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mardi 22 septembre 2020

Ma saisine au CSA concernant le film de propagande anti-vape d'ARTE

La semaine dernière, j’avais alerté sur l’imminence de la diffusion d’un film à charge contre la réduction des risques par la chaîne Arte. Il est en ligne depuis hier et il sera diffusé ce soir à l’antenne. Les critiques que j’avais formulées la semaine dernière se révèlent malheureusement justes, et d’autres séquences aggravent le caractère trompeur et la charge de désinformation du film. Voici ma saisine envoyée au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant ce film. Les illustrations sont ajoutées.

Chacun peut déposer une saisine sur le site du CSA : https://www.csa.fr/Mes-services/Alertez-nous-sur-un-programme2

Le nom de la chaîne concernée : Arte VOD

Le nom du programme ou de la publicité :  « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée »

Motifs :

Le film « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée », présente plusieurs affirmations trompeuses pouvant porter préjudice au public, notamment les personnes qui fument, les personnes qui ont arrêté de fumer à l’aide du vapotage, les professionnels sociaux et sanitaires aidant à l’arrêt tabagique, les bénévoles pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique, et au-delà à l’ensemble de la société en attentant à l’information de santé publique concernant la principale cause de maladies et de décès évitable. Son propos est violemment orienté, présente des propos erronés sans éclairage, présente des intervenants de manière trompeuse, ment par omission sur de nombreux points. Ce film aura pour conséquence des malades et des morts qui étaient évitables avec une information honnête et loyale sur la réduction des risques face au tabagisme.

Cette saisine concernant la diffusion online sur le site d’Arte du film, confirme les éléments précédemment communiqués au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) concernant sa bande-annonce diffusée la semaine précédente. De nouveaux éléments aggravants sont apparus lors de la diffusion du film complet.

1. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage, entendu au sens courant en français et en allemand comme vapotage avec nicotine, pour la vague de pneumopathies, dites Evali, aux États-Unis dont il est établi qu’elles étaient liées à des produits frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC. Cette séquence, à partir de la minute 26, du film est gravement trompeuse. Le témoin Daniel Ament [edité, faute dans le nom] a dans la presse américaine reconnu avoir consommé des produits du marché noir du THC, qui n’ont rien à voir avec le vapotage, et qu’il n’a pas acheté dans un magasin de vape comme le film le fait croire aux téléspectateurs (propos de mn 31 à 32). 

Plusieurs analyses scientifiques ont conclu à la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans ces pneumopathies. Il a été utilisé par les dealers du marché noir pour remplacer (en partie) l’extrait de cannabis dans les produits de THC. L’acétate de vitamine E, produit lipidique, n’est pas miscible avec la nicotine, de base aqueuse. Aucun produit de vapotage nicotiné du marché légal ne contient de l’acétate de vitamine E. Il est fort improbable que des e-liquides nicotinés même du marché noir, créés par des réglementations anti-vape dans certains pays, puissent en contenir (1).

Elle induit les téléspectateurs en erreur à double titre et avec des conséquences délétères possibles pour plusieurs groupes sociaux distincts : 

En cachant que les pneumopathies américaines étaient liées à des produits frelatés du marché noir du THC américain, des consommateurs de THC ne sont pas avertis des risques qu’ils encourent à l’image de ce qui est arrivé à Daniel, le témoin du film. Le film d’Arte augmente les risques d’intoxications similaires en trompant le public sur sa véritable cause. Cette désinformation est une mise en danger des consommateurs de THC.

Des consommateurs de vapotage qui croiraient cette séquence pourraient arrêter de vapoter au risque de retomber dans le tabagisme. Cette désinformation est une mise en danger de personnes ayant arrêté de fumer en risquant leur rechute par arrêt de la substitution nicotinique.

Des fumeurs seront convaincus de ne pas essayer d’arrêter de fumer avec le vapotage. Cette désinformation est une mise en danger des fumeurs trompés sur un moyen efficace de sortir du tabagisme.

Les professionnels socio-sanitaires et les pairs aidants œuvrant à l’arrêt tabagique voient leur travail saboté par cette désinformation.

Le devoir journalistique de délivrer une information rigoureuse est violé de manière flagrante sur cette séquence. Il est impératif que le CSA oblige Arte à rectifier avec la même publicité que le film lui-même cette fausse information. Le film en donnant une information fausse sur ce cas augmente les risques du public à suivre l’exemple de Daniel, son témoin, et ne pas se prémunir du réel danger de produits frelatés du marché noir du THC, tout en se méfiant à tort de produits de réduction des risques face au tabagisme. C’est une grave faute éthique qui risque de provoquer des morts, soit par utilisation de produits frelatés, soit par utilisation de cigarettes.

2. Il est factuellement faux d’accuser le vapotage d’être aux mains des cigarettiers. Cela semble diffamatoire pour les marques indépendantes qui représentent plus de 85 % du marché en France selon l’institut Xerfi.

3. Il est factuellement faux de dire que le but des vendeurs de vapotage est de pousser les jeunes au tabagisme. C’est à la fois un procès d’intention diffamatoire et dans la réalité, il se passe l’inverse. Le tabagisme juvénile recule y compris en France. Une étude de l’OFDT a montré que les jeunes ayant essayé le vapotage ont 38 % de risques en moins d’être fumeurs à 17 ans que les autres jeunes (2).

4. Il est factuellement faux et méprisant de dire que le vapotage empêche d’arrêter de fumer. Les données de l’Eurobaromètre 458 mené en mai 2017 montrent qu’il y a 7,5 millions d’Européens qui ont arrêté de fumer grâce au vapotage (3). Santé Publique France a évalué à 700 000 personnes en France ayant arrêté de fumer de manière consolidée et attribuant leur arrêt à leur recours au vapotage entre 2011 et 2017. Les données au Royaume-Uni, en Islande et dans d’autres pays, de manière moins spectaculaire avec des autorités créant un climat hostile à l’arrêt tabagique, vont dans le même sens. Nier l’existence de millions de vivants est une forme de négationnisme honteuse et sanglante dans ces conséquences pour les fumeurs de la part des auteurs de cette théorie aberrante.

5. Il est mensonger d’affirmer que la nicotine présente plus de dangers que l’héroïne. C’est un propos complètement insensé et délirant.

6. Il est mensonger d’affirmer qu’il est avéré que le vapotage est cancérigène. La séquence avec les chercheurs affirmant cette hypothèse basée sur des essais aux conditions contestées sur des souris transgéniques, connues pour développer des tumeurs spontanément, aurait dû être accompagnée d’un avis éclairé sur le sujet. Les publications des chercheurs interviewés sont de fait la risée du monde scientifique en raison des faiblesses de leur protocole (4). Attribuer le risque cancérigène aux traces de nitrosamines, que l’on trouve également dans les substituts nicotiniques pharmaceutiques alors que nous avons 40 ans de recul sur leur sureté, est de l’enfumage sensationnaliste de bas étage indigne. Ne pas modérer ces propos ridicules scientifiquement est une entorse déontologique au respect du droit à une information loyale pour le public.

La méta-analyse la plus sérieuse sur les risques cancérigènes comparés montre que vapoter représente un risque de 0,4 % par rapport à celui de fumer. Le propos du fil d’Arte est au moins à 99,6 % erroné.

7. Le témoignage de Stanton Glantz est mensonger à plusieurs reprises. À la mn 32, ses affirmations concernant un « risque de crise cardiaque » lié au vapotage ont été rétractées par le Journal of American Heart Association. S. Glantz avait comptabilisé pour incriminer le vapotage les infarctus de fumeurs des années avant qu’ils n’arrêtent de fumer à l’aide du vapotage (5).

