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dimanche 22 avril 2018

Etude clinique à Milan: 2,5 fois plus d'arrêts tabagiques réussis avec une vape peu ou pas nicotiné que sans rien

"Le vapotage a augmenté le taux d'arrêt, ainsi que la réduction du nombre de cigarettes quotidiennes des participants qui ont continué de fumer". La principale conclusion d'une équipe de l'Institut Européen d'Oncologie (IEO) de l'Université de Milan confirme, dans les conditions d'une étude clinique, le potentiel du vapotage pour aider au sevrage tabagique. L'étude, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, a sélectionné 210 fumeurs sur 550 postulants provenant du suivi COSMOS II (Continuous Observation of SMOking Subjects). 

European Institute of Oncology MilanoEtre fumeur d'au moins 10 cigarettes quotidiennes depuis plus de dix ans et être motivé à arrêter étaient notamment des critères pour participer au suivi de trois mois fin 2015. L'âge des participants était assez élevé avec une moyenne de plus de 62 ans. Un premier groupe a reçu une vapoteuse de type ego CE4 avec une fiole de liquide goût tabac nicotiné à 8 mg/ml, un second groupe la même vapoteuse avec des liquides sans nicotine et le troisième groupe témoin ne recevait rien de particulier. Tous les participants avaient un appel téléphonique mensuel d'une dizaine de minutes, où ils ont été invités à arrêter de fumer après la première semaine du suivi.

Consommation limitée de vapotage

Les chercheurs ont demandé aux participants des deux groupes vapoteurs de ne pas consommer plus d'un millilitre de liquide par jour. Avec en moyenne un peu moins de onze fioles consommées en trois mois (soit 1,2 ml/jour), les participants se sont tenus à cette consigne. Cette consommation réduite de nicotine peut expliquer la faible différence de résultats entre les deux groupes de vapoteurs (avec/sans nicotine), selon les chercheurs. On peut se demander si la plutôt faible concentration de nicotine des liquides associée à cette consigne n'ont pas conduit certains participants à ne pas réussir leur arrêt tabagique.

Au terme du suivi:
    le modèle utilisé par l'étude
  • 25,4% des utilisateurs de vapoteuses (Ego) avec une consommation limitée de liquides nicotinés (à 8mg/ml) n'avaient plus fumé depuis trois mois,
  • 23,4% des vapoteurs sans nicotine ont fait de même, ainsi que
  • 10,3% des participants n'ayant pas reçu de vapoteuse (et s'étant engagé à ne pas en utiliser ni une autre aide de type patchs ou gommes nicotinés). 

Plus de réduction de cigarettes avec la vape nicotinée

Les vapoteurs avec nicotine qui n'ont pas réussi à stopper de fumer, ont par contre plus nettement réduit leur consommation de cigarettes que les vapoteurs sans nicotine et le groupe témoin. D'une consommation initiale de plus de 19 cigarettes par jour, les vapoteurs avec nicotine ont réduit à 7,67 cigarettes tandis que les vapoteurs sans nicotine passaient à 9 et les 'sans vape' à un peu plus de 10 cigarettes quotidiennes.

Améliorations de l'état de santé

En Angleterre, l'information sur le vapotage pour l'arrêt tabagique est déjà intégréeLes chercheurs ont aussi questionné les participants sur leurs symptômes respiratoires. "Une réduction significative de tous les symptômes a été reportée, probablement en raison de la réduction de cigarettes quotidiennes fumées par la plupart des participants, indépendamment du groupe de l'étude", précisent t-ils. Environ 21,5% des participants signalent une diminution de la toux, 18,5% moins d'inflammation pulmonaire (catarrhe) et 14,5% une amélioration de la respiration. Concernant le groupe vapoteurs avec nicotine, 23% rapportent un effet indésirable de gorge irritée lors du premier mois. Mais après trois mois, cet effet secondaire n'est plus signalé que par 5,7% de ce groupe. 

