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jeudi 8 octobre 2020

Près des deux tiers des vapoteurs réduisent fortement leur dépendance par rapport aux fumeurs


Deux chercheurs de Pittsburgh (USA) ont comparé les niveaux de dépendance entre les vapoteurs et les fumeurs aux Etats-Unis entre 2013 et 2016. « Parmi les utilisateurs actuels, la dépendance à l’égard du vapotage est nettement inférieure à la dépendance à l’égard des cigarettes », concluent le Pr Saul Shiffman, de l'Université de Pittsburgh, et Mark Sembower dans ce numéro d’octobre de la revue Addiction. Ils ont mesuré les scores à une série de 16 questions établies pour évaluer la dépendance à des produits nicotiniques. Les résultats, sur une échelle de 5 points, de plus de 13 000 répondants des trois enquêtes américaines Population Assessment on Tobacco and Health (PATH) de 2013 à 2016 ont été analysés selon les produits consommés.

8 % des vapoteurs sont très dépendants contre 48 % des fumeurs

Sur une échelle de 5 points, les vapoteurs exclusifs au quotidien présentent en moyenne des scores de 2,22 pts tandis que les fumeurs exclusifs au quotidien marquent 2,81 pts. Par contre, les vapoteurs exclusifs occasionnels, avec de 1,56 pts, ne présente pas d'écart significatif par rapport au score de 1,64 pts des fumeurs exclusifs occasionnels.

« Ces différences moyennes présentent de grandes différences dans la distribution des scores. Alors que 48 % des scores pour le tabagisme étaient supérieurs à 3 pts, le niveau médian de l’échelle, cela n’était vrai que pour 8 % des scores du vapotage. La majorité des scores de dépendance à l’e‐cigarette (64 %) étaient de 1,5 pts ou moins, ce qui suggère une absence de symptômes de dépendance, un niveau observé dans moins de 13 % des scores de dépendance à la cigarette », expliquent les auteurs. 

En résumé, la plupart des vapoteurs exclusifs sont nettement moins dépendants que les fumeurs, même si une minorité de vapoteurs (8 %) a des scores élevés. Entre deux, 28 % des vapoteurs présentent des signes de dépendance marquée. Les deux chercheurs soulignent que les vapoteurs, ayant arrêté de fumer depuis moins d’un an, ont montré une dépendance plus élevée à l’égard du vapotage.

Une comparaison entre vapoteurs ex-fumeurs et fumeurs

Il est à noter que l'étude ne rend pas compte de la dépendance générée par le vapotage ou la cigarette chez des personnes n’ayant pas eu de consommation préalable (chez des jeunes notamment). On sait, avec un recul de 40 ans, qu’une part des ex-fumeurs continuent d’utiliser les substituts nicotiniques, comme les gommes, à long terme et de présenter des signes de dépendance à ceux-ci. Mais le nombre de personnes sans passé tabagique devenues dépendantes aux substituts nicotiniques est quasiment nul. 

L’écart du niveau de dépendance des usagers entre les deux produits se confirme chez les « double-utilisateurs », qui fument et vapotent, dans l'étude américaine. Leurs signes de dépendance sont significativement plus marqués envers la cigarette qu’envers le vapotage. De même chez les anciens utilisateurs, qui ont arrêté de fumer et/ou de vapoter au cours de l’année précédente, la persistance de signaux de dépendance est plus forte chez les anciens fumeurs que les ex-vapoteurs.

L’addictivité du tabac ne s’explique pas seulement par la nicotine

En filigrane, ces résultats confirment ce que l’on constate depuis l’émergence des substituts nicotiniques il y a 40 ans. Tous les produits nicotinés n'ont pas la même puissance dépendogène. La nicotine est impliquée dans l’extrême addictivité du tabac, mais ne l’explique pas à elle seule. La fumée de cigarette est un cocktail de milliers de substances où la nicotine côtoie d’autres alcaloïdes, tels que l’anabasine, l'anatabine, la myosmine, la théobromine (provenant du cacao), etc. Ainsi que des furanes, ayant des effets anti-dépressseurs (par inhibition des monoamines oxydases (IMAO). 

" En dépit de l'évidence des propriétés dépendogènes du tabac, il n'existe pas d'abus de nicotine pure (West et al. 2000), les substituts nicotiniques ne sont que modérément efficaces (Hajek et al. 1999), et les cigarettes dénicotinisées sont plus satisfaisantes et gratifiantes que la nicotine reçue par voie intraveineuse (Rose, 2006; Rose et coll. 2000). Dans les études sur des humains et des rongeurs d’auto-administration en intraveineuse (i.v.), la nicotine présente un profil d’administration beaucoup moins robuste que d’autres drogues d’abus comme la cocaïne ou l’héroïne, et a donc été considérée comme un renforceur relativement faible (Manzardo et al. 2002; Stolerman & Jarvis, 1995). Ces résultats vont à l’encontre du taux élevé de consommation de tabac chez les humains et ont amené certains chercheurs à suggérer que d’autres facteurs autres que la nicotine facilitent la dépendance au tabac (Dar & Frenk, 2004; Rose, 2006) ". Extrait de l'article de Kelly J. Clemens, Stephanie Caillé, Luis Stinus, Martine Cador : The addition of five minor tobacco alkaloids increases nicotine-induced hyperactivity, sensitization and intravenous self-administration in rats ; International Journal of Neuropsychopharmacology (12:10), November 2009.  https://doi.org/10.1017/S1461145709000273.

À l’image des substituts nicotiniques pharmaceutiques, le vapotage contient de la nicotine, sans les autres substances du tabac. La nicotine, généralement extraite du tabac pour des raisons de coût, est purifiée. De la nicotine de synthèse existe aussi, mais elle est peu répandue sur le marché. Un des aspects où le vapotage se distingue des substituts nicotiniques pharmaceutiques est la vitesse d’absorption de la nicotine, plus rapide par la voie pulmonaire que par la peau ou les muqueuses buccales.  

Au-delà de la peur de la dépendance

C'est un constat fréquent: beaucoup de personnes s'apprêtant à arrêter de fumer s’inquiètent du risque de dépendance du vapotage. En soi la dépendance elle-même n’est pas un problème de santé. Ce sont les effets de la consommation de produits nocifs qui produisent des problèmes de santé. Or la nicotine en elle-même a un profil toxicologique similaire à la caféine. D’où l’importance cruciale du point de vue sanitaire de son mode de consommation, comme l'explique le Pr Karl Fagerström

Mais la peur de la nicotine d'une large partie du public existe. Le sondage SOVAPE-BVA publié récemment révèle la désinformation à ce propos chez les 3/4 des Français. Une peur probablement entretenue par les messages anxiogènes centrés sur « l’addictivité de la nicotine ». Ils sont trompeurs à plusieurs titres. En cachant les véritables risques liés au tabagisme : les toxiques produits par la combustion tels que le monoxyde de carbone et les goudrons notamment.

« Amener les gens à la nicotine à la place de consommer du tabac ferait une grande différence pour la santé publique. Il est clair qu’il y a des problèmes d'avoir des gens dépendants à la nicotine, mais cela nous ferait passer du problème de santé publique grave et coûteux des maladies liées au tabagisme, à celui de ne plus avoir à s'occuper que de la dépendance à une substance qui, en soi, n’est pas très différente de la dépendance à la caféine », Pr Shirley Cramer, directrice en 2015 de la Royal Society of Public Health (UK), lors du rapport Stopping smoking by using other sources of nicotine.

La perversion des intégristes

Enfin, les messages anti-nicotine tendent à faire passer la dépendance pour un problème de santé en soi. Ce qui est une manière d’habiller de sanitaire l'orientation morale et idéologique de l'abstinence. Nous sommes dépendants de beaucoup de choses sans que cela soit des problèmes sanitaires. 

La dérive actuelle de groupes de pression pour transformer la lutte anti-tabac en guerre contre tous les consommateurs de nicotine s’éloigne des motivations de santé publique : elle est une croisade moraliste, probablement non dénuée d’intérêts financiers pervers. Car la peur de la nicotine n’amène pas les fumeurs à renoncer à leur cigarette, elle les amène principalement à renoncer à essayer des alternatives nicotiniques, substituts ou vapotage, qui les aident à s’en sortir. Jusqu’ici le choix étroit de « l’abstinence ou la mort » s’accompagne chaque année de sept millions de morts de maladies liées au fait de fumer. Il est temps de s’y prendre autrement.


dimanche 6 septembre 2020

Plus de 80 % des médecins américains ont de fausses croyances sur la nicotine

Le nombre de médecins américains à avoir de fausses croyances concernant la nicotine est vertigineux. Première du genre aux États-Unis, une enquête menée par une équipe de l’Université de Rutgers a interrogé 1020 médecins entre septembre 2018 et février 2019. Les répondants sont 86,8 % à croire, pour la plupart fortement, que la nicotine « contribue directement » au cancer. 

