Licence Creative Commons: Attribution (BY) + Non Modification des partages (ND)
Affichage des articles dont le libellé est lutte anti-tabagisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est lutte anti-tabagisme. Afficher tous les articles

jeudi 21 juin 2018

L'Islande se dote de la première législation spécifique aux produits de vapotage au monde

Comme une évidence de bon sens. L'Islande est le premier pays au monde à se doter d'une législation spécifique aux produits de vapotage. Passée la semaine dernière au parlement après une rude bataille avec les lobbys anti- réduction des risques, la loi sur le vapotage entrera en vigueur le 1er février 2019. "La nouvelle réglementation est «aussi bonne que possible», ou plutôt, pas aussi mauvaise que le projet ne l'était au début", commente le Dr Karl Snæbjornsson, auditionné au cours des débats au parlement à propos de l'impact du vapotage sur le tabagisme. En l'absence de réglementation sur le vapotage,  l'Islande vit depuis 2014 une chute phénoménale de près de 40% du nombre de fumeurs en même temps que l'essor du vapotage. Des 35'000 fumeurs (14% de la population adulte) en 2014, l'île n'en compte plus que 22'000 (9%) en 2017. 20'000 personnes (8,2%) sont vapoteurs dont la moitié déclarent avoir arrêté de fumer, tandis que 10'000 autres fument encore. 

Le tabagisme en chute libre sous l'impact de la vape

Le tabagisme adolescent aussi régresse, avec moins de 2% de fumeurs, tandis que le vapotage a augmenté. Les détails sur leur usage ou non de nicotine et la fréquence d'utilisation (expérimentation, occasionnelle, régulière) ne semblent pas disponibles. Les résultats préliminaires d'une étude de l'institut Gallup, au début de cette année, montre que le vapotage a supplanté le tabagisme chez les jeunes adultes. Les 18 à 34 ans sont deux fois plus nombreux a utiliser le vapotage que la cigarette. Dans sa présentation au Global Forum on Nicotine (GFN) à Varsovie, le Dr Karl Snæbjornsson souligne que la plus grande part a quitté le tabagisme avec le vapotage puis arrêté de vapoter. Tandis que les double-usagers, à la fois de vape et de cigarettes, régressent en nombre.

Une loi spécifique aux produits de vapotage

Ces faits, ainsi que l'évidence de la différence entre vapotage et tabac, ont poussé les députés à adopter une législation propre au vapotage hors de la réglementation des produits du tabac. Un choix de bon sens aussi pour pouvoir la corriger, dans un sens ou l'autre, selon l'évolution de la situation. Point progressiste par rapport à la législation européenne, aucune  limite n'a été fixée sur la contenance des fioles de liquide et des atomiseurs. La publicité, à condition de ne pas être attirante pour les enfants, est autorisée. Le même garde-fou est imposé sur le packaging des liquides, dont les fioles doivent par ailleurs avoir des bouchons de sécurité. La loi interdit la vente aux mineurs. Des standards de qualité et de sécurité seront implantés pour les produits. 

A part la nicotine, les substances stimulantes, telles que la taurine, la caféine ou des vitamines, sont interdites comme additifs aux liquides. La nicotine elle même est limitée à une concentration de 2% (20 mg/mL) comme dans l'Union Européenne. C'est, à première vue, le point le plus négatif de la loi en regard des fumeurs nécessitant des dosages plus élevés pour sortir du tabagisme et pour une part de vapoteurs au long cours qui pourraient réduire leur consommation de liquide avec des concentrations plus fortes.  Concernant les lieux publics, l'Islande laisse le libre-choix aux propriétaires des lieux d'autoriser ou non le vapotage. Par contre, il sera interdit de vaper dans les bâtiments publics, les lieux destinés à l’accueil d'enfants, les hôpitaux et les transports en commun. 

120'000 années de vie gagnées depuis 2014

Enfin, une taxe de 0,9% du prix de vente sera prélevée et reversée au fond de prévention du tabagisme. Un prélèvement qui a sa part d'ironie cynique alors que le vapotage a réussi en trois ans à impulser une accélération de la chute du tabagisme. Depuis 2008, les ventes de cigarettes ont été divisées par moitié en Islande, tandis que celles du Snus, le tabac oral suédois à faible teneur en nitrosamines, ont considérablement augmenté mais régressent depuis 2016 (peut-être par la concurrence du vapotage?). Le Dr Karl Snæbjornsson évalue que la chute du tabagisme sous l'impact du vapotage depuis 2014 a déjà fait gagner 120'000 années de vie à la population. 

Global Forum on Nicotine 2018 Iceland



lundi 18 juin 2018

[Bref] Sondage: 68% des australiens pour la légalisation du vapotage nicotiné

Depuis 2013, la part de fumeurs stagne à plus de 15% des adultes en Australie. Malgré la mise en oeuvre de hausses de prix impressionnantes, du paquet neutre et d'une politique de stigmatisation violente contre les fumeurs. C'est dans ce contexte que l'organisation des vendeurs au détail, l'Australian Retailers Association (ARA), a commandé un sondage au cabinet Crosby Textor (CT group) pour évaluer l'intérêt des aussies pour le vapotage, dont ils sont privés par une mesure de prohibition jusqu'ici. 68% se prononcent pour la légalisation du vapotage nicotiné. Une majorité (53%) apprennent avec surprise cette interdiction dont ils n'avaient pas conscience. 

"Près des deux tiers des citoyens sont d'avis que le gouvernement australien devrait réglementer et rendre disponibles des alternatives moins nocives aux cigarettes 'de manière à complètement éliminer la cigarette fumée dans ce pays' ", explique le communiqué de presse présentant les résultats de ce sondage sur un échantillon représentatif de 1'200 australiens adultes. Sur fond de panne de la politique sur le tabagisme en Australie, 93% des sondés expriment l'importance de la question de l'état du système de santé publique et 61% leur inquiétude du poids que le tabagisme fait porter sur celui-ci. 

En Australie : vapotage prohibé, cigarettes légales

Dans les faits, la prohibition du vapotage nicotiné n'offre pas un accès simple à l'échappatoire le plus évident aux fumeurs australiens. Une partie de ceux-ci contourne la prohibition pour passer au vapotage malgré la répression contre le mode de consommation à risques minimes. "De plus en plus d'australiens achètent des vaporettes avec de la nicotine en ligne à l'étranger, simplement parce qu'ils ne peuvent pas les acheter localement", explique Russell Zimmerman, directeur de l'ARA, avant de regretter que "l'absence de régulation ne fait qu'accroître les risques pour les consommateurs".

Pour aller plus loin sur la situation australienne : 


vendredi 1 juin 2018

Journée Mondiale Sans Tabac en Suisse: la Ligue pulmonaire déplore, les boutiques de vape agissent [MàJ]

Deux attitudes très contrastées durant la Journée mondiale sans tabac hier en Suisse romande. D'un côté, Virginie Bréhier, de la Ligue pulmonaire vaudoise dans les studio de la radio LFM, exprime sa déception du peu de mesures "structurelles, comme la possibilité de le consommer, le prix, les mesures autour de la publicité et à quel âge on peut s'en procurer" pour lutter contre le tabagisme en Suisse. De l'autre, serpentant en tricycles dans les rues genevoises et fribourgeoises ou postés sur des places populaires de Lausanne, Vevey et Yverdon, des employés d'une boutique romande historique proposent aux fumeurs d'essayer la vape. La fin de neuf ans de prohibition de vente des liquides nicotinés offre un souffle nouveau au vapotage pour s'attaquer au tabagisme. "J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique" est le nom de cette opération de street marketing où se propose un kit pour débuter. 