Intégrer le vapotage aux guides sur les arrêts tabagiques

En conclusion, les auteurs suggèrent d'intégrer le vapotage à l'aide à l'arrêt tabagique. "Il pourrait être utile d'associer cet appareil à de nouveaux guides d'auto-soutien afin de permettre aux gens de mieux gérer les changements de comportement et les effets secondaires. Ceci est vrai pour les fumeurs prêts à arrêter (comme nos participants) mais peut aussi être avantageux pour les fumeurs moins motivés se trouvant en milieu clinique".

edit à 16h30 du titre pour le rendre plus clair. Merci à Michel pour la remarque ;)

vendredi 20 octobre 2017

[ristrett'] En 2014, il y avait déjà 5,5 millions de vapoteurs réguliers aux Etats-Unis

"Nous estimons qu'il y avait 5,5 millions d'utilisateurs courants de vapotage (soit 2,4% de la population américaine), dont 2,3 millions d'usagers au quotidien et 3,2 millions réguliers mais pas chaque jours". L'évaluation, publiée dans la revue d'Oxford Nicotine and Tobacco Research, des Prs Brad Rodu, spécialiste de santé publique, et Nantaporn Plurphanswat, économiste, s'appuie sur les données du Population Assessment of Tobacco and Health (PATH) de 2013-2014. Les chercheurs de l'Université de Louisville ont analysé les chiffres de l'enquête menée auprès de 32'320 personnes par la Food and Drug Administtion (FDA). Il en ressort qu'en plus des 5,5 millions d'usagers réguliers, 7.4 millions autres américains auraient vapoté de manière erratique. Ces "expérimentateurs" n'ont pour "95% de ceux-ci vapoté que quelques jours". Usagers courants et expérimentateurs étaient au total 12,9 millions (environ 5,6% de la pop.), explique Brad Rodu sur son blog

L'étude de Brad Rodu et Nantaporn Plurphanswat met en lumière que les vapoteurs réguliers de cette enquête sont pour 47% des fumeurs et pour 46% d'ex-fumeurs. Du coté de la cigarette combustible, 41,5 millions d'américains (18% de la population) étaient des fumeurs réguliers. Les chercheurs montrent qu'il y a aussi 7,1 millions (3,1%) de fumeurs 'expérimentateurs'. Ceux-ci fument à l'occasion sans pour autant entrer dans la définition officielle de fumeurs "ayant consommé au moins 100 cigarettes dans leur vie". "C'est un indice qu'un nombre substantiel de fumeurs américains ont pu être classés à tort comme jamais-fumeurs dans des enquêtes américaines précédentes", soulignent les chercheurs dans Nicotine and Tobacco Research. 

Ce point éclaire un aspect crucial sur l'interprétation du statut réel des vapoteurs considérés comme 'jamais fumeurs' dans les statistiques américaines.  Selon Brad Rodu, seulement un dixième d'entre eux environ n'ont réellement jamais essayé de fumer. "Par exemple, comme le montre cette figure, la vaste majorité des vapoteurs qui "n'ont jamais fumé" selon la définition du NHIS sont en fait des expérimentateurs actuels ou anciens de cigarettes. Seule une petite fraction (entre 7% et 11%) d'entre eux n'a réellement jamais fumé. Ce résultat réfute l'affirmation fréquente que le vapotage attire des personnes n'ayant jamais fumer". Le chercheurs de Louisiane promet sous peu d'autres éclairages sur cette recherche...





samedi 2 septembre 2017

[Bump!] Le danger du vapotage est qu'il est trop bon pour arrêter de fumer, selon le Dr Louis de Palo

"Le Dr Louis de Palo, pneumologue, déclare qu'il s'inquiète que le vapotage est trop bon pour son travail de remplacement des cigarettes traditionnelles de tabac. "Les gens ne deviennent pas accros aux autre formes de substituts nicotiniques parce qu'elles ne sont pas amusantes", nous a t-il déclaré". C'est ce que l'on peut lire dans l'Inquirer, le quotidien de Philadelphie (Pennsylvanie, USA). "Les gommes ont mauvais goût. Le spray nasal brûle un peu . Les patchs sont irritants. Et aucun ne vous donne la satisfaction psychologique d'avoir quelque chose dans la main et l'impression de "fumer"", se délecte l'enseignant de la Icahn School of Medicine at Mont Sinai de New-York. 

