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lundi 20 juillet 2020

Consultation au plan anti-cancer de l'UE : la réduction des risques massivement soutenue

Près de 20 % des contributions sur le projet de plan anti-cancer de l’Union Européenne préconisent la réduction des risques. « Une contribution sur six recommande des politiques qui encouragent les fumeurs à l’usage de produits de nicotine à risque réduit, tels que le vapotage », précise I-Com, un think tank libéral italien qui a analysé les réponses à la consultation publique lancée en février. L’institut, basé à Rome et financé par des entreprises, dont des multinationales de la pharmaceutique, voit l’émergence d’un fait social. Son analyse fait ressortir quatre thématiques parmi les 384 contributions, « un nombre record de participations »

  • Les quatre thèmes articulés peuvent se résumer à encourager les options à risques réduits par une politique globale pragmatique et faisant preuve de compassion, mais s’appuyant sur les données scientifiques pour éclairer les choix individuels en collaboration avec la société civile.
Pour repères, l’organisme créé par l’économiste italien Stefano Da Empoli en 2005 rappelle que 40 % des résidents en Europe seront affectés d’un cancer durant leurs vies. « Le tabac est responsable d’approximativement 25 % des décès liés aux cancers ». L’alcool serait lié à 400 000 décès prématurés par an, tandis que la pollution de l’air contribuerait à près de 3,2 millions de morts prématurées.

Encourager des options à risques réduits

Un premier thème est l’incitation des citoyens à adopter des modes de vie plus sains. « Les autorités publiques et les gouvernements nationaux devraient intervenir afin de définir des stratégies intersectorielles respectant le cadre de “la santé dans toutes les politiques” et mettre en œuvre des politiques actives qui permettent aux gens de mieux choisir des options de modes de vie », rapporte le factsheet d’I-Com. 

Cette approche passe aussi par les parties prenantes sur le terrain, qui doivent reconnaître « la réduction des risques au sein des stratégies de santé pour lutter contre les inégalités en matière de santé et défendre la justice sociale. Les modes de vie sains ne sont pas seulement une question de volonté, mais aussi d’opportunité. La législation peut donc avoir un impact profond sur le comportement de la population ».

Plus de pragmatisme et de compassion

Un second thème mis en lumière est d’intégrer « des solutions pragmatiques et faisant preuve de compassion » dans les politiques de santé. « La réduction des dommages est pragmatique et se concentre sur les risques et les dommages plutôt que sur l’abstinence, en cherchant à maximiser les avantages pour la santé, réduire au minimum le coût pour la santé publique et fournir une solution face aux inégalités de santé dans le monde. Les stratégies de réduction des risques devraient être “personnalisées”, centrées sur le patient et incluses dans les programmes de prévention, d’assistance et de suivi », résume le think tank.

S’appuyer sur les données pour favoriser les choix éclairés

Une stratégie cohérente et efficace se doit d’être éclairée. « Des mesures doivent être prises non seulement pour monitorer le marché, mais aussi pour le modeler selon le développement des connaissances scientifiques. Les choix individuels faits sans une approche cohérente de réduction des risques pourraient aggraver les problèmes posés par le tabac, l’alcool et d’autres produits. Alors que l’effet global des choix éclairés pourrait apporter une contribution importante à la santé publique »

Enfin, le think tank souligne comme quatrième axe la coopération entre sphère publique et sphère privée. « Les députés du Parlement européen, la Commission européenne, les États membres et les organisations non gouvernementales (ONG) peuvent tous contribuer à élaborer un plan efficace pour vaincre le cancer », assure I-com, qui annonce organiser un événement sur le sujet fin septembre au Parlement européen. 


lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



vendredi 24 mai 2019

Etude: le risque accru à vie de cancer du "vapotage passif" se situerait entre 0,000'0012% et 0,000'0027%

L'exposition de personnes tiers au vapotage augmenterait le risque à vie de cancer de 0,000'0012% à 0,000'0027%. Cette évaluation est un des résultats d'une étude italienne parue en janvier 2018 dans Journal of Aerosol Science. Pour comparaison, plusieurs études ont évalué l'accroissement du risque de cancer des poumons du tabagisme passif entre 10% et 30%. En s'appuyant sur ces chiffres, la magnitude d'écart des risques serait de l'ordre du million. En pourcentage, cela équivaut à une réduction du risque d'au moins 99,9999%.

[add nota bene: les chercheurs italiens n'ont pas fait la comparaison avec le tabagisme passif, probablement en raison des controverses sur les évaluation de celui-ci]

Plus grand encore que l'écart déjà impressionnant de risque accru à vie de cancer entre tabagisme et vapotage actifs que l'étude italienne évalue d'un ordre de plus de 50'000 fois moindre pour le vapoteur. Les auteurs, du département d’ingénierie de l'Université de Cassino, soulignent d'ailleurs que les mesures du vapotage actif se situent en dessous des normes édictées par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l'Environnemental Protection Agency américaine (EPA). 

La recherche a mesuré les particules, leur composition, leur distribution dans un espace clos (de 40 m³) et la concentration de surface après chauffage à 37°C (température corporel) et à 300°C (pour vérifier la concentration en résidus après évaporation des liquides). Dans un pièce de 40 m³ - pour donner une idée, cela équivaut à une pièce de 4 mètres sur 4 avec un plafond à 2,40 m -, une personne a vapoté durant 10 mn (avec un modèle Ego, qui n'est plus très utilisé aujourd'hui), soit une durée double de celle que le fumeur a mis pour fumer sa cigarette pris en comparaison.