Tandis que 86,1 % pensent qu’elle est cause de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). La méconnaissance atteint 91,7 % du corps médical américain imaginant que la nicotine provoque des maladies cardio-vasculaires, selon l’étude publiée dans le Journal of General Internal Medicine. Les médecins américains sont aussi 54,5 % à penser que la nicotine provoque des malformations aux nouveau-nés.

L'ignorance des médecins américains pire que celle de la population

« La nicotine est impliquée dans la nature hautement addictive des produits de tabac, mais la plupart des maladies causées par le tabac ne sont pas directement causées par la nicotine, mais plutôt par d’autres produits chimiques présents dans le tabac ou la fumée de tabac », expliquent les chercheurs du département de médecine et du centre d’études sur le tabac de l’Université de Rutgers. Avant de regretter que « malgré cela, nombreux sont ceux qui pensent que la nicotine est responsable des risques sanitaires liés au tabagisme, comme le cancer ».

Ces résultats concernant les médecins inquiètent. Une précédente enquête auprès d’adultes américains en 2016 avait montré que 49 % d’entre eux croient à tort la nicotine cancérigène et 24 % ne savent pas se prononcer. Les fausses croyances étaient plus marquées dans les groupes sociaux peu instruits et pauvres.

Urgence d'informer correctement les médecins

Il est inattendu que les médecins se retrouvent à un niveau de méconnaissance sur ce sujet pire que les groupes sociaux les moins bien informés. « Corriger les perceptions erronées devrait être une priorité », alertent les chercheurs de Rutgers. « De courtes interventions de communication peuvent efficacement corriger ces perceptions erronées sur la nicotine »

"Il est essentiel que les médecins comprennent le niveau de risque réel de la nicotine étant donné leurs rôle dans la prescription et la recommandation des substituts nicotiniques. Aussi, pour qu'ils puissent communiquer les risques dans un marché du tabac en évolution qui peut inclure des cigarettes à très faible teneur en nicotine, qui ne sont pas plus sûres que les cigarettes traditionnelles", concluent les chercheurs de Rutgers.

On peut douter que cet appel soit entendu dans le climat actuel d'obscurantisme hystérique sur le sujet aux Etats-Unis.

L'intervention d'Ethan Nadelmann, fondateur de la Drug Policy Alliance et New-yorkais, à la Royal Society de Londres en novembre dernier. https://vimeo.com/374470255 


mercredi 8 avril 2020

Nicotine et Covid-19: enquête lancée auprès des usagers

À l’origine, un constat inattendu, mais hypothétique. La part de fumeurs atteints du Covid-19 serait de quatre à dix fois moindre que le taux de tabagisme de la population, selon les premières données parcellaires publiées sur les cas de Covid-19 en Chine et les statistiques préliminaires du Center for Disease Control (CDC) américain. Ces données sont parcellaires, préliminaires et peuvent comporter des biais. Une explication possible du phénomène pourrait être un effet protecteur de la nicotine. Pour documenter le sujet, et éventuellement écarter la piste ou l’approfondir, une enquête en ligne a été lancée ce lundi.
Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M

Le recueil de données est organisé par les associations Aiduce, représentant les vapoteurs en France, et Sovape, qui défend la réduction des risques face au tabagisme (et dont je suis membre du comité). Les données seront analysées en collaboration avec le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue renommé et très investi dans le champ de l’arrêt tabagique.

Les données qui interrogent

Selon les données de treize études chinoises, qui portent au total sur près de 5960 patients, dont 55,1 % d’hommes, le taux de fumeurs oscille de 1,4 % à 12,6 % parmi les hospitalisés pour Covid-19. Alors que le tabagisme concerne 26,6 % de la population générale, avec 50,5 % des hommes et 2,1 % des femmes en Chine. « La prévalence [tabagique] regroupée observée dans les 13 études analysées était d’environ 1/4 de la prévalence de la population. De manière consistante, une prévalence faible du tabagisme actuel a été observée dans toutes les études », constatent Konstantinos Farsalinos, Anastasia Barbouni, de l’Université d’Athènes et Raymond Niaura, de l’Université de New York dans un article préliminaire et non-révisé en libre accès sur la plateforme Qeios.

Les données américaines publiées par le CDC portant sur les cas entre le 12 février et 28 mars sont encore plus marquées : les fumeurs diagnostiqués Covid représentent 1,3 % des cas diagnostiqués, 2,1 % des hospitalisés et 1,1 % des cas en réanimation. Les fumeurs américains sont estimés à 13,7 %. Plus près de 6 % d’autres Américains qui utilisent d’autres produits nicotinés, comme le vapotage, le snus, etc., selon les données du même CDC de 2018. Les ex-fumeurs sont également sous-représentés dans les cas diagnostiqués comptant pour 2,3 % des cas de Covid-19 américains.
Les données préliminaires sur le Covid-19 et les caractéristiques de santé publiées par le CDC le 31 mars 2020

Des raisons de douter de possibles biais

Ces données ne sont pas consolidées, elles concernent une maladie émergente très récente. Plus particulièrement concernant les données provenant de Chine, il y a des raisons de douter de leurs fiabilités, comme le relève Carl Phillips. À part l’OMS, personne de sérieux ne croit encore aux chiffres avancés par la Chine sur les cas de Covid et les décès. Ceci ne signifie pas forcément que les panels des études publiées soient faussés, mais cela ne plaide pas pour leur accorder une confiance aveugle.

Cependant, la consistance entre les 13 études chinoises sur la sous-représentation de fumeurs parmi les malades de Covid-19 parait renforcer la plausibilité du phénomène. A fortiori, les données du CDC américain montrent cette tendance de manière encore plus prononcée.

Mentir pour sauver sa peau en Californie

Mais même en écartant une falsification volontaire des données, d’autres biais peuvent se glisser, notamment une sous-déclaration du tabagisme par les patients. L’Université de San Francisco en Californie vient d’officialiser dans son « protocole de tri » : les fumeurs et les vapoteurs de nicotine et/ou de cannabis sont considérés à risque. Autrement dit, en cas de saturation des lits de réanimation, cette caractéristique pèsera en défaveur de leur pronostic vital, raison pour abandonner les soins légalement.

Une partie des fumeurs américains peuvent deviner le risque d'avouer leur consommation. D’où un premier intérêt de former une base de données hors de tout enjeu vital des déclarations pour les patients. Ceci dit, le ratio des données du CDC d’un fumeur malade pour dix fumeurs dans la population est énorme. Est-il plausible que neuf fumeurs américains sur dix aient menti ? Ça parait beaucoup.

En comparaison, dans le cas récent des malades liés aux produits frelatés du marché noir du THC, 11 % des patients de l’Illinois et du Wisconsin, deux États prohibant le cannabis, ont refusé de reconnaître leur usage. Pourtant l’enjeu était important puisque certains patients ont été exclus de leur école ou perdu leur travail à la sortie d’hospitalisation en raison de leur consommation du produit illicite dans ces Etats. Mais il y a peut-être d’autres biais qui s’additionnent à cet effet pour constituer cet énorme écart...? 

Cela demande des données dans lesquelles on peut avoir confiance. Et en particulier pour les consommateurs de nicotine non fumées qui ne sont pas pris en considération, ou de manière peu précise,  dans la plupart des recueils de données officiels.
La Dre Marion Adler, le 8 avril 2020 au journal de midi de la radio France Info, commente les propos du Pr Jean-François Delfraissy, du comité scientifique sur le Covid-19 en France (5mn): https://youtu.be/FCssBR1uJQ4 

Religion ou science ?

L'épidémie de Covid voit une vague de communication anti-fumeurs. Exemple typique, Nicotine and Tobacco Research a publié le 3 avril un article, signé du Pr Ivan Berlin, Dr Daniel Thomas, Dr Anne-Laurence Le Faou et le Dr Jacques Cornuz. Il assène le message du tabagisme facteur de risque pour le Covid-19 en procédant grossièrement par cherry picking. C'est à dire en écartant le fait que les fumeurs sont proportionnellement très nettement moins nombreux à être diagnostiqués avec le Covid-19 dans les données de 5 études chinoises auxquelles ils se réfèrent (prises en compte dans les 13 analysées par le papier de Farsalinos et al.).

