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mardi 11 septembre 2018

Suisse: les autorités et les cigarettiers veulent interdire la vape aux fumeurs mineurs pour continuer de leur vendre des cigarettes

Interdire la vape aux mineurs pour mieux continuer de leur vendre des cigarettes. L'accord de dupes de la table-ronde des autorités et des cigarettiers a été rejeté par l'Association Suisse des professionnels indépendants de la vape (SVTA). Elle annonce réviser son code de conduite pour autoriser la vente aux fumeurs de plus de 16 ans de produits de vapotage sans nicotine afin de leur donner une chance de quitter les cigarettes.

Edit 14H pour préciser: Visiblement beaucoup de lecteurs suisses ne savent pas qu'aucune législation fédérale n'interdit la vente de cigarettes aux mineurs. Certains cantons fixé un âge limite de vente à 16 ans, d'autres à 18 ans et certains aucune. Genève est dans ce dernier cas, le Conseiller d'Etat Mauro Poggia a annoncé préparer une loi cantonale pour cela, non pas contre le tabagisme adolescent galopant, mais en raison de l'arrivée du vapotage et de la vente légale de cdb. Sic ! 

L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a pris grand soin d'exclure les usagers de sa table-ronde sur le vapotage en juin. Organisée sous la pression conjointe du lobby cigarettier et de l'anti-tabac Joachim Eder,  l'administration avait convié cigarettiers, grande distribution et aussi des professionnels de la vape indépendants. Rien n'avait filtré jusque-là de cette rencontre dont le but avoué était d'imposer un âge limite de vente des produits de vapotage.

La table-ronde est un échec

Suite à l'abrogation de sa prohibition illégale par le Tribunal administratif fédéral (TAF) fin avril, l'administration est dépassée par une situation qu'elle a pourtant provoqué par dix ans d'incompétence sur le sujet. Son unique obsession est d'assimiler le vapotage au tabac dans sa future loi LPTab. Mais trois mois après la table-ronde, son échec est consumé. "Aucun accord n'a pu être trouvé avec l’industrie du tabac", révèle le communiqué de la Swiss Vape Trade Association (SVTA).

Interdire la vape pour mieux vendre des cigarettes

"Afin de renforcer et d’étendre la protection des mineurs, la SVTA a demandé à la table ronde de l’OSAV qu’une limite d’âge de 18 ans soit également introduite pour les produits du tabac (cigarettes, cigares, etc …). Malheureusement, nous nous sommes trouvés en opposition avec l’industrie du tabac sur le sujet", explique l’association des professionnels de la vape. En dehors de la vape indépendante, seule la chaîne de détaillants Coop a appuyé la proposition. En version décryptée: les cigarettiers et leurs alliés veulent interdire la vente des produits de vapotage pour mieux continuer de vendre des cigarettes aux ados.

Ou donner une chance aux fumeurs

"Par conséquent, un consensus à la table ronde n’est pas possible", déclare Rachel Jossen, membre du comité de la SVTA. L'association annonce donc réviser son code de conduite de manière unilatérale. Elle engage ses membres à ne pas vendre de produits de vapotage nicotinés aux moins de 18 ans, mais autorise la remise "de liquides exempts de nicotine aux fumeurs de plus de 16 ans dans un but de réduction des risques", explique Rachel Jossen. 

Objectif clair de la filière du vapotage, donner une chance aux mineurs, à qui les cigarettiers vendent des cigarettes, de pouvoir sortir du tabagisme"L’objectif est de donner aux adolescents le choix entre consommer des cigarettes mortelles et le vapotage au moins 95% moins nocif".

Génération sacrifiée

En Suisse, 14,3% des adolescents de 16 ans sont déjà fumeurs, dont la moitié au quotidien, selon le monitorage officiel de 2016. Un taux qui explose à près de 40% pour la génération des jeunes adultes de 18-25 ans actuels ayant grandi dans les années de prohibition du vapotage nicotiné. Tandis que le tabagisme des jeunes adultes a chuté à 10% aux Etats-Unis, invalidant sans discussion possible la réalité de la théorie de la passerelle. Les exemples britannique et parisien confirment que le vapotage provoque plutôt une chute accélérée du tabagisme des jeunes. Ce qui n'empêche pas les médias de vendre du sensationnalisme bidonné sur la question.


jeudi 2 août 2018

Philip Morris renonce à son usine Iqos de Dresde: symptôme d'une erreur de stratégie ?

Philip Morris a confirmé l'information dénichée par Sächsische Zeitung (SZ). Il renonce, au moins pour le moment, à son projet de nouvelle usine à Dresde. L'inauguration était prévue au premier semestre 2019 à deux pas de l'aéroport. Elle devait produire 30 milliards de cigarettes pour Iqos par an avec 500 employés sur 80'000 m². L'investissement à terme devait être de 275 million €. Dirk Hilbert, maire de Dresde, a même inauguré en juin une nouvelle station électrique d'un coût de 11 millions € spécialement pour alimenter la zone industrielle de la future usine. Laconique, Iris Brand, porte-parole du cigarettier, indique que le groupe doit évaluer ses centres de production existants, à la radio locale MDR Sachsen. Des usines de cigarettes Iqos fonctionnent déjà notamment en Suisse, Grèce, Roumanie et en Italie, où sa capacité de production est le triple de celle envisagée à Dresde, précise le journal de Saxe SZ.

0,1% du marché allemand

En réaction, Reemtsma, la filiale allemande d'Imperial Tobacco, a ironisé sur l'explication "lapidaire" de Philip Morris. De son coté, Jan Mücke, directeur de l'association allemande des cigarettiers (DZV), dont Philip Morris ne fait plus partie depuis plus de dix ans, souligne "le succès assez limité" de l'Iqos. Dans son rapport 'New World of Tobacco – JUUL Starting to Disrupt U.S. Cigarette Industry' en avril dernier, Citigroup signale qu'en Allemagne "iQos atteint seulement 10 basics points (bps) [soit 0,1%] du marché national au quatrième trimestre 2017". En se limitant aux grandes villes allemandes, l'Iqos atteint 80 bps, soit 0,8%, du marché. Très faible en regard des campagnes de publicité du cigarettier vaudois et l'ouverture d'Iqos Stores en Allemagne. 

Erreur de stratégie ?

