenus peuvent correspondre de quelques semaines à six mois d'arrêt. Malgré ce biais favorable à surestimer les résultats, le taux annoncé de 17,9% reste sensiblement en dessous des 19,8% de succès anglais, où le vapotage est ouvertement soutenu par les autorités.

En complément sur ce sujet, le nouveau Bulletin de Sovape, publié ce matin également, explore la question de l'impact de la réglementation du vapotage sur le tabagisme, et évidemment de la sortie du tabagisme à son aide. Les analyses de Jean-Pierre Couteron, de la Fédération Addiction, du Pr Bertrand Dautzenberg, de Jean-Félix Savary, du Groupe Romand d'Etudes sur les Addictions et d'Olivier Théraulaz, président d'Helvetic Vape, débattent du sujet.

Motiver pour aider à adopter un nouveau comportement

L'analyse de Santé Publique France de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac sur les différents groupes sociaux montre que les personnes "inactives" - étudiant, retraité, autre personne sans activité professionnelle -  ont été incitées à se lancer à travers l'opération. Au niveau du diplôme détenu, une proportion significativement plus importante au sein des personnes ayant plus que le Bac ont tenté d'arrêter de fumer durant le dernier trimestre 2016, en contraste fort avec les peu diplômés.

Les auteurs se félicitent de l'impact de l'opération Mois Sans Tabac. Ils en expliquent le principe. "Le comportement adopté à un moment donné est le résultat de différents types de motivations, allant des impulsions régies par des désirs, des émotions, jusqu’à des plans personnels fondés sur des évaluations profondément réfléchies (...). Une campagne comme Mois sans tabac est donc destinée à multiplier par le plus grand nombre de canaux possibles (médias, groupes de soutien, kits d’aide à l’arrêt, etc.) les incitations à l’arrêt du tabac. En agissant sur l’ensemble du système motivationnel, les chances d’adopter un nouveau comportement (ici arrêter de fumer) sont plus importantes" (p. 299). Un principe qui pourrait s'appliquer au passage des fumeurs vers le vapotage si les autorités sanitaires françaises se convertissent elles-mêmes au bon sens de la réduction des risques. La population incline de toute évidence en ce sens...

Même si sans surprise la Dépêche du Midi, qui a visiblement un droit à ne pas respecter les délais d'embargo imposés aux autres sur l'information de Santé Publique France, imprime la parole consacrée en ne pipant mot sur le principal outil utilisé pour arrêter  par les fumeurs en France et préfère célébrer les ventes de substituts nicotiniques pharmaceutiques, dont ceux des Labo Fabre qui détiennent une part du capital du journal du Sud-Ouest. Business as usual...



lundi 14 mai 2018

Le vapotage nicotiné est officiellement légalisé en Nouvelle-Zélande

Après la Suisse, c'est au tour de la Nouvelle-Zélande d'être libérée de la prohibition. Un communiqué officiel ce 9 mai du gouvernement néo-zélandais annonce la légalisation de la vente des produits de vapotage avec nicotine, ainsi que du snus (sachet de tabac à nitrosamines réduites) et des produits de tabac chauffé. Le traitement de ce dernier produit était en litige devant la Cour qui a rendu un verdict en faveur du cigarettier Philip Morris. C'était le dernier détail à régler pour que le Ministère prépare la modification du texte de loi concerné (SFEA). En pratique, la vente de liquides nicotinés était déjà tolérée depuis l'annonce de leur légalisation imminente par la Ministre déléguée Nicky Wagner l'an passé. 

Le ministère de la Santé explique à présent étudier la meilleure façon d'appliquer une réglementation proportionnée selon le niveau de risque pour tous les produits nicotinés, comprenant le tabac fumé, le tabac sans fumée et les produits de vapotage. "L'interdiction de fumer dans les lieux de travail intérieurs, les centres de la petite enfance et les écoles s'applique uniquement au tabagisme. Elle ne s'applique pas au vapotage ou aux produits qui ne sont pas fumés", précise le communiqué du site gouvernemental. 