Plus de brouillard, moins de toxiques

Sans surprise, les mesures de particules, sans discriminer entre celles liquides et solides, sont nettement plus nombreuses avec le vapotage qu'avec la fumée de cigarette. Mais, l'analyse des concentrations solides de toxiques récoltées montrent des niveaux extrêmement plus faibles avec le vapotage que de la cigarette. Les chercheurs ont ensuite analysé ces concentrations selon les formules traditionnellement utilisées pour évaluer le risque à vie accru de cancer (ELCR).
"Des concentrations du nombre de particules égales à 6,30 - 9,08×10³ part. cm‾³ avec une distribution bimodale (à 30 nm et 90 nm) et des concentrations de surface spécifique de 5,16 - 5,90×10⁷ nm² cm‾³ (à 300 °C), respectivement, ont été mesurées dans un aérosol de vapotage de seconde main, entraînant des valeurs extrêmement faibles de risque accru à vie de cancer (ELCR) dues à l'exposition à un aérosol de vapotage de seconde main (1,24 - 2,70×10‾⁸)", Mauro Scungio, Luca Stabile, Giorgio Buonanno ; ma traduction de "Measurements of electronic cigarette-generated particles for the evaluation of lung cancer risk of active and passive users" in Journal of Aerosol Science https://doi.org/10.1016/j.jaerosci.2017.10.006 


La nature radicalement différente du vapotage et de la fumée

L'énorme réduction des risques entre tabagisme passif et exposition au vapotage s'explique en premier lieu par la différence radicale entre l'aérosol de vapotage et la fumée. En plus du monoxyde de carbone et de goudrons, absents du vapotage, la fumée de cigarette se caractérise par un niveau très élevé de particules solides. En second lieu, la cigarette émet un "sidestream" entre les bouffées prise par le fumeurs, qui constitue plus des trois-quart de la fumée dispersée dans l'environnement du fumeur. A l'opposé, le vapoteur n'émet que le vapotage qu'il a préalablement inspiré et dont il a retenu une large partie des substances. Deux études in vivo dont nous avons déjà parlé , l'une du CDC dans un magasin de vapotage et l'autre de l'Université de San Diego sur la pollution intérieure mesurée dans des logements de fumeurs, vapoteurs et de non-fumeurs, n'ont présenté aucune mesure significative de vapotage "passif". 


dimanche 29 juillet 2018

Un communiqué de presse de l'IADR désinforme sur les résultats d'une étude sur la réduction des risques cancérigènes du vapotage

"Les vapoteurs exclusifs sont exposés à des niveaux de nitrosamines nettement plus bas que les utilisateurs des produits de tabac, en dépit d'exposition à la nicotine similaire". Les données sont claires dans le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, de l'Université de San Francisco Californie, à la 96ème session de l'International Association for Dental Research (IADR) hier à Londres. Les taux de nitrosamines spécifiques au tabac (TSNA), connus pour être cancérigènes, sont très nettement plus bas chez les vapoteurs que chez les fumeurs et les autres utilisateurs de produits de tabac. Entre autres, le taux de NNAL (4-(methynitrosamino)-1-(3)-pyridyle-1-butanol) mesuré dans les urines des vapoteurs exclusifs était en moyenne de 4-pg/mg [variant de 2 à 9], contre 286-pg/mg chez les fumeurs exclusifs, et atteignant 869-pg/mg [variant de 411 à 1632] chez les usagers de produits de tabac oraux américains.

Le communiqué de presse contredit les résultats de l'étude

Pourtant, Elise Bender, chargée de comm' de l'Association international de recherche dentaire, a divulgué un communiqué de presse dont le titre affirme l'exact inverse: "L'usage d'e-cigarette et de produits du tabac lié à une augmentation du risque de cancer oral". En évitant soigneusement de citer les données de l'étude sur 6'241 participants qui montrent que les vapoteurs ont des niveaux urinaires de TSNA jusqu'à plusieurs centaines de fois moindres que les consommateurs de tabac. "Le titre de ce communiqué de presse contredit directement les résultats de cette étude. L'étude n'a pas trouvé chez les vapoteurs de niveaux de cancérigènes indiquant un risque de cancer", réagit le Pr Peter Hajek, de l'Université Queens Mary de Londres. "Le titre aurait du être "les produits du tabac mais pas les e-cigarettes sont liés à des risques de cancer" "

Taux de nitrosamines des vapoteurs similaires à des non-fumeurs

Sur la page du Science Media Centre, le Pr Peter Hajek précise que les taux mesurés chez les vapoteurs sont approximativement ceux détectés habituellement chez des non-fumeurs. Même si le résumé de l'étude, qui n'a pas encore été publiée, ne livre pas les niveaux mesurés chez les non-fumeurs. "Sans accès à l'étude évaluée par les pairs, il est difficile de mettre ces résultats en contexte", explique le Pr Paul Aveyard, de l'Université d'Oxford. L'étude semble avoir classé comme vapoteur toute personne déclarant avoir utilisé une vaporette au cours des 30 derniers jours, quelque soit la fréquence d'usage. "Le niveau de vapotage qui consiste simplement à essayer ne devrait pas réduire l'exposition aux substances cancérigènes du tabac", souligne le professeur de médecine comportementale. Selon le résumé de l'exposé de Benjamin Chaffee, 72% des usagers de vapotage du panel étaient aussi consommateurs de tabac, contre 28% de vapoteurs exclusifs. 