Il y a une année, Stacey Kennedy, directeur de Philip Morris Allemagne, annonçait la nouvelle usine de Dresde comme "un jalon important sur la voie d'un avenir sans fumée". Aujourd'hui, la bourse américaine a perdue confiance dans les valeurs cigarettières devant le succès du vapotage, et l'abandon de la nouvelle unité de production du cigarettier vaudois soumet à la question sa stratégie. Doute sur son choix de privilégier un produit phare de tabac chauffé, à contre-courant de l'engouement pour le vapotage et sa diversité. Depuis son lancement en 2015, l'Iqos n'a percé qu'au Japon, pays qui interdit la vente de vapotage nicotiné.

Doute aussi sur la conception médiocre du point de vue de la réduction des risques de l'Iqos avec une température trop élevée pour éviter toute combustion. Alors que la combustion de la cellulose s'initie à partir de 236°C, l'Iqos monte à près de 350°C, engendrant une pyrolyse qui produit tous les toxiques d'une cigarette conventionnelle. Cependant, les carbonylés et les composés organiques volatiles (COV) sont réduits d'au moins 80% par rapport à une cigarette fumée standard, selon les premiers résultats des études de l'Institut fédéral allemand sur les risques (BfR).

Batailles cigarettières

La nouvelle de l'ajournement de l'usine de Dresde tombe dans un contexte de vive bataille entre cigarettiers en Allemagne. Les ventes sont passées de 145 milliards de cigarettes en 2002 à près de 76 milliards en 2017. Philip Morris reste leader avec 37% du marché devant Reemtsma qui détient 24% du marché, BAT 19% et Japan Tobacco 6%. Ce dernier fait une campagne de publicité pour dénigrer les nouveaux produits électriques sous la bannière de sa marque de cigarettes American Spirit. Cette campagne tente aussi de freiner l'essor du vapotage, dont le marché est passé entre 2010 et 2016 de 5 millions à plus de 375 millions €, selon les données de la VDEH association professionnelle du vapotage. 

Poor lonesome cowboy ?

Dans ce contexte de restructuration, l'idée de créer une nouvelle organisation faîtière visant à regrouper tous les cigarettiers, y compris Philip Morris, mais aussi des producteurs de vapotage indépendants fait son chemin, nous apprend eGarage, site allemand spécialisé sur le vapotage et la réduction des risques. "Les fabricants de vapotage qui ne proviennent pas de l'industrie du tabac sont aussi très sollicités", précise le site bien informé. 

Bien que cowboy solitaire en Allemagne et malmené par la bourse américaine, Philip Morris reste une multinationale encore prospère. Ses comptes trimestriels, publiés le 19 juillet, affichent 7,72 milliards $ de revenus nets et 3,1 milliards $ de bénéfices nets sur le second trimestre 2018, une progression de l'ordre de 12 à 13% par rapport à la même période en 2017. 


mardi 17 juillet 2018

Le Juul effect: les investisseurs ont perdu la foi en Big Tobacco

"Il est surprenant de voir une industrie aussi solide et rentable être liquidée comme cela en seulement six mois, mais la réaction des investisseurs montre clairement que les actions des cigarettiers ne sont plus la valeur sûre qu'elles étaient depuis des générations". L'analyste Jeremy Bowman ne mâche pas ses mots sur Motley Fool, le site d'information financière. Son article fait écho à l'alerte du cabinet S&P Global la semaine dernière sur les actions des trois principaux cigarettiers.  Les cours de Philip Morris, Altria et British American Tobacco ont chacun perdu près de 20% de leur valeur sur les six premiers mois de l'année et  n'ont pas récupéré de leur crash du printemps.

Bloomberg black-out

Ce crash le 19 avril dernier a été provoqué par la publication d'une des analyses financières les plus importantes de l'année, bien que toute la presse liée à l'oligarque Michael Bloomberg a choisi de la passer sous silence. Pourtant, celui dont Forbes estime la fortune à 50 milliards $ en 2018, a bâti sa richesse sur l'information financière. Mais Michael Bloomberg est également parti en guerre contre la réduction des risques, et en particulier contre le vapotage. Il a annoncé en mars, dans un article qu'il a commandé au Guardian, avoir investi un milliard dans sa croisade. 

Aux Etats-Unis, seul John Cramer du show Mad Money sur CNBC a parlé sur un média grand public de l'analyse de Citi Group qui a mis le feu aux poudres de Wall Street. "La vaporette JUUL a commencé d'écrouler l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman, qui ne se trouve pas en accès public mais dont nous en avions relaté les principaux points. La chute de 6% des ventes de cigarettes sur le premier trimestre de l'année s'est accompagnée de la poursuite de l'assaut de la Juul du marché des détaillants des produits de vapotage. Le pod rectangulaire aux sels de nicotine a pris plus de la moitié de ce canal, qui représente un cinquième des ventes globales de produits de vape aux Etats-Unis. Ce réseau de distribution était jusque-là la chasse gardée des produits des cigarettiers. 

Les actions de Big Tobacco soldées

Les investisseurs ne s'y sont pas trompés, les cours des Big Tobacco se sont effondrés dés la publication du rapport de Citi Group. Trois mois après, en dépit du black-out des médias liés à Bloomberg, les réseaux d'information financière indépendants discutent encore de cette nouvelle donne. "Les actions des cigarettiers ont été liquidées cette année en grande partie parce que les fabricants de cigarettes auraient du mal à faire la transition vers les nouvelles technologies", analyse Jeremy Bowman sur Mottley Fool. En particulier, la cigarette chauffée Iqos de Philip Morris ne convint pas beaucoup de consommateurs de 36 des 38 pays où elle se trouve, à part au Japon et en Corée du Sud.

La baisse générale des ventes de cigarettes force une transition des cigarettiers vers le vapotage ou de produits directement concurrents. C'est un fait mis à jour par le mouvement de la vape: une large partie des fumeurs aspire à des produits à risques réduits, comme le souligne Oliver Kershaw, fondateur de l'ECig Forum, dans une série de tweets. Du côté des financiers, "l'inquiétude suscitée par la transition vers le vapotage est qu'un petit concurrent pourrait battre les géants du tabac. Cela semble déjà se produire avec Juul, le fabricant de vape à la croissance la plus rapide aux Etats-Unis", résume l'analyste Jeremy Bowman.

Campaign for Tobacco-Free Kids à la rescousse des cigarettiers

Outre qu'il met en grande difficulté les cigarettiers, l'essor de la Juul a déclenché une campagne hystérique à son encontre. Au moins en apparence, ce ne sont pas les cigarettiers qui la mènent mais des organisations soi-disant anti-tabac dont la puissante Campaign for Tobacco-Free Kids (CTFK). Notoirement lié à Michael Bloomberg et ayant décroché le gros lot en négociant en secret avec Philip Morris un règlement à l'amiable du procès de 1998, Matt Myers, leader de CTFK, a désormais fait de la Juul sa cible principale. 

