Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)
Affichage des articles dont le libellé est iqos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est iqos. Afficher tous les articles

jeudi 9 août 2018

[Bref] Bataille serrée entre Philip Morris et l'Association de prévention du Tabagisme Suisse pour l'Hypocrisy Award de la décennie

L'Association de prévention du Tabagisme en Suisse (AT-Suisse) a publié un communiqué de presse dans la lignée des articles sponsorisés par l'oligarque Michael Bloomberg un peu partout dans le monde ces derniers jours. "Il y a un an, Philip Morris se déclarait en faveur de l'arrêt du tabagisme, une profession de foi aussi opportuniste qu'hypocrite", révèle l'organisation. Ah?!? AT-Suisse a soutenu durant ces dernières années la prohibition du vapotage nicotiné en Suisse. Un élément crucial pour faire place nette au lancement de la cigarette de tabac chauffé de Philip Morris. Jusque-là, l'organisme n'avait d'ailleurs jugé problématique que l'absence de sa prime sur les ventes d'Iqos.

"D'une manière générale, la cigarette a mauvaise réputation Pas besoin donc d'être devin pour prévoir qu'à long terme, la cigarette ne sera plus un produit très lucratif en Europe", explique AT-Suisse. Alors que le tabagisme helvétique se maintient depuis dix ans sans évolution à plus de 25% de la population adulte. Et plus du tiers des jeunes de 15 à 25 ans, une part en augmentation. En contraste, depuis 2011 et l'essor du vapotage, l'Angleterre a réduit d'un quart sa part de fumeurs adultes et adolescents. Qualifiant le discours de Philip Morris de "saugrenu", AT-Suisse semble avoir quelque chose dans l'oeil. De longue date, l'organisation méprise ouvertement les usagers et s'oppose à l'approche de réduction des risques. Enjeu manifeste, les dividendes perçues sur les ventes de cigarettes par les anti-tabac suisses, ainsi que le sponsoring pléthorique des vendeurs d'anti-cancéreux.

Deux faces de la même pièce

Pourtant, une politique de réduction des risques similaire à celle britannique aurait permis à un quart des fumeurs suisses, soit de 500'000 à 600'000 personnes de sortir du tabagisme depuis 2011. En Islande, ce sont 40% des fumeurs de 2014 qui, en 2017, avaient arrêté grâce au vapotage. A l'échelle Suisse, cela ferait environ un million de fumeurs sauvés du tabagisme. Qui professe un discours hypocrite en prétendant lutter contre le tabagisme? Vraiment, est-ce le cigarettier vaudois Philip Morris ou son alter ego AT-Suisse

Les victimes du duo peu comique, on les connait. Plus de deux millions de fumeurs en Suisse qui ont été privés illégalement d'accès local au vapotage nicotiné jusqu'à ce printemps et la décision d'invalider la prohibition administrative par le Tribunal administratif fédéral. Les bénéficiaires du fumeux business sont plus nombreux que les seuls cigarettiers. Des milliards de dépenses à cause des maladies liées au tabagisme engraissent l'industrie pharmaceutique. Tandis que le Département fédéral de l'intérieur encaisse près de 2,5 milliards Fs par an grâce aux ventes de tabac. Il est sensé s'occuper de la lutte anti-tabac aussi. Il n'a fait que lutter contre l'arrêt des cigarettes à l'aide du vapotage ces dernières années. 

Hypocrisy Award

Près des deux-tiers des fumeurs en Suisse, déclarent espérer arrêter de fumer. Mais aucune solution sérieuse ne leur est facilement accessible. Les substituts nicotiniques sont vendus à prix prohibitifs sous le monopole pharmaceutique. Jusqu'à ce printemps, les liquides nicotinés étaient illégaux. Aucune information n'est dispensée sur la réduction des risques par le vapotage. Seules véritables sources d'aide à l'arrêt efficace, les groupes d'entraide de vapoteurs et les boutiques spécialisées

Au contraire, les médias d'Etat, liés au tabac, à la pharma ou à la finance multiplient les fake news sur le sujet. Entre silence complice et désinformation active sur le sujet de la réduction des risques, les actions d'AT-Suisse ressemblent à s'y méprendre à une banale hypocrisie. A ce titre, il est vraiment difficile de départager Philip Morris de l'AT-Suisse en la matière. 

Accordons-leur l'Hypocrisy Award pour leur oeuvre conjointe en faveur du maintien du tabagisme en Suisse.


jeudi 2 août 2018

Philip Morris renonce à son usine Iqos de Dresde: symptôme d'une erreur de stratégie ?

Philip Morris a confirmé l'information dénichée par Sächsische Zeitung (SZ). Il renonce, au moins pour le moment, à son projet de nouvelle usine à Dresde. L'inauguration était prévue au premier semestre 2019 à deux pas de l'aéroport. Elle devait produire 30 milliards de cigarettes pour Iqos par an avec 500 employés sur 80'000 m². L'investissement à terme devait être de 275 million €. Dirk Hilbert, maire de Dresde, a même inauguré en juin une nouvelle station électrique d'un coût de 11 millions € spécialement pour alimenter la zone industrielle de la future usine. Laconique, Iris Brand, porte-parole du cigarettier, indique que le groupe doit évaluer ses centres de production existants, à la radio locale MDR Sachsen. Des usines de cigarettes Iqos fonctionnent déjà notamment en Suisse, Grèce, Roumanie et en Italie, où sa capacité de production est le triple de celle envisagée à Dresde, précise le journal de Saxe SZ.

0,1% du marché allemand

En réaction, Reemtsma, la filiale allemande d'Imperial Tobacco, a ironisé sur l'explication "lapidaire" de Philip Morris. De son coté, Jan Mücke, directeur de l'association allemande des cigarettiers (DZV), dont Philip Morris ne fait plus partie depuis plus de dix ans, souligne "le succès assez limité" de l'Iqos. Dans son rapport 'New World of Tobacco – JUUL Starting to Disrupt U.S. Cigarette Industry' en avril dernier, Citigroup signale qu'en Allemagne "iQos atteint seulement 10 basics points (bps) [soit 0,1%] du marché national au quatrième trimestre 2017". En se limitant aux grandes villes allemandes, l'Iqos atteint 80 bps, soit 0,8%, du marché. Très faible en regard des campagnes de publicité du cigarettier vaudois et l'ouverture d'Iqos Stores en Allemagne. 

Erreur de stratégie ?