Les statistiques sont têtues et l’Eurobaromètre 458 de l’Union Européenne en mai 2017 recensait l’équivalent de 7,5 millions de personnes ayant arrêté de fumer grâce au vapotage (6). En France, Santé Publique France a établi que 700 000 personnes ont arrêté de fumer grâce au vapotage entre 2011 et 2017. L’étude clinique menée par le Pr Peter Hajek a montré que le vapotage double les chances d’arrêt tabagique par rapport aux substituts nicotiniques pharmaceutiques, et il est établi que ceux-ci augmentent les chances d’arrêt par rapport à l’absence d’aide (7). Affirmer que le vapotage ne permet pas d’arrêter de fumer est mensonger (mn 89).

Outre ses fraudes scientifiques, Stanton Glantz est connu pour son harcèlement sexuel et ses injures racistes envers ses étudiantes depuis des années sur le campus de l’Université de San Francisco. Il est choquant qu’Arte se rende complice de tels actes en les passant sous silence et en donnant la parole à son auteur (8).

8. Une large partie du domaine de la santé publique n’adhère pas à la vision idéologique présentée dans ce film contrairement à ce qui est affirmé (9). L’absence durant l’ensemble du film de professionnels de la santé publique, de professionnels de santé de terrain, de tabacologues, d’addictologues favorables et utilisant l’approche de la réduction des risques, est un biais inacceptable pour un film prétendant présenter la problématique de la réduction des risques de la consommation de nicotine. La charte de Munich rappelle utilement que le travail de journaliste ne doit pas se confondre avec celui de propagandiste. Ce film échoue à honorer sa profession. L’orientation et les liens d’intérêts des intervenants font planer un sérieux doute sur l’indépendance de la réalisation du film.

Le Royal College of Physicans britannique en 2016, et le Public Health England dans ses rapports annuels sur le sujet depuis 2015, ont évalué une réduction de 95 % des risques sanitaires du vapotage par rapport aux cigarettes. Ces deux organismes sont indépendants et le Royal College of Physicians est exemplaire dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme. Ignorer leur analyse est un mensonge par omission grave sur ce dossier. Ils sont loin d’être les seuls à prendre en considération l’approche de réduction des risques face au tabagisme. Une liste complète serait trop longue. En France, l’Académie nationale de médecine a aussi présenté une position claire et compétente. Il est incompréhensible que le film d’Arte occulte ces acteurs incontournables du domaine.

Par ailleurs, il est par exemple inexact de présenter Matthew Myers, président de la Coalition Tobacco-Free Kids, d’un simple « indépendant ». Matt Myers a négocié en secret des arrangements avec Philip Morris USA en 1997 et 2004 (10), dont il a ensuite bénéficié par les retombées financières. Il a reçu des millions $ de financement de géants pharmaceutiques, tels que Pfizer. Ceux-ci ont un intérêt direct à entretenir la source de maladies et de clients du tabagisme, et de promouvoir leurs produits d’arrêt tabagique, extrêmement peu efficace avec des taux de près de 90 % d’échecs. 

Matt Myers a aussi reçu des millions $ du milliardaire spéculateur financier Michael Bloomberg. Celui-ci entretient des affaires avec les États tabagiques de l’Inde et de la Thaïlande. Il est notoirement connu que les organisations qu’il finance protègent de toute critique ses partenaires économiques (10). On peut noter d’ailleurs que le film d’Arte ne présente ni la situation en Inde, ni en Thaïlande et ne parle pas des activités de lobbys du cigarettier Japan Tobacco.

Le même problème de conflit d’intérêts se présente avec les interventions dans le film du représentant de l’organisation STOP, financée par Michael Bloomberg.

Retrait et correctif nécessaires

Pour ces raisons, un retrait de « Cloper sans fumée, la nicotine revisitée » est nécessaire et urgent. Un documentaire sérieux sur ce sujet de première importance pour la santé publique pour corriger les mésinformations répandues par ce film est également nécessaire.

De nombreux professionnels sanitaires et des groupes d’entraide à l’arrêt du tabagisme voient leur travail saboté par le film diffusé par Arte. Il y a une mise en danger du public, et tromperie sur les enjeux de santé publique. Le CSA se doit d’intervenir pour faire cesser l’épidémie de désinformation sensationnaliste sur les sujets de santé publique et en particulier celui lié à la principale cause de maladies et de décès évitable qu’est le tabagisme. Il est estimé que près de 750 000 Français et 105 000 Allemands meurent prématurément de maladies liées au tabagisme chaque année. Il est inacceptable éthiquement et socialement qu’une chaîne de télévision accentue ce problème de santé publique par une désinformation du public. 

Par ailleurs, il serait pertinent que les financements de ce film soient rendus publics, en regard de son enjeu politique et commercial. Le choix des intervenants de santé publique et des organisations à sens unique est extrêmement troublant et douteux.

Étant investi dans l’aide à l’arrêt tabagique et pour l’information sur la réduction des risques, cette diffusion me porte directement préjudice.

Notes et références :

(1) Voir notamment :

– La présentation du Pr Harry Tattan-Birch, de l’University College of London, au Symposium de la Society for Research on Nicotine and Tobacco (SRNT) ce 17 septembre 2020, est un excellent résumé de la crise dite Evali. Accessible uniquement sur inscription au Symposium.

– Les méfaits de la désinformation à propos de cette crise ont été analysés dans cette étude : Association of the US Outbreak of Vaping-Associated Lung Injury With Perceived Harm of e-Cigarettes Compared With Cigarettes ; Harry Tattan-Birch, MSc1,2; Jamie Brown, PhD1,2; Lion Shahab, PhD1,2; et al Sarah E Jackson, PhD1,2; JAMA Netw Open. 2020; 3(6):e206981. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.6981 https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2767134

– Le 19 août, le laboratoire de toxicologie du Département de santé de l’État de New York avait déjà déterminé la responsabilité de l’acétate de vitamine E présent dans des produits du marché noir du THC. https://www.eurekalert.org/pub_releases/2020-01/mdpi-vea012220.php et leur conférence de presse le 5 septembre 2019 https://www.health.ny.gov/press/releases/2019/2019-09-05_vaping.htm

-Vitamin E Acetate in Bronchoalveolar-Lavage Fluid Associated with EVALI ; Benjamin C. Blount et al. ; N Engl J Med 2020; 382:697-705 ; DOI: 10.1056/NEJMoa1916433 https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1916433

-CDC Confirms Black Markets, not "Vaping," Caused Outbreak. https://cei.org/blog/cdc-confirms-black-markets-not-vaping-caused-outbreak

- Nyakutsikwa B, Britton J, Bogdanovica I, Langley T. Vitamin E acetate is not present in licit e-cigarette products available on the UK market. Addiction. January 2020:add.14920. doi : 10.1111/add.14920

– Les consommateurs de THC sont les premières victimes de la désinformation comme l’explique ce spécialiste du domaine du cannabis : https://www.leafly.com/news/politics/at-years-end-time-to-ask-why-did-the-cdc-ignore-vaping-evidence 

(2) Analyse de l’OFDT publiée : Does e-cigarette experimentation increase the transition to daily smoking among young ever-smokers in France? ; Sandra Chyderiotis et al. ; Drug and Alcohol Dependence, Vol. 208, 1 March 2020 ; https://doi.org/10.1016/j.drugalcdep.2020.107853

Analyse aux États-Unis : Electronic cigarettes, nicotine use trends and use initiation ages among US adolescents from 1999 to 2018 ; Floe Foxon, Arielle S. Selya ; Addiction, avril 2020 ; https://doi.org/10.1111/add.15099