En énumérant les qualités des substituts nicotiniques réussissant à faire échouer plus de 9 fumeurs sur 10 les utilisant pour arrêter de fumer, le Dr de Palo réagit à l'étude de l'Université de Georgetown tout juste publiée montrant que le vapotage constitue une aide efficace à l'arrêt des cigarettes. Trop efficace et avec trop de plaisir pour l'utilisateur à son goût donc.

La vape peut sauver la vie des fumeurs

L'étude en question, publiée dans Nicotine and Tobacco Research revue de l'Université d'Oxford, montre que le vapotage aide de manière effective les fumeurs à quitter les cigarettes à la condition de l'utiliser de manière consistante. "Ces résultats confirment que l'utilisation régulière du vapotage est efficace pour arrêter de fumer. La vape étant généralement considérée d'un risque extrêmement inférieur aux cigarettes, elle représente par conséquent une solution pour sauver des vies que les médecins peuvent recommander lorsque d'autres formes d'aide ont échoué", commente le Dr David Levy, du Centre sur le cancer de l'Université de Georgetown et auteur référent de l'étude, à l'AFP.

Plus on vape, moins on fume

L'analyse des données TUS-CPS 2014-2015 sur près de 24'000 fumeurs américains, dont quasiment la moitié ont tenté au moins une fois d'arrêter de fumer, a scruté l'emploi du vapotage dans les tentatives d'arrêt. Ceux qui utilisent le vapotage de manière occasionnelle ont moins de succès que ceux qui l'utilisent plus fréquemment. Vapoter au moins 20 jours dans le mois a plus que doublé les chances d'arrêter les cigarettes pendant au moins trois mois. 

"Le vapotage est un moyen qui marche pour arrêter de fumer, mais pour cela vous devez vraiment l'utiliser. Vapoter deux jours dans le mois ne va pas être aussi efficace que si vous vapotez plus souvent, voire tous les jours", précise le Dr Levy à Forbes. Il souligne aussi que ces conclusions confirment celles de l'étude publiée le mois passé dans Addictive Behaviors. Comme nous l'avions relaté, ce travail montre que "plus de la moitié des usagers au quotidien de vapotage (52,2%) ont arrêté de fumer" depuis 2010 aux Etats-Unis.



samedi 17 juin 2017

[Expresso] Une étude indépendante compare la délivrance de nicotine entre vape, Iqos et Marlboro

Avec des bouffées de "vapoteurs", le vapotage se rapproche sensiblement plus de la délivrance de nicotine d'une cigarette conventionnelle que l'Iqos. Une équipe de scientifiques grecs, menée par le renommé Dr Konstantinos Farsalinos, a mesuré les taux de délivrance de nicotine de l'Iqos, de trois vapoteuses et d'une cigarette Marlboro Regular. "La délivrance de nicotine au fumeur est un élément clef pour la capacité de tout produit de réduction des risques à se substituer efficacement à la fumée", explique l'article accepté pour publication dans Nicotine & Tobacco Research. Le volume de nicotine délivré par l'Iqos, que ce soit avec sa cigarette goût classique ou celui mentholé, est sensiblement inférieur à celui de la Marlboro. Limité par la durée de décharge de son système électrique à 12 bouffées - et automatiquement bloqué après 14 -, l'Iqos délivre environ 30% de nicotine en moins que la cigarette phare de Philip Morris. L'augmentation de la durée de la bouffée ne change pas la délivrance de nicotine du système prétendu de "tabac chauffé-non-brûlé", contrairement aux systèmes de vapotage.  