Il y a une année, Stacey Kennedy, directeur de Philip Morris Allemagne, annonçait la nouvelle usine de Dresde comme "un jalon important sur la voie d'un avenir sans fumée". Aujourd'hui, la bourse américaine a perdue confiance dans les valeurs cigarettières devant le succès du vapotage, et l'abandon de la nouvelle unité de production du cigarettier vaudois soumet à la question sa stratégie. Doute sur son choix de privilégier un produit phare de tabac chauffé, à contre-courant de l'engouement pour le vapotage et sa diversité. Depuis son lancement en 2015, l'Iqos n'a percé qu'au Japon, pays qui interdit la vente de vapotage nicotiné.

Doute aussi sur la conception médiocre du point de vue de la réduction des risques de l'Iqos avec une température trop élevée pour éviter toute combustion. Alors que la combustion de la cellulose s'initie à partir de 236°C, l'Iqos monte à près de 350°C, engendrant une pyrolyse qui produit tous les toxiques d'une cigarette conventionnelle. Cependant, les carbonylés et les composés organiques volatiles (COV) sont réduits d'au moins 80% par rapport à une cigarette fumée standard, selon les premiers résultats des études de l'Institut fédéral allemand sur les risques (BfR).

Batailles cigarettières

La nouvelle de l'ajournement de l'usine de Dresde tombe dans un contexte de vive bataille entre cigarettiers en Allemagne. Les ventes sont passées de 145 milliards de cigarettes en 2002 à près de 76 milliards en 2017. Philip Morris reste leader avec 37% du marché devant Reemtsma qui détient 24% du marché, BAT 19% et Japan Tobacco 6%. Ce dernier fait une campagne de publicité pour dénigrer les nouveaux produits électriques sous la bannière de sa marque de cigarettes American Spirit. Cette campagne tente aussi de freiner l'essor du vapotage, dont le marché est passé entre 2010 et 2016 de 5 millions à plus de 375 millions €, selon les données de la VDEH association professionnelle du vapotage. 

Poor lonesome cowboy ?

Dans ce contexte de restructuration, l'idée de créer une nouvelle organisation faîtière visant à regrouper tous les cigarettiers, y compris Philip Morris, mais aussi des producteurs de vapotage indépendants fait son chemin, nous apprend eGarage, site allemand spécialisé sur le vapotage et la réduction des risques. "Les fabricants de vapotage qui ne proviennent pas de l'industrie du tabac sont aussi très sollicités", précise le site bien informé. 

Bien que cowboy solitaire en Allemagne et malmené par la bourse américaine, Philip Morris reste une multinationale encore prospère. Ses comptes trimestriels, publiés le 19 juillet, affichent 7,72 milliards $ de revenus nets et 3,1 milliards $ de bénéfices nets sur le second trimestre 2018, une progression de l'ordre de 12 à 13% par rapport à la même période en 2017. 


jeudi 29 mars 2018

[Bref] Avant le lancement de l'Iqos à Dubaï, les autorités lancent des raids contre les vendeurs de vapote

"Les produits de tabac chauffés vont bientôt être lancés aux Emirats Arabes Unis (EAU), bien que le vapotage soit largement utilisé avec ses recharges de liquide achetées à l'étranger ou au marché noir", explique le journal the National ce matin, suite à une opération anti-vape lancée par la municipalité de Dubaï. Des magasins de tabac soupçonnés de vendre illégalement des produits de vapotage ont été la cible d'une opération policière coordonnée à l'échelle de la ville. Bien que les raids visaient spécialement les produits de vape, le bilan des saisies parait maigre sur ce volet. "Les inspecteurs de la municipalité ont saisi 30 cigarettes électroniques dans 11 points de vente", rapporte le journal local. Par contre, plus de 100 Kg de tabac illicite et quelques 200 paquets de cigarettes aromatisées, dont l'emballage n'était pas réglementaire, ont été saisis durant les descentes. 

"Cette opération est un nouveau signal que les représentants du gouvernement restent fermes dans leur position contre les solutions alternatives au tabagisme depuis qu'une taxe sur le tabac de 100% est entrée en vigueur au dernier trimestre 2017", commente le journal dubaïote. Bien que sa vente et son importation y soit interdite, le vapotage rencontre un certain succès auprès des fumeurs de l'Emirat. Dans un sondage mené par le journal the National, plus de la moitié des 600 fumeurs interrogés avait déjà essayé la vape. Cependant, 54% d'entre eux déclaraient ne pas avoir été convaincu. 

C'est dans ce contexte que Philip Morris annonce vouloir lancer son nouveau produit. "Il y a certaines exigences commerciales et réglementaires qui doivent être satisfaites avant que nous puissions mettre un nouveau produit sur le marché. J'espère personnellement que ces exigences seront satisfaites dès que possible afin que nous puissions commencer à offrir ces meilleures options aux fumeurs actuels", explique Tarkan Demirbas, vice-président local de Philip Morris à Dubaï. 


mercredi 17 janvier 2018

Les lausannois n'auront pas de bar Philip Morris

Depuis septembre 2016, Philip Morris essayait d'ouvrir un troquet dédié à l'Iqos dans le quartier du Flon à Lausanne. Le cigarettier annonce l'abandon du projet, "afin de répondre au succès que ce produit connaît auprès des fumeurs adultes depuis plusieurs mois dans la capitale vaudoise et son agglomération", explique un porte-parole de la firme lausannoise à la Tribune de Genève. Le Conseil d'Etat vaudois avait refusé, en février 2017, d'autoriser l'usage de la cigarette Iqos au sein du bistrot. Malgré un recours déposé dans la foulée et encore pendant au Tribunal cantonal, ainsi qu'une autorisation de la commune de Lausanne d'ouvrir le "Flagship store", le cigarettier change ses plans. Pourtant, le chef du Département de la santé du canton proposait la semaine dernière encore un compromis vaudois. "Il serait raisonnable de simplement intégrer un fumoir au projet", expliquait Pierre-Yves Maillard au quotidien lausannois le Temps.

