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dimanche 10 juin 2018

[Bref] Archéologie de la réduction des risques: une boite de snus vieille de 300 ans découverte en Suède

Archéologie de la réduction des risques liés au tabac
Quand l'archéologie découvre la réduction des risques. Les fouilles du port intérieur de Norrköping, en Suède, ont mises à jour une boite en laiton de snus vieille de 300 ans. "La boite de snus a été retrouvée enfouie dans le sol de ce qui formait autrefois le lit d'une rivière, et qui est probablement tombée dans l'eau au XVIIIe siècle", raconte Elisabeth Däljemar du quotidien local NorrkopingNews ce 5 juin. La ville de Norrköping, qui signifie "le marché du nord", est connue pour avoir développé la production du snus autour des années 1740'. Ce tabac à suçoter typiquement suédois est préparé par une phase de séchage lent au soleil, puis surtout une séance d'étuvage entre 24 et 36 heures, au lieu de la fermentation des tabac oraux d'autres contrées. Ce mode de préparation inhibe le taux de nitrosamines toxiques spécifiques au tabac, tout en conférant au snus un ph relativement alcalin facilitant l'assimilation salivaire de la nicotine. 

Un outil de réduction des risques traditionnel

"Parmi les tabacs en poudre humide à sucer, le snus suédois est très pauvre en nitrosamines. Beaucoup de scandinaves abandonnent la cigarette pour l'utiliser. On n'a pas démontré qu'il soit une porte d'entrée vers la fume, ni qu'il augmente la fréquence des cancers ou des complications cardiovasculaires habituellement liés au tabac. On estime que si les fumeurs passaient au snus, leur mortalité baisserait d'au moins 90%, et cette évolution commence à se manifester en Suède. Mais à l'exception de ce pays, sa commercialisation est interdite en Europe", expliquait en 2005 le Pr Robert Molimard,  fondateur notamment de la Société de tabacologie en France, dans le Courrier des addictions (archive hébergée sur Vaping Post).

La chute du tabagisme suédois

Depuis, la Suède a atteint le taux de 7% de fumeurs, selon les données de l'Eurobaromètre 458 au printemps 2017. Moitié moins qu'en Australie, quatre fois moins qu'en Suisse ou en France. Et les courbes de maladies liées au tabagisme suivent, avec un délai lié à la détection en ce qui concerne les cancers. Malgré cela, l'Union Européenne a interdit le produit, à l'exception de la Suède. Fait éclairant, la Suisse a aussi interdit le snus à l'initiative du Conseiller national Peter Hess en 1991. Le démocrate-chrétien se présentait alors ardent défenseur de la lutte anti-tabac. En 2001, la presse révélait son mandat secret au Conseil d'administration de la filiale BATI du cigarettier British American Tobacco (BAT). En dépit de ce conflit d'intérêt manifeste, personne n'a alors demandé la levée de l'interdiction du snus.

Des analyses pour éclairer le développement de la réduction des risques?

La découverte de cette boite de snus dans le port de Noorköping ne résoudra pas les questions de réseaux d'influence traversant la question tabagique européenne et helvétique. Mais elle pourrait amener des éclairages sur la tradition de la réduction des risques. "Il est probable que la boite appartenait à Pehr Gustaf Wadström. Les initiales de cet industriel, qui possédait alors le chantier naval de Skeppsholmen, sont gravées sur la boite. Elle est à moitié remplie de snus. J'ai cru à de l'argile, mais l'absence d'oxygène dans les dépôts de boue a probablement créer de bonnes conditions de conservation", explique Karin Lindeblad, une archéologue du site de Noorköping à la presse. Les chercheurs vont procéder à des recherches sur le contenu. 

"Nous allons analyser le snus pour voir quel genre de tabac et quelles épices étaient utilisées. Ensuite, la boite sera exposée au Musée de la ville de Norrköping le 26 août pendant la journée archéologique", précise Karin Lindeblad à l'Expressen. Les personnes intéressées à la réduction des risques espèrent que les chercheurs n'oublieront pas une analyse toxicologique du snus vieux de 300 ans pour, peut-être, éclairer le processus par lequel s'est développé ce produit de tabac original par son faible impact sanitaire négatif.


samedi 26 mai 2018

[Bref] La Dr Ute Mons du DKFZ reconnait la réduction des risques du vapotage dans le Spiegel

"Le vapotage chauffe un liquide contenant généralement de la nicotine, et l'aérosol qui en résulte ne contient pratiquement aucune substance cancérigène lorsqu'il est utilisé correctement". Les déclarations de la Dr Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer (DKFZ), dans le Spiegel soulignent la réduction des dommages du vapotage par rapport au tabagisme. Des propos qui contrastent nettement avec l'alarmisme scabreux de sa prédécesseure Martina Pötschke-Langer à la tête du DKFZ jusqu'en 2016. E-Garage, le site allemand spécialiste de la réduction des risques avec le vapotage, souligne la nette évolution entre les deux responsables de l'influent institut. Au refus de distinguer les produits succède une reconnaissance du continuum des risques par la Dr Ute Mons. "Même si toutes les questions ne sont pas résolues: les experts estiment que le vapotage est probablement beaucoup moins nocif que les cigarettes conventionnelles - et probablement moins nocif que le tabac chauffé", explique t-elle au Spiegel.

Elle n'embrasse pour autant pas totalement une stratégie de report modal pour la consommation de nicotine vers les outils à dommages minimisés. Dans la revue Tobacco Control, le Pr David Levy a évalué que l'essor du vapotage pourrait sauver entre 21 millions et 87 millions d'années de vie aux Etats-Unis dans la décennie à venir. "Dans la discussion, cependant, le but principal réel est souvent perdu de vue. Il reste encore beaucoup à faire pour motiver les fumeurs à cesser de fumer", répond la Dr Ute Mons, insistant implicitement pour maintenir des mesures contre le tabagisme. Elle tient à distinguer le vapotage des cigarettes chauffées. "Le vapotage et le tabac chauffé ne doivent pas être amalgamés", souligne t-elle.

