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mercredi 18 juillet 2018

[Bref] Pfizer offre 300'000 $ à qui veut faire de la propagande anti-réduction des risques

300'000$ pour des programmes d'éducation ciblés sur l'aide aux fumeurs. Fantastique! L'appel à candidatures pour une subvention de Pfizer, la grande firme pharmaceutique, parait formidable à prime abord. C'est en lisant les détails qu'on déchante et que son véritable objectif apparaît. "Nous avons l'intention de soutenir des programmes visant à accroître les connaissances des professionnels sur l'importance de l'abstinence tabagique complète à l'opposé des stratégies de réduction des risques pour les fumeurs motivés à arrêter", stipule l'appel d'offre de Pfizer ouvert aux Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne et Japon. Toute l'annonce s'axe sur l'opposition aux approches de réduction des risques, c'est-à-dire "les mesures prises pour réduire les risques pour la santé associés à l'utilisation de tabac fumé" et tout particulièrement le vapotage et les cigarettes chauffées, précise Pfizer.

Les organismes intéressés à toucher leur part des 300'000$ pour faire de la propagande contre la réduction des risques et saboter l'arrêt tabagique à l'aide du vapotage ont jusqu'au 28 août pour soumettre leur demande à Pfizer. La New Nicotine Alliance (NNA) britannique n'a pas déposé de dossier. Par contre, elle a envoyé un courrier pour dénoncer l'opposition stérile et infondée de Pfizer entre abstinence aux cigarettes et réduction des risques. "Malgré le fait que l'appel d'offre déclare que «Pfizer n'a aucune influence sur aucun aspect des projets», il est clair que Pfizer tente d'influencer les projets avant même qu'ils ne commencent en fournissant une description aussi trompeuse de l'objet à traiter", s'agace Sarah Jakes, présidente de l'association NNA. A priori, peu de chance que la NNA touche un chèque de Pfizer. Par contre, on sait quoi penser de l'éthique et du professionnalisme de ceux qui encaisseront.


vendredi 6 juillet 2018

24 Heures refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant, pour servir le Sommet Etat & Tabac contre la vape

Le jour même où l'administration convie l'industrie cigarettière pour "réguler" le vapotage en Suisse, le quotidien lausannois 24 Heures nous refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant. Six mois après le bidonnage de la Liberté, le quotidien de Tamedia annonce en titre de Une qu'un garçon de 10 ans a acheté "une vapoteuse en toute légalité". Le journaliste s'appuie sur le récit d'un papa anonyme sans jamais aller vérifier ses dires auprès du vendeur indélicat soi-disant de Morges. Pourtant le journaliste précise que l'enfant aurait indiquer l'endroit de l'achat. Je n'ai jamais vu un journaliste agir de cette manière: enregistrer un témoignage accusant une partie et ne pas essayer de contacter cette partie accusée. Or, comme lors de l'affaire de la pseudo-vente à Fribourg de la Liberté, aucune vérification n'est faite. Sic ! Pourtant, le code de déontologie du Conseil de la presse Suisse précise en directive (3.1) que "l‘acte premier de la diligence journalistique consiste à s‘assurer de l‘origine d‘une information et de son authenticité".

Lors du précédent buzz, la Liberté avait été incapable de me confirmer l'existence d'un vendeur et une équipe, dépêchée spécialement à Fribourg dans ce but et très motivée, de la RTS n'avait pas réussi à retrouver ce mystérieux vendeur fantôme. Cela n'avait pas empêché la chaîne nationale de diffuser un reportage à charge sur "cette histoire" sans sujet. D'autres opérations médiatiques similaires de "vente fantôme" laissent à penser à un nouvel épisode d'une technique de communication bien éprouvée. 24 Heures y ajoute le buzz de la pseudo étude mensongère sur les souris et quelques assertions sans fondement de lobbyistes pour livrer son article à sens unique.

24 Heures au service du Yalta Etat-Tabac

L'article du jour, à sens unique, prend une saveur particulière puisqu'il est publié le jour même que l'administration fédérale organise son Yalta de la vape, sous l'impulsion de lobbyistes de la pharmaceutique, de connivence avec les grands cigarettiers conviés et quelques représentants isolés de l'industrie indépendante du vapotage. Aucun représentant des usagers n'a été contacté. L'objectif de ce sommet de l'Etat et du tabac: restreindre les ventes de vapotage. Le prétexte: le risque de vente à des mineurs. alors que près de 16% sont fumeurs en Suisse. Un taux stable durant les années de prohibition du vapotage commencée en 2009 (et non 2015 comme l'invente le journal vaudois). 

Les comptes du tabagisme adolescent caché en Suisse

Dans la même période, les parts de fumeurs chez les adolescents américains et britanniques a été divisé de moitié sous l'impact du vapotage. En France, le suivi Paris Sans Tabac rapporte le même phénomène de ringardisation du tabagisme sous l'effet des vaporettes. Sur les données récoltés avant les législations en interdisant la vente aux mineurs, les trois quarts des quelques 20% d'adolescents expérimentant le vapotage le faisaient sans nicotine. Un moyen d'essayer, de "jouer à", pour les ados sans risque de dépendance. Le 1,7% des ados américains vapotant régulièrement avec nicotine étaient pour la quasi totalité (9/10) déjà fumeurs. En bref, là où le vapotage s'est développé, le tabagisme des jeunes a dégringolé. En Suisse, il s'est maintenu. 

Conserver la situation propice au tabagisme est bien l'objectif de la plupart des acteurs poussant à ce sommet anti-vape Suisse, alors même que la vente de cigarettes est autorisée aux mineurs au niveau fédéral. On y retrouve donc une administration encaissant plus de 2,2 milliards Fs par an en taxe tabac, et faisant l'économie de plus de 15% de retraites non versées aux morts prématurées du tabac, l'industrie cigarettière, et la pression des petits soldats du lobby du cancer qui veulent "soumettre la cigarette électronique au même cadre légal que les produits du tabac". Aujourd'hui les jeunes qui avaient 16 ans au moment de la prohibition du vapotage en Suisse en 2009, ont 25 ans. Ils sont 38% de fumeurs en suisse romande, selon les statistiques officielles. C'est la défense de ce statu-quo, favorable au tabac, à la pharma et à l'Etat, au détriment de la population qui se joue aujourd'hui et pour lequel le journal vaudois a déployé ce grossier enfumage émotionnel.


dimanche 10 juin 2018

[Bref] Deux experts allemands décortiquent les raisons de la haine des lobbyistes contre le vapotage dans Zeit