Depuis sa sortie en août 2015, les lausannois semblent les seuls suisses à apprécier la cigarette Iqos. Sa part de marché dans la capitale vaudoise est "déjà plus de quatre fois supérieure à la moyenne nationale", selon Philip Morris. Se consumant en 12 bouffées, la cigarette vaudoise ne délivre que 70% de la dose de nicotine que celle moyenne d'une cigarette conventionnelle, selon une étude indépendante. Le consommateur d'Iqos n'a aucune maîtrise du processus et doit se contenter de cette dose réduite, ou fumer une autre cigarette. Contrairement à ce que prétend une démarcheuse de Philip Morris interrogée par le Temps, la fumée de l'Iqos dégage du monoxyde carbone et l'ensemble des toxiques d'une cigarette conventionnelle mais en nettement moindre quantité, selon les mesures d'une équipe de l'Université de Lausanne.


jeudi 4 janvier 2018

Taxes en Italie: 4€ pour 10 ml de liquide de vape contre 0€77 sur un paquet de Glo (BAT) et 1€27 pour l'Iqos (Philip Morris)

Le Premier Ministre Matteo Renzi et le PDG de Philip Morris André Calantzopoulos en 2014
En Italie, la guerre au vapotage est déclarée. Depuis le 1er janvier, la vente à distance de liquides à vapoter, avec ou sans nicotine, est illégale. L'Administration des douanes et du Monopole (AAMS) est déjà partie à la chasse aux sites ne s'y conformant pas. Autre conséquence de cette interdiction, l'introduction en Italie des substances de liquides à vapoter, sauf les arômes, devient de facto contrebande de produit du tabac, avec risques d'amende et peines de prison à la clef. Mais cela ne fait évidemment pas que des malheureux. La répression justifiée par les autorités pour optimiser la perception de la méga taxe anti-vape de 0,397cts par millilitre de liquide avec ou sans nicotine, pourrait bien bénéficier aux producteur de cigarettes chauffées. D'un côté, l'Etat italien assomme les vapoteurs d'une taxe de plus de 4€ par fiole (hors TVA), de l'autre, il fixe un niveau ultra-light d'accise à 77cts par paquet de 20 cigarettes spéciales pour l'appareil Glo de British American Tobacco (BAT) et à 1€27 sur le paquet de 20 cigarettes pour l'Iqos de Philip Morris.

Au détriment des usagers et de la santé publique

La violente taxe anti-vape va forcément se faire ressentir sur les prix des liquides. D'autant plus que le réseau de distribution, outre l'interdiction de vente à distance, sera limité aux points de vente autorisés par le Monopole à partir de fin mars. La combinaison du coup de massue taxatif et de la forte réduction de la concurrence des lieux de distribution devrait faire exploser les prix. Ou le marché noir. Dans un cas comme dans l'autre, l'accès aux produits pour les fumeurs voulant essayer le vapotage risque d'être fortement inhibé et compliqué. En obstruant une voie massive de sortie au tabagisme, l'Etat italien joue un sale coup à la santé publique. Un enjeu "passé sous silence de manière intolérable" déplore la Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF).

A l'opposé de ce tabassage de la vape, les taxes d'accise ultra-lights sur les cigarettes chauffées n'auront pas d'effet pour le porte-monnaie de leurs consommateurs. Les Big Tobacco se sont entendus pour fixer à 5€ le paquet de cigarettes à chauffer, prix similaire aux cigarettes combustibles en Italie. Cette stratégie commerciale d'un alignement des prix sur ceux des cigarettes est suivie partout par les Big Tobacco. En Suisse aussi où par exemple le paquet de cigarettes de l'Iqos est vendu 8 Fs, prix voisin des cigarettes. Alors que l'accise perçue par l'Etat fédéral est proportionnellement quatre fois moins importante que pour les cigarettes à brûler. Autrement dit, les firmes cigarettières accroissent considérablement leur marge bénéficiaire sur ces produits.

Planifier par Philip Morris depuis 2014

Une bonne affaire sur laquelle Philip Morris travaille de longue date. Un document lors du dernier leak des Philip Morris papers par Reuters confirme ce que l'on soupçonnait. Les décisions italiennes suivent les grandes lignes de la stratégie pensée en 2014 par les têtes stratégiques du cigarettier vaudois. Quatre points notamment peuvent être ressortis du document interne de 2014 "Reduced Risk Products Briefing" de Philip Morris mis en ligne par Reuters le 18 décembre dernier. Tout d'abord, Philip Morris rejette les produits de vapotage rechargeables, car ils ne permettent ni de rendre captifs les consommateurs, ni d'établir des marges bénéficiaires suffisamment importantes aux yeux de la firme vaudoise.

En second lieu, la multinationale veut protéger ses réseaux de vente, à l'image des buralistes italiens. "Les e-cigarettes devraient être vendues où les produits de tabac sont en vente", stipule le document en page 88. Concernant l'Iqos, nommé dans le document du code P1, le premier objectif de Philip Morris est de convaincre que "ce n'est pas une cigarette". Et ainsi obtenir des règles de taxation les plus favorables aux produits du "portfolio PMI", tel que le précise le document confidentiel interne sur "Les objectifs et la stratégie à 10 ans" du cigarettier, également mis en partage par Reuters.

"Règles requises obtenues en Italie"

Le slide 93 (p. 97) du "Briefing sur les produits à risques réduits" se réjouit explicitement du succès du cigarettier pour l'Iqos (alias P1): "Règles requises obtenues en Italie". La création de deux usines Iqos en Italie ont probablement motivé le Premier Ministre Matteo Renzi. Le 23 décembre 2014 était publié au journal officiel le décret de taxe du vapotage et des cigarettes chauffées. "Le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", commentait alors la Notizia. Ce décret introduit une équivalence entre 1 ml de liquide de vapotage pour 10 cigarettes. Comment les autorités italiennes ont aboutit à cette absurdité insondable reste une énigme de la raison. Depuis trois ans, les protestations, les recours juridiques et quelques initiatives politiques n'ont pas infléchi fondamentalement la donne.

Qu'en sera t-il dans les mois qui viennent ?

Suite à la publication de la nouvelle loi fiscale au journal officiel, l'étau se ressert sur la vape italienne. La vente à distance, y compris par internet, de liquides à vapoter avec ou sans nicotine à destination d'un résident en Italie est illégale depuis le 1er janvier. Une première liste de sites déclarés hors-la-loi, pour avoir proposé à la vente des liquides avec nicotine, a déjà été publiée par l'AAMS. Au-delà des sites commerciaux, cette interdiction implique qu'introduire des liquides à vapoter en Italie devient de la contrebande de produits de tabac. "À l'exception des arômes, toutes les autres substances utilisées dans les liquides de vapotage sont incluses: liquides mélangés avec ou sans nicotine, glycérine et glycol, à la fois purs et mélangés, à la fois neutres et aromatisés", explique Stefano Caliciuri du site spécialisé SigMagazine

L'invention du délit de trafic de VG

Ces produits servant dans de nombreuses autres utilisations - de l'eau dentaire au pain de mie, en passant par les machines à brouillard en boîtes de nuit, etc. -, la manière dont cela pourra être appliqué reste assez énigmatique. Au cas où les douanes saisiraient ces substances en contrebande, l'étrange équivalence stipulée par les autorités italiennes, selon ce ratio 1/10, serait sensée être prise en compte. En suivant cette équivalence italienne entre vape et tabac, Stefano Caliciuri estime que l'introduction de moins de 20 ml de liquide en Italie devrait rester libre. Au dessus de 20 ml, il s'agirait de contrebande et de manière aggravée lorsque le volume dépasserait un litre. La contrebande simple de produit du tabac est susceptible d'une amende de 5'000 à 50'000 € ainsi que les paiements de frais de douanes, qui peuvent s'avérer très salés. En cas de contrebande aggravée, l'infraction est passible de deux à cinq ans d'emprisonnement et d'une amende qui pourrait atteindre 10'000 € par litre selon l'évaluation de SigMagazine.