« Ces rapports de séries de cas sont descriptifs et ne permettent pas de tirer des conclusions définitives sur l’association de la gravité du COVID-19 avec le statut de fumeur », concèdent les chercheurs. On pourrait s’attendre à ce que le papier se termine sur cette conclusion, mais non... « Cependant, la communauté de la recherche et des soins de santé sur la nicotine et le tabac ne peut ignorer ces signaux », poursuivent les chercheurs qui ignorent les données montrant qu’il y a significativement beaucoup moins de fumeurs contaminés que de fumeurs dans la population dans les recueils de données auxquels ils se réfèrent.  

Une étude discutable pour toute base

S’ensuit un passage sur la voie d’infection du MERS-Cov par les récepteurs de la dipeptidyl peptidase-4 (DDP4). Qui selon eux aurait une ressemblance avec la voie d’infection par les récepteurs de l’enzyme de conversion d’angiotensine 2 (ACE2) pour le Sars-Cov-2. Pour affirmer que les récepteurs ACE2 sont augmentés par le tabagisme, les chercheurs ne s'appuient que sur un papier preprint de Guoshuai Cai, de l'Université de Caroline du Sud. Ils ne signalent pas que cet article est non révisé, ni qu'il a mesuré l'expression des gènes d'ACE2 dans des cellules de poumons prélevées sur des patients atteints de cancer des poumons,. Ils ne précisent pas non plus que les mesures portent sur un nombre de patients si réduit qu’aucun effet significatif n’a été détecté avec les données brutes, et que des différences n’ont été mises en relief qu’avec un modeling mathématique qui produit un effet paradoxal sur les cas des ex-fumeurs sans l’expliquer ni préciser de données permettant d’aborder ce point.

Une fois corrigées selon le modèle mathématique de l'auteur pour pondérer des co-facteurs, ces données montreraient que les cancéreux fumeurs ont une expression des gènes d’ACE2 plus élevée dans leurs poumons que les non-fumeurs. Mais paradoxe qui ne reçoit pas d’explication, les ex-fumeurs ont des taux encore plus élevés. Aucune donnée n’est précisée sur la durée de tabagisme et la durée depuis l’arrêt tabagique des ex-fumeurs.

En réalité, les études montrent plus de complexité au sujet

Plus rigoureux et complet, sans conclusion hâtive sur la base d’un seul preprint, le sujet est abordé par Farsalinos, Barbouni et Niaura : « Le SARS-CoV-2 est connu pour utiliser l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) comme récepteur pour l’entrée des cellules. Il existe une interaction complexe et peu claire entre COVID-19 et le système rénine-angiotensine-aldostérone (1). Jusqu’à récemment, des études ont montré que le tabagisme et la nicotine régulent à la baisse l’expression d’ACE2 dans les poumons et d’autres tissus (2,3). Des analyses plus récentes suggèrent qu’une régulation à la hausse de l’ACE-2 causée par le tabagisme pourrait être préjudiciable au COVID-19 (4,5) »
(1) Vaduganathan M, Vardeny O, Michel T, McMurray JJV, Pfeffer MA, Solomon SD. Renin-Angiotensin-Aldosterone System Inhibitors in Patients with Covid-19. N Engl J Med. 2020. doi : 10.1056/NEJMsr2005760
(2) Oakes JM, Fuchs RM, Gardner JD, Lazartigues E, Yue X. Nicotine and the renin-angiotensin system. Am J Physiol Regul Integr Comp Physiol. 2018;315(5):R895-R906. doi : 10.1152/ajpregu.00099.2018
(3) Yue X, Basting TM, Flanagan TW, Xu J, Lobell TD, Gilpin NW, Gardner JD, Lazartigues E. Nicotine Downregulates the Compensatory Angiotensin-Converting Enzyme 2/Angiotensin Type 2 Receptor of the Renin–Angiotensin System. Ann Am Thorac Soc. 2018 Apr; 15 (Suppl 2): S126–S127. doi : 10.1513/AnnalsATS.201706-464MG.
(4) Cai G. Bulk and Single-Cell Transcriptomics Identify Tobacco-Use Disparity in Lung Gene Expression of ACE2, the Receptor of 2019-nCov. Preprints 2020, 2020020051 doi. 10.20944/preprints202002.0051.v3 (lien ci-dessus)
(5) Leung JM, Yang CX, Tam A, Shaipanich T, Hackett TL, Singhera GK, Dorscheid DR, Sin DD. ACE-2 Expression in the Small Airway Epithelia of Smokers and COPD Patients: Implications for COVID-19. Preprints march 2020. doi. 10.1101/2020.03.18.20038455

Il existe  des éléments « d’une interaction entre la nicotine et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone, bien que de telles interactions restent floues », soulignent Farsalinos, Barbouni et Niaura dans la partie discursive de leur papier. Ils évoquent une autre piste connue de l’effet anti-inflammatoire de la nicotine, sur les récepteurs cholinergiques IL-6.  « La nicotine s’est avérée prévenir les lésions pulmonaires aiguës dans un modèle animal de syndrome respiratoire aigüe(ARDS) et a des effets immunomodulateurs (29,30) ».
(29) Mabley J, Gordon S, Pacher P. Nicotine exerts an anti-inflammatory effect in a murine model of acute lung injury. Inflammation. 2011; 34(4):231-7. doi: 10.1007/s10753-010-9228-x.
(30) Wang H, Yu M, Ochani M, Amella CA, Tanovic M, Susarla S, Li JH, Wang H, Yang H, Ulloa L, Al-Abed Y, Czura CJ, Tracey KJ. Nicotinic acetylcholine receptor alpha7 subunit is an essential regulator of inflammation. Nature. 2003; 421 (6921):384-8

Un appel à ne pas exclure par idéologie les données sur un effet positif de la nicotine

« Dans tous les cas, les observations d’une prévalence du tabagisme constamment faible parmi les cas de COVID-19 en Chine et aux États-Unis, ainsi que les mécanismes potentiels par lesquels la nicotine interagit avec le processus inflammatoire et l’axe rénine-angiotensine-aldostérone impliqués dans le développement de COVID-19, justifie une enquête urgente sur les effets cliniques de la nicotine pharmaceutique sur la sensibilité, la progression et la sévérité du COVID-19 », concluent les trois chercheurs. 

L’enquête ouverte par les associations Aiduce et Sovape en collaboration avec le Pr Dauzenberg entend apporter des éléments, sans avoir l’illusion de pouvoir être conclusive. Comme l’a montré l’exemple historique de l’épidémie de VIH, il est nécessaire que les usagers se mêlent de ce qui les regarde et se donnent les moyens de constituer des bases de données indépendantes des intérêts des lobbys et des appareils d’État. 

De quoi vous encourager à participer au petit questionnaire, que vous soupçonnez être ou non atteint du virus. Le questionnaire est très rapide à remplir : https://fr.surveymonkey.com/r/S5SBD8M


mercredi 18 décembre 2019

Depuis 2015, il y a eut deux intoxications sévères par ingestion de liquide nicotiné en Allemagne selon l'autorité de surveillance

L'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) allemand vient de communiquer un résumé des données de surveillance concernant le vapotage. Aucun cas similaire aux pneumopathies liées aux liquides frelatés à la vitamine E du marché noir américain n'a été détecté en Allemagne. Mais l'enquête Pilot Project Monitoring Poisoning (PiMont) a recensé 851 cas d'intoxications depuis 2015. Dont deux empoisonnements ont été classés sévères, avec perte de conscience, et sept de gravité modérée avec des vomissements.

De manière générale, 82% des alertes, pour la plupart de simple appels sur la ligne anti-poison, concernent des ingestions accidentelles de liquides nicotinés. En Allemagne, une enquête en 2017 évaluait à plus de 3,7 millions le nombre de vapoteurs. Le communiqué du BfR souligne que les ingestions accidentelles concernent "souvent des enfants", sans donner plus de précision.