L'essor du vapotage comme moyen d'arrêt des cigarettes dans l'UE

En mars dernier, la Dr Ute Mons a cosigné une étude, publiée dans Tobacco Control, sur les moyens utilisés pour arrêter de fumer dans l'Union Européenne (UE). En moyenne, le recours au vapotage est passé de 3,7% en 2012 à 9,7% des tentatives d'arrêt en 2017 chez les résidents des 28 pays de l'UE. L'essor du vapotage, très disparate entre les 28 pays, interpèle les chercheurs. Difficile de ne pas constater les résultats impressionnants des britanniques où le tabagisme à chuté de 20% de la population à 15,5% depuis 2011 sous l'impact de la vape.



dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

mercredi 31 janvier 2018

Un parlementaire Suisse accuse 20 Minutes d'être à la solde des cigarettiers

L'accusation est au centre de l'argumentation d'une motion déposée en décembre au Conseil national. "Les magazines gratuits 20 Minutes et Friday jouent un rôle majeur dans la publicité pour le tabac", explique Niklaus Gugger, du Parti évangéliste. Le député zurichois affirme que l'industrie du tabac a dépensé pour la seule année 2013, plus de 21 millions de francs pour la publicité en Suisse. En plus des publicités présentées comme telles, il dénonce les publireportages accompagnant le message tabagique. "D'une part, des annonces publicitaires sont encadrées par des contenus rédactionnels, ce qui contribue à banaliser la publicité pour le tabac ; d'autre part, des annonces en faveur du tabac sont placées sur les pages "people" pour associer la fumée au monde du show-business", stipule sa motion contre la "publicité du tabac dans les médias traditionnels ou numériques".

Le buzz qui tue

La Une du jour du quotidien gratuit donne du crédit au soupçon du membre du groupe démocrate-chrétien (PDC) au parlement. Assimilant le vapotage au tabagisme, le tabloïd affirme qu'il "serait aussi à l'origine de cancers". Bien qu'aucun cas de cancer lié au vapotage n'ait été détecté dans la population. Le gratuit s'appuie sur un article de l'AFP relatant de manière biaisée les résultats d'une étude américaine sur des souris, dont aucune n'a développé de cancer, et qui n'a pas encore été révisée par des pairs. Pourtant, Moon Shong Tang, auteur principal de l'étude, précise clairement que les résultats ne permettent pas d'évaluer un éventuel risque cancérigène humain. "Nous ne pouvons pas le deviner à partir de nos données", déclare t-il à US News.

Les scientifiques sérieux au Royaume-Uni, en France, en Italie et en Allemagne notamment, ont tous pris leur distance avec l'interprétation douteuse qu'en a fait l'AFP hier, reprise aujourd'hui par le 20 Minutes romand. "Cette étude ne démontre rien du tout au sujet des dangers du vapotage. Elle ne prouve en rien que le vapotage cause le cancer"déclare au "Guardian", le Pr Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres. En Allemagne, Ute Mons, directrice du Centre allemand de recherche sur le cancer, un organisme réputé hostile au vapotage, donne peu de crédit au buzz. "En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique", explique t-elle au Berliner MorgenPost.

Pousser les fumeurs à continuer la cigarette

En France, le Pr Bertrand Dautzenberg s'agace de l'enfumage. "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation", dénonce le pneumologue de l'hôpital de la Salpétrière dans Paris-Match. "Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique", poursuit-il, "le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac". Peut-être est-ce là, la bonne nouvelle espérée des annonceurs cigarettiers du 20 Minutes.ch ? 

En Suisse, plus de 25% de la population fume. Près de 10'000 personnes meurent prématurément à cause du tabagisme chaque année et des millions de fumeurs contractent des maladies liées ou favorisées par le tabagisme, occasionnant des milliards de dépenses en médicaments. Mais, en dépit des entraves fédérales, le vapotage est devenu depuis 2015 le moyen le plus utilisé par les fumeurs pour quitter les cigarettes, selon le Monitorage Suisse des addictions. De quoi effrayer les lobbys qui vivent de ceux qui meurent du tabagisme ? 


mardi 30 janvier 2018

Commentaires de scientifiques au buzz sur les risques de cancer et vapotage [MàJ]

Hyun-Wook Lee, de l'Université de New-York, signe une étude sur l'impact de l'aérosol de vapotage sur des cellules et des souris, en voie de publication dans la revue PNAS (*). N'ayant pas eu accès à l'étude, je me limite ici à rapporter quelques éléments et réactions. 

Edit 9h30 (merci Fabien) : elle est en ligne http://www.pnas.org/content/early/2018/01/25/1718185115 
Dans US News, Moon Shong Tang, co-auteur de l'étude, déclare que "nous avons trouvé que l'aérosol de liquide de vapotage sans nicotine, le solvant seul, ne provoque aucun dommage à l'ADN". [Edit: en fait, cela n'a pas été testé dans l'étude !!!]Par contre, lorsque les chercheurs ont fait inhalé de force à des souris de 10 à 20 grammes un aérosol contenant 10 mg de nicotine à raison de 3 heures en continu par jour, 5 jours par semaine durant 3 mois, "le solvant d'e-cigarette avec nicotine a provoqué des dommages similaires à la nicotine seule", précise Moon Shong Tang.
Dans le Guardian, le même chercheur déclare que les dommages constatés à ces doses massives de nicotine pour une souris seraient équivalents à ceux constatés chez les humains avec le tabagisme passif. Mais dans US News, il déclare qu'avec ces données, on ne peut encore rien dire sur d'éventuelles conséquences cancéreuses: "Nous ne pouvons juste pas deviner avec les données que nous avons".
Du côté des experts britanniques du Science Media Centre, deux déclarations ont été publiées: 

Le Pr. Peter Hajek, directeur de l'unité de recherche sur la dépendance au tabac de l'Université Queen Mary de Londres (QMUL), déclare:

"Les cellules humaines ont été submergées dans de la nicotine et dans des nitrosamines carcinogènes achetées sur le marché. Il n'est pas surprenant bien sûr que cela endommage les cellules, mais cela n'a aucun rapport avec les effets du vapotage sur les personnes qui l'utilisent.

"Dans l'autre partie de cette étude, les animaux ont été exposés à ce qui sont pour eux des doses extrêmement importantes de nicotine et cela a également généré des dommages, mais cela aussi a une pertinence peu claire pour les effets du vapotage.

"Aucune comparaison avec les cigarettes conventionnelles n'a été faite, mais dans le texte de l'article, les auteurs reconnaissent l'information clef d'une importance cruciale dans cette histoire: les vapoteurs montrent une réduction de ces produits chimiques de 97% par rapport aux fumeurs. Ils auraient dû ajouter que c'est peut-être le niveau que les non-fumeurs obtiennent de leur environnement." 