"Qu'est-ce que les lobbyistes ont contre le vapotage?". Heino Stöver, directeur de l'Institut de recherche sur les addictions de l'Université de Frankfort, et Dietmar Jazbinsek, journaliste spécialisé sur l'influence des lobbys dans la santé publique, ont écrit un article à quatre mains pour Die Zeit le 31 mai. Ils y décortiquent les raisons des deux grands lobbys manœuvrant en coulisse autour du vapotage dans l'hebdomadaire allemand. Cet article, placé dans sa série "Global drug survey" liée à l'enquête mondiale sur les usages de substances psychoactives, commence par pointer le problème. De 28,8% de fumeurs en 2013, l'Allemagne a réduit à 28,3% la part de fumeurs dans sa population en 2018. Une baisse insignifiante de 0,5% en cinq ans. "Le nombre de fumeurs de cigarettes a très peu changé, mais leur composition sociale a fortement évolué. Alors que la grande majorité des enseignants du secondaire ont arrêté de fumer, huit déménageurs sur dix se grillent une cigarette à la pause. Les chômeurs à faible revenu et de longue durée restent de fidèles clients de l'industrie du tabac jusqu'à la mort", soulignent les deux chercheurs en sciences sociales.

Le tournant du vapotage

Dans l'économie mondiale du tabagisme, "l'Allemagne est l'un des plus grands exportateurs de cigarettes au monde et gagne beaucoup dans la mondialisation de la mortalité par cancer", notent les auteurs, comme on pourrait le faire aussi pour la Suisse. Fumer provoque chaque année près de six millions de morts prématurés selon une estimation de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)"Ce n'est que dans ce contexte qu'il devient compréhensible à quel point 2003 marque un tournant", ciblent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek pour présenter le dépôt cette année-là du brevet d'une e-cigarette par Hon Lik, un pharmacien chinois. 

"Il est vite devenu évident que la nouvelle variante de consommation de nicotine pouvait devenir l'innovation chinoise la plus conséquente depuis l'invention de la porcelaine. Par l'échange d'expériences des utilisateurs, la scène du vapotage au niveau mondial a émergé, combinant les caractéristiques d'une communauté en ligne, d'une sous-culture et d'un groupe social. En bref, un mouvement de base", esquissent les auteurs.

Plus la vape progresse, plus l'hostilité devient féroce

L'implication des usagers a rapidement permis de développer des appareils plus efficaces et agréables. "Aucun expert sérieux, aucun chercheur du domaine de la lutte antitabac, ne nie que la vaporisation ait un risque sanitaire beaucoup plus faible que de fumer des cigarettes ordinaires. Cependant, de nombreux débats persistent sur la façon d'évaluer le risque résiduel du vapotage. Au fur et à mesure que le débat progresse, il devient évident que plus la technologie devient mature, plus l'hostilité à son encontre devient féroce", constatent les experts. 

Le tabac et la pharma lui ont fait la guerre, selon lui
A défaut de problèmes sanitaires réels à montrer, certains accusent la vape d'être le cheval de Troyes de l'industrie du tabac. Effectivement, les cigarettiers avaient des prototypes d'inhalateurs dans leur tiroirs depuis longtemps. Mais ils ne les avaient pas sortis pour ne pas dévaloriser et mettre en péril leur cœur de métier, les cigarettes de tabac. En français, le rideau de fumée de Gérard Dubois racontait en 2003 certains projets enterrés par les cigarettiers.

Les manœuvres cigarettières

"Ce n'est que lorsqu'il est devenu évident que les start-up de la scène de la vape devenaient une concurrence sérieuse que de grandes entreprises se sont mises sur le marché", rappellent les deux auteurs. Achat du brevet de Hon Lik par Imperial Tobacco en 2013 puis tentatives d'interdire des produits en faisant jouer les brevets par sa filiale Reemtsma en sont des épisodes. Philip Morris de son côté s'est tourné vers le tabac chauffé. Une récente étude de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques estime que la teneur en toxiques de la fumée des cigarettes chauffées Iqos est au moins 80% moindre par rapport aux cigarettes conventionnelles. "Si cela s'avère être un coûteux flop, ce ne sera pas nécessairement mauvais pour Philip Morris, car les clients frustrés d'Iqos retournent aux Marlboro. Les dirigeants du leader du marché mondial sont fiers de la fable d'un «avenir sans fumée». À la fin, bien sûr, c'est la marge bénéficiaire d'aujourd'hui qui compte"

"Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique"

Plus discrètes que les coups à plusieurs bandes des cigarettiers, les manœuvres du lobby de la Pharma n'en sont pas moins intenses et puissantes. "Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique", titre le second volet de l'article. Concurrence aux substituts nicotiniques et au Champix, le vapotage ennuie des géants comme Glaxo Smith and Kline (GSK) et Pfizer. "Ces entreprises assoient leur lobbying avec leurs leaders d'opinion médicaux, dont elles subventionnent les recherches, des postes de consultant, les frais de cours et d'autres avantages", rappellent, en évidence généralement passée sous silence sur le sujet, les deux spécialistes.

Exemple de cette influence contre la santé publique, une déclaration signée de 50 sociétés médicales et organismes de santé allemands en mai 2015 annonçant que le vapotage a un "plus grand potentiel de dommages que de bénéfices parce qu'il met en péril les réalisations de la lutte anti-tabac". "Nous ne savons pas de quels succès dont ils parlent", rétorquent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek. Avant dernière au classement européen des mesures de lutte anti-tabac, l'Allemagne n'a pas interdit la publicité pour les cigarettes, ni le tabagisme dans les bars de manière stricte et les taxes sur le tabac n'ont évolué "qu'à doses homéopathiques" depuis 15 ans, rappellent-ils. Au-delà des mesures, le taux de fumeurs stagne. Les auteurs se demandent si la diabolisation délirante du vapotage n'est pas une manière de refouler l'échec allemand en matière de prévention sur le tabagisme.

La vape cannibalise les cigarettes

A l'opposé de la peur allemande, le pragmatisme britannique obtient des résultats par la réduction des risques avec le vapotage. "La politique de prévention britannique diffère de l'allemande à deux égards: d'une part, la réglementation des cigarettes est beaucoup plus stricte que la nôtre; d'autre part, les experts et les autorités britanniques de la santé se fient au vapotage depuis plusieurs années pour réduire la prévalence du tabagisme", résument les auteurs, avant de préciser que "le nombre d'arrêts du tabac réussis a augmenté de manière significative grâce au vapotage. La proportion de consommateurs de tabac dans la population britannique totale est passé de 27% en 2001 à 15,8% en 2016, selon l'Office for National Statistics (ONS)".