Des nausées

L'évolution depuis l'entrée en vigueur de la limitation à 10 mL des fioles de liquide nicotiné imposée par la législation européenne (TPD) n'est pas détaillée. Ce petit format est plus facilement préhensile par les enfants en bas-âge que des contenants plus volumineux et lourds. L'Institut fédéral insiste que les liquides "doivent toujours être stockés dans des conteneurs adaptés et étiquetés avec une fermeture de sécurité pour les enfants".
Rappel: en cas d'ingestion de liquide nicotiné, ne pas retenir le réflexe vomitif, rincer la bouche et éventuellement donner à boire quelques gorgées d'eau. La demi-vie de la nicotine dans l'organisme est d'environ huit heures. En cas d'ingestion d'une dose de nicotine importante, une observation en milieu hospitalier peut être nécessaire. 
En dehors des ingestions accidentelles, 8% des cas recensés en Allemagne concernent des appels suite à l'inhalation. "Une évaluation détaillée de 11 de ces cas montre que la raison de l'appel d'urgence était principalement des symptômes bénins", précise le Spiegel qui a questionné le BfR sur ce point. Les appels concernaient notamment des états nauséeux, effet bien connu d'un léger excès de nicotine et courant lors de sevrages tabagiques avec des substituts nicotiniques.

Le BfR déconseille le do-it-yourself, sans raison selon ExRaucher

Bien que rien n'indique dans les données communiquées un risque particulier sur ces produits, le Dr. Andreas Hensel, directeur du BfR, insiste de nouveau contre le do-it-yourself: "Surtout, nous vous déconseillons fortement de mélanger vous-même les liquides".

L'association ExRaucher (ex-fumeur) s'était déjà agacée fin novembre de ce message plus politique que sanitaire du BfR. En filigrane, on peut soupçonner l'Institut fédéral d'instrumentaliser la communication pour préparer le terrain à une interdiction des liquides à mélanger soi-même souhaitée par les cigarettiers et les anti-vape.

Fin octobre, ExRaucher a voulu vérifier, auprès des centres antipoison en Allemagne, Autriche et Suisse, les informations sur les cas relatifs aux liquides faits soi-même, et éventuellement les problèmes liés à leur stockage ou les substances en cause. "Nous avons reçu quatre (brèves) réponses à nos dix demandes de renseignements. Aucun problème significatif n'a été confirmé", explique l'association qui rassemble quelques vapoteurs d'Allemagne, de Suisse et de Hongrie.

ExRaucher a insisté le 4 novembre pour avoir des précisions du BfR lui-même: "Nous n'avons pas obtenu de réponse". Cependant dans son communiqué du 6 décembre, le BfR promet qu'une étude détaillée sera publiée "sous peu".


samedi 23 novembre 2019

En Allemagne aussi, la peur du vapotage gagne du terrain en faveur au tabagisme

91% des fumeurs interrogés début novembre en Allemagne ne veulent plus essayer le vapotage. Seuls 5% des fumeurs d'une enquête de Forsa, sur un panel représentatif de plus de 2008 allemands, envisagent de le faire. Au niveau de la population générale, y compris les non-fumeurs, l'enquête recense 57% qui croient que vapoter est aussi ou plus nocif que de fumer. Cette peur augmente encore lorsque la question porte sur le vapotage avec nicotine: 77% pensent que le vapotage est très nocif lorsqu'il contient de la nicotine. 

92% des ex-vapoteurs retournés à la cigarette l'ont fait par peur

Effet direct de la campagne de panique orchestrée depuis cet été: 92% des ex-vapoteurs qui se sont remis à fumer expliquent que c'est la peur qui les a repoussé vers le tabagisme. "Le niveau d'information de la population est extrêmement préoccupant", réagit Michal Dobrajc, président de la l'association des professionnels de l'e-cigarette VDEH qui a mandaté l'enquête. "C’est une évolution fatale et ici, une chance pour la santé publique est inutilement perdue", précise le représentant des PME de la vape en Allemagne, pour soutenir la revendication de son association: 
"Les autorités sanitaires et politiques allemandes doivent impérativement s'acquitter de leur obligation d'éduquer la population plus clairement et plus rapidement!"
Outre un manque flagrant d'information sur la réduction des risques, le quotidien Welt souligne que le public allemand, qui compte plus de 28% de fumeurs, n'est pas correctement informé des différences entre la situation américaine et européenne. D'une part, les médias n'ont pas clairement expliqué que les pneumopathies aux Etats-Unis sont liées à des liquides frelatés du marché noir vendus pour être au THC, sans lien avec le vapotage conventionnel. D'autre part, le public européen n'est pas conscient des dispositions réglementaires de sécurité sur les produits en vente en Europe.

Evolution similaire à la France

Moins détaillé, un sondage BVA, commandé par l'association Sovape et réalisé début septembre en France, montre une évolution similaire avec 59% des français croyant que vapoter est aussi ou plus nocif que fumer. Là aussi, les autorités sanitaires et politiques font preuve d'une absence de prévenance à l'égard de la population en laissant la désinformation et les fakenews se répandre sans borne.

S'il est indéniable que les autorités politiques, des deux côtés du Rhin, fuient leurs responsabilités sur le sujet, il faut reconnaître que la campagne menée par les lobbys en faveur du maintien du tabagisme a été particulièrement efficace. L'oligarque milliardaire Michael Bloomberg peut féliciter ces sbires médiatiques et autres influenceurs pour avoir répandue l'épidémie de la peur et du doute pour condamner les fumeurs à la cigarette et aux maladies qui en découlent.


vendredi 11 octobre 2019

Vu à FranceTV: Jérôme Salomon de la DGS sait-il lire une statistique sur les jeunes et la vape?

Hier, dans l'émission Allô Docteur sur France TV, un sujet sur le vapotage où intervient Jérôme Salomon, directeur de la Direction Générale à la Santé (DGS). Passons les multiples imprécisions et flous peu artistiques du traitement du sujet...* Après 1mn 06 sec, Jérôme Salomon sort une énormité en insistant: "On a un lycéen sur deux qui a testé, et on a un lycéen sur six, en France ça explose, qui vapote tous les jours". Sauf, qu'aucune donnée ne permet d'affirmer qu'il y a 15% de lycéens vapoteurs au quotidien en France. 

Les données 2018, publiées en juin dernier, par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT) ont mesuré que 16,6% des lycéens déclarent avoir vapoté une fois ou plus dans le mois précédent l'enquête. Ce n'est pas du tout synonyme d'usage au quotidien. L'enquête Enclass de l'OFDT ne s'est malheureusement pas intéressé à l'usage au quotidien des lycéens. Jérôme Salomon ne peut donc pas sur la base de ces données affirmer que le vapotage au quotidien "explose" chez les lycéens français.

50% > 23% > 3,6%

Contrairement à l'OFDT, l'étude, que nous avions chroniqué en détail, sur 1'435 élèves de seconde à Saint-Etienne, publiée en mars 2019 dans la Revue des maladies respiratoires, montre le décalage entre ces niveaux d'usages différents:
  • 50,3% ont expérimenté le vapotage ; 
  • 23,6% l'ont utilisé dans le mois précédent l'enquête;
  • 3,6% vapotent au quotidien
Les données stéphanoises sur l'expérimentation et l'usage dans le mois précédent sont légèrement supérieures à celles nationales de l'OFDT. De quoi plutôt supposer que si les services du ministère de la santé prenaient la peine de mesurer l'usage au quotidien au niveau national, il pourrait être aussi légèrement inférieur aux 3,6% des lycéens de seconde de Saint-Etienne. Les études dans d'autres pays, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis par exemple, montrent aussi un grand écart entre l'usage déclaré dans le mois précédent et l'usage fréquent de vapotage chez les jeunes.

Où est la nicotine?

Le commentaire de France TV affirme que "beaucoup de lycéens  tombent dans la dépendance à la nicotine" par le vapotage. Or c'est une autre lacune du suivi national. L'usage ou non de nicotine dans les liquides vapotés par les jeunes n'y est pas mesuré. Là aussi, l'enquête stéphanoise est plus sérieuse:  parmi les 6,3% d'adolescents vapoteurs non-fumeurs actuels, 13,4% d'entre eux déclarent utiliser des liquides nicotinés, soit 0,8% de l'ensemble des adolescents de l'étude. Même si ce résultat reste opaque en raison d'une majorité (56,4%) de jeunes déclarant ne pas savoir.

Enfin, pour affirmer la création d'une dépendance à la nicotine par le vapotage, il faut s'assurer que cette dépendance n'est pas installée auparavant par le tabagisme. L'enquête de Saint-Etienne confirme aussi que très peu des ados ne sont devenus fumeurs après avoir d'abord essayé le vapotage. "A l'inverse, les élèves qui avaient une consommation de tabac préexistante à leur initiation au vapotage déclaraient pour les deux-tiers d'entre eux qu'ils avaient réduit, voire arrêté, leur consommation de tabac depuis qu'ils vapotaient", précisent les chercheurs, dont le référent est Jérémie Pourchez, de l'école des Mines de Saint-Etienne.