Recours à la justice et initiatives politiques pour 2018

On le comprend, vapoter en Italie va devenir un sacerdoce. A fortiori, tenter d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage va relever de l'activité de résistant. Ce n'est pas sans rappeler la situation Suisse. En Italie aussi, des recours en justice s'annoncent. "L'absence d'une révision à la baisse de la fiscalité et l'assujettissement au monopole du réseau de vente pourraient ouvrir une série de litiges et d'appels qui pourraient avoir des conséquences temporelles de quelques années", explique Stefano Caliciuri dans un autre article pour SigMagazine. "Les aspects qui peuvent actuellement faire l'objet d'un recours judiciaire sont nombreux: de la taxation de la glycérine aromatisée à l'autorisation de distribution par le Monopole ; de l'élimination des boutiques en ligne, aux évaluations fiscales dans une situation de négligence législative", précise le spécialiste italien.

En attendant, les décisions de justice, au rythme toujours lent, le monde du vapotage italien risque d'être sérieusement affecté sur toute sa chaîne, des producteurs jusqu'aux usagers, en passant par les boutiques. Des soutiens politiques à la réduction des méfaits à l'aide du vapotage annoncent vouloir encore tenter de faire évoluer le Gouvernement. "En janvier, je demanderai à rencontrer tous les opérateurs du secteur [de la vape] pour trouver une entente commune et une stratégie partagée. À ce moment-là, nous irons au Ministère des Finances (MEF) pour mettre une proposition sur la table. Nous devons le faire très rapidement", explique Sergio Boccadutri, député du Parti Démocratique dans un interview à SigMagazine. Mais l'élu préfère ne pas faire de promesse de résultats ni d'échéances. "Je ne fais jamais de prédictions, il faut tout d'abord se mettre d'accord sur une stratégie".


lundi 11 décembre 2017

Le Conseil fédéral estime que l'Iqos n'est pas un produit sans fumée

Fin septembre, la Conseillère nationale Ruth Humbel interpellait le Conseil Fédéral pour savoir "pourquoi les produits de tabac chauffé sans combustion ne sont-ils pas taxés pour ce qu'ils sont, à savoir des cigarettes?". La réponse apportée par Alain Berset, Conseiller Fédéral de l'intérieur, le 1er décembre à la députée démocrate-chrétienne justifie le niveau de taxe adoucie pour l'Iqos, la Glo et la Ploom, présentes sur le marché Suisse. "Les produits heat-not-burn, à l'instar du tabac à pipe, relèvent de la catégorie fiscale "autres tabacs manufacturés" et sont soumis à une imposition de 12% du prix de vente au détail. Cette taxation s'explique par le fait que les capsules et les sticks de tabac diffèrent grandement des cigarettes ordinaires dans leur fabrication et leur utilisation et que le tabac qu'ils contiennent est chauffé et non brûlé", explique le Conseil Fédéral.

La fumée de l'Iqos contient moins de substances nocives que celle des Marlboro

Pourtant, l'exécutif convient auparavant que les cigarettes chauffées peuvent ne pas dégager que de la vapeur. "Pour les produits complexes contenant du tabac, la différence entre la production de vapeur et celle de fumée n'est pas toujours claire car il s'agit la plupart du temps d'un mélange de vapeur et de fumée, en proportions variables", souligne les autorités se référant à l'étude menée par le Pr Reto Auer, de l'Université de Lausanne. Il s'avère que le produit Iqos "a) contient des substances nocives identiques à celles de la fumée de cigarette et b) présente de manière générale des quantités de substances nocives nettement inférieures à celles de la fumée de cigarette".

Philip Morris pas d'accord dans la NZZ

Dans la Neuer Zurcher Zeitung (NZZ), Philip Morris réagit à la déclaration du Conseil Fédéral:"Nous ne sommes pas d'accord avec la déclaration selon laquelle la vapeur d'IQOS ne peut pas être considérée comme totalement sans fumée". L'argument de Philip Morris est que son produit ne générerait pas de combustion. Pour le cigarettier, le fait que l'Iqos fonctionne si on le place dans un environnement sans oxygène prouve l'absence de combustion. Pourtant la fumée de cigarette est aussi composée en partie de pyrolyse, phénomène se déroulant sans oxygène, qui semble clairement à l’œuvre dans l'Iqos et sa chauffe à 350°C. 

Les dégagements de la Glo, qui chauffe à 250°C d'après British American Tobacco, et la Ploom, qui serait chauffée à une énigmatique température de 30°C selon Japan Tobacco, n'ont pas été étudiés par des recherches indépendantes à ma connaissance (mais des études sont en cours). Il est possible que ces produits chauffés ne produisent pas les même toxiques que les cigarettes et l'Iqos. Il est possible que le phénomène de pyrolyse soit évité par leurs températures sensiblement plus basses que l'Iqos. Une réflexion sensée pour établir une réglementation ne devrait pas se baser sur le cas d'un produit raté pour légiférer l'ensemble d'un domaine. En l'état des connaissances, l'Iqos échoue à être sans fumée, mais cela ne signifie pas que toute l'approche du tabac chauffé soit à bannir.

Amalgame du vapotage aux cigarettes chauffées

Sans surprise au vu de sa ligne éditoriale sur le sujet, la NZZ profite évidemment de l'occasion pour brouiller les pistes et amalgamer tabac chauffé et vapotage. Bien que la réponse du Conseil Fédéral distingue clairement les deux types de produits. Contrairement aux cigarettes chauffées, les produits de vapotage, qui fonctionnent par le chauffage d'un liquide sans tabac, ne dégagent ni monoxyde de carbone ni goudron. L'avant-projet de Loi sur les produits du tabac (LPTab) présenté vendredi dernier par le Conseil Fédéral amalgame tout de même aussi les deux produits, vapotage et cigarette chauffée, pour en interdire l'usage dans les lieux publics. Il est pourtant largement démontré que le «vapotage passif», au sens sanitaire, n'existe pas. Un fait qui a amené notamment les autorités anglaises et françaises à autoriser le vapotage dans certains lieux publics, notamment les bars et les magasins de vapotage, etc. 