Aux Etats-Unis, le vapotage met en danger les grands cigarettiers, tandis qu'au Japon, le tabac chauffé a pris un sixième du marché des cigarettes. En Allemagne, "dans Tabak-Zeitung, le journal de l'industrie cigarettière allemande, du 18 mai, un directeur d'Imperial Brands avertit: les ventes de cigarettes traditionnelles s'écroulent". Les auteurs concluent: "Une politique de santé intelligente devrait soutenir et accélérer cette cannibalisation des ventes de cigarettes grâce à des alternatives à faible risque"


dimanche 27 mai 2018

"La vaporette Juul est en train d'écrouler l'industrie cigarettière US"- Le rapport qui annonce la fin de Big Tobacco


Le 19 avril dernier, la bourse de New-York s'affole. Le cours de Philip Morris chute en quelques heures de 15,58%, tandis que BAT et Altria perdent près de 6%. La veille à minuit, la publication d'un rapport de 76 pages a mis le feu aux poudres. "La vaporette JUUL a commencé d'ébranler [disrupt] l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman de Citigroup. Sans état d'âme ni parti pris sur le champ de la réduction des risques, les analystes financiers expliquent. Jusque-là, les cigarettiers arrivaient à compenser la baisse du volume de ventes par une hausse des prix et des marges sur leurs produits. Mais l'essor de la vaporette Juul sur le marché des détaillants américains bouleverse la donne. Un phénomène inédit et inattendu analysé en détail par ce rapport de Citi. Il a  pourtant été passé sous silence par la quasi totalité des médias.

Effondrement des ventes de cigarettes en 2018 aux US

Sur le premier trimestre 2018, les ventes de cigarettes aux US ont chuté de 6% selon les données de l'institut Nielsen, estimées fiables, sur lesquelles s'appuient les analystes de Citigroup. "C'est de un à deux points pire que ce que les modèles historiques prévoyaient. Ceci est du à l'essor rapide de la JUUL", estiment les auteurs. Cette chute des vente des cigarettes dépasse le phénomène lié à l'élasticité historiquement enregistré qui indiquait une baisse de l'ordre de 4% à 4,5%. "Nous avons été très surpris par la détérioration des volumes de vente de cigarettes au premier trimestre 2018, parce que les tendances trimestrielles en 2017 étaient consistantes avec les modèles historiques", insiste le rapport (p. 10). Plus finement, l'analyse date de décembre 2017 le début de l'accélération de la chute des ventes de cigarettes. 


D'autres indicateurs montrent que le phénomène est inédit. Habituellement, les évolutions de ventes de cigarettes sont corrélées étroitement à celles des bières. En gros, les "blue collars", les ouvriers, qui arrêtent de fumer, boivent moins. Or, la chute actuelle de ventes de cigarettes aux Etats-Unis n'a pas son pendant en terme de ventes de bière. Alors qu'est-ce qui provoque cette chute impromptue du marché cigarettier américain ?

"Il est impossible de dire avec une totale certitude ce qui a causé le changement, mais le candidat le plus crédible est la vaporette JUUL. Dans le 'retail channel' [le secteur des détaillants - kiosques, supermarchés...] mesuré par Nielsen, les ventes de produits de vapotage ont plus ou moins doublé au premier trimestre 2018 par rapport au premier trimestre 2017. La JUUL représente près de 90% de cette croissance. Le vapotage représente à présent presque 4% des ventes totales des produits de tabac dans les données de Nielsen. En fait, nous croyons que les ventes de vapotage sont beaucoup plus importantes que cela, car la majorité des ventes de vaporettes ne sont pas capturées par l'institut Nielsen", expliquent l'équipe menée par Adam Spielman (p.13).

Nielsen spécifie d'ailleurs que le 'retail channel', sur lequel ils ont évalué les ventes des Juul, correspond à environ 20% du marché global du vapotage. Bien que 'l'hypothèse Juul' ne soit qu'une hypothèse, les auteurs de Citigroup n'en voient pas d'autre crédible.  
"Si ce n'est pas JUUL qui provoque la détérioration des ventes de cigarettes, alors nous avons du mal à expliquer ce déclin accéléré des cigarettes dans les données Nielsen. Nous ne connaissons rien d'autre qui pourrait l'expliquer".

L'effondrement de Big Tobacco a commencé

Le cours de la valeur boursière de Philip Morris à New-york ces derniers mois et son crash du 19 avril
A court terme, les cigarettiers, et Philip Morris en particulier, ont les reins assez solides pour encaisser le coup. "Mais à long terme, nous pensons que la réduction des volumes de cigarettes rendra difficile la poursuite de la croissance des bénéfices comme auparavant. Nous prévoyons qu'une partie de la perte du volume de ventes de cigarettes sera remplacée par des ventes de Produits de Nouvelle Génération (PNG). Le problème est que les PNG ont toujours été déficitaires pour les entreprises cigarettières. Cela signifie que même si les PNG pouvaient protéger les ventes, nous nous inquiétons des profits", expliquent les analystes.

Les vapoteurs le savent. Les produits de vape des cigarettiers sont de piètres qualité et systématiquement en retard sur les développements de la dynamique industrie, voire artisanat, indépendante. Mais jusque-là, ils occupaient le marché des détaillants grâce à leur prédominance sur le réseau de distribution. L'irruption de la Juul sur ce secteur les concurrence directement et les a défait en quelques mois. Au-delà de la conjoncture circonstancielle, le modèle structurel même semble explosé. L'oligopole puissant mais lourd des Big Tobacco parait incapable de s'adapter à la révolution des vapeurs impulsée sous forme de guérilla de l'industrie indépendante.

L'Iqos peut-elle sauver Philip Morris ?

Les vaporettes Mark Ten pour Altria - la branche américaine de Philip Morris - et la myBlu d'Imperial Tobacco, dont les français sont abreuvés de publicité déguisée via un site grimé en site de vapoteurs, tentent de sauver des parts de marché des cigarettiers face à la Juul en cassant les prix. "Cependant, nous ne nous attendons pas à ce qu'ils compensent la marge perdue - en fait, nous prévoyons que l'Elite [de Mark Ten] et myBlu seront déficitaires (...). Cela signifie que même si Altria et Imperial peuvent prendre une part du secteur du vapotage en pod, nous ne nous attendons pas à ce que cela soutienne leurs profits immédiatement", explique le groupe de recherche de Citi. Du coté de Philip Morris, et Altria son alter ego américain, ainsi que chez British American Tobacco (BAT), un autre type de produit essaie de colmater la brèche du vapotage: les cigarettes de tabac chauffé.