Aide concrète dans la rue

Essai du matériel autour d'un guéridon et discussion en petit groupe sur le vapotage naissent le temps de cette journée qui se voudrait sans tabac. Une action pour aller chercher les fumeurs dans la rue qui deviendrait impossible si le vapotage était assimilé au tabagisme et l'interdiction totale de publicité des produits du tabac entérinée comme l'espère la porte-parole de la ligue pulmonaire en plateau radio. A ses côtés, Isabelle Jacot-Sadowski, tabacologue de la policlinique de Lausanne, non plus ne dit mot sur la possibilité d'arrêter de fumer à l'aide de la vape. Nous avons pourtant déjà eu l'occasion d'échanger sur le sujet. Bien qu'il soit déjà le moyen le plus utilisé par les fumeurs suisses pour s'en sortir, le sujet du vapotage est resté tabou en l'absence d'usager au micro de Morax sur LFM. Mais au même moment, l'aide concrète pour donner une opportunité de sortir du tabagisme aux fumeurs se déroulait dans les rues.

Add 17h20: La page Facebook de J'arrête de fumer avec la cigarette-électronique, où l'on trouve aussi d'autres photos, annonce quelques chiffres: "Hier, ce sont 2'400 contacts qui sont venus tester et essayer la vape lors de la journée mondiale sans tabac avec notre opération de Street Marketing. (...) 12 promoteurs pour 64 heures de présence dans 9 villes. Pour nous, c'est un succès complet !!! Bravo à chaque passant qui s'est arrêté quelques minutes auprès de nos promoteurs vapoteurs".


lundi 12 mars 2018

[Bref] Australie : hausse des ventes légales de tabac en 2017

Hausse de 2,6% des ventes de tabac en 2017 selon les données corrigées
Les ventes légales de cigarettes et de tabac n'ont cessé d'augmenter au cours des quatre trimestres de l'année 2017. De décembre 2016 à décembre 2017, la hausse est de 2,6% selon les données corrigées pour tenir compte des hausses de prix (voir explication) du Bureau Australien de Statistiques (ABS) [tableau 8]. "C'est un renversement inquiétant d'une tendance à long terme", commente le Pr Colin Mendelsohn, spécialiste en santé publique de l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian (reproduit sur le blog du Pr Mendelsohn). Près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) de cigarettes et tabac ont été vendus légalement au cours de l'année écoulée en Australie. Le dernier trimestre frôle les 4 milliards de dollars. "Le mois de décembre a connu la plus forte hausse annuelle de ventes de cigarettes et de tabac des variations saisonnières depuis 2004", souligne Adam Creighton de l'Australian. 

Ces données ne concernent que les ventes légales, alors que la police des douanes australienne (ABF) estime à 15% la part de tabac illicite vendu sur l'île. Devant la Commission parlementaire sur le sujet, Rohan Pike, fondateur et ex-membre de la brigade spéciale tabac des douanes, évalue la part du marché noir à 30% du tabac consommé en Australie. La hausse des ventes légales en 2017 pourraient être liée à l'intensification de la lutte contre le trafic de tabac, en partie aux mains des réseaux mafieux. Mais les statistiques 2016 sur la part de fumeurs, ainsi que des relevés des métabolites de nicotine (cotinine) des eaux usées, laissaient déjà présager d'une reprise du tabagisme australien. 

Legalize nicotine for vaping"Nous devons accepter que nos méthodes punitives, taxes et contraintes contre les fumeurs, ne marchent plus. Nous avons besoin d'autres stratégies", estime le Pr Colin Mendelsohn. Alors que l'Australie détient le record mondial du prix du paquet de cigarettes le plus élevé et a imposé le paquet neutre en 2012, son tabagisme stagne depuis 2013. Malgré la panne de leur modèle 'pro-abstinence only', les autorités persistent dans le refus de toute politique de réduction des risques. "Le vapotage à la nicotine est interdit en Australie malgré les preuves accablantes de son succès à l'étranger. Les gens peuvent acheter des cigarettes mortelles à chaque coin de rue, mais ils sont interdits d'acheter légalement une alternative beaucoup plus sûre pour les aider à cesser de fumer", déplore le professeur Mendelsohn.


_________
Ce billet est un suivi du dossier sur la panne du modèle anti-tabac australien
et d'autres articles sur l'Australie


mercredi 17 janvier 2018

Etude américaine: La lutte anti-tabac a t-elle déniché son point S avec la vape ?

Le "sweet spot", cette zone optimale de confort, s'offre à la lutte anti-tabac. A condition que celle-ci s'ouvre à la minimisation des méfaits. Selon la thèse de six pointures américaines de santé publique, publiée en accès libre sur le site de l'Annual Review of Public Health, le vapotage constitue ce 'point S' entre la minimisation des méfaits, l'attraction du public concerné et la satisfaction, qui comprend sa part de risque dépendogène. "Les substituts nicotiniques (NRT) ne sont pas utilisés par grand monde. Ni attrayants ni satisfaisants, ils sont peu susceptibles de remplacer les cigarettes au niveau de la population. Minimiser les méfaits tout en ayant un impact net sur la santé de la population exige que les produits concurrencent efficacement le tabagisme pour le remplacer. Ainsi, le sweet spot, où se trouvent les produits alternatifs de délivrance de nicotine (ANDS), est constitué par une attraction et une satisfaction élevées mais de faible toxicité", expliquent les Prs David Abrams, Allison Glasser, Jennifer Pearson, Andrea Villanti, Lauren Collins et Raymond Niaura. La 'special guest star' au centre de ce sweet spot est, évidemment, la vape.

L'exigence de perfection absolue est contre-productive

L'opportunité de "briser 120 ans de prédominance de la cigarette" peut sauver des millions de vies selon les auteurs provenant de quatre universités américaines. Pour les seuls Etats-Unis, 6,6 millions de décès prématurés peuvent être évités et 86,7 millions d'années de vie gagnés grâce au vapotage dans les dix ans à venir selon une étude publiée en octobre dernier dans la revue Tobacco Control"La voie la plus sûre est d'arrêter de fumer ou, mieux, de ne jamais commencer. Mais une approche de minimisation des méfaits reconnaît que l’exigence de perfection absolue est souvent contre-productive. Lorsqu'un comportement nuisible ne peut être éliminé, nous pouvons tout de même réduire considérablement les conséquences néfastes pour la santé", pointent les experts de santé publique. 

L'argument de principe est simple: les méfaits sanitaires du tabagisme résident de façon majeure dans la fumée. Il s'agit d'éliminer monoxyde de carbone, goudrons et la majeure part des toxiques se dégageant de la combustion et pyrolyse du tabac. En contraste, la nicotine elle-même n'est pas nocive aux doses prises à travers ses différents modes de consommation. Avec l'apparition de nouveaux modes d'usage à méfaits réduits, la diabolisation de la nicotine est devenue nuisance de santé publique. 

Repenser les usages de la nicotine

La peur cultivée de manière absurde à son encontre pousse les fumeurs à des tentatives vaines de sevrage à la dure se soldant le plus fréquemment par la rechute dans la cigarette. Il s'agit de découpler consommation de nicotine et fumée pour éliminer le fléau de cette dernière. "Recadrer l'usage social de la nicotine vers l'objectif d'une minimisation des méfaits est une opportunité extraordinaire pour renforcer l'impact des efforts de lutte anti-tabac", expliquent les universitaires. Autrement dit, le public doit ne plus être condamné, par des réglementations défavorisant le vapotage face aux cigarettes et une mésinformation obscurantiste, à fumer pour consommer de la nicotine. 