La légalisation du vapotage était attendue de longue date par les défenseurs de la réduction des risques. Un demi-million de néo-zélandais fument et 5'000 en meurent chaque année, selon les estimations officielles. L'objectif annoncé de "SmokeFree 2025" est de ramener le taux de tabagisme de 15% actuellement à moins de 5% d'ici 2025. Le tabagisme frappe particulièrement les groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes maoris fumeuses pour 42% d'entre elles. 

Sur la chaîne TVNZ, Andrew Slater, dirigeant de Quitline, explique que le vapotage aide à arrêter de fumer:


samedi 12 mai 2018

Etude DEBRA: la vape reste le moyen d'arrêt tabagique le plus utilisé en Allemagne malgré la TPD

Près d'une tentative d'arrêt tabagique sur dix se fait à l'aide de la vape en Allemagne. Hors les tentatives sans aucune aide (58,7%), le vapotage est le moyen le plus employé par les fumeurs allemands pour se sortir du tabagisme devant les substituts nicotiniques (6%). C'est un des résultats du suivi DEBRA, institué depuis 2016 en suivant l'exemple anglais, publiés par Deutscher Aerzteblatt, la revue médicale allemande. L'étude menée par le Pr Daniel Kotz, de l'Université de Dusseldorf, s'appuie sur six sondages entre juin 2016 et mai 2017 totalisant plus de 12'200 répondants âgés d'au moins 14 ans. 

Plus de 28% de fumeurs, moins de 2% de vapoteurs

Ce monitorage évalue la prévalence tabagique à 28,3% chez les plus de 14 ans, avec une consommation moyenne de 14 cigarettes par jour. Les fumeurs sont 32% des hommes et 25% des femmes, tandis que 11,9% des 14-18 ans fument. Les plus défavorisés socialement sont plus nombreux à consommer des cigarettes. "Le diplôme et le revenu net des ménages montrent tous deux une relation linéaire: plus le certificat de fin d'études et le revenu sont bas, plus la proportion relative de personnes qui fument est élevée", expliquent les chercheurs. 
Caractéristiques sociologiques vapoteurs, ex-vapoteurs et jamais vapoteurs

Concernant la vapote, 1,9% de la population l'utilise actuellement, 2,6% des hommes et 1,3% des femmes. Parmi les vapoteurs actuels, 14% déclarent être ex-fumeurs. Tandis que 15,2% de ceux qui ont utilisé puis cessé la vapote avaient aussi arrêté de fumer. "La consommation parmi les personnes n'ayant jamais fumé de tabac est très faible (0,3%)", précise l'étude. Près d'un dixième de la population adulte a essayé de vapoter dans l'année ainsi que 14,6% des 14-18 ans, mais seuls 2,9% des 14-18 ans l'utilisaient encore au moment du questionnaire.

Un effet TPD en faveur du tabagisme ?

La prévalence du vapotage a augmenté de façon continue lors des cinq premières vagues du suivi (tous les 2 mois de 0,2% à 0,5%). Mais entre février 2017 et la sixième vague en mai, ce taux a chuté de 2,6% à 1,9%. "En mai 2017, la nouvelle directive de l'UE sur les produits du tabac (TPD) est entrée en vigueur après une période de transition d'un an, pour réglementer entre autres le vapotage plus fortement. Il y a peut-être un lien ici: la nouvelle législation a peut-être réduit le nombre de fumeurs de cigarettes consommant des produits de vape et, par conséquent, moins de gens ont cessé de fumer", soulignent les auteurs.
DEBRA juin 2016-mai 2017

Plaisir et arrêt du tabac


72% des vapoteurs allemands utilisent des liquides nicotinés, à une concentration moyenne de 6,5 mg/ml et en consommant en moyenne 3 ml par jour. Les 28% restant vapotent sans nicotine. Les différentes raisons invoquées par les utilisateurs de vape sont le plaisir (31,8%), en particulier celui lié aux saveurs (35,9%), le moindre coût que les cigarettes (31,9%), l'impact positif pour leur santé (31,4%), la moindre gêne pour leur entourage que les cigarettes (29,7%), ainsi que la réduction (33,5%) ou l'arrêt total du tabagisme (27,5%).