Argent à l'odeur d'ammoniac

En coulisse de l'interpellation de Ruth Humbel, la puissante Association pour la prévention du Tabagisme (AT-Suisse) milite pour une taxation des produits de tabac chauffés à l'égal des cigarettes conventionnelles. Soit un peu plus de la moitié du prix de vente, dont une part (0,3%) revient au Fonds pour la Prévention du Tabagisme (FPT). Détail piquant, mais révélateur sur l'état du milieu anti-tabac Suisse, l'étude menée par le Pr Reto Auer, utilisée pour justifier cette taxation par AT-Suisse, n'avait reçu aucune aide financière de ce Fonds. Celui-ci, doté d'environ 14 millions de Fs en 2016, refuse par principe toute aide aux recherches dans le domaine de la réduction des méfaits.






lundi 27 novembre 2017

Ce mercredi, la vape italienne manifeste à Rome

"Fermons aujourd'hui pour rester ouverts demain". Mercredi prochain, les magasins spécialisés de vapotage italiens organisent un lock-out en parallèle d'un rassemblement nationale à Rome dès 8h30 sur la place Montecitorio. Des voyages en bus s'organisent pour rallier la place juste sous les fenêtres de la chambre parlementaire. Cette mobilisation fait suite à deux décisions qui mettent en danger de mort la vape indépendante dans la botte. L'amendement Vicari, intégré par la Commission du budget du Sénat au décret des finances qui doit être voté au parlement, prévoit de livrer les produits de vapotage au Monopole de distribution. Autrement dit, la vente de produits de vape se retrouverait le 31 mars prochain aux mains des buralistes et d'éventuels magasins agréés par les services de l'Administration des douanes et du monopole (AAMS). La seconde décision est l'avis de la Cour constitutionnelle validant la taxe punitive de 37 cts par ml de liquide de vapotage, nicotiné ou non. Avec la TVA, ce sont près de 5€ de taxes par fiole de 10 ml ajoutés au prix du produit.

Cette taxe, surnommée par la presse italienne "le cadeau de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris", a été implantée par décret le 23 décembre 2014. Un recours en justice conteste devant le Tribunal administratif du Lazio la validité de cette taxation punitive à l'encontre des vapoteurs. La toute récente décision de la Cour constitutionnelle intervient à présent pour valider la légalité de la taxe anti-vape. Le verdict du juge Paolo Grossi écarte les considérations scientifiques de réduction des méfaits sanitaires pour ne prendre en compte que les risques potentiels justifiant à ses yeux un traitement similaire aux produits de tabac. Une décision à la logique contestée par le professeur de droit Giancarlo Ferro. Cependant, la Cour du Lazio devrait donc rendre une décision finale sur le recours contre la taxation dans cette marge étroite délimitée par la Cour constitutionnelle.

Etat, monopole et lobbys

Les deux décisions, tombées à 24 heures d'intervalle les 14 et 15 de ce mois, ne sont pas sans lien. La Sénatrice Simona Vicari, de l'Alliance Populaire, justifie la monopolisation du vapotage par le manque à gagner fiscal ces dernières années. Alors que l'Etat espérait récolter au moins 115 € millions par an avec cette taxe sur le vapotage, seuls 4 € millions sont finalement revenus dans ses caisses. Baisse des ventes, achats à l'étranger, vente de liquides sans nicotine sans appliquer la taxe punitive et autres combinazione ont contourné la dîme pour offrir des produits de vapotage à prix décents. La très faible part de vente de produits de vapotage des cigarettiers en Italie, comme dans la plupart des pays européens, ne couvrant pas les attentes de l'Etat.

Au lieu de réviser cette mesure incohérente du point de vue sanitaire, social et économique, l'amendement Vicari choisit la fuite en avant en livrant le vapotage au réseau tabagique. Plus de 30'000 personnes travaillent dans le secteur du vapotage indépendant en Italie. Depuis l'annonce de l'amendement, les milieux de la vape italienne, jusque-là plutôt éparpillés par leurs micro intérêts, semblent réussir à se rassembler. Une pétition en ligne a récolté plus de 80'000 signatures. Cette journée de mobilisation apparaît comme un point de ralliement pour accélérer l'écoute des milieux politiques.

Un "silence intolérable"

Plusieurs voix, de diverses couleurs de l'échiquier, se sont déjà fait entendre ces derniers jours pour critiquer l'amendement Vicari. Marcello Gualdani, membre du même parti et de la même Commission que Simona Vicari, a fait signifier son opposition à l'amendement dans le procès-verbal de la séance l'adoptant. Dans la presse, Stefano De Luca, président du Parti Libéral, a vertement critiqué ce projet de monopole "anachronique" et "clientéliste". La Lega a aussi profité de l'occasion pour se démarquer de la mesure. [add/] SigMagazine fait le point ce matin sur les propositions des différents Partis au Sénat pour abroger ou modifier l'amendement Vicari lors de la session consacrée au décret du budget. [/] Mais la dimension sociale et sanitaire de la question reste peu thématisée. La Ligue Italienne Anti-Fumée (LIAF) le déplore: "Le silence sur l'enjeu principal de cette affaire, la santé, est intolérable".

"Au-delà du débat économique, politique et des médias, il est nécessaire de considérer en priorité la question sanitaire:  le rôle d'un Etat prudent et responsable doit être de protéger le citoyen (fumeur ou non) contre les risques liés à l' usage du tabac", explique l'association anti-fumée. Pour la LIAF, garantir un accès facile à l'outil de réduction des méfaits du vapotage est donc primordiale. "Refuser cette opportunité d'un outil bénéfique pour les fumeurs qui l'adoptent en augmentant la fiscalité revient à nier le droit à la santé à des milliers de fumeurs", appuie le Pr Riccardo Polosa, de l'Université de Catania. Malheureusement, cette dimension sociale se trouve amputée de représentation organisée d'utilisateurs.

L'absence d'association d'usagers

Grands absents du débat, les usagers italiens n'ont plus d'association représentative depuis la mise en sommeil de Vapit. Sans relais pour se faire connaitre, Vapit n'a pas réussi à prendre une dimension suffisante pour motiver ses membres actifs à poursuivre l'aventure. Par nombrilisme, notamment du réseau professionnel, le milieu italien de la vape s'est privé d'un soutien précieux qui aurait pu, non seulement avoir fonction d'arbitrage et de régulation naturelle en son sein, mais surtout porter un point de vue social légitime sur l'usage du vapotage. 


