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mardi 22 septembre 2020

Ma saisine au CSA concernant le film de propagande anti-vape d'ARTE

La semaine dernière, j’avais alerté sur l’imminence de la diffusion d’un film à charge contre la réduction des risques par la chaîne Arte. Il est en ligne depuis hier et il sera diffusé ce soir à l’antenne. Les critiques que j’avais formulées la semaine dernière se révèlent malheureusement justes, et d’autres séquences aggravent le caractère trompeur et la charge de désinformation du film. Voici ma saisine envoyée au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant ce film. Les illustrations sont ajoutées.

Chacun peut déposer une saisine sur le site du CSA : https://www.csa.fr/Mes-services/Alertez-nous-sur-un-programme2

Le nom de la chaîne concernée : Arte VOD

Le nom du programme ou de la publicité :  « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée »

Motifs :

Le film « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », présente plusieurs affirmations trompeuses pouvant porter préjudice au public, notamment les personnes qui fument, les personnes qui ont arrêté de fumer à l’aide du vapotage, les professionnels sociaux et sanitaires aidant à l’arrêt tabagique, les bénévoles pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique, et au-delà à l’ensemble de la société en attentant à l’information de santé publique concernant la principale cause de maladies et de décès évitable. Son propos est violemment orienté, présente des propos erronés sans éclairage, présente des intervenants de manière trompeuse, ment par omission sur de nombreux points. Ce film aura pour conséquence des malades et des morts qui étaient évitables avec une information honnête et loyale sur la réduction des risques face au tabagisme.

Cette saisine concernant la diffusion online sur le site d’Arte du film, confirme les éléments précédemment communiqués au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant sa bande-annonce diffusée la semaine précédente. De nouveaux éléments aggravants sont apparus lors de la diffusion du film complet.

1. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage, entendu au sens courant en français et en allemand comme vapotage avec nicotine, pour la vague de pneumopathies, dites Evali, aux États-Unis dont il est établi qu’elles étaient liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC. Cette séquence, à partir de la minute 26, du film est gravement trompeuse. Le témoin Daniel Ament [edité, faute dans le nom] a dans la presse américaine reconnu avoir consommé des produits du marché noir du THC, qui n’ont rien à voir avec le vapotage, et qu’il n’a pas acheté dans un magasin de vape comme le film le fait croire aux téléspectateurs (propos de mn 31 à 32). 

Plusieurs analyses scientifiques ont conclu à la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans ces pneumopathies. Il a été utilisé par les dealers du marché noir pour remplacer (en partie) l’extrait de cannabis dans les produits de THC. L’acétate de vitamine E, produit lipidique, n’est pas miscible avec la nicotine, de base aqueuse. Aucun produit de vapotage nicotiné du marché légal ne contient de l’acétate de vitamine E. Il est fort improbable que des e-liquides nicotinés même du marché noir, créés par des réglementations anti-vape dans certains pays, puissent en contenir (1).

Elle induit les téléspectateurs en erreur à double titre et avec des conséquences délétères possibles pour plusieurs groupes sociaux distincts : 

En cachant que les pneumopathies américaines étaient liées à des produits frelatés du marché noir du THC américain, des consommateurs de THC ne sont pas avertis des risques qu’ils encourent à l’image de ce qui est arrivé à Daniel, le témoin du film. Le film d’Arte augmente les risques d’intoxications similaires en trompant le public sur sa véritable cause. Cette désinformation est une mise en danger des consommateurs de THC.

Des consommateurs de vapotage qui croiraient cette séquence pourraient arrêter de vapoter au risque de retomber dans le tabagisme. Cette désinformation est une mise en danger de personnes ayant arrêté de fumer en risquant leur rechute par arrêt de la substitution nicotinique.

Des fumeurs seront convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. Cette désinformation est une mise en danger des fumeurs trompés sur un moyen efficace de sortir du tabagisme.

Les professionnels socio-sanitaires et les pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique voient leur travail saboté par cette désinformation.