Les résultats, présentés hier au Global Forum on Nicotine à Varsovie, montrent que si la vieille ciga-like ne permet pas d'atteindre un taux similaire de délivrance de nicotine, les modèles de vapoteuses de 2ème génération, dite eGo, et de 3ème génération - un Nautilus mini monté sur Evic VTC mini -, avec un liquide à 20 mg/ml de nicotine (et moitié moitié de PG/VG) dépassent nettement le niveau de l'Iqos et s'approchent de ceux de la Marlboro lorsque les bouffées sont prises en mode "vapoteurs". Point connu pour initier les fumeurs voulant passer au vapotage, et éviter la toux réflexe liée au "crapotage", mieux vaut prendre une bouffée "apaisée" de vape d'au moins trois secondes. 

"Le produit HnB [Iqos] délivre la nicotine à l'aérosol à des niveaux plus élevés que les produits de vapotage mais moins élevés que la cigarette classique lorsqu'elle est testée avec le régime intense de bouffées du Health Canada. Aucun changement n'est observé dans la délivrance de nicotine du HnB avec des durées de bouffée allongées [à 4 secondes] mais de même volume, au contraire des produits de vapotage qui délivrent plus de nicotine avec des bouffées plus longues", résument les chercheurs indépendants.

En somme, le vapotage offre une maîtrise de l'absorption de nicotine et du rythme désiré aux vapoteurs ayant appris à en jouer, alors que l'Iqos impose à la fois une dose et un timing formatés par le système de Philip Morris. Un aspect intéressant, d'un point de vue de l'efficacité pour des conversions réussies des fumeurs à des modes de consommation plus propre de nicotine, qui souligne la plus grande souveraineté des vapoteurs sur les modalités de leur usage. A noter que l'étude s'est limitée à mesurer les taux de nicotine dans les aérosols et fumées, mais n'a pas investigué la cinétique de la nicotine chez les usagers selon les différents modes de consommation.

vendredi 9 juin 2017

[Expresso] Suivi à long terme: la vape outil contre le tabac et créature de plaisir


La vape est à la fois outil contre le tabagisme et créature de jouissance. C'est un des enseignements qui ressort d'une étude des motivations des vapoteurs à long terme du Pr Jean-François Etter, de l'Institut de santé globale de l'Université de Genève. Publiée en accès libre dans Nicotine & Tobacco Research, revue de l'Université d'Oxford, l'enquête a sondé via internet 3868 vapoteurs réguliers entre 2012 et 2015. Plus des trois-quarts (77%) étaient ex-fumeurs, n'ayant plus fumé en moyenne depuis 3 mois au départ. Au cours du suivi, une tendance forte au plaisir de vapoter émerge, pour devenir progressivement la raison la plus citée de cet usage après une année pour 93% des vapoteurs. Tenir le tabagisme au loin reste l'autre grande motivation, mais son évocation se réduit de 87% au début à 56% des répondants après un an. "Même chez les vapoteurs établis, le comportement et les motifs de vapoter changent avec le temps", souligne le Pr Etter.

28% de fumeurs en moins chez les vapoteurs après un an

La consommation des vapoteurs réguliers et exclusifs reste stable en nombre de bouffées (env. 200/j) mais la concentration en nicotine de leurs liquides se réduit de 12 à 9 mg/ml en moyenne. Sur les 893 répondants après une année de suivi, 9% des 687 ex-fumeurs avaient rechuté dans le tabagisme, tandis que 28% des 64 qui étaient encore fumeurs (double-usagers) au début ont abandonné le tabac.

Mais rechute importante dans le tabagisme chez ceux qui arrêtent la vape

Après un an, l'arrêt du vapotage est corrélé à plus de rechute dans le tabagisme que le vapotage à long terme. Alors que la part de fumeurs au quotidien s'est réduit de 2% parmi ceux qui vapotent encore après un an, elle a augmenté de 18% chez ceux ayant lâché leur vapoteuse. Le chercheur note que les femmes semblent plus enclines à arrêter de vapoter que les hommes. "Le risque de rechuter dans le tabagisme après l'arrêt du vapotage devrait rester à l'esprit des vapoteurs, même par ceux qui ont arrêté de fumer depuis plusieurs mois", insiste le Directeur de Stop-Tabac.ch.