"Sur long terme, nous ne prévoyons pas que le tabac chauffé transforme le marché des cigarettes aux États-Unis, comme il l'a fait au Japon et en Corée", estiment les auteurs."L'Iqos est susceptible de produire des pertes pour Altria bien que le montant exact sera probablement caché dans les bilans financiers. Pour que l'Iqos soit performant, Altria doit investir pour le porter de l'avant. Le déploiement d'Iqos en Europe et en Asie de l'Est a montré que des investissements considérables au départ sont nécessaires pour convaincre les fumeurs de passer à ce produit non intuitif. Philip Morris (PMI) souligne les besoins en magasins Iqos, shop-in-shops et de coachs. En outre, PMI a investi considérablement dans une infrastructure numérique et des centres d'appels. En Europe, nous nous attendons à ce que les Iqos soient déficitaires en 2018, plus de 2 ans après son lancement initial, malgré un régime fiscal beaucoup plus favorable et notre prévision de ventes nettes de 1,3 milliard de dollars dans la région en 2018", argumente le rapport.

Mais pourquoi ce "pessimisme" ? Au Japon et en Corée du sud, l'Iqos fait un tabac en ayant pris plus de 12% du marché des cigarettes. Depuis, Japan Tobacco a même annoncé un écroulement de ses ventes de cigarettes de plus de 14% en mars 2018. Mais en Suisse par exemple, où le produit a été lancé en 2015 et dans le contexte favorisant le produit de Philip Morris de prohibition administrative - jugée illégale le 24 avril dernier par la justice Suisse - de vente du vapotage nicotiné, sa part de marché atteint fin 2017 péniblement 1,2% du marché des produits de tabac, selon les données de Citi. Les analystes pensent que les américains consomment plutôt à la manière des suisses, des allemands ou des canadiens qu'à l'image des japonais ou des coréens pour deux raisons.

"En Asie de l'Est, les cigarettes à faible ou très faible teneur en nicotine sont courantes (...), et les consommateurs [asiatiques] aiment l'innovation dans les cigarettes et la technologie. Les fumeurs américains ne sont généralement pas comme ça", soulignent les auteurs de Citi. Un récent article du Vaping Post développe une analyse similaire en insistant sur les différences civilisationnelles qui soutiennent l'actuel essor de l'Iqos et la baisse concomitante des ventes de cigarettes combustibles au pays du soleil levant. "C’est donc principalement un facteur d’acceptation sociale typiquement nippon qui prévaut, plutôt qu’un souci de santé individuel", pointe Guillaume Bailly du site spécialisé.
La première page du rapport de Citi 

Le silence made in Bloomberg sur ce rapport

"Pour 2018, nous pensons maintenant que la croissance est susceptible d'être pire en raison de la JUUL et peut-être de la MarkTen Elite et myBlu. Nous prévoyons environ -5%, constitués de -6% au premier trimestre et de -4% à -5,5% le reste de l'année. Pour les années à venir, nous craignons que le nouveau taux d'exécution sera d'environ -4,5% à -5,5%, ce qui est environ 1,5 point de pourcentage pire que nous avions avant", synthétise le rapport de Citi. Cette bombe lâchée le 18 avril à minuit a explosé à Wall Street le lendemain matin. Une chute des cours des actions boursières des cigarettiers qui a même impacté l'indice générale de la bourse new-yorkaise ce jour-là. Pourtant, les médias grand public n'ont soufflé mot sur ce rapport et ses conclusions incendiaires pour l'avenir des Big Tobacco.

Rares exceptions à ce silence, l'émission Mad Money de Jim Cramer sur CNBC relate le contenu du rapport le 23 avril. "Le vapotage décime l'industrie cigarettière et cela pourrait aller de pire en pire", clame le show-runner. Dans l'espace francophone, seul Alistair Servet du bien renseigné Vaping Post a parlé de ce rapport. Mais quel mécanisme fait qu'un rapport d'un prestigieux groupe financier, jugé suffisamment fiable pour être suivi dans l'heure par les traders professionnels, soit ignoré par les grands médias alors que les valeurs des cigarettiers se crashent? Deux hypothèses, pas forcément exclusives l'une de l'autre, se présentent spontanément. Laisser cette analyse dans l'ombre coupe l'extension de l'incendie qui aurait pu ravager au-delà de la chute sur 24 h des actions des cigarettiers. L'analyse du minage des fondamentaux des cigarettiers par le vapotage n'est pas parvenu au grand public à qui les mauvais résultats sont apparus conjoncturels, laissant les valeurs boursières se restabilisées après leur chutes. Autre possibilité, la main-mise du magnat de la presse, 8ème fortune mondiale et anti-vape forcené Michael Bloomberg.

Le Big data contre la liberté de réduction des dommages

Le multi-milliardaire, ex-maire de New-York, promeut le projet de Big Data, visant à la jonction entre les monstres du web & médias avec les Big Pharma. Pour cela, avec ses partenaires du couple Zuckerberg et les époux Gates, il doit convaincre que le danger qui guette l'humanité est l'absence de surveillance des données de santé et forcer une réorientation des objectifs de l'OMS vers les maladies non-transmissibles, problèmes de pays offrant des marchés solvables contrairement aux pays pauvres ravagés par des épidémies de maladies, transmissibles évidemment. Il a pesé autant qu'il peut en ce sens au Sommet de l'OMS à Genève la semaine dernière sur les maladies non-transmissibles (MNT). "Le défi de l'OMS est de présenter le paternalisme du mode de vie des nations riches comme une priorité pour les pays qui continuent d'être ravagés par les maladies contagieuses, la mortalité infantile et la violence", croque Christopher Snowdon dans Health Spectator à ce propos. 

La réduction des risques gérée par les usagers eux-mêmes s'oppose frontalement à ce projet de mise sous tutelle du citoyen voué à devenir un patient sous surveillance permanente par le Big Data en vue de le médicamenter préventivement. Le vapotage comme solution à la principale cause de morbidité évitable est un cauchemar pour le Citizen Kane du 21ème siècle. Expliquer que la vape décime le tabagisme alors que Michael Bloomberg prétend lutter contre le tabagisme en réprimant le mouvement des usagers vers les moyens de réduction des dommages tels que le vapotage n'est pas le bienvenu dans son plan de comm'. Les défenseurs de cette approche, interdits d'entrée ou tolérés mais mis à l'écart de certains meeting sensibles sur le sujet durant son sommet au Cap en mars, peuvent en attester. Tout comme les militants anti-tabac taïwanais, exfiltrés à la demande de l'OMS pendant que les délégués chinois discutaient affaire avec Michael Bloomberg à ce sommet soi-disant sur la santé.