Alors que le taux de tabagisme adolescent s'est effondré de moitié depuis 2011, la part des ados a avoir expérimenté le vapotage s'est réduit depuis 2015, date de l'apparition de la Juul. Pourtant, celle-ci est accusée de propager une "épidémie de juuling chez les lycéens". En boucle, les médias, y compris français, répètent ce mantra, l'illustrant régulièrement d'images de spots TV anti-vape mettant en scène des jeunes recrutés spécialement pour l'occasion par un cabinet de marketing. Un classique de discours auto-référentiel narcissique où les médias montrent leur propres reflets en guise de preuves. 

La coalition des conservateurs du tabagisme

Le lynchage médiatique de la Juul pourrait prolonger les bonnes affaires des cigarettiers et des autres lobbys vivant sur le dos des fumeurs en ralentissant l'essor du pod. Comme le croquait, lors du dernier Global Forum on Nicotine, David Sweanor, professeur de droit à l'Université d'Ottawa: "Nous avons de nouveau là un exemple de la vieille alliance entre puritains et trafiquants [baptists and bootleggers coalition]".

Du point de vue de la réduction des risques, la Juul constitue un produit très intéressant comme en témoigne sa saignée du tabagisme américain. Cependant, la prise d'une grande part du marché par un seul produit, même indépendant des Big Tobacco, fait courir le risque d'une concentration réduisant la diversité et le pouvoir de choix des consommateurs. Le gel des innovations sur le marché américain provoqué par la réglementation de la FDA favorise malheureusement une telle évolution.



vendredi 6 juillet 2018

24 Heures refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant, pour servir le Sommet Etat & Tabac contre la vape

Le jour même où l'administration convie l'industrie cigarettière pour "réguler" le vapotage en Suisse, le quotidien lausannois 24 Heures nous refait le coup du vendeur fantôme de vaporette à un enfant. Six mois après le bidonnage de la Liberté, le quotidien de Tamedia annonce en titre de Une qu'un garçon de 10 ans a acheté "une vapoteuse en toute légalité". Le journaliste s'appuie sur le récit d'un papa anonyme sans jamais aller vérifier ses dires auprès du vendeur indélicat soi-disant de Morges. Pourtant le journaliste précise que l'enfant aurait indiquer l'endroit de l'achat. Je n'ai jamais vu un journaliste agir de cette manière: enregistrer un témoignage accusant une partie et ne pas essayer de contacter cette partie accusée. Or, comme lors de l'affaire de la pseudo-vente à Fribourg de la Liberté, aucune vérification n'est faite. Sic ! Pourtant, le code de déontologie du Conseil de la presse Suisse précise en directive (3.1) que "l‘acte premier de la diligence journalistique consiste à s‘assurer de l‘origine d‘une information et de son authenticité".

Lors du précédent buzz, la Liberté avait été incapable de me confirmer l'existence d'un vendeur et une équipe, dépêchée spécialement à Fribourg dans ce but et très motivée, de la RTS n'avait pas réussi à retrouver ce mystérieux vendeur fantôme. Cela n'avait pas empêché la chaîne nationale de diffuser un reportage à charge sur "cette histoire" sans sujet. D'autres opérations médiatiques similaires de "vente fantôme" laissent à penser à un nouvel épisode d'une technique de communication bien éprouvée. 24 Heures y ajoute le buzz de la pseudo étude mensongère sur les souris et quelques assertions sans fondement de lobbyistes pour livrer son article à sens unique.

24 Heures au service du Yalta Etat-Tabac

L'article du jour, à sens unique, prend une saveur particulière puisqu'il est publié le jour même que l'administration fédérale organise son Yalta de la vape, sous l'impulsion de lobbyistes de la pharmaceutique, de connivence avec les grands cigarettiers conviés et quelques représentants isolés de l'industrie indépendante du vapotage. Aucun représentant des usagers n'a été contacté. L'objectif de ce sommet de l'Etat et du tabac: restreindre les ventes de vapotage. Le prétexte: le risque de vente à des mineurs. alors que près de 16% sont fumeurs en Suisse. Un taux stable durant les années de prohibition du vapotage commencée en 2009 (et non 2015 comme l'invente le journal vaudois). 

Les comptes du tabagisme adolescent caché en Suisse

Dans la même période, les parts de fumeurs chez les adolescents américains et britanniques a été divisé de moitié sous l'impact du vapotage. En France, le suivi Paris Sans Tabac rapporte le même phénomène de ringardisation du tabagisme sous l'effet des vaporettes. Sur les données récoltés avant les législations en interdisant la vente aux mineurs, les trois quarts des quelques 20% d'adolescents expérimentant le vapotage le faisaient sans nicotine. Un moyen d'essayer, de "jouer à", pour les ados sans risque de dépendance. Le 1,7% des ados américains vapotant régulièrement avec nicotine étaient pour la quasi totalité (9/10) déjà fumeurs. En bref, là où le vapotage s'est développé, le tabagisme des jeunes a dégringolé. En Suisse, il s'est maintenu. 

Conserver la situation propice au tabagisme est bien l'objectif de la plupart des acteurs poussant à ce sommet anti-vape Suisse, alors même que la vente de cigarettes est autorisée aux mineurs au niveau fédéral. On y retrouve donc une administration encaissant plus de 2,2 milliards Fs par an en taxe tabac, et faisant l'économie de plus de 15% de retraites non versées aux morts prématurées du tabac, l'industrie cigarettière, et la pression des petits soldats du lobby du cancer qui veulent "soumettre la cigarette électronique au même cadre légal que les produits du tabac". Aujourd'hui les jeunes qui avaient 16 ans au moment de la prohibition du vapotage en Suisse en 2009, ont 25 ans. Ils sont 38% de fumeurs en suisse romande, selon les statistiques officielles. C'est la défense de ce statu-quo, favorable au tabac, à la pharma et à l'Etat, au détriment de la population qui se joue aujourd'hui et pour lequel le journal vaudois a déployé ce grossier enfumage émotionnel.


dimanche 10 juin 2018

[Bref] Deux experts allemands décortiquent les raisons de la haine des lobbyistes contre le vapotage dans Zeit

"Qu'est-ce que les lobbyistes ont contre le vapotage?". Heino Stöver, directeur de l'Institut de recherche sur les addictions de l'Université de Frankfort, et Dietmar Jazbinsek, journaliste spécialisé sur l'influence des lobbys dans la santé publique, ont écrit un article à quatre mains pour Die Zeit le 31 mai. Ils y décortiquent les raisons des deux grands lobbys manœuvrant en coulisse autour du vapotage dans l'hebdomadaire allemand. Cet article, placé dans sa série "Global drug survey" liée à l'enquête mondiale sur les usages de substances psychoactives, commence par pointer le problème. De 28,8% de fumeurs en 2013, l'Allemagne a réduit à 28,3% la part de fumeurs dans sa population en 2018. Une baisse insignifiante de 0,5% en cinq ans. "Le nombre de fumeurs de cigarettes a très peu changé, mais leur composition sociale a fortement évolué. Alors que la grande majorité des enseignants du secondaire ont arrêté de fumer, huit déménageurs sur dix se grillent une cigarette à la pause. Les chômeurs à faible revenu et de longue durée restent de fidèles clients de l'industrie du tabac jusqu'à la mort", soulignent les deux chercheurs en sciences sociales.