(3) Eurobaromètre 458 https://data.europa.eu/euodp/fr/data/dataset/S2146_87_1_458_ENG

(4) Factchecking de Libération : https://www.liberation.fr/checknews/2018/02/01/est-ce-vrai-que-le-vapotage-augmente-les-risques-de-cancer-et-de-maladies-cardiaques_1626654

(5) La rétraction de l’article de Stanton Galntz par le Journal de l’American Heart Association : https://www.ahajournals.org/doi/10.1161/JAHA.119.014519

(6) Essai clinique mené par le Pr Peteer Hajek : https://www.nejm.org/doi/full/10.1056/nejmoa1808779

(7) L’affaire Stanton Glantz : https://www.statnews.com/2018/10/16/stanton-glantz-ucsf-sexual-harrassment/

(8) Voir par exemple (liste non exhaustive) :

Royal College of Physicians 2016 https://www.rcplondon.ac.uk/projects/outputs/nicotine-without-smoke-tobacco-harm-reduction

Public Health England de 2015 à 2020, les rapports annuels sur le vapotage : https://www.gov.uk/government/publications/e-cigarettes-and-heated-tobacco-products-evidence-review

Académie Nationale de Médecine : http://www.academie-medecine.fr/lacademie-nationale-de-medecine-rappelle-les-avantages-prouves-et-les-inconvenients-indument-allegues-de-la-cigarette-electronique-vaporette/

(9) Article de 2004 sur les arrangements entre Matt Myers et Philip Morris USA : https://www.rollcall.com/2004/10/04/how-philip-morris-tobacco-foes-tied-the-knot/

(10) Une affaire illustrant les méthodes Bloomberg : https://www.npr.org/2020/04/14/828565428/bloomberg-news-killed-investigation-fired-reporter-then-sought-to-silence-his-wi?t=1600778619985

                                                                    Le 22 septembre 2020, Poirson Philippe


mercredi 19 août 2020

La campagne de désinformation américaine de 2019 a violemment frappé les fumeurs anglais

Fin 2019, près de 70 % des fumeurs anglais ne savaient pas que vapoter est moins nocif que de continuer de fumer. Un taux de désinformation qui n’a jamais été aussi tragique jusque-là. Cause évidente, la responsabilité meurtrière des autorités sanitaires américaines dépasse les seuls États-Unis. Alors qu’ils avaient connaissance de la source des atteintes pulmonaires des jeunes Américains, établie par une analyse du Waldsworth center dès le 19 août, les responsables des CDC et de la FDA américaines ont déclenché une campagne médiatique de terreur contre le vapotage à l’été 2019. L’onde de choc du dénigrement mensonger a largement atteint le reste du monde. Publiée en juin dans le JAMA Network, une étude de l’University College de Londres (UCL) évalue le préjudice dans l’opinion des fumeurs anglais.

L’écroulement de la perception correcte des risques chez les fumeurs anglais

Basée sur le suivi du Smoking Toolkit Study (STS) auprès d’un panel d’anglais de plus de 16 ans, la recherche a mesuré la perception de 3215 fumeurs envers le vapotage. La part de fumeurs anglais à croire que le vapotage est plus nocif que de fumer a bondi de 37 %, passant de 12,7 % avant la campagne médiatique à 17,2 % après. Ceux croyant les deux produits aussi nocifs sont passés de 39,9 % à 43,8 %. Les sans opinion ont baissé à 8,1 % contre 10,4 % auparavant. Tandis que la perception correcte d’une réduction des risques de vapoter par rapport à continuer de fumer ne concerne plus que 30,9 % alors qu’elle était de 37 % avant la tempête médiatique.

13 781 fumeurs anglais ont répondu au cours des quatre années de suivi de la perception
des risques relatifs du vapotage par rapport au tabagisme du STS 

La détérioration de la perception de la réduction des risques de vapoter chez les fumeurs pourrait avoir des conséquences négatives. « Il est possible que les personnes qui avaient cessé de fumer des cigarettes avec le vapotage puissent maintenant retourner à fumer, et les fumeurs de cigarettes pourraient être dissuadés d’utiliser des dispositifs de vapotage pour les aider à cesser de fumer », souligne l’étude menée par Harry Tattan-Birch, de l’Institut d’épidémiologie de l’UCL. Ajoutant que « d’autre part, les jeunes qui n’ont jamais fumé pourraient être dissuadés d’essayer la cigarette électronique ».

Brian King du CDC et Mitch Zeller de la FDA savaient dès le 19 août

La tempête médiatique anti-vape s’était emballée suite à la conférence de presse du 23 août des autorités sanitaires américaines. Pourtant, les intervenants Brian King, responsable tabac des Centers for Disease Control (CDC), et Mitch Zeller, chef de la section tabac de la Food and Drug Administration (FDA), savaient la source des atteintes pulmonaires des jeunes depuis quatre jours. Mais face aux principaux médias du pays, ils ont préféré entretenir le doute et la peur. 

« Notre laboratoire a été le premier à identifier l’acétate de vitamine E dans les liquides de vaporisateur récupérés chez les patients souffrant de lésions pulmonaires, ce que nous avons rapidement signalé aux responsables des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis et des responsables de la santé publique de nombreux États par téléconférence et par courriel le 19 août 2019 », le Pr David C. Spink., chef du Laboratoire de chimie analytique organique de Wadsworth et auteur principal de l’analyse publiée par la revue Toxics en janvier 2020.

Le rapport du Waldsworth center, du département de santé de New York, établissant le lien entre la crise de malades pulmonaires et les produits du marché noir du THC frelatés à l’acétate de vitamine E leur avait été envoyé le 19 août. En dépit de cette analyse, les deux responsables fédéraux ont déclaré aux médias n’avoir aucun indice de la source des atteintes, préférant jeter les soupçons sur le vapotage nicotiné à travers le vocabulaire choisi. 

La banalité du mal

L’épidémie de mensonges

Plus de 80 % des jeunes hospitalisés pour cette atteinte pulmonaire l’ont été après la tempête médiatique anti-vape déclenchée par la conférence de presse de Brian King et Mitch Zeller. Ils n’ont pas été prévenus du réel danger par les autorités sanitaires américaines. L’épidémie de désinformation a contaminé l’ensemble de la planète, comme l’illustre l’étude de l’University College de Londres. 

Dans plusieurs pays, notamment en Inde où l’État possède une large part du capital du principal cigarettier, elle a été prétexte à la prohibition totale de vente des produits de vapotage. Ce sont des centaines de millions de fumeurs qui ont été abusés et maintenus dans le tabagisme par la communication trompeuse si ce n’est menteuse des responsables américains sur cette affaire. 

lundi 2 mars 2020

USA - Scandale des liquides contaminés: le CDC aurait pu prévenir près de 80% des cas

Chronologie d'un désastre sanitaire évitable ponctué de 68 décès et 2807 personnes hospitalisées. Les maladies pulmonaires provoquées par des cartouches contaminées à l’acétate de vitamine E sur le marché noir du THC aux États-Unis au second semestre 2019 ont pris la proportion d’une crise sanitaire. Pourtant, les autorités détenaient très tôt des informations claires sur l'origine réelle des pneumopathies. Une communication loyale des responsables de santé publique aurait pu prévenir plus de huit dixièmes des malades. A l'inverse, le Center for Disease Control (CDC) et la Food and Drug Administration (FDA) ont manipulé l'information au public dans un calcul politicien cynique. Les consommateurs de produits au THC ne se sont évidemment pas sentis concernés par les avertissements contre les « E-cigarettes ». Tandis que, secondes victimes de la campagne de confusion, des millions de fumeurs de cigarettes ont renoncé à passer au vapotage.