Le devoir journalistique de délivrer une information rigoureuse est violé de manière flagrante sur cette séquence. Il est impératif que le CSA oblige Arte à rectifier avec la même publicité que le film lui-même cette fausse information. Le film en donnant une information fausse sur ce cas augmente les risques du public à suivre l’exemple de Daniel, son témoin, et ne pas se prémunir du réel danger de produits frelatés du marché noir du THC, tout en se méfiant à tort de produits de réduction des risques face au tabagisme. C’est une grave faute éthique qui risque de provoquer des morts, soit par utilisation de produits frelatés, soit par utilisation de cigarettes.

2. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage d’être aux mains des cigarettiers. Cela semble diffamatoire pour les marques indépendantes qui représentent plus de 85 % du marché en France selon l’institut Xerfi.

3. Il est factuellement faux de dire que le but des vendeurs de vapotage est de pousser les jeunes au tabagisme. C’est à la fois un procès d’intention diffamatoire et dans la réalité, il se passe l’inverse. Le tabagisme juvénile recule y compris en France. Une étude de l’OFDT a montré que les jeunes ayant essayé le vapotage ont 38 % de risques en moins d’être fumeurs à 17 ans que les autres jeunes (2).

4. Il est factuellement faux et méprisant de dire que le vapotage empêche d’arrêter de fumer. Les données de l’Eurobaromètre 458 mené en mai 2017 montrent qu’il y a 7,5 millions d’Européens qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage (3). Santé Publique France a évalué à 700 000 personnes en France ayant arrêté de fumer de manière consolidée et attribuant leur arrêt à leur recours au vapotage entre 2011 et 2017. Les données au Royaume-Uni, en Islande et dans d’autres pays, de manière moins spectaculaire avec des autorités créant un climat hostile à l’arrêt tabagique, vont dans le même sens. Nier l’existence de millions de vivants est une forme de négationnisme honteuse et sanglante dans ces conséquences pour les fumeurs de la part des auteurs de cette théorie aberrante.

5. Il est mensonger d’affirmer que la nicotine présente plus de dangers que l’héroïne. C’est un propos complètement insensé et délirant.

6. Il est mensonger d’affirmer qu’il est avéré que le vapotage est cancérigène. La séquence avec les chercheurs affirmant cette hypothèse basée sur des essais aux conditions contestées sur des souris transgéniques, connues pour développer des tumeurs spontanément, aurait dû être accompagnée d’un avis éclairé sur le sujet. Les publications des chercheurs interviewés sont de fait la risée du monde scientifique en raison des faiblesses de leur protocole (4). Attribuer le risque cancérigène aux traces de nitrosamines, que l’on trouve également dans les substituts nicotiniques pharmaceutiques alors que nous avons 40 ans de recul sur leur sureté, est de l’enfumage sensationnaliste de bas étage indigne. Ne pas modérer ces propos ridicules scientifiquement est une entorse déontologique au respect du droit à une information loyale pour le public.

La méta-analyse la plus sérieuse sur les risques cancérigènes comparés montre que vapoter représente un risque de 0,4 % par rapport à celui de fumer. Le propos du fil d’Arte est au moins à 99,6 % erroné.

7. Le témoignage de Stanton Glantz est mensonger à plusieurs reprises. À la mn 32, ses affirmations concernant un « risque de crise cardiaque » lié au vapotage ont été rétractées par le Journal of American Heart Association. S. Glantz avait comptabilisé pour incriminer le vapotage les infarctus de fumeurs des années avant qu’ils n’arrêtent de fumer à l’aide du vapotage (5).

Les statistiques sont têtues et l’Eurobaromètre 458 de l’Union Européenne en mai 2017 recensait l’équivalent de 7,5 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage (6). En France, Santé Publique France a établi que 700 000 personnes ont arrêté de fumer grâce au vapotage entre 2011 et 2017. L’étude clinique menée par le Pr Peter Hajek a montré que le vapotage double les chances d’arrêt tabagique par rapport aux substituts nicotiniques pharmaceutiques, et il est établi que ceux-ci augmentent les chances d’arrêt par rapport à l’absence d’aide (7). Affirmer que le vapotage ne permet pas d’arrêter de fumer est mensonger (mn 89).