Qui peut sauver le tabagisme à part Bloomberg & ses pseudos anti-tabac ?

Le rapport de Citi estime que le seul espoir des cigarettiers et, en extrapolant, du tabagisme aux Etats-Unis réside dans une intervention des autorités contre le vapotage et en particulier envers la Juul. "A moyen et à long terme, la Food and Drug Administration (FDA) pourrait imposer des réglementations pour fortement limiter les pods, ou même interdire la JUUL et des produits similaires. Mais nous ne sommes pas susceptible d'en savoir plus à ce sujet avant fin 2020 au plus tôt, et probablement pas avant 2022, ce qui est au-delà de l'horizon temporel de nombreux investisseurs", estiment les analystes de Citi (p. 58). 

Cependant, l'offensive anti-Juul combinée des médias sous l'influence du magnat Bloomberg, des groupes militant anti-réduction des risques et probablement en sous-main des cigarettiers a déchaîné depuis plusieurs mois une véritable hystérie contre le vapotage. Accusé d'atteindre à l'intégrité des adolescents, malgré la chute sans précédent du tabagisme de ceux-ci et de la baisse de consommation du vapotage, même sans nicotine qui correspond à l'usage des trois-quart des jeunes l'utilisant. Mais dans le style de peste émotionnelle typiquement américaine, l'affaire n'est plus une question de faits. Reste à savoir si la FDA réussira à imposer des mesures contre l'outil de réduction des risques en dépit du mouvement massif des usagers vers le vapotage. Les analystes de Citi sont plus optimistes et confiants dans le respect du droit des citoyens par la FDA que je ne le suis.

Bonus:

La petite histoire des deux créateurs de la Juul

Sortis de Stanford, James Monsees et Adam Bowen co-fondent Pax Labs, sous le nom de Ploom dans un premier temps, à San Francisco en 2007. Réfléchissant à des moyens de consommer du tabac à risque réduit depuis leur rencontre aux cours à Stanford, les deux créateurs lancent le vaporisateur Pax destiné au tabac, mais surtout utilisé pour l'herbe par le public. Ils assistent à l'émergence du vapotage en provenance de Chine, sans trop croire au produit. Cependant, la boîte s'aventure à créer un hybride entre vapote et tabac chauffé sous le nom de Ploom. Japan Tobacco, largué devant l'émergence des produits de vapotage, décide de rattraper le train de la réduction des risques en achetant les brevets et la marque Ploom en 2014, après une période de partenariat qui prend fin ainsi. Pax Labs continue indépendamment de commercialiser et développer son vaporisateur, aujourd'hui à sa 3ème version. 

Ayant selon toute vraisemblance, saisis l'intérêt des sels de nicotine lors de la conception de la Ploom, James Monsees et Adam Bowen créent, au sein de Pax Labs, la Juul en 2015 en brevetant la formule de leur liquide. En 2017, ils forcent une scission entre Juul et Pax et quittent Pax à l'été. Les relations sont tendues entre les deux fondateurs et les financiers qu'ils ont côtoyé chez Pax, sans que l'on sache si la cession de la Ploom à Japan Tobacco en est la cause. Les clauses de confidentialité scellent le secret de l'affaire pour le moment. Pendant un peu plus de deux ans, la Juul est restée relativement confidentielle sur le marché du vapotage jusqu'à trouver son public en étant distribuée chez les détaillants non spécialisés en vape et que les ventes explosent en 2018.

Rien n'assure que les deux designers ne récidivent pas en revendant la Juul à un des Big Tobacco. Même si on ne voit pas très bien ce qu'ils auraient à y gagner dans la situation. Surtout, au vu du flop que constitue la Ploom et de sa nouvelle version en forme d'anecdote vouée à l'oubli dans le fil du développement du vapotage, doit-on vraiment le craindre? La révolution du vapotage n'est pas que technique, sanitaire et sociale: elle est aussi la fin d'un modèle économique ultra concentré en dinosaures oligopolistiques. 

2013 Conférence TED de James Monsees, co-fondateur de Pax et Juul, à Bruxelles (en anglais): Smoking deconstructed



jeudi 1 février 2018

USA: la directrice du CDC démissionne après les révélations de Politico sur ses actions dans le tabac et la pharma

Prise la main dans le sac. Au lendemain des révélations de Politico, Brenda Fitzgerald a livré ce mercredi matin sa démission du poste de directrice du Center for Disease Control and prevention (CDC - Centre de prévention et de lutte contre les maladies). Nommée le 7 juillet dernier à la tête de la principale agence de santé américaine, Brenda Fitzgerald avait acheté début août pour des dizaines de milliers de dollars d'actions de Japan Tobacco, Merck, Bayer, US Food Holding et d'autres entreprises, selon les documents obtenus par Politico auprès de l'autorité financière. En vertu de la loi de transparence sur les transactions de plus de 1'000 $, le média spécialisé en politique américaine a retracé les titres boursiers détenus par celle qui présentait la lutte contre le tabagisme comme une de ses priorités. 

Du tabac dans son porte-feuille

"Elle a classé le sevrage tabagique parmi ses principales priorités lorsqu'elle occupait le poste de Commissaire à la santé de l'Etat de Georgia jusqu'en février 2017. Avant de prendre la tête du CDC, elle possédait des actions dans cinq autres compagnies de tabac: Reynolds American, British American Tobacco (BAT), Imperial Brands, Philip Morris International et Altria Group Inc. - tout ceci légalement en vertu des règles éthiques en Géorgie", expliquent Sarah Karin-Smith et Brianna Ehley, les journalistes de Politico qui ont révélé l'affaire. 

Brenda Fitzgerald a refusé tout commentaire sur l'affaire. "Le Health and Human Services (HHS) a refusé de répondre sur les raisons de ces investissements de la directrice du CDC dans des compagnies cigarettières alors qu'elle travaillait à réduire la consommation de tabac", précise Politico. Le conflit d'intérêt saute pourtant aux yeux en regard de l'agenda de la directrice. "Le lendemain de l'achat d'actions du géant mondial Japan Tobacco, elle fait le tour le 9 août du laboratoire du CDC qui mène des recherches sur les dommages sanitaires du tabac", racontent les journalistes de Politico s'appuyant sur les informations financières et le calendrier officiel obtenus en vertu de la Freedom of Information Act.