Vapoter et jouir ou surveiller et punir ?

En résumé, le chercheur genevois met l'accent sur trois points mis en relief par ce suivi de vapoteurs réguliers, et donc non représentatif de l'ensemble plus diversifié des vapoteurs. "Après 12 mois, le plaisir et la prévention de rechute sont les raisons les plus importantes de vapoter. Le taux de rechute vers le tabagisme est faible chez les ex-fumeurs et le taux d'abandon du tabagisme élevé chez les (encore) fumeurs initiaux. L'arrêt du vapotage est associé à plus de rechute dans le tabagisme".


jeudi 6 avril 2017

Etude internationale: Fort impact des réglementations sur les arrêts du tabac à l'aide de la vape

publiée dans Nicotine & Tobacco Research
Les réglementations influent-elles sur les chances de réussir son sevrage tabagique ? Cela paraît couler de source, mais aucune étude n'avait encore mesuré le poids de l'environnement législatif sur les arrêts avec la vape. Une comparaison de données recueillies entre 2010 et 2014 de deux paires de pays, la première américano-britannique alors peu restrictive, la seconde australo-canadienne avec de fortes restrictions à l'accès et l'usage des produits de vapotage, montre clairement l'impact. Tandis que 73,2% des fumeurs britanniques et américains sondés ayant tenté d'arrêter de fumer à l'aide du vapotage ont réussi au moins durant un mois, seuls 31,5% de leurs homologues australiens et canadiens ont connu la même réussite. L'étude, publiée par la revue d'Oxford Nicotine & Tobacco Research, s'appuie sur les enquêtes de l'International Tobacco Control four country (ITC).

Elle montre que, dans l'environnement plus propice, les fumeurs optant pour l'aide du vapotage augmentent leur chance de sevrage à un mois par 1,95 fois [OR = odd ratio] par rapport à aucune aide. Soit un peu plus qu'avec les substituts nicotiniques (OR 1,64) et à peine moins qu'avec les drogues pharmaceutiques (OR 2,07). Mais dans les pays hostiles, utiliser le vapotage donne près de trois fois moins de chance de réussir (OR 0,36) que de se lancer sans aide. «Les raisons de l'effet de facilitation du vapotage pour cesser de fumer se trouvent uniquement dans les pays ayant un environnement moins restrictif à la vape», souligne l'étude signée de chercheurs américains, australiens, britanniques et canadiens. 

Matérialisme

USA, Royaume-Uni, Australie, Canada
Première raison invoquée par les chercheurs à cet effet bénéfique à l'arrêt du tabagisme par les réglementations les moins agressives contre la vape: la facilité d'accès aux produits. A fortiori, en offrant une palette diversifiée des appareils les plus efficaces, c'est-à-dire les systèmes à réservoir (à l'opposé des «cigalikes»), et évidemment aux liquides nicotinés qui doublent les chances d'arrêt par rapport à la vape sans nicotine selon le rapport Cochrane de 2016. Cette étude confirme d'ailleurs ces deux aspects dans les pays tolérants. Les utilisateurs de mods à réservoir ont 2,57 fois plus de chances de sevrage que les utilisateurs de cigalikes et 3,11 fois plus de réussite que les fumeurs se lançant sans aide. Tandis que les britanniques vapotant avec nicotine ont eu 3,07 fois plus de succès que ceux s'aidant de vapotage sans nicotine.

Dans la même veine, l'accès plus simple à des produits encouragent non seulement les tentatives avec l'aide de ces produits, mais aussi la prolongation de l'arrêt en facilitant l'accès à de nouvelles fournitures (liquides ou matériel) durant le sevrage. «Ceci peut contribuer à leur offrir de plus grandes opportunités d'expérimenter différents appareils et liquides jusqu'à ce qu'ils trouvent la bonne combinaison», explique l'article. 