"Cesser totalement de fumer aussi vite que possible"

Le Pr Paul Aveyard rejoint le Pr Peter Hajek sur le caractère très rassurant des résultats pour les vapoteurs exclusifs. "L'étude montre que les personnes qui utilisent du tabac, qu'il soit oral ou fumé, présentent des niveaux élevés de cancérogènes, alors que les personnes qui utilisent des vaporettes, qui sont sans tabac, ont des niveaux très bas. Ce qui est très rassurant pour les gens qui vapotent", souligne t-il. Cependant, le cas des double-usagers, qui vapotent et fument encore, est sensiblement moins rassurant. "Les personnes qui vapotent et fument ont des niveaux de cancérogènes similaires aux fumeurs", précise le Pr Paul Aveyard.

Le Dr Ed Stephens, auteur d'une méta-analyse sur les risques cancérigènes comparés entre fumer et vapoter, insiste sur l'effet de tromperie du communiqué de presse et l'importance d'informer sur les risques de conserver une consommation de tabac. "En résumé, le fait de ne pas clarifier dans le communiqué de presse la catégorie des double usagers vapotage et tabac désinforme sur les résultats en laissant entendre que le vapotage seul comporte un risque de cancer de la bouche comparable au tabagisme. Les données ne corroborent pas cette conclusion, au contraire elles montrent clairement que les vapoteurs qui ne fument plus ont un risque beaucoup plus faible de cancer buccal lié aux TSNA que ceux qui combinent le vapotage avec le tabagisme. Le message pour les fumeurs qui prennent le vapotage pour des raisons de santé est très clair - cesser de fumer tout à fait aussi vite que possible".



dimanche 10 juin 2018

[Bref] Archéologie de la réduction des risques: une boite de snus vieille de 300 ans découverte en Suède

Archéologie de la réduction des risques liés au tabac
Quand l'archéologie découvre la réduction des risques. Les fouilles du port intérieur de Norrköping, en Suède, ont mises à jour une boite en laiton de snus vieille de 300 ans. "La boite de snus a été retrouvée enfouie dans le sol de ce qui formait autrefois le lit d'une rivière, et qui est probablement tombée dans l'eau au XVIIIe siècle", raconte Elisabeth Däljemar du quotidien local NorrkopingNews ce 5 juin. La ville de Norrköping, qui signifie "le marché du nord", est connue pour avoir développé la production du snus autour des années 1740'. Ce tabac à suçoter typiquement suédois est préparé par une phase de séchage lent au soleil, puis surtout une séance d'étuvage entre 24 et 36 heures, au lieu de la fermentation des tabac oraux d'autres contrées. Ce mode de préparation inhibe le taux de nitrosamines toxiques spécifiques au tabac, tout en conférant au snus un ph relativement alcalin facilitant l'assimilation salivaire de la nicotine. 

Un outil de réduction des risques traditionnel

"Parmi les tabacs en poudre humide à sucer, le snus suédois est très pauvre en nitrosamines. Beaucoup de scandinaves abandonnent la cigarette pour l'utiliser. On n'a pas démontré qu'il soit une porte d'entrée vers la fume, ni qu'il augmente la fréquence des cancers ou des complications cardiovasculaires habituellement liés au tabac. On estime que si les fumeurs passaient au snus, leur mortalité baisserait d'au moins 90%, et cette évolution commence à se manifester en Suède. Mais à l'exception de ce pays, sa commercialisation est interdite en Europe", expliquait en 2005 le Pr Robert Molimard,  fondateur notamment de la Société de tabacologie en France, dans le Courrier des addictions (archive hébergée sur Vaping Post).

La chute du tabagisme suédois

Depuis, la Suède a atteint le taux de 7% de fumeurs, selon les données de l'Eurobaromètre 458 au printemps 2017. Moitié moins qu'en Australie, quatre fois moins qu'en Suisse ou en France. Et les courbes de maladies liées au tabagisme suivent, avec un délai lié à la détection en ce qui concerne les cancers. Malgré cela, l'Union Européenne a interdit le produit, à l'exception de la Suède. Fait éclairant, la Suisse a aussi interdit le snus à l'initiative du Conseiller national Peter Hess en 1991. Le démocrate-chrétien se présentait alors ardent défenseur de la lutte anti-tabac. En 2001, la presse révélait son mandat secret au Conseil d'administration de la filiale BATI du cigarettier British American Tobacco (BAT). En dépit de ce conflit d'intérêt manifeste, personne n'a alors demandé la levée de l'interdiction du snus.

Des analyses pour éclairer le développement de la réduction des risques?