... et de la pharma aussi

L'entreprise pharmaceutique Merck, dont des actions ont été acheté par Brenda Fitzgerald le 9 août, développe un vaccin contre le virus Ebola et produit des médicaments contre le VIH. Bayer, dont elle achète des actions le 10 août, est partenaire financier avec le CDC et travaille notamment sur le dossier du virus Zika. Brenda Fitzgerald a finalement mis plus de quatre mois pour se défaire des titres de la douzaine d'entreprises, dont Japan Tobacco, Merck et Bayer, considérés comme conflit d'intérêts potentiels qu'elle avait acheté après sa nomination. Elle avait déjà tardé à vendre des actions problématiques détenues avant sa nomination au CDC. "Il est un peu inquiétant qu'il lui ait fallu deux mois pour signer sa convention d'éthique et un mois de plus pour qu'elle puisse vendre des actions contradictoires", s'étonne Scott Amey, avocat du Project on Government Oversight. 

Le sens des affaires

Dans sa réaction, Matthew Myers, qui a propulsé sa carrière en négociant avec Philip Morris dans le dos de ses partenaires anti-tabac en 1998 puis en 2004, ne nourrit pas de complexe. "Premièrement, cette affaire mine la crédibilité d'un agent public lorsqu'il soutient que le tabac est la première cause évitable de maladie. Deuxièmement, et c'est peut-être pire, cela indique qu'un fonctionnaire est prêt à mettre son profit personnel au-dessus de l'éthique en investissant dans une entreprise dont les produits causent tant de mal", commente, au premier degré semble t-il, le directeur de la Campaign for Free Tobacco Kids (CFTK). 

Après les plaintes pour harcèlement sexuel, discrimination raciale et enrichissement personnel, via des faits de plagiat et fraudes académiques, contre Stanton Glantz de la part d'étudiantes de près de quarante ans ses cadettes à l'Université de San Francisco (UCSF), l'affaire Fitzgerald est un second scandale qui frappe en peu de temps une figure de la lutte anti-tabac américaine. 

"Bonne chance"

Le prédécesseur de Brenda Fitzgerald à la direction du CDC, Tom Frieden lui a souhaité "bonne chance" sur son compte twitter. Celui qui a fermé les yeux sur la diffusion massive d'anti-douleurs opioïdes à la population sous l'impulsion des laboratoires pharmaceutiques, provoquant une vague de toxicomanie ayant déjà causé la mort de plus de 60'000 personnes en 2016, a depuis pris une porte-battante pour un poste de directeur à la New Global Health Initiative. Une fondation financée à hauteur de 225 millions de dollars par le milliardaire et ancien maire de New-York Michael Bloomberg, la fondation du couple Chan-Zuckerberg, ainsi que de celle du couple Bill et Melinda Gates.

Who's the next ?

La trajectoire de Tom Frieden peut laisser bon espoir à Brenda Fitzgerald de ne pas finir sans-abri mendiante à la sortie d'un métro. L'avenir du poste de direction du CDC parait plus incertain. "On ne sait pas qui va remplacer Fitzgerald. La communauté de la santé publique, qui tend à favoriser les démocrates par rapport aux républicains, était favorable à sa nomination et à son expérience en santé publique", expliquent les journalistes de Politico. Alex Azar, secrétaire du HHS, devra choisir une nouvelle tête pour le CDC. Parmi les happy few de l'élite de la santé publique américaine, les noms de Celeste Philip, de l'Etat de Floride, et de John Dreyzehner, du Tennessee, font figures de favoris. En attendant, Anne Schuchat, directrice adjointe du CDC, va assurer l'intérim.



mardi 12 septembre 2017

Les fumeuses vérités alternatives de la NZZ pour inventer le 'vapotage passif'

Le quotidien zurichois n'en est pas à son coup d'essai. En matière d'articles pour répandre la peur du vapotage, la Neue Zurcher Zeitung (NZZ) a une longue collection. Cette fois-ci, la NZZ exhume le spectre fantasmatique du 'vapotage passif' affirmant en titre qu'il est "nocif". L'objectif de l'article publié ce week-end s'éclaire dans ses conclusions: justifier de réprimer les vapoteurs. Avec la conséquence de pousser les fumeurs suisses à rester aux cigarettes. La NZZ, qui fût jadis un quotidien de référence, sombre avec cet article de Frederik Jötten dans une affligeante suite d'enfumage de ses lecteurs. Confus et manipulateur, il se base sur une unique étude vieille de cinq ans, dont la critique à l'époque pour sa mal conception et ses résultats incohérents est ici passée sous silence. Pour masquer son enfumage, le journaliste allemand omet les dizaines d'études existantes et les rapports scientifiques pertinents sur le sujet. Non content de cet indigeste hirsebrei, Frederik Jötten le parsème d'erreurs factuelles grossières sur la situation légale en Suisse pour conclure dans un rapprochement incongru avec les cigarettes chauffées, finalisant son fantasme de repousser les vapoteurs au tabagisme. 

Passif NZZ sur le vapotage

La NZZ assume avec ce nouveau torchon sa vieille ligne contre l'outil de sortie du tabagisme. Ses colonnes ont ainsi accumulé accusation "d'effet passerelle" en 2015, où la vape ferait exploser le nombre de jeunes fumeurs ce qui ne s'est vérifié ni en Suisse ni ailleurs, puis diffusion en avril 2016 d'un hoax particulièrement grossier sur la présence de drogue dans les liquides de vapotage, avant un appel à "durcir" la répression contre les vapoteurs récemment. En contraste de ces diatribes anti-vapoteurs, le traitement par le journal proche des milieux financiers zurichois des nouveaux produits des cigarettiers est beaucoup plus pondéré et sérieux. NewsBuzzters s'étonnait en juin 2016 de cet écart produisant pour ainsi dire un effet de publicité comparative. Ce nouvel épisode de la campagne de la NZZ contre la menace du vapotage, qui a fait dégringoler les ventes de tabac où il s'est développé, reprend la vieille méthode du cherry-picking pour inventer un "vapotage passif" nocif selon le journal.