Plus de 80% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août

Ce 18 février 2020, le Center for Disease Control (CDC) dénombre 68 décès et 2807 personnes atteintes par les pneumopathies liées aux liquides frelatés à l’acétate de vitamine E du marché noir du THC aux États-Unis. L’agence américaine a affublé cette vague de pneumopathies du nom trompeur de « e-cigarette, or vaping, product use associated lung injury (EVALI) ». En réalité, les biopsies des victimes ont clairement confirmé que la cause des pneumopathies était l’acétate de vitamine E, absente de cette dénomination.

Substance huileuse, l’acétate de vitamine E était ajouté par les dealers du marché noir à des liquides au THC pour tromper leurs clients sur la teneur en substance psychotrope des cartouches frelatées. Aucun élément n’a indiqué que l’e-cigarette au sens courant du terme, la rapportant au vapotage de nicotine, ait été impliquée.

Dés fin juillet, les autorités de santé ont des indices forts sur la réelle origine des problèmes. Le 19 août, un rapport d’analyse, stipulant clairement que le seul suspect identifié à l’origine des pneumopathies est l’acétate de vitamine E, est remis aux autorités du CDC et de la Food and Drug Administration (FDA).

Pourtant, le CDC et la FDA vont organiser une grande campagne de désinformation pour incriminer le vapotage de nicotine. Des milliers de consommateurs de produits au cannabis n’ont ainsi pas été prévenus du danger les concernant. Selon le décompte final du 25 février 2020 du CDC, 81% des 2807 cas se sont déclarés après le 19 août.

Le CDC s’autocongratule de sa gestion sanglante

« En raison de la baisse continue des nouveaux cas d’EVALI depuis septembre 2019 et de l’identification de l’acétate de vitamine E comme cause principale d’EVALI, la publication d’aujourd’hui est la dernière mise à jour hebdomadaire du CDC sur le nombre de cas d’EVALI hospitalisés et de décès à l’échelle nationale », déclare l’agence aux médias ce 25 février pour clore le dossier.

Malgré sa désastreuse communication, l’agence s’autofélicite. La vague de malades aurait diminué en raison de « la sensibilisation accrue du public au risque associé à l’utilisation de produits de cigarette électronique ou de vapotage contenant du THC résultant de la réponse rapide de la santé publique », affirme le CDC fin février.

En réalité, la direction du CDC a diffusé une désinformation tronquée, biaisée et trompeuse durant des mois. Une mise en danger de la population dont le déroulé est affligeant. Et ceci alors que l’agence détenait déjà des éléments probants de la réelle source des pneumopathies: l’acétate de vitamine E.

Avant même la crise, des alertes sonnent. Dès le 6 juillet, Eliana Golberstein, chimiste à Auckland pour Myriad Pharmaceuticals qui commercialise un dispositif de vapotage, pointe la vitamine E comme un potentiel danger à l’inhalation.

Des alertes sur les cartouches du marché noir du THC dès la fin 2018

La mise en garde de la chimiste survient après d’autres alertes. Depuis plusieurs mois, des professionnels de produits de cannabis légaux aux États-Unis tentent alors de faire réagir les autorités sur les risques de produits du marché noir. Le magazine Rolling Stones couvre le sujet en décembre 2018. Officieusement, les « insiders » ont déjà identifié la mise sur le marché d’un nouvel « additif épaississant » depuis la fin 2018, mais craignent de s’exposer au risque d’un procès en diffamation s’ils en parlent publiquement.

Le produit se vend aux dealers pour tromper leurs clients sur la teneur en THC des cartouches de liquide. Les acheteurs des cartouches pré-remplies faisaient le test de la bulle d’air pour évaluer cette teneur: si la bulle remontait lentement, cela indiquait un produit chargé en extrait de THC. L’additif nouvellement utilisé permet de faire croire à un liquide épais, malgré une faible concentration d’extraits de cannabinoïdes. Mais les autorités sanitaires préfèrent ignorer les alertes et optent pour la posture de l’autruche.

Le 25 juillet, alerte et image du principal produit frelaté

Les premiers cas apparaissent au printemps, puis leur nombre augmente en juillet notamment au Wisconsin. Le 25 juillet, le Département de santé local lance l’alerte: huit cas sont identifiés, l’un d’eux a été plongé dans le coma artificiel. Son frère témoigne devant les caméras de Fox6 Milwaukee et montre une cartouche « Dank Vape », une marque illégale de produits au THC. Il affirme avoir déjà donné aux services de santé d’autres échantillons de ce produit acheté dans la rue par son frère.

Aucun autre média ne reprend cette information. Seule la mise en cause du vapotage sans autre précision par les autorités du Wisconsin est diffusée largement.

Le rapport du Wadsworth Center tenu secret

Le 19 août, le département de santé de New York envoie au CDC et à la FDA un rapport d’analyse de 38 échantillons de liquides utilisés par les dix premiers new-yorkais touchés par la pneumopathie. « L’acétate de vitamine E est la principale découverte dans les liquides aux cannabinoïdes. Aucun composé pouvant être lié à EVALI n’a été trouvé dans les deux produits à base de nicotine testés », conclut cette première analyse complète des produits suspects des pneumopathies par le Wadsworth Center. Ces résultats ne seront rendus publics que six mois plus tard, le 20 février 2020 par la revue Toxics.

Aussi le 19 août sur la chaîne locale WLFI, le Dr Marc Estes, responsable du département de santé de l’Indiana, pointe clairement que les onze cas détectés dans son Etat « ne sont probablement pas corrélés au vapotage lui-même, mais à ce que les individus ont vapoté », évoquant les produits de THC.

Le même jour dans l’Utah, la Dre Dixie Harris, pneumologue à Intermountain Healthcare, souligne que « tous les cas sont assurément associés à des concentrés de marijuana », au Salt Lake Tribune (non atteignable depuis l’Europe). Le 22 août, le département de santé de l’Iowa signale que trois patients sur les quatre cas reconnaissent avoir utilisé des produits illicites au THC.

Sur le terrain, tout désigne les produits frelatés du marché noir du THC

« De nombreux États ont signalé que le THC était lié à la plupart des cas, sur la base des déclarations des patients. Par exemple, l’Utah a rapporté que 94% des patients ont admis utiliser des cartouches de THC alors que seulement 6% ont déclaré ne vapoter que de la nicotine. Dans cet État, les tests des produits utilisés par les patients ont révélé qu’aucun dispositif de vape à la nicotine n’était contaminé, mais 89% des cartouches de THC ont été détectées comme frelatées avec des ingrédients pouvant expliquer les maladies », relate le rapport de Michelle Minton et Will Tanner, du Competitive Entreprise Institute (CEI), publié le 21 janvier 2020 malgré les obstructions de la bureaucratie du CDC, comme le montre cette conversation téléphonique.

Pourtant, en dépit des communications des départements de santé des États, de l’analyse des liquides des patients par le Wadsworth Center du département de santé de New York, des témoignages et des cartouches de produits frelatés de marques illégales en leur possession, les autorités du CDC et de la FDA vont choisir de sciemment désinformer le public.

Le briefing du mensonge du 23 août

Le 23 août, l’émotion du public est à son comble avec la survenue du premier décès.« Cette mort tragique dans l’Illinois renforce les risques graves associés aux produits de cigarette électronique », déclare Robert Redfield, directeur par intérim du CDC, dans un communiqué officiel. À partir de là, les grands médias mettent en boucle la sentence: « L’e-cigarette tue ». En complément du communiqué, les autorités de santé tiennent un briefing par visio avec la presse.