Le tournant du vapotage

Dans l'économie mondiale du tabagisme, "l'Allemagne est l'un des plus grands exportateurs de cigarettes au monde et gagne beaucoup dans la mondialisation de la mortalité par cancer", notent les auteurs, comme on pourrait le faire aussi pour la Suisse. Fumer provoque chaque année près de six millions de morts prématurés selon une estimation de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS)"Ce n'est que dans ce contexte qu'il devient compréhensible à quel point 2003 marque un tournant", ciblent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek pour présenter le dépôt cette année-là du brevet d'une e-cigarette par Hon Lik, un pharmacien chinois. 

"Il est vite devenu évident que la nouvelle variante de consommation de nicotine pouvait devenir l'innovation chinoise la plus conséquente depuis l'invention de la porcelaine. Par l'échange d'expériences des utilisateurs, la scène du vapotage au niveau mondial a émergé, combinant les caractéristiques d'une communauté en ligne, d'une sous-culture et d'un groupe social. En bref, un mouvement de base", esquissent les auteurs.

Plus la vape progresse, plus l'hostilité devient féroce

L'implication des usagers a rapidement permis de développer des appareils plus efficaces et agréables. "Aucun expert sérieux, aucun chercheur du domaine de la lutte antitabac, ne nie que la vaporisation ait un risque sanitaire beaucoup plus faible que de fumer des cigarettes ordinaires. Cependant, de nombreux débats persistent sur la façon d'évaluer le risque résiduel du vapotage. Au fur et à mesure que le débat progresse, il devient évident que plus la technologie devient mature, plus l'hostilité à son encontre devient féroce", constatent les experts. 

Le tabac et la pharma lui ont fait la guerre, selon lui
A défaut de problèmes sanitaires réels à montrer, certains accusent la vape d'être le cheval de Troyes de l'industrie du tabac. Effectivement, les cigarettiers avaient des prototypes d'inhalateurs dans leur tiroirs depuis longtemps. Mais ils ne les avaient pas sortis pour ne pas dévaloriser et mettre en péril leur cœur de métier, les cigarettes de tabac. En français, le rideau de fumée de Gérard Dubois racontait en 2003 certains projets enterrés par les cigarettiers.

Les manœuvres cigarettières

"Ce n'est que lorsqu'il est devenu évident que les start-up de la scène de la vape devenaient une concurrence sérieuse que de grandes entreprises se sont mises sur le marché", rappellent les deux auteurs. Achat du brevet de Hon Lik par Imperial Tobacco en 2013 puis tentatives d'interdire des produits en faisant jouer les brevets par sa filiale Reemtsma en sont des épisodes. Philip Morris de son côté s'est tourné vers le tabac chauffé. Une récente étude de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques estime que la teneur en toxiques de la fumée des cigarettes chauffées Iqos est au moins 80% moindre par rapport aux cigarettes conventionnelles. "Si cela s'avère être un coûteux flop, ce ne sera pas nécessairement mauvais pour Philip Morris, car les clients frustrés d'Iqos retournent aux Marlboro. Les dirigeants du leader du marché mondial sont fiers de la fable d'un «avenir sans fumée». À la fin, bien sûr, c'est la marge bénéficiaire d'aujourd'hui qui compte"

"Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique"

Plus discrètes que les coups à plusieurs bandes des cigarettiers, les manœuvres du lobby de la Pharma n'en sont pas moins intenses et puissantes. "Les compagnies pharmaceutiques n'aiment pas le sevrage tabagique électronique", titre le second volet de l'article. Concurrence aux substituts nicotiniques et au Champix, le vapotage ennuie des géants comme Glaxo Smith and Kline (GSK) et Pfizer. "Ces entreprises assoient leur lobbying avec leurs leaders d'opinion médicaux, dont elles subventionnent les recherches, des postes de consultant, les frais de cours et d'autres avantages", rappellent, en évidence généralement passée sous silence sur le sujet, les deux spécialistes.

Exemple de cette influence contre la santé publique, une déclaration signée de 50 sociétés médicales et organismes de santé allemands en mai 2015 annonçant que le vapotage a un "plus grand potentiel de dommages que de bénéfices parce qu'il met en péril les réalisations de la lutte anti-tabac". "Nous ne savons pas de quels succès dont ils parlent", rétorquent Heino Stöver et Dietmar Jazbinsek. Avant dernière au classement européen des mesures de lutte anti-tabac, l'Allemagne n'a pas interdit la publicité pour les cigarettes, ni le tabagisme dans les bars de manière stricte et les taxes sur le tabac n'ont évolué "qu'à doses homéopathiques" depuis 15 ans, rappellent-ils. Au-delà des mesures, le taux de fumeurs stagne. Les auteurs se demandent si la diabolisation délirante du vapotage n'est pas une manière de refouler l'échec allemand en matière de prévention sur le tabagisme.

La vape cannibalise les cigarettes

A l'opposé de la peur allemande, le pragmatisme britannique obtient des résultats par la réduction des risques avec le vapotage. "La politique de prévention britannique diffère de l'allemande à deux égards: d'une part, la réglementation des cigarettes est beaucoup plus stricte que la nôtre; d'autre part, les experts et les autorités britanniques de la santé se fient au vapotage depuis plusieurs années pour réduire la prévalence du tabagisme", résument les auteurs, avant de préciser que "le nombre d'arrêts du tabac réussis a augmenté de manière significative grâce au vapotage. La proportion de consommateurs de tabac dans la population britannique totale est passé de 27% en 2001 à 15,8% en 2016, selon l'Office for National Statistics (ONS)".