La découverte de cette boite de snus dans le port de Noorköping ne résoudra pas les questions de réseaux d'influence traversant la question tabagique européenne et helvétique. Mais elle pourrait amener des éclairages sur la tradition de la réduction des risques. "Il est probable que la boite appartenait à Pehr Gustaf Wadström. Les initiales de cet industriel, qui possédait alors le chantier naval de Skeppsholmen, sont gravées sur la boite. Elle est à moitié remplie de snus. J'ai cru à de l'argile, mais l'absence d'oxygène dans les dépôts de boue a probablement créer de bonnes conditions de conservation", explique Karin Lindeblad, une archéologue du site de Noorköping à la presse. Les chercheurs vont procéder à des recherches sur le contenu. 

"Nous allons analyser le snus pour voir quel genre de tabac et quelles épices étaient utilisées. Ensuite, la boite sera exposée au Musée de la ville de Norrköping le 26 août pendant la journée archéologique", précise Karin Lindeblad à l'Expressen. Les personnes intéressées à la réduction des risques espèrent que les chercheurs n'oublieront pas une analyse toxicologique du snus vieux de 300 ans pour, peut-être, éclairer le processus par lequel s'est développé ce produit de tabac original par son faible impact sanitaire négatif.


samedi 26 mai 2018

[Bref] La Dr Ute Mons du DKFZ reconnait la réduction des risques du vapotage dans le Spiegel

"Le vapotage chauffe un liquide contenant généralement de la nicotine, et l'aérosol qui en résulte ne contient pratiquement aucune substance cancérigène lorsqu'il est utilisé correctement". Les déclarations de la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), dans le Spiegel soulignent la réduction des dommages du vapotage par rapport au tabagisme. Des propos qui contrastent nettement avec l'alarmisme scabreux de sa prédécesseure Martina Pötschke-Langer à la tête du DKFZ jusqu'en 2016. E-Garage, le site allemand spécialiste de la réduction des risques avec le vapotage, souligne la nette évolution entre les deux responsables de l'influent institut. Au refus de distinguer les produits succède une reconnaissance du continuum des risques par la Dr Ute Mons. "Même si toutes les questions ne sont pas résolues: les experts estiment que le vapotage est probablement beaucoup moins nocif que les cigarettes conventionnelles - et probablement moins nocif que le tabac chauffé", explique t-elle au Spiegel.

Elle n'embrasse pour autant pas totalement une stratégie de report modal pour la consommation de nicotine vers les outils à dommages minimisés. Dans la revue Tobacco Control, le Pr David Levy a évalué que l'essor du vapotage pourrait sauver entre 21 millions et 87 millions d'années de vie aux Etats-Unis dans la décennie à venir. "Dans la discussion, cependant, le but principal réel est souvent perdu de vue. Il reste encore beaucoup à faire pour motiver les fumeurs à cesser de fumer", répond la Dr Ute Mons, insistant implicitement pour maintenir des mesures contre le tabagisme. Elle tient à distinguer le vapotage des cigarettes chauffées. "Le vapotage et le tabac chauffé ne doivent pas être amalgamés", souligne t-elle.

L'essor du vapotage comme moyen d'arrêt des cigarettes dans l'UE

En mars dernier, la Dr Ute Mons a cosigné une étude, publiée dans Tobacco Control, sur les moyens utilisés pour arrêter de fumer dans l'Union Européenne (UE). En moyenne, le recours au vapotage est passé de 3,7% en 2012 à 9,7% des tentatives d'arrêt en 2017 chez les résidents des 28 pays de l'UE. L'essor du vapotage, très disparate entre les 28 pays, interpèle les chercheurs. Difficile de ne pas constater les résultats impressionnants des britanniques où le tabagisme à chuté de 20% de la population à 15,5% depuis 2011 sous l'impact de la vape.



dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

mercredi 31 janvier 2018

Un parlementaire Suisse accuse 20 Minutes d'être à la solde des cigarettiers

L'accusation est au centre de l'argumentation d'une motion déposée en décembre au Conseil national. "Les magazines gratuits 20 Minutes et Friday jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac", explique Niklaus Gugger, du Parti évangéliste. Le député zurichois affirme que l'industrie du tabac a dépensé pour la seule année 2013, plus de 21 millions de francs pour la publicité en Suisse. En plus des publicités présentées comme telles, il dénonce les publireportages accompagnant le message tabagique. "D'une part, des annonces publicitaires sont encadrées par des contenus rédactionnels, ce qui contribue à banaliser la publicité pour le tabac ; d'autre part, des annonces en faveur du tabac sont placées sur les pages "people" pour associer la fumée au monde du show-business", stipule sa motion contre la "publicité du tabac dans les médias traditionnels ou numériques".

Le buzz qui tue

La Une du jour du quotidien gratuit donne du crédit au soupçon du membre du groupe démocrate-chrétien (PDC) au parlement. Assimilant le vapotage au tabagisme, le tabloïd affirme qu'il "serait aussi à l'origine de cancers". Bien qu'aucun cas de cancer lié au vapotage n'ait été détecté dans la population. Le gratuit s'appuie sur un article de l'AFP relatant de manière biaisée les résultats d'une étude américaine sur des souris, dont aucune n'a développé de cancer, et qui n'a pas encore été révisée par des pairs. Pourtant, Moon Shong Tang, auteur principal de l'étude, précise clairement que les résultats ne permettent pas d'évaluer un éventuel risque cancérigène humain. "Nous ne pouvons pas le deviner à partir de nos données", déclare t-il à US News.