Ileana Arias, directrice adjointe du CDC, annonce « 193 cas potentiels non confirmés de maladie pulmonaire grave associée à l’utilisation de produits de cigarette électronique ». Aux questions insistantes des journalistes sur les possibles substances en cause, les responsables affirment à plusieurs reprises ne pas avoir de données.

« Nous n’avons spécifiquement lié aucun de ces ingrédients spécifiques aux cas actuels, mais nous savons que l’aérosol de cigarette électronique n’est pas inoffensif », enfume le Dr Brian King, de la section tabac du CDC, à une question d'un journaliste de NPR.

Mich Zeller, directeur de la section tabac de la FDA, renchérit dans le mensonge par omission. « Nous avons reçu des échantillons de produits et nous les analysons pour voir s’ils contiennent de la nicotine, des substances telles que le THC, ou d’autres produits chimiques ou ingrédients. Les résultats de ces analyses seront communiqués aux États afin de les aider dans leur enquête en cours », déclare-t-il sans évoquer les résultats du Wadsworth Center qu’il détient.

Quatre jours après avoir reçu le rapport, les responsables du CDC et de la FDA ont donc sciemment décidé de cacher au public les informations du département de santé de New York sur la mise en cause de l’acétate de vitamine E dans les cartouches au THC du marché noir. Les médias reprennent la communication des autorités sanitaires et incriminent « la cigarette-électronique », ce qui dans le langage populaire signifie le vapotage de nicotine.

Leafly mène l’enquête

« C’est l’un des plus grands manquements au devoir de la part des dirigeants américains de la santé publique que j’ai vue de mon vivant », dénoncera Bruce Barcott, rédacteur-en-chef adjoint du site spécialisé sur le cannabis Leafly, dans sa chronique de fin d’année. « Pendant des mois, les responsables du CDC ont déclaré au public qu’il était impossible de savoir quel type de vape tuait des gens. En fait, les dirigeants de la santé publique ont désespérément tenté de rejeter la faute sur les appareils de vapotage de nicotine. Pourtant les faits racontent une autre histoire », poursuit-il.

Le responsable de Leafly est bien placé pour le savoir. C’est David Downs, son journaliste en Californie, qui révèle le 30 août le lien entre les pneumopathies et un additif à l’acétate de vitamine E lancé sur le marché pour tromper les acheteurs de cartouches au THC. Les gens vapotent, des extraits de cannabis, de la nicotine ou simplement des arômes, depuis des années sans problème. Et soudain cette vague de pneumopathies. « Qu’est-ce qui a changé? », se demande David Downs dans l’article. 

Honey Cut

« Les initiés de l’industrie [du cannabis légal] qui suivent de près les marchés légaux et illégaux des cartouches de vape au THC disent à Leafly qu’un nouveau type d’additif a commencé à apparaître à la fin de 2018. Il est depuis devenu largement utilisé sur les marchés parallèles. Il s’agit d’une nouvelle classe d’agents épaississants inodores et insipides », explique le journaliste de Leafly, dont les éclaircissements n’ont pas l’audience des médias mainstreams. 

La suite de son enquête confirmera ces informations, pointant spécifiquement un additif épaississant vendu sous le nom de « Honey Cut » et constitué à près de 95% d’acétate de vitamine E. Mais pour éviter le risque de poursuites judiciaires, il ne publiera l’information que le 8 novembre, immédiatement après que le CDC ait enfin reconnu officiellement que l’acétate de vitamine E est « fortement suspecté » d’être impliqué dans les pneumopathies.

Le 5 septembre, le département de santé de New York brise l’omerta

Entre-temps, le département de santé de New York a eu le courage de braver les consignes de désinformation du CDC et de la FDA. Le 5 septembre, un communiqué de presse brise l’omerta: « Les résultats des tests de laboratoire ont montré des niveaux très élevés d’acétate de vitamine E dans presque tous les échantillons contenant du cannabis analysés par le Wadsworth Center dans le cadre de cette enquête. Au moins un produit de vape contenant de l’acétate de vitamine E a été associé à chaque patient qui a soumis un produit pour un test », explique le communiqué associé à des photos de produits du marché noir en cause.

La presse reprend l’information de manière plus ou moins confuse. Mais la hiérarchie du CDC tente de brouiller le message avec une conférence de presse dès le lendemain. Et cela marche, comme on peut le constater dans cet article confus du Washington Post du 7 septembre.

Malgré cela, le message sur les liquides frelatés commence à percer dans le public concerné. Le pic de nouveaux cas va être atteint la semaine suivante, puis décroître progressivement au fur et à mesure que l’information se répand auprès des consommateurs de produits au THC.

Le crash du 11 septembre

Cependant, les responsables du CDC et de la FDA se rapprochent de l’objectif politique de leur campagne de désinformation. Alors que le pays compte six décès liés à ces pneumopathies, le président Donald Trump annonce le 11 septembre vouloir interdire le vapotage aromatisé devant les caméras.

Le 15 septembre, Andrew Cuomo, le maire de New York, profite de l’épidémie de peur pour annoncer l’interdiction des liquides de vape aromatisés. Cette annonce suit celle du Michigan et précède celle du Massachusetts, où le gouverneur Charlie Baker a interdit les produits de vape. L’épidémie de prohibition se répand, selon le suivi du Vaping Post, à l’État de Washington, le Rhode Island, l’Oregon, le Montana...

Malgré les pressions du lobby Parents against vaping (PAVe) sur la première dame, Donald Trump renifle la supercherie du CDC concernant les pneumopathies. Il convoque à la Maison Blanche une table-ronde réunissant les lobbyistes anti-vape, cigarettiers, mais aussi Gregory Conley, infatigable défenseur de la vape indépendante avec l’American Vaping Association (AVA).

Trump décide au dernier moment de diffuser en streaming la réunion du 23 novembre. Il en ressort la vision prohibitionniste des anti-vape et le jeu de dupes des cigarettiers, espérant éliminer la concurrence de la vape indépendante avec des restrictions. Mais de manière inattendue, l’intervention de Gregory Conley attire l’attention du président.

Le Far West sauvage commence maintenant

Au final, Trump décide en janvier d’interdire la vente des cartouches de pods préremplis aromatisées, sauf les goûts tabac et menthol, et de porter à 21 ans l’âge légal pour acheter des produits de tabac et de vapotage. Les liquides de vape indépendants échappent à l’interdiction des arômes.

Cependant, la campagne médiatique nourrie par le CDC a massacré le secteur. Des centaines, si ce n’est des milliers, de boutiques spécialisées ont définitivement fermé. Enfin, la perspective des très onéreuses procédures d’homologation dites PMTA laisse peu de chance de survie aux produits indépendants aux États-Unis.

Des produits illégaux de vape nicotinée, bâtis en projet économique éphémère, en profitent pour se répandre avant de disparaître après quelques mois et millions encaissés. À l’image des Puff Bars de conception archaïque et de qualité très médiocre, pour le dire avec euphémisme, ces produits jetables sont vendus à bas prix (~ 10 $). Les adversaires de la réduction des risques, qui ont abusivement utilisé l’image du Far West sauvage pour demander des interdictions, sont en train de réellement créer une situation propice aux produits hors de tout contrôle. 