Il est regrettable que Jérôme Salomon, directeur de la DGS ne prenne pas le temps de s'informer sérieusement sur le sujet, en particulier avant de s'exprimer sur un média national. Il aurait probablement gagné à venir au Sommet de la Vape qui abordera entre autre ces sujets lundi prochain à Paris

* Pas le courage de reprendre toutes les bêtises du  sujet...

vendredi 7 décembre 2018

[Media] Quatre ans après, l'arrivée de la Juul ultra-light est-elle un événement ringard?

Depuis plusieurs semaines, les médias mainstreams bombardent la Suisse d'articles sensationnalistes sur l'arrivée de la Juul. Une "tornade" va s'abattre sur le pays selon de la Tribune de Genève, tandis que le gratuit 20 Minuten a publié pas moins de six articles ces 3 dernières semaines sur la vaporette en forme de stick. La RTS, un autre média gratuit mais d'Etat, parle de "fureur" et "des craintes" de l'arrivée de la vaporette californienne.

 3 fois moins dosée qu'aux Etats-Unis

Aucun n'a pris la peine de se renseigner auprès de vapoteurs pour avoir une idée un peu plus éclairée que les fantasmes de politiciens en mal de buzz. Deux articles ont tout de même donné la parole à Jonathan Green, directeur Juul suisse. La NZZ commente tant et si bien que l'on ne sait pas ce qui appartient au représentant de Juul ou à la plume du journaliste.

Le 20 Minuten est plus clair précisant que la version vendue en Suisse est dosée à 17 mg/gr de nicotine*. Très loin donc de la version originale américaine concentrée à 59mg/ml (5% du poids). L'une et l'autre en sels de nicotine, c'est à dire de la nicotine extraite à laquelle est ajoutée un acide organique, comme l'explique le site de Stop-Tabac.ch.

*note : 17 mg/gr de nicotine soit 20mg/ml, édité grâce à Claude ;)

Le light reste dans l'obscurité

Y a t-il un intérêt à un produit ultra light dosé au tiers de sa version US? Celle-ci s'est montrée efficace pour tirer hors du tabagisme des fumeurs parce qu'elle est équilibrée entre un volume faible de vapeur et une concentration suffisante en nicotine. En version édulcorée, les utilisateurs de Juul ne vont-ils pas surconsommer pour compenser cette légèreté en nicotine, comme cela avait été imposé par les cigarettiers et les autorités de santé aux fumeurs avec les cigarettes lights? Sur ce point aussi, beaucoup de bruit et de fureur pour aucune information éclairante dans les médias conventionnels.

Beaucoup de bruit pour peu de vapeur

Mais, surprise positive hier avec un article de Nau, média en ligne suisse-allemand. Alexandra Aregger a fait le boulot basique de journaliste: elle a interviewé quelqu'un qui connait la question. Phil Scheck, vloggueur depuis sept ans et approchant les 100'000 abonnés, est un vapoteur expérimenté. "L'expert en vapotage trouve le battage médiatique autour de Juul injustifié", résume la journaliste.

"Phil Scheck a testé la Juul devant notre caméra: "C'est une vaporette comme il en existe des milliers d'autres." Son enthousiasme est limité. Parce que: "C'est très limité, ce n'est pas puissant, mais c'est beaucoup de marketing exploité", poursuit l'article accompagné d'une vidéo aux intonations "Schwyzerdütsch". "Il existe de bien meilleurs appareils sur le marché en Suisse", précise 'PhilGood'.

Un vieux produit plutôt dépassé

Quatre ans après sa sortie aux Etats-Unis, pays où tout développement technologique du vapotage a été gelé par la Food and Drug Adminsitration (FDA) à la date d'août 2016, la Juul apporte t-elle quelque chose dans cette version ultra-light? En appareil d'appoint discret pour des vapoteurs déjà sevrés? Peut-être... Mais comme le fait remarquer le Vaping Post dans son interview des représentants de Juul, lancée en France avec quelques jours de retard sur la Suisse, l'offre est déjà pléthorique sur ce segment. 

Avec notamment des appareils plus intéressants en étant rechargeables, ce qui laisse plus de maîtrise à l'usager pour choisir ses liquides (en goût et en dosage nicotinique). Reste le design de l'appareil. Ou pas.
Quand la page facebook pour ados du CHUV fait la promo d'un produit, ça sent le hasbeen

L'effet médiatique et de distribution

Le point positif pourrait être le réseau de distribution des kiosques Valora où va se trouver la Juul. De quoi offrir à des fumeurs rétifs ou éloignés de vapeshops l'opportunité à portée de main d'essayer un produit très simple d'usage. Peut-être ce premier test les amènera à chercher un produit plus efficace en magasin spécialisé ensuite? Le fameux effet commercial "du missionnaire" amenant les fumeurs à découvrir le nouveau mode de consommation à risque réduit de la nicotine. 

Commerce ou réelle mission anti-tabac ?

Reste la question qui dérange. Pourquoi Juul a décidé de ne pas commercialiser en Suisse la version américaine dosée correctement de son produit? Rien de formel ne l'empêche. Aucune décision administrative n'a été déposée par les autorités et contrairement à ce que prétend l'administration, le jugement du Tribunal administratif fédéral a abrogé la prohibition pour "faute grave", sans se prononcer sur la question du principe du Cassis de Dijon. Autrement dit, il n'y a aucune raison d'imposer aux Suisses la directive TPD dictée par les lobbys à l'Union Européenne. 

En suivant les préférences europhiles de l'administration, en dépit de l'absence de décision administrative qui serait contestable en justice le cas échéant, la marque américaine a clairement choisi de ne pas entrer en conflit avec celle-ci. Conflit qu'elle a probablement estimé peu profitable pour son image de marque. Mais qui laisse les fumeurs suisses avec un ersatz de Juul. 

Un choix politico-commercial peu raccord avec la mission prétendue et répétée à chaque interview des représentants de Juul d'aider un maximum de fumeurs à sortir du tabagisme. "Pour conduire les fumeurs vers des alternatives, la solution paraît évidente: élaborer une vaporette générant autant de satisfaction qu’une cigarette", expliquait James Monsees, cofondateur de Juul, lors d'une conférence TedX à Bruxelles en 2013. Difficile de croire que cette Juul allégée puisse le faire.

dimanche 25 novembre 2018

[Bref] Une étude confirme que les fumeurs ont moitié moins de risques d'avoir la maladie de Parkinson




Statistiquement, les fumeurs ont jusqu'à moitié moins de risques de contracter la maladie de Parkinson que les non-fumeurs. Une vaste étude, dirigée par une équipe de la Queen Mary University de Londres, le confirme à travers l'analyse des données du suivi NeuroEPIC4PD sur près de 220'000 personnes âgées de 37 à 70 ans dans sept pays européens (Suède, Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Grèce). Parmi eux, 715 cas de maladies de Parkinson ont été recensés. "Les anciens fumeurs présentaient un risque diminué de 20% et les fumeurs actuels un risque de développement de la maladie de Parkinson réduit de moitié par rapport aux non-fumeurs", explique l'étude parue dans l'International Journal of Epidemiology (IJE).

Y a-t-il plus qu'une corrélation?

L'objectif de la recherche était d'explorer la possibilité d'une causalité dans l'association inverse entre le tabagisme et la maladie de Parkinson. Des analyses épidémiologiques précédentes ont déjà montré le phénomène, connu dés 1966. "Néanmoins, il y a toujours beaucoup de prudence à interpréter cette association comme protectrice", précise l'article signé de trente chercheurs, appartenant aussi à l'Imperial College London et à l'Université Luigi Vanvitelli de Campania, qui n'ont pas bénéficié de financement extérieur. Une des raisons à cette prudence est évidemment le bilan sanitaire désastreux de fumer pour toute une série d'autres maladies.

Une autre étude épidémiologique, parue en 2017 aussi dans l'IJE, a mis en évidence un effet similaire de la consommation de snus suédois, ce tabac à suçoter à faible taux de nitrosamines. "Les hommes non-fumeurs qui utilisent du snus ont un risque considérablement plus faible de contracter la maladie de Parkinson. Les résultats ont également indiqué une relation dose-réponse inverse entre l'utilisation de snus et le risque de maladie de Parkinson. Nos résultats suggèrent que la nicotine ou d'autres composants des feuilles de tabac pourraient influencer le développement de la maladie de Parkinson", résument les chercheurs menés par le Dr Fen Yang, de l'Institut Karolinska de Stockholm.