Les scientifiques sérieux au Royaume-Uni, en France, en Italie et en Allemagne notamment, ont tous pris leur distance avec l'interprétation douteuse qu'en a fait l'AFP hier, reprise aujourd'hui par le 20 Minutes romand. "Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer"déclare au "Guardian", le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres. En Allemagne, Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer, un organisme réputé hostile au vapotage, donne peu de crédit au buzz. "En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique", explique t-elle au Berliner MorgenPost.

Pousser les fumeurs à continuer la cigarette

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg s'agace de l'enfumage. "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation", dénonce le pneumologue de l'hôpital de la Salpétrière dans Paris-Match. "Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique", poursuit-il, "le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac". Peut-être est-ce là, la bonne nouvelle espérée des annonceurs cigarettiers du 20 Minutes.ch ? 

En Suisse, plus de 25% de la population fume. Près de 10'000 personnes meurent prématurément à cause du tabagisme chaque année et des millions de fumeurs contractent des maladies liées ou favorisées par le tabagisme, occasionnant des milliards de dépenses en médicaments. Mais, en dépit des entraves fédérales, le vapotage est devenu depuis 2015 le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour quitter les cigarettes, selon le Monitorage Suisse des addictions. De quoi effrayer les lobbys qui vivent de ceux qui meurent du tabagisme ? 


mardi 30 janvier 2018

Commentaires de scientifiques au buzz sur les risques de cancer et vapotage [MàJ]

Hyun-Wook Lee, de l'Université de New-York, signe une étude sur l'impact de l'aérosol de vapotage sur des cellules et des souris, en voie de publication dans la revue PNAS (*). N'ayant pas eu accès à l'étude, je me limite ici à rapporter quelques éléments et réactions. 

Edit 9h30 (merci Fabien) : elle est en ligne http://www.pnas.org/content/early/2018/01/25/1718185115 
Dans US News, Moon Shong Tang, co-auteur de l'étude, déclare que "nous avons trouvé que l'aérosol de liquide de vapotage sans nicotine, le solvant seul, ne provoque aucun dommage à l'ADN". [Edit: en fait, cela n'a pas été testé dans l'étude !!!]Par contre, lorsque les chercheurs ont fait inhalé de force à des souris de 10 à 20 grammes un aérosol contenant 10 mg de nicotine à raison de 3 heures en continu par jour, 5 jours par semaine durant 3 mois, "le solvant d'e-cigarette avec nicotine a provoqué des dommages similaires à la nicotine seule", précise Moon Shong Tang.
Dans le Guardian, le même chercheur déclare que les dommages constatés à ces doses massives de nicotine pour une souris seraient équivalents à ceux constatés chez les humains avec le tabagisme passif. Mais dans US News, il déclare qu'avec ces données, on ne peut encore rien dire sur d'éventuelles conséquences cancéreuses: "Nous ne pouvons juste pas deviner avec les données que nous avons".
Du côté des experts britanniques du Science Media Centre, deux déclarations ont été publiées: 

Le Pr. Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres (QMUL), déclare:

"Les cellules humaines ont été submergées dans de la nicotine et dans des nitrosamines carcinogènes achetées sur le marché. Il n'est pas surprenant bien sûr que cela endommage les cellules, mais cela n'a aucun rapport avec les effets du vapotage sur les personnes qui l'utilisent.

"Dans l'autre partie de cette étude, les animaux ont été exposés à ce qui sont pour eux des doses extrêmement importantes de nicotine et cela a également généré des dommages, mais cela aussi a une pertinence peu claire pour les effets du vapotage.

"Aucune comparaison avec les cigarettes conventionnelles n'a été faite, mais dans le texte de l'article, les auteurs reconnaissent l'information clef d'une importance cruciale dans cette histoire: les vapoteurs montrent une réduction de ces produits chimiques de 97% par rapport aux fumeurs. Ils auraient dû ajouter que c'est peut-être le niveau que les non-fumeurs obtiennent de leur environnement." 

Le Dr Ed Stephens, chercheur principal à l'Université de St Andrews - et qui a menée une meta-analyse sur le risque cancérigène du vapotage l'an passé que j'avais résumé -, déclare:
" Cette nouvelle recherche est une contribution précieuse à la compréhension des mécanismes de dommages à l'ADN causés par les aérosols contenant de la nicotine inhalés en fumant des cigarettes ou en vapotant. En mesurant les signes d'altération de l'ADN dans divers organes de la souris, les auteurs ont observé des différences significatives entre les expériences utilisant des vapeurs d'e-cigarette contenant de la nicotine et celles utilisant de l'air filtré.

"Malheureusement, aucune comparaison directe n'a été faite avec la fumée de tabac; au lieu de cela, les auteurs citent une autre étude 1 qui a trouvé un biomarqueur clef lié à de tels dommages génétiques présents dans des quantités beaucoup plus petites (97% de moins) dans l'urine des vapoteurs que chez les fumeurs.

"Cette étude et cette nouvelle recherche sont toutes deux conformes à l'opinion largement répandue selon laquelle le vapotage n'est pas sans risque de cancer et d'autres maladies, mais ce risque est généralement beaucoup plus faible que le tabagisme."