Outre ses fraudes scientifiques, Stanton Glantz est connu pour son harcèlement sexuel et ses injures racistes envers ses étudiantes depuis des années sur le campus de l’Université de San Francisco. Il est choquant qu’Arte se rende complice de tels actes en les passant sous silence et en donnant la parole à son auteur (8).

8. Une large partie du domaine de la santé publique n’adhère pas à la vision idéologique présentée dans ce film contrairement à ce qui est affirmé (9). L’absence durant l’ensemble du film de professionnels de la santé publique, de professionnels de santé de terrain, de tabacologues, d’addictologues favorables et utilisant l’approche de la réduction des risques, est un biais inacceptable pour un film prétendant présenter la problématique de la réduction des risques de la consommation de nicotine. La charte de Munich rappelle utilement que le travail de journaliste ne doit pas se confondre avec celui de propagandiste. Ce film échoue à honorer sa profession. L’orientation et les liens d’intérêts des intervenants font planer un sérieux doute sur l’indépendance de la réalisation du film.

Le Royal College of Physicans britannique en 2016, et le Public Health England dans ses rapports annuels sur le sujet depuis 2015, ont évalué une réduction de 95 % des risques sanitaires du vapotage par rapport aux cigarettes. Ces deux organismes sont indépendants et le Royal College of Physicians est exemplaire dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme. Ignorer leur analyse est un mensonge par omission grave sur ce dossier. Ils sont loin d’être les seuls à prendre en considération l’approche de réduction des risques face au tabagisme. Une liste complète serait trop longue. En France, l’Académie nationale de médecine a aussi présenté une position claire et compétente. Il est incompréhensible que le film d’Arte occulte ces acteurs incontournables du domaine.

Par ailleurs, il est par exemple inexact de présenter Matthew Myers, président de la Coalition Tobacco-Free Kids, d’un simple « indépendant ». Matt Myers a négocié en secret des arrangements avec Philip Morris USA en 1997 et 2004 (10), dont il a ensuite bénéficié par les retombées financières. Il a reçu des millions $ de financement de géants pharmaceutiques, tels que Pfizer. Ceux-ci ont un intérêt direct à entretenir la source de maladies et de clients du tabagisme, et de promouvoir leurs produits d’arrêt tabagique, extrêmement peu efficace avec des taux de près de 90 % d’échecs. 

Matt Myers a aussi reçu des millions $ du milliardaire spéculateur financier Michael Bloomberg. Celui-ci entretient des affaires avec les États tabagiques de l’Inde et de la Thaïlande. Il est notoirement connu que les organisations qu’il finance protègent de toute critique ses partenaires économiques (10). On peut noter d’ailleurs que le film d’Arte ne présente ni la situation en Inde, ni en Thaïlande et ne parle pas des activités de lobbys du cigarettier Japan Tobacco.

Le même problème de conflit d’intérêts se présente avec les interventions dans le film du représentant de l’organisation STOP, financée par Michael Bloomberg.

Retrait et correctif nécessaires

Pour ces raisons, un retrait de « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » est nécessaire et urgent. Un documentaire sérieux sur ce sujet de première importance pour la santé publique pour corriger les mésinformations répandues par ce film est également nécessaire.

De nombreux professionnels sanitaires et des groupes d’entraide à l’arrêt du tabagisme voient leur travail saboté par le film diffusé par Arte. Il y a une mise en danger du public, et tromperie sur les enjeux de santé publique. Le CSA se doit d’intervenir pour faire cesser l’épidémie de désinformation sensationnaliste sur les sujets de santé publique et en particulier celui lié à la principale cause de maladies et de décès évitable qu’est le tabagisme. Il est estimé que près de 750 000 Français et 105 000 Allemands meurent prématurément de maladies liées au tabagisme chaque année. Il est inacceptable éthiquement et socialement qu’une chaîne de télévision accentue ce problème de santé publique par une désinformation du public. 