Aux Etats-Unis, le vapotage met en danger les grands cigarettiers, tandis qu'au Japon, le tabac chauffé a pris un sixième du marché des cigarettes. En Allemagne, "dans Tabak-Zeitung, le journal de l'industrie cigarettière allemande, du 18 mai, un directeur d'Imperial Brands avertit: les ventes de cigarettes traditionnelles s'écroulent". Les auteurs concluent: "Une politique de santé intelligente devrait soutenir et accélérer cette cannibalisation des ventes de cigarettes grâce à des alternatives à faible risque"


dimanche 27 mai 2018

"La vaporette Juul est en train d'écrouler l'industrie cigarettière US"- Le rapport qui annonce la fin de Big Tobacco


Le 19 avril dernier, la bourse de New-York s'affole. Le cours de Philip Morris chute en quelques heures de 15,58%, tandis que BAT et Altria perdent près de 6%. La veille à minuit, la publication d'un rapport de 76 pages a mis le feu aux poudres. "La vaporette JUUL a commencé d'ébranler [disrupt] l'industrie cigarettière américaine", titre le rapport dirigé par Adam Spielman de Citigroup. Sans état d'âme ni parti pris sur le champ de la réduction des risques, les analystes financiers expliquent. Jusque-là, les cigarettiers arrivaient à compenser la baisse du volume de ventes par une hausse des prix et des marges sur leurs produits. Mais l'essor de la vaporette Juul sur le marché des détaillants américains bouleverse la donne. Un phénomène inédit et inattendu analysé en détail par ce rapport de Citi. Il a  pourtant été passé sous silence par la quasi totalité des médias.

Effondrement des ventes de cigarettes en 2018 aux US

Sur le premier trimestre 2018, les ventes de cigarettes aux US ont chuté de 6% selon les données de l'institut Nielsen, estimées fiables, sur lesquelles s'appuient les analystes de Citigroup. "C'est de un à deux points pire que ce que les modèles historiques prévoyaient. Ceci est du à l'essor rapide de la JUUL", estiment les auteurs. Cette chute des vente des cigarettes dépasse le phénomène lié à l'élasticité historiquement enregistré qui indiquait une baisse de l'ordre de 4% à 4,5%. "Nous avons été très surpris par la détérioration des volumes de vente de cigarettes au premier trimestre 2018, parce que les tendances trimestrielles en 2017 étaient consistantes avec les modèles historiques", insiste le rapport (p. 10). Plus finement, l'analyse date de décembre 2017 le début de l'accélération de la chute des ventes de cigarettes. 


D'autres indicateurs montrent que le phénomène est inédit. Habituellement, les évolutions de ventes de cigarettes sont corrélées étroitement à celles des bières. En gros, les "blue collars", les ouvriers, qui arrêtent de fumer, boivent moins. Or, la chute actuelle de ventes de cigarettes aux Etats-Unis n'a pas son pendant en terme de ventes de bière. Alors qu'est-ce qui provoque cette chute impromptue du marché cigarettier américain ?

"Il est impossible de dire avec une totale certitude ce qui a causé le changement, mais le candidat le plus crédible est la vaporette JUUL. Dans le 'retail channel' [le secteur des détaillants - kiosques, supermarchés...] mesuré par Nielsen, les ventes de produits de vapotage ont plus ou moins doublé au premier trimestre 2018 par rapport au premier trimestre 2017. La JUUL représente près de 90% de cette croissance. Le vapotage représente à présent presque 4% des ventes totales des produits de tabac dans les données de Nielsen. En fait, nous croyons que les ventes de vapotage sont beaucoup plus importantes que cela, car la majorité des ventes de vaporettes ne sont pas capturées par l'institut Nielsen", expliquent l'équipe menée par Adam Spielman (p.13).

Nielsen spécifie d'ailleurs que le 'retail channel', sur lequel ils ont évalué les ventes des Juul, correspond à environ 20% du marché global du vapotage. Bien que 'l'hypothèse Juul' ne soit qu'une hypothèse, les auteurs de Citigroup n'en voient pas d'autre crédible.  
"Si ce n'est pas JUUL qui provoque la détérioration des ventes de cigarettes, alors nous avons du mal à expliquer ce déclin accéléré des cigarettes dans les données Nielsen. Nous ne connaissons rien d'autre qui pourrait l'expliquer".

L'effondrement de Big Tobacco a commencé

Le cours de la valeur boursière de Philip Morris à New-york ces derniers mois et son crash du 19 avril
A court terme, les cigarettiers, et Philip Morris en particulier, ont les reins assez solides pour encaisser le coup. "Mais à long terme, nous pensons que la réduction des volumes de cigarettes rendra difficile la poursuite de la croissance des bénéfices comme auparavant. Nous prévoyons qu'une partie de la perte du volume de ventes de cigarettes sera remplacée par des ventes de Produits de Nouvelle Génération (PNG). Le problème est que les PNG ont toujours été déficitaires pour les entreprises cigarettières. Cela signifie que même si les PNG pouvaient protéger les ventes, nous nous inquiétons des profits", expliquent les analystes.

Les vapoteurs le savent. Les produits de vape des cigarettiers sont de piètres qualité et systématiquement en retard sur les développements de la dynamique industrie, voire artisanat, indépendante. Mais jusque-là, ils occupaient le marché des détaillants grâce à leur prédominance sur le réseau de distribution. L'irruption de la Juul sur ce secteur les concurrence directement et les a défait en quelques mois. Au-delà de la conjoncture circonstancielle, le modèle structurel même semble explosé. L'oligopole puissant mais lourd des Big Tobacco parait incapable de s'adapter à la révolution des vapeurs impulsée sous forme de guérilla de l'industrie indépendante.

L'Iqos peut-elle sauver Philip Morris ?

Les vaporettes Mark Ten pour Altria - la branche américaine de Philip Morris - et la myBlu d'Imperial Tobacco, dont les français sont abreuvés de publicité déguisée via un site grimé en site de vapoteurs, tentent de sauver des parts de marché des cigarettiers face à la Juul en cassant les prix. "Cependant, nous ne nous attendons pas à ce qu'ils compensent la marge perdue - en fait, nous prévoyons que l'Elite [de Mark Ten] et myBlu seront déficitaires (...). Cela signifie que même si Altria et Imperial peuvent prendre une part du secteur du vapotage en pod, nous ne nous attendons pas à ce que cela soutienne leurs profits immédiatement", explique le groupe de recherche de Citi. Du coté de Philip Morris, et Altria son alter ego américain, ainsi que chez British American Tobacco (BAT), un autre type de produit essaie de colmater la brèche du vapotage: les cigarettes de tabac chauffé.