En ce sens, l'étude menée par le Pr David Abrams, de l'Université de New-York, souligne l'importance non seulement d'une réduction des risques mais, plus radicalement, d'une minimisation des méfaits. "Quand un consommateur ne veut ou ne peut pas arrêter toute consommation de nicotine, alors la minimisation implique de viser l'élimination complète de l'exposition au tabac fumé en le remplaçant par l'utilisation de nicotine sous formes moins nocives sans combustion ", précisent-ils. Se plaçant dans la descendance du Pr Michael Russell - qui déclarait en 1976 "les gens fument pour la nicotine mais meurent des goudrons" -, les auteurs développent le lignes directrices d'une stratégie d'une telle minimisation des méfaits pour la consommation de nicotine.

Entrons dans la troisième dimension

Dans la perspective de mettre en jeu les modes de consommation, les auteurs proposent de s'appuyer sur ce point doux à l'intersection des trois dimensions pilotant la question. Si quelques débats d'arrière-garde se poursuivent sur la base d'études malmenées, la réduction massive des risques et dommages induit par la consommation de vapotage en place de cigarette ne fait plus de doute pour les chercheurs sérieux. Experte mondialement reconnue sur le sujet, la Pr Linda Bauld délivrait un message très clair en ce sens pour la nouvelle année.

La satisfaction en est la dimension rendue la plus complexe par l'entremêlement moral aux notions de santé. Le plaisir de la consommation de nicotine renvoie à la fois à ses vertus psychoactives améliorant l'attention, la concentration, la mémoire et l'humeur, mais induit également un risque dépendogène, lié à ce plaisir même. Ce risque pour la nicotine, hors du tabac qui lui est extrêmement addictif, est similaire à la caféine. Après 40 ans de vente, peu de consommateurs, sans passé tabagique, sont devenus accros aux gommes nicotinés. "Un certain degré de satisfaction, de bénéfices résultant de sa consommation, et même de dépendance aux systèmes alternatifs de délivrance de nicotine (ANDS) beaucoup moins nocifs peut être acceptable pour la société comme moyen d'accélérer la sortie du tabagisme et ses méfaits massifs attendus - in extenso, l'usage récréatif de nicotine propre est similaire à l'acceptation sociale de l'usage d'alcool ou de cannabis par les adultes, plutôt que la prohibition de toutes formes de nicotine en raison de son potentiel addictif -", argumentent les chercheurs.

Sweet Vape Sweet

Ce sweet spot est le mieux incarné aujourd'hui par le vapotage, notamment par l'adhésion et la satisfaction des usagers. Cette révolution douce, portée par des millions d'usagers, appelle une réorganisation sociale pour la soutenir et en favoriser l'impact positif de santé publique. Les auteurs conceptualisent un système intégré pour "optimiser les bénéfices pour la population sur les méfaits". En somme, il s'agit d'ouvrir au maximum la porte au passage des fumeurs vers le vapotage, ou d'éventuels autres moyens de consommation de nicotine à méfaits très réduits, tout en refermant celle vers les cigarettes.

Prise de risques et jeunes: l'utopie illusoire de la pureté

Les spécialistes de santé publique relèvent deux challenges particuliers qui se posent à cette politique de transfert modal de consommation de nicotine. La question des jeunes et du vapotage est le point sensible touchant la fibre morale et émotionnelle du public. Pourtant, là aussi la solution simpliste de l'interdit s'avère souvent contre-productive. "La prise de risque à l'adolescence est normative et résulte d'un effet de compétition dans le cerveau entre le réseau socio-émotionnel fort et le réseau cognitif de contrôle encore immature. Une prise de risque précoce avec un produit du tabac ou de nicotine, comme le vapotage, peut résulter de récompenses sociales ou émotives de l'essai d'un produit, comme l'approbation des pairs ou l'amélioration de l'humeur. Ainsi, éliminer toute expérimentation peut ne pas être un objectif réaliste, tout comme il ne l'a pas été pour les cigarettes", expliquent les scientifiques.

Les études existantes montrent que l'utilisation actuelle de la vape par les jeunes consiste pour une grande part d'entre eux à l'essayer sans l'adopter à long terme. Plus de 70% des jeunes vapoteurs américains vapotent sans nicotine, tandis que le tabagisme s'écroule chez ces adolescents. Or, si les anti-vape s'inquiètent du surnommé 'effet passerelle' du vapotage vers le tabagisme, peu ont porté leur attention sur la transition en sens inverse. Pourtant, 87% des adolescents américains usagers de vapotage avaient déjà consommé un produit du tabac auparavant. "Bien que la société doit rester vigilante et surveiller les tendances dans les usages des jeunes, les peurs des dommages dus à l'effet passerelle semblent exagérées et peu susceptibles de miner les avantages, potentiellement beaucoup plus importants, de décourager le comportement tabagique dans l'ensemble de la population", soulignent-ils.

L'objection ridicule du vapotage, frein à l'arrêt tabagique

Le second challenge à relever pour le vapotage est sa capacité à véritablement faire sortir les fumeurs de la cigarette. Certains théoriciens anti-vapotage prétendent qu'au contraire, la vape inhiberait l'arrêt tabagique. Les auteurs répondent à l'argument, avec plus de sérieux que je n'en suis capable, tant cela me parait être un délire de théoricien fumeux déconnecté de la vie concrète. Passant en revue les études sur le sujet, ils notent n'avoir "connaissance d'aucune preuve indiquant que le vapotage a contribué à réduire l'intérêt à cesser de fumer, ni ralenti le taux de cessation ou favorisé la rechute en grand nombre d'anciens fumeurs à long terme qui avaient cessé de fumer depuis cinq ans ou plus. Dans les enquêtes, les utilisateurs de vapotage indiquent de manière consistante que, pour la plupart fumeurs [au moment de leur adoption ou essai de la vape], l'abandon de la cigarette est la raison majeure de l'utilisation de la vape, et ceci même chez les jeunes".

Maximiser le flux du tabagisme vers le vapotage

Dans leur conclusion, les six chercheurs appellent à une refonte de la politique sur le tabagisme vers une politique favorisant les moyens de consommation de nicotine à méfaits réduits au détriment des cigarettes. "Le principal défi consiste à mettre en œuvre des politiques qui maximisent le flux du tabagisme vers l'utilisation de produits plus sûrs ou vers aucun usage. Un équilibre peut et doit être trouvé pour protéger les jeunes sans décourager les usages de nicotine par les fumeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter leur consommation", mettent en exergue les auteurs. Ils avancent trois axes politiques: 1) élaborer un cadre réglementaire axé sur la réduction du tabagisme ; 2) permettre au public d'avoir des informations claires et inciter l'adoption des options à méfaits réduits de consommation de nicotine ; 3) permettre l'innovation et réglementer de manière différenciée les produits en fonction de leur niveau de risque.