Pandémie de désinformation

Au-delà des États-Unis, l’onde de choc de l’épidémie de désinformation a frappé tous les pays. Par exemple en France, la Fivape, fédération des entreprises de vape indépendantes, estimait à près de 30% de chute de chiffre d’affaires en août et septembre. Les ventes légales de cigarettes, en baisse sur l’année, sont restées à un niveau relativement stable sur le dernier trimestre 2019 selon les données de l’OFDT. L’opération du Mois Sans Tabac en novembre a connu une chute de 20% de participation par rapport à la précédente édition, alors qu’elle progressait d’année en année.

Sans être définitifs, ces indicateurs laissent penser que la campagne de dénigrement mensongère contre le vapotage, particulièrement soutenue de la part de l’AFP, a profité à un relatif maintien du tabagisme aussi en France. Le sondage BVA/Sovape publié en octobre 2019, en pleine tempête médiatique anti-vapotage, renforce cette impression: 59% des Français croient que vapoter est aussi ou plus nocif que fumer. Des tendances similaires sont rapportées dans d’autres pays.

Les victimes

Les premières victimes de l’opération de désinformation sont les milliers d’usagers de produits au THC qui n’ont pas été prévenus du danger. Des centaines garderont des séquelles respiratoires, une large partie des décès aurait pu être évitée.

Les centaines de millions de fumeurs dans le monde abusés par cette propagande contre le vapotage sont les autres victimes. Près de la moitié mourront d’une maladie liée au tabagisme, tous auront leur santé amoindrie de ne pas avoir arrêté de fumer.

Une des premières victimes de toute guerre est aussi la vérité. La manière dont les autorités de santé et les médias ont massacré les faits, défiguré la réalité, instrumentalisé des victimes dans la détresse et trompé la population dépasse la simple violation déontologique. La falsification du 19:30 de la télévision romande RTS en est un exemple pitoyable.

Victoire à la Pyrrhus

De manière peut-être paradoxale, une victime qui se révélera à plus long terme est l’autorité de la santé publique. Les mensonges caractérisés du CDC, et d’autres organisations sous influence privée dans son sillage, sur cette affaire marquent une rupture de confiance pour des dizaines de millions d’usagers du vapotage, ainsi que de cannabis, même si ceux-ci subissent déjà une longue histoire de tromperie. Il y a aussi, pour un nombre que je ne sais pas estimer, des professionnels de santé. 

Assurément, le CDC a abusé une grande partie de la population. « Près de 3 Américains sur 5 pensent que les décès récents dus à une maladie pulmonaire sont liés à l’utilisation de cigarettes électroniques », relate un sondage du cabinet Morning Consult de septembre 2019. Tandis que seulement 34% pensaient que les cas concernaient « de la marijuana ou des e-cig au THC ». Le sondage ne posait pas la question du rôle de la vitamine E aux sondés. Probablement que le taux de personnes informées correctement aurait été catastrophique. Le sondage a également montré que moins de 22% des Américains savent que vapoter est moins nocif que fumer. 

Cependant, une minorité importante de la population américaine semble avoir saisi la mécanique de manipulation autour de cette vague de pneumopathies. À plus long terme, la question reste ouverte de la crédibilité de ceux qui ont porté le mensonge. La tromperie fonctionne tant que les victimes ne s’aperçoivent pas de la supercherie. Avec une technologie aussi simple et résiliente que le vapotage, qui ne disparaîtra pas en tant que tel, il n'est pas impossible qu’une large partie du public comprenne avec le temps l’énormité de l’enfumage dont elle a été victime durant ce tragique second semestre 2019.

En complément - La conférence d’Ethan Nadelmann, fondateur de la Drug Policy Alliance, à l’Ecig Summit de Londres le 14 novembre 2019 sur la diabolisation du vapotage aux États-Unis : https://vimeo.com/374470255

mercredi 12 février 2020

Fraude sur la vape et les crises cardiaques: la revue JAHA fait la sourde oreille à une nouvelle plainte de 16 experts anti-tabac

Dans deux lettres fin janvier, seize nouveaux experts anti-tabac* s'inquiètent de la fraude sur le vapotage et les crises cardiaques publiée en juin dans le Journal of the American Heart Association (JAHA). L'étude signée Stanton Glantz et Dharma Bhatta, de l'Université de San Francisco (UCSF), a fait grand bruit dans les médias à l'époque. Le vapotage serait cause de crises cardiaques. Pourtant rapidement, des chercheurs nourrissent des doutes sur les conclusions de l'analyse statistique. 

Le Pr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, de l'Université de Louisville, obtiennent les données brutes fédérales ayant servi à l'étude et s'aperçoivent, selon USA Today du 19 juillet, qu'une "large part des 38 patients de l'étude ayant subi une crise cardiaque l'ont eu avant de commencer de vapoter". Les deux chercheurs écrivent à la revue, le 11 juillet puis le 18 juillet, pour demander la rétraction de l'article aux conclusions infondées. En réaction, JAHA joue l'obstruction.

Pression pour étouffer l'affaire

Le 3 octobre,  le Consortium interuniversitaire pour la recherche politique et sociale (ICPSR) fait pression au prétexte de la protection des données personnelles sur le Dr Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat pour qu'ils ne divulguent pas publiquement leur contre-analyse. Plus de trois mois après les deux lettres de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat, la revue JAHA leur répond enfin le 30 octobre d'une formule ampoulée selon laquelle elle va enquêter. "La réponse du Journal de l'American Heart Association n'offre rien de plus qu'une obfuscation bureaucratique", réagit Clive Bates, spécialiste du domaine de la réduction des risques, dans le fil de commentaires PubPeer à l'article de Glantz et Bhatta.

Le Pr Andrew Gelman confirme l'erreur fondamentale de l'étude

En novembre, le Pr Andrew Gelman, spécialiste de statistique renommé et directeur de l'Applied Statistics Center de l'Université Columbia, effectue sa propre analyse des données. "Bhatta et Glantz font des allégations causales basées sur la corrélation entre les problèmes cardiaques et l'utilisation de vapotage, il semble donc approprié d'exclure de leur analyse les personnes qui n'ont commencé à vapoter qu'après leurs attaques cardiaques", explique le spécialiste dans un billet sur son blog.

"Même s'ils l'avaient fait", poursuit-il, "je peux anticiper des problèmes sur les résultats - la confusion avec le tabagisme est le gorille de 800 livres dans la pièce, et toute tentative d'ajustement sur ce facteur de confusion dépendra nécessairement fortement du modèle utilisé pour cet ajustement... mais retirer ces 11 personnes [qui ont eu l'attaque cardiaque avant de vapoter] de l'analyse, cela semble être un minimum", souligne le Pr Andrew Gelman. Cependant, la revue JAHA ne donne toujours pas signe de vie.

Seize experts rentrent dans la bataille

Le 20 janvier, 16 experts* de renommée mondiale de la lutte anti-tabac se décident à demander des clarifications à la revue JAHA, exprimant leur "inquiétude concernant les défauts fondamentaux" du papier signé par Stanton Glantz et Bhatta. Notamment deux lacunes majeures mettent à mal le prétendu lien de causalité entre vapotage et risque de crises cardiaques. En premier lieu, les experts relèvent que "bon nombre des crises cardiaques comptabilisées dans l'analyse se sont produites avant l'adoption du vapotage [par les personnes victimes de crises] et leur exclusion de l'analyse annule la conclusion et la prémisse globale de la publication"

Par ailleurs, les experts académiques soulignent que "les auteurs étaient au courant des données de l'enquête utilisée qui auraient pu corriger cette erreur", à savoir les dates des crises cardiaques et de l'entrée en consommation de vapotage. Les 16 experts soulignent que "la revue n'a jusqu'à présent pas fourni de réponse substantielle à ces préoccupations", déjà mises en lumière par l'analyse de Brad Rodu. Mais, une fois de plus, la revue JAHA envoie une réponse creuse le 23 janvier. 