Une seule étude citée de 2013

Comme le premier site conspi' venu, la NZZ va chercher une étude et occulte l'existence de dizaines d'autres. "L'une des rares études dans lesquelles les effets du tabagisme électronique passif ont été examinés vient des autorités de santé publique de Bavière", nous révèle d'emblée Frederik Jötten (mon emphase). Mazette! Les scientifiques du Public Health England (2015), du Royal College des médecins britanniques (2016), de Truth Initiative (2016) et de l'Université de Victoria (Canada, 2017) auraient donc halluciné en analysant des centaines d'études dans leurs rapports respectifs. "Le vapotage relâche des niveaux négligeable de nicotine dans l'air ambiant et ne présente aucun risque sanitaire identifié pour l'entourage", conclut pour sa part le rapport du Public Health England.

Mais la NZZ détient visiblement la "rare" vérité alternative. Le journal ne se donne même pas la peine de livrer sa référence précisément. En fait, il s'agit d'une vieille étude publiée en 2013 dans l'International Journal of Hygiene and Environmental Health. Les faiblesses méthodologiques avaient été critiquées dans une réponse publiée dans la même revue. La NZZ n'en souffle pas un mot à ses lecteurs. Le travail signé du Pr Wolfgang Schober est résumé par la NZZ: "après deux heures à fumer des e-cigarettes, du formaldéhyde cancérigène, de l'alcool benzylique allergène et de la nicotine ont été détectés dans l'air". A quel taux et selon quelle méthodologie, les lecteurs de la NZZ n'ont pas le droit de l'apprendre.

Des mesures effectuées différents jours

A l'époque, la critique des Dr Farsalinos et Voudris remarque que les mesures comparatives de l'étude n'ont pas été effectuées le même jour ni dans les mêmes conditions. "Ce sont des limites importantes [à la valeur de l'étude]. Des études ont montré qu'il y a des variation significative d'un jour à l'autre des niveaux environnementaux des hydrocarbones aromatiques polycycliques (PAH)", expliquent les chercheurs du Centre de cardiologie Onassis d'Athènes. S'ensuit la liste d'une série d'incohérences dans les données rapportées par l'étude allemande. Autrement dit, on peut douter que l'étude allemande ait maîtrisé un sujet nouveau à l'époque et ce soit donné des conditions suffisantes pour être fiable. 

Dans une réponse à la réponse, les chercheurs allemands reconnaissent avoir fait des mesures comparatives différents jours, mais estiment la pollution munichoise trop faible (sic!) pour expliquer les différences. Ils concèdent que 
"les particules liées au vapotage ne sont pas générées par un processus de combustion, mais par évaporation directe. En raison de cette différence de principe opératoire, les particules de vapotage diffèrent bien sûr dans leur composition chimique et dans la distribution de taille de celles des cigarettes de tabac", sans que cela ne lève leurs doutes.

De son côté, le Royal College des médecins britanniques note en 2016 que l'étude bavaroise, présentée comme unique pièce scientifique par la NZZ, est la seule à avoir alerté sur des émissions néfastes d'hydrocarbones aromatiques polycycliques (HAP), des substances produites en pyrolyse, par le vapotage. "Il n'y a, jusque-là, aucune preuve scientifique que l'exposition passive au vapotage ne puisse causer des dommages sanitaires significatifs. Seule une étude [l'étude munichoise de Schober et al.] a rapporté des niveaux d'hydrocarbones aromatiques polycycliques qui seraient au-dessus des limites d'exposition de sécurité", précise le rapport (p. 84) de l'institution britannique de premier plan dans l'histoire de la santé publique.

26 études analysées par l'Université de Victoria

Depuis cette étude munichoise, les recherches se sont multipliées. Le rapport scientifique de l'Université de Victoria (Canada), publié en janvier 2017, a trouvé et analysé 26 travaux sérieux concernant spécifiquement le vapotage secondaire. Il conclut qu' "aucune exposition significative à des cancérogènes tels que ceux trouvés dans la fumée du tabac" n'est relevée pour l'entourage des vapoteurs. Concernant la nicotine, le rapport canadien stipule "une exposition mesurable mais faible" sans que l'on sache si "l'exposition à un si faible niveau pose un risque pour la santé"

Plus tranchant, le rapport du Public Health England précise que "les partenaires de vapoteur.es ont en moyenne des concentrations de cotinine [ndr. métabolite de la nicotine] de 0.19ng/ml de salive et 1.75ng/ml dans l'urine, ce qui est environ 1'000 fois moins que les concentrations chez les fumeurs et se situe au niveau du taux de cotinine généré en mangeant une tomate". Profitons-en pour rappeler que tomates, aubergines, carottes, patates, choux-fleurs, poivrons, etc. contiennent de la nicotine. En manger semble donc sous cet aspect (étroit) aussi dangereux, ou bénéfique, que côtoyer un vapoteur.

Post-vérité versus réalité

Mais les rapports scientifiques ne pèsent pas lourds pour le quotidien zurichois face à une autre mystérieuse mesure que le journal brandit sans donner quelconque référence. Là, je suppose, sans certitude, que Frederik Jötten se réfère à la ridicule mesure prise dans le hall d'un restaurant à l'insu des participants à un congrès sur le vapotage à l'été 2015. En plus de la perversité du procédé, le fait de mesurer la pollution particulaire dans un restaurant préparant le repas de centaines de convives avec les dégagements que l'on connait à cette activité est simplement honteusement malhonnête intellectuellement. Mais peut-être que la NZZ, tournée résolument vers l'ère de la post-vérité, parle d'autre chose, son absence de source à ses affirmations les rend difficiles à retracer.

Plus solide et dans le monde réel, une étude de l'Université d'Etat de San Diego - dont nous avions parlé - a mesuré durant une semaine la pollution intérieure de 256 logements. Chez les fumeurs de cigarettes et de joints, la pollution intérieure explose lorsqu'ils fument. Les niveaux de pollution particulaires chez les vapoteurs ne sont pas discernables de ceux des logements de non-fumeurs. "Nous n'avons observé aucune différence apparente dans la moyenne hebdomadaire de la distribution de particules entre les 43 logements reportant un usage [en intérieur] de vapotage et ceux ne déclarant aucun usage", soulignent les auteurs de l'étude publiée en mai dernier dans PlosOne. Par contre, cuisiner, surtout la friture, faire le ménage, ce qui soulève de la poussière, allumer une bougie ou faire brûler un encens produisent une pollution mesurée au contraire de vapoter selon ces résultats.

Où sont les atteintes sanitaires?

Après avoir enfumé ses lecteurs, le journaliste de la NZZ se croit autoriser à assimiler le vapotage au tabagisme, et de là à exiger des interdictions similaires dans la prochaine loi sur les produits du tabac LPTab. Sauf que même avec ces références occultes ou périmées, Frederik Jötten ne montre a aucun moment que des atteintes à la santé justifient son désir répressif des vapoteurs. Passé son titre et son jeu d'impressions effrayantes, son papier est passablement vide pour soutenir quoi que ce soit.