Vue de Suisse, ces propositions rappellent celles de la prise de position de la Fédération des professionnels des addictions en novembre dernier. Les auteurs américains aussi insistent sur la nécessité d'un virage pragmatique en faveur de la santé publique. "La minimisation des méfaits est une approche pragmatique qui peut compléter la lutte antitabac actuelle aux efforts éprouvés de prévention et de cessation. Son objectif principal est de déplacer toute la population de fumeurs de produits du tabac toxiques brûlés vers l'usage exclusif de produits beaucoup plus sûrs rapidement et le plus tôt possible dans leur carrière individuelle de fumeur".

lundi 18 décembre 2017

La panne du modèle anti-tabac australien fait le bonheur de la mafia (1) [MàJ]

"Il faut avoir la loi la plus dure possible. Il faut faire que les fumeurs se sentent comme des lépreux. Il faut rendre leurs vies horribles". La déclaration du député Craig Kelly à l'hebdomadaire Saturday Paper en septembre ne parait même plus outrancière dans le contexte australien. Le Président de la Commission parlementaire sur le tabac illicite exprime l'idéologie prédominante des autorités aussies sur le tabagisme. Pionnière du paquet neutre depuis 2012, pratiquant les prix de cigarettes les plus élevés au monde en plus d'une propagande agressive contre les fumeurs, l'Australie ne réussit pourtant plus à faire baisser son tabagisme. Depuis 2013, la part de fumeurs est stable selon les statistiques officielles de l'Australian Institute of Health and Wellfare (AIHW)"Pour la première fois, il n'y a pas eu de réduction statistique significative du taux de tabagisme, et même une légère hausse du nombre de fumeurs", déclare le Pr Colin Mendelsohn, expert en santé publique à l'Université de New South Wales, au quotidien the Australian.

En 2016, l'Australie est repassée au dessus des 2,4 millions de fumeurs sur une population de 18,7 millions d'adultes. En parallèle, le marché noir de tabac explose et les affaires de corruption des forces de police des frontières se multiplient. Réflexe répressif, le budget dédié contre le trafic de tabac prend l'ascenseur. En dépit des signes de panne de leur modèle, dont nous dressons le constat à grand traits ici, les ultras de la la lutte anti-tabac australiens ne se départissent pas d'une ligne hostile à toute aide aux fumeurs à s'en sortir. Symptôme de ce dogmatisme, leur forcing pour maintenir l'interdiction de vente de liquides de vapotage nicotinés, jusqu'à faire des déclarations trompeuses au parlement. Nous essaierons d'écrire un second volet sur l'impasse dans laquelle se trouvent bloqués les australiens.

Tabagisme en stagnation depuis 2013

Publiées le 28 septembre, les dernières statistiques gouvernementales recensent 15,8% de fumeurs adultes au quotidien en 2016. Ce chiffre exclue les indigènes dont le taux de 44,4% de fumeurs adultes n'est mentionné que dans les données brutes de l'enquête. Laissant de côté les étranges pratiques statistiques australiennes - exclusion des indigènes mais aussi fixation d'un inhabituel âge de 14 ans pour le taux général de 12,2% mis en avant dans les médias -, le débat local se focalise sur la panne de la dynamique de réduction du tabagisme. "L'analyse révèle que le nombre de fumeurs a diminué entre 2010 et 2013 de 317'000 personnes, mais il a ensuite augmenté de 21'000 fumeurs supplémentaires entre 2013 et 2016", explique Adam Creighton, journaliste de l'Australian.


Baisse chez les ados, légère hausse chez les quadras

Bien que la stratégie actuelle combinant paquet neutre et hausses de prix semble avoir un effet positif de réduction du tabagisme chez les jeunes, elle se révèle inopérante pour les fumeurs établis, notamment d'âge moyen. Entre 2013 et 2016, la part de fumeurs non-indigènes des 12 à 17 ans aurait été divisée de moitié, portant l'âge moyen d'initiation tabagique à plus de 16 ans. Ce chiffre est cependant annoncé avec l'avertissement d'une importante marge d'erreur possible par l'AIHW. Tandis que les taux de fumeurs non-indigènes des 30 à 49 ans ont augmenté entre 3% et 4%.

Cette légère hausse du nombre de fumeurs australiens semble se confirmer avec les résultats du monitorage des eaux usées. Initié en 2016, les données n'ont pas assez de profondeur temporelle pour en tirer des conclusions solides. Mais entre août 2016 et février 2017, "dans le territoire de la capitale australienne et la plupart des Etats, les relevés sur les quatre périodes montrent une légère hausse de la consommation de tabac", explique le second rapport national de monitorage des eaux-usées australien publié en juillet dernier. Ce suivi mesure le taux de cotinine, la métabolite de la nicotine, dans les eaux-usés. En février dernier, il évaluait la consommation à environ 1'200 cigarettes quotidiennes pour 1'000 habitants en moyenne.

En plus du paquet neutre, l'Australie utilise lourdement l'arme des taxes contre le tabac. Depuis septembre, un paquet de cigarettes courant coûte 35 $aus (environ 22€ ou 25Fs). Les prix vont continuer de grimper, à raison de 12,5% par an, pour que le paquet le moins cher atteigne plus de 40 $aus (environ 27€ ou 30Fs) d'ici 2021. Les prix des cigarettes en Australie sont les plus élevés au monde, et le tabagisme stagne. Une opportunité saisie par les trafiquants d'offrir du tabac illicite qui, sans taxe, se négocie à environ moitié moins cher sur le marché noir. 

De 8% à 30% du tabac vendu au marché noir

Le trafic atteindrait l'équivalent d'un milliard $aus selon l'Australian Border Forces (ABF), la police des frontières australienne. Un chiffre contesté par Rohan Pike qui évalue la contrebande de tabac à quatre fois plus dans son rapport à la Commission parlementaire sur le tabac illicite, selon le Sydney Morning Herald"Le prix actuel du tabac, conjugué à la perception publique que les seules victimes du trafic illicite de tabac sont les gouvernements inefficaces et corrompus ainsi que les fabricants de cigarettes, a amené les fumeurs vers les produits de contrebande", explique Rohan Pike, fondateur du groupe spécial anti-tabac de l'ABF et désormais consultant sur le commerce illicite de tabac.

[MàJ- 19-12-2017] La nouvelle évaluation de l'ABF, annoncée fin octobre (mais que j'avais raté au moment de la rédaction), évoque une part de 15% de tabac illicite sur le total du tabac consommé sur l'île. Le rapport annuel des douanes fait état que les saisies de tabac ont doublé en 2016-207, par rapport aux années précédentes. Ceci peut être un indice d'une augmentation du volume du trafic.

De son côté, John Silvester, dans le Sydney Morning Herald du 16 décembre, explique que les hausses de prix des cigarettes ont fait exploser le trafic de tabac pour la raison assez simple du niveau de retour sur investissement. "En investissant 200'000 $ dans la cocaïne, on peut espérer un rendement de 1,6 million de dollars. Investir le même montant dans les cigarettes de contrebande en provenance de Chine et le retour serait de 10 millions de dollars", explique le journaliste spécialisé sur la criminalité. Il évoque également l'explosion de braquages visant les cigarettes pour les revendre au marché noir australien. [/]

Entre ces deux évaluations, le cabinet KPMG avance un taux de 14%, équivalent à 1,7 milliards $aus, de tabac illicite consommé sur l'ensemble du marché australien. Mandaté par les trois grands cigarettiers, les enquêteurs de KPMG ont le mérite de livrer leur méthodologie basée notamment sur le ramassage de paquets de cigarettes et de feuilles à rouler usités. Difficile de trancher entre ces évaluation allant de 8% à 30% du marché aux mains de la contrebande, estime le Dr Colin Mendelsohn sur les ondes de Tasmania Talks. Par définition, le marché souterrain échappe aux mesures précises.

Pas de marché noir ?