Le Dr Ed Stephens, chercheur principal à l'Université de St Andrews - et qui a menée une meta-analyse sur le risque cancérigène du vapotage l'an passé que j'avais résumé -, déclare:
" Cette nouvelle recherche est une contribution précieuse à la compréhension des mécanismes de dommages à l'ADN causés par les aérosols contenant de la nicotine inhalés en fumant des cigarettes ou en vapotant. En mesurant les signes d'altération de l'ADN dans divers organes de la souris, les auteurs ont observé des différences significatives entre les expériences utilisant des vapeurs d'e-cigarette contenant de la nicotine et celles utilisant de l'air filtré.

"Malheureusement, aucune comparaison directe n'a été faite avec la fumée de tabac; au lieu de cela, les auteurs citent une autre étude 1 qui a trouvé un biomarqueur clef lié à de tels dommages génétiques présents dans des quantités beaucoup plus petites (97% de moins) dans l'urine des vapoteurs que chez les fumeurs.

"Cette étude et cette nouvelle recherche sont toutes deux conformes à l'opinion largement répandue selon laquelle le vapotage n'est pas sans risque de cancer et d'autres maladies, mais ce risque est généralement beaucoup plus faible que le tabagisme."


Du côté italien, les experts de la Lega Italiana Anti-Fumo (LIAF) ont dégonflé la baudruche sur le site de la RAI, la chaine de télé nationale.

Le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catane, fondateur et directeur scientifique de la Ligue anti-fumée italienne (Liaf): 

"La méthode décrite par les auteurs n'imite pas les conditions normales d'utilisation des produits de vapotage". "Les conditions reproduites dans ces expériences sont exagérées et favorisent la production de substances toxiques au même titre qu'un" grille-pain "qui brûle du pain de mie. Nos études sur des patients souffrant de maladies pulmonaires démontrent non seulement l'absence de dommages mais mettent en évidence les mêmes améliorations qui peuvent être obtenues en arrêtant de fumer ".

Le Pr Fabio Beatrice, de l'Université de Turin et directeur de Otolaryngology SC et du Centre Anti-fumée de Saint-Jean Bosco à Turin :

 "Ce sont des nouvelles qui vivent d'un malentendu fondamental d'abord culturel puis scientifique, il est donc nécessaire d'identifier la perspective correcte à partir de laquelle analyser le scénario du vapotage. L'e-cig produit une quantité de cancérigènes et d'irritants clairement inférieure en comparaison du tabagisme traditionnel. La production de substances cancérigènes dans le vapotage a été largement étudiée et lorsque cette quantité est correctement analysée, et qu'elle est comparée à la production de cancérogènes dans les cigarettes traditionnelles, il est démontré que le vapotage produit au moins 95% moins de substances nocives que la fumée normale des produits du tabac traditionnels.  

« La vraie info est que le vapotage est une alternative formidable pour les gros fumeurs qui ne peuvent pas ou ne veulent pas arrêter de fumer C'est de la réduction des risques, et c'est sur ce point - et non pas l'inverse - que nous devrions nous concentrer si nous voulons vraiment offrir une alternative acceptable aux fumeurs traditionnels et affronter, de manière pragmatique et non idéologique, la véritable tragédie liée au tabagisme: les 80 000 morts par an causés en Italie par les cigarettes traditionnelles, dont nous sommes peut-être un peu «accro», et qui risque maintenant de ne plus faire de nouvelles ».

Ajout de note personnelle (après accès à l'étude). Selon la brève de l'ATS (que je croyais en grève, mais bref...) reprise par le site de la RTS, les doses de nicotine "vapotées" par les souris équivaudrait à 10 ans de vapotage pour un humain. Dans le texte de l'étude, je n'ai pas vu une telle équivalence être affirmée.

Mais l'étude donne les détails des doses administrées : deux réservoirs de 1,6 ml par jour remplis par un liquide concentré à 10 mg/ml de nicotine, 5 jours par semaine, durant 12 semaines. Ce qui fait qu'une souris pesant moins de 20 grammes a inhalé 1920 mg de nicotine durant ce test.

Pour un humain de 60 Kg (d'une masse d'au moins 3'000 fois plus importante), cela équivaudrait à inhaler 5,76 kg de nicotine. En postulant une consommation de 30 mg de nicotine par jour (ce qui me parait une consommation fréquente chez des "forts" usagers de vapotage, mais c'est un chiffre que je pose de manière arbitraire), cela représenterait 192'000 jours de vapotage, soit environ 526 années. 
Comment l'équivalence à dix années de vapotage a été obtenue m'intrigue...???

Edit 21h30: Après une discussion téléphonique avec Charly Pairaud du Laboratoire français du e-liquide (LFEL), coincés entre les gosses à coucher et la longue journée. Mon "calcul" - qui n'était qu'une contre-hypothèse à l'équivalence postulée entre ce régime de vapotage des souris et celui d'un humain -  est selon toute vraisemblance biaisé par l'absence de prise en compte des dilutions dans l'air de l'atomiseur et de la "cage" des souris. Reste que l'équivalence postulée de dix ans de vape humaine est discutable. Mais surtout (comme le remarquait le Vaping Post ce matin), utiliser une toxicité en dose aiguë pour simuler un effet à long terme est une aberration.

Le Vaping Post [add 10h30] pour sa part souligne la non congruence entre des doses concentrées et leur consommation étalée dans le temps, postulée par les chercheurs : "Cette étude revient à exposer des sujets à 106 fois la dose journalière d’un consommateur de nicotine, produit dont la toxicité est avérée en cas de surdosage… De surcroît, le matériel utilisé pour l’expérience ressemble à du matériel standard, non prévu pour une utilisation intensive excédant de 100 fois le cahier des charges de sa conception". 
En somme, manger 1 kilo de chocolat en une journée n'informa pas sur les risque d'indigestion de manger 1 kg de chocolat dans l'année... d'autant plus si ce chocolat englouti dans la journée est brûlé par une machine à peine surveillée.