La vape aide autogérée pour l'arrêt tabagique

Concernant les arrêt tabagiques, 28,1% des fumeurs déclarent avoir tenté au moins une fois d'arrêter dans l'année écoulée. Le moyen le plus utilisé par ceux qui ont utilisé une aide est donc le vapotage dans 9,1% des cas, dont environ la moitié déclare l'utiliser sans nicotine. En comparaison, plus de 35% des tentatives d'arrêter de fumer se font à l'aide du vapotage en Angleterre, et seulement environ 5% en Suisse

En Allemagne, selon le suivi DEBRA, seules 12,5% des tentatives se sont faites avec au moins une des aides recommandées officiellement par les autorités sanitaires, telles que les substituts nicotiniques, les médicaments, les consultations médicales ou les thérapies cognitivo-comportementales. Les auteurs promettent de mener des études plus poussées sur l'efficacité du vapotage pour arrêter de fumer lors de prochaines enquête du programme DEBRA.

Autres tableaux :


dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

dimanche 18 février 2018

[Ristrett'] Nouvelle position de l'American Cancer Society: reconnaissance du vapotage comme réduction des méfaits

C'est encore loin d'un soutien à une approche conséquente de réduction des méfaits, mais l'inflexion est significative. La nouvelle position de l'American Cancer Society (ACS) sur le vapotage recommande aux cliniciens de soutenir toutes les tentatives d'arrêt de fumer, y compris celles s'aidant du vapotage. Cependant, l'ACS privilégie toujours les produits pharmaceutiques. "Certains fumeurs, malgré les conseils fermes du clinicien, n'essaieront pas d'arrêter de fumer et n'utiliseront pas les moyens de cessation approuvés par la FDA. Ces personnes devraient être encouragées à adopter la forme de produit du tabac la moins dangereuse possible. le passage à l'usage exclusif au vapotage est préférable à la poursuite de la fumigation des produits combustibles", explique le communiqué de l'organisation publié ce 16 février. Classée parmi les dix organismes de charité les plus populaires aux Etats-Unis. l'American Cancer Society, bien que critiquée pour ses liens avec l'industrie pharmaceutique et les salaires plus que confortables de ses dirigeants, est très influente.

Interdire et abandonner ou détourner et accompagner?

On notera évidemment que l'ACS maintient l'idée que le vapotage est un produit de tabac, alors qu'il n'en contient pas. Mais elle reconnait aussi le point sanitaire fondamental de l'absence de combustion contrairement aux cigarettes. Malgré cette avancée scientifique, l'ACS reste campée sur une position anxieuse sur le volet de la réglementation. "L'ACS recommande fortement que tous les efforts soient faits pour empêcher l'initiation des cigarettes électroniques par les jeunes", insiste l'ACS. Bien que le tabagisme adolescent américain soit en chute libre depuis l'essor du vapotage, et que celui-ci soit déjà interdit de vente aux mineurs depuis mi-2016. 

Expérimenté par un grand nombre de jeunes, mais pour les 3/4 d'entre eux sans nicotine et très rarement adopté à long terme, l'irruption du vapotage depuis 2011 a accéléré la baisse du tabagisme des jeunes américains. La notion de détourner (nudge) les jeunes de la cigarette dans leur tendance forte à expérimenter ne semble pas encore faire partie de la compréhension de l'organisme anti-cancer, encore empreint de la superstition de la "théorie de l'effet passerelle". On lira avec profit l'excellente explication de Claude Bamberger, président de l'Aiduce, dans son entretien avec Vap'You sur le sujet. Mais il n'est malheureusement probablement pas lu par les responsables de santé publique américains.