Artisan de la politique anti-tabac actuelle, le Pr Simon Chapman se mure dans le déni sur la question. "Il doit y avoir des centaines de milliers de touristes fumeurs qui viennent en Australie chaque année", évacue le titulaire d'un doctorat en communication en réaction au rapport de KPMG fin 2013. Fin 2015, plutôt que d'accuser les fumeurs étrangers, Simon Chapman nie cette fois l'existence d'un marché noir de tabac, du moins d'un volume conséquent. "Comment les fumeurs ordinaires pourraient trouver [du tabac illicite] avec cette soi-disant facilitée consommée, alors qu'avec toutes leurs ressources la police fédérale et les inspecteurs des impôts ne parviennent pas souvent à le faire?", questionne t-il de manière rhétorique dans the Conversation.

Le démantèlement d'un réseau de trafiquants début août parait infirmé les propos du Pr Chapman. Dans le sillage du coup de filet coordonné par Interpol, deux agents de l'ABF sont limogés. La police des frontières se retrouve sur le grill après la publication, par Fairfax Media, de documents confidentiels liés à l'affaire. D'une part, l'existence d'un réseau de plus de 350 points de vente de tabac illicite est mise à jour. Autre révélation, les forces de la police des frontières étaient infiltrées, au moins depuis 2008, par des agents du réseau démantelé. Au travers des affaires révélées, on comprend que le tabac est devenu un business intégré par les trafiquants.

"La réglementation a créé un environnement à faible risque et à grands bénéfices pour le crime organisé", insiste pour sa part Rohan Pike. Cigarettes de marques en contrebande, contrefaçons et marques "blanches" côtoient le tabac en vrac, surnommé chop chop par les Australiens, sous les comptoirs des épiciers ou sur des zones de marché noir.

225 tonnes de tabac illicite saisies en deux ans


Pourtant en juin 2015, la police des frontières se flattait d'une saisie record de 71 tonnes de tabac de contrebande. Mais aucune poursuite n'e s'en est suivie. Selon le Sydney Morning Herald, cette affaire, que le quotidien qualifie de "farce", illustre l'impuissance des forces de police débordées par le trafic malgré son budget augmenté de 7,7$aus millions par le Ministre Peter Dutton. Pour sa défense, l'ABF affirme ne pas chômer. Ces deux dernières années, 225 tonnes de tabac ont été saisies et une centaine de personnes impliquées dans le trafic de tabac poursuivies, selon les déclarations du porte-parole de l'ABF au Financial Review. Une saisie qui reste marginale en regard des estimations oscillant entre 1'300 et 5'000 tonnes de tabac illégal vendues par an en Australie.

Autre source de tabac illicite, des plantations locales ont émergées malgré l'interdiction d'en cultiver depuis 2006. En mars dernier, l'Australian Tax Office (ATO) mettait la main sur deux lieux de production dans les New South Wales et à Victoria. "Le marché noir est assez important. Il y a un véritable engouement dans la communauté avec les prix élevés actuels des cigarettes légales", déclare alors Peter Vujanic, Commissaire de l'ATO au journal ABC.

L'émeute des patchs nicotinés

Autre manière de contourner la prohibition du tabac en vigueur en prison depuis 2015, on y fume des cigarettes roulées de thé aspergé de nicotine dans des feuilles arrachées à la bible. Méthode catastrophique pour les poumons, selon un témoignage publié par Vice. Une émeute se déclenche à la prison de Risdon du 9 août"Le Service pénitentiaire de Tasmanie a décidé de reconsidérer son programme de thérapie de substituts de nicotine après une émeute des prisonniers durant huit heures à Risdon le mois dernier, apparemment en réaction à la fin progressive planifiée de l'accès aux patchs nicotinés", rapporte le Mercury début septembre.
L'alternative du vapotage interdite

L'Australie n'a jamais connu un tabagisme aussi omniprésent qu'en Europe, où les troupes américaines ont largement distribué des Lucky Strike au "goût de liberté" après la 2ème guerre mondiale. Selon les statistiques officielles, le tabagisme australien était de "seulement" 25% en 1990. Depuis, la politique anti-tabac a réussi à réduire de moitié le tabagisme. Une tendance générale aux pays occidentaux sur cette période. Les britanniques ont même réduit plutôt plus fortement leur tabagisme, en suivant certaines mesures communes avec les australiens.

Alors que les britanniques se sont ouverts à l'intégration de l'approche de la réduction des méfaits depuis cinq ans, l'Australie reste sur une ligne puritaine d'harcèlement des fumeurs. Cette approche unilatérale n'est-elle pas en train de devenir contre-productive? L'essor du marché noir semble en train de créer une offre de tabac hors de tout contrôle des autorités. Ouvrant une logique de gonflement à l'infini des budgets policiers que l'on connait déjà pour d'autres substances, telles que le cannabis.

Faire quelque chose pour aider les fumeurs?

Pointée comme une des causes de ce maintien du tabagisme établi, l'absence d'aide aux fumeurs, symbolisée par l'interdiction de vente des liquides de vapotage nicotinés. "Il est temps d'en finir avec cette interdiction ridicule du vapotage et de commencer de faire quelque chose pratique pour aider les fumeurs à sortir des cigarettes", tranche le Senateur David Leyonhjelm, leader du Parti libéral démocrate. L'Australie est le dernier pays occidental, avec la très tabaco-pharmaceutique Suisse, à maintenir la prohibition des liquides de vapotage nicotinés. Pour une dynamique similaire, même si les niveaux y sont sensiblement différents, de maintien du tabagisme. La Nouvelle-Zélande, jusque-là sur un modèle identique à ses voisins australiens, a perçu les limites de l'approche "abstinence only", notamment en matière d'inégalités sociales. Elle a opté pour une politique anti-combustion intégrant la réduction des méfaits avec le vapotage.

"L'Australie fait tout ce qu'elle peut en terme de lutte anti-tabac, mais la différence clef avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis où les taux de fumeurs ont dégringolé ces dernières années, c'est la forte hostilité australienne au vapotage", explique Alex Wodak, Directeur de l'Australian Drug Law Reform Foundation. L'Australie va t-elle savoir réformer son modèle ? 
A suivre...

Mise à jour 12 mars 2018 : les ventes légales de tabac ont augmenté durant les quatre trimestres de 2017, pour la première fois depuis 2004. Elles atteignent près de 16 milliards de dollars australiens (plus de 10 milliards €) sur l'année. "Une inversion de tendance de fond inquiétante", selon le Pr Mendelsohn. Voir notre brève plus détaillée.

dimanche 15 octobre 2017

Le Ministère de la santé de Nouvelle-Zélande prend une position forte en faveur du vapotage

"Les centres stop-tabac locaux doivent aider les fumeurs qui veulent arrêter de fumer à l'aide du vapotage". La prise de position sur le vapotage du Ministère de la Santé néo-zélandais est claire et forte. Elle concrétise un peu plus l'annonce faite en mars dernier par Nicky Wagner, la Ministre-adjointe, d'une réorientation de la stratégie pour viser une Nouvelle-Zélande sans fumée en 2015. "Le Ministère de la Santé croit que le vapotage a le potentiel de contribuer à l'objectif 'Smokefree 2025' et pourrait briser les inéquités de santé actuelles", explique le communiqué. Le Gouvernement s'est décidé à utiliser l'outil de la réduction des méfaits face à l'inefficacité de la stratégie purement coercitive anti-fumeurs pour les groupes sociaux défavorisés et qui a élargit le gouffre des inégalités sociales de santé.

