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mardi 5 juin 2018

Après les mesures anti-vape en Italie: moins de vapoteurs, plus de fumeurs

Une augmentation de 500'000 fumeurs en un an. Plus de 12,2 millions d'adultes fument actuellement en Italie, alors qu'ils étaient 11,7 millions à la même période en 2017, selon l'extrapolation de l'Institut Supérieur de Santé (ISS) à partir d'une enquête sur 3'000 personnes en 2018. Le tabagisme en Italie retrouve le niveau qu'il avait en 2007, indice d'une politique inefficace sur le domaine. "La situation générale sur la prévalence du tabagisme est gelée. Nous avons enregistré les mêmes données de 2007, un signe clair qu'il n'y a pas d'amélioration", déclare Roberta Pacifici, directrice du Centre national de toxicomanie et de dopage de l'ISS. De 22% en 2016, puis 22,3% en 2017, le tabagisme quotidien atteint 23,3% en 2018 de la population adulte en Italie.

Vapotage en baisse, tabagisme en hausse

De quoi voir un lien entre cette remontée et les mesures de répression prises contre le vapotage dans la péninsule? Les mega taxes, à plus de 4€ par fiole de 10 mL, l'interdiction de vente par internet et la mise sous régime de Monopole d'Etat de la distribution notamment ont inhibé le secteur. En 2018, selon les données de l'ISS, le nombre de vapoteurs baisse à 1,1 millions, dont 32,3% sont ex-fumeurs, contre 1,3 millions en 2017 et près de 2 millions en 2016. Une situation qui semble profiter aussi aux produits de tabac chauffé des cigarettiers. A présent, 1,4 millions de personnes ont au moins essayé un produit de tabac chauffé, dont 34,1% de non-fumeurs selon l'ISS. "En trois ans, la renommée de ces produits a presque triplé dans la population, passant de 21,5% à 52,3%", souligne le communiqué de l'Institut italien. L'enquête de l'ISS recense aussi 12,9% d'ex-fumeurs dans la population adulte, mais le communiqué ne précise pas quels moyens ont été employés par ceux-ci pour arrêter de fumer.

Chez les adolescents de 14 à 17 ans, 11,1% sont fumeurs réguliers, 13,9% occasionnels et 20,2% ont seulement essayé la cigarette, tandis que près de 2% sont déjà d'ex-fumeurs, selon une autre enquête de l'institut portant sur 15'000 élèves du secondaire. "Cela signifie que plus de 47% de ces jeunes sont entrés en contact avec des produits du tabac", s’inquiète l'ISS. Le communiqué de l'institut amalgame vapotage, cigarettes de tabac chauffé et autres produits du tabac pour signaler que 4% des adolescents les ont utilisé, sans autre précision ni sur les produits ni sur les types d'usages (expérimentations, occasionnels, réguliers?). Pourtant, l'usage du vapotage chez les jeunes est l'inquiétude mise en avant par les conférenciers à l'événement organisé par l'ISS pour la Journée mondiale sans tabac le 31 mai, rapporte Barbara Mennitti du site italien Esig Magazine

Prise de position de l'ISS contre une politique de réduction des risques

A cette occasion, l'ISS a présenté un nouveau document de "consensus d'experts" sur les "nouveaux produits", mêlant le vapotage mais aussi le tabac chauffé. "La réduction des risques (...) ne peut pas être considérée comme une politique de santé publique appliquée à la population générale, mais comme une intervention individuelle, pratiquée par des experts, dans des cas sélectionnés ne répondant pas au traitement et dans des cadres de santé spécialisés", affirme la prise de position autour de l'ISS. Ceci, en dépit de l'échec patent de la politique de santé sur le tabagisme. "En bref, le vapotage est un outil pour les fumeurs adultes, qui ne doit pas être promu par les autorités de santé, mais en quelque sorte laissé dans les limbes de la relation entre le fumeur et son médecin", synthétise Barbara Mennitti, qui voit là "néanmoins une timide ouverture dans le mur du principe de précaution maximale de l'ISS".


jeudi 9 novembre 2017

Vape contre cigarette: l'Allemagne se dote d'un système de monitorage sérieux inspiré des britanniques