Et mentalités

La seconde série de motifs met en relief l'aide que procure un climat social plus tolérant et serein à l'égard du vapotage aux fumeurs pour sortir du tabagisme par son aide. Plus confiants, ils seraient plus susceptibles de détermination et de persévérance dans leurs tentatives. Dans les pays restrictifs, «le faible accès au produit et peut-être la réticence à vapoter en public au milieu de personnes potentiellement hostiles sont des raisons plausibles pour penser que sa dénormalisation puisse être un facteur important du haut taux d'échecs», suggèrent les chercheurs. 

Ils soulignent aussi un possible biais d'auto-sélection: la mauvaise image de la vape cultivée par les pouvoirs publics hostiles limite son recours à certains fumeurs. «Il est également possible que, dans les pays à faible disponibilité, ceux qui ont choisi d'utiliser le vapotage pour cesser de fumer étaient les plus désespérés, ceux n'ayant pas réussi auparavant en utilisant les méthodes approuvées», émettent en hypothèse les chercheurs pour expliquer le plus faible taux de réussite à l'aide du vapotage que sans aucune aide en Australie. 

Soutien ou abandon de la part des soignants?

L'étude n'a pas pu prendre en compte l'aide comportementale apportée ou non aux fumeurs. «Parce que ce que constitue le soutien comportemental était trop hétérogène entre les différents pays, nous avons décidé de ne pas le retenir comme critère», expliquent les chercheurs. Reste qu'évidemment, entre les Stop Smoking Services britanniques en dialogue constructif avec les vapoteurs et le dogme australien de leur diabolisation, les compétences des professionnels de santé sur le sujet et l'aide apportée en conséquence aux fumeurs sur cette voie ne peuvent pas être de même qualité. D'autres facteurs, comme notamment le climat de peur entretenu par les médias sensationnalistes et/ou liés d'intérêt aux lobbys du tabac et de la pharma, n'a pas été pris en compte dans la comparaison. 

Et la Suisse?

La Suisse ne fait pas partie de l'étude. Mais les principaux enseignements de cette étude donnent de l'eau au moulin de mes analyses de 2015 sur le déficit d'arrêts tabagiques à l'aide du vapotage en raison des entraves fédérales. Mon analyse s'appuyait sur la comparaison des statistiques de prévalence de la population, ce qui est sensiblement différent des groupes de fumeurs tentant un sevrage suivis dans cette étude. Reste que le ratio de chances de réussir son sevrage entre pays restrictifs et pays permissifs (OR 0,36 versus OR 1,95) mis en évidence résonne avec les ratio d'adoption, c'est-à-dire de l'expérimentation à l'usage régulier, du vapotage que j'avais tiré de la comparaison des statistiques helvétiques et britanniques de 2014. 

«L'interdiction de la vente de liquide nicotiné concoure ainsi à six fois plus d'échecs des tentatives de passer à la vape des fumeurs en Suisse par rapport aux britanniques», avais-je alors souligné. Le parallèle se poursuit d'ailleurs sur la faible part de vapoteurs utilisant de la nicotine en Suisse et en Australie. Selon l'enquête d'Addiction Suisse, moins de 40% des vapoteurs helvètes utilisent de la nicotine, chiffre proche des 41% relevés dans cette étude pour les australiens, contre plus des trois quarts des britanniques. 

Guerre au vapotage, guerre aux pauvres

Les inégalités sociales de santé cultivées par les réglementations de santé publique
Autre point commun, les restrictions légales semblent entraver plus fortement l'accès au vapotage aux fumeurs défavorisés socialement. «Comparés aux répondants des pays avec une réglementation plus restrictive, une plus grande proportion de ceux de pays moins restrictifs sont plus âgés, avec des revenus plus faibles, (...)», note la recherche internationale. En proportion, il y a deux fois plus de faibles revenus à essayer d'arrêter de fumer avec le vapotage lorsque l'environnement législatif est permissif que répressif. Les données suisses ne tiennent pas compte des niveaux de revenus, mais du niveau de formation. Les auteurs soulignaient dans le dernier rapport en commentaire que «la part d’usagers [du vapotage] au cours des 30 derniers jours augmente régulièrement avec l’augmentation du niveau de formation»