Les autorités espèrent que le vapotage offre une aide bienvenue à ceux qui voudraient sortir du tabagisme parmi les 550'000 fumeurs kiwis, représentant 15% de la population. "Les fumeurs qui passent au vapotage sont fortement susceptibles de réduire leur risques de santé, ainsi que ceux qui les entourent", résume le Ministère sur la base des rapports scientifiques, avant de préciser que "le vapotage relâche dans l'air ambiant des taux négligeables de nicotine et de toxiques avec aucun risque de santé identifié pour l'entourage". Les autorités insistent néanmoins que le vapotage est destiné aux fumeurs uniquement. "Il n'y a aucune preuve au niveau international que le vapotage mine le déclin à long terme du tabagisme chez les adultes et les jeunes, et pourrait en fait plutôt contribuer à cette réduction", souligne le communiqué dans ses "messages clés".

De manière pratique, le Ministère insiste sur l'importance des bouchons de sécurité pour éviter l'ingestion de liquide par les enfants. "Lorsqu'il est utilisé comme prévu, le vapotage ne pose pas de risque d’empoisonnement par la nicotine aux usagers, mais les liquides doivent être dans des emballages résistants aux enfants. Le Ministère de la Santé est en train d'identifier les standards de sécurité pour les produits de vapotage en Nouvelle-Zélande. Dans l'attente, les vapoteurs doivent acheter leurs produits à des sources réputées telles que les vendeurs spécialisés"

Un groupe de travail d'experts sur les aspects techniques de la future réglementation des produits de vapotage a été constitué en juin par le Ministère de la Santé. Le Gouvernement néo-zélandais a annoncé en mars dernier la future légalisation du vapotage sous le statut de produits de consommation courante. Une catégorie résolument distincte des produits du tabac, ce qui ne fait pas les affaires de Philip Morris qui tente d'y introduire sa cigarette chauffée Iqos.


dimanche 13 août 2017

Quart d'heure américain, la FDA invite t-elle la vape dans la danse de la fin des cigarettes ?

"La clef réside dans une approche nouvelle et globale de la réglementation de la nicotine. (...) Parce que la nicotine est au cœur à la fois du problème mais aussi, en fin de compte, de la solution à la question de la dépendance et des méfaits causés par les formes combustibles du tabac". Scott Gottlieb, Commissaire de la Food and Drug Administration (FDA) américaine depuis trois mois, a annoncé une toute nouvelle stratégie de lutte contre le tabagisme le 28 juillet. Prenant acte de l'accélération de la chute du tabagisme sous l'impulsion du vapotage, le nouveau dirigeant impulse une rupture avec le paradigme unique du "quit or die" (quitter ou mourir) qui se limitait à la prévention, la stigmatisation des fumeurs et la surtaxation des cigarettes. Médecin de 45 ans connu pour être sensible aux approches de réduction des risques et ayant lui-même survécu à un cancer, Scott Gottlieb reprend la question sous un angle encore inédit. 

Un plan plutôt qu'une mesure unique

Cette nouvelle politique "vise à trouver un équilibre précis entre la réglementation de tous les produits de tabac, et l'opportunité d'encourager le développement de produits innovants qui peuvent être moins dangereux que les cigarettes combustibles", explique le Commissaire de la FDA. Les deux axes de son plan visent, d'un côté, à réduire l'entrée des jeunes et le maintien dans le tabagisme, et de l'autre, favoriser et aider sa sortie pour les fumeurs actuels. "Ces étapes sont destinées à marcher de concert comme un plan. (...) Elles constituent une approche globale de santé publique, c'est vraiment tout ou rien", insiste Scott Gottlieb, dans son allocution.

Rendre les cigarettes "non-addictives" ?

Dans cette stratégie a deux volets, le premier pan est pour la FDA, qui a le pouvoir depuis 2009 de régir les produits du tabac, de réduire la puissance dépendogène des cigarettes afin d'éviter l'entrée et le maintien dans le tabagisme. Pour cela, le directeur de l'agence propose d'ouvrir une réflexion sur l'abaissement de leur taux de nicotine. Ce point s'inspire des recherches menées depuis les années 1990' sur les cigarettes dites à taux très bas de nicotine (very low nicotine VLN). Le taux de nicotine adéquat à des cigarettes "non-addictives" et l'éventuelle manière d'introduire des restrictions sur ce taux, réduction brutale ou progressive notamment, seront au menu des discussions de l'administration et ses partenaires. La mise en oeuvre de cette mesure pourrait prendre au moins trois ans.

D'ors et déjà, les recherches fortement subventionnées sur le très bas taux de nicotine (VLN) ont accouché d'un projet commercial de tabac OGM. La firme 22nd Century a mis en vente aux Etats-Unis ses cigarettes Magic, dont elle avait annoncé l'arrivée en France en 2016 sans suite... Avec 0,3 mg ou 0,5 mg de nicotine, celles-ci réduisent de plus de 95% le contenu des cigarettes conventionnelles sur le marché aux Etats-Unis et en Europe. La firme biotechnologique a profité de l'annonce de la FDA pour proposer ses services aux firmes cigarettières. "Si Big Tobacco ne veut pas que leur marché tombe à zéro du jour au lendemain, ils vont devoir travailler avec quelqu'un qui fait du tabac à très bas taux de nicotine", déclare Henri Sicignago, Directeur de 22nd Century à Reuters ce 7 août.

Risque d'effet compensatoire ?

Le contenu actuel, de 10 à 20 mg de nicotine généralement, des cigarettes découle de la norme, introduite dans les années 1970', dite 10-1-10 : pour 10 mg de goudrons, 1 mg de nicotine, 10 mg de monoxyde de carbone d'émissions mesurées par les machines à fumer. Cette norme, combinée aux filtres ventilées (avec de petits trous minuscules et quasi invisibles), a contribué à l'essor d'une nouvelle forme de cancer des poumons dite adénocarcinome liée à l'effet compensatoire, plus ou moins inconscient, des fumeurs aspirant plus fortement et profondément la fumée pour être satisfaits.


Les défenseurs du tabac à très faible taux de nicotine (VLN) argumentent qu'en deçà d'un niveau addictif l'effet compensatoire ne perdure pas, le fumeur ne pouvant pas retirer une dose suffisante de nicotine contrairement aux cigarettes "lights". Le Pr Eric Donny, de l'Université de Pittsburgh (USA), a expliqué au dernier Global Forum on Nicotine à Varsovie que ses recherches, dont celle publiée en 2015 dans le New England Journal of Medicine, l'amènent a estimer ce taux à 2,4 mg de nicotine par cigarette. "On voit sur ces données qu'il n'y a pas d'effet de hausse de la consommation de cigarettes que certains redoutaient en abaissant le taux de nicotine", souligne le directeur du Centre d'évaluation de la nicotine dans les cigarettes (CENIC) rattaché à la FDA.

Peu de preuves convaincantes

La question est controversée pour plusieurs raisons. Pour le moment, les études sur l'arrêt du tabagisme par l'entremise des cigarettes VLN offrent de faibles preuves. A la fois les panels de personnes et la durée du suivi sont tous deux trop réduits pour rendre convaincants les résultats aux yeux de plusieurs spécialistes. "La recherche sur la stratégie de réduction de nicotine à un très bas taux (low nicotine-reduction) est jusqu'ici préliminaire et suggestive mais pas sur des échantillons de fumeurs représentatifs", souligne par exemple le Pr Lynn Kozlowski dans son article de juin 2016 sur la question dans Tobacco Control.