Du côté italien, les experts de la Lega Italiana Anti-Fumo (LIAF) ont dégonflé la baudruche sur le site de la RAI, la chaine de télé nationale.

Le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catane, fondateur et directeur scientifique de la Ligue anti-fumée italienne (Liaf): 

"La méthode décrite par les auteurs n'imite pas les conditions normales d'utilisation des produits de vapotage". "Les conditions reproduites dans ces expériences sont exagérées et favorisent la production de substances toxiques au même titre qu'un" grille-pain "qui brûle du pain de mie. Nos études sur des patients souffrant de maladies pulmonaires démontrent non seulement l'absence de dommages mais mettent en évidence les mêmes améliorations qui peuvent être obtenues en arrêtant de fumer ".

Le Pr Fabio Beatrice, de l'Université de Turin et directeur de Otolaryngology SC et du Centre Anti-fumée de Saint-Jean Bosco à Turin :

 "Ce sont des nouvelles qui vivent d'un malentendu fondamental d'abord culturel puis scientifique, il est donc nécessaire d'identifier la perspective correcte à partir de laquelle analyser le scénario du vapotage. L'e-cig produit une quantité de cancérigènes et d'irritants clairement inférieure en comparaison du tabagisme traditionnel. La production de substances cancérigènes dans le vapotage a été largement étudiée et lorsque cette quantité est correctement analysée, et qu'elle est comparée à la production de cancérogènes dans les cigarettes traditionnelles, il est démontré que le vapotage produit au moins 95% moins de substances nocives que la fumée normale des produits du tabac traditionnels.  

« La vraie info est que le vapotage est une alternative formidable pour les gros fumeurs qui ne peuvent pas ou ne veulent pas arrêter de fumer C'est de la réduction des risques, et c'est sur ce point - et non pas l'inverse - que nous devrions nous concentrer si nous voulons vraiment offrir une alternative acceptable aux fumeurs traditionnels et affronter, de manière pragmatique et non idéologique, la véritable tragédie liée au tabagisme: les 80 000 morts par an causés en Italie par les cigarettes traditionnelles, dont nous sommes peut-être un peu «accro», et qui risque maintenant de ne plus faire de nouvelles ».

Ajout de note personnelle (après accès à l'étude). Selon la brève de l'ATS (que je croyais en grève, mais bref...) reprise par le site de la RTS, les doses de nicotine "vapotées" par les souris équivaudrait à 10 ans de vapotage pour un humain. Dans le texte de l'étude, je n'ai pas vu une telle équivalence être affirmée.

Mais l'étude donne les détails des doses administrées : deux réservoirs de 1,6 ml par jour remplis par un liquide concentré à 10 mg/ml de nicotine, 5 jours par semaine, durant 12 semaines. Ce qui fait qu'une souris pesant moins de 20 grammes a inhalé 1920 mg de nicotine durant ce test.

Pour un humain de 60 Kg (d'une masse d'au moins 3'000 fois plus importante), cela équivaudrait à inhaler 5,76 kg de nicotine. En postulant une consommation de 30 mg de nicotine par jour (ce qui me parait une consommation fréquente chez des "forts" usagers de vapotage, mais c'est un chiffre que je pose de manière arbitraire), cela représenterait 192'000 jours de vapotage, soit environ 526 années. 
Comment l'équivalence à dix années de vapotage a été obtenue m'intrigue...???

Edit 21h30: Après une discussion téléphonique avec Charly Pairaud du Laboratoire français du e-liquide (LFEL), coincés entre les gosses à coucher et la longue journée. Mon "calcul" - qui n'était qu'une contre-hypothèse à l'équivalence postulée entre ce régime de vapotage des souris et celui d'un humain -  est selon toute vraisemblance biaisé par l'absence de prise en compte des dilutions dans l'air de l'atomiseur et de la "cage" des souris. Reste que l'équivalence postulée de dix ans de vape humaine est discutable. Mais surtout (comme le remarquait le Vaping Post ce matin), utiliser une toxicité en dose aiguë pour simuler un effet à long terme est une aberration.

Le Vaping Post [add 10h30] pour sa part souligne la non congruence entre des doses concentrées et leur consommation étalée dans le temps, postulée par les chercheurs : "Cette étude revient à exposer des sujets à 106 fois la dose journalière d’un consommateur de nicotine, produit dont la toxicité est avérée en cas de surdosage… De surcroît, le matériel utilisé pour l’expérience ressemble à du matériel standard, non prévu pour une utilisation intensive excédant de 100 fois le cahier des charges de sa conception". 
En somme, manger 1 kilo de chocolat en une journée n'informa pas sur les risque d'indigestion de manger 1 kg de chocolat dans l'année... d'autant plus si ce chocolat englouti dans la journée est brûlé par une machine à peine surveillée.