Dans Paris-Match [add 21h30], où Vanessa Boy-Landry déconstruit joliment le buzz qui tue avec les intervention de Bertrand Dautzenberg et Jacques le Houezec notamment:

Le Pr B. Dautzenberg, pneumologue à l'hôpital de la Salpétrière (Paris), déclare: "On n'est pas dans la vérité scientifique, mais dans la manipulation. D'abord, les conditions dans lesquelles l'expérimentation est réalisée ne sont absolument pas représentatives de l'exposition humaine. Elle montre des anomalies cellulaires en exposant des souris à des quantités de nicotine considérables, beaucoup plus qu'on peut le faire avec une cigarette électronique habituelle. Ensuite, on fait des extrapolations de la souris à l'homme, et enfin on ne compare pas l'effet du vapotage à celui de la fumée du tabac" 
"Aujourd'hui, on sait que la nicotine est toxique, irritante pour les voies respiratoires, et addictive. Raison pour laquelle il n'y en a pas plus de 2% dans les e-liquides. Aux quantités consommées par un vapoteur, il existe une légère toxicité, mais infiniment moindre que celle du tabac fumé"
"Globalement, nous sommes inondés de fausses nouvelles de ce genre. Les journaux scientifiques veulent aussi faire du buzz. Ils jouent au "Sun" anglais en rédigeant des communiqués de presse qui contredisent parfois les études elles-mêmes. C'est un moyen d'avoir toutes les couvertures et d'augmenter leurs revenus"
"Le résultat est que certains vont arrêter de vapoter et reprendre le tabac. Une nouvelle comme celle-là est susceptible de tuer des gens. Cela va totalement à l'encontre de la santé publique. Le travail des chercheurs, c'est de sauver des vies, pas de tuer des gens."

Jacques Le Houzec, pharmacologue et tabacologue, rappelle une étude similaire plus ancienne, qui "contredit totalement" celle-ci : "Les rats étaient exposés à un aérosol de nicotine à une concentration donnant une nicotinémie double de celle observée chez de gros fumeurs. Durant 20 heures par jour, 5 jours par semaine, sur une durée de 2 ans. Aucune augmentation de mortalité, d'athérosclérose ou de fréquence des tumeurs n'a été observée chez ces rats par rapport au groupe contrôle. En particulier, pas de tumeur pulmonaire microscopique ou macroscopique, ni augmentation des cellules endocrines pulmonaires. Par contre, le poids des rats exposés à la nicotine était plus faible que celui des rats contrôles"


Pour finir (minuit), Leio croque la liquidation du mois sur son blog où il publie un dessin quotidien ;)
Coup de gueule sur le traitement médiatique de l'AFP de Sébastien Beziaux sur son blog Vap'You : "Des fumeurs mourront prématurément dans quelques dizaines d’années, sans avoir « oser » essayer la vape, à cause de ces études poubelles, à cause de ces agences de presse, à cause de ces journalistes qui ne font pas leur job, à cause de ces médias qui perdent leur âme et leur conscience en cédant à l’appel du buzz et ne s’honorant plus de leur rôle, informer, enquêter, vérifier."... à lire sur son blog ;)

[31-01-2018 à 11h30] En Allemagne, la Dr Ute Mons, directrice du centre allemand de recherche sur le cancer DKFZ, réputé pour être extrêmement hostile au vapotage, déclare dans le Berliner Morgenpost
"En ce qui concerne l'applicabilité des résultats aux humains, je suis très sceptique"
"Il aurait été intéressant si l'étude avait, en plus des souris témoins non traitées, un groupe de souris exposé à la fumée de tabac"
"Cette étude ne permet malheureusement aucune compréhension sur ce point"

[31-01-2018 à 15h] La Fivape, fédération indépendante de sprofessionnels de la vape en France, publie un communiqué sur l'affaire. Extrait : "Bizarrement, la grande majorité des média publie invariablement une information fausse et sensationnaliste, pour le plus grand bonheur de l’industrie du tabac et/ou de l’industrie pharmaceutique. Ainsi en est-il de l’étude de cette fin janvier où la conclusion intéressante, qu’il aurait été judicieux de retenir, est la suivante : “ contrairement aux cigarettes de tabac qui contiennent des nitrosamines et de nombreuses molécules cancérigènes résultant de la combustion, la cigarette électronique contient de la nicotine et des solvants organiques relativement sans danger. Des études récentes montrent que des “fumeurs” de cigarette électronique, de manière similaire aux NRT (nicotine replacement therapy), ont 97% de NNAL (nitrosamines cancérigène pour les poumons) en moins que les fumeurs”. Autrement dit, les aérosols de cigarette électronique sont 97 % moins nocifs que la fumée du tabac en ce qui concerne les molécules ciblées par l’étude !"

[31-01-2018 à 16h30] Hamid Bbk, vendeur spécialiste du vapotage, post sur le FB de la Tribune du vapoteur: " [...] Le clou du spectacle, là où je me suis attaché car c'est un peu plus mon domaine, c'est le matériel utilisé. Lisons la description du matos: "ECS Generation and Mice Exposure. E-cigarette aerosol generator (e∼Aerosols) was used to produce E-cigarette aerosols from NJOY top fill tanks (NJOY, Inc.) filled with 1.6 mL of e-juice with 10 mg/mL nicotine in a propylene glycol/vegetable glycerin mixture (50/50 by volume; MtBakerVapor MESA). Each day the tanks were filled with fresh e-juice from a stock mixture, and the voltage was adjusted to produce a consistent wattage (∼1.96 A at 4.2 V) for each tank. "
Résumons: Ils ont utilisé du liquide nicotiné en 10mg/ml, en 50/50 PG/VG ; avec 2 atomiseurs "NJOY top fill tank" de 1,6ml ; à une puissance de 8W environ ; et petite précision, des bouffées de 4s pour 30 secondes de repos. Jusque là ça parait plutôt gentil. On pourrait pourrait se demander "mais où est ce que ça a merdé?". "1,6ml Top fill tank" 🤔... cela ne vous dit rien???
Maintenant, si je dis un PUT...N de CE4, qui ne résiste pas à plus de 6 Watts, qui déteste le e-liquide en 50/50 ainsi que les longues taffes, ca vous parle un peu plus? Résultat: dry hits et compagnie
Forcément c'était c'etait la fête à la combustion, avec Mr Formaldéhyde et Madame Acroléine au platines... Open bar de toxiques cancérogènes... Je dois toutefois présenter mon respect et mon admiration aux vaillantes souris qui ont survécu à ce traitement. Elles ont surement essayé de prévenir les laborantins du problème, mais bon... foutu barrière de la langue!!!
Elles ont survécu certes, mais pas sans séquelles, c'est clair, et il est à peut près évident avec ce régime, que des anomalies apparaissent. Bref, ils ont simplement reproduit l'étude de Portland (qui affirmait que la vapeur de e-cigarette pouvait contenir autant, voire plus de formaldéhyde et d’acroléine que dans la cigarette) avec les même atomiseurs mis en cause. Etude dézinguée depuis longtemps et reproduite également dans des condition normale d'utilisation des cigarettes électronique.
Heureusement cette fois là les "cobayes" pouvaient parler et on peut lire à ce propos : "Le phénomène des dry puffs a été identifié par 8 participants dès 4 V (7,3 W), par 15 autres à 4,2 V (8 W) et 3 à 4,4 V (8,4 W). 88 % des participants à l’étude détexaient des bouffées sèches à 4,2 V, c’est pourquoi 4,0 V a été défini comme la limite supérieure d’utilisation réaliste.""
https://fr.vapingpost.com/letude-de-portland-sur-le-formal…/ (source vaping post)
Ma conclusion, et bien sûr elle n'engage que moi, c'est que la nicotine n'a rien à voir dans le résultat de cette étude, mais bel et bien le matériel utilisé absolument pas adapté... De nombreuses études sérieuses précédentes et similaires ont démontré la faible nocivité de la nicotine. De plus, une expérience, sans groupe de comparaison comprenant des souris exposées à la cigarette ou à du e-liquide sans nicotine n'a qu'un objet: attaquer la nicotine. La vape, et en particulier un matériel impropre à cette expérimentation, soigneusement choisi, a simplement permis d'obtenir ce résultat."