Malgré cela, Scott Gottlieb se dit confiant dans les recherches sur le sujet qui lui ont été présentées. "Je peux dire que la FDA et d'autres ont fait une analyse préliminaires des impacts potentiels sur la santé publique si les cigarettes ne pouvaient plus créer ou maintenir l'addiction. Les bénéfices de santé publique s'étaleraient dans le temps, car les générations futures de jeunes qui expérimenteraient ces cigarettes seraient beaucoup moins susceptibles de devenir dépendants de la nicotine et de subir des maladies chroniques par rapport aux risques de fumer les cigarettes combustibles actuelles", assure t-il. Mais le responsable de la FDA est conscient d'une des principales dérives possibles: l'apparition d'un marché noir de cigarettes (plus fortement) nicotinées.

Second volet: les produits plus sûrs pour éviter l’écueil du marché noir de cigarettes

"J'ai aussi demandé au Centre sur les produits du tabac (CTP) d'évaluer le risque d'effets néfastes d'une réduction des taux de nicotine, en particulier le risque de l'apparition d'un marché noir de cigarettes plus fortement nicotinées. Nous devons aussi mieux comprendre le rôle, le cas échéant, que peut jouer la disponibilité des nouvelles formes de délivrance de nicotine pour réduire ces effets néfastes", explique t-il. En somme, pour Scott Gottlieb, refermer la porte aux cigarettes implique d'ouvrir celle vers les produits à risque réduits, dont le vapotage, pour éviter l’écueil évident d'un marché noir de tabac.

A défaut d'offrir une telle alternative, la reproduction avec le tabac des catastrophes sanitaires, sociales et politiques des précédents sanglants des prohibitions de l'alcool, du cannabis et des autres guerres pour "un monde sans drogue" ne fait guère de doute. La dystopie puritaine d'un monde sans nicotine pourrait être la répétition de leurs précédentes catastrophes de santé publique. La politique anti-vape menée par l'administration américaine précédente semble d'ailleurs avoir déjà brisé la dynamique vertueuse impulsée par la vape.

La politique anti-vape précédente a relancé le tabagisme en 2016


Après six ans de chute libre, le taux de tabagisme américain a augmenté en 2016 selon les premières données (early datas) du Center for Disease Control (CDC), dont les médias n'ont pas encore parlé. De 15,1% en 2015, la part de fumeurs est passé à 15,8%. Alors que sur la tendance des années précédentes le tabagisme aurait pu chuter entre 14% et 14,5%. La hausse n'est pas très forte, mais elle rompt une dynamique où le tabagisme s'était réduit d'un quart depuis 2010 - en perdant 5,5 points de 20,6% à 15,1% de la population des plus de 15 ans -. Plus que sur l'ensemble des 13 années précédentes (4,1 points). Cette accélération de la chute du tabagisme était liée à l'essor du vapotage selon une étude récemment publiée dans le British Medical Journal. "L'augmentation substantielle de l'utilisation du vapotage chez les fumeurs américains a été associée à une augmentation statistiquement significative du taux de cessation tabagique au niveau de la population", explique l'étude dirigée par le Pr Shu-Hong Zhu, de l'Université de San Diego en Californie.

La multiplication des campagnes anti-vape hyper agressives associées aux rumeurs anxiogènes des médias à sensation ont sapé la confiance du public dans le vapotage. Entre 2012 et 2015, la part d'adultes, croyant que le vapotage est aussi ou plus nocif que les cigarettes, a plus que triplé aux Etats-Unis selon une étude menée par le Dr Ban Majeed de l'Université de Géorgie. "Il y a aussi une augmentation de la proportion des fumeurs qui perçoivent le vapotage comme étant aussi ou plus nocif que les cigarettes, passée de 11,7% en 2012 à 35,1% en 2015", s'inquiètent les auteurs de l'article publié dans l'American Journal of Preventive Medicine en mars dernier.



La vape indépendante sauvée de sa mort-subite

La mort subite de l'industrie indépendante de la vape qui se profilait avec la réglementation de la FDA a aussi contribué à l'érosion du phénomène. L'ajournement annoncé par Scott Gottlieb est un véritable sauvetage de dernière minute. La deadline fixée initialement en août 2018 est reportée en 2022. Mais surtout, dans ce laps de temps le Commissaire de la FDA veut réformer ces règles absurdes qui auraient entraîné l'élimination de facto des entreprises ne pouvant mettre des millions de dollars pour faire homologuer leurs produits. "Au fur et à mesure que nous adoptons cette nouvelle approche, nous devons aussi ré-examiner avec un nouveau regard la place des produits non-combustibles. Une partie de la tâche du Centre sur les produits du tabac (CTP) est de reconsidérer les aspects de la mise en œuvre de la réglementation "Deeming rule" dans la perspective de favoriser l'innovation où cette innovation pourrait véritablement faire une différence de santé publique et de veiller à ce que nous ayons les règlements fondamentaux dont nous avons besoin pour rendre l'ensemble du programme transparent, prévisible et durable à long terme", détaille Scott Gottlieb.

Evidemment, ce qui va se concrétiser de cette remise à plat de la réglementation sur le vapotage sera crucial pour son avenir. Un espoir d'une approche plus compréhensive et intelligente de la part de la FDA naît des précisions que donne Scott Gottlieb sur sa distinction des modes de consommation. "Une approche axée sur la réduction des morts et des maladies causées par le tabagisme doit partir du principe que, bien que la nicotine soit concernée, le problème n'est pas seulement la nicotine. Le plus gros problème est le mécanisme de délivrance, la manière dont la nicotine est administrée. Attachez la nicotine à des particules de fumée créées par la combustion des cigarettes et le mécanisme est mortel. Attachez-la à un médicament sans les toxiques présents dans les produits du tabac et ce produit thérapeutique est jugé sûr et efficace par la FDA pour aider les fumeurs à cesser de fumer", argumente le directeur de la FDA.  

Le continuum de risques introduit dans le paradigme de la FDA

"Alors, comment devons-nous adopter une nouvelle approche globale sur la nicotine?", poursuit-il. "Nous devons reconnaître qu'il existe un continuum de risque des moyens de délivrance de nicotine. Ce continuum s'étend des cigarettes fumées à une extrémité jusqu'aux substituts pharmaceutiques nicotiniques de l'autre". Cette inflexion change fondamentalement l'approche de la FDA en remettant en cause le dogme du refus de reconnaissance de moyens plus sûrs, en dépit de l'existence des substituts nicotiniques, qui prévalait jusque-là. C'est le changement majeur de paradigme qu'introduit Scott Gottlieb dans l'instance américaine.

On note clairement une ambiguïté dans le discours du nouveau directeur de la FDA. Il commence par mettre l'accent sur la nicotine et son présumé potentiel dépendogène, mais c'est pour amener l'idée de faire glisser la problématique sur son mode de consommation.  La translation qu'opère Scott Gottlieb déplace l'énoncé du problème en termes sanitaires et non plus moraux comme c'était le cas avec son prédécesseur. "La nicotine dans les cigarettes n'est pas directement responsable du cancer, des maladies pulmonaires et des maladies cardiaques qui tuent des centaines de milliers d'américains chaque année. (...) Ce sont les autres composés chimiques dans le tabac, et dans la fumée créée par le tabac en combustion, qui sont directement et primordialement causes de maladies et de mort, pas la nicotine elle-même", insiste le Dr Gottlieb.

Sur la corde raide

Ce glissement dans son discours a valu des comptes-rendus assez biscornus dans les médias mainstream francophones agrémentés de commentaires passablement à côté de la plaque. C'est pourtant le changement fondamental du plan annoncé en regard de la matrice "pro-abstinence only", nommée "quit or die", de l'administration précédente. Scott Gottlieb ouvre la porte à une consommation "plus sûre" de nicotine sans stigmatiser ses usagers. C'est une révolution des mentalités en regard des forces en présence aux Etats-Unis dans ce champ: la reconnaissance d'une approche de réduction des méfaits.