"Sur long terme, nous ne prévoyons pas que le tabac chauffé transforme le marché des cigarettes aux États-Unis, comme il l'a fait au Japon et en Corée", estiment les auteurs."L'Iqos est susceptible de produire des pertes pour Altria bien que le montant exact sera probablement caché dans les bilans financiers. Pour que l'Iqos soit performant, Altria doit investir pour le porter de l'avant. Le déploiement d'Iqos en Europe et en Asie de l'Est a montré que des investissements considérables au départ sont nécessaires pour convaincre les fumeurs de passer à ce produit non intuitif. Philip Morris (PMI) souligne les besoins en magasins Iqos, shop-in-shops et de coachs. En outre, PMI a investi considérablement dans une infrastructure numérique et des centres d'appels. En Europe, nous nous attendons à ce que les Iqos soient déficitaires en 2018, plus de 2 ans après son lancement initial, malgré un régime fiscal beaucoup plus favorable et notre prévision de ventes nettes de 1,3 milliard de dollars dans la région en 2018", argumente le rapport.

Mais pourquoi ce "pessimisme" ? Au Japon et en Corée du sud, l'Iqos fait un tabac en ayant pris plus de 12% du marché des cigarettes. Depuis, Japan Tobacco a même annoncé un écroulement de ses ventes de cigarettes de plus de 14% en mars 2018. Mais en Suisse par exemple, où le produit a été lancé en 2015 et dans le contexte favorisant le produit de Philip Morris de prohibition administrative - jugée illégale le 24 avril dernier par la justice Suisse - de vente du vapotage nicotiné, sa part de marché atteint fin 2017 péniblement 1,2% du marché des produits de tabac, selon les données de Citi. Les analystes pensent que les américains consomment plutôt à la manière des suisses, des allemands ou des canadiens qu'à l'image des japonais ou des coréens pour deux raisons.

"En Asie de l'Est, les cigarettes à faible ou très faible teneur en nicotine sont courantes (...), et les consommateurs [asiatiques] aiment l'innovation dans les cigarettes et la technologie. Les fumeurs américains ne sont généralement pas comme ça", soulignent les auteurs de Citi. Un récent article du Vaping Post développe une analyse similaire en insistant sur les différences civilisationnelles qui soutiennent l'actuel essor de l'Iqos et la baisse concomitante des ventes de cigarettes combustibles au pays du soleil levant. "C’est donc principalement un facteur d’acceptation sociale typiquement nippon qui prévaut, plutôt qu’un souci de santé individuel", pointe Guillaume Bailly du site spécialisé.
La première page du rapport de Citi 

Le silence made in Bloomberg sur ce rapport

"Pour 2018, nous pensons maintenant que la croissance est susceptible d'être pire en raison de la JUUL et peut-être de la MarkTen Elite et myBlu. Nous prévoyons environ -5%, constitués de -6% au premier trimestre et de -4% à -5,5% le reste de l'année. Pour les années à venir, nous craignons que le nouveau taux d'exécution sera d'environ -4,5% à -5,5%, ce qui est environ 1,5 point de pourcentage pire que nous avions avant", synthétise le rapport de Citi. Cette bombe lâchée le 18 avril à minuit a explosé à Wall Street le lendemain matin. Une chute des cours des actions boursières des cigarettiers qui a même impacté l'indice générale de la bourse new-yorkaise ce jour-là. Pourtant, les médias grand public n'ont soufflé mot sur ce rapport et ses conclusions incendiaires pour l'avenir des Big Tobacco.

Rares exceptions à ce silence, l'émission Mad Money de Jim Cramer sur CNBC relate le contenu du rapport le 23 avril. "Le vapotage décime l'industrie cigarettière et cela pourrait aller de pire en pire", clame le show-runner. Dans l'espace francophone, seul Alistair Servet du bien renseigné Vaping Post a parlé de ce rapport. Mais quel mécanisme fait qu'un rapport d'un prestigieux groupe financier, jugé suffisamment fiable pour être suivi dans l'heure par les traders professionnels, soit ignoré par les grands médias alors que les valeurs des cigarettiers se crashent? Deux hypothèses, pas forcément exclusives l'une de l'autre, se présentent spontanément. Laisser cette analyse dans l'ombre coupe l'extension de l'incendie qui aurait pu ravager au-delà de la chute sur 24 h des actions des cigarettiers. L'analyse du minage des fondamentaux des cigarettiers par le vapotage n'est pas parvenu au grand public à qui les mauvais résultats sont apparus conjoncturels, laissant les valeurs boursières se restabilisées après leur chutes. Autre possibilité, la main-mise du magnat de la presse, 8ème fortune mondiale et anti-vape forcené Michael Bloomberg.

Le Big data contre la liberté de réduction des dommages

Le multi-milliardaire, ex-maire de New-York, promeut le projet de Big Data, visant à la jonction entre les monstres du web & médias avec les Big Pharma. Pour cela, avec ses partenaires du couple Zuckerberg et les époux Gates, il doit convaincre que le danger qui guette l'humanité est l'absence de surveillance des données de santé et forcer une réorientation des objectifs de l'OMS vers les maladies non-transmissibles, problèmes de pays offrant des marchés solvables contrairement aux pays pauvres ravagés par des épidémies de maladies, transmissibles évidemment. Il a pesé autant qu'il peut en ce sens au Sommet de l'OMS à Genève la semaine dernière sur les maladies non-transmissibles (MNT). "Le défi de l'OMS est de présenter le paternalisme du mode de vie des nations riches comme une priorité pour les pays qui continuent d'être ravagés par les maladies contagieuses, la mortalité infantile et la violence", croque Christopher Snowdon dans Health Spectator à ce propos. 

La réduction des risques gérée par les usagers eux-mêmes s'oppose frontalement à ce projet de mise sous tutelle du citoyen voué à devenir un patient sous surveillance permanente par le Big Data en vue de le médicamenter préventivement. Le vapotage comme solution à la principale cause de morbidité évitable est un cauchemar pour le Citizen Kane du 21ème siècle. Expliquer que la vape décime le tabagisme alors que Michael Bloomberg prétend lutter contre le tabagisme en réprimant le mouvement des usagers vers les moyens de réduction des dommages tels que le vapotage n'est pas le bienvenu dans son plan de comm'. Les défenseurs de cette approche, interdits d'entrée ou tolérés mais mis à l'écart de certains meeting sensibles sur le sujet durant son sommet au Cap en mars, peuvent en attester. Tout comme les militants anti-tabac taïwanais, exfiltrés à la demande de l'OMS pendant que les délégués chinois discutaient affaire avec Michael Bloomberg à ce sommet soi-disant sur la santé.