Par ailleurs, il serait pertinent que les financements de ce film soient rendus publics, en regard de son enjeu politique et commercial. Le choix des intervenants de santé publique et des organisations à sens unique est extrêmement troublant et douteux.

Étant investi dans l’aide à l’arrêt tabagique et pour l’information sur la réduction des risques, cette diffusion me porte directement préjudice.

Notes et références :

(1) Voir notamment :

– La présentation du Pr Harry Tattan-Birch, de l’University College of London, au Symposium de la Society for Research on Nicotine and Tobacco (SRNT) ce 17 septembre 2020, est un excellent résumé de la crise dite Evali. Accessible uniquement sur inscription au Symposium.

– Les méfaits de la désinformation à propos de cette crise ont été analysés dans cette étude : Association of the US Outbreak of Vaping-Associated Lung Injury With Perceived Harm of e-Cigarettes Compared With Cigarettes ; Harry Tattan-Birch, MSc1,2; Jamie Brown, PhD1,2; Lion Shahab, PhD1,2; et al Sarah E Jackson, PhD1,2; JAMA Netw Open. 2020; 3(6):e206981. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.6981 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2767134

– Le 19 août, le laboratoire de toxicologie du Département de santé de l’État de New York avait déjà déterminé la responsabilité de l’acétate de vitamine E présent dans des produits du marché noir du THC. https://www.eurekalert.org/pub_releases/2020-01/mdpi-vea012220.php et leur conférence de presse le 5 septembre 2019 https://www.health.ny.gov/press/releases/2019/2019-09-05_vaping.htm

-Vitamin E Acetate in Bronchoalveolar-Lavage Fluid Associated with EVALI ; Benjamin C. Blount et al. ; N Engl J Med 2020; 382:697-705 ; DOI: 10.1056/NEJMoa1916433 https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1916433

-CDC Confirms Black Markets, not "Vaping," Caused Outbreak. https://cei.org/blog/cdc-confirms-black-markets-not-vaping-caused-outbreak

- Nyakutsikwa B, Britton J, Bogdanovica I, Langley T. Vitamin E acetate is not present in licit e-cigarette products available on the UK market. Addiction. January 2020:add.14920. doi : 10.1111/add.14920

– Les consommateurs de THC sont les premières victimes de la désinformation comme l’explique ce spécialiste du domaine du cannabis : https://www.leafly.com/news/politics/at-years-end-time-to-ask-why-did-the-cdc-ignore-vaping-evidence 

(2) Analyse de l’OFDT publiée : Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France? ; Sandra Chyderiotis et al. ; Drug and Alcohol Dependence, Vol. 208, 1 March 2020 ; https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2020.107853

Analyse aux États-Unis : Electronic cigarettes, nicotine use trends and use initiation ages among US adolescents from 1999 to 2018 ; Floe Foxon, Arielle S. Selya ; Addiction, avril 2020 ; https://doi.org/10.1111/add.15099

(3) Eurobaromètre 458 https://data.europa.eu/euodp/fr/data/dataset/S2146_87_1_458_ENG

(4) Factchecking de Libération : https://www.liberation.fr/checknews/2018/02/01/est-ce-vrai-que-le-vapotage-augmente-les-risques-de-cancer-et-de-maladies-cardiaques_1626654

(5) La rétraction de l’article de Stanton Galntz par le Journal de l’American Heart Association : https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/JAHA.119.014519

(6) Essai clinique mené par le Pr Peteer Hajek : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa1808779

(7) L’affaire Stanton Glantz : https://www.statnews.com/2018/10/16/stanton-glantz-ucsf-sexual-harrassment/

(8) Voir par exemple (liste non exhaustive) :

Royal College of Physicians 2016 https://www.rcplondon.ac.uk/projects/outputs/nicotine-without-smoke-tobacco-harm-reduction

Public Health England de 2015 à 2020, les rapports annuels sur le vapotage : https://www.gov.uk/government/publications/e-cigarettes-and-heated-tobacco-products-evidence-review