La presse américaine voit la perspective "d'une ère de transition", pour citer Bloomberg, dans ce plan. La fin du temps du "fumer" vers celui d'une pluralité de modes de consommation à risque réduit tels que vapotage, vaporisation et snus. "La FDA vient de dévoiler une des plus importantes initiatives de santé publique du siècle" s'enthousiasme le Washington Post. Mais vers ce changement sociétal, le plan de Scott Gottlieb "marche sur une corde raide", selon l'expression de Toni Clarke pour Reuters, entre intégristes pro-abstinence et défenseurs de la liberté de choix.

Sénateurs Démocrates et Big Tobacco contre ce plan anti-tabac

Sans surprise, l'annonce de ce plan a déjà suscité des réactions le dénonçant. De la part des tenants de l'abstinence et d'autre part du lobby cigarettier. Les premiers critiquent l'ouverture aux modes de consommation de nicotine à risque réduit, et en particulier l'ajournement de la régulation qui allait tuer l'an prochain la vape indépendante. Matt Myers, Président de la très puissante Campaign for Tobacco Free-Kids (CTFK) - association créée par les laboratoires pharmaceutiques Johnson & Johnson et qui a collaboré avec Philip Morris pour élaborer la loi sur le tabac - a réagi négativement au report de la réglementation anti-vape à 2022. "Il n'y a aucune raison d'autoriser ces produits à rester sur le marché", estime Matt Myers dans le New-York Times.

Dans la foulée, treize Sénateurs du parti Démocrate ont écrit une lettre confidentielle à Scott Gottlieb pour s'opposer au pan de réduction des risques prévu dans son plan anti-tabac. La missive, qui a fuité, réclame le maintien de la réglementation anti-vape indépendante et suggère aussi d'interdire des arômes pour le vapotage. Outre les Sénateurs, des Etats intensifient leur guerre au vapotage. Ce sont principalement les Etats ayant contracté des "prêts pourris", nommés Turbo Bonds, indexés sur les ventes de cigarettes, comme l'avait révélé ProPublicca. La Californie, où San Francisco joue le rôle de ville-test, la ville de Chicago dans l'Illinois et la ville de New-York sont notamment tenus par des Démocrates.

Scott Gottlieb pourrait aussi redouté sa propre administration. Suite à l'élection de Donald Trump, un vent de dissidence a soufflé au sein des staffs fédéraux. Avec notamment des comptes twitters "alternatifs" alignant les positions propres de (certains) bureaucrates sous anonymat. La FDA n'y a pas échappé et son compte inofficiel a régulièrement insisté sur le bien fondé de sa mise à mort de la vape indépendante par la "deeming rule". L'influence excessivement puissante de l'industrie pharmaceutique, qui a gros à perdre avec l'évaporation du tabagisme en terme de clients pour ses médicaments en tout genre, a eu le temps de solidement s'installer dans les administrations de santé durant les précédentes législatures. Cependant, Scott Gottlieb a insisté avoir le plein soutien de ses troupes pour son plan.

Alliance objective entre intégristes et cigarettiers

Evidemment, ces oppositions vont dans le sens des affaires des cigarettiers. Même si leurs objectifs sont sensiblement différents et vont viser en priorité à faire exploser le versant de l'abaissement de la nicotine, tout ce qui peut saboter le plan de Scott Gottlieb est bienvenu pour les Big Tobacco. La situation était idéale pour eux avec une réglementation qui allait étendre le surnommé "Marlboro Monopoly Act" aux produits de vapotage, profiler ce marché pour quelques produits des multinationales tabagiques et réduire sa concurrence aux cigarettes. Le marché boursier ne s'y est pas trompé. L'annonce de ce plan inattendu a fait dévisser d'environ 20% en quelques heures les actions des firmes cigarettières. 

Le double mécanisme du plan de Scott Gottlieb de tenter de rendre inattractives les cigarettes et de sauver le vapotage est évidemment le cauchemar inattendu des cigarettiers. Une vraie douche froide après le rêve sur le point de se réaliser de la politique précédente. "Cette nouvelle politique va déclencher à coup sûr une guerre de lobbying. Les compagnies de tabac pourraient intenter des poursuites pour la stopper. Elles pourraient aussi mettre la pression sur les membres du Congrès pour les défendre ou même bloquer la FDA. Selon des lobbyistes du tabac, l'industrie pourrait faire valoir que cette politique équivaut à une interdiction de facto des cigarettes", explique un article de Bloomberg de Anna Edney et Jennifer Kaplan.

Quelles probabilités de réussite?

Sous la menace d'être saboté par les Démocrates, le lobby pharmaceutique, le clan intégriste pro-abstinence, tout ce petit monde soi disant anti-tabac mais de nouveau allié de circonstance aux multinationales tabagiques, les chances du plan de Scott Gotlieb d'être appliqué correctement sont minces. Les effets qu'auraient une réduction du taux de nicotine dans les cigarettes sont loin d'être clairs et acquis. Autrement dit, même bien appliquée, cette politique ne donne pas beaucoup de garantie sur ses conséquences pour ce volet.

Par contre, le volet des modes de consommation de nicotine à risque réduit a déjà fait ses preuves durant les six dernières années aux Etats-Unis. Il a impulsé et accéléré une réduction massive du tabagisme adulte et adolescent. Scott Gottlieb peut espérer s'appuyer sur cette dynamique pour soutenir son plan durant la législature. A ce titre, son annonce est un grand bol d'air pour le camp "pro-choice" de la liberté de pouvoir opter pour des produits plus sûrs que les cigarettes. 

Mais pour bénéficier de ce mouvement, il devra rapidement contre-carrer les effets délétères des campagnes de propagande anti-vape qui ont sapé la confiance du public et brisé la dynamique en 2016. Son accent mis sur la nicotine, plutôt que de clairement attaquer le mode de consommation, tend à renforcer la peur irrationnelle à son encontre et le mythe de sa forte puissance "addictive" par elle-même seule. Avec la toute nouvelle campagne de "prévention" de la FDA contre le vapotage chez les jeunes, ce sont probablement de très mauvais signaux envoyés au public à ce niveau.

Faire de la vape un allié de santé publique ?

Il devra aussi rapidement donner des gages au monde professionnel de la vape. L'incertitude du secteur a déjà poussé certains acteurs à abandonner, comme l'historique Provape ou Totally Wicked. Il pousse un certains nombre d'autres à privilégier un marketing racoleur à court terme, n'ayant pas de visibilité pour un développement au-delà. Un assainissement de certaines dérives passe nécessairement par la fin de la précarisation artificielle imposée au vapotage par les autorités. Mobiliser le monde de la vape dans le sens de cette politique implique de le rassurer sur son avenir et le soutenir. 

Pour éviter un marché noir en cas de réduction de la nicotine dans les cigarettes légales, il faudrait encourager les fumeurs à passer au vapotage. "Ce n'est pas ce que le Gouvernement a fait ces dernières années, leurs actions ont été dans le sens contraire. Sans un soutien solide aux produits de vapotage, l'objectif de santé publique visé par la réduction de nicotine dans les cigarettes ne s'accomplira pas", estime Stefan Didak, Président de l'association Not blowing smoke dans le Vaping Post. Scott Gottlieb sera t-il capable d'avoir l'audace de penser et d'imposer ces mesures dans un timing adéquat ? ...