Or non seulement le vapotage réduit massivement les toxiques pour l'usager par rapport au fait de fumer. Mais la réduction des dégagements secondaires est encore bien plus importante par la forme d'usage: une cigarette se consume entre deux bouffées, pas le vapotage. Or, autour de 85% des toxiques relâchées lors de la consommation d'une cigarette le sont par le "sidestream". En contraste, les nuages des vapoteurs paraissent impressionnants. La capacité des médiums du vapotage, à savoir le propylène glycol et le glycerol, à capter jusqu'à 2000 fois leur volume en humidité fait que pour pour plus de 75% ce nuage est un brouillard d'eau (avec des variations selon les conditions hygrométriques de l'environnement), et plus de 24% de glycérine (PG et/ou VG).

En outre, la nature de l'aérosol de vape fait qu'il se dissipe de moitié (demi-vie) en moins de 30 secondes, contre environ 20 minutes pour la fumée de cigarette. Concernant la nicotine, celle exhalée par un vapoteur, ayant atteint un niveau de nicotémie similaire au fumeur d'une cigarette, est en deçà de 1% de celle rejetée par la cigarette. A ces doses, aucun effet négatif n'a été constaté sur des adultes. Le monoxyde de carbone est absent, tout comme l'énorme majorité des plus de 7'000 substances produites par la combustion d'une cigarette. 

Mesures de l'étude par l'Institut biomédical de Barcelone
A noter qu'elles ne distinguent pas particules solides et liquides

Le mauvais exemple d'arrêter de fumer

Peut-être par conscience d'avoir un bien maigre dossier sur l'aspect sanitaire direct, Frederik Jötten nous sort du chapeau le mauvais exemple que donneraient les personnes ayant arrêté de fumer avec la vape. "Même les ex-fumeurs pourraient être encouragés à fumer", affirme le journaliste. La semaine prochaine, la NZZ appellera peut-être à interdire le jus de pomme et le Rivella dans les lieux publics pour éviter d'inciter des ex-alcooliques à boire. Ce fantasme récurrent d'une vape pervertissant les pauvres fumeurs a été démoli de longue date par des chercheurs en sciences sociales. Plutôt que, par on ne sait quel étrange phénomène, d'inciter les fumeurs à fumer, l'exemple du vapotage en amène certains à tenter de sortir du tabagisme.

"Même les ciga-likes de première génération [aujourd'hui disparues] étaient visuellement différentes des cigarettes, et leur vapeur exhalée facilement discernables de la fumée de cigarettes en termes d'apparence, d'odeur et d'irritation, rendant la confusion peu probable entre vapotage et tabagisme dans les lieux couverts par la législation sans fumée", expliquent les auteurs du rapport (p.128) du Royal College of Physicians britanniques, qui ont visiblement plus de contact avec le réel que le journaliste de la NZZ et ses interlocuteurs.

La chasse aux mauvais ex-fumeurs

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg, réticent dans un premier temps, a constaté que "le vapotage ringardise le tabagisme". Désormais, le pneumologue espère même "aider les fumeurs à goûter au plaisir de vapoter, au plaisir de s'éloigner de la tueuse qu'est la cigarette"déclare t-il au Monde. Mais peut-être est-ce justement ce mauvais exemple de la sortie du tabagisme qui dérange tant la NZZ? Principales victimes de ce mouvement de santé publique autogérée, les ventes de cigarettes et de médicaments ont souffert de l'engouement des usagers vers le vapotage dans plusieurs pays.

Resterait donc la question de la bienséance. Les démocratie libérales optent généralement de laisser à la population le soin de réguler par elle-même, dans les relations inter-individuelles, ce type de problèmes. Les sociologues appellent cela les normes, en contraste des règles ou des lois. Quelqu'un qui se parfume exagérément n'est pas interdit de lieux publics, mais il peut encourir quelques remarques. Sans autre justification sérieuse, on voit difficilement comment accepter que la loi instaure une restriction de libertés aussi manifestement discriminatoire pour une catégorie de la population, dont visiblement le seul défaut est d'avoir stopper la consommation de cigarettes et de médicaments qui est liée. Le point est particulièrement sensible pour favoriser la sortie du tabagisme des fumeurs en passant au vapotage. Leur mettre des entraves artificielles concourt à les condamner aux cigarettes.

La NZZ fait sa loi

Après les mensonges sur l'état de la science, des délires sur le rôle de la vape face au tabagisme, le journaliste de la NZZ, que rien ne retient visiblement, prétend que le vapotage n'est pas taxé comme le tabac "parce que les liquides avec nicotine ne peuvent pas être vendus en Suisse". La NZZ refait donc aussi ses propre lois et décide d'abroger la motion Zanetti qui en 2011 a exonéré le vapotage d'impôt punitif "pour aider les fumeurs à abandonner la cigarette". Allez soyons charitables, on a bien compris que c'est le désir de la NZZ, tout comme de Philip Morris et de la Commission fédérale de prévention du tabagisme (CFPT), que de punir au porte-monnaie les vapoteurs d'avoir arrêter de fumer. Mais en dépit des fantasmes de la NZZ, la loi protège ce moyen de sortie du tabagisme pour le moment.



Le journaliste termine évidemment en faisant l'amalgame entre les cigarettes chauffées et le vapotage, histoire de justifier tout son laïus inconsistant à faire prendre la vapeur pour de la fumée. Citant la recherche dirigée le Dr Reto Auer à l'Université de Lausanne à propos de l'Iqos, mais sans en avoir compris le contenu. Selon cette étude, dans l'Iqos se produit de la pyrolyse, autrement dit de la combustion imparfaite, ce qui dégage de la fumée et non pas seulement de la vapeur comme avec le vapotage. Un point essentiel pour distinguer le vapotage du tabagisme.

Die NZZ krieg

Comme le note DampfFreiheit, la NZZ a déclenché une blitzkrieg contre le vapotage ce mois. Peu probable que son feu nourri ne s'arrête là contre la vaporisation, alors que les autorités élaborent le nouveau projet de loi sur le tabac (LPTab) visant toujours à assimiler le vapotage au tabagisme. Les milliards du tabagisme, y compris ceux des très lucratives maladies évitable qui lui sont liées, sont en jeu face à l'outil de réduction des méfaits et le mouvement de santé spontanée de la population.