Académie Nationale de Médecine : http://www.academie-medecine.fr/lacademie-nationale-de-medecine-rappelle-les-avantages-prouves-et-les-inconvenients-indument-allegues-de-la-cigarette-electronique-vaporette/

(9) Article de 2004 sur les arrangements entre Matt Myers et Philip Morris USA : https://www.rollcall.com/2004/10/04/how-philip-morris-tobacco-foes-tied-the-knot/

(10) Une affaire illustrant les méthodes Bloomberg : https://www.npr.org/2020/04/14/828565428/bloomberg-news-killed-investigation-fired-reporter-then-sought-to-silence-his-wi?t=1600778619985

                                                                    Le 22 septembre 2020, Poirson Philippe


jeudi 17 septembre 2020

Publicité négative : ARTE veut convaincre les fumeurs de rester à la cigarette

Le film sera diffusé le mardi 22 septembre en prime time sur Arte et accessible en ligne dès la veille. « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » de Bärbel Merseburger-Sill s’annonce être un brulot à charge contre le vapotage. Dans la bande-annonce et le texte de présentation du site d’Arte, pas moins de six affirmations trompeuses ou erronées sont déjà diffusées. La plus grossière est la fausse attribution au vapotage des pneumopathies liées aux produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis en 2019.

Théorie du complot et mensonges

Seconde affabulation : la théorie complotiste du film prend appui sur le mythe de la mainmise des cigarettiers sur le vapotage. Dans la réalité, le marché est loin d’un oligopole avec plus des 8/10 e des ventes pour des firmes indépendantes des cigarettiers. Dans la foulée, la chaîne franco-allemande reprend à son compte la théorie éculée de la passerelle : « l’industrie de la nicotine, d’un redoutable cynisme, cible dès à présent les très jeunes, dont elle s’emploie à faire les fumeurs de demain », dans le texte. 

Dans la réalité, le tabagisme des jeunes s’écroule où le vapotage s’est développé. A croire que les complots cigarettiers ne sont plus ce qu’ils étaient. D’autant plus qu’une étude sérieuse de l’Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT) conclut à une réduction de 38 % du risque de devenir fumeur à 17 ans pour ceux qui ont essayé le vapotage par rapport aux jeunes qui n’y ont jamais touché. Mais Bärbel Merseburger-Sill s’est libérée des faits pour raconter son histoire.

Diffamation de scientifiques et pseudo-science

Ainsi le film dessine la figure du méchant en diffamant les organismes scientifiques de santé publique, le Royal College of Physicians (UK) et Public Health England, ayant évalué une réduction de 95 % des risques du vapotage par rapport à la cigarette, en prétendant qu’ils sont des « représentants de l’industrie »

La fiction ne s’arrête pas là, le film glisse même dans une sorte de science-fiction. La nicotine présenterait plus de danger que l’héroïne, selon les promoteurs du documentaire de Bärbel Merseburger-Sill. Le terme de danger implique d’avoir des preuves, mais un film autorise la fantaisie. On se doute de l’option prise par la réalisatrice. Avant de conclure que les dangers du vapotage sont avérés. Auxquelles s’ajoutera dans le film, de fausses affirmations sur le caractère cancérigène prétendument avéré (!) du vapotage, sur la base d’études biaisées sur des souris et aux résultats infirmés par les spécialistes.

Un succès commercial

Décrypter chacun de ces points est long (voir plus bas des suggestions de lecture). L’extrême majorité des personnes qui visionneront le film ne le feront pas. En ceci, on peut déjà féliciter Arte pour sa réussite commerciale : en lui faisant confiance, des centaines de milliers de ses téléspectateurs français et allemands seront un peu plus convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. La méthode de la publicité négative est une technique de marketing très efficace. 

Les téléspectateurs d’Arte choqués de cette fumisterie pourraient saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) en raison de l’évidente maltraitance des informations de santé. La bande-annonce ainsi que son texte d'accompagnement permettent déjà de faire une telle saisine en raison des multiples erreurs diffusées.