La nouvelle étude portant sur le tabagisme "classique" confirme non seulement une corrélation mais aussi  "des relations fortes dose-réponse avec l'intensité et la durée du tabagisme", souligne la publication de l'équipe menée par la Dre Valentina Gallo, de la Queen Mary University. Un élément qui incline à un rapport causal. Cette relation dose-dépendante, aussi observée chez des jumeaux monozygotes, "s'oppose à un rôle majeur de la génétique et/ou de la personnalité", pour les chercheurs.

Nicotine ou IMAO ?

"Plusieurs substances présentes dans le tabac ont été proposées comme possibles responsables de l'association inverse entre tabagisme et maladie de Parkinson", rappellent les chercheurs. Ils citent la 2,3,6-triméthyl-l, 4-naphtoquinone (TMN), un inhibiteur de l'activité de la monoamine oxydase (MAO) A et B.


"Un autre candidat est la nicotine elle-même, étant donné la relation anatomique étroite entre les systèmes de neurotransmetteurs nicotiniques cholinergiques et dopaminergiques dans le striatum. La nicotine influe également sur l'activité dopaminergique en agissant au niveau des récepteurs nicotiniques aux extrémités dopaminergiques et en modulant la libération de dopamine", précisent-ils.

Interviewée sur cette étude par le site I, la Dr Beckie Port, conseillère scientifique de l'association Parkinson's UK, note que "nous ne savons toujours pas quelle substance pourrait être responsable, mais il est intéressant de noter que les légumes contenant de la nicotine appartenant à la même famille botanique [les solanacées] que le tabac peuvent également avoir des effets protecteurs".

Abandon en France, recherches aux Etats-Unis

En France, le programme de traitement de malades de Parkinson par nicotinothérapie du Dr Gabriel Villafane à l'hôpital Mondor (AP-HP) a été clos, malgré les protestations des patients. Du côté des Etat-Unis, le Pr Paul Newhouse, de l'Université Vanderbilt, coordonne notamment une série d'études neuroscientifiques sur la nicotine. De son côté, la Dre Valentina Gallo insiste: "Notre découverte est extrêmement importante d’un point de vue scientifique et devrait inciter à une recherche scientifique fondamentale".

samedi 3 novembre 2018

[Bref] Les astuces pratiques pour passer au vapotage et arrêter de fumer des britanniques

"Staying switched". Les 'conseils pour les néo-vapoteurs de la part d'anciens' est le fruit d'une collaboration entre professionnels de santé et vapoteurs anglais. Le tract double-face (voir plus bas), publié par le Centre national de formation à l'abandon du tabagisme (NCSCT), est issu de l'expérience des usagers de la New Nicotine Alliance (NNA) ainsi que des études des chercheurs de l’Université d’East Anglia (IEA) et du Cancer Research UK (CRUK). "Rappelez-vous qu'en arrêtant de fumer, vous faites la meilleure chose possible pour votre santé. Vapoter n'est pas tricher. C'est une alternative beaucoup plus sûre que de fumer".

Nicotine & fun sans fumée

Le flyer couleur, qui sera distribué dans tout le Royaume-Uni, liste les conseils pour bien démarrer avec le vapotage et arrêter "pour de bon" de fumer:
  • Trouver le bon appareil
  • S'amuser à essayer des arômes de vape: "Ils aident à faire perdre le goût des cigarettes moins attrayant"
  • Face au manque, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus concentré en nicotine
  • Ne pas s'inquiéter de vapoter fréquemment: "Les recherches montrent que les usagers auto-régulent leur niveau de nicotine sans devenir plus dépendant qu'en fumant"
  • Lors de sorties en soirée ou d'événements excitants, ne pas hésiter à utiliser un liquide plus dosé en nicotine pour éviter une envie de cigarette
  • Avoir un appareil de secours pour éviter de se retrouver en rade en cas de problème technique

Ne vous flagellez pas si vous trébuchez

Manquent peut-être le rappel de boire suffisamment d'eau pour éviter la sécheresse, et parfois un léger mal de tête, liée à la capture de l'humidité par le vapotage, ainsi que les plages de puissances correctes, entre 3,5 et 4,5 volts, pour éviter de surchauffer le liquide. Les conseils techniques sont laissés à l'initiation en magasin spécialisé.

Pour ceux qui trébuchent et fument quelques cigarettes, "ne vous flagellez pas". Les recherches montrent que cela ne se traduit pas systématiquement par une rechute. "Augmentez votre nicotine, essayez une nouvelle saveur ou offrez-vous un nouveau gadget", encouragent les auteurs.

Concernant la question d'arrêter le vapotage, "cela doit être votre décision - pas celle de quelqu'un d'autre". La fiche d'information de santé rappelle "qu'inhaler de la nicotine en vaporisant du e-liquide est beaucoup plus sûr que l'inhalation de fumée de tabac".

Qui va piano, va sano

Pour les vapoteurs voulant réduire leur consommation de nicotine, la devise "qui va piano, va sano" s'impose.  "Réduire trop rapidement votre taux de nicotine vous rend plus vulnérable aux envies de fumer". Au cas d'arrêt du vapotage, garder une vaporette de secours: "Il est préférable de recommencer de vapoter que de fumer".

Pour plus d'aide, le flyer invite à aller voir au magasin de vape spécialisé et de contacter le centre stop-tabac local. Enfin, "si vous n'êtes pas en mesure de vapoter, prenez en considération des alternatives nicotinées telles que les patchs, les gommes ou les sprays".


samedi 13 octobre 2018

Helvetic Vape, cinq ans de lutte et des succès (1): la bataille pour la libération des liquides nicotinés

Bien que la nicotine améliore sensiblement la mémoire, au moins à court terme, le monde de la vape subi aussi ses oublis sous la patine du temps. Pour raviver les couleurs des actions de l'association des vapoteurs en Suisse, nous allons retracer en quelques articles les grands traits de ses cinq ans d'histoire. Helvetic Vape est née en novembre 2013, inspirée de l'exemple d'Aiduce créée quelques mois plus tôt de l'autre côté du Jura. Même objectif de défense des intérêts des usagers des produits de vape, mais dans une situation résolument différente. 

Notamment parce qu'en Suisse, l'administration avait décrété dés 2009 la prohibition de vente des liquides nicotinés. Premier objectif désigné d'évidence pour l'association des vapoteurs: faire tomber cette interdiction. Voici comment Helvetic Vape a gagné la bataille des liquides nicotinés après plus de quatre ans de péripéties.

La libération des liquides nicotinés en Suisse en quelques dates-clefs:
  • 2009: l'administration (OFSP) publie une simple lettre (n°146) interdisant la vente de vape nicotinée en Suisse et limite son importation à titre personnel (révisée en 2010)
  • 8 novembre 2013: fondation de l'association Helvetic Vape
  • 2014: la prohibition règne sans discussion possible en Suisse
  • 24 avril 2015: Helvetic Vape publie un avis de droit du cabinet d'avocats BRS
  • 30 mai 2015: Helvetic Vape distribue des liquides nicotinés à Berne lors de la Vape Mob'. Durant l'été, Insmoke suit son exemple et met en vente des liquides nicotinés
  • 12 novembre 2015: l'administration (OSAV) est forcée de publier une décision administrative concernant son interdiction de vente de liquides nicotinés
  • Décembre 2015: trois recours sont déposés devant le Tribunal administratif fédéral. Celui d'Helvetic Vape est rejeté en raison de son statut d'association de consommateurs
  • 24 avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition en révoquant la décision administrative, jugée gravement défectueuse

Boardwalk empire sur Léman

Début 2014, la vape se popularise aussi en Suisse. Mais la presse raconte alors comment les vapoteurs doivent recourir au marché noir et aux astuces pour passer des liquides nicotinés aux douanes. "Certains en vendent sous le manteau, d’autres font des achats groupés. Dans mon cas, j’avais passé une commande qui faisait 180 ml. Je m’étais trompé, c’est vrai, et la douane a détruit mon paquet", explique Alain Vaucher, premier président d'Helvetic Vape, au journal le Matin en février 2014

Le quotidien vaudois promet que la prohibition va durer encore longtemps. "La législation ne va pas changer de sitôt. Le Conseil fédéral a promis une nouvelle loi sur les produits du tabac, qui sera mise en consultation cet été. Mais déjà, la très influente Commission fédérale pour la prévention du tabagisme veut maintenir l’interdiction de la vente de nicotine en Suisse pour les cigarettes électroniques", assure le même article du Matin en 2014. 