[add 17h30] Le tweet de Karl Snae sur les points positifs et les lacunes et/ou erreurs de la position de l'ACS - ma traduction:
" ACS: passer au vapotage exclusif est préférable à continuer de fumer
Les faits:
a) fumer est la plus grande cause de cancer
b) cela tue 7 millions de personnes par an dans le monde
c) 98% des morts du tabagisme aux USA le sont à cause de la cigarette
d) il faudrait déterminer les risques absolus et relatifs de chaque produit et...
e) en informer aussi le public et...
f) suivre les effets à long-terme
Mais... les autres faits:
1) l'addiction aux cigarettes ne provient pas de la nicotine seule
2) la vape n'est PAS un produit du tabac
3) le double usage est une situation temporaire et accroît le taux d'arrêt
4) la vape n'amène PAS à fumer, au contraire elle en fait SORTIR
5) la FDA ne devrait pas réguler les produits de tabac et le vapotage de la même façon
6) réduire la nicotine est plus susceptible d’accroître les méfaits qu'une solution viable car...
7) les méfaits ne sont pas causés par la nicotine mais par la fumée "


mercredi 10 janvier 2018

La Tunisie sous le monopole du tabac: la colère face à la répression des vapoteurs

"L'Etat veut conserver ses fumeurs. C'est la raison pour laquelle il interdit la commercialisation libre du vapotage". En Tunisie, la vente de produits de vape est soumise au monopole de la Régie Nationale des Tabacs et Allumettes (RNTA) depuis un arrêté ministériel de mai 2014. Une situation contestée par une nouvelle pétition en ligne lancée il y a quelques jours par l'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF). Et pour cause. Ce monopole est synonyme de pénurie organisée. "La RTNA a le monopole mais ne fait aucun effort pour satisfaire les besoins des vapoteures. Que ce soit pour les liquides ou le matériel", explique notre témoin tunisien Ryad Bahri, qui a arrêté de fumer après 15 ans de tabagisme à l'aide du vapotage depuis juin. Effet classique face aux situations de quasi-prohibition, des ventes hors du monopole se sont multipliées pour répondre à la demande croissante pour le moyen de sortir du tabagisme. Fin novembre, les douanes tunisiennes sont passées à l'offensive. 

Série de rafles fin novembre

Elles ont multiplié les rafles dans les boutiques et saisi le matériel. "Tout comme House of Vapes, d’autres boutiques ont reçu la visite des douaniers et ont dû baisser rideau pour les mêmes raisons, à savoir l’absence de factures", explique le site d'info tunisien Webdo le 29 novembre. L'absence de facture découle du refus des autorités de délivrer des autorisations de vente aux magasins de vapotage. Cercle pervers, les commerçants sont contraints par le monopole de la RTNA à une forme de marché gris, que les douanes viennent ensuite réprimer. 

Coïncidence ou non, les descentes se déroulent quelques jours avant un sommet les 6 et 7 décembre à Tunis du bureau anti-tabac (FCTC) de l'organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans un pays où le tabagisme galope aussi allègrement que les vendeurs de cigarettes du marché noir, la date des rafles anti-vapes ressemblent à s'y méprendre à une sorte d'opération de comm' des autorités pour donner le change à la jet-set de l'OMS. Phénomène récurrent, de la Thaïlande à la Corée du Nord, de la Turquie à Singapore, etc., là où l'OMS passe, les vapoteurs sont poussés à reprendre le tabagisme par les autorités locales.

Tabagisme galopant sous l'emprise du monopole

Pourtant les tunisiens n'ont pas besoin de ces coups de poignard contre le vapotage. Selon les statistiques officielles, 45% des hommes adultes et 3% des femmes fument. Chiffre effrayant de la même enquête de 2016, 20% des jeunes dés 11 ans, des deux genres confondus, seraient déjà fumeurs. Un tabagisme mis à profit par la RTNA, entreprise publique sous la tutelle du Ministère des finances comme l'explique son site. L'entreprise n'a évidemment aucun intérêt à aider les fumeurs à s'en sortir avec le vapotage. Malgré tout, la vape s'est développée comme dans de nombreux pays.