MàJ: Au 1er février, les réactions continuent:

Libé Désintox, qui a de bonne source y compris ce blog [auto-congrat inside], a publié un bon article de debunk. On regrettera la chute sur la nicotine, que 40 ans d'usages de Nicorettes ne valident pas.

Dans sa chronique hebdo sur France Inter, le Dr Dominique Dupagne a éviscéré en 2 mn la campagne de peur de l'AFP et le harcèlement scientifique contre le vapotage. Les articles sur le risque de de la vape c'est un peu comme parler du risque de cirrhose du foie par la bière sans alcool... Absolument prendre les 2 mn pour l'écouter absolument !

Explications lumineuses d'Eric Blouin, expert toxicologue, sur le Vaping Post. Les souris prises pour l'expérience sont connues de longue date pour leur tendance à développer des tumeurs, et il pointe du doigt la question de dégagement d'aldéhydes par surchauffe en survoltage.
Hamid Bbk pointait cet aspect hier (voir plus haut) en partant de l'aspect matériel: un vieux CE4 prévu pour max 6 W, branché sur un mod le poussant à 8 W en sur-régime avec un liquide épais. Des remplissages et une surveillance douteuse à la lecture de l'étude et des interviews du chercheur...
Bref du dry-hit volontairement produit pour gazer les souris :(

Mais enfin, il semble qu'il y ait des photos des souris de l'expérience. Ca fait peur !


La nouvelle Association des vapoteurs italiens ANPVU a publié un communiqué pour décortiquer l'étude et sa médiatisation. Le communiqué cosigné de Carmine Canino, président de l'ANPVU, et de la Dr Francia Fortunato, souligne les doses exagérément irréalistes administrées aux souris et le manque de précision sur le protocole d'expérience. Le manque de groupe témoin soumis à la fumée de cigarette rend peu éclairante l'expérience. La présence suffisament forte de nitrosamine spécifique au tabac (NNK), cancérigène connu et supposé par l'étude être la cause des altérations d'ADN est étrange en regard de l'usage de nicotine purifiée de qualité pharmaceutique (USP) dans les liquides de vapotage. Comme d'autres spécialistes qui se sont penchés sur l'étude (voir ci-dessus), l'ANPVU soupçonne que des toxiques ont été produits artificiellement par surchauffe lors de l'expérience. SkyVape a présenté le communiqué de l'ANPVU.
Lien vers le communiqué https://docs.google.com/document/d/e/2PACX-1vRB5wF5GVAn74gbQkwShC40h-KCO7ggMAz2GkeaGBw8hdEDM4uI8KtCIZaP53xJwFBr5l6A1sqrJWXK/pub
(Je pense arrêter les mises à jour de cet article. Sauf si...)
* ‘E-cigarette smoke damages DNA and reduces repair activity in mouse lung, heart, and bladder as well as in human lung and bladder cells’ par Hyun-Wook Lee et al. dans PNAS 29 janvier 2018 http://www.pnas.org/content/early/2018/01/25/1718185115


dimanche 15 octobre 2017

Le vapotage est un "outil phénoménal" pour les médecins généralistes britanniques

Harceler un fumeur pour le faire arrêter est contre-productif. "C'est négatif, peu importe comment vous le maquillez. C'est irritant et n'apporte aucune nouvelle info. Cela encourage le conflit et le déni", explique le Dr Alex Bobak. "Vous avez affaire à quelqu'un très probablement accro à ses cigarettes. Si vous imposez un point de vue adverse à un accro, le déni se déclenche et vous l'avez perdu", poursuit le médecin au Congrès annuel du Royal College of General Praticioners (RCGP) à Liverpool cette semaine. Le généraliste, basé dans la banlieue sud de Londres, est accompagné, dans cette session dédiée à la prévention du cancer, des Prs Richard Roope et Linda Bauld, tous deux du Cancer Research UK (CRUK). L'arrêt du tabagisme est une des approches les plus efficaces pour réduire le fardeau du cancer, selon les participants. 

Pour Richard Roope, les praticiens vont affronter une "tempête de cancers" avec le vieillissement de la population associé à la malbouffe et le tabagisme. Il y a désormais chaque jour, 1'000 cancers diagnostiqués au Royaume-Uni. D'où l'importance de se doter d'une approche efficace pour aider les fumeurs à quitter les cigarettes au lieu de les braquer. Le vapotage ouvre un "territoire passionnant" et "va jouer un énorme rôle pour l'arrêt tabagique à l'avenir", estime le Dr Roope. Avis partagé par la Pr Linda Bauld. "Le message crucial est que le vapotage est extrêmement plus sûr que le tabac. Mais les patients ne réalisent pleinement des bénéfices de santé que s'ils se convertissent au vapotage et arrêtent totalement de fumer", souligne la chercheuse de l'Université de Stirling.