Les entraves législatives en augmentant le coût financier du vapotage, en compliquant son accès et le limitant aux personnes détenant des outils informatiques et de paiement électroniques ou aux personnes détenant un capital social leur permettant de passer par le marché gris/noir, empêchent selon toute vraisemblance des fumeurs de couches sociales défavorisées d'utiliser ce moyen d'arrêt tabagique. La stigmatisation des vapoteurs renforce cette dynamique vicieuse contre les personnes les moins outillées en terme de capital culturel pour résister aux campagnes de désinformation. Le gâchis sanitaire de la guerre au vapotage profite non seulement au tabagisme en général, mais accentue plus particulièrement les inégalités sociales de santé au profit des classes aisées. 

Autre leçon que l'on peut tirer de cette étude, aucune recherche sur le sevrage tabagique à l'aide du vapotage ne peut faire sérieusement l'impasse sur l'environnement législatif dans lequel la population étudiée évolue. Un point que, comme je l'avais entre autres souligné, G. Gmel et al. n'avaient pas tenu compte dans leur analyse publiée dans le Swiss Medical Weekly.


jeudi 21 avril 2016

Pr J. Nitzkin : Quelles sont les croyances contre la réduction des risques des projets de lois sur le tabac ?

Le Pr Joel L. Nitzkin est spécialiste des questions de santé publique concernant le tabagisme. Il a dirigé différents organismes de santé publique depuis les années 1970 (Rochester, New-York, Louisiana...). Il est président de la Task force sur le tabagisme de l'American Association of Public Health Physicians (AAPHP).

Notre traduction, non révisée par l'auteur et qui ne l'engage pas en cas d'erreur de notre part, du manuscrit accepté le 19 avril 2016 par la revue Nicotine & Tobacco Research d'Oxford, et en ligne en version originale.

Cette intervention répond à la présentation du Dr David Ashley du Centre sur les Produits du Tabac (CTP) de la Food and Drug Administration (FDA) lors de la réunion en Mars 2016 de la Société de Recherche sur la Nicotine et le Tabac (SRNT). Le Dct Ashley a partagé des doutes sérieux quant à savoir si huit produits de Snus de la marque Swedish Match devraient avoir un statut de Produit de Tabac à Risques Modifiés (MRTP) (1). Tel que publié dans la revue Nicotine and Tobacco Research (NTR) (2), et de nouveau souligné à cette réunion de la SRNT, la FDA affirme être engagée dans un programme de réglementation fondé sur la science, plutôt que sur des préoccupations politiques ou d'intérêt particulier. Certains doutent sérieusement de cette affirmation de la FDA.

mercredi 12 août 2015

Essayer la vape, ce n'est pas forcément l'adopter

Dans le numéro d'Août 2015 de Nicotine & Tobacco Research, les Pr. Linda Bauld, Anne Marie MacKintosh, Allison Ford et Ann McNeill publient une revue d'études sur les usages de la vape chez les jeunes britanniques. En analysant les publications scientifiques internationales sur la question (24 enquêtes recensées), elles ont constaté que la plupart ne distinguent jamais l'expérimentation de la vape de son usage régulier par les adolescents. Seules des études britanniques, dont quatre conduites sur douze mois entre 2013 et 2014, font cette distinction pour les jeunes fumeurs et non-fumeurs.

Ce graphique présente les données des quatre études.


De 8 %, en Grande-Bretagne, à 12 %, au Royaume-Uni, des jeunes britanniques ont essayé la vape. Les auteures remarquent qu'aucune étude (ni les 20 autres études recensées) n'a pensé à demander si les jeunes utilisent des liquides avec ou sans nicotine. Ce qui a plus que son importance dans la perspective d'une éventuelle addiction par la vape, à laquelle croient les tenants de la théorie de la passerelle.