Pour le droit de choisir d'arrêter de fumer

L'Association de la Cigarette Electronique pour Arrêter de Fumer (ACEAF), créée il y a une année, évalue à plus de 20'000 le nombre de vapoteurs tunisiens. Pour les défenseurs du moyen à méfaits réduits pour sortir du tabagisme, les actions des douanes contre les magasins de vape risquent de repousser des milliers de vapoteurs dans la cigarette. L'association presse, dans une pétition en arabe, le Gouvernement de légaliser le commerce indépendant du vapotage pour offrir "le droit de choisir cette alternative à l'efficacité évidente pour cesser de fumer"

Signe que le vapotage marchait plutôt bien en Tunisie, le site d'info Webdo faisait état d'une trentaine de boutiques de vapotage pour la seule ville de Tunis avant la vague de répression. Mais celle-ci a littéralement asséché les vapoteurs. "Actuellement, la communauté des vapoteures est pour ainsi dire à sec. Il n'y a plus de produit disponible", nous explique notre témoin Ryad Bahri.

Mise au sec des vapoteurs

Au delà de la question du vapotage, la Tunisie vit actuellement un climat social très houleux. RFI rapporte que la population manifeste en masse contre la vie chère, provoquée par des hausses de taxes, l'absence de transparence des dirigeants et de l'administration, coupables pour beaucoup d'une gestion dépassée et inefficace. Depuis plusieurs semaines, le ton monte dans les rues tunisiennes. L'inflation grimpe et le dinar s'est effondré ne valant plus que 34 cts d'euro.

Une situation économique sociale et économique qui rejaillit aussi sur le vapotage. "Avec le taux de change, c'est vraiment cher de commander à l'étranger. Pour avoir un rabais, il faudrait commander groupé mais les douanes saisissent les gros colis. De plus, il faut une carte bancaire internationale, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de gens", témoigne Ryad. En l'état, bien difficile pour les vapoteurs de le rester et a fortiori pour les fumeurs de s'en aider pour lâcher les cigarettes. Reflet d'un pays à la dérive, la politique contre le vapotage semble trahir le soucis de protéger des intérêts bien éloignés de celui de la santé publique et de l'intérêt commun. Espérons que les dirigeants tunisiens reviennent à plus de raison et de bienveillance.


jeudi 4 janvier 2018

[Ristrett'] En Irlande, 37% des ex-fumeurs récents ont utilisé la vape

"Il y a plus d'ex-fumeurs que de fumeurs en Irlande". Selon le Journal, plus d'un million d'irlandais ont cessé de fumer. Cependant, 18% de la population des plus de 15 ans fument encore au quotidien et 4% de manière occasionnelle. Cela fait encore 830'000 fumeurs irlandais. "Une personne sur huit (12%) qui fumait il y a un an a depuis arrêté", explique le Journal en s'appuyant sur des données communiquées par le Health Service Executive (HSE). Parmi ces "quitters", 37% ont utilisé le vapotage pour réussir leur arrêt tabagique, tandis que 45% y sont arrivés à la seule force de leur volonté. L'usage du vapotage pour arrêter de fumer est en progression constante ces dernières années en Irlande, accompagnant la chute du tabagisme. Pourtant les autorités sanitaires ne l'ont pas encore intégré aux aides à l'arrêt tabagique préconisées officiellement.



lundi 1 janvier 2018

"Les preuves s'accumulent: vapoter est définitivement plus sûr que fumer" assure la Pr Linda Bauld

Le grand public francophone doit espérer de meilleures années pour bénéficier d'un tel éclairage. Au seuil de la nouvelle année et des bonnes résolutions qui l'accompagnent, le Guardian publie un article d'information de santé publique de première importance.  Le texte de la Pr Linda Bauld fait le point sur les avancées en 2017 des connaissances sur le vapotage et sa réduction des méfaits pour sortir du tabagisme. Professeure de politique de santé à l'Université de Stirling, directrice adjointe du Centre d'études sur le tabac et l'alcool britannique et titulaire d'une chaire au Cancer Research britannique (CRUK), Linda Bauld est une des bêtes noires de l'industrie du tabac depuis de longues années. Son article s'inquiète de l'écart toujours plus grand entre la réalité des connaissances scientifiques sur le vapotage et la désinformation sensationnaliste des médias protégeant de facto le tabagisme.