"Nous devrions voir des résultats très encourageants pour arrêter de fumer. Lorsqu'ils sont utilisés au quotidien et avec de fortes concentrations de nicotine, ces produits peuvent aider les gens à sortir du tabagisme", indique Linda Bauld. Le Dr Alex Bobak ajoute que le vapotage est "une aide à l'arrêt phénoménale", tout simplement parce que les patients "l'aiment vraiment". Avant de conclure la session devant l'assistance de médecins: "Nous ne connaissons pas exactement les risques à long terme, bien qu'il est clair qu'ils seront probablement minimes. Mais nous connaissons les risques à court terme: ils sont similaires aux substituts nicotiniques et c'est très faible. Les fumeurs veulent pouvoir choisir et bon nombre veulent les utiliser. Laissons-les le faire"


lundi 7 août 2017

Le risque cancérigène de la vape serait inférieur à 1% de celui des cigarettes selon une recherche


«La plupart des analyses de vapotage indiquent un potentiel cancérigène inférieur à 1% de celui de la fumée de cigarette». Publiée hier dans Tobacco Control du British Medical Journal (BMJ), un travail de recherche (research paper) a calculé les risques cancérigènes des cigarettes, dont une de tabac chauffé, du vapotage et d'inhalateur pharmaceutique de nicotine. Précisément, l'analyse modélisée pour comparer de multiples études aboutit à un risque cancérigène de 0,4% pour le vapotage par rapport aux cigarettes. Sur la durée d'une vie, «comparés aux cigarettes [risque = 1], les risques relatifs sont de 0.024 pour la cigarette de tabac chauffé, de 0.004 pour le vapotage et de 0.0004 pour l'inhalateur de nicotine». Autrement dit, vapoter entraînerait 250 fois moins de risque de cancer que fumer, selon les calculs du Dr William Stephens de l'Université de St. Andrews (Écosse).

Modélisation

Pour arriver à cette estimation, il a mis au point une série d'équation pour pouvoir comparer entre elles les études hétérogènes sur les substances dégagées par les cigarettes, le vapotage et les inhalateurs de nicotine. "Les potentiels cancérigènes des différents aérosols administrant de la nicotine ont été modélisés pour utiliser des analyses chimiques publiées sur les émissions et les risques associés à leur inhalation. Les potentiels ont été comparés à l'aide d'une procédure de conversion pour exprimer la fumée de cigarette et le vapotage dans des unités communes. Les risques de cancer sur la durée d'une vie ont été calculés à partir de ces potentiels sur la base d'estimations de consommation quotidienne", précise l'article de la revue anti-tabac. Sur la base des études, le Dr Stephens a estimé réaliste pour le risque de cancer sur la durée d'une vie de comparer une consommation quotidienne de 15 cigarettes à 30 litres d'aérosol de vapotage inhalé (NB: pas d'e-liquide de recharge, mais bien d'aérosol dégagé par la vapoteuse).



La nicotine elle-même n'étant pas cancérigène, ce sont les autres substances dégagées dans les aérosols qui sont facteurs de risque. Les concentrations de cancérigènes, reconnus (type 1) et possibles (type 2) par l'Agence Internationale de Recherches sur le Cancer (IARC) habituellement détectés dans la fumée de tabac, ont été pondérés selon l'évaluation du risque par dose établie par l'Office of Environmental Health Hazard Assessment database (OEHHA, California, USA). Le Dr Stephens a ensuite évalué les potentiels cancérigènes moyens de chaque mode de consommation de nicotine et calculé le risque sur une vie avec une consommation moyenne. Il est à noter que le calcul pour le tabac chauffé ne se base que sur une seule étude à partir d'un prototype d'appareil pour ce type de cigarettes.

Substances problématiques...

«Les cancérigènes les plus élevés des cigarettes sont le 1,3-butadiene et l'acrylonitrile, comptant pour plus des trois-quarts du potentiel cancérigène», souligne le Dr Stephens. Dans le vapotage ce sont le formaldéhyde et le cadmium qui constitueraient les principaux risques cancérigènes. «Même des taux minimes de cadmium peuvent avoir un effet majeur étant donné son niveau très élevé de risque, mais le cadmium n'a pas été détecté dans toutes les mesures et dans certaines autres il n'était présent qu'en concentration proche de l'indétectable», pondère le chercheur écossais. Concernant le formaldéhyde, les mesures rapportées par les différentes études sur le vapotage sont extrêmement disparates. Certaines mesures sont proches du niveau de l'inhalateur pharmaceutique, tandis que d'autres dépassent les taux dégagés par les cigarettes. 

Ou méthodes problématiques

Or, le Dr Stephens observe que les études rapportant de fort taux d'aldéhydes ont utilisé des voltages dépassant la plage d'utilisation normale des appareils de vapotage. Le problème est celui des surchauffes artificiellement produites par les machines à fumer ne détectant pas l'assèchement de la mèche. Au lieu de vaporiser le liquide, les chercheurs produisent alors un phénomène de pyrolyse. Autrement dit, ils crament la mèche et d'éventuels résidus au lieu de vapoter. «Ceci implique que c'est la manière dont l'appareil est utilisé qui peut être plus importante que l'appareil lui-même», éclaire le Dr Stephens. Pour éviter le problème, le chercheur insiste sur l'information de bonnes pratiques d'usage à délivrer aux utilisateurs. Et peut-être aux chercheurs...? Du moins, le Dr Stephen a jugé préférable d'écarter de son calcul les études ayant dépassé la puissance d'utilisation normale des vapoteuses pour produire les aérosols.

Un bon exercice mais prématuré ?

La grande disparité des mesures sur le formaldéhyde pose un problème de fond sur la qualité des études et les critères de publication des revues scientifiques sur le thème du vapotage. La très mauvaise qualité de certaines études sur le vapotage est vraiment inquiétante. Elle pose aussi un problème concernant la solidité de l'évaluation de cette méta-analyse sous un autre angle. Celui de l'absence de donnée pour le vapotage à propos de certains toxiques cancérigènes. «A mon avis, cette étude est un bon exercice mais elle est prématurée», commente le Dr Konstantinos Farsalinos, de l'Université de Patras, sur son blog. Pour autant le chercheur grec ne suit pas le Pr Stanton Glantz, de l'Université de Californie, qui s'est simplement gaussé sur son blog de l'étude. Le californien estime "mauvaise" la question de réduire les risques de cancer lié au tabagisme, n'apportant à son sens pas de réponse intéressante. Pourtant, les cancers représentent environ le tiers de la mortalité prématurée lié au tabagisme, que l'OMS quantifie à près de 7 millions de morts par an dans le monde. 



samedi 2 janvier 2016

Vape & média : de quel cancer les métastases du journalisme sont-elles le symptôme ?