Seconde charge contre le JAHA

Le 29 janvier, les 16 pointures reviennent à la charge précisant trois problèmes majeurs. "(1) Des défaillances critiques dans le document publié lui-même ; (2) le comportement des auteurs qui n'ont pas ajusté leur analyse en fonction des données qu'ils savaient exister et qui aurait résolu les problèmes liés à leur analyse, mais ce faisant, auraient remis en cause leur conclusion initiale ; (3) la procédure suivie par le journal à la lumière de la plainte du donneur d'alerte déposée par le Dr Brad Rodu en juillet 2019 et à présent suivie par nous".

Les chercheurs vont plus loin en demandant à la revue ce qu'elle compte faire sur deux points précis. "Question 1. Il est clair que les résultats ne sont pas fiables. La revue accepte-t-elle que les résultats ne sont pas fiables et que propose la revue à propos de l'article publié? Question 2 . Pouvez-vous confirmer s'il y a ou a eu une enquête sur cette plainte, décrire son état actuel et indiquer le résultat de l'enquête, le cas échéant?"

Une rétraction seulement après avoir obtenu des mesures anti-vape?

À cette heure, le JAHA n'a pas répondu à la dernière demande des chercheurs. La controverse est accessible au public dans les commentaires de la publication du résumé de l'étude sur PubPeer, le réseau regroupant les publications scientifiques. Cette semaine dans la revue Reason, Jacom Sullum se demande "à la lumière de ce "problème de données", où est "l'évaluation objective et approfondie"  promise par la revue JAHA ?" 

Huit mois après le début de la controverse, tout laisse à penser que l'Association of Heart American joue la montre. Alors que, par exemple, Ranti Fayokun a encore présenté les résultats de Glantz et Bhatta sur les risques de crises cardiaques et d'AVC liés au vapotage comme des vérités établies devant les délégués du Conseil exécutif de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) à sa 146e session la semaine dernière à Genève.

[add 18-02-2020] La revue JAHA vient de rétracter la publication. Explications dans ce nouveau billet [/add]

* Les 16 signataires sont:
Pr David B. Abrams, New York University
Pr Kenneth Michael Cummings, Medical University of South Carolina
Pr George Davey Smith, University of Bristol
Dr Konstantinos Farsalinos, Onassis Cardiac Surgery Centre
Pr Jonathan Foulds, Penn State University
Pr Abigail Friedman, Yale School of Public Health
Pr Thomas Glynn, Stanford University
Pr Peter Hajek, Queen Mary University of London
Pr Martin Jarvis, professeur émérite de l'University College of London
Pr Robert Kaestner, Université de Chicago
Pr Ann McNeill, King's College of London
Pr Marcus Munafò, University of Bristol
Pr Raymond Niaura, New York University
David Sweanor, University of Ottawa
Pr David Timberlake, University of California, Irvine
Pr Kenneth Warner, University of Michigan

vendredi 22 novembre 2019

Une hypothèse fumeuse sur l'origine d'une pneumopathie au Canada devient une certitude à buzz anti-vape pour l'AFP

C'est répétitif et du coup, un peu lassant à débunker. Un travail d'un niveau scientifique proche de la cave devient un buzz affolant dans la presse grand public, via l'emballage trompeur de l'AFP. En l’occurrence, une suite d'hypothèses douteuses présentées par des médecins canadiens dans la revue du Canadian Medical Association Journal (CMAJ) devient un diagnostic établi sous la plume de l'AFP. Dépêche reprise sans vérification ni distance critique par divers médias francophones. Le papier des médecins canadiens, publié avant-hier avant révision par des pairs, présente le cas d'une pneumopathie d'un adolescent de 17 ans, pris en charge en hôpital durant 47 jours, avec une assistance respiratoire et un traitement aux corticoïdes, avant de rentrer chez lui. La phrase la plus importante du texte médical est "le mécanisme exact de l'atteinte et l'agent causal sont inconnus"

Tout le reste du texte doit se lire à partir de cette ignorance et être interprété pour une hypothèse. A l'opposé de toute loyauté pour le lecteur et d’honnêteté intellectuelle, l'AFP transforme l'hypothèse, mal fondée comme nous allons le voir, en buzz. Rappeler aux journalistes de l'AFP les devoirs des journalistes de la charte de Munich est inutile, ils ne savent pas qu'elle existe.

Inférence inversée sur un postulat branlant

L'hypothèse de Simon T. Landman et de ces confrères est que le jeune homme a subi une bronchiolite oblitérante à cause de son vapotage, qu'il utilisait depuis 5 mois, parce que des liquides contiendraient du diacétyle. N'étant pas en mesure de faire une biopsie chirurgicale des bronchioles, "ceci nous a amenés à considérer la possibilité d'une exposition toxique par inhalation de vapotage comme la cause de la bronchiolite aiguë et, étant donné l'exposition aux composés aromatisants des e-liquides, nous avons fait le postulat que la bronchiolite oblitérante pourrait s'être développé chez ce patient", précisent les médecins. Oui,  c'est ça: une hypothèse puis un postulat sur la maladie même, avec une inférence inversée entre deux. Bingo au concours de paralogisme.

Or plusieurs éléments font énormément douter de cette construction hypothétique. Dans l'ordre logique, leur première hypothèse est que le malade est atteint d'une bronchiolite oblitérante. Les médecins canadiens appuient ce postulat sur l'analyse des images des poumons du malade, qui montrent une inflammation sévère. On ne sait pas pourquoi, les médecins canadiens ont décidé que ces images écartent le diagnostic de pneumopathies similaires à celles des jeunes américains avec les liquides frelatés à la vitamine E du marché noir de produits au THC. Pourtant, dans plusieurs cas des malades américains, les images des poumons présentent des signes similaires à celui du jeune canadien.

Pour assurer un diagnostic de bronchiolite oblitérante, les médecins auraient du faire une biopsie chirurgicale des bronchioles. C'est délicat et dangereux pour le patient, et on peut comprendre qu'ils aient abandonner ce test. Mais sur la base de ce qu'ils ont à disposition, leur hypothèse n'est qu'une hypothèse et le point le plus important est que "le mécanisme exact de l'atteinte" reste "inconnu".

Cachez ce liquide frelaté que je ne saurais voir

Or, un élément essentiel plaide pour prendre en considération l'autre hypothèse d'un possible rôle d'un liquide frelaté. Cet élément est tout simplement que le patient a expliqué vapoter des liquides traficoté avec du THC. Pourquoi les médecins écartent cette piste et n'ont pas analysé le liquide supposément au THC ajouté par le jeune? Comment être sûr qu'il n'a pas inhalé des adultérants tels que la vitamine E ou des lipides ou des pesticides, comme aux Etats-Unis, à travers ça? Le postulat des médecins canadiens les a condamné à ne pas considérer cette possibilité.

Sur la base de leur postulat douteux, mais pas impossible, d'une bronchite oblitérante, ils ont décidé de traquer la présence de diacétyle dans les liquides vapotés par le jeune homme. Dans leur papier, ils disent en avoir trouvé. Mais ils ne donnent aucune précision ni sur les liquides, ni sur les doses. Une source dont je dois conserver l'anonymat pour préserver sa sécurité - les représailles contre les scientifiques osant ne pas se conformer aux mots d'ordre anti-vape devenant fréquentes et violentes* - confirme que des analyses montrent que deux des onze concentrés utilisés par le jeune homme pour confectionner ces liquides de vape contiennent des doses minimes de diacéthyl. 