Lutter pour une réduction des risques sans entrave

A Helvetic Vape, on ne l'entend pas de cette oreille. "Je veux me battre pour faciliter au maximum l’accès à la vape. Pour que vaper soit plus facile que fumer. Pour que cela soit diffusé au maximum, sans entraves, sans taxes. Pour que la vape soit reconnue comme une chance formidable d’arrêter l’hécatombe", annonce Alain Vaucher en guise de programme pour l'association. Le premier obstacle à l'accès à l'outil de réduction des risques en Suisse est d'évidence la prohibition. 

De premières tentatives conciliantes de l'association tentent de nouer le dialogue avec les autorités et des organisations du domaine. Réponses paternalistes et condescendantes de la part des autorités sanitaires fédérales. Tandis que des organisations "de santé" se montrent à la limite de l'insulte en refusant de s'abaisser à discuter avec des junkies à la nicotine (sic!). 

L'absence de loi, c'est pas la loi

Du côté des professionnels de la vape, on se montre persuadés des affirmations des journalistes: rien ne peut changer, la loi c'est la loi. Mais les militants de Helvetic Vape ont beau tourner et retourner dans tous les sens les textes de loi, ils ne trouvent pas trace d'une base à cette prohibition décrétée depuis 2009 par une simple lettre n°146 sans valeur juridique de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). 

Pour en avoir le cœur net, l'association mandate le cabinet d'avocat genevois BRS pour un avis de droit sur le sujet. Le détail de l'avis juridique de Maître Jacques Roulet est évidemment complexe, mais la conclusion en est assez simple: cette prohibition n'a pas de base légale. Armée de cet avis de droit, qu'elle a financé seule, et de centaines de fioles de liquide nicotiné confectionnées pour l'occasion, Helvetic Vape provoque les autorités en place publique à Berne en distribuant ouvertement ces fioles lors de la Vape Mob' le 30 mai 2015. 

Des liquides nicotinés à la Vape Mob' 2015

"Selon cet avis de droit, les liquides à vaper contenant de la nicotine peuvent donc être librement importés et distribués en Suisse contrairement à ce que prétend l’OFSP depuis des années. C’est pourquoi Helvetic Vape a décidé de mettre ouvertement en vente, le 30 mai 2015, le premier liquide suisse contenant de la nicotine", déclare Olivier Théraulaz, second président d'Helvetic Vape, sur la Kornhausplatz. La presse en parle, mais les autorités font semblant de rien. L'association n'ayant évidemment pas vocation a devenir une entreprise de vente de liquides de vapotage, le coup semble un one-shot sans lendemain. 

C'est là où il faut saluer l'intelligence et le courage de Stefan Meile, président de la Swiss Vape Trade Association (SVTA) et patron d'InSmoke. Il comprend l'argumentation de l'association des usagers et va s'engouffrer dans la brèche. Il met ouvertement en vente sur son site des liquides nicotinés, forçant ainsi les autorités à réagir. Le chimiste cantonal procède à une vérification et demande une décision en bonne et due forme à l'administration.

Quand il y a une décision administrative, on peut faire recours

L'Office de la sécurité alimentaire et vétérinaire (OSAV) est forcé de publier une décision administrative le 12 novembre 2015. Ouvrant ainsi la possibilité de recourir, dans le délai d'un mois après sa publication. Trois recours sont déposés. Deux par des professionnels, Stefan Meile évidemment et aussi Daniel Rico, de l'entreprise Zodiak. Helvetic Vape en dépose un également

Celui-ci est rejeté par le Tribunal administratif fédéral pour absence d'intérêt digne, tout en précisant l'avoir lu avec attention. Autrement dit, les usagers ne subissant pas d'interdiction de consommer, seuls les vendeurs ont un intérêt à défendre. J'avais trouvé cela contestable, mais l'association a préféré ne pas se lancer dans une bataille juridique coûteuse à l'issue incertaine.

Avril 2018: le Tribunal administratif fédéral abroge la prohibition

Deux ans et demi après le dépôt de ces recours, le Tribunal administratif fédéral (TAF) rend son jugement C-76347/2015 le 24 avril 2018. Il abroge la prohibition de vente des liquides nicotinés, jugée être une "erreur grave" de l'administration. Le TAF n'a pas tenu compte de la défense des deux recourants professionnels, qui s'appuyaient sur le principe du Cassis de Dijon pour demander la légalisation des liquides nicotinés. La raison de l'abrogation de la prohibition est un vice de forme dans la définition du terme de "cigarette-électronique" donnée par l'administration. 

C'est exactement l'argument principal que donnait Helvetic Vape lors de sa conférence de presse du 30 mai 2015. "L’OFSP se fourvoie en considérant que les vaporisateurs personnels et les liquides à vaper constituent une « unité fonctionnelle ». Sur la base de cette considération erronée, cette administration outrepasse ses compétences en créant des règles de droit primaires qui, d’une part interdisent l’importation à titre professionnel et la vente des liquides contenant de la nicotine et, d’autre part limitent les droits des consommateurs à importer ces liquides à titre personnel", détaillait alors Olivier Théraulaz. Trois ans plus tard, le verdict du TAF confirme ce que clamait l'association des usagers.

Un succès pour le droit à la réduction des risques contre le système tabagique

Helvetic Vape n'a pas seulement été initiatrice et moteur de la lutte contre la prohibition des liquides nicotinés en Suisse, elle a également porté l'argument décisif pour son abrogation. Il est regrettable que les autorités se soient montrées incapables d'entendre, de tenir compte et d'avoir simplement l'humanité de prendre en considération la demande de l'association des usagers avant d'être poussées à respecter la loi par le Tribunal administratif fédéral. Mais Helvetic Vape a démontré que la résignation n'est pas la seule option possible face au système tabagique, même en Suisse.


vendredi 7 septembre 2018

[bref] La nicotine en patch semble améliorer la dépression des personnes âgées selon une étude pilote

Une étude pilote a suivi 15 personnes, âgées de plus de 60 ans souffrant d'un trouble dépressif majeur, qui ont utilisé des patchs de nicotine dosés jusqu'à 21 mg chaque jour pendant 12 semaines. Publiée dans le Journal of Clinical Psychiatry la semaine dernière, la recherche du Vanderbilt University Medical Center se montre encourageante. 13 des 15 participants ont eu une bonne réponse clinique avec une amélioration de leur état, dont 8 ont complètement guéri de leur dépression. "Dans l’ensemble, presque tout le monde a montré une amélioration de son humeur. Nous avons observé une amélioration, que le patch ait été ajouté à un antidépresseur ou utilisé seul", explique le Pr Warren Taylor, professeur de psychiatrie à l'Université située à Nashville (USA). 

Des amélioration constatées après 3 semaines

Des améliorations ont été constatées dés la troisième semaine, et les épisodes d'apathie et de ruminations se sont réduits chez les patients. "Cependant, les améliorations de la mémoire sont moins claires. Nous avons vu des changements dans les mesures de test isolées, mais pas un changement aussi net que pour l'humeur", poursuit le chercheur. 

La dépression "tardive" chez les personnes âgées se caractérise par une faible réponse aux médicaments antidépresseurs et souvent par des problèmes de mémoire. "Environ la moitié des personnes traitées pour une dépression tardive ne répondent pas aux traitements initiaux", précise l'article de la Vanderbilt University sur l'étude. Jusqu'ici des petits essais ont montré des effets positifs des patchs de nicotine chez des adultes non-fumeurs en dépression, précise le site universitaire. 

Il reste beaucoup d'inconnus sur le sujet

"Dans certains cas de personnes âgées en dépression, même avec un traitement antidépresseur efficace, la mémoire peut continuer à s'aggraver et à évoluer vers la maladie d'Alzheimer ou un autre type de démence. Nous cherchons un traitement qui pourrait aider à la fois la dépression et la mémoire", explique le Pr Warren Taylor. 

Cependant, il avertit que les personnes souffrant de dépression ne devraient pas commencer à s'auto-médicamenter avec des patchs à la nicotine et encore moins des cigarettes. "Les patchs se trouvent dans le commerce, mais il reste beaucoup de questions. Nous devons voir s'ils sont vraiment bons, s'ils aident les gens sur le long terme et quels sont les risques que nous ne connaissons pas. Nous pensons que les patchs peuvent être plus sûrs que les cigarettes, mais nous ne savons pas ce qui se passe lorsque les non-fumeurs les utilisent à long terme. Et ça va prendre du temps".