Qui peut sauver le tabagisme à part Bloomberg & ses pseudos anti-tabac ?

Le rapport de Citi estime que le seul espoir des cigarettiers et, en extrapolant, du tabagisme aux Etats-Unis réside dans une intervention des autorités contre le vapotage et en particulier envers la Juul. "A moyen et à long terme, la Food and Drug Administration (FDA) pourrait imposer des réglementations pour fortement limiter les pods, ou même interdire la JUUL et des produits similaires. Mais nous ne sommes pas susceptible d'en savoir plus à ce sujet avant fin 2020 au plus tôt, et probablement pas avant 2022, ce qui est au-delà de l'horizon temporel de nombreux investisseurs", estiment les analystes de Citi (p. 58). 

Cependant, l'offensive anti-Juul combinée des médias sous l'influence du magnat Bloomberg, des groupes militant anti-réduction des risques et probablement en sous-main des cigarettiers a déchaîné depuis plusieurs mois une véritable hystérie contre le vapotage. Accusé d'atteindre à l'intégrité des adolescents, malgré la chute sans précédent du tabagisme de ceux-ci et de la baisse de consommation du vapotage, même sans nicotine qui correspond à l'usage des trois-quart des jeunes l'utilisant. Mais dans le style de peste émotionnelle typiquement américaine, l'affaire n'est plus une question de faits. Reste à savoir si la FDA réussira à imposer des mesures contre l'outil de réduction des risques en dépit du mouvement massif des usagers vers le vapotage. Les analystes de Citi sont plus optimistes et confiants dans le respect du droit des citoyens par la FDA que je ne le suis.

Bonus:

La petite histoire des deux créateurs de la Juul

Sortis de Stanford, James Monsees et Adam Bowen co-fondent Pax Labs, sous le nom de Ploom dans un premier temps, à San Francisco en 2007. Réfléchissant à des moyens de consommer du tabac à risque réduit depuis leur rencontre aux cours à Stanford, les deux créateurs lancent le vaporisateur Pax destiné au tabac, mais surtout utilisé pour l'herbe par le public. Ils assistent à l'émergence du vapotage en provenance de Chine, sans trop croire au produit. Cependant, la boîte s'aventure à créer un hybride entre vapote et tabac chauffé sous le nom de Ploom. Japan Tobacco, largué devant l'émergence des produits de vapotage, décide de rattraper le train de la réduction des risques en achetant les brevets et la marque Ploom en 2014, après une période de partenariat qui prend fin ainsi. Pax Labs continue indépendamment de commercialiser et développer son vaporisateur, aujourd'hui à sa 3ème version. 

Ayant selon toute vraisemblance, saisis l'intérêt des sels de nicotine lors de la conception de la Ploom, James Monsees et Adam Bowen créent, au sein de Pax Labs, la Juul en 2015 en brevetant la formule de leur liquide. En 2017, ils forcent une scission entre Juul et Pax et quittent Pax à l'été. Les relations sont tendues entre les deux fondateurs et les financiers qu'ils ont côtoyé chez Pax, sans que l'on sache si la cession de la Ploom à Japan Tobacco en est la cause. Les clauses de confidentialité scellent le secret de l'affaire pour le moment. Pendant un peu plus de deux ans, la Juul est restée relativement confidentielle sur le marché du vapotage jusqu'à trouver son public en étant distribuée chez les détaillants non spécialisés en vape et que les ventes explosent en 2018.

Rien n'assure que les deux designers ne récidivent pas en revendant la Juul à un des Big Tobacco. Même si on ne voit pas très bien ce qu'ils auraient à y gagner dans la situation. Surtout, au vu du flop que constitue la Ploom et de sa nouvelle version en forme d'anecdote vouée à l'oubli dans le fil du développement du vapotage, doit-on vraiment le craindre? La révolution du vapotage n'est pas que technique, sanitaire et sociale: elle est aussi la fin d'un modèle économique ultra concentré en dinosaures oligopolistiques. 

2013 Conférence TED de James Monsees, co-fondateur de Pax et Juul, à Bruxelles (en anglais): Smoking deconstructed



jeudi 1 février 2018

USA: la directrice du CDC démissionne après les révélations de Politico sur ses actions dans le tabac et la pharma

Prise la main dans le sac. Au lendemain des révélations de Politico, Brenda Fitzgerald a livré ce mercredi matin sa démission du poste de directrice du Center for Disease Control and prevention (CDC - Centre de prévention et de lutte contre les maladies). Nommée le 7 juillet dernier à la tête de la principale agence de santé américaine, Brenda Fitzgerald avait acheté début août pour des dizaines de milliers de dollars d'actions de Japan Tobacco, Merck, Bayer, US Food Holding et d'autres entreprises, selon les documents obtenus par Politico auprès de l'autorité financière. En vertu de la loi de transparence sur les transactions de plus de 1'000 $, le média spécialisé en politique américaine a retracé les titres boursiers détenus par celle qui présentait la lutte contre le tabagisme comme une de ses priorités. 

Du tabac dans son porte-feuille

"Elle a classé le sevrage tabagique parmi ses principales priorités lorsqu'elle occupait le poste de Commissaire à la santé de l'Etat de Georgia jusqu'en février 2017. Avant de prendre la tête du CDC, elle possédait des actions dans cinq autres compagnies de tabac: Reynolds American, British American Tobacco (BAT), Imperial Brands, Philip Morris International et Altria Group Inc. - tout ceci légalement en vertu des règles éthiques en Géorgie", expliquent Sarah Karin-Smith et Brianna Ehley, les journalistes de Politico qui ont révélé l'affaire. 

Brenda Fitzgerald a refusé tout commentaire sur l'affaire. "Le Health and Human Services (HHS) a refusé de répondre sur les raisons de ces investissements de la directrice du CDC dans des compagnies cigarettières alors qu'elle travaillait à réduire la consommation de tabac", précise Politico. Le conflit d'intérêt saute pourtant aux yeux en regard de l'agenda de la directrice. "Le lendemain de l'achat d'actions du géant mondial Japan Tobacco, elle fait le tour le 9 août du laboratoire du CDC qui mène des recherches sur les dommages sanitaires du tabac", racontent les journalistes de Politico s'appuyant sur les informations financières et le calendrier officiel obtenus en vertu de la Freedom of Information Act.