Le 28 décembre, le réveillon s'avance avec ses bonne résolutions du nouvel an. Des millions de fumeurs songent à arrêter la clope. Tombe alors un communiqué de presse sur EurekAlert, portail d'info de l'American Association for the Advancement of Science (AAAS). Selon Cindy C. Butler, chargée de comm' du département des Veterans Affairs de San Diego (Californie) qui l'a financé, une étude établirait la cytoxicité (toxicité des cellules) des vapeurs d'e-cigarette. La Doc. Jessica Wang-Rodriguez, referent de la recherche publiée en novembre sur Oral Oncology, conclue, lapidaire: «Je crois que les cigarettes électroniques ne sont pas mieux que de fumer du tabac».

Faire son beurre en brassant de l'info 

Les médias se jettent sur la punchline. En Angleterre, le Telegraph en fait sa une. Le Mirror, l'Independent et le Daily Mail suivent le filon. En France, le Parisien, les quotidiens régionaux du Centre et Futura-Science dispatchent l'article de RelaxNews, la filiale «info loisir» de l'Agence France-Presse (AFP). En Suisse, l'opérateur télécom Bluewin joue au spécialiste scientifique et au Canada, le Journal de Montréal, Canoë et Métro dupliquent sans sourciller.

Sciences & Avenir et le site médical Santé log se démarquent par quelques précautions sur les limites de ce type de recherche [*]. Notamment, le fait connu que les études in vitro sur des cellules ne rendent pas compte de leur comportement in vivo. «Notre étude ne prouve pas que ces dommages peuvent arriver aux gens, car elle est menée sur des cultures de cellules», précisera Laura Crotty Alexander, autre chercheuse associée à l'étude, dans le San Diego Union-Tribune du 31 décembre.

HN30

Précautions nécessaires mais non suffisantes à rendre compte des résultats. Car l'étude californienne n'a pas observé deux échantillons de cellules épithéliales, ni même trois comme le suggèrent confusément certains articles. Mais trois types de cellules soumises à cinq situations. Le premier type de cellules se nomme HaCat, des cellules saines mais génétiquement modifiées pour être «immortalisées» selon les termes de la recherche. Les deux autres types de cellules, également modifiées, sont cancéreuses répondant aux doux noms de UMSCC10B et HN30.

La première situation des trois types de cellules n'a reçu aucun stress externe. Autre cas témoin, les cellules soumises à de la nicotine pure. Quatre autres pétri ont été soumis à des concentrés extraits de vapeur d'e-liquide, obtenus de deux ecig différentes par un procédé très opaque. Deux étaient sans nicotine et deux dosés à 1,2% de nicotine (taux courants). Ceux-ci ont été ré-imbibés de concentré tous les trois jours durant huit semaines. L'étude précise que ces concentrés ne correspondent pas à une consommation réaliste. Un problème méthodologique crucial mis en relief par Paul Barnes.
«A cause de la haute toxicité de l'extrait de fumée de cigarette, les échantillons traités au tabac ne l'ont pas été plus de 24 heures», dans l'étude
Enfin, des groupes de cellules soumises à un extrait de cigarette Marlboro filtre rouge, précisé en deuxième page de l'étude: «A cause de la haute toxicité de l'extrait de fumée de cigarette, les échantillons traités au tabac ne l'ont pas été plus de 24 heures». Voilà ce qu'aucun média n'a relevé. Tout simplement parce qu'aucun journaliste n'a pris la peine de lire l'étude elle-même. Ou si mal qu'il n'a pas vu ce point essentiel occulté par le Press Release officiel.

«Les cellules peuvent survivre huit semaines aux e-liquides, mais seulement 24 heures aux cigarettes»

Le tableau des résultats du pourcentage de mortalité des cellules des différents cas
Environ moitié moins de cellules meurent après 56 jours de traitement tous les trois jours aux concentrés de liquides de vapotage qu'après une journée d'un seul traitement à l'extrait de Marlboro. Doit-on en conclure que le risque cancérigène de la vape est en deçà de 1% de celui des cigarettes ? Ce serait se montrer aussi péremptoire que la Doc Wang-Rodriguez. Pour toutes les raisons méthodologiques évoquées par avant et clairement synthétisées dans un article de Fergus Mason. La chercheuse Laura Crotty Alexander, toujours dans le San Diego Union-Tribune du 31 décembre, souligne d'ailleurs que «l'extrait de fumée de cigarette tue les cellules à une moindre concentration que ne le fait la vapeur de e-cigarette. Et les tue beaucoup plus rapidement».

Ces résultats sont des indices, seulement des indices. Mais confirmant d'autres études sur la réduction des risques de la vape par rapport au tabac fumé. C'est ce que souligne la Pr Linda Bauld, en réponse à la paranoïa déclenchée par le tir groupé d'articles, dans le Guardian du 30 décembre: «Si nous comparons la vapeur d'ecig avec l'air frais, nous trouvons la présence de certains toxiques, comme déjà montré lors d'études antérieures. Mais ce que les résultats de cette étude montrent, c'est que si nous comparons la vape et la fumée de tabac, alors les ecigs sont plus sures».

Pour le cancérologue Ian Lewis, les journaux auraient pu titrer que «les cellules peuvent survivre durant huit semaines dans le concentré de vapeur d'ecig mais seulement 24 heures dans l'extrait de cigarette». Pour sa part, le Pr Clive Bates estime, sur son blog, que «si la plus conventionnelle pratique journalistique est de simplement rapporter ce que la recherche en question a trouvé, alors il y a dans cette étude peu matière au sensationnalisme» [PS. billet traduit par Florence sur Vapor-Gate]. Mais alors pourquoi diable cette cabale journalistique a t-elle eu lieu ?