Le Dr Paul Newhouse, co-auteur de l'étude en question, avait présenté ses recherches cet été au Global Forum on Nicotine de Varsovie:


mardi 19 juin 2018

Repenser la nicotine: plus de 500 experts, usagers et professionnels dialoguent au Global Forum on Nicotine 2018

Après cinq éditions, le Global Forum on Nicotine (GFN) est devenu le rendez-vous incontournable sur la question de la réduction des risques liés au tabagisme. Plus de cinq cents experts scientifiques, professionnels de santé, usagers du vapotage et de snus, ainsi que des représentants de firmes d'une soixantaine de pays ont dialogué du 14 au 16 juin à Varsovie. Fil conducteur des interventions, dont les vidéos seront mises sur Youtube sous peu, de ces trois jours intenses: repenser la nicotine.

Repenser la manière de la consommer en premier lieu évidemment. "De toute évidence, l'usage du tabac est extrêmement dangereux pour la santé, et il devrait y avoir un soutien et une intervention disponibles pour aider les gens à adopter des moyens moins risqués d'utiliser de la nicotine", explique la Dr Caitlin Notley, de l'Université d'East Anglia. Mais aussi repenser la place et la considération sociales à propos de l'usage de nicotine, poursuit la maître de conférence en santé mentale. "Pour le bien de la santé publique, nous devons promouvoir des discours positifs sur l'usage récréatif de la nicotine afin de promouvoir des alternatives moins nocives au tabagisme".

Éliminer la fumée

L'enjeu de santé publique est énorme. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estime à près de 7 millions de morts prématurés le bilan annuel des maladies provoquées par les cigarettes. "La réduction des méfaits du tabac est comparable à l'élimination de la variole en termes d'impact sur la santé publique. Tout dépend de savoir si les politiciens saisiront l'occasion", explique le Pr David Sweanor, de l'Université d’Ottawa.

Le Dr Colin Mendelsohn, de l'Université de New South Wales, fait face à l'incompréhension des autorités australiennes devant cette opportunité. "Ce que réalise le vapotage est qu'il supprime les dommages provoqués par le tabagisme. Vous enlevez le mal en enlevant la fumée. Ce qui tue les gens, c'est la fumée. La nicotine est relativement inoffensive. C'est ce à quoi les gens s'adonnent, mais les effets sur la santé sont relativement mineurs", insiste le membre de l'Association pour la réduction des risques tabagiques en Australie (ATHRA).

Repenser le plaisir

Sarah Jakes de la New Nicotine Alliance NNA UK
Mais promouvoir des modes de consommation à dommage minime ne fait-il pas courir le risque d'attirer de nouveaux consommateurs de nicotine ? "Souvent, les gens sont tellement obsédés par le concept que les fumeurs ne sont rien de plus que les pitoyables victimes d'une industrie maléfique [ndr. du tabac], qu'ils ne peuvent pas envisager que des gens peuvent profiter de l'utilisation de la nicotine", pointe Sarah Jakes, porte-parole de la New Nicotine Alliance (NNA UK) et vapoteuse elle-même. Alors que le vapotage et le snus permettent aux usagers de remettre la main sur leur consommation, le plaisir de la nicotine reste tabou pour une large partie du domaine de la santé. 

"Michael Russell pensait que de nouveaux produits à base de nicotine pouvaient se substituer à long terme au tabac fumé. Pour que cela se produise, ils devaient être «aussi savoureux et acceptables que possible». Un autre mot pour cela est "agréable". Mike a dit cela il y a 27 ans et pourtant les vapoteurs se retrouvent encore aujourd'hui face à une opposition moralisatrice à leur utilisation continue d'un produit légèrement addictif, inoffensif et finalement agréable. Un produit qui, pour beaucoup, sinon la plupart, a amélioré leur santé et prolongé leur vie", insiste Sarah Jakes.

Plaisir et vertu

Frances Thirlway - Claude Bamberger (Aiduce) et moiRepenser la nicotine semble donc impliquer aussi de repenser les rapports de pouvoir et de domination de certaines autorités à vouloir imposer et régir des habitudes de vies par rejet du plaisir. Un plaisir ressenti par les usagers dont on peut se demander s'il n'aurait pas pour origine des vertus de la nicotine. Le Pr Paul Newhouse a présenté une série de recherches extrêmement intéressantes sur les effets psychiques bénéfiques de la nicotine pour la mémoire, la concentration... Potentiellement, la molécule pourrait avoir un rôle thérapeutique pour certaines affections comme la dépression, les maladies d'Alzheimer et de Parkinson...

En éliminant l'essentiel des toxiques liés à la combustion des cigarettes, le vapotage offre un moyen non seulement de sortir du tabagisme, mais donc aussi de continuer de bénéficier de la consommation de nicotine. Un autre mode avait déjà émergé au début des années 1970', et mis sur le marché après une décennie de lutte contre ceux-ci par les tenants de l'abstinence totale: les gommes nicotinées. Mais cette opposition a inhibé le développement de l'efficacité par le plaisir du produit. "Les substituts nicotiniques pharmaceutiques ont, par exemple, environ 5% de taux de réussite, c'est-à-dire 95% d'échecs", déplore Gerry Stimson, Professeur honoraire à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, spécialiste des sciences sociales en santé publique et organisateur du GFN. 

Cigarettiers prêts à devenir non-fumeurs ?

Plus efficace et entraînant, le vapotage rogne des parts de marchés aux cigarettiers depuis 2010. Après l'avoir méprisé, ils s’intéressent désormais au secteur. En marge du GFN, quelques stands présentaient leurs produits à risque réduit. Présents également dans l'auditoire à l'écoute des recherches et des quelques interventions d'usagers. Sur scène aussi avec des présentations plus ou moins convaincantes sur leur démarche. Le dialogue est ouvert. Reste à voir si les cigarettiers ont la capacité de se tenir à leur déclaration de bonne intention et de se transformer en non-fumeurs. ...

Agir avant des millions de morts supplémentaires

Du coté du monde de la santé aussi, le vapotage bouscule le vieux modèle confortable pro-abstinence, qui avait l'habitude de reporter ses échecs de santé publique sur le dos des fumeurs et des cigarettiers. Dans son allocution d'ouverture, le Dr Joe Kosterich sonne le réveil. Les preuves de l'impact terrible du tabagisme sont là et les connaissances sur l'ampleur de la réduction des dommages par le vapotage sont suffisantes pour aller de l'avant. "Si nous attendons 20 ans pour découvrir et faire les études épidémiologiques, beaucoup de personnes seront mortes inutilement. Avons-nous besoin d'une preuve absolue pour quelque chose de vraiment évident maintenant ... Les gens vont perdre des années de leur vie, et les gens vont mourir pendant que nous attendons", presse le médecin généraliste australien.

"Il est contraire à l'éthique de priver les fumeurs d'une option supplémentaire pour arrêter leur habitude de fumer", renchérit le Dr Konstantinos Farsalinos, fameux cardiologue grec. Au travers des débats, un écart béant apparait entre les évidences de terrain et les connaissances d'une part, et de l'autre l'avis des autorités sanitaires déconnectées, dont notamment le bureau dirigeant anti-tabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Tandis que les quelques représentants de cigarettiers semblent tenter avec hésitations de rattraper une machine à vapeur déjà bien lancée. 

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Hit-parade des politiques de réduction des risques avec le vapotage:

L'OMS et la junte militaire thaïlandaise, détentrice du Monopole du tabac, ont un partenariat
Un petit sondage parmi les participants a listé les pays les plus hostiles à une politique offrant la possibilité au public de sortir du tabagisme à l'aide du vapotage et, en contraste, ceux les plus amicaux à la réduction des risques pour la consommation de nicotine.

Junte militaire, monopole d'Etat de vente de tabac et partenaire privilégié du bureau anti-tabac de l'OMS : la Thaïlande a "gagné" le titre de pire pays du domaine, devant l'Australie et l'Inde.

Plus positivement, le Royaume-Uni a été salué du titre de pays le plus bienveillant pour les vapoteurs, devant l'Allemagne et la France. "Le gouvernement du Royaume-Uni a connu le changement de cœur le plus remarquable en matière de vapotage. Il y a quatre ans, il envisageait d'interdire le vapotage. Aujourd'hui, le Royaume-Uni compte trois millions de vapoteurs, ce qui accélère le déclin du tabagisme chez les Britanniques", commente Gerry Stimson.

Il est probable que le peu de relief médiatique de certaines situations a laissé de coté des pays. Du côté négatif, on peut penser à la situation en Tunisie, où le monopole du tabac sur la distribution du vapotage laisse les usagers démunit. A l'opposé, la fantastique chute en trois ans de près de 40% du tabagisme en Islande avec l'engouement pour le vapotage mérite les honneurs.

La vidéo en anglais d'un débat 'Repenser la nicotine':




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