Avec cette absence de représentation des usagers, Simona Vicari a beau jeu aujourd'hui de réduire la vape italienne à un milieu corporatiste visant à poursuivre "une escroquerie" à la taxation. Même si personne n'est dupe du discours de l'ex-Sous-secrétaire d'Etat, démissionnée au printemps dernier après sa mise en examen pour une affaire de corruption présumée. Simona Vicari soutient de longue date les intérêts de Philip Morris, notamment contre le projet de paquet neutre. "Les réformes du gouvernement Renzi visent précisément cet objectif. Qu'une grande entreprise comme Philip Morris décide, comme ici à Crespellano, de créer 300 emplois", déclare t-elle à la presse en juillet 2015, alors qu'elle est sous-secrétaire au développement économique. L'usine, inaugurée par le Premier ministre Matteo Renzi en septembre 2016, ne compte finalement que 200 employés. 


M&M's ajoute son grain de sel

Vyrtenis Andriukaitis, Commissaire européen à la santé, lui aussi a bien saisi la manœuvre du cigarettier vaudois en Italie. Dans son interview de vendredi au site Euractiv, plutôt creux par ailleurs, consacré au projet de système de traçage des paquets de cigarettes de l'Union Européenne, le Commissaire place un couplet sur le vapotage. "Je vois des possibilités d'encourager nos agents à se pencher sur les cigarettes électroniques, et comment aller dans le sens d'une réglementation plus forte [...] pour interdire la publicité et les ventes en ligne", sort à brûle pour point Vyrtenis Andriukaitis. Le sous-texte n'est pas difficile à décrypter: généraliser à toute l'Union Européenne, le projet italien contre le vapotage indépendant. L'appel du pied propose aux Big Tobacco d'accepter le système de tracking pour pouvoir l'utiliser en vue de mettre la main sur le marché de la vape. Le Commissaire M&M's, comme les initiales de Monsanto et Marlboro, a déjà fait déposer à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) la date d'implantation du tracking de la vape pour 2024.

Question de survie

On le voit, les enjeux de la bataille italienne dépassent ses frontières. A ce titre, l'échéance de la manifestation de mercredi revêt une importance particulière pour la vape européenne, mais aussi pour l'importance du libre choix dans la conception de l'approche de réduction des risques. Mais sans organisation d'usagers constituée localement pour signifier sa volonté de ne pas avoir une vape soviétique à modèle unique de PMI. Un monde sans fumée ne peut pas être un monde sans diversité et vape indépendante.

Cette lacune d'une organisation d'usagers est non seulement préjudiciable politiquement, mais également peu saine pour le mouvement. L'alliage particulier de l'usage, du soucis sanitaire et des considérations sociales de ce mode de consommation de nicotine à méfaits réduits et à plaisir exacerbé est partie constituante de la "vape wave". Des vapoteurs italiens entrevoient dans cette nouvelle péripétie de l'amendement Vicari l'occasion d'une renaissance d'un mouvement enlisé dans de stériles querelles intestines ces dernières années dans la péninsule. On leur souhaite de parer au danger immédiat. Mais à terme, la vape italienne profiterait probablement de se donner les moyens de créer les conditions propices à l'émergence d'une organisation d'usagers pour gagner en maturité et en légitimité.

vendredi 17 novembre 2017

Traités d'escrocs, les vapoteurs italiens se mobilisent contre la mise à mort de la vape indépendante

Près de 55'000 signatures en quelques heures. Lancée cet après-midi, la pétition contre l'amendement Vicari cartonne. En jeu, la survie des magasins de vapotage spécialisés, et au-delà celle de la vape indépendante en Italie. L'amendement de la sénatrice Simona Vicari prévoit d'interdire la vente des produits de vapotage hors du réseau régit par l'Administration des Douanes et du Monopole (AAMS). Les sites de vente en ligne seraient interdits et les magasins spécialisés triés sur le volet par l'administration selon des critères à définir par l'AAMS d'ici le 31 mars 2018. En clair, le vapotage se retrouverait aux mains des buralistes. Avec les conséquences prévisibles sur la variété, la qualité et l'indépendance des produits qui y seront proposés.

Pour les ex-fumeurs et ceux en sevrage, ce sera l'incroyable obligation de devoir être face à des paquets de cigarettes pour s'acheter des liquides à vapoter. Une situation de dissonance cognitive volontairement provoquée qui touche à la perversité. Devant le Sénat, Simona Vicari a justifié son amendement parce que la situation actuelle des ventes des produits de vapotage "est une véritable escroquerie" aux intérêts des italiens.

Mise sous examen dans une présumée affaire de corruption, l'ex-sous-secrétaire d'Etat avait du démissionner de son poste en mai dernier. Simona Vicari avait reçu des cadeaux, dont une Rolex, de l'armateur palermitain Morace alors qu'elle a fait passé un amendement sur la TVA très favorable à ce secteur d'activité.

Plusieurs voix, partagées par le site SigMagazine, se sont fait élevées ces derniers jours contre cette mise à mort de la vape indépendante. Stefano Di Luca, Président du Parti Libéral, déplore le "clientélisme" de l'amendement Vicari. Marcello Gualdani, sénateur dans la cinquième Commission, a fait valoir son opposition sur le procès-verbal de la séance ayant validé le texte. Francesco Pasquali, secrétaire régional (Lazio) du Parti Libéral, craint pour les "centaines de petites et micro entreprises" de vape dans sa région. "Une fois encore, le législateur préfère la facilité à coups de taxes pour engraisser encore plus le parasite du Monopole", regrette t-il.