L'industrie du doute

Faits divers montés en épingle, comme les rares accidents liés aux batteries, fantasme infondé d'épidémie tabagique chez les jeunes, pseudo-science faisant brûler des vapoteuses pour mesurer d'irréalistes dégagements toxiques, voire diffusion de mensonges caractérisés par des sites complotistes fantasmant l'apparition de maladies inexistantes... Le bombardement soutenu de désinformations anxiogènes pour convaincre les fumeurs de rester aux cigarettes est quotidien. Pourtant la réalité est à l'opposé de cette représentation médiatique. "Au cours de la dernière année, plus que toute autre, la preuve que l'utilisation du vapotage est beaucoup plus sûre que de fumer n'a cessé de s'accumuler", explique la Pr Linda Bauld, donnant des exemples d'études significatives de l'année écoulée.

Evénement rarissime en France en 2017, une explication claire de la réduction des méfaits par la tabacologue Marion Adler dans une émission télé:


Une réduction des méfaits similaire aux substituts nicotiniques

La première étude de l'usage à long terme du vapotage montre que les niveaux d'exposition de toxiques chez les vapoteurs et les utilisateurs de substituts nicotiniques pharmaceutiques (gommes, patchs...) sont équivalents. "Financée par le Cancer Research UK, l'étude a trouvé de grandes réductions de carcinogènes et d'autres composés toxiques chez les vapoteurs par rapport aux fumeurs, mais seulement si l'utilisateur arrête complètement de fumer", précise la scientifique. Un autre rapport s'appuyant sur les données existantes évalue le risque cancérigène de vapoter à moins de 1% de celui de fumer, rappelle t-elle aussi. [Plus précisément, le calcul de ce rapport en l'état des connaissances actuelles aboutit à un risque de 0,4%, soit 250 fois moins de risque en vapotant qu'en fumant - voir notre recension du rapport]. 


Les données du suivi sur la réduction des toxiques liée à l'utilisation du vapotage (EC) en comparaison avec les cigarettes et les substituts nicotiniques (NRT) ainsi que les doubles utilisations 
Ces résultats n'ont rien d'inattendu en regard de la rupture technique apportée par le vapotage. "En retirant le tabac et la combustion, il n'est guère surprenant que le risque est réduit. Cela ne signifie pas que le vapotage soit totalement inoffensif. Mais cela signifie que nous pouvons être relativement confiants que le passage du tabagisme au vapotage aura des avantages pour la santé", souligne Linda Bauld. Etant entendu que rien n'est totalement inoffensif, la précaution semble surtout de langage. 

Ces éléments scientifiques ont amené plusieurs organisations de santé à rejoindre le consensus en faveur de la réduction des méfaits avec la vape, notamment le Royal College of General Practitioners, la British Medical Association ainsi que les organisations écossaises regroupées dans le Health Scotland. Stoptober, la campagne annuelle anglaise pour soutenir les fumeurs à s'en sortir, a pleinement intégré cette année le vapotage à ces outils d'aide.

La Nouvelle-Zélande vers la réduction des méfaits

Hors du Royaume-Uni, l'intégration du pilier de la réduction des méfaits avec le vapotage propulse la Nouvelle-Zélande à la pointe des politiques de santé publique concernant le tabagisme. Le cas néo-zélandais est particulièrement frappant puisque ce pays suivait une politique puritaine unidimensionnelle jusque-là. Or, c'est bien l'impasse et les effets contre-productifs de ce paradigme, notamment contre les groupes sociaux défavorisés, qui l'ont amené à embrasser cette nouvelle approche. On a envie d'ajouter aux exemples présentés par Linda Bauld, la prise de position tranchante de la Fédération des professionnels des addictions pour une refonte de la politique sur le tabagisme en Suisse.