Les vapoteurs sont-ils humains ? La science s'interroge

Il est extrêmement improbable que les doses relevées dans deux des concentrés, qu'il est nécessaire de diluer pour les vapoter, puissent générer des taux de diacétyle inhalé au dessus des normes de sécurité avec un usage réaliste. Sur ce point, l'article de Joseph Allen, cité en référence par les médecins canadiens,  publié en 2015 dans Environnemental Health Perspectives avait postulé un vapotage en continu similaire au volume respiré. Or, faisons-en la révélation, mais les vapoteurs respirent entre deux bouffées. Ils restent des humains, même si les anti-vape en doutent fortement de toute évidence. 

Les taux mesurés de diacétyle (2,3 butanedione) dans 38 liquides sur 51 - et non dans tous contrairement à ce que prétend l'AFP - de cette étude de 2015 montraient en moyenne, 9 parts par milliard dans les aérosols dégagés par les vapoteuses. Soit avec une consommation réaliste, environ 750 fois moins que dans la fumée de cigarette, qui n'a jamais été liée de manière causale à une bronchiolite oblitérante. Et 8700 fois moins que les taux relevés dans l'usine de pop-corn où des ouvriers ont été touchés par une bronchiolite oblitérante en 2000 (780 parts par million dans la salle de mélange).

A l'époque, les vapoteurs avaient fait pression avec succès pour limiter au minimum le diacétyle dans les liquides. La plupart des producteurs ont changé leur composition ou disparus. En Europe, la norme AFNOR le limite drastiquement d'ailleurs. Cependant, à l'exception d'un liquide américain à la pêche plus dosé, les liquides testés par Harvard en 2015 dégageaient des aérosols contenant moins de diacétyle (pour ceux qui en avaient) que le fumet d'une tasse de café. Ce qui nous amène à revenir sur un dernier point troublant du papier des médecins canadiens.

Fast-food, fake-science et bullshit-media?

A travers leur construction hypothétique, ils en arrivent à accuser le vapotage conventionnel, en dépit de l'usage de produits du marché noir douteux par le jeune homme. Et cette accusation pointe la présence de diacétyle dans des liquides, sans donner les mesures qu'ils ont fait. Mais les médecins canadiens ne se sont pas intéressés aux conditions de travail du jeune homme. Or, celui-ci bosse dans un fast-food. Les frites surgelées, les pains et les gâteaux des fast-foods notamment sont connus pour contenir des doses importantes de diacétyle.

Et pourtant, ils n'ont pas essayé de mesurer le taux de diacétyle dans l'air ambiant du lieu de travail auquel est exposé le jeune homme. Hum... Croient-ils vraiment à leur hypothèse ? En tout état de cause, une hypothèse peut être soumise à discussion dans le cadre scientifique. Mais qu'elle devienne une vérité diffusée sans précaution ni distance critique minimale médiatiquement est déontologiquement honteux pour les journalistes et pour les médecins à l'origine de cette mésinformation.

*A propos des représailles contre des scientifiques et chercheurs sur le sujet, l'exemple du harcèlement de Marewa Glover en Nouvelle-Zélande est évoqué par le Pr Jean-François Etter dans son analyse sur la Fondation Smoke-Free World à la Royal Society dont la vidéo est en ligne.

lundi 7 octobre 2019

Alerte au nouveau bad buzz sur le risque de cancer chez des souris avec le vapotage

Les mêmes souris, la même équipe de chercheurs, cette fois-ci menée par Moon-shong Tang, et les mêmes résultats peu crédibles sur les risques de cancer avec le vapotage. Une nouvelle étude, intitulée "Electronic-cigarette smoke induces lung adenocarcinoma and bladder urothelial hyperplasia in mice", a été envoyée en primeur à des médias triés sur le volet pour lancer dans les prochaines heures un nouveau bad buzz d'un risque de cancer lié au vapotage. L'embargo était ce soir à 21h. Publiée dans la revue PNAS, l'étude a été menée par la même équipe de l'Université de New-York que celle qui avait terrorisé le monde en janvier 2018, malgré les réactions outrées des experts scientifiques. Les chercheurs ont de nouveau utilisé le même type de souris FVB/N mâles. Or, il a été mis en évidence dans différentes études que ces souris génétiquement modifiées développent spontanément des tumeurs bronchiques, comme l'avait souligné un article du Vaping Post en 2018

450 ans de vapotage en surchauffe

En réaction à la nouvelle publication du PNAS, le Pr Bertrand Dautzenberg note également, sur son compte tweeter, les dosages extravaguant de la nouvelle étude "équivalents à 450 ans de vapotage fonctionnant en surchauffe, donc avec des aldéhydes cancérigènes". Pendant 54 semaines, 40 souris ont été soumises à un aérosol de vapotage, selon le même protocole que dans l'étude précédente de 2018, reproduisant ainsi les mêmes erreurs méthodologiques listées à l'époque, qui méritent relecture pour saisir celles-ci. Ce qui semble être basiquement une confusion entre une étude de toxicologie chronique et un protocole de toxicologie aiguë.

"L'étude n'a pas de pertinence claire pour les vapoteurs humains. Les rongeurs ont été exposés à ce qui est pour eux d'énormes concentrations de produits chimiques qui ne ressemblent en rien à l'exposition humaine du vapotage. Plusieurs animaux sont en effet morts lors de ces expositions. Les auteurs ont attribué les effets qu'ils ont observés au nitrosamine NNK qui est cancérogène - mais le NNK a été mesuré chez des vapoteurs humains, et on sait que l'exposition par le vapotage est négligeable ou nulle", réagit le Pr Peter Hajek, spécialiste sur le tabac de la Queens Mary University of London, sur le site du Science Media Center.

Les souris FVB/N

La nouvelle étude publiée dans PNAS abouti à un taux de 22,5% de cancer adénocarcinomes sur 40 souris FVB/N à l'âge de 14 mois, après 54 semaines à être soumises à un aérosol de vapotage. En comparaison des résultats de cette étude, celle menée par Joel Mahler en 1996 sur les mêmes souris FVB/N sans vapotage, recensait à 14 mois une incidence de tumeurs de 13 % chez les mâles et 26 % chez les femelles.

Ce type de souris génétiquement modifiées pour les recherches sur le cancer est connu, par au moins trois études, d'avoir un sur-risque cancéreux, tout particulièrement de tumeurs pulmonaires: Joel Mahler et al (1996), Wakefield et al (2003) et Véronique Baron et al (2005). "Le choix du modèle animal c’est le B.A.BA d’une étude toxicologique. Les souris [FVB/N] sélectionnées développent spontanément des cancers pulmonaires. C’est malhonnête", réagissait en 2018 le Dr Eric Blouin au Vaping Post à propos de la précédente étude sur le même type de souris par la même équipe d'universitaires.

Choisir sciemment des souris connues pour avoir une prédisposition génétique aux tumeurs parait inacceptable. Je ne prends pas la peine de traiter plus précisément une telle étude. Quel média prendra la peine de demander un avis éclairé avant de répandre le bad buzz, engranger les clics et maintenir des fumeurs dans la cigarette? Pour sa part, le Pr John Britton, directeur du Centre for Tobacco & Alcohol Studies (UK), estime que "ces résultats sont basés sur de très petits nombres et doivent être interprétés avec une extrême prudence. La comparaison entre les souris respirant de la vapeur et de l'air n'est pas statistiquement significative. Il n'y a pas de justification de la taille de l'échantillon ni de calcul de puissance. Il n'y a aucun message d'intérêt publique ici - je soupçonne que ces résultats ne sont que du bruit".



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