En dehors des paroles d'élus, c'est "tout un secteur qui hurle sa douleur", explique Stefano Caliciuri sur SigMagazine. Des centaines de témoignages, de messages de détresse et de questions angoissées parviennent au site spécialisé. Au point où celui-ci a ouvert ses colonnes aux paroles des victimes de l'amendement Vicari. "Nous sommes des personnes, pas des numéros" collectionnent les histoires d'artisans, de commerçants, d'employés et de simples vapoteurs. Un vaste appel à la raison de la part du monde de la vape italienne aux dirigeants. Entendront-ils ?

mercredi 15 novembre 2017

Italie: la taxe anti-vapoteur confirmée par la Cour Constitutionnelle

Les journalistes italiens l'ont surnommé le "cadeaux de Noël de Matteo Renzi à Philip Morris". Ce cadeau, c'est la méga taxe anti-vape que le Premier Ministre italien a fait passé dans un décret le 23 décembre 2014. "Le gouvernement s'agenouille devant le lobby du tabac. Voici le cadeau en faveur des nouvelles cigarettes Iqos de Philip Morris", expliquait alors le journal la Notizia. Depuis le Tribunal administratif de la région romaine (TAR - Lazio) avait contesté la légitimité de ces mesures contre le vapotage, rappelle le site SigMagazine. La Cour constitutionnelle a tranché ce matin en faveur de la mesure pro-tabac du Gouvernement de Matteo Renzi. "Si vous pouvez vous acheter de la vape, alors vous pouvez payer des taxes", résume de manière lapidaire il Sole 24 Ore

Le juge Paolo Grossi, dans son arrêt 240, estime justifiée et proportionnée la taxe anti-vape y compris pour les liquides sans nicotine. "En conclusion, le fait même de pouvoir s'offrir un produit de vapotage est déjà l'expression de la capacité contributive de l'acheteur", explique le journal il Sole 24 ore. En outre, les juges concluent que "le but secondaire de protéger la santé, qui justifie en soi la taxation des produits avec nicotine, rend aussi légitime l'effet dissuasif par principe de précaution concernant des produits [sans nicotine] susceptibles d'amener au tabagisme".

Ce verdict de la Cour constitutionelle est un nouveau coup dur après le coup de poignard d'hier du Sénat. L'amendement Vicari livre les produits de vapotage nicotinés aux mains du Monopole des buralistes, si le décret des finances auquel il est intégré est accepté par le parlement. "Simple coïncidence ou volonté délibérée, les deux mesures qui bousculent le secteur du vapotage sont arrivées à 24 heures d'intervalle", souligne Stefano Caliciuri de SigMagazine. Une sacré aubaine pour les cigarettiers. 

mardi 14 novembre 2017

Victoire de Big Tobacco en Italie: le Sénat prêt à placer la vente de vape nicotinée sous le Monopole d'Etat

L'amendement Vicari visant à soumettre au seul monopole de distribution de l'Etat les produits de vapotage nicotinés en Italie a été approuvé ce matin par la cinquième Commission du Sénat. Il est intégré au décret fiscal. "Un coup sans précédent. Le vapotage passe sous le contrôle du Monopolio", s'exclame Stefano Caliciuri sur le site spécialisé SigMagazine. Le "monopolio", c'est le monopole de distribution déjà en place pour le tabac dans la péninsule. Seuls les officines de tabac et d'éventuels revendeurs agréés pourront vendre des liquides avec nicotine. Son entrée en vigueur va signifier l'interdiction des magasins de vape en ligne, explique il Giornale, et le blocage (du moins formel) de l'accès aux sites de ventes étrangers pour les résidents en Italie. "Si le Sénat devait approuver définitivement le texte législatif [le décret fiscal global], il passerait dans les prochaines semaines à la Chambre des représentants", précise SigMagazine.

Le texte donne jusqu'au 31 mars 2018 à l'Agence des Douanes et du Monopole (AAMS) pour établir les règles et exigences demandées pour obtenir ou renouveler une licence de vente. "Pendant la période de transition jusqu'à l'application du décret, les magasins existants pourront continuer à exercer", précise SigMagazine. Les défenseurs de l'amendement ont promis 9,5 millions d'Euros de rentrées pour les finances publiques. Ces derniers jours, les associations de la vape indépendante italiennes ont tenté de déjouer l'opération Vicari. L'ANAFE, des producteurs indépendants, et UniEcig, pour les commerçants spécialisés, se sont mobilisées sans succès pour contrer le lobbying des intérêts des cigarettiers et des buralistes. Le site AgiVape se montre assez dur sur l'incapacité du monde du vapotage italien à avoir évité cette "catastrophe".

Déjà sous enquête pour corruption

A l'origine de cet amendement en forme de coup de poignard contre le vapotage, la Sénatrice Simona Vicari, membre de l'Alliance Populaire (Ap), et soutien du premier-Ministre Matteo Renzi, est bien connue pour défendre les intérêts de la grande industrie cigarettière. En 2015, alors sous-secrétaire à l'économie, elle avait rejeté le projet de paquet neutre pour les cigarettes au nom de "la protection de la propriété intellectuelle". Devenue sous-secrétaire à l'infrastructure, Simona Vicari a été contrainte à la démission en mai dernier suite à sa mise sous enquête pour une présumée corruption lié à un amendement sur la TVA qu'elle avait fait passé.

Calantzopoulos, le petit au centre est le CEO de Philip Morris,
le grand à droite c'est Matteo Renzi, le 1er Ministre italien
Le vapotage en Italie est un secteur dynamique, "capable de déséquilibrer en quelques décennies la suprématie du tabac brûlé", estime Stefano Caliciuri. Cette capacité à bousculer les intérêts des cigarettiers est peut-être la raison de cette nouvelle attaque. L'Italie sert déjà, avec le Japon et la Suisse, de laboratoire pour le lancement de la cigarette Iqos de Philip Morris depuis 2015. Les autorités suisses et nippones ont interdits la vente de liquides nicotinés pour laisser le marché au produit de Philip Morris. En Italie, André Calantzopoulos, le CEO de Philip Morris, avait déjà obtenu de Matteo Renzi une super taxe anti-vape en échange de l'ouverture de deux usines de cigarettes Iqos à Zola Predosa et dans la région de Bologne. Ce n'était pas suffisant semble t-il...

edit 18-11-2017 : Simona Vicari est membre du parti Alliance Populaire (Ap) 

lundi 13 novembre 2017

Un Award pour l'étude sur l'Iqos que le Fonds de Prévention du Tabagisme a refusé de financer

Le Dr Reto Auer et son équipe du CHUV de Lausanne ont reçu cet après-midi le Swiss Aerosol Award. Le prix, doté de 5'000 Fs, récompense chaque année la meilleure publication Suisse dans ce champ de recherches. L'étude, publiée dans la revue JAMA Internal Medicine, concerne les rejets de la cigarette Iqos de Philip Morris. Comme nous l'avions présenté à l'époque, son analyse montre la présence de composés toxiques spécifiques au phénomène de pyrolyse également présents dans les cigarettes conventionnelles. Monoxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et composés organiques volatiles (COV) imposent aux yeux des chercheurs de qualifier de "fumée" les rejets de l'Iqos et non de vapeur comme avec le vapotage. Philip Morris a contesté l'étude et demandé son retrait, tout en reconnaissant la présence de "processus pyrolytiques" dans leur produit.