Le conservatisme tabagique

A l'opposé de ces initiatives novatrices, des pays et des organismes se maintiennent dans une politique contre la réduction des méfaits. Il est notable que ces politiques conservatrices sont généralement accompagnées d'un maintien du tabagisme comme en Suisse, en France ou en Australie, tandis que le Royaume-Uni a vu son tabagisme fondre de plus de 20% depuis 2011 sous l'impact du vapotage. 

Linda Bauld pense qu'un des motifs de ces positions est liée à la peur d'un risque de tabagisme chez les jeunes. "Cette année, nous avons vu des recherches suggérant que certains adolescents qui expérimentent le vapotage vont ensuite fumer lorsqu'ils sont suivis un an plus tard, dont une étude au Royaume-Uni. Il semble y avoir peu de doute qu'il existe des groupes de jeunes susceptibles des deux. Pourtant, ces études ne prouvent pas que c'était l'acte d'essayer le vapotage qui a conduit au tabagisme ultérieur - de nombreux autres facteurs peuvent expliquer cela, y compris le simple fait que le tabac est toujours largement disponible", explique t-elle. 

La confusion contre les faits

Le problème classiquement connu sous le nom de facteur confondant est à la racine de la vieille pseudo-théorie de l'effet passerelle, décortiquée par un article du Pr Jean-François Etter publié aussi cette année. L'accusation implicite des "pro-abstinence only" d'un vapotage inventeur du tabagisme chez les ados ne semble pas résisté aux faits. Dans les pays où le vapotage est développé, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, "les taux de tabagisme chez les jeunes continuent de baisser à un rythme encourageant. Si le vapotage provoquait le tabagisme, ces tendances s'inverseraient", pointe Linda Bauld.

En soutien à ce constat de bon sens, la plus grande étude au monde à ce jour sur le vapotage et les jeunes, comprenant plus de 60'000 adolescents, a été publiée en 2017. "Elle fait le constat que, bien que l'expérimentation de la vape existe chez les jeunes, l'utilisation régulière par les adolescents qui n'avaient jamais fumé reste très faible, à moins de 1%", rappelle la professeure de santé publique.

En 2018, arrêtez de vous faire enfumer !

On le voit, le gouffre entre les recherches scientifiques et les messages des médias est énorme. Fruit pourri de cette désinformation, la part de fumeurs convaincus à tort d'un danger du vapotage équivalent au tabagisme progresse ces dernières années. Sensationnalisme, conflits d'intérêt ou arriération idéologique, les causes à cette morbide violation éthique se conjuguent probablement pour protéger le tabagisme et nuire à la population. 

"Quel moyen a le fumeur pour faire face à la controverse continue et l'intérêt insatiable de la presse sur le vapotage? Qui devrait-il croire? De bonnes sources d'information existent mais elles ne sont pas assez mises en avant. Nous avons besoin d'informations publiques claires, provenant de sources fiables, pour crier au-dessus du bruit et présenter les faits. Et ça, ce sont les faits: Si vous fumez, la meilleure chose à faire pour votre santé et celle de votre entourage est d'arrêter de fumer. Si vous choisissez de vapoter pour arrêter de fumer, c'est génial, et personne ne devrait vous critiquer pour ce choix", explique Linda Bauld en guise d'encouragement aux fumeurs se décidant à de bonnes résolutions.

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Quelques liens francophones utiles (liste vraiment non exhaustive... ):
Un clip de la Ligue nationale contre le cancer en France:

PS : l'excellent film Vape Wave est diffusé sur la chaîne LCP le dimanche 7 janvier à 20h45