[Add 14h] A toute fin utile, le lien sur mon drive vers la copie de ma saisine au CSA:   https://drive.google.com/file/d/1W83pmn9omC1olx8b-OvuJNlpag8baZ4B/view?usp=sharing [/]

Le CSA défendra t-il le droit à une information de santé honnête ?

Le secteur public de l’audiovisuel est sensé, selon l’article 43-11 de la loi relative à la liberté de communication, assurer « une mission d’information sur la santé ». Arte ayant labellisé sur son site le film comme « Médecine et santé », la chaîne pourrait être tenue à l’objectivité de son contenu, en contraste d’une liberté créatrice d’une œuvre de fiction. 

À fortiori, en portant atteinte aux spectateurs qui fument par désinformation sur un sujet de santé, il constitue une mise en danger. Les chances sont faibles, mais le CSA pourrait se montrer sensible à ce nouvel exemple de dérive sensationnaliste, alors que le contexte de mésinformation sanitaire du public montre tout son potentiel délétère dans l'actualité. 

Une opération politique

Une autre raison possible de saisie du CSA est le caractère unilatéral du documentaire. Aucun représentant de l’approche de réduction des risques ni de défenseurs des utilisateurs de produits à risques réduits, n’a la parole dans le film. Il présente la vision unique du courant pro-abstinence, pourtant minoritaire chez les acteurs de terrain de santé et du social. « L’expression pluraliste des courants de pensée », défendue par l’article 13 de la loi sur la liberté de communication, sur les approches de santé publique concernant le tabagisme n’est pour le moins pas respectée. Ceci est d’autant plus pervers que le sujet sera en débat au niveau des instances européennes ces prochains mois.

À ce titre, on serait curieux de connaître de manière transparente les financements du film. On ne trouve aucune information sur le site du producteur Berlin Producers. Il est très probable que cet aspect restera secret. On peut imaginer qui nourrit l’intérêt, à quelques mois de la révision de la directive européenne TPD qui concerne le vapotage, de dénigrer l’aide la plus populaire pour arrêter de fumer dans la plupart des pays européens. 

Au moins 7,5 millions de citoyens de l’Union Européenne ont arrêté de fumer à son aide, et neuf autres millions ont réduit sensiblement leur consommation de cigarettes. Ce sont des pertes colossales pour les percepteurs de taxes du tabac, les vendeurs de cigarettes, mais aussi les vendeurs de médicaments aux millions de fumeurs rendus malades par leur tabagisme.

Un film gore

Arte semble s’être autorisée à prendre le risque de nuire à la santé de ses téléspectateurs qui fument en les induisant en erreur. Le nombre estimé de décès par an liés au tabagisme approche 75 000 en France et 105 000 en Allemagne. Des millions sont malades à cause de la nocivité des cigarettes. Mais Bärbel Merseburger-Sill a choisi de les conforter dans la peur de sortir de la cigarette. Cette mise en danger n’est pas gratuite.

Les échéances politiques avec des pressions pour faire interdire les arômes de vapotage et taxer la vape au niveau européen approchent. De probables tentatives de révisions de la directive TPD en mai prochain et, en parallèle, un projet d’intégrer le vapotage à la directive européenne des taxes du tabac. Le Bundestag allemand travaille déjà sur le sujet. L’enjeu de maintenir les centaines de milliards € de rentrées fiscales, de ventes de cigarettes et ventes de médicaments pour les fumeurs malades semble avoir pris le pas sur la déontologie et l’honnêteté sur la chaîne franco-allemande.

Graphique extrait de la présentation au Bundestag le 7 septembre 2020, du Dr Martin Storck, de la clinique de Karlsruhe, sur les risques cancérigènes comparés entre cigarette, tabac chauffé et vapotage. Sa présentation est en ligne à https://www.bundestag.de/resource/blob/711050/40b859307b0d526dbefa1b562b944f13/05-Storck-data.pdf

Aides au décryptage

Pour ceux qui auront le temps et le courage de vouloir vérifier les faits, on peut recommander ces lectures (liste non exhaustive) :


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