"Un suivi national des comportements tabagiques et des données sur l'efficacité dans le monde réel des méthodes de sevrage sont nécessaires pour éclairer les politiques et développer des campagnes visant à réduire les méfaits liés au tabac". Avec DEBRA - pour “Deutsche Befragung zum Rauchverhalten” -, l'Allemagne se donne les moyens de pouvoir penser une politique de santé sur le tabac à partir d'informations objectives fiables et récentes. La source d'inspiration du projet se trouve au Royaume-Uni. "En Angleterre, le Smoking Toolkit Study (STS) suit ces indicateurs depuis 2006, ce qui a conduit à adapter les politiques de lutte anti-tabac", précisent les chercheurs présentant le projet dans la revue BMC Public Health en avril dernier

Avec une prévalence tabagique de 30,4% en septembre, l'Allemagne connait l'effet de seuil constaté dans nombre de pays européens depuis quelques années. "Comme dans d'autres pays, la prévalence du tabagisme est considérablement plus élevée chez les fumeurs à faible revenu, ce qui entraîne des inégalités de santé substantielles entre les groupes à revenu élevé et à faible revenu", soulignent les auteurs dans le BioMedCentral.

The English lesson

Outre l'adoption d'un suivi plus précis au fil du temps, avec des sondages téléphoniques tous les deux mois, une particularité de DEBRA est d'intégrer sérieusement le suivi du vapotage. Là aussi, l'inspiration vient du côté britannique. Les rares essais cliniques existants sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage sont encourageants mais de faible portée, estime Jamie Brown, du Cancer Research UK (CRUK). Au Symposium organisé par DEBRA en juin dernier à Dusseldorf, elle argumente de l'utilité du suivi du vapotage et du tabagisme en parallèle par le STS anglais. "Les changements de la part d'usage du vapotage en Angleterre se sont montrés positivement associés avec une augmentation du taux de sevrages tabagiques réussis", souligne la chercheuse de l'University College de Londres. 

Autrement dit, le suivi a permis de mettre en lumière que l'essor du vapotage a non seulement accompagné une nette réduction du tabagisme mais qu'il est associé à une forte augmentation des chances de succès des sevrages. Cette augmentation du taux de réussite semble s'être accompagnée d'une meilleure égalité sociale de santé, puisque le dernier pointage du STS montre que les bas revenu ont désormais autant de chances de succès que les plus favorisés.  
Evolution du taux de succès d'arrêt du tabagisme en Angleterre selon le STS
L'exemple illustre le fossé entre les politiques décidées sur la base de peurs et de préjugés et celles disposant d'outils les informant des effets réels. Là où, les décideurs politiques étrangers sont condamnés à suivre des slogans de marketing idéologiques provoquant souvent l'inverse de ce qui est annoncé, les britanniques se sont dotés de moyens d'éclairer leur stratégie à partir de données du monde réel. C'est probablement un des éléments expliquant que, depuis 2011, le Royaume-Uni connait une des chutes les plus rapides du taux de tabagisme au monde. En suivant son exemple, avec dix ans de retard, l'Allemagne se donne à son tour les bases pour une politique éclairée. Mais il faudra encore du temps pour que le suivi puisse enrichir la politique allemande en la matière. 

La vape moyen le plus populaire d'arrêt du tabagisme aussi en Allemagne

Cependant, la première synthèse du suivi DEBRA, de juin 2016 à mars 2017, montre déjà que 1,9% de la population allemande vapote courament. Avec une tendance à la hausse, puisque l'usage régulier aurait doublé sur cette période, en dépit d'une stagnation de l'expérimentation du vapotage dans la population. Le vapotage est devenu l'aide à l'arrêt tabagique la plus utilisée aussi en Allemagne. Loin des 35% des tentatives anglaises s'en aidant, il y a tout de même en cumulé 11,2% des allemands tentant d'arrêter de fumer avec le vapotage, nicotiné ou non. Les approches de soutien par les pairs, pratiques courantes dans d'autres domaines en Allemagne, et une promotion active du vapotage n'ont pas été envisagées dans ce travail. Peut-être à l'avenir ?