... et de la pharma aussi

L'entreprise pharmaceutique Merck, dont des actions ont été acheté par Brenda Fitzgerald le 9 août, développe un vaccin contre le virus Ebola et produit des médicaments contre le VIH. Bayer, dont elle achète des actions le 10 août, est partenaire financier avec le CDC et travaille notamment sur le dossier du virus Zika. Brenda Fitzgerald a finalement mis plus de quatre mois pour se défaire des titres de la douzaine d'entreprises, dont Japan Tobacco, Merck et Bayer, considérés comme conflit d'intérêts potentiels qu'elle avait acheté après sa nomination. Elle avait déjà tardé à vendre des actions problématiques détenues avant sa nomination au CDC. "Il est un peu inquiétant qu'il lui ait fallu deux mois pour signer sa convention d'éthique et un mois de plus pour qu'elle puisse vendre des actions contradictoires", s'étonne Scott Amey, avocat du Project on Government Oversight. 

Le sens des affaires

Dans sa réaction, Matthew Myers, qui a propulsé sa carrière en négociant avec Philip Morris dans le dos de ses partenaires anti-tabac en 1998 puis en 2004, ne nourrit pas de complexe. "Premièrement, cette affaire mine la crédibilité d'un agent public lorsqu'il soutient que le tabac est la première cause évitable de maladie. Deuxièmement, et c'est peut-être pire, cela indique qu'un fonctionnaire est prêt à mettre son profit personnel au-dessus de l'éthique en investissant dans une entreprise dont les produits causent tant de mal", commente, au premier degré semble t-il, le directeur de la Campaign for Free Tobacco Kids (CFTK). 

Après les plaintes pour harcèlement sexuel, discrimination raciale et enrichissement personnel, via des faits de plagiat et fraudes académiques, contre Stanton Glantz de la part d'étudiantes de près de quarante ans ses cadettes à l'Université de San Francisco (UCSF), l'affaire Fitzgerald est un second scandale qui frappe en peu de temps une figure de la lutte anti-tabac américaine. 

"Bonne chance"

Le prédécesseur de Brenda Fitzgerald à la direction du CDC, Tom Frieden lui a souhaité "bonne chance" sur son compte twitter. Celui qui a fermé les yeux sur la diffusion massive d'anti-douleurs opioïdes à la population sous l'impulsion des laboratoires pharmaceutiques, provoquant une vague de toxicomanie ayant déjà causé la mort de plus de 60'000 personnes en 2016, a depuis pris une porte-battante pour un poste de directeur à la New Global Health Initiative. Une fondation financée à hauteur de 225 millions de dollars par le milliardaire et ancien maire de New-York Michael Bloomberg, la fondation du couple Chan-Zuckerberg, ainsi que de celle du couple Bill et Melinda Gates.

Who's the next ?

La trajectoire de Tom Frieden peut laisser bon espoir à Brenda Fitzgerald de ne pas finir sans-abri mendiante à la sortie d'un métro. L'avenir du poste de direction du CDC parait plus incertain. "On ne sait pas qui va remplacer Fitzgerald. La communauté de la santé publique, qui tend à favoriser les démocrates par rapport aux républicains, était favorable à sa nomination et à son expérience en santé publique", expliquent les journalistes de Politico. Alex Azar, secrétaire du HHS, devra choisir une nouvelle tête pour le CDC. Parmi les happy few de l'élite de la santé publique américaine, les noms de Celeste Philip, de l'Etat de Floride, et de John Dreyzehner, du Tennessee, font figures de favoris. En attendant, Anne Schuchat, directrice adjointe du CDC, va assurer l'intérim.



mercredi 31 janvier 2018

Un parlementaire Suisse accuse 20 Minutes d'être à la solde des cigarettiers

L'accusation est au centre de l'argumentation d'une motion déposée en décembre au Conseil national. "Les magazines gratuits 20 Minutes et Friday jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac", explique Niklaus Gugger, du Parti évangéliste. Le député zurichois affirme que l'industrie du tabac a dépensé pour la seule année 2013, plus de 21 millions de francs pour la publicité en Suisse. En plus des publicités présentées comme telles, il dénonce les publireportages accompagnant le message tabagique. "D'une part, des annonces publicitaires sont encadrées par des contenus rédactionnels, ce qui contribue à banaliser la publicité pour le tabac ; d'autre part, des annonces en faveur du tabac sont placées sur les pages "people" pour associer la fumée au monde du show-business", stipule sa motion contre la "publicité du tabac dans les médias traditionnels ou numériques".

Le buzz qui tue

La Une du jour du quotidien gratuit donne du crédit au soupçon du membre du groupe démocrate-chrétien (PDC) au parlement. Assimilant le vapotage au tabagisme, le tabloïd affirme qu'il "serait aussi à l'origine de cancers". Bien qu'aucun cas de cancer lié au vapotage n'ait été détecté dans la population. Le gratuit s'appuie sur un article de l'AFP relatant de manière biaisée les résultats d'une étude américaine sur des souris, dont aucune n'a développé de cancer, et qui n'a pas encore été révisée par des pairs. Pourtant, Moon Shong Tang, auteur principal de l'étude, précise clairement que les résultats ne permettent pas d'évaluer un éventuel risque cancérigène humain. "Nous ne pouvons pas le deviner à partir de nos données", déclare t-il à US News.

Les scientifiques sérieux au Royaume-Uni, en France, en Italie et en Allemagne notamment, ont tous pris leur distance avec l'interprétation douteuse qu'en a fait l'AFP hier, reprise aujourd'hui par le 20 Minutes romand. "Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer"déclare au "Guardian", le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres. En Allemagne, Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer, un organisme réputé hostile au vapotage, donne peu de crédit au buzz. "En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique", explique t-elle au Berliner MorgenPost.

Pousser les fumeurs à continuer la cigarette

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg s'agace de l'enfumage. "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation", dénonce le pneumologue de l'hôpital de la Salpétrière dans Paris-Match. "Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique", poursuit-il, "le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac". Peut-être est-ce là, la bonne nouvelle espérée des annonceurs cigarettiers du 20 Minutes.ch ? 

En Suisse, plus de 25% de la population fume. Près de 10'000 personnes meurent prématurément à cause du tabagisme chaque année et des millions de fumeurs contractent des maladies liées ou favorisées par le tabagisme, occasionnant des milliards de dépenses en médicaments. Mais, en dépit des entraves fédérales, le vapotage est devenu depuis 2015 le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour quitter les cigarettes, selon le Monitorage Suisse des addictions. De quoi effrayer les lobbys qui vivent de ceux qui meurent du tabagisme ?