Dans Paris-Match [add 21h30], où Vanessa Boy-Landry déconstruit joliment le buzz qui tue avec les intervention de Bertrand Dautzenberg et Jacques le Houezec notamment:

Le Pr B. Dautzenberg, pneumologue à l'hôpital de la Salpétrière (Paris), déclare: "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation. D'abord, les conditions dans lesquelles l'expérimentation est réalisée ne sont absolument pas représentatives de l'exposition humaine. Elle montre des anomalies cellulaires en exposant des souris à des quantités de nicotine considérables, beaucoup plus qu'on peut le faire avec une cigarette électronique habituelle. Ensuite, on fait des extrapolations de la souris à l'homme, et enfin on ne compare pas l'effet du vapotage à celui de la fumée du tabac" 
"Aujourd'hui, on sait que la nicotine est toxique, irritante pour les voies respiratoires, et addictive. Raison pour laquelle il n'y en a pas plus de 2% dans les e-liquides. Aux quantités consommées par un vapoteur, il existe une légère toxicité, mais infiniment moindre que celle du tabac fumé"
"Globalement, nous sommes inondés de fausses nouvelles de ce genre. Les journaux scientifiques veulent aussi faire du buzz. Ils jouent au "Sun" anglais en rédigeant des communiqués de presse qui contredisent parfois les études elles-mêmes. C'est un moyen d'avoir toutes les couvertures et d'augmenter leurs revenus"
"Le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac. Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique. Le travail des chercheurs, c'est de sauver des vies, pas de tuer des gens."

Jacques Le Houzec, pharmacologue et tabacologue, rappelle une étude similaire plus ancienne, qui "contredit totalement" celle-ci : "Les rats étaient exposés à un aérosol de nicotine à une concentration donnant une nicotinémie double de celle observée chez de gros fumeurs. Durant 20 heures par jour, 5 jours par semaine, sur une durée de 2 ans. Aucune augmentation de mortalité, d'athérosclérose ou de fréquence des tumeurs n'a été observée chez ces rats par rapport au groupe contrôle. En particulier, pas de tumeur pulmonaire microscopique ou macroscopique, ni augmentation des cellules endocrines pulmonaires. Par contre, le poids des rats exposés à la nicotine était plus faible que celui des rats contrôles"


Pour finir (minuit), Leio croque la liquidation du mois sur son blog où il publie un dessin quotidien ;)
Coup de gueule sur le traitement médiatique de l'AFP de Sébastien Beziaux sur son blog Vap'You : "Des fumeurs mourront prématurément dans quelques dizaines d’années, sans avoir « oser » essayer la vape, à cause de ces études poubelles, à cause de ces agences de presse, à cause de ces journalistes qui ne font pas leur job, à cause de ces médias qui perdent leur âme et leur conscience en cédant à l’appel du buzz et ne s’honorant plus de leur rôle, informer, enquêter, vérifier."... à lire sur son blog ;)

[31-01-2018 à 11h30] En Allemagne, la Dr Ute Mons, directrice du centre allemand de recherche sur le cancer DKFZ, réputé pour être extrêmement hostile au vapotage, déclare dans le Berliner Morgenpost
"En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique"
"Il aurait été intéressant si l'étude avait, en plus des souris témoins non traitées, un groupe de souris exposé à la fumée de tabac"
"Cette étude ne permet malheureusement aucune compréhension sur ce point"

[31-01-2018 à 15h] La Fivape, fédération indépendante de sprofessionnels de la vape en France, publie un communiqué sur l'affaire. Extrait : "Bizarrement, la grande majorité des média publie invariablement une information fausse et sensationnaliste, pour le plus grand bonheur de l’industrie du tabac et/ou de l’industrie pharmaceutique. Ainsi en est-il de l’étude de cette fin janvier où la conclusion intéressante, qu’il aurait été judicieux de retenir, est la suivante : “ contrairement aux cigarettes de tabac qui contiennent des nitrosamines et de nombreuses molécules cancérigènes résultant de la combustion, la cigarette électronique contient de la nicotine et des solvants organiques relativement sans danger. Des études récentes montrent que des “fumeurs” de cigarette électronique, de manière similaire aux NRT (nicotine replacement therapy), ont 97% de NNAL (nitrosamines cancérigène pour les poumons) en moins que les fumeurs”. Autrement dit, les aérosols de cigarette électronique sont 97 % moins nocifs que la fumée du tabac en ce qui concerne les molécules ciblées par l’étude !"