L'absence de vérification des informations par les journalistes
Media Porn : plus de Q que d'info 

La junk-infood fait son beurre

Du barattage au baratin, le journalisme a découvert la fonction copier/coller pour faire tourner. Telle la fermière d'autrefois brassant le lait pour en faire son beurre. En 2008, Waseem Zakir, journaliste à la BBC, forge le néologisme de «churnalism». Ce barattage de communiqués de presse et de packaging médias réduisant les coûts et augmentant le volume de production d'infos. Nous subissons ainsi un martèlement en continu de «nouvelles», de préférence angoissantes pour éveiller la compulsion pour les produits en pubs. L'infotainment, cette «info loisir» pour le dire avec les mots de l'AFP, touche aussi les rubriques scientifiques, comme le soulignait le Guardian en 2011

Cette réplication peut aller jusqu'à recopier les fautes de frappe. Comme celle de mettre un Q en place d'un G au gré des lignes du repiquage hésitant entre les deux orthographes de Wang-Rodriguez (voir notre montage non exhaustif). A fortiori sur le contenu, la critique éclairée s'efface au profit du sensationnalisme. La course aux clics dans l'effrénée info en «temps réel» prend la place du traitement réfléchi. De 1990 aux années 2000, la clause d'articles minimum des contrats à Libération est passé de deux à cinq par semaine. Selon les gestionnaires, l'informatique permet des gains de productivité. Mais les ordinateurs ne réfléchissent pas. Disparaît ainsi ce temps de l'intelligence, cette régurgitation bovine chère à Friedrich Nietzsche sensible aux charmes des vaches.

L'idéologie du journalisme

Le journaliste n'est pas victime seulement de ses conditions de travail. Mais aussi de son acceptation de celles-ci au travers du journalisme comme idéologie. Conforté dans un complexe de supériorité assit sur une notion «d'objectivité» très niaise. La discussion des articles sur cette étude l'illustre. Le journaliste croit en la vérité révélée. Sans saisir que la science est une activité construisant des situations sur la base de paradigmes eux-même échafaudés. Cette croyance de pouvoir posséder une virginale objectivité, comprise comme point de vue divin laïcisé, fonde le dédain journalistique envers les lecteurs. A quoi bon donner de la confiture aux cochons lorsque de la junk infood suffit ?

Et en corollaire, une obséquieuse soumission aux arguments d'autorité. «Le modèle du journalisme paresseux repose sur l'autorité. L'autorité de «scientifiques» placés sur un piédestal de chasseurs de la pure vérité et l'autorité des revues évaluées par des pairs. Et ceci serait sensé garantir l'intégrité de la recherche publiée», remarque le Pr Clive Bates à propos de la couverture médiatique de cette étude. En définitive la pseudo objectivité journalistique se réduit alors en une «neutralité» au service des organismes les plus puissants en terme de propagande. C'est ainsi que le tapinage du communiqué de presse de Cindy C. Butler est devenu buzz médiatique mondial.

California über alles

Les journalistes ont joué les perroquets des autorités californiennes. Mais pourquoi une coalition d'organismes institutionnels orchestre cette campagne de propagande contre la vape ? La date, juste avant le traditionnel pic de tentatives de sevrages tabagiques de janvier, donne probablement un indice. Inhiber la sortie du tabagisme à l'aide du vapotage semble le mobile évident. A cela deux motivations majeures. 

La première est d'ordre financier. En 1998, le Tobacco Master Settlement Aggreement (MSA) condamne les firmes cigarettières à verser plus de 200 milliards de dollars d'indemnités aux Etats américains sur 25 ans. Appâtées par la manne financière, les banques proposent aux Etats des prêts toxiques garantis sur les versements du MSA. Des Tobacco Bonds indexés sur les ventes de tabac. Plus les ventes chutent, plus les intérêts dues par les Etats aux banques augmentent. La banque Goldman Sachs les nomment «Turbo fonds». «Ils les ont appelé Turbos parce que leurs remboursements vont de plus en plus vite», explique John Lampasona, analyste chez Standard & Poor's à ProPublicca en 2014.

Carte de ProPublicca
Carte interactive de ProPublicca (cliquer)

La Californie est le second Etat américain, derrière New-York et devant l'Ohio et l'Illinois, en volume de prêts pourris contractés sur la base du MSA. Autrement dit, la Californie a désormais intérêt à ce que les ventes de tabac cessent de chuter. Or, avec 30 millions de vapoteurs, dont au moins 9 millions en usage régulier, les Etats-Unis ont vu les ventes de cigarettes reculées au double des prévisions ces dernières années. Selon l'article très fouillé du pure player ProPublicca, les Etats américains auront remboursé 64 milliards de dollars aux banquiers de Wall Street pour 3 milliards empruntés.

La guerre du feu

L'autre raison majeure à l'opération de propagande californienne est la guerre de l'addictologie entre pro-abstinences et partisans de la réduction des risques. Cet affrontement esquissé dans mon article au Courrier au printemps dernier est à présent ouvertement déclarée. D'un côté les pragmatiques accueillent la vape comme moyen de réduction des risques pouvant sortir des fumeurs de leur tabagisme. Conséquents avec le constat de l'extrême addiction au tabac, ils considèrent préférable le switch à une consommation beaucoup moins nocive pour l'extrême majorité des fumeurs ne réussissant pas à se sevrer par les autres moyens. Une voie humaniste.

A l'opposé, le camp des pro-abstinences, héritiers idéologiques de l'obscurantisme intégriste qui a mis en place les prohibitions de l'alcool au début du 20ème siècle, puis celle du cannabis et enfin la guerre aux drogues. Le fond est celui d'un moralisme considérant la luxure comme pêché. Au risque du sida, ils proposent l'abstinence au lieu de la capote. Au risque du tabagisme, l'abstinence au lieu de la vapote. Au risque des infections, l'abstinence au lieu de l'accès à des seringues propres. Etc ad nauseam... Le calvaire en guise de rédemption ou la mort pour les impénitents. C'est ce camp dominateur que les journalistes servent par l'abstinence de toute réflexion critique lorsqu'ils essaiment leur propagande. En un mot. 

Morbide.


* Post-Scriptum du 7-01-2016 : Hugo Jalinière de Sciences & Avenir et santé log ont tous deux corrigé leurs articles début janvier. Ajoutant notamment ce qui avait été passé sous silence dans le Press Release officiel, à savoir que la fumée de cigarette tue beaucoup plus et plus vite les cellules de l'étude. Gestes d’honnêteté intellectuelle.