L'équipe de chercheurs avait été contraint au silence suite aux pressions du cigarettier lausannois. Le Fonds de Prévention du Tabagisme (FPT), doté de 13,8 millions de Fs annuel en 2016 grâce aux taxes sur les ventes de tabac, avait par avant refusé de financer cette recherche qui a indisposé le cigarettier vaudois. L'équipe de Reto Auer a donc travaillé bénévolement pour mener l'étude. Depuis, en s'appuyant sur ces résultats, Humbel Ruth, conseillère nationale PDC, a déposé une interpellation au parlement pour demander "Pourquoi les produits du tabac à chauffer sans combustion ne sont-ils pas taxés pour ce qu’ils sont, à savoir des cigarettes?". Le Conseiller fédéral Alain Berset, en charge du dossier, n'a pas encore répondu. L'Association pour la prévention du Tabagisme Suisse (AT-Suisse) soutient cette demande. Bien que l'organisation se soit opposé jusque-là systématiquement à toute initiative en faveur de la réduction des méfaits et des recherches sur la question. 

De leur côté, les fumeurs trouvent en Suisse à chaque coin de rue des cigarettes mais n'ont toujours pas facilement accès aux liquides nicotinés à vapoter pour arrêter de fumer. Ni information fiable ni soutien en ce sens des autorités et organismes financés pour réduire le tabagisme, à l'exception notable de Stop-Tabac.ch et de l'association indépendante et non subventionnée d'usagers Helvetic Vape. Une politique qui, depuis 2011, a maintenu le tabagisme à au moins 25%, et plus probablement 30%, de la population. 





jeudi 7 septembre 2017

La Ploom est-elle un produit vendu illégalement en Suisse ?

Pourquoi le produit Ploom de Japan Tobacco est-il autorisé à la vente en Suisse depuis quelques semaines? La question se pose dans le contexte de prohibition des produits de vapotage nicotinés par les autorités fédérales. En l’occurrence, l'interrogation est soulevée par Ric Daniel de la société Zodiak de Kloten. "Comment la Ploom est-elle classée?", demande le vendeur de produits de vapotage dans un courrier adressé au Service de la consommation de Genève que nous avons pu lire -[ Edit 10.09.2017: la lettre a été mise en accès public ]-. Sur son site, Japan Tobacco présente son produit  comme "une nouvelle façon vraiment simple de vapoter du tabac". A quelle catégorie le produit "hybride" est-il soumis? Soit la Ploom est un produit de vapotage, considéré comme produit usuel par les services d'Alain Berset et donc interdit s'il contient de la nicotine. Soit la Ploom est une cigarette de tabac, autorisée sans problème avec ses dangers de santé inhérents et bien connus des autorités.

Nicotinée?

Tel un enquêteur, le vapoteur suisse-allemand a cherché à savoir si le produit de Japan Tobacco contient ou non de la nicotine. "Le liquide exempt de nicotine dans la cartouche crée de la vapeur", lit-on avec lui sur le site ploom.ch. La Ploom ne contient-elle donc pas de nicotine? Pas si sûr, même si l'information explicite est difficile à trouver, y compris sur l'emballage du produit. Les capsules contiennent en effet du "tabac de première qualité finement moulu", selon les mots du cigarettier. A moins qu'il ne soit dénicotiné, ce qui n'est pas indiqué, celui-ci en contient probablement. L'avertissement de santé réglementaire imprimé sur le packaging parait impliquer que le produit vendu est nicotiné.


Si les analyses confirmaient que ses capsules de tabac moulu contiennent de la nicotine, la Ploom ne devrait pas être autorisée a la vente en tant que produit de vapotage. Mais alors, peut-elle avoir le statut de produit de tabac? Pour cela, elle doit souscrire aux conditions de l'ordonnance les régissant (OTab). Or, l'article 5 de celle-ci spécifie les produits interdits. "Sont considérés comme tels [interdits] les produits présentés sous forme de poudre, de particules fines ou toute combinaison de ces formes (...) exceptés les produits destinés à être fumé ou mâché", énonce l'OTab. La Ploom s'annonce être destinée, ni à fumer ni à mâcher, mais à "vapoter". Son tabac finement moulu non destiné à être fumé semble donc tomber sous l'interdiction.

Mortelle protection des cigarettes

L'Office fédéral de la santé publique interprète la loi sur les denrées alimentaires et les produits usuels et son ordonnance (ODAIOUs) comme une base légale pour interdire la vente en Suisse de produits de vapotage avec nicotine. Ce point de vue des autorités considére la vape comme un produit usuel entrant en contact avec les muqueuses et ne devant pas contenir de substances ayant effet pharmacologique (telles que la nicotine ou la caféine). A moins que les autorités fédérales ne fassent exception pour le cigarettier, au  siège à Genève depuis fin 2015, la Ploom semble devoir être interdite. Ceci  au moins jusqu'à la décision du Tribunal administratif fédéral (TAF) sur les deux recours contre la décision de prohiber le vapotage nicotiné pendants depuis novembre 2015.

Ric Daniel, en tant que vendeur de produit de vape, semble victime de concurrence déloyale dans la situation. "Je me sens concerné directement. En bref, j'ai l'impression de vivre dans une république bananière", s'agace le commerçant. Il s'interroge aussi sur la légalité du marketing santé développé par le cigarettier japonais. Le Service de la consommation genevois répondra t-il à ces questions?

La souplesse d'interprétation administrative

Avant lui, l'association des usagers Helvetic Vape avait déjà soulevé un lièvre similaire sur le deux poids, deux mesures des autorités subit par la vape en regard de l'industrie cigarettière. Pourtant, par principe de cohérence et égalité de traitement, l'interprétation des autorités de l'article de loi (ODAIOUs art. 37 §3) pour justifier l'interdiction du vapotage avec nicotine devrait aussi s'appliquer à des produits contenant nicotine ou caféine. Tels que cigarettes, à chauffer ou brûler, canettes de soda caféiné, etc... 

"Après l'élaboration hâtive de l'ODAIOUs, les produits du tabac sont soumis à l'article 37 de l'ordonnance. Le manque de réflexion de l'administration et son empressement à faire plaisir à l'industrie pharmaceutique conduit donc à rendre illégaux l'ensemble des produits du tabac. Mais personne, pas même la lutte anti-tabac, n'utilisera cet article pour faire interdire la vente des produits du tabac", expliquait un texte rétrospectif de l'association d'usagers en décembre dernier. Aucune réaction n'avait alors suivi de la part des autorités.