[31-01-2018 à 16h30] Hamid Bbk, vendeur spécialiste du vapotage, post sur le FB de la Tribune du vapoteur: " [...] Le clou du spectacle, là où je me suis attaché car c'est un peu plus mon domaine, c'est le matériel utilisé. Lisons la description du matos: "ECS Generation and Mice Exposure. E-cigarette aerosol generator (e∼Aerosols) was used to produce E-cigarette aerosols from NJOY top fill tanks (NJOY, Inc.) filled with 1.6 mL of e-juice with 10 mg/mL nicotine in a propylene glycol/vegetable glycerin mixture (50/50 by volume; MtBakerVapor MESA). Each day the tanks were filled with fresh e-juice from a stock mixture, and the voltage was adjusted to produce a consistent wattage (∼1.96 A at 4.2 V) for each tank. "
Résumons: Ils ont utilisé du liquide nicotiné en 10mg/ml, en 50/50 PG/VG ; avec 2 atomiseurs "NJOY top fill tank" de 1,6ml ; à une puissance de 8W environ ; et petite précision, des bouffées de 4s pour 30 secondes de repos. Jusque là ça parait plutôt gentil. On pourrait pourrait se demander "mais où est ce que ça a merdé?". "1,6ml Top fill tank" 🤔... cela ne vous dit rien???
Maintenant, si je dis un PUT...N de CE4, qui ne résiste pas à plus de 6 Watts, qui déteste le e-liquide en 50/50 ainsi que les longues taffes, ca vous parle un peu plus? Résultat: dry hits et compagnie
Forcément c'était c'etait la fête à la combustion, avec Mr Formaldéhyde et Madame Acroléine au platines... Open bar de toxiques cancérogènes... Je dois toutefois présenter mon respect et mon admiration aux vaillantes souris qui ont survécu à ce traitement. Elles ont surement essayé de prévenir les laborantins du problème, mais bon... foutu barrière de la langue!!!
Elles ont survécu certes, mais pas sans séquelles, c'est clair, et il est à peut près évident avec ce régime, que des anomalies apparaissent. Bref, ils ont simplement reproduit l'étude de Portland (qui affirmait que la vapeur de e-cigarette pouvait contenir autant, voire plus de formaldéhyde et d’acroléine que dans la cigarette) avec les même atomiseurs mis en cause. Etude dézinguée depuis longtemps et reproduite également dans des condition normale d'utilisation des cigarettes électronique.
Heureusement cette fois là les "cobayes" pouvaient parler et on peut lire à ce propos : "Le phénomène des dry puffs a été identifié par 8 participants dès 4 V (7,3 W), par 15 autres à 4,2 V (8 W) et 3 à 4,4 V (8,4 W). 88 % des participants à l’étude détexaient des bouffées sèches à 4,2 V, c’est pourquoi 4,0 V a été défini comme la limite supérieure d’utilisation réaliste.""
https://fr.vapingpost.com/letude-de-portland-sur-le-formal…/ (source vaping post)
Ma conclusion, et bien sûr elle n'engage que moi, c'est que la nicotine n'a rien à voir dans le résultat de cette étude, mais bel et bien le matériel utilisé absolument pas adapté... De nombreuses études sérieuses précédentes et similaires ont démontré la faible nocivité de la nicotine. De plus, une expérience, sans groupe de comparaison comprenant des souris exposées à la cigarette ou à du e-liquide sans nicotine n'a qu'un objet: attaquer la nicotine. La vape, et en particulier un matériel impropre à cette expérimentation, soigneusement choisi, a simplement permis d'obtenir ce résultat."

MàJ: Au 1er février, les réactions continuent:

Libé Désintox, qui a de bonne source y compris ce blog [auto-congrat inside], a publié un bon article de debunk. On regrettera la chute sur la nicotine, que 40 ans d'usages de Nicorettes ne valident pas.

Dans sa chronique hebdo sur France Inter, le Dr Dominique Dupagne a éviscéré en 2 mn la campagne de peur de l'AFP et le harcèlement scientifique contre le vapotage. Les articles sur le risque de de la vape c'est un peu comme parler du risque de cirrhose du foie par la bière sans alcool... Absolument prendre les 2 mn pour l'écouter absolument !

Explications lumineuses d'Eric Blouin, expert toxicologue, sur le Vaping Post. Les souris prises pour l'expérience sont connues de longue date pour leur tendance à développer des tumeurs, et il pointe du doigt la question de dégagement d'aldéhydes par surchauffe en survoltage.
Hamid Bbk pointait cet aspect hier (voir plus haut) en partant de l'aspect matériel: un vieux CE4 prévu pour max 6 W, branché sur un mod le poussant à 8 W en sur-régime avec un liquide épais. Des remplissages et une surveillance douteuse à la lecture de l'étude et des interviews du chercheur...
Bref du dry-hit volontairement produit pour gazer les souris :(

Mais enfin, il semble qu'il y ait des photos des souris de l'expérience. Ca fait peur !


La nouvelle Association des vapoteurs italiens ANPVU a publié un communiqué pour décortiquer l'étude et sa médiatisation. Le communiqué cosigné de Carmine Canino, président de l'ANPVU, et de la Dr Francia Fortunato, souligne les doses exagérément irréalistes administrées aux souris et le manque de précision sur le protocole d'expérience. Le manque de groupe témoin soumis à la fumée de cigarette rend peu éclairante l'expérience. La présence suffisament forte de nitrosamine spécifique au tabac (NNK), cancérigène connu et supposé par l'étude être la cause des altérations d'ADN est étrange en regard de l'usage de nicotine purifiée de qualité pharmaceutique (USP) dans les liquides de vapotage. Comme d'autres spécialistes qui se sont penchés sur l'étude (voir ci-dessus), l'ANPVU soupçonne que des toxiques ont été produits artificiellement par surchauffe lors de l'expérience. SkyVape a présenté le communiqué de l'ANPVU.
Lien vers le communiqué https://docs.google.com/document/d/e/2PACX-1vRB5wF5GVAn74gbQkwShC40h-KCO7ggMAz2GkeaGBw8hdEDM4uI8KtCIZaP53xJwFBr5l6A1sqrJWXK/pub
(Je pense arrêter les mises à jour de cet article. Sauf si...)
* ‘E-cigarette smoke damages DNA and reduces repair activity in mouse lung, heart, and bladder as well as in human lung and bladder cells’ par Hyun-Wook Lee et al. dans PNAS 29 janvier 2018 http://www.pnas.org/content/early/2018/01/25/1718185115


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